AGE
Ces cas mis à part, on peut diviser en deux le groupe des glossites lisses.
2° Les glossites lisses avec atrophie gastrique, achylie ou achlorhydrie ; elles sont extrêmement fréquentes. Oatway, étudiant 29 malades porteurs de glossites lisses non anémiques, trouve dans 17 cas une ana ou une hypochlorhydrie nette et dans 3 cas seulement un suc gastrique normal; la fréquence de cette coexistence, comme le fait remarquer Wilkinson, serait peut-être susceptible d’expliquer, d’une part, l’aspect normalement lisse de la langue des enfants au cours des premiers mois de la vie, quand la fonction gastrique n’est pas encore complètement établie, et, d’autre part, la fréquence de la glossite lisse des vieillards, puisque l’achylie ou à tout le moins l’anachlorhydrie s’observe dans une proportion de 40 % au-dessus de 50 ans, de 67 % au-dessus de 60 ans, chiffres encore plus réels pour la femme que pour l’homme (Wilkinson).
Le mécanisme qui relie l’état de l’estomac à celui de
la langue sera envisagé au chapitre suivant; restant sur le
terrain des faits cliniques, nous avons pu constater que dans les glossites de ce groupe :
— l'acide chlorhydrique employé seul, s’il améliore parfois les troubles digestifs, reste sans action sur la langue;
— quelquefois, tous les traitements employés sont sans action;
— très souvent, chez des malades n'ayant aucune altération du sang, nous avons obtenu, sous l'influence du traitement ferrique, une repapillation complète de la langue et, ce qui est d’un intérêt pratique plus immédiat, une amélioration de l’état général et des troubles digestifs, dont ils se plaignaient. De tels cas peuvent être rattachés à ce que nous avons appelé plus haut les formes mineures ou incomplètes de l’anémie hypochrome achylique.
Lolcoë à RDS
3° Les glossites lisses diffuses sans achlorhydrie; elles nous ont paru plus rares que les précédentes, fréquemment, mais non toujours, inaccessibles à toute thérapeutique; en effet, dans un certain nombre de cas, nous avons eu la surprise de voir agir la thérapeutique martiale :
__ deux des malades, ainsi traités, avaient, coexistant avec une chlorhydrie voisine de la normale, une atrophie gastrique diffuse incontestable que l’on pouvait interpréter comme l’origine des troubles;
— que dire des autres cas? Faut-il faire jouer un rôle à l'intestin, dont Van Leuwen invoque le rôle quelquefois isolé dans la genèse de l’anémie hypochrome? Une telle hypothèse trouverait un commencement de preuve dans la glossite lisse de la sprue, qui, comme le fait remarquer Lewis, comporte habituellement un suc gastrique normal. Ou faut-il admettre avec P. Chevallier que le facteur gastro-intestinal n’est pas indispensable et que la glossite peut être la seule manifestation muqueuse d’une « forme haute de la maladie »? Le problème n’est pas encore résolu.
B) LA GLOSsITE DE L’ANÉMIE DE BIERMER
En 1877, Moeller décrivait une nouvelle variété de glossite, dont Hunter, en 1909, montrait les rapports avec l’anémie pernicieuse, concluant qu'il s'agissait là d’un symptôme de haute valeur diagnostique et spécial à la maladie de Biermer-Addison; cette glossite a été depuis retrouvée et étudiée par de nombreux auteurs,
Elle apparaît à une date variable dans le cours de la maladie : souvent elle est précoce et peut précéder de plusieurs mois les altérations sanguines; fréquemment, elle de la maladie, en raison des
constitue un signe révélateur de picotement, qu elle
douleurs vives à type de brûlure, entraîne,
Son aspect objectif a été ainsi décrit par Moeller et ultérieurement par Hunter :
« Il s’agit de taches ou de bandes, siégeant de préférence à la pointe ou sur les bords latéraux de la langue, de contours irréguliers mais nets, tranchant sur la muqueuse saine avoisinante; ces taches sont rouges, vernissées, d’aspect atrophique, non point lisses, mais parsemées d’élevures « semblables à des grains de pavot », pseudo-vésiculeuses ou même vésiculeuses, contenant alors un liquide clair, qui paraissent développées aux dépens des papilles. Ces: élevures, spontanément et au toucher, sont extrêmement douloureuses. Ces taches ne forment ni saillie, ni infiltration, elles n’ont aucune tendance à l'extension ou à Pulcération. »
Middleton et Jacobsen ont décrit, depuis, à cette glossite une évolution en deux stades : un stade inflammatoire, caractérisé par la présence de petites vésicules rouges et douloureuses qui, en erevant, laissent de petits espaces dénudés, auquel succède un stade d’atrophie, lié à une nécrose secondaire de l’épithélium, qui entraîne une atrophie papillaire, touchant d’abord les papilles filiformes, puis les papilles fongiformes, les papilles du V lingual étant toujours respectées. L’examen histologique, à ce stade, montre un épithélium aminci, quelquefois nécrosé et remplacé par une couche de fibrine; dans le derme, des amas inflammatoïîres discrets autour des vaisseaux.
Le diagnostic de cette variété de glossite est d’ailleurs généralement facilité par la coexistence des grands signes
hématologiques de l’anémie de Biermer : anémie impor-
tante, hyperchromie, mégalocytose et achylie. L’hépatothérapie paraît avoir une action assez variable sur la glossite de Moeller-Hunter, remarquable pour Minot et Murphy, nulle pour Lewis.
À la lecture de cette description, il semble que la glossite de l’anémie de Biermer et celle de l’anémie hypochrome soient très différentes; c’est la conclusion à laquelle