‹ Anecdotes sur la comtesse du BarryChapitre 3 sur 33 · XVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVIII PRÉFACE

sortiliges endiablés de la courtisane, qui était, paràtt'il, grande prêtresse dans la religion des raffinements vénériens. Sous le charme puissant de ces troublantes sensations, Louis XVne put contenir sa vanité diamant, ses ivresses intimes, et, comme il narrait ingénument au duc de Noailles les jouissances inédites qu'il venait de goûter : « Mais, Sire, interrompit ce gentilhomme, avec une franchise à la Brantôme, Votre Majesté n'a-t-dle donc jamais été au b ? *

Pour vif que sot/ le pr opos, il résume mieux que vingt p^iges d'histoire la situation du roi vis-à-i'is de sa maîtresse. La femme qui tenait ainsi, par des affinités sensuelles, ce paillard, à la fois naïf et corrompu, devait s'implanter dans sa vie comme ces sortes d'épingles, dites greluchons, qu'elle campait glorieusement dans sa chevelure, lors de ses amours avec le coiffeur Lamet. La petite Lange cependant, asse!{ habile pour tenir de nuit le roi en échec, manquait de cet esprit tt intrigue qui devait la maintenir en place en dépit des médisances et des cabales du plein jour. Elle avait tesprit erroné, le caractère bon enfant, l'âme compatissante, et elle eût préféré mille fois quitter la cour que de tenir tite à tous les ennemis que sa situation lui suscitait, si, dans Nombre, derrière elle, ^ambition du comte Jean Du Barry ne lui eût fourni des armes en lui en enseignant l'usap^e.

Le Roue avait de longue main mûri tout le bénéfice qu'il pouvait tirer de l'élévation de sa maîtresse; doué d'une rare intelligence, plein de prévoyance, dressant ses plans avec sûreté, dépourvu de tout cœur et de toute conscience, il était trop joueur, trop féticheur, pour

iaisser se briser dans sa main l'unique cheveu de toccasion ft^il avait su saisir au passage,' Il était de force à animer de son souffle le beau marbre qu'il avait placé sur les marches du trône, et à faire mouvoir cette statue séduisante selon les besoins de sa cause.

Alors que les pamphlets, les chansons satiriques contre la sultane favorite se montraient encore timidement, ce fut à son instigation que son frère puîné Guillaume, sorte de gros gentillâtre perdu de débauche et de dettes, s'en vint à Paris pour légitimer aux yeux du roi et de ses sujets le nom de comtesse Du Barry, que portait la file de Jacques Gomard de Vaubernier, qui, sans la formalité de ce mariage, n'aurait jamais pu prendre rang à la cour ni affronter le grand scandale de la présentation à Versailles.

Ce fut le premier septembre ij6S * que la nouvelle comtesse en titre fut conduite aux pieds des autels par le comte Du Barry, Sur le registre des mariages de Saint-Laurent, on retrouve, à cette date, l'acte matrimonial qui est encore inédit ou tout au moins peu connu *; le voici : « Ce jourd'hui, furent mariés : Messire Guillaume, comte du Barry, âgé de trente-six ans, de la paroisse Saint-Eustache, capitaine dans les troupes détachées de la marine, fis majeur du deffunt Antoine Du

t. Le contrat fut passé Iç 23 Juillet ij68 par-depmt les eoH$eillen du roi, notaires au Chdtelet de Paris. Il est divisé en VII articles très curieux et signé par les deux frères Du Barry, par Jeanne Vaubemier,par un sieur Cruel, négociant, comme fondé de la procuration de lamèreiûsDu Barry, far Anne Béa» et son nouvel époux Rançon. — Dans les Mémoires de la Société des sciences morales, lettres et artsde Seine-et-Oise. Vol. V, j}i5g, M. Leroy l'a reproduit dans une étude pleine de documents authentiques,

