‹ AngéliqueChapitre 4 sur 22 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Madame Adriani, heureuse de voir Tamie de ses illes rendue au monde d'une manière presque mi- •aculeuse, voulut célébrer cet heurenx événement, H rassembla en hâte quelques-unes de ses connaispinces les plusjeunes et If s plus joyeuses, non pour

un repas de noce, car l'heure du diner était arrivée pendantque tous ces événements se passaient, mais pour une petite fêle improvisée.

La mariée fut parée des mains de ses amies toutes rayonnantes de joie.

Elle était d'une beauté délicate et pure qu'on ne pouvait regarder sans se sentir ému : une âme toute candide transpirait pour ainsi dire sur ce front virginal et dans ces yeux qu'aucun souffli du monde n'avait ternis ; onse sentaitauprés d'elle f dans une atmosphère d'innocence et de chasteté primitive qui imprimait une sorte de respectueux attendrissement ; il était impossible de l'approcher ( sans éprouver une douce émotion comme à la vue I d'un beau ciel de printemps. )

Mais ainsi parée d'ornements si étrangers pour elle , la pauvre enfant parut plus gauche qu'on ne supposerait possible de l'être avec une taille ravissante et des traits dignes de la plus belle madone de Raphaël.

On la mita la place d'honneur avec son jeune mari; celui-ci parlait peu, la regardait beaucoup

lec un air d'admiration où se mêlait la plus tenre bienveillance; mais quand son rôle de mari lui <ail rappelé, il lui paraissait si étrange, si bizarre, 1 plaisant qu il se mettait à rire aux éclats, et vrailent il paraissait si jeune qu'il lui était permis \i trouver étonnant de se voir si tôt en ménage.

Angélique levait sur lui de grands yeux timi - '^s et doux, et sa gaité semblait l'amuser inlinient ; elle le regardait et Técoutait avec un plaisir j'elle ne cherchait point à cacher. Cependant elle i3venait rouge comme une grenade quand il lui niait, et puis elle ne savait comment le nommer <i lui répondant. Une fois elle l'appela : Ma sœur, Dmme elle appelait les religieuses; mais elle se ;prit en disant : C'est sans doute mon frère qu'il lut dire.... ou peut-être mon père, par respect; et oyant sourire tout le monde, elle rougit à en pleuer,et demanda très timidement comment il fallait onc qu'elle le nommât.

— Nous l'appelons, nous, M. le capitaine, dit largaretta en se rapprochant d'elle; mais comme I est ton mari, je ne sais pas trop comment tu dois

dire : il faut le lui demander. N'est-ce pas qu'il es' bien gentil ton mari ? lui dit-elle tout bas. Ah nous te l'avons bien choisi. Figure-toi qu'il v ; trois mois que nous le cajolons pour l'amener l'épouser; il ne le voulait pas, et nous avons ei bien de la peine à le décider... uniquement parc qu'il ne te connaissait pas; mais quand il t'a vu si jolie il s'est bien vite résolu. J'en étais sûre Puis elle reprit tout haut ; M. le capitaine, voulez vous dire à Angélique comment elle doit vous ap peler quand elle vous parle?

— IMais ne suis-je pas son mari ? répondi M. d'Annebault , avec cet enjouement dont il n< pouvait pas toujours retenir les effets depuis lacé rémonie du matin; eh bien ! qu'elle m'appelle soi mari ; c'est tout simple,

— Il a raison, dit Angélique naïvement ; ji n'avais pas pensé à cela.

— Ma chère femme , reprit le jeune homme ei lui présentant sa main gantée , le bal va commen cer, il faut que nous l'ouvrions ensemble, si voii: le voulez bien.

— Gl —

— Qu'est-ce que cela? dit Angélique étounée; j ne comprends pas.

— C'est danser la première contredanse.

— Mais je ne sais pas danser, reprit la novice infondue.

Le capitaine prit un air de désappointement 13S plaisant.

— Ces demoiselles ne vous avaient-elles donc ]>int dit qu'on ne se marie guère que pour danser < se divertir .'' lui répondit-il. Comment avez vous ]i consentir à m'épouser sans savo r danser?

— J apprendrai , mon mari ; je vous le promets, ipondit-elle d'un ton soumis et craintif.

— Qu'allons- nous faire en ménage à présent, si ')usne savez pas danser? Voyez-vous, mesdemoi- ;llcs , ce que vous avez fait! ajouta-t-il en regarant les jeunes filles sans laisser percer son .trôme envie de rire; vous avez abusé de votre ccndant sur moi pour me choisir une femme, et JUS m'en donnez une qui ne sait pas danser ! Mais disait tout ceci moitié bas, pour ne point désoler I pauvre petite femme déjà bien déconcertée.

