CRISE D’AME
- Tout était donc accompli, Mme de Port-Royal, — tel était désormais le nom d’Angélique, suivant les usages du temps, — Mme de Port-Royal n'avait plus qu’à vivre et à mourir dans son monastère : heureuse ou malheureuse, paisible ou révoltée. Ses parents et le monde ne devaient plus entrer dans ces détails. Elle-même, quelque temps, accepta sa destinée, inconsciente, dans la gaieté naturelle à son âge. Tout continuait comme par le passé; il n’y avait pas de désordre coupable, s’il n’y avait pas de ferveur marquée. Pour qu'Angélique pût assister aux matines, on les avait remises de deux heures à quatre heures du matin. La journée se passait en:suite en lectures, en promenades sur les terres, en
récitation de l'office divin. La petite abbesse se dis-
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pensait souvent d'y paraître; elle ne l’aimait pas, et elle se montrait assez mécontente quand la dévote - Agnès ou sa sœur aînée Catherine avaient l’air de lui donner une leçon indirecte en se mêlant, dans le chœur, aux religieuses. Le visiteur de Citeaux trouva le monastère dans un grand ordre extérieur et dans la paix un peu somnolente d’une vie sans relief. Il exprima sa satisfaction dans /4 carte de visite qu'il laissa selon l'usage. Il ne demandait rien de plus. __ Souvent, Angélique envoyait son carrosse à Saint- . Cyr pour chercher ses petites sœurs Agnès et Anne; on passait alors ensemble de longues et bonnes journées. Parfois, aux grandes fêtes, quelque écolier bernardin, ignorant et ennuyeux, faisait une homélie ridicule; et cela rentrait aussi dans les « divertissements »réguliers de la maison, « par les risées qu'on en faisait. » C'était tout : on conviendra que c'était peu.
De temps à autre, cependant, des incidents plus importants laissaient une longue trace dans les esprits. Ainsi, un jour de cette même année 1602, Henri IV, chassant aux alentours de l’abbaye, apprit que « son ami» Antoine Arnauld s’y trouvait. Aussitôt, l’aimable roi songe à lui faire une vi-
site. Giand émoi dans le monastère! Les religieuses
arrivèrent en procession à la porte conventuelle, précédées de la croix. Montée sur de hauts patins que dissimulait sa robe traînante, — hélas! toujours des subterfuges, — Mme Angélique fit au roi un charmant accueil. Henri IV s’étonna, en souriant, de la trouver si grande, ayant appris, comme par hasard, que Mme de Port-Royal était toute jeune. Il édifia la communauté par la réserve, pleine de dévotion, de sa tenue et deses paroles, et, se tournant vers M. Arnauld, il l’assura qu'il ne serait jamais entré dans l’abbaye s’il n’eût été sûr de l’y trouver, « car, ajouta-t-il, à aucun prix je n’aurais voulu troubler mes bonnes filles de Port-Royal. » Oh! Maubuisson, où étiez-vous? Le roi savait son monde.
Quand donc Antoine Arnauld eut joui tout à son aise de la royale visite et des aimables paroles du monarque, Henri [V se retira, annonçant qu’il viendrait déjeuner le lendemain avec l'avocat. Mais il promettait au delà de ce qu'il pouvait tenir. Deux fois de suite voir une procession de nonnes et une petite abbesse de onze ans ! Deux fois de suite prononcer, l'air grave et les yeux baissés, des paroles pleines d’onction! Oh! vraiment, c’en était trop!
Les hasards de la chasse portèrent le roi ailleurs, on
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