I.A TISBE
J'attends ce que vous avez à me dire.
D'où venez-vous? De quoi êtes-vous pâle ? Qu'avez-vous fait aujourd'hui, dites? Qu'est-ce que ces mains-là ont fait, dites? Où avez-vous passé les exécrables heures de cette journée , dites ? Non , ne le dites pas. Je vais le dire. Ne répondez pas, ne niez pas, n^inventez pas^ ne mentez pas. Je sais tout! Je sais tout, vous dis-je! Vous voyez bien que je sais tout, madame l il y avait là Dafne. A deux pas de vous. Séparée seulement par une porte. Dans l'oratoire. Il y avait Dafne qui a tout vu, qui
JOURNÉE m, Pi^RTIE 11, SCENE III. KJi)
a tout entendu , qui était là , à côté , tout près , qui entendait, qui voyait! — Tenez, voilà des paroles (jue vous avez prononcées. Le podesta disait : Je n'ai pas de poison; vous avez dit : J'en ai , moi! — J'en ai, moi! j'en ai, moi ! L'avez-vous dit, oui ou non ? Mentez un peu , voyons ! Ali ! vous avez du poison, vous! Eh bien! moi, j'ai un couteau !
Il tire un poif;nard de sa poitrine.
Rodolfo...
LA TISBE.
RODOLFO
Vous avez un quart d'heure pour vous préparer à la mort, madame î
LA TISBE.
Ah! vous me tuez! Ah! c'est la première idée qui vous vient? Vous voulez me tuer, ainsi, vousmême, tout de suite, sans plus attendre, sans être bien sûr ? Vous pouvez prendre une résolution pareille aussi facilement ? Vous ne tenez pas à moi plus que cela ? Vous me Uiez pour l'amour d'une autre! O RodoU'o, c'est donc bien vrai, dites-le-
moi de votre bouche , vous ne m'avez donc jamais nimee?
KODOl.FO.
Jamais !
LA TlSbK.
Eh bien! c'est ce mot-là qui me tue, malheureux! ton poignard ne fera que m'achever.
KODOLFO.
De l'amour pour vous, moi! Non , je n'en ai pas! je n'en ai jamais eu! Je puis m'en vanter, Dieu merci ! De la pitié , tout au plus !
LA TISBE.
Inférât! Et, encore un mot, dis-moi^ elle! tu l'aimais donc bien?
RODOLFO
Elle! si je l'aimais! elle! Oh! écoutez cela puisque c'est votre supplice , malheureuse. Si je l'aimais! une chose pure, sainte, chaste, sacrée, une femme qui est un autel , ma vie, mon sang, mon trésor, ma consolation, ma pensée, la lumière dr mes ycux\, voilà comme je l'aimais!
JOLRNÉE m, l'AHTli: 11, SCI^NK 111. 171