‹ Anesthésie chirurgicale et obstétricaleChapitre 7 sur 30 · AVANTAGÉ , DU PROCÉDÉ . DES . DOSES FRACTIONNÉES · texte numérisé non relu

AVANTAGÉ , DU PROCÉDÉ . DES . DOSES FRACTIONNÉES

Ces avantages' sont : ' '

1° 'Unfe période d’excitation tellement atténuée quelle

peut être regardée comme nulle i

Cette agitation du début se traduit par quelques mouvements, par des paroles incohérentes, des larmes, des rires. Les femmes très ..nerveuses peuvent ressentir une imprêssioii ' voluptueuse dont elles se souviennent au réveil. ' .

On ne voit plue cétfe grande agitation, ces contractions musculaires énergiques qui nécessitent l’emploi d’aides nombreux pour prévenir les grands écarts du patient, que l'on ne manque jamais de constater lorsqu’on emploie de fortes doses de chloroforme. Cette période se limite, chez nos anesthésiés, le plus souvent à une excitation cérébrale se manifestant par des paroles plus ou moins incohérentes, 'des cris, des chants. Puis, peu à peu, le malade se tait, devient immobile, la respiration reprend sa régularité et le sommeil s’établit franchement (Boncour). On se figure, « à distance, bien-entendu, que le malade commence à peine à perdre connaissance alors qu’il dort du sommeil le plus profond » (Baudouin).

L’alcoolisme est le seul cas où cette période d’excitàtion peut apparaître dans l’hystérie, on ne la rencontre pas si la méthode est appliquée avec soin.

L’explication de l’absence de la période d’excitation par l’emploi de ce procédé est difficile à donner, et l’on est réduit à de simples hypothèses. Pour M. Baudouin, les quatre ou cinq gouttes que l’on met au début chaque fois sur la compresse semblent représenter le mélange titré de P. Bert de 10 à.12 pour' 100 (dose anesthésique). — Le sommeil obtenu, les deux ou trois gouttes nécessaires à la ration d’entretien 'correspondent au mélange ordinaire, 8 pour 100.

Avec cet auteur, nous admettons que; « le tant pour cent de vapeurs chloroformiques, par rapport à la quantité d’air

inspiré, - étant trop peu élevé,' l’agent anesthésique'se dissout (?)dans le sang en trop petite quantité ; partant, le sang contenant trop peu de chloroforme réagit sur la cellule nerveuse avec une intensité trop faible, et, au lieu d’anéantir d’emblée les éléments cellulaires, les excite tout d’abord. C’est comme ces brasiers de bouille dont la flamme est attisée par les premières gouttes de l’eau qui finira par les éteindre » (Baudouin). — Celte explication contredit la loi des physiologistes, qui établissent en principe que le poison qui abolit les propriétés d'un organe nerveux commence par les exalter, que la paralysie est toujours précédée d’une période d’excitàtion, même chez les,végétaux.

Le fait clinique est là pour prouver qu’il ne s’agit pas de proportion dans le mélange des gaz, et que la tension des vapeurs chloroformiques dans l’air est plus importante à considérer que la quantité absolue de poison.

2° La chloroformisation à doses proportionnées supprime l’étouffement pénible que ressentaient les sujets soumis aux doses massives, elle n ! a plus rien de désagréable.

3° L’anesthésie obtenue est complète.

4° Faite avec soin, cette méthode empêche la production , des vomissements, qui réveillent le sujet, et gênent l’opérateur, surtout quand il s’agit d’une, opération sur le . thorax ou l’abdomen (laparotomie en particulier).

5° L’anesthésie peut être prolongée le temps nécessaire à l’opération.

6° Le réveil est naturel, et, s’il est le plus souvent ^accompagné de vomissements, qui manquent dans bien des cas, chez les sujets dont la tolérance de l’estomac est ,,grande, ces vomissements n'existent pas.

7“ La dose de chloroforme employée est minime,; 15 à . 20 grammes par heure suffisent ordinairement.

Méthode de P. Bert. Mélange titré d'air et de chloroforme. — Nous avons mentionné les travaux de P., Bert sur la pression barométrique et le protoxyde d’azote ; continuant ses expériences sur le chloroforme, le, savant physiologiste a créé la méthode dite de « mélanges titrés »,

c’est-à-dire du mélange d’une certaine quantité en poids de chloroforme à 100 litres d’air ; le mélange prend le nom du nombre de'grammes dé chloroforme volatilisé dans 100 litres d’air.