2. C'est le Dictionnaire critique debiogrHptiieetd'lii*toire,|Mril.«tof, qin mm/wnit ce iocioMMf.

XX PR lé FACE

Barry, ancien capitaine dans le régiment de l'Isle-de- FrattCtf chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint- Louis, et de dame Catherine-Martine-Cécile de La Ca;e, et demoiselle Jeanne Gomard de Vaubemier, âgée de vingt-deux ans S demeurant de fait et de droit, depuis plus d^un an, rue du Ponceau, paroisse Saint-Laurent, fille de défunt Jean-Jacques de Vaubemier, intéressé dans les affaires du roi*, et d^Ame Bieu dite Quantigw)r. »

Sur cet acte. Du Barry le Roué signa le Chevalier Du Barry.

Aussitôt la célébration de ce mariage de comédie, le comte Guillaume repartait pour Toulouse a»ec une indemnité rondelette sous forme de dot pour le rôle qu'il opait bien voulu jouer, et la nouvelle comtesse accompagnait Louis XV à Compiègne et s'installait peu après dans le logement de Lebel, à Versailles, au deuxième étage, juste au-dessus des appartements du roi K Elle y était à peine qu'elle recevait de son ancien amant , alors son cher beau-frcrc, cette jolie lettre pleine de douces recommandations sur sa conduite à tenir :

« Vous voilà, ma chère sœur, au plus haut point

j. Jeanne Gomard de Vaubemier naquit le ig août 1746 et non point en tj44 comme le prHendei^ A tort la plupart /lev Hograpkee. Elle fM

baptisée le jour même à Saint -Laurent de Vaucouleurs. C'est une chose digne de remarque que J/*"* Du Barry sembla vouée aux églises Saint- Laurent Ion de sa naiuanee et de ton mariage.

3. Jean-Jacques Gomard de Vaubemier était receveur des deniers pu- Hici à Vaucouleurs, et non pas commis aax barrières, comme l'ont qualité les diaicmiaires fidstoire.

3. La maîtresse du roi ne séjourna point Inuf^tcmps dans ce logement. Le 22 décence 17 dS, l'intendant de Sa Majesté lui passait bail en xom nom pour mt hStelà Vertaitles, rue de POrangerie, destiné à loger ses gens et ses équipai^es. — Quelques années après elle louait Phôtel de Luynes et achetait rue de Paris, à Versailles, un pavillon que Ledoux troMtforma en an kSiel eonsIdéraUe,

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d'élévation où vous pouviez aspirer, mais, pour vous jr maintenir, il Jaut user de la plus grande circonspection, avec le roi en particulier. Sqfr&^ toujours gaie, folle, en' jouée; mais en public, prene^ U ton le plus honnête, le plus réservé, enfin le ton de la cour. U ne faut point pour cela avoir de la hauteur; au contraire, vous deve^ avoir la plus grande politesse et la plus grande affabilité envers tout le monde, surtout envers les femmes. Songe^ qu'elles sont toutes envieuses de votre sort, et qt^il fity en a aucune qui, en vous témoignant cependant beaucoup d^amitié, ne désire votre chute. Tâchei par tous les moyens possibles d'amener dans votre parti le duc de Choiseul. C'est un ministre tout-puissant qui fait de son maître tout ce qu'il veut. Ecrirez-moi fous les Jours; pour ne point offusquer les personnes en place. Je resterai à Paris et J'irai rarement à la cour. »

Et, comme la favorite se plaignait du mépris du duc de Choiseul et de la morgue intolérable de la duchesse sa sœur, ^excellent conseiller ajoutait :

« Ne pouvant nous concilier les Choiseul, ne faisons rien qui puisse nous les mettre à dos. Si, après avoir tout tenté pour nous les rendre favorables, nous ne pouvons y réttssir, alors, en les ruinant sourdement, nous serons contre eux ce qu'ils sont en ce moment contre nous. Mais soyùus asse^ réservis pour ne tenter aucune démarche d^éclat sans auparavant nous être donné un parti asse^ fort pour contrebalancer le leur. »

