‹ Anesthésie chirurgicale et obstétricaleChapitre 3 sur 30 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

L’hypnotisme est susceptible d’être provoqué pendant l’accouchement, mais d’habitude avec plus de difficulté qu’à l’état normal.

Pendant le travail, l’hypnotisme peut vraisemblablement exister sous toutes ses formes : catalepsie, léthargie, somnambulisme ; toutefois nous n’avons pas trouvé d’observation bien précise d’accouchements en catalepsie, qui aient été nettement signalés.

L’avantage de l’hypnotisation pendant l’accouchement

est d’amener l’anesthésie. La suppression de la douleur pourra être obtenue soit par simple léthargie, soit par le somnambulisme, avec ou sans suggestion.

L’insensibilité est loin d’être le résultat conslant de l’hypnose provoquée pendant la parturition. À côté des cas où le succès a été complet ou à peu près complet, il y a des cas où le succès a été partiel, d’autres cas enfin où l’on a totalement échoué.

Les insuccès sont dus soit à ce que la suggestion est mal ou incomplètement acceptée, ou à ce que la douleur utérine fait passer de l’état léthargique ou de l’état somnambulique à l’état de veille. En d’autres termes, la contraction utérine douloureuse es't une cause continuelle de réveil, contre laquelle ne peuvent efficacement lutter les moyens qu’on emploie d’habitude pour provoquer l’hypnotisme. Dans cette lutte entre l’utérus et l’hypnotiseur, la victoire reste souvent, à l’utérus, surtout pendant la période d’expulsion.

Certaines femmes accouchent en souffrant dans l’état second, ne se rappellent plus leurs douleurs dans l’état premier ; on peut en conclure à tort de cette absence de mémoire au succès de l’hypnotisme comme anesthésique.

L’hypnotisme ne paraît pas avoir d’influence nette sur la marche du travail, si ce n’est peut-être un certain ralentissement dans les douleurs utérines.

L’hypnotisme est donc un anesthésique inconstant, et le plus souvent incomplet ; en obstétrique il ne mérite pas grand crédit : il ne saurait être blâmé, mais il est nécessaire qu’il reste exceptionnel et que l’on ne cherche pas, quand même, des sujets à hypnotiser ; l’accoucheur n’en retire pas grand mérite et l’état de l’accouchée pourra en éprouver une mauvaise influence.

Cependant, sans entraînement préalable,' on pourra, sans grand inconvénient, à notre avis, provoquer le somnambulisme ou même la léthargie, pendant la dilatation du col; mais pendant la période d’expulsion on laissera l’hypnotisme de côté, et la parturiente, ramenée à son état normal, sera soumise, s’il y a lieu, aux anesthésiques

ordinaires, au chloroforme, par exemple, donné à la

dose obstétricale.

Enfin, à côté de l’hypnotisme véritable, il y a la suggestion à l’état de veille; le pseudo-chloroforme, ou autres moyens semblables, qui, chez les esprits facilement impressionnables, pourront atténuer les douleurs. L’emploi de cette méthode est à conseiller, car ses inconvénients sont nuis, et ses avantages sont réels.

9 e Chloroforme ou Formène trichloré.-

(C ! H Cl 3 ou C H Cl 5 )

Sommaire. — Découverte. — Synthèse. —Préparation. —Purification.

Propriétés. — Impuretés. — Causes d’altération. —Moyens d y

remédier. — Tubes. — De la chloroformisation à la lumière artificielle du gaz d’éclairage. ,

Toxicologie. — Doses toxiques. — Recherches du chloroforme dans les cas d’empoisonnement. — Appareils.

Effets physiologiques. — Processus. — Poumons. — Cœur. — Pouls.

— Historique : Doses massives. — Doses fractionnées. — Mode

d’administration.-Tubes.-Flacon.-Incidents. - Surveillance

ac ti ve Face. — Yeux. — Pupille. — Langue. — Salivation. — Respiration. — Son rythme. — Circulation. — Réflexes. — Position de Trendelenburg. — Avantages du procédé à doses fractionnées.

— Méthode de P. Bert. — Mélanges titrés. — Machine de R. Dubois. Anesthésie générale. - Indications et contre-indications.—Age.-

Tempérament. — Grossesse. — Sexe. — Régions. — Effets pathologiques. — Alcooliques. — Cardiaques. — Bronchitiques. Analgésie obstétricale. — Moment de l’administration du. chloroforme — Avantages.' —Contre-indications.—Accidents. — Hémorragies — Fœtus. — Mère. — Mode d’administration.

