‹ Anévrismes latents de la crosse de l'aorteChapitre 50 sur 56 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Troubles divers.

Nous venons de voir que la compression du sympathique amenait le plus habituellement des troubles pupillaires; elle peut aussi se manifester par des troubles plus rares qui ne nous arrêteront pas, mais qu'il faut connaître.

M. Huchard a vu un anévrisme se compliquer d’une sorte d’érythroméralgie due à une compression du sympathique et caractérisée par une paralysie vasomotrice des extrémités ; elle se manifestait par la coloration rouge violacé, le gonflement, parfois l’abaissement dela température de la peau des mains, des avant-bras ou des membres inférieurs. Ces phénomènes survenaient par accès, et s’accompagnaient de phénomènes douloureux. Un malade de la clinique du professeur Antonio(supp.delGiorno dell.Assoc.napol. det medici e naturalisti, VIIT) avait remarqué que les doigts de sa main droite se renflaient en forme de baguettes de:tambour. Cette tuméfaction ne portait pas sur les parties osseuses mais plutôt sur la pulpe

digitale qui était le siège d’un œdème dur. Deux mois après, le patient commença à ressentir une certaine gène dans les mouvements du bras droit et bientôt on vit apparaître un anévrisme en arrière du bord externe de la clavicule.

La compression du pneumogastrique, dit M. Huchard, a paru déterminer de la polyurie ou du diabète insipide en l'absence de lésion rénale.

Deux faits de ce genre ont été établis par Ralfe, un autre par Thiroloix, on a pu observer alors des crises de vomissements, de dyspnée, de polyurie (5 litres par jour).

La compression médiastinale a pu encore engendrer des troubles bizarres, que nous ne faisons toujours quesignaler: l'hyperhydrose(Huchard), troubles objectifs de la sensibilité (Frick) que nous n'avons Jamais rencontrés.

La compression du canal thoracique a été accusée par différents auteurs d’être une cause d’amaigrissement ou de véritable cachexie. «Il a été démontré anatomiquement par Cruishank que les vaisseaux chylifères s anastomosent assez largement avec les lymphatiques du foie et du diaphragme, ce qui assure le déversement du fluide nourricier dans les veines et la clinique a indiqué que l’obstruction presque complète du canal thoracique est compatible avec un certain embonpoint. » (W. Turner.)

Turner a pu réunir dix cas d’oblitération du canal thoracique qui contrairement à l'opinion classique ne s'accompagnaient ni d’anémie, ni de cachexie.

Thrombose. — Les oblitérations par thrombose connues depuis longtemps affectent surtout les artères collatérales, celles qui naissent sur le sac ou à proximité. Une des plus anciennes observations est celle de Petit. Il s'agissait d’un anévrisme siégeant au niveau de la bifurcation de la carotide droite et guéri spontanément. Le malade étant mort « d’apoplexie », on trouva à l’autopsie la carotide complètement oblitérée depuis sa bifurcation jusqu'à la sous-clavière droite. Les oblitérations des gros vaisseaux comme la carotide, se produisant lentement, sont rarement suivies de phénomènes d'ischémie ou de nécrobiose, et restent latentes au point de vue fonctionnel. Le signe caractéristique de cette oblitération est la suppression du pouls. Les faits d’oblitération de la carotide sont assez nombreux.

L'oblitération de la carotide, dit Stokes, est plus commune qu'on ne le suppose et il faut selon toute probabilité lui attribuer les troubles cérébraux qui

compliquent souvent les anévrismes de l’aorte thoracique et du tronc innominé. La lésion de l’encéphale est probablement analogue à celles qu'a signalées le D' Law et qui résultent d’un afflux insuffisant de sang artériel. Chez un malade qui présentait une oblitération de la carotide par un anévrisme, on put reconnaître avec certitude le moment où cette affection se produisit. Dès qu’elle débuta et jusqu'à l'apparition d’une hémiplégie gauche, le malade accusa de la douleur dans la tête, du vertige, des tintemeuts d'oreilles, la perception de sensations lumineuses et un engourdissement passager du bras et de la

jambe gauches. La paralysie s'installa dans l’espace d'une nuit.

La gangrène des extrémités peut aussi se ranger parmi les signes possibles de l’anévrisme, on a même vu des embolies amener des sphacèles circonscrits et le nez tomber en gangrène quelques jours avant ja mort (Cockle). Des troubles circulatoires moins localisés purent s'accompagner aussi de troubles psychiques sur lesquels M. Merklen a attiré l'attention. Il peut y avoir simple coïncidence, mais il peut y avoir relation causale. Les symptômes mentaux observés en pareil cas sont caractérisés par des hallucinations, des illusions, des idées de persécution, de l’hypocondrie, tout cela est déjà moins caractéristique et peut se voir aussi dans les anévrismes abdominaux.

On comprendra donc que nous n'insistions pas sur ces signes, ils peuvent être assurément la conséquence d’une affection telle que l’anévrisme, mais si celui-ci a pu à un tel point altérer l’état général, il se révélera certainement du côté des divers appareils par des troubles plus précis qu'il suffira de rechercher.

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