‹ Anecdotes sur la comtesse du BarryChapitre 24 sur 33 · MO ANECDOTES · texte numérisé non relu

MO ANECDOTES

bile, avoit imaginé la tournure de donner un air de vétusté à sa satire. Il supposoit que l'original étoit d'un certain Cafus Lucilius, Romain outré des in£unies de son siècle. Voici l'endroit qu'on pouToit appliquer à la vorite :

Le ftste a de PÉttt séché les réserroln.

Le palais de Poppéc insulte à nos misères ; L*UDOur a soa trafic, et Vénus ses comptoirs; La toilette d'Akiae est un bureau d'aftires...

M"" Dubarri prodiguoit l'argent jusqu'aux plus mauvais poètes, assez vils pour lui adresser des vers. C'est ainsi qu'au commencement de l'année elle avoit payé fort cher le sieur <ie Saupigi^, qui l'avoit chantée. Gelui-d, encouragé, entreprit un grand ouvrage, qu'il mit sous sa protection : c'est ie Parnasse des damés en du volumes. La Comtesse souscrivit sur le champ pour une grande quantité d'enmplaires, et tous ceux qui alloient chez elle âoient, pour lui faire leur cour, obligés de l'imiter.

Les acteurs, chanteurs, danseurs, tous avoient part à ses largesses. C'est ce qui occasionna dans le temps deux facéties assez rares, dignes d'être consignées ici comme une preuve du peu de dignité de cette favorite, dont le palais n'étoit qu'un vrai tripot. Voici ce qui les occasionna. M"* Dubarri, qui aimoit beaucoup M"" Dubois de la Comédie-Françoise, qu'elle avoit comblée de biens, avoit employé son autorité pour la faire remonter au théâtre. Celle-ci obéit-, mais les circonstances ne lui ayant pas permis de le faire, elle profita de l'accès que cette n^ociation lui donnoit auprès de la Comtesse. Elle fut assez familière pour lui ouvrir son cœur, et la prier de&ire une meilleure œuvre en déterminant un danseur, nommé d'Aubervaly à l'épouser. M"'' Dubarri, qui se plaîsoît à ces tracasseries de filles, et qui en amusoit le roi, en parla à d'Auberpol; mais il s'excusa, donna sans doute d'ex-

cellentes raisons, et la négociation n'alla pas plus loin. Cest sur ce canevas qu'a brodé l'auteur anonyme des deux lettres suivantes : la première est de M"* Dubois k M"* la Comtesse Dubarri,

Madame,

Par obéissance à l'os ordres, je m'êtois décidée à remunter sur le théâtre, et à tâcher de perfectionner mes faibles talents pour vous amuser encore. Malheureusement Je m'y suis prise trop tard. Ma part est distribuée; el mes camarades m'ont fait sentir quel désordre j'allois occasionner parmi eux. Ils m'ont assuré que les gentilshommes de la chambre s'étoient charités de vous mettre sous les yeux un mémoire, qui vous exposerait plus clairement l'impossibilité de ma rentrée actuelle. Puissie^pous rester convaincue par là, madafue, de tout le ^cle que j'ai mis dans mes sollicitations, et de l'empressement que j'aurois eu de contribuer à vos plaisirs, dans ces moments précieux oit votre i^énie se repose des importantes occupations qui l'exercent!

Mais, madame, vos bontés m'enhardissent à vous en demander une autre. Permette^ que mon cœur s'ouvre devant vous; le vôtre est trop sensible pour n'avoir pas égard aux faiblesses de l'amour. Depuis plus de dou\e ans, j'aime d'Aubcrval : heureuse si sa passion pour moi avoit été aussi soutenue que la fnienne ! A combien d'autres l'infidèle n'a-t-il pas fait depuis les mêmes serments qu'à moi! J'ai cependant un gage cher de notre union, un enfant, l'objet de ma tendresse maternelle. Je ne puis, sans gémir, faire réflexion â niUgitimitt de sa naissance; je poudroie la réparer par le mariage. Je suis riche atgourd^hui; fai de quoi payer les dettes du perfide; je ne lui demiûtde que du retour et sa main. Cette

