‹ Anesthésie chirurgicale et obstétricaleChapitre 5 sur 30 · Düret, Contre-indications de l'anesthésie · texte numérisé non relu

Düret, Contre-indications de l'anesthésie

d’air pour rétablir la rapidité normale de la circulation

pulmonaire.

Cœur. — La syncope cardiaque étant mortelle, on s’est beaucoup occupé de l’action du chloroforme sur le cœur. Nous ne ferons que citer les noms de Vu 1 pian, Trinquart, Franck, Arloing en France; le comité de chloroforme anglais; Scheinesson, Koch, Vierordt en Allemagne; Boodwitsch et Mint en Amérique, etc.; nous ne relaterons que le résultat des expériences d’Arloing et l’opinion de Duret.

Celte syncope cardiaque reconnaît trois causes :

1» Une irritation du cœur par voie réflexe, irritation qui, comme nous venons de le dire en parlant de l’action du chloroforme sur les voies respiratoires, s’exerce d’abord sur le larynx et la trachée; cette irritation, ayant pour point de départ l’excitation du trijumeau, du larynx, sera transmise au bulbe, au pneumo-gastrique, puis au cœur: d’où la syncope ■primitive ou laryngo-réflexe (Duret);

2° L’action sur le bulbe des vapeurs de chloroforme donné à doses massives, qui, pénétrant dans le sang, déterminera l’arrêt du cœur par l’excitation des centres respiratoires transmise par les nerfs vagues ; c’est la syncope secondaire ou bulbaire (Duret) ;

3» L’intoxication par accumulation de chloroforme dans les tissus saturés, ou syncope tertiaire de Duret, syncope mortelle par paralysie des ganglions excitateurs des mouvements du cœur (Vulpian).

Nous ne pouvons que répéter ce que nous avons dit plus haut au sujet des poumons; les trois causes de syncope n’existent plus avec la méthode fractionnée, et en particulier la dernière syncope par intoxication.

Il est une quatrième cause de syncope cardiaque indépendante de l’anesthésie et de l’agent anesthésique; c’est celle qui est produite par le choc traumatique, ou syncope opératoire, et contre laquelle on ne peut remédier. Cette syncope cependant se rencontre moins souvent dans la méthode fractionnée, qui a l’avantage de diminuer fort peu l’énergie du cœur.

Pouls. — D’abord rapide au début, la pression artérielle ôtant augmentée, il devient de plus en plus lent à mesure que s’établit l’anesthésie, la pression artérielle diminuant pendant la période de résolution.

Il en est de même de la tension veineuse : le pouls reste plein, bien battu, le sang ne stagne pas, ce qui fait que l’on observe la pâleur de la face et des téguments : pâleur qui disparaîtra pour faire place à la congestion, s il y a un commencement d’intoxication.

Le sang, d’après Paul Bert, reste rutilant pendant la période de calme ; il ne noircirait que pendant la période d’excitation, à cause des troubles respiratoires.

Ainsi que le fait remarquer judicieusement le M. Duret, comme il y a diminution de l’absorption du gaz oxygène au niveau de la surface pulmonaire, quoiqu il y ait augmentation de l’oxygène dans le sang artériel des animaux anesthésiés, le ralentissement des oxydations dans le réseau capillaire général est une des causes de refroidissement dans l’anesthésie. . .

Cette diminution des oxydations dans les tissus jointe à la diminution de l’absorption de l’oxygène par la surface pulmonaire, au repos et à l’immobilité du sujet, enfin à l’augmentation du rayonnement sur la surface du corps, sont des causes de l’abaissement de la température, observé par Duinéril et Demarquay, Keppeler, Arloing, etc., abaissement qui varie de deux tiers de degré au minimum, jusqu’à 4° et 4°,5 au maximum.

Historique. — Avant la méthode dite à closes fractionnées, que nous allons décrire, on avait coutume de se servir de doses massives.

Celte dernière pratique était défectueuse pour beaucoup de raisons : en effet, on avait à craindre l’intoxication et la saturation des tissus presque toujours mortelle, et cette congestion asphyxique qui constitue un des plus dangereux accidents de la chloroformisation, si l’on n’y remédie pas à temps. La période, d’excitation était plus longue, plus mouvementée, bref l'organisme se révoltant contre ces doses massives rendait fort difficile la tâche

de l’anesthésiste. De plus, le prix coûteux du chloroforme est une question qui, elle aussi, doit être envisagée, et la méthode fractionnée a l’avantage de permettre des anesthésies assez prolongées avec 20 ou 50 grammes.

C’est le D r Léon Labbé qui, à propos de la discussion soulevée par Gosselin, en 1881, sur la chloroformisation, signala les grandes lignes de cette méthode à l’Académie de médecine.

En 1883 (1 er décembre) P. Bert rapportait, devant la Société de biologie, une communication du D r Pèyraud, de Libourne, relatant un moyen d’administrer le chloroforme, présentant de grandes analogies avec celui du D r Labbé.

Malgré ces deux appels à l’attention scientifique, les chirurgiens continuèrent à employer les doses massives, et ne s’occupèrent point de ces deux nouveaux procédés d’anesthésie. Comme le dit le D r Baudouin dans son intéressant travail 1 , ce furent les internes, chargés de chloroformiser les malades, qui vulgarisèrent la méthode Labbé. Parmi eux, citons les noms des D rs Boncour et Péraire qui ont le plus contribué à améliorer le procédé et à le faire entrer dans la pratique chirurgicale.

M. Sédillot, à Strasbourg, préconisa un mode de chloroformisation un peu différent, du moins quant à la quantité d’agent employé. Au lieu de verser deux ou trois gouttes sur le mouchoir, il recommande d’y mettre quatre ou cinq gouttes.

M. Schwartz (Revuegénérale de clinique et de thérapeutique, 1889) a voulu revendiquer la priorité de cette nouvelle méthode, mais, d’après les recherches minutieuses auxquelles s’est livré le D r Baudouin, c’est bien à M. Labbé que revient l’honneur d’être le promoteur de ce procédé facile et sûr.

Quelques chirurgiens s’élèvent encore contre cette pratique des doses fractionnées, qui tend à se répandre de plus en plus en France, et même à l’étranger, ainsi que

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