‹ Anémie des mineursChapitre 5 sur 28 · III. — Modes de contamination · texte numérisé non relu

III. — Modes de contamination

Comment les ouvriers du. fond, les seuls jusqu’à présent qu’on ait trouvés porteurs du ver, se contaminent-ils ? Nous devons, à ce sujet, entrer dans certains détails sur leurs habitudes professionnelles.

Il est cinq heures du matin. Les mineurs se dirigent d’un pas pressé vers la fosse : ils viennent par bandes de tous les points de l'horizon, et l’on en trouverait au milieu d’eux qui ont déjà fait des kilomètres à pied. Ils sont vêtus du pantalon et de la blouse de toile bleue, serrés au ventre par un ceinturon, auquel sont suspendus le sac (la malette), ({ui renferme le déjeuner (le briquet), ainsi que le bidon de café clair mêlé ou non d’eau-de-vie, dont ils font leur boisson pendant le travail. Ils portent sur la tête le lourd chapeau de cuir à large bord, destiné à amortir les chocs, quand le front se bute, dans la nuit souterraine, contre les solives des galeries basses. Ils courent à la lampisterie, où la lampe de chacun se trouve préparée d’avance, puis vont prendre leurs outils. Les voilà prêts. Il y en a généralement de 500 à 1.000, parfois de J .500 à 2.000, à diriger vers la profondeur. La cage devant servir à les descendre les attend, suspendue au cable d’aloès, qui, rejeté audacieusement par-dessus sa luisante poulie d’acier, s’enroule plus bas sur un immense treuil, que meuvent de puissantes et délicates machines. Les ouvriers montent deux par deux ou quatre par quatre dans

ral. Elle ne varie guère que de 2 à 3" suivant les saisons, si ce n’est au bas du puits, à l’accrochage, où on l’a vue descendre pendant les hivers rigoureux jusqu’à 0".

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les wagonnets, qui sont poussés en hâte vers la cage et agencés comme des casiers. La charge se trouve au complet : seize à trente-deux hommes, suivant l’importance de la fosse. Le mécanicien qui doit régler la descente, à raison de cinq ou six mètres par seconde, se tient à la barre, ainsi qu’un pilote. Deux coups de cloche, au timbre plutôt sombre, résonnent. Le tout s’enfonce dans la terre, à 300, à 500, à 800, à 1.000 mètres. En une à trois minutes, on est au fond. A \ accrochage, les berlines avec leur charge humaine sont rapidement retirées, et remplacées aussitôt par d’autres pleines de houille, qui remontent au jour : car si le temps est de l’argent, il commence par être du charbon, dans les mines. Cependant, les hommes se hâtent vers le travail. Ils s’engagent dans les bowettes, où l’on peut marcher debout, puis dans les galeries basses, souvent mouillées, où l’on va de plus en plus courbé, pour atteindre les chantiers à la veine ou fronts de taille, que le pic entamera tout à l’heure, sous la faible clarté des lampes de sûreté accrochées au bois de soutènement. Ils abattront du minerai presque sans relâche jusqu’à une heure de l’après-midi, moment où ils regagneront le puits... et le plein air. Vers neuf heures du matin, ils se reposent quelques instants pour prendre une collation, manger leur briquet, comme ils disent, accroupis sur les talons ou assis par terre au milieu de la houille.

Ici se place un détail de la vie du mineur, très gros de conséquences, puisque sur lui repose toute la question qui nous occupe. Ces ouvriers, qui restent huit à dix heures sous terre, peuvent éprouver le besoin de s’exonérer. La chose ne les gêne guère : cela se passe là où ils se trouvent, ou pas bien loin, à cause des difficultés de la circulation au fond de la fosse. C’est ainsi que les mines s’infectent (1). Les matières fécales, mêlées à la poussière de

(1) Nous avons interrogé 500 mineurs, dont nous pratiquions

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charbon, à la terre et à l’eau, si elles contiennent des œufs d’ankylostome, peuvent se remplir de larves. Les mainSj souillées par le mélange, à peu près sans odeur, deviennent des agents de contamination, en rendant possible l’ingestion du ver.

