PROCÉDÉ DE CLOVER
Le D r Clover, inventeur de plusieurs appareils d’inhalation, propose de supprimer la période d’agitation qui
malade est devenu complètement inconscient par les inhalations de protoxyde d’azote, on continue l’anesthésie par l’étlier.
Ce procédé exige, comme tous ceux dans lesquels on emploie le protoxyde d’azote, des instruments encombrants et assez compliqués. L’appareil se compose d’un premier
Fig. 22. — Appareil Clo\
grand récipient contenant le protoxyde d’azote à l’état liquide, d’un second vase rempli d’eau chaude à travers laquelle passe le gaz pour empêcher son refroidissement; un troisième vase contient l’éther. Tout le système communique par des tubes avec le masque qui recouvre la face du sujet. Dans ce masque se trouvent donc les ouvertures de deux tubes : une disposition particulière permet d’ouvrir et de fermer rapidement les tubes, de manière à faire respirer à volonté au patient soit du protoxyde d’azote, soit de l’éther, soit un mélange des deux gaz réunis. (Fig. 22.)
Cette méthode, en plus de l’instrumentation encombrante qu’elle exige, abolit, il est vrai, la période d’agitation du début de l’anesthésie par l’éther, mais ne supprime aucun des autres inconvénients qui accompagnent l’emploi de cet anesthésique. Il y a de plus un danger signalé par Paul Bert : le mélange des vapeurs d’éther et de protoxyde d’azote est un mélange détonant qui, malgré les plus grandes précautions, peut amener des accidents très graves.
9° Bromure d’éthyle et chloroforme.
PROCÉDÉ POITOU-DUPLESSY
Ce procédé consiste dans les inhalations préalables de bromure d'éthyle. (Communication à la Société d’obstétrique, Journal de médecine de Paris, 12 juin 1892.)
D’après l’auteur, les avantages de cette méthode sont les suivants : ...
« 1° Atténuation (comme par la cocaïnisation de Fr. Franck) de la sensibilité périphérique des muqueuses laryngée, nasale (et même bronchique) ;
« 2° Atténuation (comme par la morphine et l'atropine de Dastre et Morat) de Y excitabilité nerveuse centrale, avec ditninution de la réflectivité bulbo-médullaire. .
« En effet, d’une part, le bromure d’éthyle n’est nulle-
ment, comme le chloroforme, un agent irritant pour les premières voies respiratoires, ainsi que l’ont constaté tous les expérimentateurs et Dastre en particulier (les Anesthésiques, p. 189).
« D’autre part, l’action du bromure d’éthyle comme modérateur des réflexes bulbo-médullaires est bien connue. Il a été employé avec avantage contre les attaques convulsives d’hystérie, contre les accès d’éclampsie. »
L’auteur ajoute :
« On a cité plusieurs observations; j’en possède, pour ma part, plusieurs personnelles. J’ai arrêté, d’une façon très nette, des attaques d’hystérie en faisant respirer largement du bromure d’éthyle aux malades.
« En 1887 j’ai été appelé par une sage-femme très effrayée auprès d’une femme prise pendant son accouchement de crises d’éclampsie très violentes. J’obtins rapidement avec le bromure d’éthyle la cessation des accidents convulsifs, et pus extraire l’enfant avec le forceps ; une seconde crise étant survenue un quart d’heure après fut presque instantanément arrêtée par une nouvelle inhalation de bromure.
« Le bromure d’éthyle est un excellent anesthésique qui ne provoque ni nausées, ni excitation cérébrale ; il amène rapidement une demi-insensibilité ; mais l’anesthésie complète qu’il peut produire n’est que de courte durée, et il devient dangereux si l’on veut avec lui prolonger la durée de l’anesthésie : c’est ce qui l’a fait abandonner après un moment de vogue. Il retrouve tous ses avantages si l’on borne son emploi à la première période de l’anesthésie, en lui substituant ensuite ' le chloroforme.
« Voici donc comme il convient de procéder :
« Verser sur le cornet, par l’entonnoir extérieur, le bromure d’éthvle assez largement (bien que goutte à goutte).
« Faire respirer pendant 2 à 5 minutes. Dès que le malade commence à perdre (sans excitation) le sentiment des choses extérieures, substituer le chloroforme
versé sur le même cornet d’une façon méthodique (10 à 15 gouttes par quart de minute). On obtient assez vite l’anesthésie, quelquefois directement, quelquefois en traversant une période d’excitation très modérée et très courte.
« Si, toutefois, cette période d’excitation paraissait un peu forte et prolongée, ainsi que cela peut arriver à un alcoolique, on l'arrêterait presque instantanément en revenant momentanément (et largement) au bromure d’élhvle.
« Tout récemment encore j’ai constaté le fait, en anesthésiant (pour une énucléation de l’œil) un homme de 62 ans, alcoolique invétéré, à la clinique ophtalmologique du D r Dehenne.
« Bientôt on a la résolution musculaire complète, l’abolition des réflexes (réflexes palpébral, cornéen, etc.), et il ne reste plus qu’à entretenir cette anesthésie, en versant sur le cornet quelques gouttes de chloroforme, en moyenne de 4 à 6 gouttes par quart de minute, (= 1/5 à 1/2 centimètre cube par minute).
