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charge de maître des comptes et trois cent mille livres de fortune pesèrent sans doute dans la balance. Pour Catherine, lassée, ou peut-être touchée d’une recherche aussi persistante, ellese laissa faire. (1605.)
Les premières années de cette union semblent avoir été heureuses. Rien ne vint justifier les alarmes des amis de la famille. Plein de courtoisie envers ses beaux-parents, Isaac Le Maiïstre « marquait à sa femme bien de la civilité et de l’amitié »; et elle, timide et tendre, ne demandait rien de plus. Mais, après la naissance de leur premier enfant, le mari cessa de se contraindre; vers cette époque, le jeune ménage quitta le toit paternel, sous lequel il avait habité jusque-là. Une fois seul et libre, les pires instincts de ce malheureux reprirent le dessus. Il accablait sa femme de mauvais traitements et d’insultes; et si, au milieu d’une de ses scènes les plus grossières, quelque étranger était annoncé, la douceur subite de son ton et de ses manières donnait le change, et ne laissait voir en lui que le plus attentionné des époux. Sept ans entiers, la jeune femme subit le martyre de cette brutalité hypocrite; personne, pas même sa mère, ne le soupçonnait ; les principes de son éducation sévère l'obligeaient à garder
le silence sur ses déceptions intimes. Mais lorsque,
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dans ces années cruelles, l’épouse outragée et délaissée se réfugiait quelques heures à Port-Royal, on comprend combien elle encourageait sa sœur à la réforme, et que les plus dures pénitences devaient lui sembler légères auprès du supplice constant qu’elle endurait. Les mauvais traitements et la violence perpétuelle qu’elle se faisait pour garder devant les siens un visage souriant finirent par altérer sa santé. Elle tomba gravement malade. Sa mère, pour la soigner plus à l’aise, la fit transporter auprès d'elle; ce fut alors, dans le découragement de la maladie ou dans l'excitation de la fièvre, que Catherine laissa échapper son fatal secret.
On juge de la consternation des Arnauld! Ils étaient si loin de soupçonner la vérité! Immédiatement, l’avocat prit l'affaire en main. Il fallait des preuves pour provoquer une séparation, et M. Le Maistre agissait sihabilement qu'onn’enavait aucune contre lui. Mais il s’attaquait à forte partie! M. Arnauld le fit surveiller et suivre secrètement ; il se procura des témoins; et, une fois assuré de sa détestable conduite, il obtint une enquête juridique. Interrogé sur sa foi, après l'avoir été sur ses mœurs, Isaac Le Maistre demanda du temps pour répondre et
finit par déclarer qu’il était protestant. Révélation
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tardive, en vérité, mais qui montre, de la part de M. et Mme Arnauld, une insouciance bien coupable. Ce n’était pas après onze ans de mariage qu’il fallait prendre ces informations! Toujours ce mélange de tendresse à leur manière et d’inexcusable incurie.
En levant le masque, M. Le Maistre paya d’audace et réclama ses cinq enfants. Une requête présentée à cet effet par le syndic des huguenots fut reçue et . scellée par le nouveau garde des sceaux, Guillaume du Vair. Ce Guillaume du Vair était très lié avec la famille Le Maistre. Le 8 juin 1593, en effet, c'était aidé par le président Le Maistre, père d’Isaac, que le conseiller du Vair avait défendu la loi salique contre les prétentions espagnoles. Henri IV n’oublia pas le discours qui lui avait aplani les marches du trône; du Vair, de son côté, n’oublia pas son compagnon de lutte et de victoire. Il le prouva à son fils. Mais M. Arnauld pouvait se mesurer même avec un garde des sceaux. Il envoya dire au chancelier qu'il ne le craignait pas, et qu’il saurait bien faire fondre sa cire. Et les actes répondant aux paroles, en dix jours il obtint sept arrêts : sa fille et ses petits-enfants lui furent rendus.
Depuis cette époque (1616), Mme Le Maistre vécut comme si elle eût déjà été veuve. Retirée
chez ses parents, absorbée par l'éducation de ses fils, elle ne connaissait guère d’autres distractions que ses longues et fréquentes visites à Port-Royal. Elle se croyait indigne, dans sa basse opinion d’ellemême, de se mêler de nouveau aux religieuses, «ayant été mariée. » Mais elle employait ce qu’elle avait de forces, d’activité, de loisirs, au service de l’abbaye, surveillant les travaux, traitant avec les ouvriers. Son esprit universel s’entendait à tout, et son humilité la fondait tellement dans la grande abbesse qu’en tout elle suivait ses avis et sa conduite, ayant visà-vis d’elle une obéissance aveugle et un abandon d'enfant. Angélique l’aimait extrêmement, et cette sœur « un peutendre, et qu'il fallait presser », comme elle l’écrira plus tard à saint François de Sal:s, nous semble être non pas la seule affection, mais la seule tendresse de cette nature virile. Il est vrai qu’on aurait imaginé difficilement une âme plus attachante que celle de Catherine. On raconte d’elle mille traits charmants. Si quelqu'un, parmi ses amis ou ses proches, tombait malade, semblant oublier tout le reste, elle s’installait à son chevet, jour et nuit, n’estimant avoir fait quelque chose que lorsqu'elle défaillait, épuisée de fatigue. Si le prix trop élevé du poisson empêchait qu’on en achetât à l’abbaye, la
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sœur trouvait au tour, plusieurs fois par semaine, de grands paniers de marée, envoyés on ne savait par qui, car Catherine, dans sa délicatesse, fuyait tout remerciement. Il faudrait rappeler les actions de sa vie pour donner une idée de la manière « bonne, obligeante, compatissante, bienfaisante », dont elle agissait envers tous. Les pauvres, les domestiques, les ouvriers l’aimaient comme une mère. Un jour, un tourneur, en lui rendant une chaise, réclamait quarante sols pour sa peine. Elle lui demandait s’il se moquait de n’exiger que cela, et le pauvre homme, intimidé, ne sachant que répondre : « Mais vous ne connaissez pas votre métier! jamais vous ne gagneriez votre vie à ce prix-là! » Et il s’en allait joyeux, un écu dans la main. Une autre fois, c'était une femme de chambre atteinte d’une maladie des plus pénibles, qu’elle soignait, gardait, consolait avec une sollicitude si touchante que, bien des années après, cette fille en parlait encore avec émotion. Elle était bonne et douce, — elle était mère. Ses enfants, après Dieu, prenaient tout son temps, tout son cœur; nous verrons dans la suite par quelles larmes elle acheta leur conversion. Sa vie était si étroitement liée à la leur que la mort de l’un d’eux, M. de Séricourt, le plus aimé peut-être, mina ses