CHAPITRE X
Il y a maintenant un peu plus de qualre années; mon frère alors âgé de dix-huil ans vint en sortant de l'école militaire de Saint-Germain , où il venait de finir ses éludes, passer quelques moments en Normandie chez mon père au chàlcau
du Tremblaye où nous nous rendons maintenant ; il avait été nommé sous-lieutenant de chasseurs, à sa sortie de l'école , et devait rejoindre son régiment dans peu de semaines.
A peine eut-il passé huit jours avec nous, que mon père, après avoir essayé de sonder son caractère, fut effrayé des vices funestes qu'il y découvrit ; déjà il l'avait connu enfant difficile et mutin , annonçant des dispositions fâcheuses , il trouvait tous ces germes alarmants , développés d'une manière déplorable; à peine même s'il avait la pudeur de cacher ses mauvais penchants. Mon père (tu le connaîtras bientôt) et ma mère que j'ai perdue bien jeune , étaient des êtres excellents , et moi ainsi qu'un frère qui me reste , nous annoncions tous deux d'heureuses dispositions.
— Tu as un frère.'' dit Angélique, te ressemble-t-il ?
— Oui , beaucoup.
— Oh ! que je l'aimerai !
— \yj —
— Je l'espère, mon enfant, car il est bien aimaie, mais l'aîné semblait une exception, une taie, je pourrais presque dire un monstre, dans la mille, et mon père me dit un jour avec unesom- :'e tristesse: Gabrielle....
— Ah ! tu t'appelles Gabrielle, j'avais peur de i plus prononcer ton nom.
Un regard de Gabrielle fut toute sa réponse , lie reprit;
— Mon père me dit : Ton frère fera la honte de ! famille ; tous les vices qu'il annonçait dans son iifance, et que j'avais espéré voir comprimer par h rigueurs de la discipline militaire , ont pris ne affreuse extension : je viens d'avoir avec lui , «ntinua le bon vieillard, une conversation qui a |)rté le désespoir dans mon àme : ma fille, c'est Il misérable, il déshonorera notre nom jusqu'ici
ns tache ; et de grosses larmes roulaient dans ^ \iHJX de mon père.
.K îii'cfforçai de ie consoler , mais il avait lu
i avant dans le cœur de on lils , et branla
tristement la lète en disant : Tu verras, tu verras puissé-je alors ne plus être sur cette terre. C désir de mourir que lui donnait son fils me boui leversa le cœur.
Hélas î et ses tristes prévisions sur le caraetér de ce malheureux jeune homme ne se réalisérer que trop promptement.
La Normandie renfermait alors un grand nom bre déjeunes gens, que, sous prétexte d'opiniot politiques opposées au gouvernement, leurs pa rents laissaient vivre dans une entière oisiveté; li; vrés pour la plupart à des passions désordonnée et fougueuses; gens turbulents, querelleurs, due listes, joueurs, indisciplinés , préls à tout pour faire illusion sur l'inutilité de leur existence sai | but : avides de hasards et de dangers, peut-èL pour se dédommager par un faux semblant < | gloire , de la gloire et des dangers de la guer qu'ils évitaient , car toujours un peu de bien ( j de beau se mêle aux fautes de la jeunesse. 1
Mon frère se lia bientôt avec un grand nomb de ces écervclés, il élail de toutes leuis parties <
jeu, de chasse ou de plaisir, maljjrd toutes les sages remontrances de mon père ; et bientôt il voulut être aussi de toutes leurs entreprises hasardeuses. -
L'époque où il devait nous quitter étant arrivée, ii feignit de partir, nous dit adieu , mais au lieu de se diriger vers l'Alsace, où était alors son régiment, il se rendit auprès de ses nouveaux compagnons, qui l'attendaient dans la ville voisine, et tous ensemble fiuent rejoindre une bande de brigands nommés chauffeurs, qui avaient fait un appel à tous leurs partisans secrets afin de tenter un coup de main hardi, pour la réussite duquel ils avaient besoin d'un renfort de gens courageux et déterminés.
