‹ Anémie Infectieuse et Tuberculose du ChevalChapitre 12 sur 16 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

I — L’anémie infectieuse est-elle fréquente dans la partie accidentée qui borde la plaine des Vosges ?

Sans hésiter, nous répondons par l’affirmative.

Depuis toujours et en particulier depuis le lendemain de la guerre, l’Anémie Infectieuse a fait des ravages énormes dans cette région limitée par la Moselle et le Madon et qui est le champ de nos investigations.

Dans cette zone, nous avons étudié village par village, rue par rue, et maison par maison. Interrogeant les vieux pour connaître l’histoire de l’exploitation envisagée, questionnant les propriétaires pour savoir les pertes faites par chacun d’eux ou par leurs voisins en ces dernières années, ne négligeant rien pour dépister les modes de la contagion et l’origine des enzooties, nous avons ausculté malades et sujets en apparence indemnes, analysé les urines, recherché les parasites, prélevé du sang que nous étudions directement par nous-même et par le laboratoire, enfin, autopsiant tous les animaux venant de notre clientèle dans les abattoirs de Thaon et de Charmes que nous inspectons. Nous nous sommes aussi astreints à suivre, autant que faire se pouvait, les malades connus, souvent blanchis, de l'écurie du vendeur à celle de l’acheteur. Nous avons pu, par cette documentation, établir dans notre clientèle la carte de l’Anémie Infectieuse. Cette carte, à mesure que nos investigations se précisaient, ne tardait pas à se super-

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poser à peu près exactement à celle des villages au sol imperméable, fait de marnes irisées à la surface desquelles l’eau glisse ou stagne sans s’infiltrer. Seules les fermes 150les qui n’ont introduit des chevaux venus du dehors qu'avec les plus grandes précautions et les portions de rue situées dans la partie montante, nous ont paru avoir mieux résisté à l'infection.

Faisant la part des erreurs dues aux Entérites ou Gastrites d’origine parasitaire qui souvent restent longtemps ignorées, bien que très fréquentes chez les chevaux qui vivent au parc une grande partie de l’année, mais aussi des erreurs dues justement à ce fait que l’Anémique restant en pâture laisse bien moins deviner son mal que le sujet ne sortant de l’écurie que pour son travail, nous avons trouvé, pour les victimes de cette maladie, un pourcentage d'environ vingt-cinq pour cent de la cavalerie envisagée. Les réactions de Fulton faites avec le sang de tous les animaux qui, sans être cliniquement atteints, ne paraissaient cependant pas indemnes, nous ont donné :

POSIUVES Re 62 pour 100 DUSDOCIES Se RTE 14 pour 100 Néraliyes re rer rer 24 pour 100

pour cent quarante-six examens, résultats très voisins de ceux donnés par la clinique.

Toujours naturellement les prises de sang avaient été faites avant toute intervention médicamenteuse et le prélèvement effectué avant le repas chez des animaux dont la température ne dépassait par 38°8.

Les autopsies ont porté sur 82 sujets de notre clientèle (37 morts et 45 abattus, dont 16 ont été renvoyés à l’équarissage comme impropres à la consommation, — seuls ont pu être saisis les chevaux dans un état de maigreur voisin de la cachexie, puisque le règlement, ou plus exactement la coutume, ne nous permet pas de saisir, pour le seul motif d’Anémie Infectieuse, des chevaux achetés à vil prix et qui sont débités au même taux que les sujets bien portants) nous avons trouvé presque toujours de l’hypertrophie du

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foie et rarement de la splénomégalie. Le cœur était toujours le siège d’une myocardie marquée et les reins étaient très souvent altérés (véritable dégénérescence tendant à faire disparaître la ligne de démarcation entre les deux zones et deux fois hypertrophie formidable des deux reins avec pyélo-néphrite).

Les observations que nous avons faites furent si nombreuses et toujours si identiques les unes aux autres, que vouloir les rapporter en détail ici constituerait une relation des plus fastidieuse.

II — La tuberculose du cheval est-elle une réalité et est-elle d'observation courante

La bibliographie de la Tuberculose du cheval nous a appris que depuis dix ans les cas de Tuberculose chez le cheval, étudiés de façon approfondie et contrôlés par la recherche du bacille de Koch faite directement et par l’inoculation des organes suspects aux animaux du Laboratoire étaient assez fréquents.

