XL1X
CAHABAS ET FIDF.UUS.
— Satan, dit Antoine en contant sa chronique, Satan, maître de toute la fortune de Lutèce, s'arrêta sur le haut de la montagne pour contempler toute l’étendue de son domaine.
Le jour commençait à paraître.
Il découvrit au loin la petite cité dans son île, et ayant la forme d’un vaisseau au milieu des eaux, qui formait la capitale des.Parisii. Puis, tout autour, le3 vastes terrains sur lesquels elle devait bientôt s’étendre, et il embrassait par la pensée la nation toujours croissante dont il allait être le ministre des finances.
— C’est bien, dit-il, je donnerai la plus grande partie des revenus et bénéfices à mes féaux et dévoués serviteurs, à ceux qui doivent venir dans mon sombre royaume et sont encore capables d’y amener des âmes à leur suite. Ainsi mon enfer va croître et multiplier, et devenir la partie la plus florissante du monde. Pour les honnêtes enfants du bon Dieu, je leur donnerai aussi leur petite part d’argent, car il faut bien que tout le monde vive... mais ils en auront le moins possible.
Là-dessus, il descendit danB la ville pour savoir co qui s’y passait.
11 arriva juste au moment d’une grande fête, et au milieu du tumulte des places remplies de foule.
Le nouveau préfet de Lutèce, Balcimus, envoyé de l’empereur Décius, faisait son entrée dans la viile.
Ce qu’on appelait la forteresse de Lutèce était un certain nombre de baraques do planches, groupées dans Hle, avec une maison de pierre au milieu, décorée du nom de palais, et servant de demeure aux préfets romains.
Sur l’autre côté do chacune des branches de la Seine étaient semées quelques pauvres chaumières de cultivateurs, de bergers ; puis des autels aux différentes divinités gauloises et païennes qui avaiont passé là et duraient moin3 longtemps que leur temple.
C’étaient donc d’une humbb et laborieuse population quo le rassemblement était formé. Le flot du peuple s’étendait sur-
tout sur la voie méridionale, et à l’entrée du pont de bois par lequel le haut magistrat allait pénétrer dans l’île.
En cet endroit se tenaient les corporations des bateliers et des pécheurs, bannières déployées. Dans la ville naissante, où tout le commerce se faisait par eau, faute de routes praticables, et où les produits de tous genres étaient extrêmement rares, ces deux corps d’état tenaient le premier rang, et répondaient à peu près aux pairs de France et aux députés de nos jours.
Le préfet parut.
Il arrivait entouré de toute la pompe romaine. Cette pompe consistait surtout en un nombre infini de lances, dans ce temps où les empereurs et leurs grands officiers s’égorgaient mutuellement tous les ans.
Le lieutenant des Césars était monté sur un cheval magnifiquement harnaché ; des licteurs couverts d’armes étincelantes se tenaient à ses côtés ; il était suivi d’une foule d’esclaves portant les aigles romaines et jouant de divers instruments.
Balcimus avait à sa droite son favori.
C’était un chien nommé Tondor, très-haut placé dans sa faveur. Il lui faisait tenir le premier rang à sa cour; de plus il l’avait nommé décurion, c’est-à-dire magistrat municipal ; et en ce moment il le faisait venir à ses côtés, monté sur un cheval dont la housse reluisait d’or et-de pierreries.
Mais à l’instant où le cortège tournait sur le pont de bois, le chien, comme une vrai bête qu’il était, se laissa tomber de cheval.
Se trouvant alors devant le corps des bateliers, le préfet leur demanda d’une voix haute et insolente :
— Qui de vous veut servir de marche-pied à mon chien pour lui aider à monter à cheval?
Il se fit alors un vif mouvement dans les rangs des bateliers. L’un d’eux, nommé Fidélius, se rejeta en arrière avec un geste d’indignation ; un autre, nommé Carabas, se jeta en avant d’un air d’empressement servile.
