‹ AngeloChapitre 33 sur 48 · I.A TlSBli · texte numérisé non relu

I.A TlSBli

Votre femme'

JOURNÉE m, SCÈNK lll. 119

Tout est prêt. Avant qu'il soit une heure, Catarina Bragadini sera décapitée comme il convient.

Décapitée I

Dans cette chambre.

LA TJSr.E.

Dans cette chambre !

ANGKLO.

Ecoutez. Mon lit souillé se change en tombe. Cette femme doit mourir. Je l'ai décidé. Je l'ai décidé trop froidement pour qu'il y ait quelque chose à faire à cela. La prière n'aurait aucune colère à éteindre en moi. Mon meilleur ami, si j'avais un ami, intercéderait pour elle, que je prendrais en défiance mon meilleur ami. Yoilà tout. Causons-en si vous voulez. D'ailleurs, Tisbe, je la hais, cette femme! Une femme à laquelle je me suis laissé marier pour des raisons de famille, parce que ines

li>l) ANGELO.

affaires s'étaient dérangées dans les ambassades, pour complaire à mon oncle l'évéque de Castcllo ! une femme qui a toujours eu le visage triste et l'air opprimé devant moi ! qui ne m'a jamais donné d'enfans! Et puis, voyez-vous, la haine , c'est dans notre sang, dans notre famille, dans nos traditions. Il faut toujours qu'un Malipieri haïsse quelqu'un. Le jour oii le lion de Saint-Marc s'envolera de sa colonne , la haine ouvrira ses ailes de bronze et s'envolera du cœur des Malipieri. Mon aïeul haïssait le marquis Azzo et il l'a fait noyer la nuit dans les puits de Venise. Mon père haïssait le procurateur Badoër et il l'a fait empoisonner à un régal de la reine Cornaro. Moi, c'est cette femme que je hais. Je ne lui aurais pas fait de mal. Mais elle est coupable. Tant pis pour elle. Elle sera punie. Je ne vaux pas mieux qu'elle, c'est possible, mais il faut qu'elle meure. C'est une nécessité. Une résolution prise. Je vous dis que cette femme mourra. La grâce de cette femme ! les os de ma mère me parleraient pour elle, madame, qu'ils ne l'obtiendraient pas !

LÀ TISBE.

Est-ce que la sérénissime seigneurie de Venise vous permet?...

JOURNÉE m, SCÈNE 111. li*

Rien pour pardonner. Tout pour punir.

Mais la famille Bra^jadini, la fomille de votre femme?...

Me remerciera.

LA TISBE.

Votre résolution est prise, dites-vous. Elle mourra. C'est bien. Je vous approuve. Mais puisque tout est secret encore , puisqu'aucun nom n'a été prononcé, ne pourriez-vous épargner à elle un supplice, à ce palais une tache de sang, à vous la note publique et le bruit ? Le bourreau est un témoin. Un témoin est de trop.

Oui. Le poison vaudrait mieux. Mais il faudraif un poison rapide , et vous ne me croirez pas , yn'en ai pas ici.

J'en ai, moi.

Où

Chez moi.

Quel poison ?

LA TISBE.

Le poison Malaspina. Vous savez ? cette boite que m'a envoyée le primicier de Saint-Marc.

Oui, vous m'en avez déjà parlé. C'est un poison sûr et prompt. Eh bien, vous avez raison. Que la chose se passe entre nous. Cela vaut mieux. Ecoutez, Tisbe. J'ai toute confiance en vous. Vous comprenez que ce que je suis forcé de faire est l("{jitime. C'est mon honneur que je venge, et tout homme agirait de même à ma place. Eh bien!

JOURNÉE III, SCÈiNE III.' -125

c'est une chose sombre et difficile que celle où je suis engagé. Je n'ai ici d'autre ami que vous. Je ne puis me fier qu'à vous. La prompte exécution , le secret sont dans l'intérêt de cette femme comme dans le mien. Assistez-moi. J'ai besoin de vous. Je vous le demande. Y consentez- vous?

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