‹ Angélique ArnauldChapitre 21 sur 62 · DE IST ET NONS · texte numérisé non relu

DE IST ET NONS

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fenêtres, écrivait plus tard la Mère Agnès, regrettant la ferveur des premiers jours, et nous remplacions la promenade par quelque travail utile et moins agréable aux sens. » Pas un bruit ne s’entendait dans la vieille abbaye, et il n’était pas rare alors de rencontrer des religieuses passant un mois, six semaines, sans prononcer une parole : les choses indispensables se demandaient par signes. Quand on n’était pas occupé à un travail commun ou à ur emploi déterminé, lingerie, cuisine, infirmerie, etc., on devait se tenir dans sa cellule. Une paillasse posée sur trois ais avec des draps de serge et de grosses couvertures, un escabeau, une table, une image du crucifix, en composaient tout l’ameublement. Même pauvreté dans les habits; aucune étoffe n’était assez vile ou assez grossière. Point de linge. Les moniales, uniformément vêtues de serge, « presque aussi couvertes l'été que l'hiver, » portaient la tunique blanche et le voile noir prescrits par saint Bernard, auxquels on adjoignit plus tard le scapulaire rouge du Saint-Sacrement.

Pour Mme Angélique, rien n’était assez misérable, tant l’« amour de la vileté » la possédait. Elle avait d’abord, comme les abbesses du temps, son

oratoire à part, ses armes sur la porte de l’église et

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sur l’argenterie des hôtes, ce qu’elle supprima à la première occasion favorable, enfin son logis abbatial, élevé par les soins de son père. — Mais elle établit les infirmeries dans l'aile qui lui était destinée ; son oratoire s'ouvrait à toute heure à tout le monde. Seules, la haute stalle armoriée, la croix, la crosse que ses vaillantes mains tenaient instinctivement si haut, distinguaient l’abbesse. Et peut-être, sans aucun de ces insignes, on l'aurait reconnue, tant son jeune front semblait entouré d’une auréole d’austérité, tant sa majesté « faisait trembler » ceux qui s’approchaient d'elle ! Car Dieu l’avait créée royale, d’instinct et d’allures. À toutes les jeunes filles qui accouraient, attirées par la réputation naissante de sa réforme, elle ne demandait qu’une vocation solide. Le rang et la fortune n'étaient rien, malgré la pauvreté de Port-Royal. « Dieu me donna dès le commencement, nous dit-elle, une grande aversion de marchander des filles. Je veux croire qu’il y avait aussi là-dedans bien du courage humain, car cela me semblait bien honteux. » |

Si l'on ne demandait rien à celles qui entraient, elles ne devaient pas s'attendre pour cela à des ménagements ou à une conduite douce. Dans les

six mois et plus de postulat, dans les deux ans de

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noviciat, la mère Angélique et la mère Agnès, alors maîtresse des novices, cherchaient tous les moyens de les éprouver et de briser leur volonté. À cette heure l'excellent Père de Suffren, jésuite; M. de La Charmoye, le Père Archange de Pembroke, éclairaient et dirigeaient la conscience des supérieures, et l’austérité n’empêchait ni la dilatation ni la joie. Plus tard, tombant dans les mains des tristes apôtres du jansénisme, on verra Mme de Port-Royal et - la Mère Agnès en venir à ce point de folie d’essayer ce qui pourrait le plus mortifier une mourante. Aveugles, conducteurs d’aveugles, ils avaient oublié que le joug du Seigneur est doux, et ils le rendaient écrasant jusqu’au désespoir! Tout le jansénisme est là.

Mais attardons-nous aux heures radieuses !

Quand la longue procession des moniales passait, blanche, le long des cloîtres; quand le matin « elles sarclaient au jardin en grand silence et ferveur », ou quand la nuit le chant des psaumes éveillait les échos de la chapelle, on se serait cru rejeté onze siècles en arrière, au temps de sainte Scholastique et de saint Benoît; ou, plus près de nous, on aurait évoqué la grande ombre de saint Bernard rassemblant ses premiers disciples dans la ferveur brülante

de leur conversion,

JI

À quoi bon ces existences ? Et n'est-ce pas une sorte d’égoïsme de s’enfermer ainsi loin du monde, abdiquant sa part de vie sociale? Sans entrer dans le vif de la question, sans donner la réponse chrétienne et définitive que Dieu a droit comme l'homme — bien plus, bien mieux que l’homme — au don d’une vie, en nous tenant au point de vue simplement philosophique, il semble que les incroyants eux-mêmes doivent retirer d’un tel spectacle une grande leçon. Ces vies sont instructives et relevantes; elles sont le grand honneur de l’humanité : car, au milieu des turpitudes d’ici-bas, elles nous prouvent qu’on peut demeurer pur, assez pur pour ne vivre que d’une pensée. C’est la cime de l'être, c’est sa plus grande beauté. Tous les attraits humains ont été dédaignés, toutes les douceurs légitimes sacrifiées, la vie matérielle réduite à son minimum d'importance; vraiment, le corps

n'existe plus, il n’est compté pour rien dans cette

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