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exemple, il ne disait presque plus la messe, communiant aux très grandes fêtes, une étole sur son manteau, à la grand’messe des Chartreux. Il vivait très retiré, composant pour les messieurs de Bernières la Théologie familière, sorte de catéchisme condamné plus tard. L'œuvre qu’il préférait aux autres, dont il avait été l’inspirateur et le guide, la Fréquente Communion, l'occupait aussi, et le remplissait de joie.
Cela dura trois mois, d'août à octobre 1643. Mais même dans ce temps si court1il vit se former l'orage, la Sorbonne se réunir pour protester, et lareine, en vraie catholique et Espagnole qu’elle était, reprendre et poursuivre les idées de Richelieu sur l’orthodoxie. Quelques mois plus tard, elle ordonnait à Antoine Arnauld d’aller se justifier à Rome des erreurs dont on l’accusait. Arnauld éluda, fit traîner les choses, et finalement, redoutant les suites de ce voyage, il commença la vie de proscrit et d’errant qui devait durer tant d'années. De cette proscription d'Antoine Arnauld, Saint-Cyran ne fut pasletémoin. Un coup plus terrible avait précédé celui-là. Urbain VIII venait de lancer une première bulle contre l’'Augus» inus, l'œuvre fameuse de Jansénius, l’œuvre du maître!... Malgré les efforts désespérés du parti, cette bulle venait d’être reçue à Paris (1643). La nouvelle
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Procès et mort de Saint-Cyran 200
s’en répandit le soir, et, en raison de sa gravité, on courut l’annoncer à M. de Saint-Cyran. La colère de celui-ci fut effrayante. « Ils en font trop (ils : le pape et les évêques), ils en font trop, il faudra leur montrer leur devoir ! » s’écriait-il dans son orgueilleuse arrogance. « Par où on peut juger ce qu’il aurait fait s’il avait vu ce qui est arrivé depuis, » ajoute Lancelot avec admiration.
Il n'eut le temps de rien faire. Ce fut dans cesdispositions de révolte et d’orgueil qu’il mourut presque subitement sans qu'entre des témoignages contradictoires on ait pu savoir vraiment s’il avait reçu les secours de l'Église (octobre 1643). Mais quelle préparation, au moment de paraitre devant Dieu, que le mépris de ses ministres, lui qui a dit : « Qui vous méprise me méprise. » Quelle préparation quela dureté implacable, l’inexorable froideur devant la faiblesse des autres, puisqu'on sera jugé là-haut à la mesure dont on aura jugé ici-bas! Et qui oserait affronter la sainteté sans ombre que la miséricorde n'adoucirait pas?
Angélique perdait en Saint-Cyranle guide, l’oracle qui avait décidé de toute sa vie; elle s'était attachée à lui dans une admiration ardente, que les malheurs
et « les persécutions du serviteurde Dieu » n'avaient
fait qu'exalter. Elle était si dominée, si aveuglée, qu’elle ne se demanda pas une fois où illa menait. La théorie théocratique de Saint-Cyran, l’omnipotence et la souveraineté du prêtre, se guidant. par l'inspiration intérieure, avaient trouvé là une application naturelle. Il était le maître choisi entre tous; elle était le disciple aveugle. On peut croire que, si elle aima jamais une âme au monde, ce fut celle-là. Et cependant, en apprenant cette mort, elle n’eut ni un tressaillement ni une plainte; elle leva les yeux au ciel et dit simplement : Dominus in cælo! Le Seigneur demeurait, tout le reste pouvait disparaître. Cette âme superbe, trop noble pour ces misérables erreurs, mais qui se mutilait elle-même pour être fidèle aux leçons de son maître, cette âme se renferma dans une impassibilité absolue ; et, endurcie à jamais, elle ne songea plus qu’à faire triompher les principes de celui qu’elle avait révéré comme un
docteur, qu’elle invoquait déjà comme un martyr.