Nos observations personnelles, faites dans la même zone que celle qui nous a servi pour l'étude de l’Anémie Infectueuse, nous ont permis de déceler un assez grand nombre de cas de Tuberculose du cheval. Nous avons trouvé là un champ d'investigation particulièrement intéressant et qui nous offrait des circonstances tout à fait exceptionnelles éminemment favorables à l’entretien et à l’extension de la Tuberculose. Aussi c’est sciemment, en non pas seulement parce que le hasard de la clientèle nous y a fixé, que nous avons choisi cette région pour mener à bien notre étude. T1 semble en effet que dans le département des Vosges, ce

territoire a le triste privilège de réalisr des conditions spéciales que nous n’avons pu déterminer, mais qui lui sont propres et qui font que, là, Tuberculose et Anémie Infectieuse se rencontrent au même point avec une exactitude qui n’a été vue en aucun autre lieu de Lorraine, ainsi que nous l’ont prouvé les sondages que quelques Confrères ont bien voulu faire pour nous dans un rayon proche du nôtre et dans ceux parfois éloignés de plus de cinquante kilomètres de Thaon.

Parmi ces études, dix-sept en particulier ont été confirmées par la Tuberculination intra-palpébrale et par la déviation du complément.

Nos investigations ont porté sur une région de quinze mille hectares, possédant une population chevaline voisine de trois mille animaux. Deux cas ont même pu être contrôlés par l’inoculation aux cobayes qui se sont montrés tuberculeux dans un délai de deux mois après l'injection sous-cutanée des produits suspects.

Nous avons toujours observé la Tuberculose du cheval dans des fermes où les bovins avaient montré des signes cliniques de Tuberculose ou dans des élevages dont les poules périssaient en présentant les lésions caractéristiques de cette maladie. Coïncidence troublante : il semble que la poule a été plus souvent l’agent de dissémination du bacille de Koch chez le cheval que les autres animaux de l’exploitation.

Malgré nos recherches dans les écuries où les chevaux n'avaient pas de contact avec les sujets d’autres espèces animales, nous n'avons pu, dans ces milieux, déceler un cas de Tuberculose. Pourtant on nous a dit que, depuis quatre mois, le Laboratoire de Recherches de l'Armée, qui ne pousse ses investigations que dans les Régiments, c’est-àdire dans des effectifs où la contagion ne peut venir que par le cheval, a dépisté un certain nombre de chevaux ayant une déviation du complément positive À l'égard de l’antigène tuberculeux. Nous ne pouvons expliquer ce fait qu'en nous rappelant que le cheval militaire, tout comme

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son cavalier, à été civil avant d’appartenir à l'Armée et qu’à ce titre 1l a été pendant toute sa jeunesse exposé aux mêmes sources d'infection que les juments de nos cultivateurs.

OBSERVATION I (Exploitation M..., à G...)

L'exploitation comprend quatorze bovins, six chevaux, huit porcs et une cinquantaine de volailles.

Les écuries des chevaux et des vaches sont nettement séparées par une grange importante, l’abreuvoir est la fontaine communale et si les poules sont souvent à l’écurie ou à l’étable, elles ne peuvent guère souiller les aliments qui sont donnés dans des râteliers, mangeoiïres ou crèches par des ouvertures prenant directement sur la grange.

En 1924, plusieurs cas de Tuberculose ayant été observés sur les bovins, nous avons obtenu la vente de tout le troupeau et son remplacement par un autre troupeau dont tous les sujets ont été tuberculinés à leur arrivée dans l’exploitation et mis dans l’écurie des chevaux, tandis que la cavalerie de cette ferme venait loger à l’étable primitivement désinfectée suivant la méthode paysanne, c’est-à-dire par des procédés qui ne donnent aucune garantie à l'égard de la Tuberculose.

Un nouveau cas de Tuberculose ayant été observé en 1930 sur une vache vendue, des sondages à la tuberculine ont été faits sur ses voisines sans que l’on obtienne une réaction positive, si bien que le doute demeure sur l’origine de ce nouveau Cas.

En 1931, des sondages par injection intra-palpébrale de tuberculine ayant été faits à trois des chevaux, notamment à un animal qui présentait une boiterie mal définie, ce sujet a donné une réaction positive qu'une déviation du

complément, faite le 28 avril 1932, a confirmée. Nous aurions aimé pouvoir suivre ce cheval, mais il a été vendu à notre insu pour la boucherie et nous avons été averti trop tard pour pousser nos investigations sur sa carcasse.

OBSERVATION II (Exploitation M..., à V...)

L'exploitation comprend quatre vaches, cinq chevaux et des poules qui vivent avec les autres animaux de la ferme, dans la plus grande promiscuité. Dans les années précédant nos recherches, plusieurs vaches sont mortes ou ont été sacrifiées pour la boucherie ou plus exactement abattues dans l’espoir non satisfait de voir leur viande utilisée pour la consommation humaine.