Ce moyen n’est pas le seul. En se basant sur les belles recherches expérimentales de Looss (du Caire), reprises et confirmées récemment par Calmette et Breton, ainsi que sur de nombreuses données cliniques (1), on doit penser que l’infection par la peau et la circulation est assez

l’examen clinique, afin de savoir quelles étaient leurs habitudes au point de vue de la défécation ; Un quart se soulagent chez eux, la moitié dans les berlines qu'on remplit de charbon, deux seizièmes dans les remblais ou terres rapportées destinées à combler les veines épuisées, un seizième dans les galeries abandonnées qu’on laisse s’affaiser d’elles-mêmes, un seizième dans les rigoles d’écoulement des eaux.

(1) « Dans les fosses infectées d’anémie, il s’est développé de tout temps, et il se développe, encore de nos jours, des affections cutanées qui, bien que pouvant s’observer indépendamment de l’anémie, paraissent avoir avec elle une certaine relation. Les anémiques que nous avons observés en avaient tous été atteints à plusieurs reprises. Enfin, ces accidents cutanés déterminent souvent un retentissement sur les voies respiratoires. Ce sont : 1“ une éruption papulo-vésiculo-pustuleuse, excessivement douloureuse, siégeant aux pieds et aux mains, et d’une manière plus générale aux parties en contact avec les eaux de filtration des galeries ; 2° de l’urticaire tubéreuse, appelée gourmes par les ouvriers, caractérisée par des nodosités rouges, indurées, s’étendant jusque dans le tissu cellulaire sous-cutané. Chaque nodosité dure deux ou trois jours, çt d’autres lui succèdent, parfois durant quinze jours à un mois. Elles se développent sur les parties qui se sont trouvées en contact avec l’humidité recouvrant les blocs de houille, de douze à vingt-quatre heures après la contamination. »

A. Manouvriez, loc. cit., p. 136

Nous avons observé des faits analogues dans deux fosses très infectées, sur des ouvriers porteurs de ver. Mais l’auteur que nous venons de citer attribuait ces éruptions aux acides contenus dans les eaux souterraines.

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fréquente. Il y aurait là un exemple curieux de ce déterminisme biologi(|ue, qui frappe souvent l’esprit de l’observateur, dans rinstoire naturelle des parasites. Beaucoup meurent en route, parmi les larves qui ont franchi le système cutané, et cjui, entraînées par le torrent circulatoire, ont à traverser successivement le cœur et le poumon pour se rendre à leur lieu d’élection ; le duodénum. Seules, celles qui atteignent l’intestin survivent, évoluent et remplissent leur destinée.

Quelques auteurs admettent aussi comme démontrée l’infection par les poussières de l’air et le conduit respiratoire, Mais nous croyons celle-ci tout à fait exceptionnelle : car nous avons souvent cherché la larve en divers points des galeries, notamment dans le dépôt des solives du toiL et nous ne l’avons jamais rencontrée que sur le sol mouillé, au pied des vieux boisages, dans la vase des rigoles, dans la boue des voies, dans le crottin humide des chevaux, concurremment d’ailleurs avec celles de IV///guillule stercorale et du sclerostomum eqiii (1). Le fait a de l’importance, parce que les deux autres modes de contamination nous semblent évitables, sans recourir à des mesures onéreuses et d’une application difficile.

(1) La faune microscopique des mines serait intéressante à étudier. Nous y avons trouvé des rhizopodes, des sporozoaires et des infusoires, qu’en notre inexpérience nous aimons mieux ne pas essayer de spécifier. Quant aux larves de nématodes, elles y pullulent. Leur taille varie de deux à huit dixièmes de millimètre ; elle atteint très rarement un millimètre. En ayant observé plusieurs centaines, nous croyons pouvoir les rattacher aux trois espèces : anguillule, sclérostome, ankylostome. La dernière est de beaucoup la moins fréquente ; nous l’avons différenciée plusieurs fois par comparaison avec le produit de culture d’œufs d'uncinaire duodénal en milieu de Looss. Pour le sclérostome, nous avons vu dans du crottin de cheval de mines, recueilli sur un linge au moment même de l’émission, des larves analogues à celles qui vivent en quantité innombra-

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