Ce dernier s’inclina profondément devant le préfet; il salua aussi Tondor ; puis, s’étant mis à plat-ventre sur la terre, il présenta le dos au chien qui sauta dessus et remonta de là sur son cheval.
Le lieutenant de l’empereur sourit à Carabas qui s’était re-
levé ; il lui tendit sa main à baiser et lui dit de venir le wr au palais.
Le cortège s’éloigna. Carabas le suivit du regard en pleurant do joie de l’honneur qui lui était advenu. Fidélius appela tout haut son collègue homme sans cœur, valet, pied plat, puis il retourna à son bateau.
Satan avait assisté à ce qui venait de se passer.
Il alla se percher sur le fronton du temple de Jupiter dans l’île et il réfléchit.
— Ces deux bateliers, dit-il avec sa perspicacité diabolique, personnifient à peu près les deux espèces de gens dont le monde est formé, et dont les uns sont à moi et les autres au bon Dieu. De par le contrat qui me rend le dispensateur des richesses en cette ville, je donnerai une masse énorme d’argent à Carabas et à sa postérité. Celle-ci comptera dans le nombre de fieffés coquins, des hommes nuis qui ne feront * aucun emploi utile de leur fortune. Fidélius et ses descendants n’auront que juste ce que je ne pourrai pas leur ôter.
Ce sera étrange pour ceux qui s’occuperont à examiner le monde. On ne comprendra pas que les mauvais prospèrent mieux que les bons ; ou appellera cela hasards, caprices du sort, fatalité, tandis que tout se passera selon ma suprême volonté.
Il se leva, étendit sa griffe sur la cité et prononça :
— J’ordonne à tous les événements de concourir à tout ce que je décide ; que tout se passe ici comme je l’ai dit.
Puis, le maître d’un puissant Empire no pouvant s’occuper par lui-même de détails d’administration financière, établit dans la cité, pour le présent et les temps avenir, des payeurs chargés de distribuer des fonds à qui de droit.
Ces employés étaient des démons forts en chiffres; ils habitaient et habitent encore les différents quartiers de la ville.
Vous me demanderez peut-être, monsieur l’abbé, dit le père Miro entre parenthèse, où peuvent loger ces payeurs invisibles. Eh bien ils habitent les creux de cheminéis; d’abord parce qu’étant démons ils ne craignent pas le feu, ensuite parce qu’étant noirs ils ne paraissent pas là-dedans. Et de leur poste ils voient et entendent tout ce qui se passe.
L’abbé ayant fait un signe d’assentiment, Antoine continua.
Depuis le jour dont je viens de vous parler, Fidélius et Carabas devinrent ennemis mortels.
li y avait toujours eu entr’eux une sorte de rivalité. Ils avaient lo môme rang dans la corporation des bateliers, nommés marchands par eau, et à peu près la môme fortune. Mais les aïeux de Fidélius avaient vaillamment combattu les Romains à l’arrivée de Jules César, et retardé longtemps, au prix de leur sang, la conquête- de la Gaule ; cela lui constituait parmi ses compatriotes une sorte de noblesse dont Carabas était jaloux, lui dont les pères n’avaient jamais fait que vendre des porcs au marché 1 Puis les deux bateliers ayant commencé le commerce en même temps, et toujours a peu près marché du môme pas, la concurrence s’était mêlée de les mettre mal ensemble.
Mais, à partir du moment de l’arrivée du préfet, les injures adressées par Fidélius à Carabas déclarèrent entre eux une haine ouverte et terrible.
Dès le lendemain aussi, grâce à l’intervention de Satan, la fortune des deux bateliers changea subitement
Carabas, d’après l’invitation du lieutenant de l’empereur, s’étant rendu au palais, entra tout de suite en faveur près do Dalcimus et de son favori Tondor ; il fut attaché à la personne du chien en qualité de premier valet de chambre, et on ne le revit plus parmi les habitants de la cité.