Anesthésie obstétricale. - Indications et contre-indications. — Instruments et procédés divers.— Cornet de la manne. —Appareil de Le Fort. — Appareil de Guyon. — Inhalateur de Junker. Appareil d’anesthésie de Galante. - Appareil modèle d’armée.

— Appareil deBudin.— Procédé Gosselin. — Procédé Peyraud.—

Procédé Nicaise. „„ n ...

Respiration artificielle. - Inversion totale de Nelalon. - Procédé Kœnig — Procédé Maas. — Nitrite d’amyle. — Electricité—Respiration artificielle par insufflation pulmonaire. - Appareil Laborde.

— Conclusions. — Conclusions générales.

Deux illustres chimistes, Soubeyran, en France, Liebig, en Allemagne, découvrirent, à peu près en même temps

(1851), le chloroforme, sans toutefois en déterminer la nature.

C’est Dumas, en 1835, qui l'étudia complètement et lui donna le nom de chloroforme dans le but de rappeler sa décomposition en chlorure et formiate dans certaines conditions.

Synthèse. — Dumas a fait la synthèse du chloroforme en partant du chlore et du formène ; un volume de formène et trois volumes de chlore additionnés d’un gaz inerte donnent, sous l'influence de la lumière solaire, du formène trichloré :

C 2 H 1 4- 3 Cl ! = C 2 H Cl 3 + 3 H Cl.

Ce mode de formation est purement théorique; on a recours pour préparer le chloroforme à des procédés plus pratiques et donnant surtout un rendement plus considérable.

Préparation. —Les procédés,de préparation sont nombreux. Nous citerons seulement les trois le plus ordinairement employés aujourd’hui.

1° Le procédé le plus répandu dans l’industrie consiste à faire réagir dans un appareil distillatoire de l’alcool sur du chlorure de chaux en présence d’une certaine proportion d’eau et sous l'influence d’une chaleur modérée.

Voici la théorie de la réaction généralement admise :

Le chlore réagit sur l’alcool en donnant de l’aldéhyde qu’un excès de chlore transforme immédiatement en chloral.

C 4 H 6 O 2 4- Cl 2 = C‘ H 1 O 2 + 2 H Cl.

C 4 H 4 O 2 H- 3 Cl 2 = C 4 H Cl 3 O 2 + H Cl.

Puis le chloral se détruit, à mesure de sa formation, sous l’action de la chaux, en produisant du chloroforme et du formiate de chaux.

On obtient ainsi un mélange de chloroforme, d’alcool et d’eau. On le rectifie de manière à séparer grossière-

8p ANESTHÉSIE GÉNÉRALE,

ment l’alcool et l’eau; ou le purifie ensuite en l’agitant, dans des vases métalliques, d’abord avec de l’acide sulfurique concentré, puis avec une solution de carbonate 'de soude, et enfin avec de l’eau.

Le produit est rectifié une dernière fois sur du chlorure de calcium. C’est le chloroforme du commerce; il est loin d’être pur, et on s’exposerait à des mécomptes, à de graves accidents peut-être, si on se servait d un pareil produit pour anesthésier. Nous verrons plus loin combien sa purification parfaite est longue et pénible.

2°Pouravoirun chloroforme presque immédiatementpur il est préférable de s’adresser au modus operandi suivant :

On traite le chloral (hydrate de chloral cristallisé) par la lessive de soude à 36°. Le chloroforme se sépare et forme une couche au fond du vase. On le décante, on l’agite avec de l’eau distillée,' et après l’avoir séché sur du chlorure de calcium, on le rectifie au bain-marie.

G 1 H Cl 3 O 2 + Na HO 2 C s H Cl 3 + C 2 H Na O*.

Le chloroforme ainsi obtenu contient peu de substances étrangères ; sa purification est donc bien moins longue que celle du chloroforme préparé par le premier procédé.

3° Enfin un procédé plus récent est basé sur la reaction du chlorure de chaux sur l’acétone. 11 est employé surtout en Allemagne et permet d’obtenir un rendement considérable (206 pour 100 en théorie, pratiquement 200 pour 100).

