‹ Anecdotes sur la comtesse du BarryChapitre 26 sur 33 · ÉPITRE A MARGOT · texte numérisé non relu

ÉPITRE A MARGOT

Pourquoi craindroU-je de le dire/

Cest Margot qui fixe mon goût

Oui, Margot. Cela vous fait rire ?

Que fait le nom? la chose est tout.

Je sais que son humUs naissinca

N'offre point à l'orgueil flatté

La chimérique jouissance

Dont s'enivre la vanité;

Que, née au sein de Piildigence,

Jamais un éclat fastueux,

Sous le voile de l'opuience.

N'a pu dérober ses alauz;

Que, sans esprit, sans connoiiiuic^

A ses discours fastidieux

Succède un stnpide ailence :

Mais Margot a de si beaux yeux,

Qu'un seul de ses regards vaut mieux

Que fortune, esprit et naissance.

Quoi! dans ce monde singulier

Irai-je consulter <tHo^ierf

Non, raimable eafiint de Cythère

Craint peu de se mésallier :

Souvent, pour Tamoureux mystère.

Ce dieu, dana ses goûts roturiers.

Donne le pas à la bergère

En dépit des seize quartiers.

Et qui sait ce qu'à ma mal treiae

Garde l'avenir incertain?

Margot, cncor dans sa }eunesse,

N*est qu'à sa première folbletM :

Laissez-la devenir catio;

Bientôt peut-^trc le destin

La tera marquise ou Comtesse...

Le scandale que causoit cette épître contint l'amourpropre de Fauteur ; et quoiqu'elle fût telleniMt dans le style, la manière et le genre du sieur Dorât qu'on la lui attribuoit partout, il crut devoir la désavouer, pour se mettre à l'abri du ressentiment de la femme puissante que les ennemis de celle-ci vouloient reconnoître dans Margot.

as* ANECDOTES

Il poussa la dissimulation jusqu'à faire une seconde bagatelle en vers, où il décrioit fort la première, qui ctoit pourtant la meilleure de beaucoup; mais il ctoit question d'éviter la Bastille.

Le sieur de Ih'aumarchais fut le second homme de lettres qui éprouva une forte contradiction de la part de la favorite. Elle ne lui en vouloit pas personnellement; elle s'étoit même amusée fort de ses mémoires; elle avoit fait jouer chez elle un proverbe sur son affaire, intitulé : Le meilleur n'en vaut rien., dont clic avoit amusé le roi, et où messieurs du parlement nouveau ctoient très ridiculisés : mais le duc d'Aiguillon^ qui soutenoit quelques chefs de ce tribunal dont il avoit besoin contre le chancelier, modéra la gaieté de cette dame, lui en fit entrevoir le dani^er, et sentit la nécessité d'arrêter une comédie de cet auteur à h» veille d'être jouée à la (^omcdie-Françoisc. C'étoit une farce, intitulée: le BarHe}- de Séville, dan'^ laquelle on savoit que le sieur de Jieaumarchais a\oit inséré maints sarcasmes relatifs à son procès, et qui dévoient exposer les juges à la dérision générale. D'ailleurs il s'y prit très adroitement ; et comme M"* la dauphinc protégeoit la pièce et vouloit la faire jouer, il piqua l'amour-propre de la Comtesse, intéressée à remporter dans cette contestation sur la princesse, et elle réussit; /e Barbier de SiPtlle ne parut point.

La troisième anecdote littéraire, que nous avons à rapporter sous la même époque, concerne un libelle dont le ministre des affaires étrangères eut réveil. Il craignit d'y être compromis, ainsi que la favorite; et il se proposa de faire enlever l'écrivain. Cétoît un F^nçois, réfugié en Angleterre, qui y étoit connu sous le nom de chepolier de La Morande, et pour auteur du Gai^etier cuirassé. Ce moderne Arétin, se trouvant encouragé par le débit de son premier libelle, et ayant ramassé d'autres matériaux

