‹ Anecdotes sur le Mal de RichelieuChapitre 20 sur 24 · A BAYONNE EN · texte numérisé non relu

A BAYONNE EN

A vous, adorable duchesse, Dont le suffrage donne un prix Aux bagatelles que j'écris, C'est à vous seule que j'adresse Ce récit fait en voyageant :

Vous verrez bien qu'il est sincère ; Et je m'y plaisois en songeant Que le sujet vous en doit plaire.

Nous partîmes de Bordeaux le 2 avril, et, au sortir des portes, nous entrâmes dans ce pays inculte et inhabité qui sépare deux villes opulentes, Bordeaux et Baronne. Nous traversâmes

Des sables, de vastes déserts, Des forêts de pins toujours verts,

Sans oiseaux, même sans ombrage; Le dépouillement des hivers Est moins triste que leur feuillage; Aucun son n'y troubleroit l'air, N'étoient les cris qu'aux cieux envoie Quelque voyageur qui se perd, Ou des loups qui manquent de proie.

Près de ces lieux inhabités, Si mon héros longtemps réside.

Bientôt des bourgs et des cités Sortiront de leur sable aride; Engagés par leur propre choix, Les peuples y viendront par bandes.

On fit vingt projets autrefois.

Mais c'est la douceur de ses lois Qui bientôt peupleront les landes,

M. le maréchal traversa ces déserts dans sa dormeuse, voiture singulière où, mollement couché, il court aux grands travaux.

Dans un de ces cruels départs,

Qu'une foible amante redoute,

Vénus en fit présent à Mars, Pour que ce dieu, courant s'exposer aux hasards, Fatigué des adieux, s'en reposât en route.

M. le comte d'Estillac, M. le chevalier de La Tresne, M. de Marsilly, M. le baron de Tuillier, le précédoient de quelques heures pour la commodité des trois relais, qui ne sont pas nombreux dans ce pa ys.

Et j'en étois, moi, qui rimant sans peine Comme un antique troubadour.

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