‹ Anecdotes sur le Mal de RichelieuChapitre 6 sur 24 · RULHIERE ET RICHELIEU VII · texte numérisé non relu

RULHIERE ET RICHELIEU VII

A Versailles, il est dans l'intimité d'un jeune roi qui voit en lui l'homme le plus brillant de sa cour par ses talents et les grâces de son esprit; un homme dont il a admiré les dépêches au conseil, que ses ministres consultent et dont les femmes se disputent la conquête. Richelieu est l'âme des plaisirs, l'arbitre du goût; c'est le modèle que la jeunesse se propose. Dans une nation légère, facile, changeante, où l'homme brille un jour et perd le lendemain tout son lustre, Richelieu semble l'assujettir et la fixer en sa faveur. Il survit à toutes les révolutions du goût. L'éclat qui subjugue les multitudes se mêle à toutes ses actions, embellit les grandes, et fait ressortir les plus petits détails de sa vie. Épris des plaisirs, il n'en est pas l'esclave: il les quitte pour les affaires ou pour les fatigues de la guerre, et il montre au milieu des dangers un courage froid et sans faste. Courtisan habile, homme aimable dans la société, héros à Fontenoy, défenseur de Gênes, vainqueur à Mahon, général politique, ami constant... Tels sont les traits qui caractérisent Richelieu, que ses agréments, sa valeur, son esprit, ont fait justement nommer l'Alcibiade de son siècle '.

I . Sénac de Meilhan, Portraits et Caractères, édit. Lescure : Paris, 1862, p. 364.

Page 1