Le milieu est nettement infecté de Tuberculose et nombre de poules ont succombhé en présentant des lésions typiques de la maladie. Seuls les chevaux paraissaient en assez bon état et l’étalon, d’excellente origine, a même obtenu des prix dans les concours locaux.

En août 1931, un cheval qui avait fait une arthrite suppurée du boulet, est abattu. Il présentait à l’autopsie une rate volumineuse avec des nodules qu’au premier aspect nous avons pris pour des néoplasies, mais que l’examen microscopique nous à révélé être des lésions très nettes de Tuberculose, puisque les bacilles alcoolo-résistants y pullulaient en abondance.

OBSERVATION III (Exploitation #47)

Le cheptel de la ferme située à flanc de coteau, dans la partie la plus élevée du village, comprend neuf chevaux et poulains, douze vaches et une soixantaine de poules.

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Chevaux, vaches et poules logent dans le même local et l'hygiène laisse fort à désirer.

Plusieurs fois au cours de ces dernières années, des bovins achetés maigres, en vue de leur remise en bon état d’embonpoint aux fins de boucherie, ont été saisis en totalité ou partiellement à l’abattoir, pour Tuberculose.

Les bovins tuberculinés se sont révélés atteints dans la proportion des deux tiers de l’effectif.

Un cheval mort de coliques sans avoir présenté pourtant dans l’année précédente de troubles sérieux conseillant l'examen du Vétérinaire, a présenté à l’autopsie de nombreux foyers caséeux situés à la surface et dans la masse même de la rate que le microscope a révélé d’origine tuberculeuse.

Dans les trois observations ci-dessus, citées comme exemples d'exploitation infectées de Tuberculose du cheval en même temps que de Tuberculose des autres animaux de la ferme, la preuve de l'existence de l’Anémie Infectieuse n’a pu être faite de façon formelle, bien que cette maladie ait fait des ravages dans les fermes voisines.

III. — Les réactions positives à la tuberculine et à la déviation du complément en présence de l’antigéne tuberculeux peuventelles permettre le diagnostic de l’anémie infectieuse ?

Otto DELMER ayant observé des réactions positives à la suite d'injection de Tuberculine chez des chevaux cliniquement atteints d'Anémie Infectieuse, a voulu voir dans ce fait : |

1° une atteinte au principe jusqu'alors admis de la spé-

cificité des anticorps à l'égard de l’antigène correspondant, spécificité qui est loin d’être absolue, aïnsi que nous ! prouve la réaction du bœuf atteint d’Entérite Paratuberculeuse à la Tuberculine, de la vache infectée par Brucella Abortus à l’égard de Brucella Mélintensis.

Mais nous sommes obligé d'admettre que ces prétendues défaillances n’ont été jusqu'ici observées qu’à l'égard d'agents microbiens si proches les uns des autres que l’on se demande encore s'ils ne sont pas des familles différenciées d’un même germe tandis que l’on ne connaît aucun exemple d’un anticorps provenant d’un microbe donnant une réaction positive à l’égard d’un virus.

2° un moyen de dépister l’Anémie Infectieuse par la simple tuberculination.

Certains chercheurs ont même voulu voir dans ces réactions positives à la Tuberculine une hypothèse assez élégante qui admettrait que le virus de l’Anémie Infectieuse ne serait qu'une forme filtrante de l’agent de la Tuberculose. Cette explication des réactions positives à la Tuberculine de certains chevaux anémiques avait pour point de départ la similitude des symptômes de ces deux maladies chez le cheval, la difficulté de mettre en évidence les lésions et le bacille de la Tuberculose chez le cheval ayant réagi à la Tuberculine. Malheureusement nous sommes obligé de convenir que nous avons reconnu, de janvier 1930 à juin 1932, l’Anémie [nfectieuse dans près de deux cents exploitations possédant de un à dix-huit chevaux, que nous avons la certitude, non pas scientifique au sens que le savant attribue à ce mot, mais quand même certitude telle que l’admet le praticien, que cent quarante chevaux ont présenté des symptômes graves d’Anémie Infectieuse, que soixante-cinq de ces animaux en sont morts, tandis que seulement seize chevaux anémiques ont réagi positivement à nos injections intra-palpébrales de Tuberculine et aux déviations de complément. Nous avons constaté enfin que ces Tuberculinations positives du cheval, que ces fixations de J'alexine par le sérum suspect en présence de l’antigène

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