‹ Anecdotes sur la comtesse du BarryChapitre 4 sur 33 · XXIV PREFACE · texte numérisé non relu

XXIV PREFACE

familiarité câline et par les mutineries d'enfant de sa friponne maîtresse. Les amants qui n'ont pas en eux le ressort étunit volonté hien trempée ne sont^ih pas tous les mêmes? Lorsque, vis^-vis de cette petite folle au regard si capiteux et au rire enivrant, Louis, le bien^imé, sentait le contact de ces deux beaux bras charnus sur son col, et qu'il voyait, sur ces lèvres humides des baisers donnés, une tendre requête, modulée comme un ié{aiement boudeur de baby, il souriait, promettait et tenait galamment ses promesses. — « La FVance, lui disait-^lle un Jour doucement devant le portrait de Charles I", de Van Dyck, vois ce tableau; si tu laisses faire ton parlement, il te fera couper la tête comme le parlement d' Auf^leterre la fît couper à Charles; » et du coup, le roi, visiblement frappé, prenait la résolu/ ion d'enlever au parlement la procédure du procès d'Aiguillon.

N'était-elle pas étourdie, affadie et comme écœurée, cette trop fortunée Manon, au milieu de cette foule de courtisans et devant cette bassesse humaine, ces génuflexions, ces lâchetés et platitudes de toutesorte? Tous les jours, cette valetaille de l'ambition augmentait autour (^elle et s'étendait à terre comme im t^s sur lequel die dédaignait £ appuyer ses pieds mignons. Par instant, elle sentait de sourdes révoltes contre tous ces représentants itune noblesse scandaleusement abaissée, dont quelquesuns, comme le duc de Tresme, ne craignaient point de se faire ses bouD'ons et de se laisser ajfubler de sobriquets qu'ils portaient avec des manifestations de Joie simiesqtte dont le ridicule faisait se pâmer Zamor, son petit nègre favori. Quoique plébéienne, elle avait le sentiment et l'admiration de la Jierté, et cette courtisane à laquelle le ha-

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sard avait donné ces superbes armes pariantes : Boutez en avant, concepait fort bien l'avilissement de ceux que sa faveur mettait à ses genoux. — Aussi, lorsqu'elle se /ai" sait, au saut du lit, encore à demi nue, présenter ses mules par le nonce du pape, ravi de cet excès d'honneur, elle obéissait au mépris que tous ces dignitaires sans dignité lui inspiraient.

Que poupoit'on lui reprocher? De dihgnder le trésor royal, ^amoindrir le prestige de la monarchie, de ravaler à sa mesure le caractère de toute une cour soumise à ses caprices? Certes, non; elle resta dansla logique de son rôle de fille galante, elle fit son métier, obéit à ses instincts, et, comme l'exprime judicieusement l'un de ses historiens \ « elle est cette charmante machine de destruction qu'est une jolie maîtresse dans un grand héritage. Dans sa philosophie de nature, dans son rire qui tutoie tout, dans son insolence de camaraderie, dans ses malices de lutin, effrontées, naUvcs, charmantes, dans cette inqpatience de toute hiérarchie, dans ce rabaissement de toute grandeur, iljr a le fond et la vengeance fatale de toute impure, ce je ne sais quoi de pareil à la main d'un enfant gâté qui brise les choses en se Jouant. »

Cest donc à Louis XV qt^incombaient toutes les fautes, aussi la royauté en fut atteinte. A cette ^9oque couraient les vers suivants sur le mot royalement :

Le mot roytOement, |«dls était louange;

Tout ce qu'on faisait bien, était fait comme un roi.