L’inventeur de ce procédé donne l’équation suivante de la réaction :

2C 3 II 6 O + CGaOCP = 2CC1" H -r- Ca(C 2 lFQ 2 ) 2

ucetoue clilmmeUe-caluioloinie at ch ‘ aux

+ 2Ca(OH) 2 - +-5Ca Cl 2

En raison de la nouveauté de cette préparation, nous allons entrer dans quelques détails.

L’appareil employé pour cette nouvelle manière de produire le chloroforme se compose d’un alambic droit muni d’un agitateur. L’alambic est rempli d’eau aux deux tiers environ, et par l’ouverture pratiquée en haut on introduit la charge de chlorure décolorant, après quoi on lu te avec du ciment l’ouverture et on met en marche l’agitateur.

L’acétone préalablement diluée est amenée dans l’alambic à l’aide d'une pompe ; dès qu’elle arrive en contact avec la solution de chlorure de chaux, elle donne lieu à la formation du chloroforme qui se dégage par un tube abducteur et se rend dans un serpentin où il se condense. On le reçoit dans l’eau.

L'acétone doit être introduite à certains intervalles, sans cela une portion de l’acétone distille inaltérée, ou bien la réaction devient trop violente.

Lorsque le dégagement du chloroforme commence à se ralentir, on introduit de la vapeur dans l’alambic pour réchauffer le mélange et chasser les dernières portions du chloroforme. On laisse alors écouler le contenu de l’alambic composé d’une solution très étendue d’acétate de chaux mélangé à de l’hydrate de chaux et à du chlorure de calcium.

Le chloroforme ainsi obtenu est exempt des produits accessoires chlorés qui accompagnent souvent le chloroforme préparé avec de l’alcool. On le purifie néanmoins en le traitant par de l’acide sulfurique et en le lavant. Dans cet état, il répond exactement au produit exigé par la Pharmacopée des États-Unis (Mon. Scient, d'après lhe Pharmaceutic Journal).

Purification. — La purification du chloroforme de l’alcool exige des opérations longues et délicates. En voici les détails d’après le Codex de 1884 :

Le chloroforme du commerce est d’abord agité avec la moitié de son volume d’eau distillée. Après un repos suffisant, on sépare les deux liquides. Ainsi lavé, le chloroforme est additionné de 1/100 de son poids d’acide sulfurique pur, et les deux liquides sont maintenus en

contact pendant quarante-huit heures, en subissant de vigoureuses secousses souvent répétées. Tant que l’acide sulfurique se colore, le traitement doit être renouvelé.

Après décantation on mélange le chloroforme avec 3 pour 100 de son poids de lessive des savonniers, on laisse en contact pendant vingt-quatre heures en agitant de temps en temps.

Enfin on lui ajoute 5 pour 100 d’huile d’œilleltè, on brasse fortement le mélange et on le distille au bainmarie.

Le chloroforme obtenu est mis en présence de chlorure de calcium concassé et fondu ; pendant vingt-quatre heures on l’agite doucement. Après décantation on le soumet à une dernière distillation au bain-marie et on ne recueille que les huit dixièmes du produit.

Il est de toute nécessité d’enfermer le chloroforme dans des flacons colorés en jaune, absolument pleins et bien bouchés.

Un autre procédé de purification vient d’être indiqué tout récemment par M. Pictet, qui a pris un brevet pour l’application du froid à la purification de diverses substances liquides, et notamment du chloroforme.

On commence par refroidir à — 70° le chloroforme du commerce. Une congélation partielle se produit et la partie solide est séparée.

On refroidit de nouveau la partie liquide à — 100°, le chloroforme cristallise à l’exception d’une très faible partie qui reste liquide. — Ainsi purifié, le chloroforme est absolument pur et se conserve indéfiniment, même à la lumière. Sa densité est alors de 1,51 à 15°.

Propriétés. — Le chloroforme est un liquide incolore, très mobile, possédant une odeur agréable, éthérée, qui se rapproche de celle de la pomme de rainette. La saveur est à la fois piquante et sucrée.

Sa densité est 1,491 à 17°.

Il bout à 60°,8 à la pression 760.

Sa densité de vapeur par rapport à l’air est 4,199.

Il est exactement neutre au tournesol.'

Il est fort peu soluble dans l’eau.

Au contraire sa solubilité est très grande dans l’alcool et dans l’éther.

Son pouvoir dissolvant est considérable sur les résines et les matières grasses.

Il brûle très difficilement à l’air, en colorant la flamme en vert.