Fidélius, ce môme jour là, étant allé à la pêche, eut les plus mauvaises chances. 11 vit avec étonnement et tristesse que de pauvres petits poissons blancs frétillaient seuls dans ses filets. Et le soir il avait tiré un bien mince bénéfice de la vente lorsqu’il rentra à son logis.
Les bords de la Seine n’avaient alors pour leurs quais que d’épais gazons ombragés de saules. Les jolies sarcelles faisaient leurs nids sous les hautes touffes de jonc et les hommes parsemaient leurs cabanes à l’ombre des grands arbres.
Egilda, la fille de Fidélius, était assise à la porte do sa maisonnette et faisait courir la navette dans les mailles d’un filet qui s’allongeait sous ses doigts.
Son père lui dit sa mauvaise fortune du jour.
— Eh bien ! répondit en souriant la jeune fille, j’ai eu soin do faire les mailles do vos filets si fines que les plus petits poissons ont pu s’y prendre. Et, grâce à moi, vous avez eu encore quelque chose dans votre poche.
Fidôlius embrassa sa fille et ne pensa plus à son ennui.
Il allait à la pêche en attendant le retour de plusieurs bateaux à voiles chargés de marchandises qu’il avait envoyés à la villo prochaine.
Mais, par un hasard qui le rendait stupéfait, les belles pièces de poisson continuaient à fuir ses filets qu’il retirait vides ou à peu près.
Malheur plus grand, son compagnon Marcius, qu’il avait envoyé livrer ses marchandises, arriva seul, et lui dit qu’un coup de vent furieux avait fait sombrer l’embarcation, et que tout était perdu.
Fidélius, pâle de douleur, revint apprendre cet événement à sa fille.
— Oh ! dit Egilda de sa voix toujours consolante, comme j’ai été bien inspirée de prélever sur le chargement un sac de belle farine. Grâce à moi, nous aurons encore du pain pendant longtemps.
— Oui, toujours grâce à toi! ma fille chérie, dit Fidélius; tout le charme, toute la joie de mon existence m’est toujours donnée grâce à toi.
Ils vécurent encore quelque temps ainsi, pauvres, mais heureux.
Quand le pain manqua au logis, Egilda alla dans le Gynécée où l’on avait besoin d’ouvrières; elle travailla tout le jour à filer ou tisser le lin et la laine, pour apporter l’argent nécessaire au logis ; et chaque soir son père put répéter :
— Encore un jour de paix et de bonheur, grâce à toi, mon Egilda.
Une après-midi, le batelier, partant à pied pour un endroit assez éloigné de la cité, voulut embrasser sa fille avant de se mettre en route. Il se rendit au Gynécée.
Mais on lui dit qu’Egilda n’était point encore arrivée.
Fidélius n’en conçut point d’inquiétude, pensant que les affaires de la maison, dont elle était chargée, avaient pu occuper sa fille au dehors, et il partit en se dirigeant sur un sentier qui longeait la rivière.
La Seine, qui coulait à pleins bords, était trouble, agitée, et de grosses vagues y bouillonnaient avec bruit dans un courant précipité. Cet aspect de l’eau rappelait à Fidélius le jour ou ses bateaux de marchandises avaient été submergés, et avec eux sa petite fortune. Ce triste ressouvenir assombrissait
son âme ; il cheminait sous une impression de regret et aussi do terreur, car les malheurs s’enchaînent souvent l’un à l’autre dans l’existence.
11 fit ainsi doux lieues en remontant le cours de la rivière.
A cet endroit, un bois coupait le chemin en descendant jusqu’au bord de l’eau.
Fidélius, sa hache sur l’épaule, allait dans ce bois abattre quelques troncs d’arbre dont il avait besoin pour raccommoder ses barques.
Avant d’entrer dans les fourrés, il entendit quelque bruit sous les profonds ombrages des chênes et des sapins séculaires. Mais, comme ce bois sauvage n’était fréquenté que par des loups, et qu’il avait avec lui sa bonne hache et son courage, il pénétra en sifflant paisiblement dans les défilés de verdure.