On disait : comme un dieu, comme un roi, comme un ange;

Mai» aujourd'hui ce mot est d'un tout autre aloi;

Juger royalement, c'est dire n'y voir tTouttc,

Et n'écouter jamais qu'un gueux de chuncelîcr;

Payer royalement, c'est faire banqueroute;

Vivre royalement, c'eat être putaseier.

t. MM. de GoHCOurt.

xzvi PRÉFACE

Le règne de Du Barry prit fin à la mort du roi, et sa vie, à dater de sa retraite à l'abbaye du Pont-aux- Dames, prend une tout autre allure qui ne saurait être qu'à son honneur. Nous ne la suturons point à Saint- Vrain près d'Arpajon; à Luciennes, oit, grâce à Maurepas, il lui fut permis de revenir; à Londres, à la recherche de ses diamants; à Paris, à la prison des Anglaises et dans la maism d'arrêt de Sainte-Pélagie ainsi que devant le tribunal criminel révolutionnaire du i6 frimaire de Van II de la république.

L'ancienne maîtresse du tynn Louis XV, condamnée à mort, fut exécutée sur la place de la Révolution le i8 frimaire {S décembre 179S). On a osé lui reprocher sa faiblesse devant le fatal couperet, La pauvre bonne Jillelquel était son crime? « Encore un moment, Monsieur, je vous prie, dit-elle au bourreau, avec cette voix douce et caressante à laquelle on avait toujours obéi : encore un moment! )) mais déjà la miiiiionne tête était au panier, souillée de plus de sang qu'elle n'en avait Jamais fait répandre. Curtius modela son masque en cire coloriée, dans ce cimetière même de la Madeleine oii elle fut inhumée à quelques pas de Louis Xl^I et de Marie-Antoitietie; à côté de Charlotte Corday et de M'^ Roland.

Au nombre des ouvrages^ études ou notices biographiques sur M^Du Barry (et ils sont nombreux)*, nous

I. Nous cUerons particulièrement les Remarques sur les anecdotes de

n'en connaissons point de plus original, d'tme note plus aimable et plus Juste que les Anecdotes que nous publions sur l'édilion, portant la rubrique de Londres, parue en I volume in- 12 vers novembre bien que le titre

présente la date de J776.

Ce livre à son apparition eut un succès immense, succès de curiosité, un an à peine après la mort du roi, mais aussi succès d* estime — dans le meilleur sens du moi ^ car ces anecdotes, véridiques en grande partie, accusaient de la part de l'auteur des recherches minutieuses à des sources certaines, et un talent de chroniqueur indiscret qu'on ne pouvait méconnaître. Le scandale fut grand, on prit la plume pour et contre ces audacieux mémoires et ton vit paraître tour à tour des remarques, des réfutations, des recueils de toute nature au sujet des Anecdotes

la comieMe Du Barri, par M"* Sara O. (Goudarj, Londres, 7777. — 7*r2!f mattvaite r^fltUtthm. — Le Prédt historique de la vie de M*^ la conucssc Du BaxTff avec son polirait, Londres, 1774, in-S"; œuvre sans vaUur que l'on reneontro à la Mlle dt la Gazette de Cythère et qui fia traduite en attemand. — La Vie d*uoe courtisane du xTtu* siècle. S. L., tyyÔ, in-H", ouvrafjc attribué à Morande. — Mémoires authentiques de la comtesse Du Barry, extraits d'un mcuniKrit fue po$tède M"* la duehesiede Villeroi, Londres, 1773, in-8*. — Vie de M"** la comtesse Du Barry, intrigues galantes et politiques, / 790, in-S", de l'imprimerie de la Cour. — Les Mémoires historiques de M"* Du Barry, publiés en 2 vol., Paris, 180 3, par M"* Guénard, sous le pseudonyme de NN. de Faverolles; excellente biographie très nourrie de détails et de documents authentiques. — Mémoires de M"« Du Barry, Paris, iSsg-So, 6 vol., in-S*. ou 1^45, 5 vol., in-S*. — Compilation de Lamothe-Langon sans la moindre autorité. — Mentionnons encore : M"* Du Barry, par Cape- Jigue, dans sa collection des Reines de la main gauche, œuvre de parti pris, aussi mal conçue que lourdement écrite. — En iS6i, M. Emile Outtrelfit paràUrê t vol. in-S", Paris, Pion, sous ce titre : Nouvcliee à la main sur la comtesse Du Barry, trouvées dans les papiers du comte de **'. — Jlny a là qu'un ingénieux arrangement, sans plus grande valeur que iet trauaux de MM, Arêhm Houest^ ou Imbert de StUnt^maud que nous ne citerons pas. — Indiquons enfin une exceUente étude de M. Jules Soury, dans ses Portraits du xtiii* siècle.