Si on met en présence du chloroforme une solution aqueuse de potasse ou de soude, il ne se produit pour ainsi dire pas de réaction, en raison de l’insplubilité du chloroforme dans les solutions aqueuses.

Il n’en est plus de même si les hydrates alcalins interviennent en dissolution alcoolique; le chloroforme se mêle alors au réactif; il se produit une violente réaction qui engendre des chlorures alcalins et un formiate du même alcali. C’est cette propriété qu’a voulu rappeler Dumas, en donnant au corps qui nous occupe le nom de. chloroforme.

Si à un mélange de solution alcoolique de soude et d'aniline on ajoute quelques gouttes de chloroforme, il se dégage, sous l’action de la chaleur, une odeur repoussante due à la production de nitrite formique de l’aniline.

Lorsqu’on chauffe en vase clos à la température de 100° du chloroforme avec de l’acide azotique chargé de vapeurs nitreuses il se forme au bout d’un certain temps de la chloropicrine, C CP Az 0*, qui bout à 110°,5. L’acide azotique sans vapeurs nitreuses ne produit aucune réaction. (Mills, S. chim., t. XVI, p. 271.)

Un courant d’air humide passant à travers du chloroforme produit un abaissement de température suffisant pour transformer l’eau en uné masse neigeuse.

Le couple zinc-cuivre est sans action sur le chloroforme parfaitement pur, mais en présence de l’alcool il se manifeste un vif dégagement de gaz composé de formène et d’un peu d’acétylène. Le résidu est formé de chloréthylate de zinc.‘(Gladstone et Tribe, S. chim., t. XXIV, p. 474.)

Dans une thèse soutenue à l’école de Pharmacie,

Walizenski (thèse 1879) a fait connaître la propriété que possède le chloroforme de colorer en bleu une flamme au milieu de laquelle on place une toile métallique de cuivre.

Cet auteur propose d’appliquer cettè propriété à la recherche toxicologique du chloroforme, en se servant de la flamme d'un appareil dé Marsh. L’idée est évidemment excellente, mais ce procédé présente un grave inconvénient : cette réaction est commune à tous les composés chlorés volatils, ce qui diminue considérablement sa valeur.

Cloëz a démontré qu a haute température les vapeurs de chloroforme en présence du gaz ammoniac produisent de l’acide cyanhydrique et de l’acide chlorhydrique d’après la réaction suivante :

C 2 H Cl 3 -4-Az H 3 = 3H Cl + C 2 Az H.

C'est avec intention que nous citons en dernier lieu la plus importante propriété du chloroforme au point de vue médical et chirurgical, nous voulons parler de son pouvoir anesthésique. 11 est tel que 3 grammes de chloroforme introduits dans l’économie par inhalations produisent une anesthésie complète, et que moins de 4 grammes peuvent amener brusquement la mort. En raison même de cette propriété, il est utile de rappeler qu’à la température de 20°, un litre d'air saturé de vapeurs chloroformiques, contient un peu plus de 4 gramme de cette substance, et à 30°, près de 2 grammes.

On conçoit dès lors toute l’étendue de la responsabilité encourue par le pharmacien qui remet entre les mains d’un chirurgien un chloroforme impur ou altéré. Nous allons donc examiner en détail les impuretés que peut offrir ce produit, les moyens de les éviter et les moyens d’y remédier.

Le chloroforme peut être impur pour deux raisons. D’abord parce qu’il a été mal préparé ou mal purifié ; puis parce qu’après avoir été parfaitement pur, il s’est altéré,

Les impuretés sont :

De l’éther et de l’acide chloroxycarbonique, gaz extrêmement délétère.

Du chloral.

De l’acide chlorhydrique.

Du chlore.

De l’acide hypochloreux.

De l’acide formique.

Des huiles hydrocarbonées.

Des composés méthyliques et amyliques.

De l’aldéhyde.

De l’alcool.

De l'éther ordinaire.

De l’eau.

Voici d’autre part les caractères de pureté du chloroforme nettement tracés par M. Régnault :

Évaporé sur une feuille de papier, il doit le laisser sec et sans odeur.

Densité = 1»,491 à 17°.

Point d’ébullition = 60°,8 à 76°.

Il ne rougit pas le papier bleu de tournesol.

Il reste transparent au contact de l’eau.

Il ne trouble pas l’azotate d'argent.

Il ne brunit pas au contact de l’acide sulfurique à 66°.

Il ne se colore pas sous l’action de la potasse bouillante.

Il ne rougit pas en présence de la fuchsine.

