DE PE LUE EE
‘ poussée par Angélique, priabientôt l’évêque dene plus
revenir. Etillefit, àregret, sentant bien quelapauvre
Âme craintive ne pourrait plus se débattre bien long-
temps. Alors Marie-Claire se trouva seule, sans secours, sans conseil. Elle résista intérieurement jusqu’au bout de ses forces sans désobéir ni murmurer : mais la lutte était trop inégale. A la longue, elle se demanda avec épouvante si ce n'étaient pas les autres quiavaient raison, les autres qu’elle aimait tant: Angélique, Agnès, sa mère, et si ce n’était pas elle qui voyait faux. Le doute une fois entré dans son esprit, la place était rendue.
Marie-Claire allatrouverses sœurs, se jetantàleurs genoux, demandant pardon en pleurant de n'avoir pas cédé plus tôt. Elle écrivit à Saint-Cyran, avec quelle humilité et quelle douleur, on va l’entendre.
« .… J'ai peu d'espérance d’être reçue de vous, et toutes sortes de raisons me portent à craindre que vous ne vous chargerez pas d’une âme misérable et qui en vérité n’a point sa pareille en malice. Néanmoins je ne désespère pas du tout, parce que je sais que les miséricordes de Dieu sont immenses et qu’il se pourra possible faire qu’il vous obligera à cette action extraordinaire de charité. J'ai quelque sujet
de l’espérer desa bonté, voyant l’état d’où il m'a tiré;
Y SE AIR Ne ne FA Fa tr RSA ME ÈS AN Que nr Ne Per vs is l | PS ar v DETENTE M F, AS ® LE: = “ LAS Nr V5 PE si dEdd & Ÿ Hi Ë Ps % Le LU Se , ne, '
£ Mme Angélique et M. de Saint-Cyran 257
je le regarde avec effroi, et toute ma vie est si criminelle que je n’oserais presque me promettre la grâce de la pénitence. Je sais que Dieu me peut sauver, mais quelle obligation a-t-il de faire ce miracle? J'adore le jugement qu’il fera de moi avec tremblement et tranquillité, etc. »
Six mois l’abbé refusa de se rendre ; on se dcmande si Sainte-Beuve a jamais su ce que c'était qu’un prêtre, pour faire de cet homme étroit, arrogant et dur, le modèle des directeurs. Il voulut bien enfin condescendre à la recevoir; et la première fois qu'i la vit : « Je n'avais ni désir, ni dessein de vous voir, » lui dit-il; « je suis venu dans une autre pensée ; mais étant allé à l’église, je me suis trouvé obligé de vous demander. (Nous voyons poindre l'inspiration directe de l'Esprit.) Vous n’en avez obligation qu’à Dieu. Il est aujourd’hui saint Ignace, martyr ; c'est un saint remarquable. Eh bien, que désirez-vous ? Je suis pour vous guérir, montrez vos plaies. »
Et quand elle lui eut parlé : « Je loue Dieu de vous voir revenir à lui, en vérité. C’est une grâce de laquelle vous n’estimez pas assez la rareté. De mille âmes il n’en vient pas une. Je vous ai cru inconvertible. Si vous fussiez morte, vous n’eussiez pu prétendre grande part au ciel. »
BA ST 7 Ne 7 NES £ LT re RE
CRU + z ER REA RE à TE + LT ET PAL ETES
LA # PL où
Mais quel était donc le crime horrible qui devait fermer le ciel à la pauvre créature et la faisait juger : inconvertible? Le crime d'avoir discuté les idées de M. de Saint Cyran. Nous disons discuté; c’est encore un mot trop fort, puisque, nous le savons, elle ne parlait presque pas, elle ne se plaignait jamais, essayant seulement d'écouter la voix de sa cons cience. Hélas! se voyant, à la lumière de ce faux prophète, si méprisable, si enfoncée dans l’abime, elle implora les pénitencesles plus dures, les satisfactions les plus douloureuses. Suivant sa méthode ordinaire, après avoir renversé et comme désespéré cette âme, Saïint-Cyran entreprit de la relever à sa manière. Elle fut donc exclue de la sainte table depuis l’Assomption jusqu'à la Pentecôte et mise sur sa demande au rang des sœurs converses. Il fallut l’opposition de l'archevêque de Paris pour qu’elle ne gardât pas cette place toute sa vie. Si elle regrettait l'office, les longues prières du chœur, l'abbé lui ordonnait d'y suppléer en répétant cette unique parole : « Retirez-vous de moi, Seigneur! » Retirez vous de moi! Ce devait être le seul cri de cette âme douloureuse, que la soif de l'union divine dévorait, qui n'avait jamais résisté que par amour... Mais
elle ne résistait plus. Tout lui était trop bon et trop
Mme Angélique et M. de Saint-Cyran 259
doux, Au réfectoire elle ne mangeait plus que « les restes des sœurs jetés et mêlés ensemble d’une façon répugnante ». Elle ne couchait plus au dortoir, mais sous un escalier, dans un taudis malsain et glacé qui était aussi un passage. La nuit, c'était elle seule qu'on devait réveiller si quelqu'un était malade dans Ja maison... Elle était vaincue, mais elle en mourait. Dévorée par une fièvre lente, la phtisie se déclara bientôt sans que Marie-Claire modifiât en rien son genre de vie. Loin de demander maintenant les sacrements, « elle éprouvait une telle frayeur chaque fois qu’elle approchait du tribunal de Jésus-Christ, qu’on la voyait toute pâle et toute tremblante. » Il faut l'entendre encore écrivant à Saint-Cyran : « Quel- quefois je suis si effrayée de metrouver devant Dieu, que j'ai si fort offensé, que je ne puis subsister. Mon recours est de m’anéantir sous la justice de Dieu... Je vous dois dire que toutes mes invocations s’adressent à la sainte Vierge, n’osant du tout entreprendre de parler à Dieu depuis qu’il m'a rappelée... » M.de Saint-Cyran pouvait triompher ; sauf les invocations à la sainte Vierge, c’étaient bien ses idées et ses doctrines. Ce cœur confiant et tendre était brisé. Quand, au bout de quelques années, Marie-Claire
se sentit mourir, elle eut du moins pour adoucir son
agonie sa chère sœur Catherine Le Maistre, quine la : | quittait pas : « Mon père, serai-je sauvée? » demandat-elle à M. Singlin dans un dernier mouvement d’angoisse. Puis, pour marquerencoresonhorreurdesarésistance passée, elle voulut qu’onremerciât Dieude lui avoir fait la grâce de connaître M. de Saint-Cyran.
Mais Dieu ne permit pas que cette âme pure s’en allât dans l’épouvante. Elle invoquait avec ferveur la sainte Vierge avec les mots confiants et naïfs de son enfance, oubliant que Saint-Cyran avait essayé d’éteindre en elle cette dernière joie. Elle ne se souvenait plus que « la grandeur de Marie est terrible», mais elle l’appelait, dans ses grandes douleurs, la Vierge bénie, maternelle et tendre : « Hélas! que ferais-je sans elle? » murmurait-elle. Etelle se prenait à sourire, n'ayant plus peur, quand, sentant la mort venir, elle se redressa en s’écriant: « Victoire !.. » La petite âme douce échappait à sa prison glacée. Elle avait essayé, puisqu'on l’avait voulu, de vaincre en elle les divines tendresses et l'abandon de son cœur d'enfant. Elle chantait la victoire dont elle mourait.
Et elle resta à Port-Royal, comme un exemple de la pénitence, une des plus belles conquêtes de M. de Saint-Cyran, un modèle de la direction janséniste.