‹ AngeloChapitre 22 sur 48 · JOURNÉE M, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

JOURNÉE M, SCÈNE IV

CATAltlNA.

Nous sommes perdus! Il y a un piège , et nous y sommes pris.

Elle va au balcon et regarde.

— Ah Dieu !

nODOLFO.

Quoi?

CATAniNA.

Éteins ce flambeau, vite!

RODOLFO , éteigoant le tlambeau.

Qu'as-tu?

CATARIKA.

La galerie qui donne sur le pont Molino...

ROIJOIFO.

Eh bien?

CATARiNA.

Je viens d'y voir paraître et disparaître une lumière .

82 \N(ib:L().

UODOLFO.

Misérable insensé que je suis! Catarina ! la cause de ta perte , c'est moi I

CATARINA

Rodolfo^ je serais venue à toi comme tu es venu à moi.

Prêtant l'oreille a la petite porte, du fond.

— Silence! — Écoutons. — Je crois entendre du bruit dans le corridor. Oui ! on ouvre une porte ! On marche ! — Par où es-tu entré?

RODOLFO

Par une porte masquée, là, que ce démon a refermée.

(.ATAl. INA.

Que faire?

Cette porte ? .

(ATAUIKA.

Donne cliez mon mari !

JOURNEE II, SCEiNE IV. 83

La fenêtre?.

tin abîme!

Cette porte-ci?

UODOl.FO.

CATAKINA.

liODOI.FO.

CATAP.INA.

C'est mon oratoire, où il n'y a pas d'issue. Aucun moyen de fuir. C'est égal, entre-s-y.

Elle ouvre l'oratoire , RoJoifo s'y précipite. Elle referme la porte. Restée seule.

— Fermons-la à double tour.

Elle prend la clef qu'elle caclie dans sa poitrine.

— Qui sait ce qui va arriver ? Il voudrait peutêtre me porter secours. Il sortirait, il se perdrait.

Elle va à la petite porte du fond.

— Je n'entends plus rien. Si! on marche. On

s'arrête. Pour écouter sans doute. Ah 1 mon Dieu ! feignons toujours de dormir.

Elle quitte sa robe de surtout et se jette sur le lit.

— Ah! mon Dieu 1 je tremble. On met vme clef dans la serrure! Oh! je ne veux pas voir ce qui va «ntrer I

EUe ferme les rideaux du lit. La porte s'ouvre.

.IOURNÉP: 11, SCENE V. 85:

SCÈINE CINQUIÈME.

CATARINA, LA TISBE.

Entre la Tisbe , pâle, une lampe "a la main. Elle avance à pas lents, regardant autour d'elle. Arrivée a la table , elle examine le flambeau qu'on vient d'éteindre.

LA. ÏISBE.

Le flambeau fume encore.

Elle se tourne , aperçoit le lit , y court et lire le rideau.

— Elle est seule! elle fait semblant de dormir.

Elle se met à faire le tour de la chambre , examinant les portes et le mur.

— Ceci est la porte du mari .

Heurtant du revers de la main sur la porte de l'oratoire qui est masquée dans la tenture.

— Il y a ici une porte.

Catarina s'est dressée sur son séant et la re;;ardc faire avec stupeur. r.ATARmA.

Qu'est-ce que c'est (|ue ceci?

<S(5 ANdEU).

Ceci? ce que c'est? Tenez , je vais vous le dire. C'est la maîtresse du podesta qui tient dans ses mains la femme du podesta !

CATAP.INA,

Ciel

Ce que c'est que ceci, inadame? C'est une comédienne , une fille de théâtre, une baladine, comme vous nous appelez , qui tient dans ses mains , je viens de vous le dire^, une grande dame , une femme mariée, une femme respectée, une vertu! qui la tient dans ses mains, dans ses ongles, dans ses dents! qui peut en faire ce qu'elle voudra, de cette grande dame, de cette bonne renommée dorée, et qui va la déchirer, la mettre en pièces, la mettre en lambeaux, la mettre en morceaux ! Ah ! mesdames les grandes dames , je ne sais pas ce qui va arriver , mais ce qui est sûr, c'est que j'en ai une là sous mes pieds, une de vous autres ! et que je ne la lâcherai pas ! et qu'elle peut être tranquille ! et qu'il aurait mieux valu pour elle la foudre sur sa tête que mon visage

devant le sien! Dites donc, madame^ je vous trouve hardie d'oser lever les yeux sur moi quand vous avez un amant chez vous !

CATAlilIV A,

Madame..

Caché !

rAïAKlIVA ,

Vous vous trompez

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