Ces caractères suffisent amplement pour affirmer la pureté du chloroforme, cependant nous croyons utile de citer certaines réactions récemment indiquées et qui ne peuvent qu’aider le praticien dans ses recherches, lorsqu’un doute vient à son esprit.

En faisant dissoudre la phtaléine du phénol dans de l’eau- saturée de carbonate de soude, on obtient un réactif indicateur de l’acidité d’une liqueur. Vulpian a appliqué cette réaction à l’essai du chloroforme. Dans deux centimètres cubes d’eau on met deux gouttes de solution alcaline de phénolphtaléine. D’autre part on mesuré lOjen-

timèlrès cubes de chloroforme que l’on mélange à la solution ci-dessus. Si le chloroforme est acide, il y a décoloration immédiate. Quand le chloroforme est pur, il ne doit pas décolorer le réactif même dans l’espace de vingt-quatre heures (Annali di Chimica e di Farmacologia).

Cette réaction, que nous avons souvent mise en pratique, donne d’excellents résultats (Bréaudat). La solution alcaline de phénolphtaléine est extrêmement sensible et la décoloration est tellement évidente qu’il est impossible de conserver le moindre doute sur la réaction du chloroforme essayé.

On a proposé pour décéler la présence de l’aldéhyde l’emploi du réactif de Nessler (iodure double de potassium et de mercure).

Si le chloroforme contient de l’aldéhyde il doit précipiter par ce réactif, et ce précipité peut aller du rouge brun au noir, suivant la proportion d’aldéhyde. Pour le différencier du précipité formé par l’ammoniaque on le traite par le cyanure de potassium qui le redissout s’il est dû à l’ammoniaque, et le laisse au contraire intact s’il provient de la présence de l’aldéhyde.

Nous ne donnerons aucune appréciation sur la valeur de ce procédé, que nous n’avons pas appliqué assez souvent pour pouvoir le juger.

Pour la recherche de l'alcool, un procédé est sans contredit supérieur à tous les autres : c’est celui de Roussin. Il consiste dans l'addition au chloroforme de binilrosulfure de fer, sel découvert par ce chimiste. Quelques centigrammes seulement de ce corps produisent une teinte brune, plus ou moins foncée, suivant que le chloroforme contient plus ou moins d’alcool. Roussin prétend que son procédé s’étend également à la recherche de l’éther, de l’aldéhyde et des alcools méthyliques et amyliques. La rareté du binitrosulfure de fer dans les pharmacies fait que ce réactif est très peu employé; d’ailleurs la fuchsine est elle-même extrêmement sensible.

Causes d'altération du chloroforme. — D’où provient l’altération du chloroforme? Des avis bien différents ont

été émis à ce sujet. Les savants se sont trouvés en contradiction absolue dans l’explication de ce phénomène. Il est cependant admis aujourd’hui que le chloroforme s’altère spontanément sous l’influence de l’air humide, de la lumière directe, et aussi sous l’action des matières organiques contenues accidentellement dans des vases mal nettoyés. M. le professeur Régnault a démontré d’une façon indiscutable que la lumière et l’oxygène sont les agents principaux de l’altération du chloroforme, et que la rapidité de cette altération est directement proportionnelle à la quantité de. lumière reçue par le produit.

Voici ses expériences :

Du chloroforme soumis, après purification complète, à l'action de la lumière, en présence de l’air, n’a pu être conservé pur que pendant deux jours en été et cinq jours en hiver.

Le même produit conservé dans une obscurité absolue durant quinze mois, et mis de temps en temps en contact avec l’air par l’ouverture du flacon, ne s’est pas altéré.

Ces deux expériences prouvent bien que l’oxygène sans la lumière n’a pas d’action sur le chloroforme.

Inversement la lumière sans l’oxygène ne l'altère pas davantage. En effet, du chloroforme s’est conservé pur durant seize mois dans une atmosphère d’azote pur et sec, et placé en pleine lumière solaire.

Conclusions. — L’altération du chloroforme est due à l’action simultanée de l’oxygène et de la lumière solaire.

En raison de son grand pouvoir dissolvant sur les substances grasses et résineuses, le chloroforme trouve dans les vases qui le renferment une cause presque continuelle d’altération. 11 e^t bien rare, en effet, que des précautions suffisantes soient prises pour le nettoyage des flacons.

