SCÈNE HUITIÈME
CATARINA , à part.
Quelle est cette femme ? La femme de la nuit !
Avez-vous fait vos réflexions , madame ?
CATAFvINA.
Oui , monsieur.
Il faut mourir ou me livrer l'homme qui a écrit la lettre. Avez-vous pensé à me livrer cet homme, madame ?
CATARINA
Je n'y ai pas pensé seulement un instant, monsieur.
La TISBE. à part.
ïu es une bonne et courageuse femme, (]atarina !
Angcio fait signe à la Tisbe, qui lui remet une liolc (l'ar|;oiU. Il la pose sur la table.
Alors vous allez boire ceci
C'est du poison:
Oui , madame.
CATARINA
CATARINA
O mon Dieu ! vous jugerez un jour cet homme. Je vous demande grâce pour lui !
Madame, le provéditeur Urseolo, un des Bragadini. un de vos pères, a fait périr Marcella Galbai 8a femme de la même façon pour le même crime.
CATARINA
Parlons simplement. Tenez , il n'est pas question
des Bra^jadini , vous êtes iiil'àme. Ainsi vous venez froidement là , avec le poison dans les mains ! Coupable? Non, je ne le suis pas. Pas comme vous le croyez du moins. Mais je ne descendrai pas à me justifier. Et puis, comme vous mentez toujours, vous ne me croiriez pas. Tenez , vraiment, je vous méprise! Vous m'avez épousée pour mon argent, parce que j'étais riche, parce que ma famille a un droitsur l'eau des citernes de Venise. Vous avez dit : Cela rapporte cent mille ducats par an, prenons cette fille. Et quelle vie ai -je eue avec vous depuis cinq ans ? dites 1 Vous ne m'aimez pas. Vous êtes jaloux cependant. Vous me tenez en prison. Vous, vous avez des maîtresses , cela vous est permis. Tout est permis aux hommes. Toujours dur, toujours sombre avec moi. Jamais une bonne parole. Parlant sans cesse de vos pères , des doges qui ont été de votre famillcj m'humiliant dans la mienne. Si vous croyez que c'est là ce qiii rend une femme heureuse î Oh ! il faut avoir souffert ce que j'ai souffert, pour savoir ce que c'est que le sort des femmes! Hé bien oui, monsieur , j'ai aimé avant de vous connaître un homme que j'aime encore. Vous me tuez pour cela, si vous avez ce droit-là , il faut convenir que c'est un horrible temps que le nôtre. Ah ! vous êtes bien heureux, n'est-ce pas? d'avoir
14(i ANGELO.
une lettre, un chiffon de papier, un prétexte! Fort bien. Vous me jugez , vous nie condamnez, et vous m'exécutez! Dans l'ombre. En secret. Par le poison. Vous avez la force. — (7est lâche !
Se tournant vers la Tisbe.
— Que pensez-vous de cet homme , madame ?
Prenez garde ! . . .
CATAHINA, à la Tisbe.
Et vous, qui étes-vous? qu'est-ce que vous me voulez ? C'est beau ce que vous faites là î Vous êtes la maîtresse publique de mon mari , vous avez intérêt à me perdre , vous m'avez fait espionner , vous m'avez prise en faute, et vous me mettez le pied sur la tête. Vous assistez mon mari dans l'abominable chose qu'il fait ! Qui sait même ? c'est peut-être vous qui fournissez le poison !
A Angelo.
— Que pensez-vous de cette femme, monsieur?
Mada
me...
JOURNÉE 111, PAUriK 1, SCKNK VIII. 147