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PAR LE MUTUALISTE

M. le professeur Calmette, dans une récente étude (1), adresse au corps médical, en général, le reproche, assez justifié selon nous, de subir d’une manière trop passive de

(1) Mutualités et médecins. Voir le Concours médical du 13 mai

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la part du public l’antique conception de la maladie : p<àle et désobligeante visiteuse, qui survient à l’improviste et (pie riioinine de l’art a pour mission de congédier. 11 voudrait que l’on tînt compte, dans un esprit plus large, des découvertes pastoriennes, et que l’on s’attachât davantage à faire de la médecine préventive. Pour faciliter la réalisation de ce vœu, en ce qui concerne les sociétés de secours mutuels, composées en majeure partie de travailleurs, il imagine un système que nous ne pouvons exploser à nouveau, mais qui engagerait le médecin choisi par chacune d’elles à être d’abord un ami et un conseiller, en solidarisant ses intérêts avec ceux de la caisse et en lui évitant ainsi la tentation de multiplier ses visites et d’augmenter indûment ses honoraires.

( Ki’il y ait des confrères qui tirent à la visite comme le commerçant pousse à la dépense, le fait n’est pas douteux ; et si nous le reconnaissons sans hésiter, donnant à la pensée de M. Calmette toute son expression, c’est parce que nous sommes certain qu’on ne rencontrerait pas un de ceux-là parmi les médecins vraiment dignes de ce nom. 11 ne s’ensuit nullement que la méthode proposée soit à l’abri de la critique. Elle est, certes, à prendre en considération, à cause de son originalité même et de sa précision : celui qui l’a conçue s’est placé hardiment en face de la question des rapports des mutualités avec le corps médical, et l’a résolue à la façon d’un problème. Mais nous ne vo}’ons point comment elle fournirait à celles-là toutes les Lraranties de science, de désintéressement et d’attention scrupuleuse qu’il s’agit précisément d’obtenir. Qui serait juge, au moment de choisir, des capacités professionnelles et de la valeur morale du médecin ? Et pourquoi, si le choix ëst bon, se prémunir contre l’élu, en l’enfermant dans un jeu budgétaire assurément exact et ingénieux, mais blessant par la méfiance incluse en son principe même ?

Au surplus, quelque correctif qu’on lui apporte, ce sys-

l''RANC.OIS

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tènie se trouve, au fond, contraire à la liberté du médecin et h celle du malade. Le principe du libre choix du premier par le second a été proclamé cent fois. L’unanimité règne à son sujet. 11 est inéluctable, parce qu il est rationnel. 11 est fécond, parce qu’il ne résulte pas d’une vue théorique des choses, mais d’un sentiment profond des réalités vivantes.

« L’eflicacité de l’action du médecin sur son malade, disait récemment M. le professeur Bi-ouardel, a comme premier facteur la confiance que lui accorde le client. Celui-ci n’obéit, n’exécute les prescriptions dans leur intégralité, que s’il s’abandonne complètement à la direction de l’homme qui le traite. 11 puise dans cette confiance une résistance morale plus puissante ; celle-ci réagit sur les phénomènes physiques ; l’espérance double les forces dans la lutte. Le défaut de confiance a une action tout opposée : les prescriptions sont mal observées ; le découragement envahit le sujet, la guérison est compromise (1). »

Enfin, l’ancienne loi sur les accidents du travail, qui l’acceptait, \dent en se rajeunissant de le consacrer hautement. (Loi du 31 mars 1905.)

Le service médical des mines du Nord et du Pas-de- Calais, tel que nous avons essayé de le présenter dans ses grandes lignes, respecte-t-il ce principe, en dehors duquel, sauf exception de nécessité, comme dans l’armée, il n’y a point de médecine possible ? Nous répondons : non. Les diverses sociétés de secours mutuels sont bien libres dans le choix du médecin. Mais qui est-ce qui le propose et qui le nomme ? Nous l’avons dit et nous le répétons à dessein : le conseil de la Caisse, c’est-à-dire la Compagnie. Voici, en effet, ce que nous lisons parmi les statuts de l’une d’elles, imprimés à la date de janvier 1905 :

Le Conseil de la société est chargé d'organiser le service médical et pharmaceutique. Pour cela, il passera

(1) Voir le Concours médical du 22 avril 1905, p. 243.

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des conventions avec Les médecins agréés par la Coindagnie en vue du service des blessés.

Et quand ce n’est pas exprimé d'une manière aussi claire, c’est en fait la même chose. Au surplus, il ne s’agit pas de savoir si la société de secours mutuels se décide en connaissance de cause et en toute indépendance. Ce qui importe, c’est que le sociétaire, au moment môme où il tombe malade, ait la possibilité, sans restriction, d’appeler à son chevet le médecin qui lui inspire le plus de sympathie et de coiiriance. Or, les choses ne se passent nullement ainsi, puisqne sa liberté se trouve enchainée et sa spontanéité étonlfée d’avance par un choix au sujet duquel il n’a pas été consulté. Combien n’avons-nous pas entendu de mineurs, que nous examinions à un tout autre point de vue, et dont les confidences nous mettaient dans l’embarras, se plaindre d’être obligés d’aller voir le docteur X, alors qu’ils aimaient mieux le docteur Z ; et cela, parce qu’ils travaillaient à la fosse n'" i, par exemple, au lieu d’appartenir à la fosse n® 2 ou n° 3. On ne les empêche point, c’est bien entendu, de consulter le docteur Z ; mais la caisse ne devra rien à ce dernier, dont le domaine est, comme celui du docteur X, nettement délimité. Et puis, le malade infidèle ne s’expose-t-il pas à être regardé en ennemi, et à devenir un jour la victime des rivalités médicales qu’il aura, sans le vouloir, suscitées?