XZTIII .PRÉFACE

de M"* la comtesse Du Barri. — Le Gazeder cuirassé opait fait moins de àruit, cinq aimées atqparapont; pendant plusieurs mois, les exemplaires firent prime, et Vex- J'arorite fut troublée jusque dans sa retraite par les jaciums occasionnés par cette publication de haute sai>eur. L'Espion ang\a[9,\ toujours au fait des aventures du Jour, relate l'échang-e de deux lettres {à la date de décembre entre M"^ Cahouët de Villers et la Comtesse. Voici les principaux passages de la missive de M"* de Villers à AT** Du Barry :

<c Les Anecdotes sont arrivées ici par la voie de M. de Vergennes. Ce ministre, instruit par ses correspondants de l'existence du livre, a chargé quelqu'un de le lui envoyer. Comme il est presque le seul homme de la cour quijr soit loué, cet ouvrage a dû trouver grâce à ses yeux. Il en a procuré des exen^Uûres à M, de Maurepas; il m'en était tombé un sous la main, lorsque fai reçu votre lettre. Ainsi, ces Anecdotes ne m'étaient point inconnues, mais je vtai pu les avoir que pour quelques heures; chacun songe à soi, et Je voulais voir ce qi^ony disait de moi. Par une espèce de miracle. Je n'y suis point, et Je ne sais à quoi attribuer cette réticence : ce ne peut être à l'ignorance de l'auteur, trop bien instruit sur tout le reste et sur les choses les plus cachées; ce n'est pas non plus une complaisance de sa part, car. Dieu merci! Je ne sais quel il est. Quoi qu'il en soit, comme vous êtes intéressée et empressée d'avoir ce livre, je l'ai fait chercher à pied et à cheval, et Sauvigny — [sans aucun doute, l'auteur du Parnasse des Dames) me l'apporte, —

/. L'Espion inglait, tom JI, page 3iS.

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Si ç avait été un libelle contre vous, cro/es^ que Je ne me serais point chargée de la commission; mais sûrement, il ne ressemble en rien à celui du sieur de Morande \ et, si Vicripain n'est pas de vos amis, il ne faut pas le 'dompter non plus au rang de vos ennemis, A ^article de la galanterie pris, sur lequel vous êtes assej( philosophe pour ne pas vous défendre, il rend Justice à l'excellence de votre cceur et ne vous attribue en rien les maux de tÉtat, Vos adversaires y sont plus maltraités que vous, et la duchesse de Grammont, peinte de main de maître, est plus diffamée en dix lignes que vous dans tout k reste de l'ouvrage...

« On vous y défend même jusqu'à rejeter et démentir tous les contes populaires accrédités sur votre naissance, prouvée légitime et honnête; autre point qui vous touche peu, préjugé au-dessus duquel vous êtes! Je ne vous ai Jamais connu la morgue de vouloir descendre d'une ori' gine illustre. Vous êtes charmante et pétrie de grâce, vous ave^ le talent de plaira au suprême degré : voilà vos titres, contre lesquels nos douairières échangeraient bien leurs parchemins, n

Et Du Barry de répondre, aussitôt lecture faite de l'ouvrage qt^elle venait de recevoir :

a Vous ape\ raison, ma chère amie, c'est à quelques égards tauteur des Anecdotes qu'il aurait fallu sou^

I. Thévtnot de Morande, l'auteur du Gazctier cuirassé, dont AT"» Du Banyfpar l'entremise de Beaumarchais, acheta les pamphlets. Voir, m sujet de ce libellitte , notre édition de la Chronique scandaleuse, fp. 17-283, et Beaumarchais et son temps, par Louis de Loménie. Thévenot de Morande atmomça, en 177 2, l'ouvrage «nqiieitiOM:Vlcmoire& secrets d'une femme publique. // parut à Londres, sous ce titre modifié: Anecdotes secrètes sur M*"* la comtesse Du Barri, 2 part., in-12, 1772.