bonne action, madame, est digne de vous; et, quoique faie vécu dans le désoî\irc, mon cœur a toujours eu des sentimcnts honnêtes, l'ous sape^ ce que c'est que la Jeunesse d'une Jille qui a quelques attraits, que sa position met à portée d'être séduite par les Iwmmages des seigneurs les plus aimables de la cour. Le moyen quelle résiste à tant de corrupteurs ! Cependant Je n'a ijama is été heureuse dans le tourbillon du théâtre. Un J'oinix de religion m'est demeuré. J'ai une conscience timorée, qui s^alarme aisément ; les craintes de l'avenir m'ont troublée sans relâche au sein des voluptés. La perte de mon dernier amant m'a ietée dans une mélancolie projonde ; sa Jîn sinistre, à la fleur de l'âge, m'a fait trembler pour fnoi. Voilà, madame, le principal motif qui m'avoit déterminée à quitter la scène. Vous ave^ semblé désirer que J'y reparusse :J'ai vaincu mes scrupules et ma répugnance. Les circonstances s'opposent à votre volonté. Daigne\, madame, compléter le bonheur que J'ai de vous occuper quelques instants de moi, en m'accordant une protection que Je réclame, ou, pour mieux dire, une autorité qui ne peut Jamais être mieux employée. Je suis persuadée d'ailleurs que d'Auberval ne pourra se refuser à un devoir qui lui sera dicté par vous; et J'aurai mie consolation de plus dans cet hymen : c'est que, ne pouvant désormais vous délasser au théâtre dans vos nobles loisirs, Je contribuerai encore à vos amusements par un autre moi-même, par un mari qui y sera dévoué, tant qu'il sera asseï heureux pour vous plaire.

Je suis avec le plus profond respect, etc.

Paris, le 22 avril 1773.

On avoit mis en|M»/-«cnjp/ifm.*Nota : « Pour l'intdr ligence de cette lettre, il faut savoir que tPAttberveU, danseur de TOpéra, très savant, très vigoureux et très

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plaisant, amuse beaucoup M** la Comtesse Dubarri, qu'il dirige les divertissements qu'elle donne, et qu'il jouit en conséquence d'une grande liberté auprès d'elle ».

C'est sans doute pour conserver ce costume qu'on fit répondre d Auberval, d'un ton très leste. U y avoit pour

préambule le nota suivant :

<( M"" la Comtesse Dubarri ayant, à la réquisition de M"" Dubois, eu la bonté de s'entremêler de son mariage avec d'Auberval, a mandé ce danseur, et lui a fait part

des propositions de Tactrice, qui consistoient à lui donner 40,000 li\ rcs d'argent comptant pour payer ses dettes, à fondre son mobilier, qui pouvoir faire environ 10,000 livres de rentes, et enfin à lui assurer sa part sur i5,ooo livres de rentes viagères qu'a cette actrice... DAuberval a supplié la Comtesse de vouloir bien lui remettre l'épitre de M"" Dubois, lui donner le temps delà réllexion, et trouver bon qu'il répondît par écrit; ce qui a occasionné la réplique suivante, qui amuse les coulisses, et dont d'Auberval a vraisemblablement donné des copies, ainsi que de l'autre. »

Madame,

Je ne comtois pas l'amour aussi bien que A/"* Dubois; mais s'il consiste à recevoir un homme dans son lit, il est certain qu'elle en a beaucoup pour moi. Cependant, comme Je ne pouvuis pas l'occuper tous les jours, et qu'il fallait sans doute quelle eût absolument de l'amour, elle donnait saui'oit ma place à d'autres, et nous nous relayions ainsi tour à tour quatre ou cinq, et quelquefois plus. De tout ce mélange il est résulté un petit g-arco}i : elle m'a fait la faiseur de m'en nommer le père; Je l'ai reçue avec d'autant plus de reconnoissaiice qu'elle pouvait lui en choisir un bien plus distingué, soit entre plusieurs seigneurs de la cour, ou parmi des gens de la haute robe, ou dans les

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matadors de la finance. Quoi qu'il en soit, J'ai accepté cet honneur, et j'ai voulu prendre soin de l'enfant : mais sa mère, qui a regardé cet enfant comme un joujou, créé exprès par la Providence pour l'amuser, a voulu s'en emparer et en faire son passe-temps. Je lui ai alors déclaré que je ne l'entendais pas ainsi, et que je renonçais à la paternité. Aujourd'hui que le hochet n'est plus si plaisant, ni si docile, qu'il l'embarrasse et lui pèse sur les bras, elle voudrait bien s'en décharger et me le renvoyer : mais elle a eu le bénéfice, il faut qu'elle ait la charge, d'autant quelle est très conforme à la vie bourgeoise qu'elle veut mener, aux sentiments maternels dont elle sent ses entrailles émues, ainsi qu'à ceux de la religion qu'elle ajfiche à présent. Je sais quelle a la tête très foible : Je craindrais que le mal ne me gagnât; qu'elle ne fît tourner la mienne. Elle a peur du diable, et moi aussi; c'est ce qui m'empêche de l'épouser. C'est un démon incarné, qui fait enrager père, mère, sœurs, amants: jugei ce qu'il arriverait du pauvre mari.