LES AMIES DE Me ANGÉLIQUE
Saint-Cyran était mort, Antoine Arnauld proscrit, l’Augustinus condamné, le livre de /a Fréquente Communion combattu à outrance. Mais, on le sait, la persécution, ou ce qui paraît tel, est un attrait de plus aux natures enthousiastes, et ces années difficiles amenèrent à Port-Royal de brillantes recrues. * Arnauld d’Andilly allait y conduire une de ses mondaines amies, Anne de Rohan, princesse de Guéménée, qui, jusqu'ici, d’instinct et d’allures, n’était rien moins que janséniste. Mais le directeur laïque employait tous ses soins à sauver malgré elle cette âme légère : « Il en était plus amoureux que moi, écrivait plaisamment Retz dans ses Mémoires, mais en Dieu et spirituellement. » La passion platonique du bon M. d’'Andilly s’alliait comme elle pouvait dans l’âme de la princesse à quelques autres, moins mysti-
ques. Le fervent prédicateur ne soupçonnaïit pas ces
écarts qui jettent un jour fâcheux sur la vertu de la belle Anne de Rohan. Il envoyait des livres jansénistes, il multipliait les exhortations. Mme Angélique, tout en applaudissant à la conquête, faisait ses restrictions et écrivait à son frère des lettres bien curieuses pour l’engager à espacer ses visites et à laisser faire la grâce. Certes elle connaissait l’éloquence pleine d’onction de M. d’Andilly, mais elle craignait que cette conversion ne fût plutôt une fantaisie de jolie femme désœuvrée qu’un vrai changement d'âme. Bientôt, cependant, Mme de Guéménée fut mise en relation avec Port-Royal et, au début, échangea mystérieusement quelques lettres avec le prisonnier de Vincennes. M. de Saint-Cyran envoya ses conseils et ses encouragements, mais, lui aussi, sans enthousiasme. Cependant, pour essayer d’affermir l’œuvre commencée, il fallut chercher un confesseur, chose primordiale dans ces « renouvellements » jansénistes, car bien peu étaient capables de conduire les âmes dans les vraies voies. Mme Angélique multiplia les démarches pour faire accepter M. Singlin : « Tout estlà, » répétait-elle. La princesse goûtait peu cet esprit étroit et dur; elle venait pourtant fidèlement à Port-Royal; elle y avait son logement, y faisait des retraites, babillait avec ses amies
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la marquise de Sablé et la princesse de Gonzague. « Il faut que je m'en aille séparer nos dames, disait un jour de Noël Mme Angélique, car ellesse gâtent les unes les autres. Une coëffure, une mode, un colet revient toujours, à quelque propos, sur le tapis. Il faut tâcher de bannir toutes ces diableries qui ne sont pas permises dans des conversations chrétiennes. » Des diableries plus inquiétantes persistaient dans la conduite de Mme de Guéménée, et l’on ne voit pas que l’apostolat janséniste ait produit d’autres fruits qu’une sorte de régularité extérieure et passagère.
Bientôt les lettres de Mme Angélique devinrent plus rares ; on comprend qu’elle se lasse de travailler cette terre ingrate et que, par moments, elle se blesse. Elle ne sentait pas que pour guérir une âme des fausses attaches il fallait y faire naître le grand et intime amour de Dieu. Pascal l’a dit d’une façon si profonde : « Il y a de commun entre la vie ordinaire et celle des saints qu’ils aspirent tous à la félicité et ne diffèrent que dans l’objet où ils la placent. » Port-Royal n’admettait pas que l’on recherchât la « félicité » même dans la vertu; c’est ce qui explique l'échec de bien des tentatives de conver-
sion. Le formalisme étroit pesait, la crainte fati-
guait et rétrécissait, d’un bond on revenait aux douceurs anciennes. Ce fut le cas d'Anne de Rohan, qui au bout de sept à huit ans cessa ses directions et ses retraites. Cependant elle garda le nom que La Rochefoucauld lui donna; il l’appelait en riant « la fondatrice du jansénisme », une allusion au livre de Za Fréquente Communion, dont elle avait été la cause, on s’en souvient.