Suivant leur nature, les matières qui souillent les vases agissent plus ou moins rapidement sur le chloroforme en l’altérant plus ou moins profondément. 11 est donc de ' toute nécessité de placer lechloroforme pur dans des fia-

cons rigoureusement propres. Nous donnons plus loin le

moyen de satisfaire complètement à cette condition.

Moyens de remédier aux causes d'altération du chloroforme. — Pour conserver pur un chloroforme bien préparé et le mettre à l’abri de toute cause d’altération, nous conseillons les moyens suivants :

1° Nettoyage des flacons.

Les flacons seront lavés à l’eau aussi chaude que possible et y séjourneront une demi-heure environ.

Lorsqu’ils seront bien égouttés, on les plongera dans de l’acide sulfurique concentré, et on les y laissera pendant douze heures, dans le but de carboniser les poussières, et aussi les matières grasses.

Onles rincera ensuite à l’eau froide jusqu a ce que l’eau de lavage, ne soit plus acide.

Enfin, on les lavera à l’alcool fort et on les séchera parfaitement à l'étuve ou, mieux, dans une cloche contenant de l'acide sulfurique concentré.

Les vases ainsi nettoyés seront d’une propreté parfaite; ils ne devront sortir de la cloche desséchante que pour recevoir le chloroforme.

2° Des récipients et de leur fermeture.

Les vases devront être eu verre jaune foncé et assez épais, pour s’opposer autant que possible à l’action de la lumière. De plus, ils seront proportionnés au débit du chloroforme afin de ne jamais laisser ce produit au contact de l’air. Enfin ils seront parfaitement bouchés et conservés dans un lieu tout à fait obscur.

Pour l’usage de la chirurgie, on emploie un tube de verre jaune épais, d’une longueur de 20 centimètres et d’un diamètre de 20 millimètres. Ce tube est d’abord étiré à une distance de 15 centimètres de la partie fermée; il reçoit ensuite 30 grammes de chloroforme pur.

Après l’ayoir plongé quelques instants dans de l’eau tiède pour chasser l’air contenu dans la partie vide par la formation de vapeurs chloroformiques, on porte vivement l’étranglement du tube dans la flamme mince du

chalumeau et on en scelle rapidement la partie inférieure (fig. S).

On obtient ainsi une fermeture parfaite. De plus, par le rëfroidissement du tube et la condensation des vapeurs qui emplissent l’espacé non occupé par le chloroforme, il se forme un vide-relatif qui fait disparaître la cause d’altération venant de l’oxygène.

Il est important de noter que la distance entre la surface du liquide et le point de fusion du verre doit être au minimum de 25 à 30 millimètres. En n’obsërvant pas cette condition, la température du rouge, à laquelle est porté le verre, pourrait amener une décomposition du

Fig. 5.

chloroforme et le souiller par les produits pvrogénés qui en résulteraient.

Une première enveloppe de papier jaune foncé protège le produit contre l’accès de la lumière, mais, pour plus de sécurité, on l’introduit en outre dans un solide étui en bois qui assure l’obscurité absolue. (Bréaudat.)

On a beaucoup préconisé pour l’anesthésie l’emploi du chloroforme tiré du chloral ; nous pensons, au contraire, qu’il est préférable de préparer cet anesthésique par le procédé à l’alcool ou par l’acétone, et de lui faire subir scrupuleusement la purification indiquée par M. Régnault. Le chloroforme du chloral offre un grave inconvénient : souvent il retient du chloral à l’état libre qui échappe à la purification, et, comme l’a démontré clairement Personne, produit à la longue de l’acide chloroxycarbonique, substance éminemment délétère.

Enfin, comme dernier moyen à opposer à l'altération spontanée de l’anesthésique qui nous occupe, nous donnerons un procédé indiqué également par M. Régnault,

et qui consiste à restituer au chloroforme, après purification, 1/1000 en poids d’alcool éthylique pur et absolu.

M. Bréaudat prépare pour nous depuis un certain temps du chloroforme anesthésique en suivant très rigoureusement les méthodes que nous venons d’indiquer, et nous pouvons tous les jours nous convaincre de la complète efficacité, des moyens de conservation donnés plus

1 Ù lal on du chloroforme. - Le chloroforme introduit dans l’économie s’élimine de deux façons différentes :

1° Par les voies respiratoires ;

2° Par les excrétions.

