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fut-il pour le duc de Liancourt. Dix-huit années de tendresse, d’attentions délicates, de patienceet de tact ramenèrent le volage époux. Il avait quarante ans quand ses yeux s’ouvrirent. Non content d’en faire le plus fidèle et le plus épris des maris, la duchesse en fit en même temps un chrétien fervent. Tous les deux, au temps de la conversion du duc, s’étaient rapprochés de Port-Royal. M. Olier, le grave curé de Saint-Sulpice, leur confesseur et leur ami, les maintenait de son mieux dans la droite voie. Il réunit un jour chez lui quelques hommes savants pour détromper de ses erreurs le pieux ménage. S'il n’y parvenait point, essayant de les prendre parle seul point vulnérable, le saint curé menaçait leduc de la colère de Dieu, qui luienlèverait peut-être sa femme ; il faisait entrevoir à la duchesse la perte du duc. Aucun des deux époux n’osait répéter cette menace à l’autre, de peur de l’attrister. Il y a dans ces efforts de préservation de M. Olier l'amitié la plus touchante; il ne veut pas que ces nobles âmes s’égarent; pour s'assurer de leur orthodoxie, il va même Jjus-

qu’à leur faire signer une déclaration qu’on nous a

conservée. L’excessive bonne foi du duc et de la.

duchesse plaidait pour eux, et il faut croire qu’ils ne

branlaient dans tout cela que par chaleur d'amitié;

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ils ne donnaient point dans les controverses. Après trente-six ans de la vie la plus noble et la mieux remplie, la duchesse s’éteignit dans cette terre de Liancourt dont elle avait fait un paradis de délices au jour de ses tristesses conjugales, pour y appeler et y retenir son volage époux. Le duc survécut quelques semaines à peine à la pieuse compagne de sa vie; il fit après son malheur une retraite à Port- Royal des Champs, et ces messieurs, suivant leur méthode ordinaire, reprochèrent au vieillard ses larmes, ses regrets trop humains et ce besoin qu’il avait de ne parler que d’elle. « Il cessa d'en parler, dit Sainte-Beuve, mais il acheva d’en mourir. » Le duc et la duchesse laissèrent à leur petite-fille, Mlle de La Roche-Guyon, et au célèbre duc de La Rochefoucauld, son mari, un souvenir profond, ému; l’auteur des /aximes serait devenu moins amer s’il avait regardé le monde à travers ces belles âmes. Nous nous attardons aux charmes de ces apparitions du passé; bien d’autres nous attireraient encore : la marquise d'Aumont, le duc et la duchesse de Luynes, — mais à de moindres titres. Nous les nommons, et voilà que nous avons épuisé, chemin faisant, la clientèle aristocratique de Port-Royal, dont

Mme de Longueville poursuivra plus tard la tradi-

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tion. Au fond, ce n’est pas là le point d'appui véri-

table du jansénisme: Tous ces grands seigneurs et

ces belles dames apparaissent au seuil de l’abbaye pour y jeter une note élégante et un sourire, pour appuyer leur vie, légère ou triste, à l’austérité et à l’ascétisme de leurs frères persécutés. Ils discutent la doctrine, se jettent en avant pour elle, prennent parti pour saint Augustin et pour la grâce; puis ils pensent à autre chose, et ils passent.

Les assises solides du parti, les gens fidèles sur lesquels on comptait avant tous les autres, c’étaient les parlementaires les avocats, les familles de robe : les Arnauld d’abord, —et ils étaient légion, — et les Molé, Bignon, Briquet, Sainte-Beuve, Pascal, Périer de Bernières, etc., etc., le milieu né des Arnauld

bien plus que celui où Arnauld d’Andilly allait faire

des incursions brillantes. Ceux-là — les gens de robe

— donnaient leurs filles ou leurs sœurs à Mme Angélique pour les élever d’abord, et pour en faire plus tard des religieuses. On a remarqué que dans son fonds le jansénisme était éminemment bourgeois. Pourquoi? Cela tient évidemment à des causes multiples. Aux origines des chefs de parti d’abord, et aussi à la difficulté qu'ont certaines théories abs-

traites à se greffer sur des vies légères. On pouvait

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parler de la grâce, à la Cour, dans l’ennui d’un après-midide pluie, un jourde « grand appartement»; mais où trouver le temps d’y lire les vingt-sept volumes de Jansénius ou de Saint-Cyran, les quarante volumes in-folio d’Arnauld, tout le bagage du parti? Richelieu, Louis XIII, Anne d'Autriche, étaient très opposés à ces erreurs. « Dernièrement, comme on dit à Sa Majesté que M. Singlin était près de la princesse de Guéménée dans son grand mal, ellerépondit qu’elle n’eût pas voulu mourir entre ses mains, » écrit Mme Angélique. Et l’on connaît ce mot révolté et mutin de la reine : « Fi, fi de la grâce! » que l’on entend bien de la grâce janséniste.

Louis XIV était encore plus catégorique; c'était mal faire sa cour que de parler jansénisme; et voilà, je crois, ce qui garantit le plus les grands seigneurs. « Je m'’appliquais, écrit Louis XIV dans ses Mémoires, à détruire le jansénisme et à dissiper les communautés où se formait cet esprit denouveauté, bien intentionnées peut-être, mais qui ignoralent ou voulaient ignorer les dangereuses suites qu’il pouvait avoir. » C’est l’habituelle justesse d’esprit du grand roi.

Pour les parlementaires et les avocats, opposés

naturellement à la Cour, pour toute la bourgeoisie

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riche, d’une vie solide, oïsive et un peu terne, ces

luttes étaient un puissant élément de diversion. On

trouvait à ces discussions un charme que les noms très connus des auteurs rendaient plus pénétrant. Saint-Cyran savait ce qu'il faisait en établissant sa doctrine sur les Arnauld et sur Port-Royal, dont les quatre-vingts religieuses, très formées au beau langage, étaient autant d’apôtres. Ilavait préparé ainsi, et sans bruit, l’opinion que le génie de Pascal allait

entraîner d’un seul coup.

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