Cependant, à peine eut-il fait vingt pas, qu’un spectacle inattendu le retint immobile.
Le bois était métamorphosé.
Ses vieux chênes abattus laissaient une vaste place vide. Au lieu de ces énormes troncs moussus, de ces grands rameaux enchevêtrés dans l’ombre, on voyait rangés là des tentes, des faisceaux d’armes, des lignes formidables do soldats.
Le batelier crut avoir une vision. Cependant ses yeux se dessillèrent, et il reconnut que, depuis qu’il n’était venu là, on avait établi dans ces hautes futaies un camp romain.
Machinalement, Fidélius se rejeta en arrière. En se retirant de quelques pas, il se trouva sur le gravier qui bordait la rivière. Mais là encore des rangs de soldats, qu’il n’avait pas aperçus derrière les premiers arbres, se trouvaient de chaquo côté de lui à peu de distance.
En face, il voyait la plaine du camp, entourée d’un vaste cintre de tentes de toile soutenues par des lances; des faisceaux d’armes surmontées d’aigles y brillaient de tous côtés. A droite, était la riche tenloria du chef, drapéo d’étoffe do laine rouge bordée d’or.
La draperie de celte tente se souleva; un homme revêtu de nombreux insignes de toutes sortes de dignités en sortit et se tint à l’entrée.
C’élait Carabas qui retrouvait enfin devant lui son ancien ennemi.
Il s’adressa à Fidélius.
— De par Jupiter, dit-il, tu as eu une bonne idée de venir ici! Nos soldats sont allés tout à l’heure chez toi pour t’arrêter et ne t’ont point trouvé; et voici que de toi-môme tu viens to présenter à leurs chaînes.
— Pour m’arrêter! dit Fidélius en relevant la tête; c’est impossible, puisque je n’ai rien fait de mal.
— Rien de mal! répéta Carabas. Tu as voulu empoisonner notre auguste préfet, lieutenant du sublime empereur Décius.
— Tu es fou, dit le pêcheur en haussant les épaules. N’ayant point approché du palais, je n’ai pu tenter d’empoisonner ton préfet.
— Il est certain, dit Carabas, que le très-honoré Balcimus a été très-malade après avoir mangé un brochet et deux carpes à son dîner. J’en prends tous les licteurs à témoins.
Les soldats firent un signe de casque affirmatif.
— Ce ne pouvait être que du poisson vendu par toi, et que tu avais rempli de venin, reprit Carabas, puisque toi seul ici manques de respect envers le divin préfet, comme tu l’as prouvé en haussant les épaules devant lui le jour de son arrivée, ainsi que tout le monde a pu en juger.
Les soldats opinèrent encore affirmativement en inclinant le casque.
— Va au diable! dit Fidélius. Si ton préfet s’est étouffé de victuailles, la faute n’en est qu’à sa gourmandise.
- — Vous l’entendez! s’écria Carabas, c’est un crime de lèzemajesté 1
Puis, revenant à Fidélius :
— Mais écoute, dit-il, le préfet m’a comblé de charges, de bénéfices et de riches domaines. Je suis décurion, comme tel je veilla à la sécurité publique, et j’ai ordonné qu’on t’arrêlat. Je siégo parmi les juges, où je décide du sort des criminels, et comme juge j’ai prononcé ta peine. Je suis centurion, je commande aux soldats, et, comme tel, je vais faire exécuter ta sentence.
— Tu oublies plusieurs de tes titres, dit Fidélius : tu as ceux de traître, de flatteur, d’envieux, d’imbécile; et, quant à ton pouvoir de mannequin, je saurai bien m’y soustraire.
Il brandit sa hache et voulut se frayer un passage.
Mais il avait une ligne de soldats de chaque côté de ses pas et l’eau bouillonnante derrière lui.
— Rends-toi, lui cria Carabas. Crois-moi, ce que tu as de mieux à faire c’est de t’en remettre à ma justice.