Vous m'avei permis, madame, de vous parler librement sur cet objet; et Je me conforme à votre intention. Puisse ma sincérité vous égayer un moment ! J'imagine que c'est tout ce que vous ave:{ eu en vue dans cette négociation, trop au-dessous de vous par ceux qu'elle intéresse, mais admirable par cette bonté d'âme qui caractérise toutes vos actions. Le plus grand malheur de M"' Dubois sera sans doute de ne pouvoir plus contribuer à vos plaisirs; et quant à moi, je n'ai pas besoin de l'épouser pour vous être dévoué : je veux avoir tout le mérite à moi seul de l'hommage le plus volontaire.

A l'égard de Af' Raucoux, dont, madame, vous ave^ bien voulu me proposer le mariage au défaut de M'^ Dubois, c'est encore un effet bien neuf, qui doit nécessairement entrer dans le commerce et dont Je ne me soucie pas d'être

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le premier tireur, ni même l'endosseur. Quand il aura circulé, nous verrons à qui il restera.

Je suis avec un profond respect, etc.

Parti, le 3o «vril 1773.

"Le beau-frère, comte Dubarri, n'étoit pas celui qui coùtoit le moins cher à l'État. Son grand crédit auprès de sa belle-sœur lui faisoit envisager le trésor royal comme son fisc particulier. Il faisoit des pertes énormes au jeu, et cela ne l'inquictoit point; il ne s'en cacholt même pas. QucLiLicfois, lorsqu'il étoit en mauvaise veine et qu'on le plaignoit. il disoit : <« Xe vous cha<^ri)ic\ pas pour moi, mes amis, c est vous qui fayere\ tout eela. » Au printemps de cette année 1773, il s'étoit renferme au superbe château de Triel, que lui avoit prête le sieur Brisard, fermier général, auquel il appartient. L'objet cie cet emprunt avoit été d'avoir un lieu isole pour y rassembler des joueurs comme lui, et se livrer à toute la fureur de cette passion. Dans une seule séance, il perdit sept mille louis : il se vantoit alors d'être à son cinquième million. Pour réparer la perte dont on vient de parler, il donna, suivant la coutume, un mandat sur Tabbé Terrai. Celui-ci, qui se ressouvenoit des insolents propos tenus sur son compte, fiit récalcitrant. Le mandataire jeta feu et flamme contre le contrôleur général; mais le refus étoit concerté avec le duc Aiguillon, non moins piqué; et ce ministre avoit prévenu la belle-sœur pour parer le coup que le beau«frère eût pu porter à l'abbé auprès de la fisivorite. Le comte, instruit de cette manœuvre, n'en fut pas plus modeste ; il s'en expliqua ouvertement dans un souper, et déclara que si le duc d'Aiguillon oublioit les obligations qu'il lui avoit, il sauroit bien le faire sauter encore plus facilement qu'il ne l'avoit mis en place. Il

ajouta qu'il ne craignoii point de le dire tout haut, et qu'il désiroit que cela fût répété. Il faut croire que les ministres tremblèrent; car tout se raccommoda, et le réclamant toucha la somme qu'il réclamoit.