On sait commpit la belle Bourbonnaise prof ta de ces conseils, et comment le duc de Choiseul finit par s'apercevoir qu'il n'avait point usé suj^samment de politique vis-à'Vis de la petite Lange. Mais nous ne suivrons

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pas A/"" Du Barry dans cette partie de sa rie guj retracent fort exactement jusqu'à la mort de Louis AT les anff^i>W* que nous publions. Toutes ces rivalités de ia cour, ces inirigues infinies qui aboutirent à la présentation du 22 avril Jj6p,ces menues historiettes feraient plus à^uH volume. Ce sont les miettes de tkistoire; si dUs sont nUéressantes â recueillir, elles sont longues à coordomÊor et à présenter en un tout. Ce n^esi point id leur place.

Il nous faut attendant recomuStre quecette créature, qui sut si solidement établir son potanir sur ternit du roi, ne fut pas, comme d^Étiolles, une intrigante ambitieuse, Jouant par-elle mime un rôle de premier ministre, ayant sa cour, distribuant pensions, places et lettres de cachet. L'un des auteurs de la Galerie des Dames irancaiscs \ peut-être Laclos ou Rivarol, l'a fait justement remarquer dans un portrait trcs fouillé de M"" Dubarri, sous le nom ii'Elmire, dont voici les principaux traits :

« Ce qui a valu des éloges à Elmire, ce n'est point d'avoir atteint le trône des rois, — elle y fut comiuite par deux aveugles-nés : la fortune et l'amour, — mais bien d'avoir demeuré dans sa position sans prétendre passer du lit de son amant dans son cabinet, ainsi que le fit cette femme altière (M** de Pompadour) qui donna des maîtresses à son roi, des généraux à ses armées, des prélats à fÉglise^ des cachots à quiconque se permettait des murmuru imprudents, femme mfyrisable, que quel-

r. I,a Galerie des ^tals pcncraux et des Dames françaises (par le marquis de Luchet, Laclos et les auteurs des Actci» des apôtres), ijgo, $ V9i. M». Tom ni, fp, it4«t «(rfMWtet.

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quts poites wudqyé» ont dérobU à Voijpprobrt mais dont le nom fty échappera pas.

« Elmire faisait un pas immense, et, quittant son humhle toit pour le palais des rois, ne s/y trouva pas déplacée, diés qvton lui eut donné le temps de se familia" riser avec les physionomies vertueuses de la cour. Mais aussi, quand son r^le eut changé, et que ces mêmes physionomies firent plus que ftaâxmàr devant elle, la sienne ne s'enorgueillit point; elle n'humilia pas même les personnes qu'elle pouvait perdre; — Elmire ne redoutera point le jugement de la postérité. Elle n'a flétri que ialtière Montcspau, la prude Mainienon, l'ambitieuse Pompadour, trois sujurs voluptueuses ; mais elle fait pardonner le délire des sens à la femme qui n'a rendu son amant ni cruel, ni injuste, qui ne lui a point donné un sérail, qui ne l'a point éloigné de son peuple et des o^pations de son laborieux métier. »

M** Du Barry en effet tte congfrit rien à la politique ni aux intrigues de la cour; tout cela lui <t puait aune^^ selon son langage de Jtlle; elle tenait tout de la nature et rien de la culture des arts; â peine était^elle à Ver^ saUles qt^eUe voulait sten aller. Que lui importaient ces cabales, cescUAauderies, ces sourdes menées des d^Aiguilkm et des Matgfeou â cet être fait tout pour l'amour et les soubresauts d'alcôvel On lui soufflait ses moindres mots; et, lorsque jonglant avec deux oranges, elle criait avec l'espièglerie de sa voix de gamine : « Saute^ Choiseul; saute, PrasHn ! » elle n'était encore que l'instrument d'un parti, la raquette, tenue par d'Jiabiles mains, qui faisait parader et rebondir devant les yeux du roi les ridicules de ses ministres. — Louis XV était vaincu par la

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