— 0 mon cher petit capitaine, ne vous repen tez pas de ce que vous avez fait, lui dit Margarett avec un air câlin ; nous vous aimons tant pou. avoir eu pitié de notre pauvre petite colombe, e l'avoir tirée de sa cage! D'ailleurs écoutez, nevoU| désolez pas, nous lui montrerons toutes les danse que nous savons, et en attendant nous danseron avec vous tant qu'il vous plaira.

— Oh! oui, oui, tant que vous voudrez, ajoutai tendre Agnése les larmes aux yeux.

— A ce compte , reprit le capitaine , je n point trop sujet de me plaindre , puisque je vai avoir trois femmes au lieu d'une. Allons, allons c'est admirable. Eh bien! dansons. 1

Madame Adriani , un peu inquiète de la gaîti d'un jeune officier le jour de ses noces, s'approch et lui dit à l'oreille : i

— Je vous en prie, soyez bien mesuré devaD mes filles : une noce dans ma maison me fait ui peu peur ; et l'intimité de deux très jeunes personnes avec une nouvelle mariée si naïve est asse inquiétante.

— Oh ! pour naïve, il est vrai qu'elle Tesl comme i elle fûtnée ce matin; mais ne soyez pas en peine, t comptez sur ma prudence.

— A propos de la complète ignorance de cette nfant, j'y ai pensé, reprit la bonne dame avec jn air de sage matrone, et si vous le voulez je fêlai la mère ce soir avec elle. Cela me parait assez lécessaire.

— Gardez-vous en bien , répondit l'officier 'un ton très positif ; vous me feriez une vraie eine. Ils se dirent encore quelques mots à voix asse ; mais la musique les interrompit et le bal ommença.

— Le capitaine l'ouvrit par une gavotte à trois vec Agnèseei îMargaretta : c'était une danse nouellement importée de France , et dont le jeune omme leur avait donné quelques leçons. Tous

MIS la dansèrent avec une légèreté moelleuse et

Lin plie de grâce; ils rasaient la terre comme les irondelles au printemps, et Angélique croyait p très bonne foi qu'ils ne la touchaient point.

Elle était ravie, en extase, de les voir se balance] dans une si jolie cadence; mais elle se disait :

— Comment pourrai-je en faire autant? J< crains bien de ne le pouvoir jamais.

Le bal continua, et M. d'Annebault dansai tantôt avec sa femme Agnése , tantôt avec s; femme Margaretta , et venant ensuite passer l'in tervalle d'une contredanse avec sa femme Angélique, il s'asseyait auprès d'elle et la questionnai sur Teffet que lui faisait ce tableau mouvant s nouveau pour elle.

Tout lui paraissait bien beau, mais bien étrange les premiers sons de la musique lui avaient fai faire le signe de la croix comme au commence ment de l'office. Elle n'entrait ni ne sortait d'um chambre sans chercher le bénitier pour y trem der son doigt, et faisait la révérence en passant de vanl chacun des tableaux dont l'appartement étai orné: puis, après les gracieuses gavottes, le bruit les rires, les applaudissements lui avaient caus' une frayeur épouvantable; elle, élevée dans ui cloître parmi des religieuses graves et paisibles

et dont les mouvements étaient systématiquement lents, elle se crut pour un moment tombée dans une des régions turbulentes de l'enfer ; mais ces lumières dont elle était éblouie, mais ces fleurs répandues partout, ces parfums, ces parures, tout cela si frais, si léger, tournoyant comme si le vent eût tout emporté, Seigneur Jésus, qu'est-ce que cela veut dire !

La pauvre enfant , perdue au milieu de la confusion de ses pensées, finit par tomber dans une grande fatigue, et tout se mêla bientôt devant ses yeux : elle ne voyait ni n'entendait plus rien.

Son mari , la voyant pâlir, s'approcha d'elle et lui dit :

— Angélique, retirons-nous ; vous en avez assez, je pense? et, mettant le bras de sa jeune femme sous le sien, il disparut avec elle par une porte donnant sur un escalier dérobé.

Angélique, lasse et tout étourdie, se soutenait avec peine ; son mari la souleva dans ses bras , et traversant avec clic un long corridor, il vint la déposera la porte d'une antichambre , qu'il ou-

— GG — viil et referma sur eux ; puis, la prenant par la main pour assurer sa marche incertaine, il l'introduisit dans une seconde pièce tout éclairée par beaucoup de bougies , et meublée avec magnificence.

En entrant, Angélique ne manqua pas de faire le signe de la croix , pensant entrer dans la chapelle de la maison.

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