Peut-être ce qui contribua à la rcconciliaiion, ce fut la nécessité de se réunir pour captiver le monarque et le retenir dans les fers de la Comtesse. Un propos, tenu alors par Sa Majesté, les fit frémir. Des accidents, survenus à sa santé, inquiétèrent le roi : il n'en voulut rien laisser percer aux yeux de ses courtisans; il s'en ouvrit simplement au sieur tie La Mari inière, son premier chirurgien, auquel il avoit grande confiance. Il le fit coucher dans sa chambre, et suivit ses conseils. Le bruit courut que Sa Majesté, en lui témoignant ses craintes sur le délabrement de ses facultés, dit a cet Esculape : Je vois bien que Je ne suis plus Jeune, qu'il faut que J'enraye; et que La Martinih'e répondit : Sire, vous feriez encore mieux de dételer. Quoi qu'il en soit du propos, l'auguste amant se refroidit un instant envers sa maîtresse. Il étoit question d'un carrosse magnifique qu'elle avoit commandé pour la revue; mais le char ni la déesse ne parurent à ce spectacle, où il s'étoit rendu beaucoup de monde pour le voir. On prétendit que le roi, dans un accès d'humeur, avoit fait décommander le carrosse. Cet accès duroit encore à la revue; car tout le monde le remarqua. L'omission du duc de' Cossé, protégé par la Comtesse, à la promotion des cordons-bleus de la Pentecôte, fortifia les soupçons des courtisans; mais il ne faut attribuer cet oubli qu'au peu d'intérêt qu'y prit la favorite, qui lui savoit mauvais gré de n'avoir pu déterminer sa femme à lui venir faire la cour. Au contraire, on sut que le refroidissement de Sa Majesté n'avoit pas été long, et l'on eut des preuves du crédit, toujours plus grand qu'acquéroit la Comtesse. On vit le premier prince du sang à ses genoux.

Il étoit furieux de ne pouvoir engager Sa Majesté à permettre publiquement son mariage avec M"" de Montt'ssonj qui autrement ne pouvoit être reconnue duchesse d'Orléans. On avoit employé ce leurre pour déterminer sa maîtresse à le faire revenir à la cour; et l'on se moquoit d'eux, alors qu'on n'en avoit plus besoin. Le prince eut recours à la médiation de la favorite, qui lui répondit : Gros père (c'est le terme d'amitié dont elle se servoit envers le prince, qui est fort replet), épous^-la toujours : nous perrons à vous contenter mieux ensuite; vous sente\ que je suis fortement intéressé à vous seconder, compte^ sur moi. Et le duc étOrUans suivit ce consdl. On voit, en passant, parce ton de Êtmiliarité, à quel degré de bassesse en étoient venus nos princes pour le supporter.

Mp* Duharri àépXojdi sa protection et son pouvoir dans une chose plus honnête. Elle fit disgracier le chevalier d^Arcq pour une extorsion qu'il avoit /aite, et, malgré les pleurs de M"* de JLangeac et ceux du duc de La Vrillière^ le fit exiler à Tulle.

Il eût été à souhaiter qu'elle eût agi aussi efficacement dans une occasion plus essentielle. Elle reçut de Poitou par la poste une petite caisse, à Touvenure de laquelle il se trouva une requête de malheureux paysans, qui se plaignoient du pain qu'on leur fiûsoit manger : ils en envoyoient un morceau pour échantillon. Cette dame, touchée de leur supplique la<nentable, la montra au toi, avec le pain. Sa Majesté le rompit, l'examina, en goûta. On n'a point appris que les plaintes de ces infortunés eussent eu d'autres suites.

Un grand événement qui s'opéra dans la famille des Dubarri pendant le voyage de Compiègne, donna lieu à de nouveaux bruits, à de nouvelles intrigues et à une multitude d'anecdotes. Cet événement fut le mariage du vicomte Adolphe, le fils du comte Jean, l'espérance de la

famille, et sur lequel on vouloir réunir les plus éminentes dignités. Le pren^ier projet de leur ambition avoit été de lui faire épouser une tîUc naturelle du roi. connue sous le nom de Saini-And?'c^ cl élevée avec plusieurs autres au couvent de la Présentation. Cellc-lù étoit nubile. Louis XV eiûit déterminé à la donner au vicomte. Il fit appeler le sieur Von, homme de confiance, chargé de veiller à l'éducation de la jeune personne et à la manutention de son bien. Il lui fit part de son dessein. Le sieur Yon eut le courage de lui répondre que Sa Majesté étoit bien la maîtresse, mais qu'il ne consentiroit jamais ait mariage et n y prêteroit en rien les mains. Le roi témoigna sa surprise et une sorte de mécontentement à cet homme. II lui permit pourtant de s'expliquer. « Sire, lui répondit-il, il ne convient pas qu'une demoiselle, dans les veines de qui votre sang coule, fasse une pareille alliance : je ne discute ni le personnel du vicomte, qui peut être un bon sujet, ni Torigine de sa famille, qui peut être ancienne; mais cet hymen n'est point solide, et encore moins honnête. Toute la fortune du jeune homme est établie sur vos bienfaits; toute la considération dont il jouit n'est que précaire. Que, par un mécontentement de Votre Majesté ou par un événement fatal, cette famille perde son appui, voulez-vous que votre fille soit associée aux humiliations dont on la couvrira, aux persécutions qu'elle essuiera peut-être? Non, sire, cela n'est pas pos^ sible. » Le monarque, de mauvaise humeur, le renvoya, ' et ajouta qu'il réfléchiroit à ce qu'il lui disoit. Peu de jours après, il manda le sieur Yon de nouveau; il convint de la justesse de ses représentations, et lui déclara que c'étoit au marquis de la Tour-dU'Pin-la'Chorce qu^ïi vouloit accorder M"* de Saint-André. Ce fut ainsi qu'é* choua le plan des Duèarrt, Ib se retournèrent vers une autre demoiselle, dont l'alliance pouvoit être aussi très