XXX PlÉFACE

doyer, s'il eut été homme à cela, et noti ce ^-ueux de Morande, que l'on m'a fait payer si cher pour m'avoir dit les injures les plus infâmes d'un style plat et dégoûtant... — Je ne m'attendais pas à ce que vous m'enpoye^. Quel homme! il semble qu'il ait été mon ombre : car, à quelques addi/i<j)is près, qu'on ju^e bien placées là pour remplir la suite de ma vie sans interruption, on ne peut guère tenir un Journal plus exact de mes actions. Ma foi f puisque je suis destinée à occuper une place dans l'histoire, j'aime mieux la devoir â cet écrisfain qu'à tout autre» J'espère qu'il empêchera qu'on ne me défigure, et certainment on ne me peindra Jamais mieux que lui. Que de finies il m*a rappelées que f avais presque oubliées moimême! L'histoire est un peu arrangée, mais au fond en est très vraie. Celle du perruquier me fait encore plaisir quand fjr songe. Je ne puis dissimuler d'avoir eu quelques accointances avec La Gourdan; mais, en ejfet, Vintérrêt ne m'a Jamais conduite che^ elle. En vérité, le souvenir de celfeMaqua, qui en humilierait d^autres, me réjouit, et Je me rengorge en voyant la puissance de mes charmes qui n^ont fait faire tant de chemin. Cest là la véritable royauté. »

Quoique .\ [athieu-François Pidansal de Mairobert, le censeur royal et le secrétaire des commandements du duc de Chartres, soit â la fois l'auteur de ces Anecdotes sur la comtesse Du £arry% ainsi que le principal rédac-

I . Mairobert est également VOKteitr étt Lettres originales de M™* Du Barry, que nous avotxs citées au eour» de cette notice. Mairobert, ni «n 1707, fltt compromis dm$ te procès du marquis de Bmtmjr dont il $e trouvait te créancier pour une très fnrte somme. Le parlement lui h^igetk un blâme public, par arrêt du 2j mars 177g {il avait alors 72 M0. Maîrobertt se entrant déskouori, fwmrit les veines aux bains de Fane-

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SUR LA COMTESSE DU BARRY. xxxi

leur de /'Espion anglais, et bien qu'on puitsê en conclure, le plus logiquement du monde, que ces deux ingénieuses lettres sont de sa façon, il n'en demsure pas moins certain qu'elles tg/portent sur cet ouvrage un jugement aussi audacieusement porté que curieusement présenté, Cest offrir m commentaire sous la forme la plus piquante que de le laisser faire, par une rouerie ^écrivain Hen digne du dernier siècle, à VhércXne mime du roman en question.

Mairobert, en tant qu'écrivain, était conformé, du reste, pour toutes les souplesses de la Ittlératuj-e d'actualité. Il semblerait qu'il fût bulletinier de naissance, et, si l'on ajoute à ses dispositions innées le long- séjour qu'il fit che:^ A/"*" Doublet, dans la maison de laquelle il fut élevé, au milieu de la société littéraire la plus au fait du journalisme de l'époque, on conviendra qu'on ne saurait mettre en doute sa b<nme foi dans les récits qui suivent. Au surplus, la mort dramatique de Mairo^ bert est une garantie de l'extrême délicatesse de son point d'honneur; il ne voulut point survivre à wt blâme public, et il n^eût point souffert pour le moindre de ses ouvrages la mésestime de ses condtqjrens.

En donnant une nouvelle édition de ces Anecdotes, nous avons apporté tous nos soins à en corriger le texte, souvent défectueux, dans les nombreuses éditions et contrefaçons qui se trouvent asse\ communément. Nous y avons joint un index indispensable aux recherches des curieux ou des travailleurs; pour tout dire, nous avons placé dans un cadre digne de lui cet ouvrage qui restera,

vin et se tira un coup de pistolet dans la bouche. Rit(f dê Ltf BrtlOiUlâet la plupart de ses ewUemporaiHs en parlent avec élogt.

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