Ces chauffeurs étaient d'aff'reux bandits, se livrant à tous les genres de brigandages. Ils parcouraient les grandes roules, pillaient les diligences, et dévalisaient les voyageurs ; ils se répandaient aussi dans les campagnes, commettaient toute espèce de dévastations , entraient à main armée
<lans de p:iisil)lc.^ liribilallons , i { bi-ùlaii'nl à petit
— i(3-2 — feu les pieds des malheureux propriétaires, pour leur faire révéler par cette affreuse torture les endroits secrets oii ils cachaient leurs richesses vraies ou supposées. Un faux semblant d'opinions politiques se mêlait à ces brigandages, et les ennoblissait aux yeux de quelques-uns. C'était au nom d'une cause quils s'étaient armés , et dans les temps de troubles dont la France n'était pas encoi^ éloignée, servir- sa cause était un mot qui justifiait tout ; les chauffeurs, en réalité, n'appartenaient à aucune opinion, c'était l'écume et la lie d'un parti jadis puissant, qui, sous le nom de Vendéens, avait combattu vaillamment et loyalement pour tme dynastie long-temps vénérée et maintenant déchue. Les Vendéens étaient des héros dignes des temps antiques, et, quoique vaincus, leur mémoire fut honorée par le respect même de leurs ennemis.
Mais chaque p.irti, quelque noble et désintéresse qu'il soit dans ses chefs, traîne toujours à sa suite uinMjiKMic fangeuse de maraudeurs, de déserteurs, (J,- .;; lis .s;m . ;«\ i ii. «li foi, ni iois: et (|uand la guerre
— Ui3 estfinie, ces misérables la conliuuent souidemenf à leur profit : ils organisent le brigandage sous une bannière connue et souvent regrettée par un grand nombre de mécontents. Les chauffeurs agissaient pour eux, et seulement dans un sordide intérêt ; mais c'était au nom d'une cause perdue qu'ils s'étaient fait de secrets partisans parmi la jeunesse irréfléchie de nos environs.
Mon frère n'avait pas même pour lui la faible excuse d'une politique à laquelle son éducation l'avait laissé totalement étranger, mais ses passions effrénées, le jeu^, auquel il s'était livré avec fureur, lui avaient fait contracter des dettes considérables pendant quelques orgies faites avec ces jeunes dissolus, et c'était seulement pour obtenir une part du butin qu'il s'était associé momentanément à ces brigands.
Il s'agissait d'une entreprise sur un château voisin, où devait s'arrêter un receveur du gouvernement chargé d'une recette considérable Le propriétaire du château était riche, et diverses
— IGV — circonslances devaient rendre la capture très importante ; mon frère fut convoqué a un rendezvous général , car il fallait un renfort d'hommes déterminés : on pouvait être sur ses gardes.
On n'y était que trop pour mon malheureux frère ; Tautorilé avait été avertie, le château avait reçu secrètement une troupe nombreuse , et les chauffeurs furent accueillis par une décharge de cent coups de feu qui en tuèrent quelques-uns sur la place : les autres s'enfuirent abandonnant leurs auxiliaires, trop faibles pour résister long-temps et trop courageux pour céder sans combattre ; tous ces misérables furent tués ou pris les armes à la main, après une résistance digne d'une meilleure cause.
Gabrielle s'arrêta. Ces souvenirs lui étaient pénibles, et faisaient couler ses larmes en abondance. Cependant elle reprit :
Mon frère, malgré la plus opiniâtre défense, fut fait prisonnier, et, soit crainte de la colère de pou père, soit quil rougît, malgré son impudeur, de
iraîncr un nom jusqu'à lui respecté sur l'ëchafaud à travers un procès infamant, il prit ce qu'on appelle un nom de guerre, celui sous lequel il élait connu parmi ses compagnons, et le garda pendant les longs débats de la cour de Caen. Comme il n'avait jamais paru dans cette ville depuis^son enfance^ il lui fut facile de demeurer inconnu de ses juges. Nous-mêmes nous continuions à ignorer son arrestation ; il prit soin de nous en faire instruire par un avis secret. Il écrivit à mon père, avec une impudence qui dévoilait trop le fond de son âme corrompue, quil avait gagné l'un de ses gardiens en lui promettant une somme considérable, et que si son père voulait venir l'acquitter , il promettait de garder le secret sur la part qu'il avait eue dans cette entreprise; qu'autrement, à la première audience, il déclarerait son nom et se réclamerait ouvertement de lui.