L’élimination par les voies respiratoires est extrêmement facile à constater ; l’air expiré par le malade offre ' une odeur caractéristique de chloroforme. Cette élimination se fait très rapidement, et c’est précisément un des grands obstacles à la détermination du poids exact du chloroforme nécessaire à l’anesthésie.

L’élimination par les excrétions est moins évidente. Le chloroforme s’y trouve-t-il à l’état naturel, ou subit-il une décomposition dans l’organisme?

Rabuteau et Bourgoin, Stenbauer et Vogel déclarent que le chloroforme se retrouve dans l’urine à l’état naturel. — Raphaël Dubois en doute ; Paul Bert affirme que jamais on n’a pu en donner de preuves bien certaines..

Nous avons tenté diverses expériences dans le but de nous éclairer à ce sujet et nous ne sommes jamais arrivés à démontrer le passage du chloroforme à l’état naturel dans l’urine. .

Trente échantillons d’urine, prélevés à notre clinique chez des malades ayant subi l’anesthésie chloroformique, ont été examinés et analysés, dans son laboratoire, en notre présence, par M. Bréaudat.

Ces échantillons ont ôté d’abord soumis, dans l’appareil de Lallemand, Perrin etDuroy, au passage lent et régulier d’un courant d’air, et pendant une demi-lieure qu’a duré l’opération, aucun de ces échantillons n’a fourni la moindre trace de chlorure d’argent.

D’autre part, après avoir constaté par le polarimètre l’absence de matières sucrées dans les urines, elles ont été mises, pendant un quart d’heure, au bain-marie d’eau bouillante, en contact avec leur volume de liqueur de Fehling récemment préparée.

La plupart des échantillons sont restés sans action sur la solution cupro-potassique ; quelques-uns seulement ont produit une réduction extrêmement faible, que nous devons attribuer à différents éléments normaux de l’urine avant de songer à en rendre responsable le chloroforme.

D’après Rabuteau et Bourgoin, le chloroforme donne à l’urine la propriété de réduire la liqueur de Fehling. Loin de nous l’idée de démentir l’assertion de ces deux savants ; mais qu’il nous soit permis au moins de regretter qu’ils n’indiquent pas leurs procédés de recherches et les conditions dans lesquelles ils se sont placés.

M. Bréaudat a fait sur lui-même une expérience qui nous paraît décisive. Pensant que l’absence de réaction pouvait provenir de la quantité trop faible de chloroforme arrivé dans le sang d’abord et ensuite dans l’urine, à la suite des inhalations, il a ingéré, dans l’espace de vingt-quatre heures, deux grammes de chloroforme en solution aqueuse, et a recueilli le volume total d’urine émise pendant cet intervalle de temps.

Les expériences ci-dessus énoncées ont été reprises immédiatement et ont donné les mêmes résultats.

Nous avons donc le droit de conclure, jusqu’à ce que des preuves indubitables du contraire nous soient apportées, que le chloroforme ne s’élimine pas en nature avec l’urine.

Dans le cours de ces recherches, nous avons pu remarquer divers points intéressants que nous croyons bon de signaler.

L’acidité de J’urine après anesthésie par le chloroforme est beaucoup plus considérable qu’à l’ordinaire.

La quantité de chlore éliminée est augmentée d’un tiers environ.

98 ANESTHESIE GENEIÎALE.

L’urée elle-même s’y trouve en plus grande pro-

P °Ces deux faits ont été déjà publiés par Kort et Mester (Zeitsch. fur Min. Med., t. XVIII, p. 469), qui ajoutent que l’augmentation du chlore et de l’azote est la preuve d’une destruction plus grande des matières albumi-

D’après les mêmes auteurs, on constate aussi très souvent chez l’homme anesthésié une urobilinune plus ou moins marquée. , , „ .

Dans nos recherches, il nous a ete donne une fois seulement de rencontrer de l’urobiline en quantité très

n °Quant à l’élimination de l’azote, elle est augmentée dans la proportion d’un cinquième environ, et cet effet persiste quelquefois deux jours. isqni

Rort (New-York, Med. Journ., p. 225, limais 1890) a analysé l’urine de 500 opérés chez qui la narcose chloroformique avait duré de une heure et demie a deux heures et demie. Cette urine, chauffée avec de la lessive de soude ' et de l’acétate de plomb, produit un précipité très abondant de sulfure de plomb, beaucoup plus copieux que celui fourni avant la chloroformisation ; il en conclut que le soufre non oxydé augmente surtout dans 1 urine ; sa proportion dépasse 20 pour 100. L’action prolongée du chloroforme trouble donc les échanges nutritifs.