Après de.nombreuses expériences sur les chiens, il. R. Dubois fut chargé., à l’hôpital Saint-Louis, des premières applications sur l’homme. « Les résultats furent très satisfaisants. Environ 4 eux cents anesthésies furent pratiquées, avec succès dans le courant des années 1884 et 1885, pendant les opérations les plus graves et les plus variées, dans des limites d'age comprises entr.e six mois et soixante-seize ans. » (R. Dubois.) ,

On employa d’abord lie grands gazomètres de laboratoire très lourds, très encombrants, peu maniables. M. Dubois imagina une première machine, plus légère et plus facile à transporter,, mais qui- présentait certains inconvénients dans les mouvements ; une seconde machine, plus perfectionnée, construite par M. Mathieu, présente toutes les garanties désirables.

Cette machine à. anesthésier (fig. 13) se compose: 1° d’un corps de pompe ; 2° d'un verseur automatique ; 3° d’un vase évaporatoire.

Le corps de pompe renferme un piston d'un modèle spécial, qui est mis. en mouvement par la manivelle m. A la fin de chaque course de- ce piston, un volume d’air déterminé a-pénétré dans le corps de pompe, entraînant avec lui une quantité exactement mesurée de chloroforme déversée dans lé vase évaporatoire e,’ par la descente du piston plongeur p dans le récipient r, contenant le chloroforme. -Ce mélange sera chassé du corps de pompe dans la course inverse du piston pendant qu’une nouvelle quantité du mélange titré s’accumulera dans l’appareil. Le débit du mélange titré sera donc continu.

Le masque est sans soupapes et permet au patient de respirer dans un courant d’anesthésique titré sans aucune gêne possible. De cette façon la vitesse avec laquelle on débite le mélange titré n’offre aueun danger, et le seul inconvénient qui puisse résulter d’une marche trop lente

l’éveil. Pour les opérations de la facè ou des : premiôrqs voies respiratoires on peut remplacer lé masqué inhalateur pàr üii tuyau nasal ou par un lube plus gros qui

rend en même temps de grands;services comme abaisse-

langue et comme éûarteur de mâchoire (M. Dubois).

D’après lui, les'avantages de cette méthode sont, les suivants : .

1° Avec la machine, le chirurgien sait ce qu'il fait; il n’ën est pas de même avec les autres procédés dans lesquels le chloroforme, sera versé à la main, fût-ce goutte à goutte, même avec un compte-gouttes.

2° L’anesthésie est régulière et continue. Ce dernier point est important; si l’on veut éviter, les mouvements qui ne sont qu’un symptôme de réveil.

3° La période d’agitation du début de l’anesthésie est, en général, supprimée ou tout au moins très atténuée, même chez les alcooliques.

4° Le chloroforme étant dilué avec la quantité d'air maxima compatible avec, l’anesthésie, les phénomènes d’irritation locale des muqueuses nasale, buccale, pharyngienne et laryngienne (toux, spasmès, suffocation), font défaut, et la syncope convulsive réflexe du début, toujours grave et parfois mortelle, n’est pas à craindre.

. 3° Le mélange à 6 pour 100 étant le plus faible de tous, le patient est toujours sur la limite du réveil, qui s’effectue très vite quand on cesse l’inhalation.

M. R. Dubois a remarqué que les malades sont endormis vite avec un mélange de 10 pour 100, et que l’on peut ensuite entretenir l’anesthésie avec .un mélange à 6 pour 100, incapable de provoquer d’emblée l’insensibilisation, mais susceptible d’être toléré beaucoup plus longtemps par l’organisme.

11 recommande au chirurgien, même avec les mélanges titrés, une surveillance active. « II ne devra pas oublier que le malade qui respire du chloroforme, s’il n'est pas complètement insensibilisé, ne se trouvera pas plus qu'un autre opéré à l’abri d’une syncope cardiaque mortelle, que peut toujours provoquer une douleur aiguë et soudaine ou une frayeur. Cette dernière cause de syncope est surtout à redouter dans la période de l’ivresse chloroformique, où le sujet commence à ne plus interpréter saine-

ment: ce qu'il sent,:,ce qu’il entend ou ce qu’il voit. Ce qu’il importe avant tout de surveiller, c’est l’état de la pupille et celui, de la respiration : le chloroforme tue toujours par syncope ■ respiratoire, jamais par. syncope cardiaque primitive av.ep un mélange titré moyen d'air • et de chloroforme de bonne qualité. » (R. Dubois, Revue générale des Sciences, n p 11, 15 juin 1891.)

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