TECHNIQUE GÉNÉRALE
MALADE. Le malade doit, autant que possible, être placé dans le décubitus dorsal. RECLUS nous répétait souvent que les véritables détracteurs de i'anesthésie locale étaient les dentistes ; les syncopes qui se produisaient chez eux n'avaient souvent d'autre cause que la position assise ou debout du malade pendant l'injection.
11 est dém.ontré que le shock, qui e.xiste à un degré plus ou moins grand sur tous les opérés, est dû à l'altération anatomique des cellules de l'écorce cérébrale. Cette altération est la conséquence de l'angoisse pré-opératoire et de la douleur qui persiste pendant le sommeil chloroformique. Le malade chloroformé ne se souvient pas de ses douleurs, mais il souffre pendant l'opération. Chaque traumatisme des tissus déterminé par les doigts ou les instruments provo<]ue une altération du système nerveux : de là, shock.
Il faut donc supprimer :
A) L'anxiété pré-opératoire.
B) La douleur réelle au cours de l'opération.
Pour cela, nous avons à notre disposition les stupéfiants et le blocage des nerfs par une solution anesthésique.
A) Comme stupéfiant, il faut administrer soit la scopolaminemorphine, soit un mélange que CORBIÈRE appelle Sidérol qui se compose d'hyoscine, de dionine, d'héroïne et de morphine.
On fait une première injection une heure et demie avant l'opération et une autre environ un quart d'heure avant l'intervention ;
il est nécessaire que le sujet ait les oreilles bouchées et les yeu>: bandés (bandeau noir serré). L'opérateur et le personne! prendront l'habitude de ne pas faire de bruit ni de parler. Le malade est à jeun ou a pris un léger repas de fruits ou de lait ; en outre, il doit avoir à sa portée une tasse de café chaud dont il avalera quelques gorgées pendant l'opération.
B) Pour faire le blocage des nerfs, on se sert d'une solution de Néocaïne-Surrénine (Anesthésique N. S.) (i) soit à i o/o, soit à 2 o/o. On peut employer jusqu'à i gr. 50 et même 2 grammes de Néocaïne-Surrénine. Il faut éviter de piquer dans les veines, sinon le produit passe de suite dans la circulation.
Pour une laparatomie gynécologique, il faut anesthésier les six derniers nerfs intercostaux, deux ou trois nerfs lombaires et trois ou quatre nerfs sacrés. Pour les opérations du bassin et du périnée, l'anesthésie sacrée suffit. L'injection sera faite la malacie assise ou couchée.
Cette méthode ne donne pas d'accidents.
.\près les opérations g\'nécologiques, hystérectomies, périnéoraphies, etc., 70 0/0 des femmes n'ont aucune réaction ; 25 0/0 présentent de la pâleur et des sueurs, 5 o'o seulement présentent des nausées et des vomissements.
Immédiatement après l'injection, le pouls s'accélère, mais au bout d'ime demi-heure il ne dépasse guère la normale.
CHAMP OPÉRATOIRE. La peau sera badigeonnée à la teinture d'iode à 1/20. Commencer l'anesthésie avec des mains nues stérilisées ; la dernière injection terminée, nettoyer le champ opératoire à l'alcool : c'est le « premier acte ». Le deuxième consiste à attendre; nous ne saurions trop insister sur cette nécessité absolue de donner à
(1) Au cours de cet ouvrage nous emploierons souvent les mots Anesthésique N. S. ou plus simplement N. S. pour désigner, en abréviation, la Néocaïne-Surrénine.
l'anesthésique le temps d'agir ; le mieux est de s'astreindre à compter 15 minutes, montre en main.