‹ Anémie des mineursChapitre 6 sur 28 · IV. — Symptômes, anatomie pathologique, diagnostic · texte numérisé non relu

IV. — Symptômes, anatomie pathologique, diagnostic

Vous rappellerons, à propos de la symptomatologie, la distinction qu’il convient de faire entre les anhylostomisés (porteurs de ver) et les ankyloslomasiques (malades du ver). Ce qui domine chez ces derniers, ce sont les signes suivants ; pâleur livide et bouflîssure de tout le système cutané, avec décoloration des muqueuses ; douleur vive, même angoissante, qu’elle soit spontanée ou provoquée par la pression, au creux épigaslrique^ souvent avec conservation ou exagération de l’appétit, malgré les nausées qui peuvent suivre l’ingestion des aliments ; alternatives de constipation et de diarrhée, coliques, selles sanguinolentes ; augmentation ou diminution de volume du foie ; bruits du cœur sourds ou couverts par des souffles ; pouls petit et fréquent ; dyspnée d’elTort, lassitude, faiblesse musculaire, vertiges et bourdonnements d’oreilles- La formule béinatologique est celle de l’infection belmintbiasique en général. Elle est caractérisée par la déformation des «‘lobules roiio'es et la diminution de leur nom-

bre, ainsi que celle du taux de l’hémoglobine, mais surtout par l’augmentation du cbilFre des leucocytes éosinophiles, qui de 4 p. 100 monte en moyenne à 12 p. 100(1) Malheureusement, ces modifications ne sont pas cons-

bleau milieu du fumier des écuries souterraines, parmi des cadavres de ce ver à l’état adulte. C’est grâce à l’obligeance de M. Fiant, médecin- vétérinaire de la compagnie de Cens, que nous avons pu effectuer cette recherche comparative.

(1) Voir le livre de MM. Calmette et Breton.

l’\nkylostomia.se

tantes, et ne sauraient permettre d’établir le diagnostic 1).

L’anatomie pathologique se rapproche beaucoup de celle de l’anémie pernicieuse progressive. Elle s’en distingue surtout par la présence de petites sulFnsions sanguines dans la muqueuse du duodénum et du jéjunum, réparties autour des points d'implantation des crochets des vers qui, détachés et morts, se rencontrent en plus ou moins grand nombre au milieu du liquide intestinal (2).

Quant au diagnostic, si l'on parvient à dépister la maladie par élimination, au moyen des symptômes énumérés plus haut, ainsi que nous avons pu le faire un jour sur un ouvrier qui était soigné pour le mal de Bright, seul l’examen microscopique des selles permet de l’affirmer. Cette recherche n’est pas toujours aussi facile qu’on serait porté à le croire. On rencontre dans les matières fécales bien d’autres œufs de parasites : ascaris, trichocéphale, oxyure, ténia, bothriocéphale, anguillule, douve du foie, bilharzie. 11 n’est pas jusqu’à des sporozoaires, comme le coccidium bigemiiium et le coccidium oviforme^ des infusoires, comme le lamhlia sous sa forme kystique, qui ne soient de nature à induire en erreur par leur ressemblance avec des œufs d’helminthes. Nous ne pouvons entrer ici dans les détails de structure de ces divers corpuscules organiques. La pratique du microscope est seule capable de les faire reconnaître (3). Nous nous contente-

(1) Dans une thèse très travaillée et très documentée, Briançon rapporte la formule hématologique de vingt-quatre mineurs infectés : elle apparaît comme normale dans cinq cas. (L’Ankylostomiase t/ié.se, Lyon, éditée à Paris, chez A. Maloine, 1905.)

(2) Dans l’autopsie récente d’un mineur mort d’ankylostomiase, Briançon en a compté 1.300 à l’intérieur du duodénum, (Communication écrite à l’Institut Pasteur de Lille.)

(3) L’oculaire 1 avec objectif 4. de Stiassnie, donnent un grossissement suffisant et permettent d’explorer rapidement la prépara-

l’ankylostomiase

rons d’appeler l’attention sur les aspects variés que peut revêtir l’œuf d’ankylostome lui-même, qui n’est pas toujours aussi parfaitement elliptique que les auteurs le décrivent, que nous avons vu souvent tout à fait sphérique, lorsque son grand diamètre devient vertical au lieu de rester horizontal, et dont le protoplasma, rétracté et en voie de segmentation, donne parfois l’illusion d’un deuxième contour en dedans de l’enveloppe réelle, constamment nette et fine. Nous mettrons encore en garde contre certaines formes de celui d’ascaris, entièrement dépouillées de leur mucilage sombre et crénelé, et présentant comme le précédent, un contenu clair, gris argenté : le vrai caractère distinctif est alors, outre une épaisseur plus accentuée par rapport à la longueur, la présence d’un double contour, d’une double ligne, circonscrivant le protoplasma. Il peut servir également à différencier l’œuf d’oxyure, dont les extrémités sont d’ailleurs plus effilées, et dont l'un des côtés se trouve quelque peu aplati.

Y. — Guérison spontanée et traitement

La guérison de l’ankylostomiase peut se produire spontanément, en trois, cinq, dix et même quinze ans (i), par l’élimination naturelle des vers (Bentley, Sandwith, cités

tion. L’oculaire 3 avec objectif 4, renseignent bien sur certains détails de structure. Mais, si l’on veut approfondir, il faut employer l’objectif 8.

(1) Ce sont là des limites extrêmes. La guérison spontanée peut se faire beaucoup plus tôt, chez les individus vigoureux et réfractaires, Il est même vraisemblable que, dans certains cas, la larve ne fait que traverser le tube digestif.

l’ankylostomiase

par Calmette et Breton). La mort subite se produit parfois. Le traitement préconisé consiste dans l’emploi de l’extrait étliéré de fougère mâle ou de thymol. Mais ces deux médicaments nous paraissent être d’inégale valeur. Dans cinq cas, avec M. le docteur Pruvost, de Piaismes, nous avons administré le second à la dose de six à huit grammes, par cachets de un gramme de demi-heure en demi-heure, suivis d’un purgatif salin, sans résultat bien appréciable ; et nous devons ajoutei* que, malgré l’usage abondant d’infusion de Heurs d’oranger, les mineurs éprouvaient des douleurs d’estomac et de pénibles renvois après chaque ingestion. Le premier, au contraire, bien qu’encore assez désagréable pour les malades, nous a donné quatre succès dans quatre cas graves, où une intervention thérapeutique paraissait s’imposer d’urgence. Voici comment nous l’avons ordonné ; la veille, purgatif et régime lacté ; le jour, dix grammes de l’extrait en deux fois, à trois heures d’intervalle, avec trois cents grammes d’eau chloroformée saturée par cuiller à soupe ; deux heures après la seconde dose de fougère mâle, nouveau purgatif drastique (eau-de-vie allemande) ; régime lacté et café fort. En somme, une médication spécifique reste encore à trouver. Elle serait désirable, car tous les auteurs reconnaissent qne les anthelmintiques dont nous venons de parler échouent souvent, décourageant médecins et malades ; et notre expérience personnelle porte sur un trop petit nombre de cas, pour que nous puissions affirmer l’efficacité constante de la méthode qui nous a réussi.

Le nombre des ankylostomes rencontrés alors dans les selles est en rapport avec celui des œufs révélés avant le traitement par le microscope. Nous en avons compté jusqu’à mille, dans une observation personnelle.

(2) Nous conseillons, pour retrouver les ankylostomes, de recueillir les selles pendant vingt-quatre heures après le traitement, car l’expulsion est parfois tardive.

Page 1