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devant des gentilshommes pour cordonniers, à cette
heure nous avons un duc et pair pour chasse avant. »
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Au milieu des désolations et des horreurs de la guerre, Mme Angélique poursuivait un double but: un but de charité d’abord. Tandis que parles travaux qu’il leur faisait faire ou par ses dons personnels le duc de Luynes entretenait un millier de pauvres à Port-Royal des Champs, l’abbesse montrait à Port- Royal de Paris une générosité aussi magnifique. La reine de Pologne et les amis riches de Port-Royal lui envoyaient des sommes énormes à distribuer. Elle faisait l’aumône avec joie; et nous nous garderons de voiler cette passion de donner qui était en elle depuis sa naissance. Mais à côté de la charité et pour purifier un sentiment qui, s’#/ venait de la
noblesse du naturel, auraitaugmenté son supplice(1),
(1) Nous rappelons, pour ne pas multiplier les notes à chaque mot, que foutes les paroles citées de Mme Angélique sont extraites soit de ses trois volumes de lettres, soit des innombrables docucuments jansénistes : Mémoires des premières Mères, Conversations de Mme Angélique, Conférences, etc.
Mme Angélique pendant la Fronde 331
il y avait un but de propagande. A cet effet Mme Angélique recevait toutes les religieuses errantes et leur donnait l'hospitalité. La reconnaissance des pauvres fugitives qu’on arrachait aux pires dangers facilitait la diffusion des idées jansénistes. Quelques lignes des mémoires de Port-Royal sont très suggestives sur ce point; celles-ci par exemple : « En moins de dix ou douze jours ia Mère Angélique se chargea de treize religieuses dans un temps où tout le monde cherchait à se décharger. Un de ces soirs, ayant fait une petite conférence à ces religieuses nouvelles, elle nous dit, après les avoir quittées, qu’elle en avait grande satisfaction, qu’elles étaient toutes bonnes filles et de vrais moutons, qu’il sem- blait que Dieu donnait une particulière bénédiction aux religieuses qu’on recevait d’ailleurs plus qu'aux autres. Sur quoi, lui ayant été objecté qu'il semblait qu’elle nous voulait exclure d’être soumises, elle répondit que ce n’était pas son intention, que tout le monde était mouton devant elle et qu’elle ne savait pas comment cela se faisait. » Et encore :
« Ilfaudrait avoir marqué sur l'heure même ces entrées et tout ce qui s’y passait pour en pouvoir rendre un compte exact... Nous savons qu'elle a
beaucoup servi à quelques-unes de ces religieuses,
qui avaient une confiance particulière en elle, et surtout à quelques abbesses fort bienintentionnées, qui l’entretenaient souvent en particulier et prenaient ses avis, soit pour le règlement de leurs maisons ou pour leur propre conduite. Feu Mme de Chevreuse, abbesse de Pont-aux-Dames, s’enfermait avec elle pour l’entretenir plus à son aise, Mme de Vaucelas, coadjutrice de Beaulieu, venait fort souvent voir la Mère Angélique et lui parler de sa conscience avec une entière confiance. Elle n’a pas seulement pris sa conduite pendant ce temps de guerre, mais elle a continué jusqu’à sa mort. Mme l’abbesse de Jouarre vint aussi à Port-Royal, où elle passa quelques jours avec la Mère, dont elle nous témoignait une extrême satisfaction. »
Et ceci, encore plus significatif :
« Mme de Gif ne croyait pas devoirentrerelle-même dans la maison, mais la Mère Angélique le lui offrit par le pur motif de zèle qu’elle avait que cette fille se püt rendre capable de sa charge, et qu'il lui pourrait être utile de voir l’ordre de la maison ef des personnes qui peut-être lui pourraïent servir. Allant à la porte la recevoir, elle dit à la Mère prieure, avec une joie qui ne s'exprime pas : « Je m'en vais
«tant la caresser ! » Ce qui est d'autant plus à consi-
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Mme Angélique pendant la Fronde 333
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dérer qu’elle n'avait d'autre vue en cela que le bien
de cette abbaye, où l’on craignait beaucoup que ce
nouveau gouvernement d’une fille de vingt-deux ans
n’apportât un grand changement au bon ordre que la dernière abbesse (Mme de Mornay, une janséniste convaincue) avait établi. »
Mme Angélique elle-même écrivait à M. de Barcos de Saint-Cyran, neveu du célèbre abbé : « Sep-
tembre 1752.— Nous avons bien été visitées de plus
. de deux cents religieuses de tous les ordres, et il
me semble que cela a été une singulière providence de Dieu. Les visites nous ont donné sujet de reconnaître les grandes obligations que nous avons à Dieu et à ceux qu'illui a plu de nous donner, voyant ces pauvres filles si destituées de conduite que cela fait pitié. » Hélas ! il eût mieux valu pour ces pauvres filles souffrir la famine et les horreurs de la guerre que de se laisser endoctriner par Mme Angélique !
Citons en terminant une lettre de Mmede Vaucelas à la marquise d'Aumont. Il s’agit de Mme de Beauvilliers, abbesse de Montmartre, une des abbesses les plus puissantes et les plus considérées du temps, et cette lettre est trop jolie :
« Ce jeudi à dix heures du soir, 1652. — Je suis
DST ERE ER
fâchée, ma chère cousine, de n'avoir pas eu le loisir de vous envoyer dès aujourd’hui le livre que vous demandez; maïs votre messagère nous a trouvées, comme nous montions en carrosse pour aller aux jesuites, où j'ai cru devoir suivre notre bonne Madame. Après notre retour Madame a ouvert sa boëte de massepains et y a goûté avec grande satisfaction ; mais ç’a été bien autre chose quand elle a lu sa lettre (une lettre de Mme Angélique); jamais il ne s’est vu une telle joie. Tous les termes, toutes les paroles ont été pesées, examinées et approuvées, jusqu’au point que la bonne Madame a ordonné que cette lettre serait mise dans un coffre de velours verd, avec des reliques plus spéciales. Que peut-on dire à cela, ma chère cousine, sinon que ce sont des miracles de la grâce? Je n'ose vousaller voir demain, a cause de toute l’abbaye ou communauté de Gif, ni même samedi, comme j'avais dessein, d’autant que celles de céans qui y iront craignent que je leur dérobe leur temps auprès de notre Père (M. Singlin). »
N'est-ce pas un tableau achevé, et ne voit-on pas l’abbesse grande dame déjà bien vieillie, bien cassée, touchant légèrement aux bonbons en écoutant lire
sa missive? La conversion de Mme de Montmartre
.Étccte
Mme Angélique pendant la Fronde 335
était incertaine, puisque son carrosse prenait encore
le chemin des jésuites... Mais enfin les lettres de
la grande Angélique étaient serrées « dans un coffre
de velours verd », et M. Singlin, grâce à ces lettres, était accepté comme confesseur des religieuses...
Cela valait bien une « boëte de massepains» !.….