Fidélius, qui avait jeté un regard épouvanté autour de lui, vit en effet la nécessité de se soumettre à un ignoble ennemi et il frémit à cette pensée.
Mais, presque en mémo temps, un cri de joie sortit de sa poitrine.
En interrogeant une seconde fois l’étendue des eaux, il vit sa barque qui arrivait à pleines voiles sur le fleuve gonflé. Son fidèle Marcius, qui la montait en ce moment, et avait vu de loin le danger où il se trouvait, accourait à son secours.
En un clin-d’œil la proue toucha au rivage.
Et, avant que les soldats eussent le temps de faire le moindre mouvement, Fidélius s’élança dans la barque.
— Maintenant, dit-il à Carabas, un seul coup d’aviron, et je suis hors de Ion atteinte... Vois-tu, je pose la rame contre terre... je prends le courant... et dans un moment je vais porter plainte à la corporation des bateliers. C’est le premier corps constitué de la ville, et son autorité légitime saura bien me défendre contre ta mascarade de décurion, centurion et le reste.
— Fidélius! cria Carabas, garde-toi de donner ce coup de rame!
Le batelier le regarda aveo Une sorte d’étourdissement.
— Je te le répète, dit le favori du préfet, ne mets pas ta barque au courant!... Encore une fois, ce que tu as de mieux à faire est de te soumettre à ma justice. Car tu peux te sauver en effet, mais si tu te sauves... ta fille est perdue.
Il ouvrit violemment le rideau de sa tente en ajoutant :
— Regarde!
Egilda, la fille chérie de Fidélius, était enchaînée à une colonne de marbre, ses cheveux s’étaient dénoués, ses vêtements s’étaient déchirés dans la lutte qu’elle avait soutenue. Elle •Hait demi-nue, gisante sur le socle de la colonne.
A ses côtés étaient des soldats armés de poignards nus, qu'ils tenaient levés sur elle.
Dans la tente, on voyait aussi le grand prêtre de Cybelle, re-
quis à l’autorité du grand officier du préfet, et gardant une impassible attitude.
— Ma fille! ma fille! s’écriait Fidélius éperdu.
Et la malheureuse Egilda ne pouvait que tendre vers son père ses bras appesantis par des chaînes.
— Oui, dit Carabas, ta fille, que j’ai fait enlever comme elle se rendait au Gynécée, afin d’ôtre sûr de t’attirer en mon pouvoir.
Fidélius ne pouvait que répéter son cri d'angoisse.
— Ta fille, continua Carabas, que je vais faire égorger à tes yeux si tu fais un seul mouvement en arrière, si tu donnes un seul coup de rame pour l’éloigner.
— Mon Dieu! mon Dieul que faut-il donc faire, s’écriait le père désespéré.
— Venir ici, subir la peine que j’ai prononcée contre toi, dit le grand officier.
Fidélius, pâle comme la mort, avait un pied dans la barque et l’autre sur la terre du rivage.
— Et quelle est la peine que tu as prononcée contre moi? demanda-t-il à son ennemi.
— La mort, répondit celui-ci. Toutes les formalités sont remplies. Tu vas te mettre à genoux au milieu du camp et mes soldats te perceront de leurs lances jusqu’à ce que tu expires.
— Et, si je meurs, dit Fidélius, qui me dit que tu no feras pas mourir ma fille?
— Le grand prêtre de Cybelle que voilà prend sous sa protection les enfants des suppliciés, répondit Carabas. Tu sais bien que je ne poux pas changer nos lois; et, toi mort, je n’ai plus de pouvoir sur elle.
Fidélius porta pendant une minute ses yeux hagards, éperdus, sur sa fille, puis sur les lances des soldats.
Carabas qui vit ce regard lui dit :
— Choisis.
En cet endroit de son récit, Antoine Miro se leva tout-àcoup; il tendit l’oreille comme s’il eût entendu quelque bruit au dehors; puis il sortit vivement en laissant ses deux auditeurs dans la cabane du berger.