PROCÉDÉS DE DASTRE ET MORAT
Des essais sur la combinaison de ces trois substances avaient été faits en 1864, 1868, 1875 par Pitha (de Vienne), par Harley, en Angleterre, et par Franche!.
En 1878, MM. Dastre et Morat commencèrent sur des chiens une série d’expériences en employant ces trois agents et obtinrent d’excellents résultats. « Depuis dix ans (1878-1888), dit M. Dastre {les Anesthésiques, 1890), tous les chiens opérés ont été anesthésiés par le procédé mixte, et, sur des centaines d’animaux, je n’en ai pas vu mourir un seul. Toujours j’ai obtenu l’anesthésie absolue typique, complète, sans agitation, avec résolution parfaite, pouvant durer deux et trois heures sans aucun danger. M. Morat, à Lyon, est dans le même cas. Il faut, pour arriver sûrement à ce résultat, dépenser une quantité de chloroforme vingt fois, trente fois moindre que pour y arriver problématiquement avec la méthode ordinaire. »
C’est M. Aubert, de Lyon, qui le premier a employé ce procédé dans la chirurgie humaine.
Voici comment il procède :
Quinze à trente minutes avant l’opération, il fait une injection de 1 centimètre cube 1/2 de la solution suivante :
Chlorhydrate de morphine.10 centigr.
Sulfate d’atropine. 5 milligr.
Eau distillée. 10 grammes.
Puis on fait respirer le chloroforme; 2 ou 3 grammes de chloroforme suffisent pour une anesthésie parfaite de deux heures de durée.
L’auteur, rendant compte de ses essais, signale les avantages suivants de ce mode opératoire :
1° La sécurité, 2° la rapidité plus grande avec laquelle on obtient le sommeil, 3° le calme absolu du malade, 4° la facilité du réveil, 5° la simplicité des suites au point de vue des malaises et des vomissements ultérieurs.
M. Gayet, de Lyon, qui a employé ce procédé pour la chirurgie oculaire, s’en loue tout particulièrement, et modifie le mode opératoire de M. Aubert de la manière suivante :
« Vingt minutes avant l’opération, il injecte un centimètre cube d’une solution de ;
Chlorhydrate de morphine.
Sulfate d’atropine ....
Eau distillée.
20 centigr.
20 grammes.
« Les résultats obtenus out été excellents. Le nombre des cas s’élevait, en 1887, à plusieurs milliers sans aucun accident. »
« Cette méthode n’est cependant pas exempte d inconvénients : ce calme si profond dans lequel sont plongés les sujets est certainement très avantageux pour l’opérateur, mais sa prolongation après l’opération n est-elle pas un danger? Ce sommeil chez l’opéré, réparateur, dit M. Dastre, n’est-il pas plutôt le signe d’un abattement, d’un anéantissement considérable qui peut amener des. accidents sérieux? On cite en effet des cas où la mort, survenue dans les premières heures qui suivirent 1 operation,
peut être attribuée à l’emploi de l’atropine et de la morphine. » (D r Marcel Baudouin, De la chloroformisation,
Enfin M. Dastre reconnaît lui-même que son procédé ne supprime pas les accidents respiratoires.
« Le chirurgien devra être prévenu que ces menaces de syncopes respiratoires, déjà rendues plus rares, si elles venaient à se produire encore, n’auraient plus la forme périlleuse qu’elles revêtent dans la chloroformisation simple. Elles céderont toujours à quelque manœuvre de respiration par pressions thoraciques. »
11 y a de plus à craindre des accidents graves postopératoires. Régnier, Terrier, Poitou-Duplessy ont observé des cas de mort dans un temps variable après l’opération, de quelques minutes à trois heures.
8° Protoxyde d’azote et éther.