pour y ajouter une suite, avoit imaginé une tournure plus prompte, moins pénible et moins dangereuse, afin de gagner beaucoup d'argent. Il avoit écrit à quelques particuliers riches de ce pays-ci qu il avoii sur leur compte des anecdotes très scandaleuses, mais qu'il cro3'oit de son lionnèteté de les en prévenir, et de savoir s'ils ne seroient pas fâchés de les voir ainsi révélées au grand jour; que, moyennant telle somme, il leur épargneroit ce désagrément. Plusieurs y avoient acquiescé, entre autres le marquis de Marigny. Encouragé par cet heureux essai, le sieur dê La Morande avoit poussé Paiidaoe jusqu'à écrire à VL** la Comtesse Dubarri pour la rançonner de la même manière. La favorite, alarmée, en porta plainte au duc d^ Aiguillon, Celui-ci 8*abouchaavec l'ambassadeur d'Angleterre, et le pria d'en écrire à la cour. Sa Majesté Britannique répondit qu*ellt ne s'opposeroit point à ce qu'on Ptnt enlever dans ses États, jr noyer dans la Tamise, ou y étouffer ce monstre, peste de la société, fléau de su semblables, pourvu que Pintrigue se conduisît dans le plus grand mystère, et sans blesser à l'extérieur les droite delanation. On y envoya en conséquence le sieur Bellanger, un de ces officiers aventuriers, risquant tout parce qu'ib n'ont rien à perdre, connu dans les tripots pour tenir la banque au pharaon. Voulant tenter fortune d'une autre manière, il s'étoit mis à la tète de cette mission secrète : il avoit pour associés à son expédition des suppôts de police» tels que Recepeur, Cambert, Finet^ etc. L'un d'eux ayant été voir indiscrètement M"* de Godeinlle, femmeperdue d'honneur, de dettes et de débauches, et réfugiée dans cepays^là, leur projet fut éventé. Us furent désignés dans les papiers publics : le bruit courut qu'ils avoient été attrapés et pendus comme espions. Malheureusement, cela ne se trouva pas vrai exaaement; ils furent seulement obligés de se cacher jus-

a54 ANECDOTES

qu'au moment favorable pour leur évasion. Ils revinrent en France, tellement frappés encore de terreur, que l'exempt Receveur en resta fol quelque temps. On voulut depuis employer des voies plus honnêtes : il passa pour constant que le sieur Preaudeau de Chemilljr^ trésorier des maréduussto, s'étant embarqué sous prétexte d'aller acheter des chevaux en Angleterre, avoit été envoyé par le nouveau ministre de la guerre, dont il dépendoit, pour acheter le manuscrit et qu'il avoit été chargé d'en ofirir jusqu'à 40,000 livres. Cette nouvelle négociation ne réus^ sit pas; et on verra qu'elle ne put être consommée entièrement que par le sieur de Beaumarchais. En attendant, cooune la fevorite trembloit à chaque instant que ce livre ne s'imprimât et ne se publiât^ elle fit donner par le duc €^ Aiguillon à tous nos ambassadeurs dans les cours étrangères ordre d'en arrêter la vente en tout ce qui dépendroit d'eux. M. le comte de Noailles, qui résidoit à la Haye, reçut surtout injonction de faire une réquisition auprès des États généraux, dont le résultat fut que Leurs Hautes Puissances donnèrent des ordres très sévères en conséquence : il courut chez tous les libraires d'Amsterdam le billet suivant, dont voici la traduction :

« En vertu des ordres donnés par messeigneurs les bourgmestres de cette ville, les chefe de la communauté des libraires font savoir à leurs confrères qu'ils aient à s'abstenir de la contrefoçon et du débit du livre suivant :

« Mémoires secrets d^une femme publique, ou essai sur les aventures de M'*' la Comtesse Dut***, depuis son berceau, jusqu'au lit d'honneur, In-8*. Londres, 4 volumes.

• Amsterdam, la mars 1774.»

Le bruit se répandit alors que M. le comte de La Foresi-Dii'oune, lieutenant-colonel du régiment de Conti et lieutenant de roi à Besançon, avoit été arrêté à Villejuif où il étoit déjà arrivé pour se rendre à Paris, et que son crime étoit d'avoir cherché ù introduire quelques essais de l'ouvrage. Cette anecdote, qui n'a jamais été bien éclaircie, semble fausse en ce que le livre en question n'a jamais été publié. Cependant l'affectation du duc d'Aiguillon à démentir un bruit qui devoit tomber de lui-même a donné lieu à quelques politiques de persister à croire qu'il y avoit quelque accusation de cette espèce sur le compte de l'officier.