Un moment avant l'arrivée de ce funeste billet, mon père venait de recevoii- une lettre du colonel du 19^ de chasseurs, qui se plaignait amère-
ment de ce que son lils n'avait point encore rejoint les drapeaux. On doit entrer en campagne d'un jour à l'autre , écrivait-il, et si votre fils ne rejoint pas malgré mes avis réitérés, je serai foroé par la sévérité des ordonnances de le mettre à l'ordre du jour. Mon père , ayant comparé les dates, s'était un peu inquiété du temps que mon frère mettait à traverser la France; mais songeant qu'il était sans doute alors arrivé , il se félicita de ce qu'il eût quitté la Normandie à temps pour n'être pas entraîné dans cette honteuse affaire dont le bruit venait de parvenir jusqu'à lui. Un nommé Jean-le-Dur, surtout, y jouait un rôle d'une atrocité révoltante, et le billet, l'affreux billet qui vint le tirer de sa sécurité était signé Jean-le-Dur.
L'infâme ! s'écria mon père, qu'il périsse ! je ne m'emploierai point pour un tel misérable. Je voulus essayer quelques paroles conciliatrices Non ! non, s'écria-t-il ;... et d'ailleurs que puis-je s\ir lui? il n'éviterait aujourd'hui le châtiment que pour tomber bientôt dans un autre, car il n'a ni
cœur, ni entrailles, ni honneur. Qii'il périsse, qu'il périsse ! el puisse-je ne pas survivre au jour qui verra souiller le nom que j'ai reçu sans lachedemes ancêtres, et quej'espërais voii* transmis nuret honorable par mes enfants à ceux qui leur succéderont.
Et mon paiivre père tomba dans un accès de désespoir furieux. Quand il fut un peu calmé, il relut la lettre de son fils. Un père est toujours père; et, malgré son exaspération, il était facile de voir qu'un sentiment d'affection mal éteinte plaidait la cause du malheureux.
Et d'ailleurs si je le sauvais, poursuivit mon père, qu'en taire ; le laisserai-je rejoindre soji régiment où son affaire serait bientôt connue. Qui sait même
quelle action infâme il peut y commettre ? Le
voilà déshonoré dans son pays, et s'il tarde à rejoindre son corps, voilà son nom flétri dans un des plus braves régiments de l'armée. — Ah : pourquoi mes cheveux blancs ne sont-ils pas dans la tombe! Ma fille, ma fille, j'ai trop vécu : et le vieil-
— lOS — lard, vaincu par la douleur, la honte, la fureur el un reste d'amour paternel, fondit en larmes.
Ce spectacle me brisait le cœur; je m'étais mise à genoux devant lui, je baisais ses mains, et je lo suppliais de se calmer.
— Mon père, lui disais-je, par pitié pour moi , ne vous laissez pas abattre ainsi par le malheur.
Mais il reprenait :
— La honte ! la honte ! Et son visage était si bouleversé, que je craignais de le voir succomber sous le poids de sa peine.
Mon Dieu, quel jour affreux que celui-là. Je n'oublierai jamais l'air morne et sinistre de mon pauvre père. — Qiif fîiire? me disais-je, en me tordant les mains. Ne ferai-je donc rien pour rendre la paix à ses vieux jours? Mille projets passaient et repassaient dans mon esprit ; ils étaient tous impraticables, je me désespérais. Tout à coup, je me souvins que mon frère avait laissé dans pa chambre un porte-manteau renfermant un uniforme et son brevet d'onieier. Nous nous
— 1G0 — étions Tort inquiétés de cet oubli, qui maintenant ne s'expliquait que trop bien.
— Ab ! je vois ce que tu fis, dit Angélique.