« Le D r Lebert avait préconisé le bromure d’éthyle pour l’anesthésie obstétricale. J’en ai obtenu de bons effets, et un jour que je venais d’en administrer à une femme en travail, et que celle-ci, ayant conscience du soulagement obtenu, me suppliait de continuer et de lui en donner d’autre, comme ma provision de bromure d’éthyle était épuisée, je lui substituai le chloroforme; je fus très surpris de voir, au bout de quelques inhalations, la patiente tomber très doucement et très rapidement dans un sommeil anesthésique complet. Ce fait me mit sur la voie de la méthode d’anesthésie mixte que je préconise aujourd’hui.
« Je l’ai employée depuis deux ans, en présence de plusieurs chirurgiens : toujours les résultats ont été parfaits. Le D r RichelotTa expérimentée dans son service à l’hôpital Tenon.
« 11 m’écrivait en juillet dernier : « J’ai positivement « constaté que les muqueuses ayant subi le contact du
« bromure d’éthyle admettent le chloroforme sans pro- « testation ; il y a beaucoup plus de calme pendant les « premières inhalations chloroformiques, moins de ré- « sistance et de sensations désagréables. Au point de vue « de la suppression des réflexes dangereux à ce moment, « le bromure d’éthyle me paraît infiniment supérieur à « la piqûre d’atropo-morphine, à laquelle j’ai dû re- « noncer après une expérience de 2 ans. »
« Il y a quelques jours le même chirurgien m’écrivait :
« Je suis toujours partisan du bromure d’éthyle au « début de l’anesthésie, et m’en sers quand j’ai lieu « de craindre des réflexes dangereux, qu’il faut éviter « absolument.
« Dernièrement, à Tenon, j’ai dû faire une hystérecto- « mie vaginale à une femme qui a un rétrécissement mi- « tral grave, avec souffle intense et irrégularité extrême « du pouls. J'ai fait respirer d’abord le bromure d’éthyle, « pendant quelques minutes, puis le chloroforme a été « substitué sans secousses, accepté sans intolérance, et « le pouls s’est merveilleusement régularisé pendant le « sommeil.... Tout va bien aujourd’hui.
« J’ai fait hier matin une hystérectomie vaginale qui a « duré 2 heures, chez une femme de 62 ans, souffrant « terriblement de fibromes utérins enclavés dans la cavité « pelvienne. De l’avis du professeur Hardy, il n’y avait « pas à différer l'opération, malgré un rhume contracté « par la malade, un enrouement marqué et une toux « persistante. Dans ces conditions et à cet âge, je crai- « gnais la congestion pulmonaire. J’ai fait respirer le « bromure d’éthvle, l’anesthésie s’est établie sans intolé- « rance, et aujourd’hui, après ce traumatisme considé- « rable, la malade, entièrement calme et apyrétique, n’a « pas eu, depuis l’opération, la moindre secousse de toux.
« En résumé, le bromure d'éthyle, employé pendant « quelques minutes avant le chloroforme, paraît en- « gourdir les muqueuses et prévenir les réflexes dangereux « de l'anesthésie. »
« J’ai entendu reprocher au bromure d’éthyle son
odeur désagréable. D’après Dastre, lorsqu’il est pur, son odeur est éthérée et suave, et il n’a d'odeur désagréable que lorsque, mal reclifié, il contient des dérivés bromés nuisibles.
« Nous avons déjà dit que le bromure d’éthyle, à l’inverse du chloroforme, n’a aucune action irritante locale, topique, sur la peau ou sur les muqueuses. C’est pour cela qu’il n’expose pas au danger de la syncope laryngoréflexe.
« Il importe en outre de remarquer, au point de vue physiologique, qu’au lieu d’être, comme le chloroforme, un vaso-constricteur , le bromure d’éthyle est un vasodilatateur ; il diminue donc la pression sanguine et ses effets sur le cœur.
« Ainsi, dans l 'association du bromure d’éthyle au chloroforme nous voyons quelque chose d’analogue à ce qui se passe dans l’association thérapeutique de la morphine et de l’atropine.
« Les effets anesthésiques s’ajoutent, tandis que les effets toxiques se combattent.
« Appareil. — C’est simplement le cornet de la marine, modifié de façon à supprimer les quelques inconvénients reprochés à cet excellent instrument, à le rendre plus propre et plus portatif, et surtout de façon à permettre, par la forme spéciale du diaphragme intérieur et du tube entonnoir central, une introduction méthodique du chloroforme goutte à goutte pendant toute la durée de l’anesthésie, une évaporation régulière, un mélange intime à l’air inspiré (qui rentre par des orifices entourant de toutes parts la surface d’évaporation réduite au minimum) et donnant, en somme, la possibilité de réaliser, avec une approximation suffisante, dans la pratique (et suivant les données de Paul Berl), le titrage du mélange d’air et d’anesthésique inspiré (40 gouttes par minute, 10 par quart de minute, correspondant au titrage 8 pour .100 ; 40 gouttes ne représentent qu’un demi-centimètre cube) ; une fois l’anesthésie obtenue, elle s’entretient avec une dose moitié moindre.
« Il n’y a pas de symptôme d’intolérance : l’anesthésie est obtenue sans secousse, sans période d 'excitation, sans vomissement ni pendant ni après. — Ainsi, sécurité extrême pour l’administration, diminution toujours et souvent même suppression complète de la période d’excitation et des vomissements pré- et post-opératoires, réveil facile et calme. »