Une telle organisation nous semble intolérable. Aussi nous rallions-nous en partie — mais en partie seulement — à la proposition que M. le docteur Gairal avait fait adopter par le Conseil de l’Association générale des médecins de France, à propos de la loi du 1®*^ avril 1898 sur les sociétés de secours mutuels :

(( S’il est créé des secours en cas de maladie, chaque membre participant aura le droit absolu de choisir librement son médecin et son pharmacien. Il sera alloué à tout participant malade une indemnité journalière spécialement atîectée au paiena>ent des frais médicaux et pharmaceutiques.

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Cette indemnité, qui sera réglée en fin de maladie ou en fin d’exercice, sera indépendante de l’indemnité d’incapacité de travail. Quand le total des frais médicauxet pharmaceutiques dépassera le montant de l’indemnité, V excédent de dépenses restera à la charge du sociétaire. Si, au contraire, il existe un reliquat, après paiement des frais par le trésorier à ceux qui ont donné des soins ou fourni des médicaments, ce reliquat deviendra la propriété du participant. ))

Nous rejetons avec énergie la dernière phrase de cette proposition. Son adoption dans un article de loi exposerait le médecin à des marchandages, et le malade à des complications pathologiques. Le mutualiste, auquel serait allouée une indemnité quotidienne, pourrait penser qu’il aurait avantage, au cours du traitement, tà recevoir le moins possible la visite de son docteur : plus les frais seraient réduits, })lus il mettrait dans sa poche. Le praticien entendrait souvent, alors même que plusieurs visites seraient nécessaires, les mots connus : « Ce n’est pas la peine de revenir..., si ça va plus mal, on vous redemandera. » Et la remarque s’applique à toutes les sociétés de secours mutuels. La phrase qui précède, au contraire, sauvegarderait, dans l’application de son texte, et l’intérêt du médecin et celui de l’ouvrier. Le premier y trouverait le moyen de relever ses honoraires ; le second, ayant à faire face aux dépenses supplémentaires, serait moins tenté d’abuser de la consultation. Lorsqu’il y aurait un reliquat, par exemple, si un examen quotidien n’avait pas été jugé utile, ou encore si la thérapeutique avait été insignifiante ou nulle, c’est la caisse qui en bénéficierait. Elle ne serait point embarrassée de ces petites ressources imprévues.

Nous voyons bien l’objection qui pourrait nous être faite par les mutualistes eux-mêmes, en l’espèce les mineurs. C’est précisément celle sur laquelle se trouve basé le projet de M. le professeur Calmette. Le problème a deux

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as})ects : il faut les examiner i’uu après l’autre, et ne jias se laisser distraire par de vaines susceptibilités. Cette objection, la voici de nouveau : Quelle garantie auronsnous contre les médecins, qui peuvent être tentés, à leur tour, dans un but facile à comprendre, d’imposer trop souvent leur présence? Elle ne nous semble pas avoir beaucoup de valeur. Nous y avons déjà partiellement répondu. Le mineur, d’une part, ne recevant qu’une indemnité quotidienne limitée, et mis peut-être par riusuffisance de celle-ci dans la nécessité de payer de sa poche, d’autre part, sachant tout au moins que chaque jour de maladie apporte une charge nouvelle à la société dont il est solidaire — le sentiment de la solidarité est chez lui très développé — apprendrait peu à peu à défendre, s’il en était besoin, ses intérêts et ceux de ses camarades : ce qui contribuerait, soit dit eu passant, à son éducation sociale. Généralement, il n’est point paresseux et n’aime pas le chômage, préférant son salaire de 4, 5 et 6 francs à une indemnité de 1 fr. 50 ou 2 francs. S’il s’acharne parfois après le médecin, quand il est malade ou se croit tel, il demande à reprendre son travail dès qu’il se sent mieux. Les individus prédisposés par tempérament à faire exception à cette règle, les tireurs au flanc, sont bien vite connus et signalés ; il suffit d’exercer sur eux un certain contrôle, la société de secours ayant ses visiteurs, chargés d^aller à domicile s’assurer de l’état des intéressés et des suites du traitement.

En réalité, le travailleur des charbonnages n’a que trop de tendance à ne pas attendre sa guérison complète : de là ces bronchites et ces broncho-pneumonies chroniques, que nous avons plusieurs fois été surpris de découvrir chez des hommes qui descendaient chaque jour au fond, et dont la fréquence a été signalée, il y a quelques années, dans un excellent travail, par M. le docteur Oberthür (1). Mais,

(1) Anthracose et tuberculose. Thèse, Paris, 1897.

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pour qui lo conuRÎt bien, il R sr fierté. Dès 1 instRut qu ou pourrR croire qu’il se iRisse insulfisRmment soigner, dons u\i esprit d’économie moi comprise, il se montrern souvent moins imputient. Lr remRrque que nous fuisions plus liRut, et qui g'Ri'de selon nous toute sr force ru point de \nie théorique et générul, ne s’npplique pRS à lui plus pRrticulièrement qu’n d’uutres.

Il nous semble donc que TupplicRtion du projet de M. le docteur GuirRl, Rvec la suppression que nous avons faite, pourrait donner satisfaction aux médecins des mines et en même temps aux houilleurs mutualistes, en ce qui concerne la médecine courante.

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