‹ Anévrismes latents de la crosse de l'aorteChapitre 47 sur 56 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

M..., cinquante-sept ans.

Rien à signaler dans ses antécédents héréditaires ou personnels. Nie la syphilis dont on ne retrouve aucune trace. Très bonne santé habituelle.

Il y a quatre mois, au début de novembre dernier, il fut pris sans raison apparente d’une dysphagie brusque. Le pain et surtout La croûte étaient difliciles à déglutir; en même temps apparaissaient des douleurs derrière le sternum et à distance sur lesquelles nous reviendrons tout à l'heure. A la même époque, altération brusque de la voix.

Le malade vit plusieurs médecins, les uns lui donnèrent de l’iodure de potassium à haute dose, d’autres du vin de condurango. Son état s'empirant, il se présenta à l'Hôtel-Dieu et fut admis dans un service de chirurgie. Là, il fut considéré comme porteur d’un néoplasme de l’æsophage et fut dilaté. La sonde œsophagienne rencontrait un obstacle à 27 centimètres des arcades ; elle ne ramena jamais de sang ni de lambeaux saignants. Une amélioration se produisit et le malade allait quitter l’'Hôtel-Dieu quand nous le vîmes. Il

NT

devait revenir peu de temps après pour subir une gastrostomie.

Au moment de notre examen, il se plaint d'une douleur vive sous forme de point, siégeant dans le quatrième espace à droite en avant; il ressent fréquemment une douleur occipito-frontale à droite et, au moment des paroxysmes, sa douleur intercostale s'irradie jusque sous l’aisselle. Cette douleur n’est calmée ni par le repos ni par la position quand le malade est debout. Le repos seul au lit la calme un peu.

Elle varie d'intensité et d'une façon parallèle à la dysphagie ; depuis que celle-ci est moindre, les douleurs sont supportables.

Jamais de régurgitations.

Toux de compression, cornage et dyspnée, surtout pendant l'effort; plus vive aux moments où la dysphagie est. plus forte. Expectoration muco-purulente. Jamais d'hémoptysies.

Rien à l’auscultation pulmonaire si ce n’est de l'expiration prolongée entre les deux épaules.

Signe d'Oliver, choc diastolique ; à l’auscultation du larynx, on entend très bien les bruits cardiaques.

Exophtalmie, pupille droite plus petite; projection du globe oculaire plus considérable à droite. Réactions pupillaires normales.

Examen laryngoscopique (M. Garel). — La corde droite est sans tension, concave, avec un sillon sur le bord libre, indiquant son atrophie.

La corde gauche, sans être atrophiée, a des mouvements très limités comme si elle était fortement parésiée.

Par suite de la concavité de la corde droite, la fente glottique au moment de la phonation prend une forme elliptique.

Par la méthode de Kilian, on ne voit que la paroi gauche de la trachée où on voit à la partie inférieure le battement normal. Il n’y a pas de battements laryngés.

Examen radioscopique. - Tumeur volumineuse au-dessus

du cœur, débordant le sternum, et animée très nettement de battements.

Le malade revint deux ou trois fois à l’Hôtel-Dieu, se plaignant de redevenir dyspnéique et dysphagique chaque fois qu’il essayait de reprendre son travail.

Au mois de mai nous apprîimes sa mort subite. Le D' Bonnet qui le soignait fut appelé un jour auprès de lui pour de légères hémoptysies. Il n’en avait jamais présenté.

M. Bonnet prévint alors la famille de la possibilité d'un dénouement brusque, et le lendemain le malade expirait . d'une hémoptysie foudroyante.

La dysphagie avait conduit à la recherche des autres signes et de la radioscopie.

La dysphagie cependant intense avait présenté des caractères anormaux qui avaient mis sur la voie du diagnostic ; elle avait débuté brusquement ; elle était variable et capricieuse, avait sur la douleur et la dyspnée une influence manifeste. Elle ne s'était jamais accompagnée de régurgitations.

Le cathétérisme pratiqué souvent n'avait jamais ramené de débris sanglants ni d’odeur repoussante.

Ce sont là des caractères fondamentaux qui ne sont pas toujours au. complet et qui donnent à la dysphagie une valeur séméiologique considérable quand ils existent.

Quand ils manquent, quand la dysphagie est progressive et s'accompagne de régurgitations, qu'elle ne varie jamais, on peut presque affirmer un cancer de l’œsophage.

C'était le cas pour un de nos malades où existait cependant le signe d'Oliver, l'inégalité du pouls.

V, Hau. 9

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