Chaque année, le temps de Pâques étoit celui d'une crise pour M"** Dubarn, plus alarmante que tous les libelles. On faisoit des effi»ts auprès du roi pour le déterminer & fiûre ses Bâques. Madame Louise, que ce prince alloit voir souvent, étoit l'instrument dont le clergé se servoit pour la conversion de Sa Majesté. L'auguste carmélite redoubla de prières et d'insinuations cette année. On en avertit M"* /)irterrt, qui, dans le pre^ mier moment, prit gaiement la nouvelle, et dit : Eh àien, si Sa Majesté fait ses Pâques, Je ferai les miennes* Au fond elle fut très agitée, d'autant que les échecs que la santé du roi avoit reçus pouvoient contribuer beaucoup à son changement.

Mais après cette inquiétude, qui fut passée avec la quinzaine, elle en eut une autre : elle ne pouvoit s'empêcher de sentir la supériorité de la figure et surtout de la jeunesse de la vicomtesse Duiarri. EUe s'aperçut des intimités du duc d'Aiguillon avec la nouvelle mariée : elle connoissoit le tempérament ardent de ce ministre ; elle ne douta pas qu'il n'eût couché avec elle, et les courtisans crurent remarquer du froid entre la tante et la nièce. Au reste, qui pourroit sonder tant d'intrigues sour-

des et ténébreuses ? Il ctoit question en ce temps-là de projets bien plus dangereux pour supplanter ou remplacer la fa\oritc. Comme on connoissoit la nécessite pour le monarque, toute sa vie adonné aux Icnimes, de n être point sevré de tels plaisirs; que cependant on le voyoit visiblement devenir dévot, sort ordinaire de tous les gens foibles dans leur vieillesse, les deux cabales, qui divisoient la cour, songeoient à le marier. Le duc d'Aiguil' Ion, convaincu de l'impossibilité du mariage de conscience avec M** Duharri, en avoît imaginé un moins déshonnête. Une certaine baronne de Neukerque, fille de qualité, Allemande, etd-devant mariée à un Hollandois nommé Pater, lui parut l'objet propre à ses vues. Cette dame étoit encore jeune et charmante : elle avoit plu au monarque. Le prince paillard la convoitoit fort : mais par le conseil du ministre elle se rendoit diflBcUe ; die exigeoit un hymen secret, et pour mieux s*y disposer elle venoit de faire dissoudre son mariage suivant le rite protestant. D'un autre côté. Madame Louise^lt chancelier, l'archevêque de Paris proposoient un mariage en règle avec une archiduchesse, cdle qui n'avoit pas voulu d'époux et avoit dédaré qu'elle n'en prendroit d'autre que le roi de France. Louis XV flottoit dans'certe incertitude, et sans doute y fût resté longtemps; car il n'étoit nullement dégoûté de sa favorite; et rien à l'extérieur ne pouvoit &ire présumer qu'il changeât. Mais on avoit tendu un piège à celle-ci : die auroit été perdue vraisemblablement, si elle y eût donné. On lui fit entendre que sa santé exigeoit qu'elle allât aux eaux : on la prit par un motif d'intérêt personnel, et tiré des drconstances mêmes. On savoit que le roi l'excédoit de caresses lasdves et continues, auxquelles elle étoit obligée de se laisser aller, et de paroître y prendre une sorte de plaisir, qui irritoit les désirs de son amant impuissant, et l'enga-

geoit h recommencer. Cette contrainte, cette dissimulation, cet ciat de violence, où elle se trouvoit presque tous les jours, la suçoit, la minoit; et on lui lit comprendre par son médecin même que c'étoit la seule manière de prendre un repos nécessaire à son existence. Elle éloit dans l'incertitude de ce qu'elle devoit faire. Rien à l'extérieur ne sembloit lui devoir faire craindre ce voyage. Son crédit, ses folles dépenses ctoient toujours les mêmes; son audace à braver la famille royale, aussi impunie. C'est ainsi que M"'* la dauphine honorant hautement de sa protection le chevalier (iluck, qu'elle avoit lait venir de Vienne pour faire époque et révolution dans notre musique par son opéra à,^ I phi génie, la Comtesse, comprenant qu'elle ne pouvoit mieux s'illustrer que par une protection éclatante des arts, se piqua de rivalité à cet égard envers la princesse, et se disposoit ù faire venir d'Italie à gros frais le sieur Piccini^ le plus grand compositeur de ce pays-là.

