L.\, TISBE
Oui.
Que cette femme disparaisse sans qu'on sache comment^ sans qu'on sache pourquoi. Une fosse se creuse , un service se chante , mais personne ne sait pour qui. Je ferai enlever le corps par ces deux mêmes hommes, les guetteurs de nuit, que je garde sous clef. Vous avez raison, mettons de l'ombre sur tout ceci. Envoyez chercher ce poison.
LA TISBE.
Je sais seule où il est. J'y vais aller moi-même,
Allez, je vous attends.
Sort la Tisbf.
iU ANGELO.
— Oui , c'est mieux. Il v a eu des ténèbres sur le crime, qu'il v en ait sur le châtiment.
La porle de l'oratoire s'ouvre ; i'archiprètre en sort les veux baissés et les bras en croix sur la poitrine. Il traverse lentement la chambre. Au moment où il va sortir par la porte du fond, Angelo se tourne vers lui.
— Est-elle prête?
l'.\RCHIFI'.ÊTRE.
Oui , monseigneur.
Il sort. Catarina parait sur le seuil de l'oratoire.
JOURNÉE III, SCÈNE IV. i25
SCÈiNE QUATRIÈME
Prête à quoi!
A mourir.
CATARIJVA.
ANGtLU.
CATAIUNA.
Mourir ! C'est donc vrai ! c'est donc possible ! Oh! je ne puis me faire à cette idée-là! Mourir! Non, je ne suis pas prête. Je ne suis pas prête. Je ne suis pas prête du tout, monsieur !
ANGEJ.O.
Combien de temps vous faut-il pour vous préparer?
CATARINA
Oh'! je ne sais pas , beaucoup de temps !
Allez- VOUS manquer de courage, madame?
CATARINA
Mourir tout de suite comme cela ! Mais je n'ai rien feit qui mérite la mort , je le sais bien , moi ! Monsieur, monsieur! encore un jour! Non! pas un jour ! je sens que je n'aurais pas plus de courage demain. Mais la vie 1 Laissez-moi la vie î Un cloître I Là , dites , est-ce que c'est vraiment impossible que vous me laissiez la vie ?
Si. Je puis vous la laisser, je vous l'ai déjà dit, à une condition.
CATARINA. '
Laquelle? Je ne m'en souviens plus.
Qui a écrit cette lettre? dites-le-moi. Nommezmoi riiomme ! Livrez-moi l'iiomme!
Mon Dieu
CATARINA . 80 tordant les mains.
ANGErO.,
Si vous me livrez cet homme , vous vivrez. L'écliafaud pour lui , le couvent pour vous , cela suffira. Décidez- vous.
Mon Dieu î
CATAniNA.
AJVGELO.
Eh bien ! vous ne me répondez pas ?
CATARINA
Si. Je vous réponds : mon Dieu
Oh! décidez-vous, madame.
CATAUINA.
J'ai eu froid dans cet oratoire. J'ai bien froid.
i 28 ANGELO.
Ecoutez. Je veux être bon pour vous, madame. Vous avez devant vous une heure. Une heure qui est encore à vous, pendant laquelle je vais vous laisser seule. Personne n'entrera ici. Emplovez cette heure ik réfléchir. Je mets la lettre sur la table. Ecrivez au bas le nom de l'homme , et vous êtes sauvée. Catarina Bragadini ! c'est une bouche de marbre qui vous parle, il faut livrer cet homme, ou mourir. Choisissez. Vous avez une heure.
Oh!... un jour!
Une heure.
li sort.
CATAIVIIVA.
ANGEl.O.
JOURNÉE 111, l'AR'IlK I, SCKNK V. \'2\)
SCKISE CINQUIÈME.
CATAKI>A . resWe spuU'.
Cette porte...
EUp va à la porto.
— Oh! je l'entends qui la relernie au verrou !
Elle va à la fcnêtrr.
— Cette fenêtre...
Elle regarde.
— Oh ! que c'est haut !
Elle tombe sur un fauteuil.
— Mourir 1 Oh mon Dieu ! c'est une idée qui est bien terrible quand elle vient vous saisir ainsi tout à coup au moment où l'on ne s'y attend pas ! IN'avoir plus qu'une heure à vivre et se dire : Je n'ai plus qu'une heure ! Oh ! il faut que ces choses-là vous arrivent à vous-même pour savoir jusqu'à
quel point c'est horrible! J'ai les membres brisés. Je suis mal sur ce fauteuil.
Elle se lève.
— Mon lit me reposerait mieux, je crois. Si je pouvais avoir un instant de trêve !
Elle va à son lit.
— Un instant de repos !
Elle tire le rideau et recule avec terreur. A la place du lit il y a un billot couvert d'un dra|i noir et une hache.
— Ciel! qu'est-ce que je vois là? Oh ! c'est épouvantable !
Elle referme le rideau avec un mouvement convulsif.
— Oh ! je ne veux plus voir cela ! Oh mon Dieu ! c'est pour moi , cela ! Oh mon Dieu ! je suis seule avec cela ici!
Elle se traîne jusqu'au fauteuil.
— Derrière moi ! c'est derrière moi ! Oh ! je n'ose plus tourner la tête. Grâce ! Grâce ! Ah ! vous voyez bien que ce n'est pas un rêve, el que c'est bien réel ce qui se passe ici , puisque voilà des choses là derrière le rideau !
La petite porto du fond s'ouvre. On voit paraître Rodolfo.