— Oui, mon enfant, tu dois le deviner.
J'étais vive, enthousiaste; souvent je m'étais dit, dans mes rêves de jeunesse:— -Ne pourrai-je jamais dévouer ma vie à ceux qui me sont chers ; souvent il me semblait que j'aurais voulu refaire une vie à mon père avec la mienne , lui refaire un bonheur avec mon bonheur, car je l'aimais passionnément; et ce père si aimé, je le voyais malheureux, prés de mourir de douleur. Et je me résolus à faire ce que les gens froidement et paisiblement raisonnables appelleront un coup de tète, je me résoins à aller remplacer mon frère dans le régiment où il (îtait attendu,
— Et que dit ton père ?
— Oh ! ce bon père, il ne m'aurait point laissée partir; je m'échappai après lui avoir écrit. Je lui disais :
« Suivez les senlimeats de votre cœur de père ,
sauvez votre fils, mais à la condition de le faire
embarquer à Cherbourg sous vos yeux , pour
qu'il aille à jamais ensevelir sa honte loin de vous.
Et maintenant, ajoutais-je en terminant ma lettre, bénissez votre fille et priez pour elle; elie va vousquitter pour un temps, et ira remplacer celui qu'on attend au 19' de chasseurs; soyez tranquille, mon père, je ne déshonorerai point le nom qui vous a été transmis sans tache, et que vos enfants doivent laisser aussi sans souillure. »
Je laissai cette lettre auprès de mon père , qui avait fini par s'endormir d'épuisement à la fin de cette cruelle journée, et je partis sur un cheval anglais que je montais habituellement. Mais à peine fus-jeau bas de l'avenue, quel'inquiétude me saisit , et je voulus connaître l'efTet de ma lettre. Je descendis de mon cheval , je l'attachai aux branches d'un arbre, et rentrant par un escalier dérobé, je vins épier le réveil de mon père,
— 171 ~ cachée prés de lui, dans un cabinet d'où je pouvais le voir sans 'en être aperçue.
Je lui vis ouvrir jna lettre... A peine eut-il jeté les yeux sur son contenu, qu'il sonna et fit demander François, son intendant.
V — François, s'écriat-il, va chercher ma fille, appelle-la bien vite?
— Mademoiselle est sortie à cheval au point du jour avec une petite valise, répondit le vieux serviteur, elle m'a dit adieu, et je pense....
— Que penses-tu? s'écria mon père.
— Je pense , dit François , qu'elle est partie pour quelque grande entreprise. Une sainte et forte résolution était peinte sur son visage.
Mon père croisa ses mains , leva ses yeux au ciel, et deux ruisseaux de larmes coulèrent sur ses joues vénérables; mais son visage était illuminé par un sentiment de fierté.
Je sentis qu'il me bénissait, et me mis à genoux pour recueillir celte sainte bénédiction de vieil-
— 17-2 — lard ; puis il resta quelques momenls recueilli, ( t je l'entendis murmurer :
— Celle-ci a pris pour elle toute l'âme qui aurait dû être partagée entre elle et son malheureux frère.
Je partis heureuse. En arrivant en Alsace, où se trouvait le régiment que j'allais rejoindre, j'entrai fout aussitôt en campagne, et ce ne fut que plusieurs mois après que je reçus enfin une lettre de mon père. Il me disait qu'il était orgueilleux de sa fille, et qu'il penserait sans cesse à moi pour oublier 1 humiliation que lui causait son fils.
— Et que devint ion frère ?
— ■ Avec une peine infmie, mon père parvint à obtenir de lui le serment de quitter pour jamais la France et de ne point divulguer son nom en quel que pays qu'il fût, et le geôlier, moyennant la somme promise, favorisa son évasion qu'il opéra très habilement.
— 17.", — Mon père le fit ensuite embarquer sous ses yeux pour l'Amérique, après lui avoir remis sa part de rhéritatje de ma mère ; et j'apprends, dans une lettre que je viens de recevoir, sa mort, trop digne de sa vie. Que sa pauvre àme repose en paix , s il est possible ! ma bouche se refuse à dire quelle fut sa déplorable fin.
