‹ Angélique ArnauldChapitre 19 sur 62 · AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

De 1610 à 1618, l'œuvre commencée s’acheva.

Après la communauté des biens, après la clôture, Mme Angélique reprit un des points fondamen- . taux de la règle de Saint-Benoît, l’abstinence perpétuelle. Elle voulut d’abord l'essayer elle-même, et pendant quelques mois ne mangea « qu’un morceau d'aumelette » habilement dissimulé, « afin que la bonne Mère prieure, en lui venant faire inclinatien, ne s’en aperçüt pas. » Puis, quand elle vit que c'était possible, elle étendit la réforme à toutes les religieuses. Chacune reçut donc, comme il est prescrit par la règle, une livre de pain, des œufs, des lésgumes, des carpes de l'étang aux jours de fête; c'était un peu plus varié, pas beaucoup, que l’« aumelette » de Madame l’Abbesse. Dame Dupont ayant reproché à Madame de l’avoir trompée et de s’être

soumise, à son insu, à un régime trop sévère, Angélique lui rappela ses premières objections et lui redit avec un sourire « qu’elle pouvait bien enseigner ce qu’elle avait pratiqué elle-même ». (5 août 1614.)

La réforme était complète. L’ « aube » qui avait éclairé l’Âme de la jeune abbesse lors de sa conversion « avait été grandissant jusqu’à son midi ». Saint Benoît et saint Bernard auraient pu bénir à Port-Royal leur œuvre commune. Ceux qui ont lù l’admirable règle bénédictine, devenue, depuis 529, le code de la vie monastique en Occident, savent avec quelle ampleur, quelle majesté, parle le patriarche des moines. « Écoute, 6 mon fils (1), les préceptes du maïtre et incline l’oreille de ton cœur. Reçois volontiers l'avertissement d’un père plein de tendresse, et accomplis-le efficacement, afin que le labeur de l’obéissance te ramène à Celui dont t’avait éloigné la lâcheté de la désobéissance. A toi donc s’adresse en ce moment ma parole, qui que tu sois, qui, renonçant à tes propres volontés pour militer sous le vrai roi, le Seigneur Jésus-Christ, prends en main les puissantes et glorieuses armes de l’obéissance. »

(x) Règle de saint Benoît. Traduction de dom Guéranger. Pro= legue, p. 1-2.

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