M. le dauphin ayant témoigné son indignation à la vue du chfiteau que la favorite se faisoit construire dans l'avenue de Versailles à côté de la maison du sieur Bitiét, qu'elle avoit achetée et qui n'étoit pas digne d'elle, die n'en fit pousser les travaux qu'avec plus de vigueur et d'ostentation. Elle ordonna qu'ils fussent finis pour son retour de Fontainebleau : elle affecta de la pourvoir d'avance de tous ceux qu'elle y vouloit attacher; il fut principalement question d'un aumônier en titre, et beaucoup de prêtres, de curés de campagne, d'abbés de cour briguèrent cet honneur.

Un danseur de l'Opâra, qui menaçoit de passer en Russie, excita les regrets de cette dame, et donna lieu à une fermentation générale à la cour et à la ville. Il étoit question du sieur étAuberval, histrion connu par son talent rare : il étoit abîmé de dettes, et se trouvoit obligé

de s'expatrier pour mettre ordre à ses alTaires, ou du moins de se soustraire à ses créanciers. D'ailleurs la souveraine de ces contrées éloignées, toujours magnifique dans ses promesses, le llattoit des plus belles récompenses. La favorite se mit en tète de ne point perdre un tel sujet : elle tit calculer la somme dont il avoir besoin pour faire face à ses affaires; on trouva qu'elle se moiuoit à 5o,ooo livres. En conséquence, elle fit dresser un autre état de cotisation de la cour; elle fil elle-même la quête proportionnément aux facultés de chacun : on ne pouvoii ofiiir moins de cinq iouis, mais elle en exigcoit quelquefois dix, quinze, vingt, vingt-cinq, etc. Au moyen de cette tournure, la somme fat bîentdt complète, et les regrets des amateurs se calmèrent.

La quête domia lieu à un événement très heureux pour celui qu'il intéressolt. Un seigneur profita de l'occasion pour faire une représentation avant II dit que cette somme étoit au soulagement d'un pauvre gentilhomme, officier réformé, chargé de&mille, et qui sollidtoit depuis plusieurs années une modique pension. Pour preuve de ce qu'il avançoit, il présenta sur-le-champ à la Comtesse un mémoire, où tout étoit très détaillé. Il ajouta qu'il ne doutoit pas que l'humanité de M"* la Comtesse ne lût émue de ce qu'il lui apprenoit, et qu'elle n'appuyât ce mémoire pour dédommager le malheureux militaire des vingt-<inq louis dont elle obligeoit son bienfeiteur de le frustrer, en les appliquant au payement des dettes du sieur d^Auberval, La favorite sentit toute la force d'une remontrance ûdte en une circonstance pareille : elle se chargea de bonne grâce du mémoire, qui eut un plein succèh commfe cela devoit être, et qui vraisemblablement n'auroit pas été agréé sans cette tournure ingénieuse.

Le plaisant, qui avoit d^à feit écrire le sieur d'Auberpal à M"' Duharri relativement au mariage qu'elle

SUR LA COMTESSE DUBARRL aj9

vouloit (lùrc de cet histrion avec M"* Dubois, ne manqua pas de lui faire témoigner sa reconnoissance dans une autre épître, où l'on remarquoit l'aisance, la familiarité même qu'on avoit trouvée dans la première. On présume du moins que cette facétie ne pouvoit être l'ouvrage du danseur auquel on l'attribuoit. Nous allons l'insérer Id comme une pièce curieuse et rare.

LETTRE

du sieur d'Auberpalj danseur de VOpéra, à la Corn' tesse Dubarri, en remerciement de la qtUte qu^elle a bien voulu faire à la cour pour le payement des dettes de cet histrion.