Nous devons citer encore Schmiedeberg, qui admet l’idée d’une relation entre le chloroforme et les globules du sang. Pohl soutient cette manière de voir et prétend que la combinaison de l’anesthésique aux éléments figures du san»-, aux globules rouges surtout, est très facilement détruite par le passage d'un courant d'air L'auteur aura.t fait dos déterminations de chloroforme dans le cerveau, le foie, le tissu adipeux et 1 urine. (Arc/ua fui' ex P el im ■ Pathol, med. PharmakoL, t. XXVIII, p..229 WM.)

De la chloroformisation à la lumière artificielle du g a. d'éclairaqe. — L’anesthésie par les vapeurs de chloroforme présente de sérieux inconvénients lorsqu on la

pratique en présence de la lumière artificielle du gaz d’éclairage, du pétrole, ou dans le voisinage d’un foyer de gaz en combustion (appareils de chauffage ou autres).

Des observations recueillies en Allemagne nous apprennent que plusieurs malades opérés dans ces conditions ont succombé brusquement, en présentant tous les symptômes de l’asphyxie, sans cependant que le chloroforme pût être incriminé.

M. Bréaudat a fait sur ce sujet des recherches fort intéressantes, et nous croyons faire chose utile en exposant les résultats qu’il a obtenus.

Le chloroforme ne s’enflamme pas, mais ses vapeurs, portées à une très haute température par la flamme quelles environnent, se décomposent et remplissent la pièce de vapeurs blanchâtres très irritantes, qui provoquent la toux, même chez les assistants. Van Langenbeck attribue cette action irritante à la formation d’acide chloroxycarbonique, gaz éminemment délétère. Dastre, qui constate simplement le fait, pense que les vapeurs blanches sont dues à la présence de chlorure de carbone (Dastre, les Anesthésiques ).

Dans le but de préciser, autant que possible, la nature et la quantité des produits provenant de cette décomposition des vapeurs de chloroforme, M. Bréaudat a vaporisé et brûlé soixante grammes de chloroforme pur dans un appareil disposé de façon à pouvoir recueillir soigneusement et séparément tous les produits de la combustion.

C’est ainsi qu'il a pu caractériser les composés suivants :

Benzine pei’chlorée (chlorure de Julin)' obtenue en beaux cristaux dont l’agglomération formait des feuilles de fougère.

Chlorure d’éthylène perchloré (liqueur des Hollandais perchlorée).

Acide chlorhydrique.

Chlore en petite quantité.

Acide carbonique.

Carbone (noir de fumée) en proportions considérables.

Contrairement à l’opinion de l’auteur allemand cilé plus haut, il ne se forme pas d’acide chloroxycarbonique.

L’oxyde de carbone, l’acide formique ne se rencontrent pas davantage dans les gaz qui s’échappent de la flamme. Toutefois M. Bréaudat a obtenu, dans la distillation fractionnée, un liquide jaune-verdâtre, assez consistant, extrêmement acide/soluble dans l’eau et dans l’alcool, insoluble dans l’éther, le sulfure de carbone, la benzine, le chloroforme, le pétrole, etc., et qu’il n’a pu encore

aenmr.

Ce liquide a une odeur pénétrante, désagréable ; il ne s’enflamme pas, mais il émet, lorsqu’on le chauffe, beaucoup de vapeurs.

La faible quantité qu’il en a obtenue ne lui a pas permis de faire les recherches pouf le caractériser ; il fait provision de cette matière pour pouvoir l’étudier plus complètement.

Continuant ses recherches, il a vaporisé, par un courant d’air, dans un laboratoire de 28 mètres cubes, bien clos, 15 grammes de chloroforme pur dans le voisinage de trois becs de gaz d’éclairage.

Après une demi-heure de contact des vapeurs chloroformiques et du gaz enflammé, l’atmosphère du laboratoire était devenue insupportable pour une personne en

bonne santé.

D’autre part, 15 grammes de chloroforme pur ont ete brûlés, à l’aide du gaz d’éclairage, dans un appareil qui permettait de recueillir les résultats de la combustion. L’opération terminée, voici ce qu’il a trouvé :

*' Acide chlorhydrique.0 gr. 288

! . ^ -jA Huile âcre et acide (contenant de la benzine

perchlorée , du chlorure d’éthylène perchloré, du chlore).4 7i

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