— Mais pourquoi ton autre frère ne fit-il pas ce que lu fis toi-même?
— Marins alors aspirant de marine , faisait sa première course sur mer. Il était au Sénégal.
— lletrouverons-nous ton vieux père ?
— Oui ; ce bon vieillaid vit encore.
— Mon Dieu ! que d'objets d'affection (n as ! dit Angélique avec tristesse.
— Oui! mon âme renferme bien des tendresses; mais elles ne m'empêcheront pas de t'aimer, mon
i Angélique; tu ne sais pas combien notre cœur est vaste et puissant. Chaque affection étend et vivifie sa facullé d'aimer. C'est un fover dont la ch.ileur
augmeulo en raison de 1 aliment qu ou lui fournit: lu l'apprendras un jour.
— Oh non ! moi, je n'aimerai jamais que toi!
— Tu le crois ?
— Je le sens !
Gabrielle comprit qu'il fallait ménager une si vive sensibilité, elle n'insista point.
— Mon Dieu ! reprit la jeune fille après un momeut de silence, que je suis aise que ce secret dont j'ai été si souvent effrayée ne soit pas autre chose ; il m'a causé tant d'inquiétude ! je ne savais qu'imaginer, dans ma complète ignorance.
— Et qu'imaginais-tu ? dis-le-moi ?
— Ah ! bien des choses extravagantes.
— Mais encore, que pensais-tu le plus souvent ?
— Le plus souvent ? reprit en rougissant la jeune fille, et cette rougeur la rendit admirablement belle Je me figurais que j'avais quelque défaut corporel fpii te dégoûtait de me-
— El qui pouvait le faire supposer rien de semblable ? dit Gabrielle étonnée.
— Je vais te le dire, puisque tu veux toujours connaître touter? mes pensées ; ceci est un peu diflicile à expliquer; mais, n'importe, je le confesserai ingénuement : j'avais lu te rappelles-tu
que dans les premiers temps de notre mariage, tu m'avais prêté un beau livre que je lus avec tant de plaisir ?
— Le Génie du christianisme, je crois; un livre tout nouveau qu'on m'arait envoyé de France.
— Justement ! J'y trouvai un mot qui me fit bien long-temps rêver, car il m'apprit, ajouta-telle en baissant les yeux et rougissant plus vivement encore , que la bénédiction du prêtre n'était pas suffisante, comme je l'avais d'abord pens*'^, pour faire naitre des enfants dans un ménage.
— Ah ! dit en souriant !e ci-devant ollicier, vous étiez devenue bien hiibile. Et quel était donc ce mol.'
— C'était celui d'une jeune femme américaine
berçant son enfani mort suspendu aux branches
flexibles d'un arbre; elle chante, et lui dit: m Ton
père te créa sur mes lèvres par un baiser. >
— Eh rsaisî quel rapport ceci peut-il avoir avec votre défaut corporel , madame la savante , reprit Gabrielle combattue entre l'envie de rire et l'attendrissement que lui causait toujours la candide innocence de cette enfant.
— Ah ! voilà ! dit-elle avec un redoublement de rougeur et d'embarras. J'essayais bien souvent, en t'embrassant, de rencontrer tes lèvres.... C'est tout simple? n'est ce pas, j'avais tant d'envie de sentir un cœur d'enfant battre dans mon sein ! Il me semblait qu'un enfant c'était la bénédiction d'un ménage.... Mais toi, tu détournais toujours
les tiennes.... J'en ai pleuré bien des fois le me
croyais méprisée, comme Lia, par mon mari.
— Et cela ne t'avait pas refroidi pour moi,
chère enfant .*
— Non , je me disais : Je l'aimerai tant, qu'il finira peut-être par oublier ce qui lui déplaît en moi; car il m'aime assurément, et fait tout ce qu'il peut pour me rendre parfaitement heureuse ; sa répugnance est peut-être involontaire. Et je priais Dieu, etje redoublais de tendresse pour toi.
— Oh ! cher ange, quel cœur est le tien!