II. — Anoxhémie
Parmi les causes d’anémie, il y a lieu, croyons-nous, de faire une place à Y anoxhémie. Ce mot désigne l’ensemble des symptômes déterminés par l’insulTisance de l’oxygène dans l’air respiré, ou par le mélange à celui-ci de gaz, de fumées et de poussières, qui sont contraires à la régularité des échanges respiratoires. Dans les mines, sans parler du grisou, redoutable surtout par les explosions qu’il peut occasionner, et dont l'existence est presque toujours signalée au moment même de l’établissement des travaux, c’est avec l’acide carbonique qu’il faut compter tout d’abord, qu’il soit dû a la res})iration des hommes, à la présence des lampes ou à la combustion lente de la houille (1). Les vieux bois, pourris au contact de rhumidité, dégageraient aussi des produits délétères (2).
Eiilin, des gaz toxiques (sulfureux, sulfhydriquc, azo-
(1) D’après Oberthür (thèse citée), sa proportion serait de 0,25 à
(2) Colomer. Exploitation des mines, p. 191.
CAUSES DE l’anémie. PHOPIIYLAXIE
tique) résulteraient de la conllag’ratioii de la poudre et de la dynamite qui servent à faire éclater la roche, pour le creusement des galeries. Quant aux fines particules de charhon que soulève l’abattage, nous ne les croyons pas non plus inolîensives à ce point de vue, leur incrustation dans les parois des alvéoles et des capillaires mêmes du poumon (1) devant gêner l’hématose, comme nous l’avons déjà fait remarquer à propos du problème de l’aérage.
Ce syndrôme consiste, en somme, en un commencement d’asphyxie, à l’état chronique et subcontinu, les échanges respiratoires normaux se rétablissant partiellement chez le houilleur, lorsqu’il est remonté à la surface II réalise, à des deo’rés divers, suivant la résistance du sujet et les conditions du travail souterrain, qui varient d’une fosse à l’autre et d’un quartier à l’autre, le tableau de l’anémie : pâleur des téguments et décoloration des muqueuses, maux de tète, éblouissements, vertiges, bourdonnements d’oreilles, palpitations avec ou sans souille au cœur, accélération du pouls, insomnie, troubles digestifs, faiblesse musculaire. Nous l’avons rencontré, ])lus ou moins accentué, plus ou moins complet, chez un grand nombre d’ouvriers, surtout ceux qui attaquent la veine. Or, nous retrouvons là une grande partie de la symptomatologie que nous avons décrite à propos de l’ankylostomiase et des autres infections vermineuses. Est-ce à
fl) Cette infiltration charbonneuse, qui serait due à la diapédèse des leucocytes, ceux-ci regagnant l’intérieur des tissus après avoir englobé les particules solides, est admise par la plupart des anatomo-pathologistes, notamment par Letulle. Oberthür (thèse) l’a également constatée sur des coupes du parenchyme : « On trouve, dit-il, dans les parois des artères ainsi que des veines bronchiques et pulmonaires, des amas noirs à contours mal définis, dont les particules composantes sont amorphes. Les mêmes amas se remarquent dans les parois alvéolaires, dans les travées connectives interlobulaires, autour de la gaine des vaisseaux sanguins et lymphatiques.» p. 113.