LES CINQ PONTS
COMPLAIMTK OK M*" OUBARRl.
Les ponts ont fidt époque dans ma vie,
Dit VAnge en pleurs dans sa cellule en Brie.
Fille d^un moine et de Manon Giroux,
J*ai pris naissance au sein du Pont^-aux-Chomx;
A peine a lui l'aurori.- tiics charmes, Que le Pont-Neuf vit mes premières armes:
Au PotU-eat'Change k plaisir je fittois Le tiers, te quart, snit nubL-, S'Mt bnurgeoisi L'art libertiii de rallumer les Hammes Au Pont'Rayat me mit le sceptre* en main; Un si liaut fait me loge au Pont-aux-Damu, OÙ j'ai bien peur de finir mon destin.
L'épi taphe suivante de LouU XV, en flétrissant la mémoire de fie monarque, portoit aussi sur sa &Torite :
Remplissant ses honteux destins»
Louis a fini sa carrière :
Pleurez, coquine! pleurez, putaini!
Vous arez perdu votre père.
Il n'y eut pas jusqu'à M'*" Arnoux, chanteuse de l'Opéra, renommée pour ses saillies et. son libertinage, qui dit : Nous voilà orphelins de pcre et de mère!
On fit dans le même temps un calembour sur la position où se trouvoit alors le ministre, assez juste :
Lee Barils s'enfuient
L'Aiguillon ne pique plttS, La Vrille est usée; Le Pwila est lent.
Le plus embarrassé de tous ceux-là étoit le duc Aiguillon.
Son attachement pour M""* Dubarri (avec laquelle son intimité la plus secrète étoit dévoilée, puisqu'on ne fiûsoit plus mystère de dire qu'il partageoit sa couche avec le
roi) et ses liaisons avec le beau-frcre étoient des griefs impardonnables auprès du jeune monarque. Beaucoup de gens l'avoient blâmé d'avoir recueilli chez lui la maîtresse de Louis XV; mais, outre qu'il ne pou voit se refuser aux ordres du prince, il auroit manque à toute reconnoissance, en abandonnant cette femme fugitive dans un instant aussi critique; et politiquement même il s'ctoit comporté avec beaucoup de finesse. Certain d'une disgrâce inévitable, il évltoit du moins le reproche d'une ingratitude marquée envers sa bienfaitrice, et succomboit généreusement. C'est ce qui arriva bientôt. La duchesse, sa femme, ayant été fort mal reçue au cercle de la reine lorsqu'elle s'y présenta pour la première fois, fut si piquée de cette humiliation, qu'elle témoigna à son mari son vœu d'aller s'ensevelir dans ses terres. U pensa comme elle : il regarda le mépris de la reine comme un airant-couieur desa propre disgrâce : il crut plus glorieux de la prévenir, et donna sa démission environ trois semaines après la mort de Loms XV, Pour combler ce que cet événement avoit de funeste pour M"* Duàarrt, en lui ôtant le seul vrai défenseur qu'elle eût à la cour, le duc de Choiseul^ son plus cruel ennemi, reparut.
Les deux dernières pièces que nous ayons à recueillir pour compléter cette histoire, c'est une lettre prétendue du comte Jean, réfugié en Suisse avec des passeports du duc (^Aiguillon, et une généalogie des Duiarri.
La première est écrite au sieur Dessaint, sa créature. Le sieur Duharri y rend compte de son désastre, de sa fuite, de sa retraite. Il &it un parallèle piquant des mœurs du pays où il vit avec celles de Paris. Il regrette cette dernière ville, pleine de ressources pour les gens industrieux comme lui, au lieu qu'il n'en voit aucune où il est. II fait quelques réflexions sur sa belle-sœur et finit par philosopher sur les vanités de ce monde. Cet écrit.
qu'on ne peut raisonnablement croire authentique, n'en est pas moins agréable et contient des anecdotes curieuses. Il est rare et mérite d'être inséré ici tout au long.