UN MERE
Une abbaye réformée 117
La vie monastique, selon saint Benoît, se résume donc dans l’obéissance. L’abbé peut, suivant les temps et les lieux, modifier les prescriptions extérieures d’une vie dont l’ « œuvre de Dieu », c’est-àdire l'office divin, est la base. Ceci nous explique les différences de forme et de coutumes que nous constatons dans la grande famille monastique au moyen âge. Saint Bernard, religieux à Cîteaux, six cents ans après la mort du patriarche, fixa les points de détail laissés jusqu'alors à la discrétion de l’abbé, et donna une vigueur nouvelle aux monastères qui se rangèrent sous sa conduite. Tout l’élan de son âme de feu, toute l’austérité effrayante de ce cœur, plus tendre pourtant qu’un cœur de femme, passa dans son œuvre de réforme. C’est sa règle, la règle du douzième siècle, que l’on suivait à Port-Royal depuis la fondation, et que Mme Angélique faisait revivre : nous allons l’étudier de plus près.
À deux heures du matin, été et hiver, les moniales étaient déjà dans leurs stalles pour le chant de matines, qui, suivant les fêtes, se prolongeait plus ou moins longtemps. On ne se recouchait pas après l'office : cette journée semblerait écrasante à notre mollesse. Sept fois par jour on récitait
ou plutôt on chantait, « non en musique et avec
des airs curieux, » mais dans ce grave plain-chant en honneur dans l’ordre, les heures canoniales, l'office de la sainte Vierge, souvent aussi celui des morts. Il y avait certaines fêtes où l’on ne quittait pour ainsi dire pas le chœur.
Après la louange divine, but et raison d’être de la vie, le travail manuel occupait une grande place.
Tout ce qui était nécessaire à la communauté, .
pétrir le pain, arracher les mauvaises herbes du :
jardin, laver les lessives, etc., tout était fait par les religieuses, chacune à tour de rule ou toutes ensemble, suivant les travaux.
L'on devait rechercher et aimer la solitude.
L'éloignement de Port-Royal empêchait la fréquence des visites ; les moniales n’allaient au parloir que sur un ordre de l'abbesse et toujours deux à deux; et, revenues dans leur cellule, elles observaient un rigoureux silence. Au début de la réforme, il yavait trois ou quatre fois par semaine des conférences sur un sujet spirituel où chacune avait la liberté de dire son avis et de demander des explications. Bientôt ces conférences furent supprimées « comme donnant trop à la nature ». On se promena alors en silence dans les jardins... (C'était trop
encore. « Nous ne prenions plus l'air que par les