Ce titre glorieux fit oublier évidemment bien des infidélités de la volage princesse. Le parti lui resta indulgent ; et, quandsesécarts furent trop connus pour qu’on püt se taire, la grande abbesse n’y vit qu'une occasion de manifester la doctrine janséniste sur la prédestination. « Enfin, mon très cher frère, écrivaitelle à Arnauld d’Andilly, navré de son insuccès, la conduite de l'Évangile n'est que pour les petits et les pauvres et non pour les grands que Dieu conduit par un miracle quand il les veut sauver. »
Au temps de sa ferveur, qui fut aussi celui de sa dispute avec Mme de Sablé, Anne de Rohan attira à Port-Royal la brillante marquise. Celle-ci, séduite, non plus par les aïimables prédications d’'Arnauld d'Andilly, mais par le mâle langage d'Antoine Arnauld, — l'esprit de la famille faisait, on le voit,
bien des prosélytes, — prit place volontiers parmi
ceux que Mme Cornuel appelait spirituellement les
« importants spirituels »., Le Grand Cyrus nous met
au courant de la transformation : « La princesse Par-
thénie (Mme de Sablé) s’éloigna de la cour et alla demeurer parmi un grand nombre de vierges qui s'étaient retirées pour servir aux dieux. Là elle conversait quand elle voulait avec ses dames et quand elle voulait aussi avec ses amis... Je sus qu’elle s’était retirée avant d’être fort touchée, espérant cet effet du bon exemple. Assurément le lieu de sa retraite était fort propre à inspirer de bons sentiments. C'était une société de personnes d’une vertu et d’un mérite tout extraordinaires, etc. » Mme de Sablé, avant de devenir dévote, aimée du séduisant duc de Montmorency, on dit aussi de quelques autres, se détacha du duc, nous apprend. Mme de Motteville, quand elle s’imagina « qu’il partageait ses respects entre elle et Anne d'Autriche ». Elle était assez fière pour ne pas accepter une rivale, même si cette rivale était la reine. Elle était assez digne pour faire taire son cœur et se retirer, sans disputer son bien, lorsqu'elle se crut moins aimée. Elle apporta plus tard à l'amitié toute la délicatesse et les recherches d’un sentiment d’un autre ordre; elle
régna parmi les précieuses à un rang à part et iñcon-
testé. Polie, élégante, affable, elle eut vite un salon
où tous les meilleurs esprits et les plus grands noms se rencontraient. Nous citons au hasard des souvenirs, et sans garderl’ordre destemps : Pascal, Mme de La Fayette et le duc de La Rochefoucauld, Condé, la duchesse de Longueville, Racine, les Arnauld, le Père Bouhours et le Père Rapin, etc. Elle excellait à faire valoir les autres, qu’elle n’écrasait pas par des dons d'esprit exceptionnels. La Rochefoucauld venait lire chez elle ses Waximes ; à son exemple, on en faisait, et des portraits, mais sans sortir d’une médiocrité recherchée. On trouvait chez la belle marquise la conversation la plus fine, le bon ton, l’élé- gance et, s’il faut tout dire, une chère délicieuse. Il y avait presse pour lui demander ses recettes, ses salades, ses confitures; car l’on pense bien qu’une précieuse qui consent à être gourmande ne l’est pas à la vulgaire façon. Elle relevait ce joli défaut par l’exquise recherche, par les quantités menues, par la manière fine de goûter à ces riens avec une grâce et une frivolité d'oiseau. Et puis les mille manies d’une femme désœuvrée et un peu personnelle. Mme de Sablé prenait un soin exagéré de sa santé, un soin amusant à force d’être minutieux. Si
quelque amie malade lui écrivait, elle se faisait lire
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la lettre contaminée dans le jardin, bien loin d'elle, pour chasser le mauvais air. Elle comblait les siens d’attentions, d'amabilités; maïs voir quelqu’une de ces belles dames quand elles étaient souffrantes, elle n'y pensait même pas. La mort l’'épouvantait, elles’en détournait aveceffroi. Avec cela la crainte du chaud, du froid, l'horreur de sortir autrement qu’en carrosse ou en chaise, une santé frêle, un peu maladive, des ménagements à l'infini : nous avons là une « précieuse » accomplie.