Madame,

« Quelles obligations ne vous ai-je pas? et comment les reconnoître ? Investi, couvert, accablé de vos bienfaits, je viens d'éprouver de votre part une faveur unique, et dont il n'est aucun exemple en France à l'égard d'un simple homme à talent. J'étois abîmé de dettes; l'inconduite trop ordinaire dans notre état, la dissipation dans laquelle nous vivons, le luxe où nous entraîne la société brillante qui nous recherche, le gros jeu, devenu un besoin général, étoient les causes naturelles de mon dérangement. Cela me donnoit peu de droit ù l'indulgence publique. Aussi, tourmenté par mes créanciers, ne sachant comment les satisfaire, j'avois pris le parti de m'expatrier, d'aller en Russie, où l'on m'appeloit, et dont le ciel, tout rigoureux qu'il soit, auroit eu pour moi moins d'inclémence. Vous n'avez point voulu, madame, qu'une terre étrangère s'enrichît d'une perte, bien foible sans doute, et que vous avez daigné exagérer. Vous avez prétendu qu'il

AN£CDOT£S

seioît honteux que pour 5o,ooo livres on laissât partir un danseur aussi précieux (ce sont vos termes, et je rougirois de les rapporter si l'on pouvoit être modeste, honoré d'un suffrage comme le vôtre) : mais ce qui feroit tourner une tête plus forte que la mienne, c'est votre empressement à &ire participer la cour entière au rétablissement de ma fortune. Assurément vous pouviez seule me sauver du naufrage; c'eût été un âlet d'eau échappé d'un grand fleuve; il eût été plus doux pour mon cœur de n'avoir qu'une protectrice. Que dis-je I Je n'en ai qu'une en effet, et c'est à vous que je dois rapporter les bontés de tant d'illustres personnages. Vous avez prétendu que tous étant mes admirateurs, tous dévoient concourir 4 me garder. Vous avez établi une souscription, et vous sembliez n'ouvrir votre porte qu'en proportion du zèle qu'on mettoit à s'y inscrire. C'étoit une taxe véritable, dont vous greviez ceux qui vcnoient vous rendre leurs hommages. Autrefois, M'""" la marquise de Pompadour, cette femme charmante, qui vous a devancée dans la carrière brillante où vous entrez, que les arts ont rendue immortelle, parce qu'elle les a toujours accueillis et soutenus, fit faire une loterie pour Geîiotte^ : on a donné des bals pour Grandifal*^ une représentation pour Molé*^ grands hommes infiniment supérieurs à moi, et par leur talent, et par l'excellence à laquelle ils l'ont porté. Il vous étoit réservé, madame, d'envisager ma perte comme une calamité générale, et d'avoir recours, pour me conserver, à un de ces impôts extraordinaires que le patriotisme alarmé s'empresse de payer à l'envi. Mon dévouement, plus absolu que jamais à vos amusements, est la seule manière dont je puisse vous témoigner ma reconnois-

t. Aadea diantmr de POpéra.

a. Ancien acteur de la Comédie-Françoise 3. Actuel acteur de la Comédie>Françoise.

sance. Cest aux artistes, c'est aux gens de lettres de voua célébrer plus dignement. Qu'est-ce que le génie ne doit pas attendre d'une divinité aussi tutélaire, si vous daignez faire tant de choses à l'égard d'un homme à talent, uniquement recommandable par le bonheur qu'il a de contribuer à vos plaisirs? Déjà la peinture, la sculpture, la gravure se sont disputé la gloire de transmettre à l'Europe étonnée les grâces séduisantes de votre figure. Déjà les Muses vous ont couronnée de leurs guirlandes. Déjà le patriarche de la littérature, le prince de nos poètes et de nos philosophes, le vieillard de Ferney, s'est abaissé à vos genoux* et vous a rendu en sa personne les adorations et du Parnasse, et du Portique. Puisse son exemple encourager ceux dont le respect captivoit la langue! qu'il s'élève un concert général de \os louanges; et que le sceptre des arts et de la philosophie, tombé des mains de la marquise adorable, qu'ils pleurent encore, passe dans vos mains et leur rende en vous une autre Minerve! Je suis avec un profond respect, etc.

« PariSi ce 10 avril 1774. »

Vers les temps à peu près où cette plaisanterie parut, on donnoit la copie d'une lettre de Londres qui jetoit un grand jour sur le libelle dont nous avons parlé et sur son auteur. Elle est trop intéressante pour l'omettre; voici ce qu'elle portoit :

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