I. — LA GLOSSITE LISSE DIFFUSE
ET LES MODIFICATIONS BUCCO-PHARYNGÉES.
Ce sont de beaucoup les manifestations les plus importantes et les plus constantes.
Fréquence.
La glossite, dans l’anémie hypochrome achylique, est assurément très fréquente : pour Witts, on l’observerait dans 50 % des cas; Kaznelson, sur 15 cas étudiés, ne la voit faire défaut que dans 3 d’entre eux. À la lecture de nos observations, nous sommes tenté d'admettre une proportion au moins égale à celle que donne Kaznelson, mais peut-être ne s'agit-il là que d’un hasard de série.
Inversement, nous croyons que l’on pourrait rattacher à l’anémie hypochrome achylique nombre de glossites lisses diffuses dont la nature ne paraît pas suffisamment démontrée : l’examen hématologique et gastrique systématiquement pratiqué réserve sur ce point des surprises, étant
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donné la grande fréquence des formes frustes ou incomplètes de la maladie.
Conditions d'apparition.
Comme l’anémie hypochrome elle-même, la glossite s’observe presque uniquement chez la femme : dans les cas que nous avons étudiés, un seul a trait à un homme; il convient donc, semble-t-il, de conserver pour la glossite la proportion établie pour l’anémie hypochrome par Witts et Wough : soit 92 % en faveur du sexe féminin.
Les conditions d’âge sont, elles aussi, régies par celles de l’anémie, et la glossite doit atteindre, de ce fait, son maximum de fréquence entre 45 et 55 ans; un point, cependant, nous paraît digne d’être noté : l’anémie hypochrome achylique et la glossite sont extrêmement fréquentes chez les gens âgés et les vieillards; nous voulions, de suite, signaler ce fait, sur lequel nous reviendrons, qui apporte peut-être quelque clarté sur l’étiologie de certaines « langues lisses des vieillards ».
La fréquence de l’édentation chez les anémiques est depuis longtemps connue et, comme nous le verrons, diversement interprétée. Cette remarquable fréquence explique que nombre de malades atteints de glossite lisse diffuse anémique soient porteurs de dentiers : nous discuterons plus loin l’importance de ce dernier facteur.
La date d'apparition de la glossite par rapport à celle de l’anémie paraît assez variable; elle n’est pas nécessairement, comme on serait tenté de le croire, la manifestation tardive d’une anémie déjà ancienne; très souvent, elle est précoce, elle peut même précéder l’anémie; il existe en effet de nombreuses observations (A.-C. Guillaume, Cameron, Van Leuwen, Broekema) de glossites, isolées ou associées à de La dysphagie, précédant de plusieurs mois, de deux ou trois années même, l’anémie et non seulement les signes cliniques de celle-ci maïs aussi les signes hémato-
logiques.