Mais qu'est-ce donc qui pouvait incliner vers Port- Royal cette charmante personne? On le devine: la recherche de l’exquis dans la perfection comme dans les choses de l’esprit, comme dans sa jolie gourmandise. Tout cela fut-il jamais bien sérieux? Peutêtre aux jours des grandes épreuves. En 1640, Mme de Sablé perdit son mari; nous ne savons si cette mort rentre dans les douleurs inconsolables, mais, en 1046, la perte de son fils, le marquis de Bois- Dauphin, tué à la guerre et pleuré de Condé, lui porta un coup affreux. Ce furent là, si elle en eut jamais, ses heures graves. Elle se retira d’abord près de Port-Royal, le plus près qu'il lui fut possible, puis elle fit bâtir contre l’abbaye même un logement
ayant à la fois une tribune sur la chapelle, une fené-
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tre donnant sur la cour des religieuses — c'était le côté pieux — et son salon si couru, ses réceptions incessantes, sa dame de compagnie et son cuisinier, — c'était le côté profane. Il subsista jusqu’à la fin. Il est vrai, elle gardaït quelquefois une solitude entière; elle refusait alors de recevoir personne, ne voyait que Mme Angélique ou la Mère Agnès ; mais l'habitude était tropinvétérée. La brillante marquise avait bientôt mal aux nerfs, elle cessait de condamner sa porte. Par exemple, elle était très versée dans les questions théologiques ; elle avait ses théories sur la grâce, donnait son avis sur les ouvrages d’Arnauld, faisait de la propagande et s’attirait quelquefois des réponses de bon sens que nous ne saurions nous empêcher de citer, au moins l’une d’entre elles. Mme de Choisy écrivait à une de leurs amies communes, Mme la comtesse du Maure : « ... J'ai senti avec douleur la légèreté de Mme la marquise (1), qui, persuadée par les jansénistes, m'a ôté l’amitié que les carmélites m’avaient procurée auprès d'elle. Elle trouve donc mauvais que j'aie prononcé une sen- . tence de rigueur contre M. Arnauld. Qu'elle quitte
sa passion comme je fais la mienne, et voyons s'ilest
(1) La marquise de Sablé.
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juste qu’un particulier sans ordre du roi, sans bref du Pape, sans caractère d'évêque ni de curé, se mêle d'écrire incessamment pour réformer la religion et exciter par ce procédé-là des embarras dans les esprits, qui ne font autre effet que de faire des libertins et des impies. J'en parle commesavante, voyant combien les courtisans et les mondains sont détraqués depuis ces propositions de la grâce, disant à tout moment : « Et qu’importe-t-il comme l’on fait, « puisque si nous avons la grâce nous serons sauvés et « si nous ne l'avons pas nous serons perdus? » Et puis ils concluent par dire : « Tout cela sont fariboles.… » Avant toutes ces questions-ci, quand Pâques arrivait, ils étaient étonnés comme des fondeurs de cloches, ne sachant où se fourrer et ayant de grands scrupules. Présentement, ils sont gaillards et ne songent plus à se confesser, disant : « Ce qui est écrit est écrit. » Voilà ce que les jansénistes ont opéré à l'égard des mondains. Pour les véritables chrétiens, il n’était pas besoin qu'ils écrivissent tant pour les instruire, chacun sachant très bien ce qu'il faut faire pour vivre selon la loi. Que messieurs les jansénistes, au lieu de remuer des questions délicates et qu’il ne faut point communiquer au peuple, prêchent
par leur exemple; il y aurait pour eux un respect tout
extraordinaire, les considérant comme des gens de bien dont la vie est admirable, qui ont de l'esprit comme des anges, et que j'honorerais parfaitement s'ils n'avaient point la vanité de vouloir introduire des nouveautés dans l’Église. Je crois fermement que si M. d'Andilly savait que j'eusse l’audace de n’approuver pas les jansénistes, il me donnerait un beau soufflet au lieu de tant d'embrassades amoureuses qu'il m'a données autrefois, etc. » Ce vrai et ferme bon sens nous semble résumer la question. Port-Royal supporta la brillante marquise plus qu'il ne la convertit. Elle avait bien des affinités d'esprit et de sentiment avec la Mère Agnès. Pour Mme Angélique, si Mme de Sablé avait été quelqu’une de ses religieuses ou de ses pensionnaires, elle aurait eu vite raison de toutes ces mièvreries, peutêtre à l’aide d’un de ces « beaux soufflets » qu’elle n'épargnait pas, paraît-il, autour d’elle. Mais elle avait besoin du crédit de la marquise, de ses nombreuses relations, de son influence, et elle laissait
faire en lui montrant une indulgence souriante.