avantageuse, et peut-être plus que la première, à raison des nouvelles vues qu'un tel sujet leur fit avoir.

Ce sujet ctoit M"' de Tournou, tille de qualité, de Normandie, âgée de dix-sept ans. et la plus belle créature de France, alliée d'ailleurs à ce qu'il y a de plus grand i!i la cour, mais pauvre. Elle ctoit alors au couvent de l'Assomption; et le prince de Soubise, qui l'avouoit pour sa parente, passe pour avoir eu la bassesse de proposer le premier cette alliance. Quoi qu'il en soit, elle fut acceptée de grand cœur. Le prince de Condé ayant épousé la fille du prince de Soubise se trouvoit mêlé dans la négociation. Il fut question d'avoir son agrément; il se rendit plus difficile que son beau-père. Il est ambitieu.x; il voulut se prévaloir d'un événement que la favorite désiroit fort, pour acquérir plu.s de crédit. Il proposa ses conditions : elles étoient qu'on lui donneroit entrée au conseil; qu'on lui paycroit aussi i,5oo,ooo livres de dettes qui le tourmentoient, et que le roi lui achèteroit son hôtel. Aucune de ces conditions n'ellraya, sauf celle de l'entrée au conseil, à laquelle Sa Majesté ne voulut pas comsentir formellement. Il paroît que les ministres, qui avoient intérêt d'écarter un conseiller aussi puissant, ne voulurent pas que le roi se liât. On dit qu'il suffisoit que Sa Majesté fît espérer de le Mre jouir de cette grâce après le mariage, sans assigner préasément le temps. Le prince, déjà leurré plusieurs fob de fausses ptomesMs, s'obstinoit à exiger, avant, d*être fidt ministre; et cene difficulté suspendit quelque temps un événement qui &isoit fermenter toute la cour pour ou contre. De fins politiques déterminèrent enfin Son Altesse par Tespoir d'acquérir une très grande faveur, dans le cas même où Ton ne lui tîendroit pas parole. Us lui firent entrevoir que W^'de Toumon, belle comme elle étoit, donneroit sûrement dans les yeux du roi ; qu'elle supplanteroit la&vorite; et qu'ayant acquis

sur cette nouvelle maîtresse l'ascendant que devoit lui donner son alliance et son rang, il la gouverncroit, et peut-être il se trouveroit à la tète de l'administration du royaume. Mais la Comtesse se refroidit un instant par les mêmes réflexions qu'on lui fit faire; et l'on crut de nouveau que le mariage ne s'accompliroit pas. Quelques partisans lui insinuèrent adroitement des craintes. Heureusement, elle les surmonta; clic prit son parti, et dit avec gaieté que si M"* de Tournon devcnoit la maîtresse du roi, une fois mariée au vicomte, au moins la place ne sortiroit pas de la famille. Il est certain que c'étoit le dessein du comte Jean : il avoit, depuis quelque temps, des mécontentements de sa belle-sœur. Il lui savoit mauvais gré de ne l'avoir pas soutenu contre les ministres, et d'avoir souffert qu'il fût éloigné de la cour; et depuis son retour même 0 avmt eu plusieurs scènes d'humeur avec elle. Le bruit avoit couru que, dans un accès de cette espèce très violent, il avoit exhalé sa bile par une chanson, où il se permettoit de rappeler de la &çon la plus piquante les choses les plus injurieuses à la Comtesse. Cette chanson commençoit à percer : elle étoit en effet très satirique, et de la plus grande grossièreté. On en va juger.

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