Les amies de Mme Ar oe tue tar
Plus sérieuse que les deux autres, au moins dans son amitié avec Mme Angélique, la princesse Marie de Gonzague-Clèves paraît en même temps à Port- Royal. Elle était sœur de la princesse palatine immortalisée par Bossuet et de cette charmante bénédicte, abbesse d’'Avenay, qui mourut à vingt ans. Marie était vaine, très personnelle, mais sensible, bonne et douce. Elle fut attirée par la réputa tion de la grande abbesse. Les discours de Mme Angélique sur le néant des pompes du siècle ne l’empèchèrent pas, il est vrai, d'accepter la couronne de Pologne, avec une telle naïveté que, lorsqu'on voulut lui montrer le portrait du roi, son futur époux, elle refusa en disant qu’elle n’en avait que faire, puisqu'elle épousait la couronne. Ce mariage de con: venance fut malheureux. Des guerres et des disettes continuelles désolaient le sombre royaume. La princesse palatine, oubliant les divisions passées, vint généreusement à l’aide de sa sœur; mais des mal-
heurs plus intimes, surtout la perte de deux enfants
très désirés, atteignirent la triste reine. Mme Angélique lui écrivait incessamment dans son mâle et ferme langage, ne lui épargnant pas les vérités les plus dures. Ainsi, au jour de son couronnement : « Nous prierons Dieu, Madame, qu’en recevant une couronne d’or il souvienne à Votre Majesté de celle d’épinesquele Fils de Dieu a reçue pour l’amourd’elle avec autant et plus d'agrément que Votre Majesté ne recevra d'honneur. Je supplie très humblement Votre Majesté de n’arrêter point son cœur et ses affections à ces honneurs qui, quoique réels, à parler selon le monde, devant Dieu et dans la vérité, ne sont que comme une représentation de comédie pour leur peu de durée en comparaison de l'éternité, Aspirez de tout votre cœur, Madame, à l’honneuret au bien que Dieu réserve en l’autre vie pour ceux qui auront méprisé ceux de celle-ci, que Dieu donne aux hommes pour les tenter, afin qu’ils les quittent pour l’amour de lui, ou qu’en les possédant ils les méprisent en leur cœur et n’en usent que selon sa sainte volonté. » Tout est de ce ton; la grande abbesse, très surveillée alors, ne pouvait beaucoup prêcher autour d'elle. Elle se dédommageait par cet apostolat lointain, envoyant à la princesse les livres condamnés, lui redisant les principes du bienheureux
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Père M. de Saint-Cyran, toute une direction janséniste qui gagna l'entourage de Marie de Gonzague, sa dame d’honneur, plus tard religieuse de Port- Royal, son confesseur l’abbé de Fleury, etc.
Mais il était écrit que les apostolats mondains de Mme Angélique ne porteraient point de fruits. L’on acceptait les principes en théorie, mais de là à la pratique il y avait loin. Le roi de Pologne mourut; l’abbesse apprit avec horreur que lareine allait se remarier, et avec un beau-frère, un beau-frère cardinal qu'elle faisait relever de ses vœux! Trois degrés dans la chute, c'en était trop vraiment. Les rapports continuèrent cependant, et assez intimes pour qu’en 1655 Mme Angélique réclamêt l'intervention de la reine de Pologne. « ... Il m'est venu une pensée qui a été approuvée, c’est, Madame, que s’il plaisait à Votre Majesté, en écrivant à Sa Sainteté, vous pourriez lui dire que vous avezconnaissance particulière des personnes qu’on appelle jansénistes, qu’ilsne sont autres que très affectionnés au Saint-Siège, etc. » Mme Angélique ne se trompait pas en comptant sur l'intervention de la reine de Pologne; celle-ci défendit auprès d'Alexandre VII l’abbaye de Port-Royal et l’abbesse elle-même, dont le grand cœur l'avait con-
solée, soutenue, aidée par une correspondance inces-
sante de près de vingt années. La princesse, plus ouverte du côté des sentiments que du côté purement intellectuel peut-être, était incapable de faire la part de la vérité et de l'erreur dans ce qu’on lui prêchait. Elle ne comprenait pas la sévérité du souverain pontife et sa douleur en voyant mieux, par les lettres mêmes de la reine, quelles âmes magnifiques l'erreur avait saisies et détournées de la vraie voie. Mais ce qu’elle savait, — être reconnaissante, être fidèle à des amis malheureux, — elle le fut jusqu’au bout.
Un mot en finissant sur cette admirable Jeanne de Schomberg, duchesse de Liancourt, la plus vraie grande dame peut-être de toutes celles que nous venons de nommer et la plus noble dans sa fidélité conjugale. Très supérieure à son mari par la hauteur de son âme et de son intelligence, elle s'était attachée à lui si passionnément que peu d’amours ont été pareils à celui-là. C’est un fait d'observation que la grandeur d’un sentiment ne tient pas à la valeur de l'être aimé, mais à la profondeur du cœur qui aime. On a des impatiences souvent à voir des sentiments exquis jetés comme un rayon d'or sur une statue d'argile. Mais non, le rayon éclaire ce qu'il touche, et l'argile resplendit. Ainsi en
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