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SCIENCES, LITTÉRATURE, BEAUX-ARTS

g ll.Iutroducliondeséludesgrecqaescl latines en Angleterre. — Opposition qu'elles rencontrent. — La composition en prose commence à faire des progrès. — Prosateurs de l’époque. — Décadence de la poésie sous ie.s règnes de Henri Vil et de Henri VIII. — Éclat dont elle brille en Ecosse. — Elle SC relève en Angleterre sous les règnes de Marie et d’Élisabeth.

Le xv' siècle , bien qu’il ait laissé derrière lui peu d’œuvres durables, sera toujours cher à l’Angleterre savante par le nombre des collèges dont elle fut dotée à cette époque.

Un grand nombre de ces écoles furent établies pour l’enseignement des études classiques, dont l’introduction en Angleterre date du milieu du xv* siècle. Mais ce ne fut que vers la tin de ce siècle et alors que les études nouvelles Jouissaient déjà d’un grand crédit

sur tout le continent, que l’Angleterre commença à songer sérieusement aux grands modèles littéraires de l’antiquité.

On prétend que la langue grecque ne fut enseignée publiquement en Angleterre qu’en 1512. Le fameux grammairien William Lilly, qui avait étudié cette langue à Rome, ouvrit le premier un cours public de grec à l’école de Saint-Paul. La langue grecque n’eut d’abord qu’un petit nombre de partisans. Le doyen Collet lui-même , fondateur de l’école 'Saint-Paul , qui passait alors pour l’un des hommes les plus instruits de son époque, ne connaissait les auteurs grecs que par des traductions latines.

Cependant les études classiques eurent bientôt des protecteurs puissants. Parmi les premiers et les principaux furent deux prélats : Fox et son successeur Wolsey, qui tous deux fondèrent des collèges spécialement destinés à l’enseignement des deux langues classiques. Wolsey donna au professeur de latin du college de Corpus Christi l’ordre formel « d’extirper la barbarie de la nouvelle société »

{barbariem à nostro alr-eario exthrpet) ; etau professeurdegrec celui d’expliquer à ses élèves les meilleurs auteurs classiques grecs, ainsi que les poètes, les historiens et les orateurs.

Pour montrer l’intérêt qu’il portait aux nouvelles études, Wolsey fonda une école à Ipswich et le collège de Corpus ChrLiti à Oxford ; il eréa dans cette université, indépendamment de plusieurs chaires, deux chaires , dont l’une était destinée à l’enseignement delà rhétorique et des humanités; l’autre à l’enseignement du grec. « Wolsey, nous dit Warton , portait un si grand attachement au nouveau mode d’instruction , que malgré ses hautes fonctions et son rang élevé, il ne dédaigna point d’adresser une circulaire générale à tous les maîtres d'école du royaume , dans laquelle il leur enjoignait d’apprendre aux jeunes gens qui leur étaient confiés la littérature élégante

oogle

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du grec et du latin. Érasme fait ainsi l'éloge du grand cardinal : « Il introduisit, dit-il , dans son pays les langues savantes , sans lesquelles toute instruction ne sera jamais parfaite. »

Néanmoins, malgré le puissant patronage de Fox et de Wolsey et de quelques autres personnes distinguées par leur savoir, les études nouvellement introduites eurent à essuyer de nombreuses et de vives attaques. Les innovations, quelque bonnes qu'elles puissent être , trouvent toujours des résistances énergiques. Or celles-ci en rencontrèrent dans les personnes qui a valent été instruites d’après l’ancien système. Le doyen Collet, dans une lettre adressée au savant Érasme, rapporte que l’un des prélats de l’église les plus estimés par leur instruction l’avait censuré en termes sévères dans une grande assemblée publique parce qu’il avait permis que les poètes latins lussent étudiés dans la nouvelle ccolequ’il venaitde fonder : « le prélat , lui disait-il, appelle mon collège une maison d’idolâtrie. « Au bout de quelque temps une révolution complète s'opéra dans ces dispositions , car les réformateurs de la religion devinrent les principaux soutiens du grec. Bientôt même les nouvelles études trouvèrent de chauds partisans parmi les catholiques. On sait que les réformateurs établissaient l’omnipotence des saintes Écritures en toutes choses dans leurs querelles avec leurs adversaires. La coutume, la tradition, les décrets des papes ou des conciles, la traduction latine même, ne faisaient point foi pour eux ; le texte original du Nouveau Testament grec était le seul texte qu’ils voulaient admettre. Il fallut donc forcément étudier le grec.

Les premières éditions du Testament grec qui parurent furent celle du cardinal Ximeuès , qui fut imprimée en 1514, mais qui ne fut publiée qu’en 1522, et celle d’Érasme, qui parut en 1 5 1 6 . De violentes clameurs s’élevèrent contre le Nouveau Testament d’Érasme. On disait que le livre était une invention de son fait, et qu’il cherchait

à établir une religion nouvelle.

Érasme, pendant quelque temps, voulut faire tête à l’orage en essayant d’expliquer la grammaire grecque de Chrysoloras, dans les écoles publiques à Cambridge. Mais des clameurs plus menaçantes s’élevèrent de tous côtés contre lui. Son Nouveau Testament fut rais à l’index et les fonctionnaires de l’université déclarèrent que toute personne qui aurait cet ouvrage en sa possession serait punie d’une sévère amende. Les universités anglaises comme celles de l’Europe étaient alors divisées en Grecs et en Troyens; ceux-ci étaient les adversaires des nouvelles études et ils recrutaient leurs membres parmi les moines et les partisans les plus dévoués de l’ancienne religion.

Les Troyens perdaient chaque jour du terrain, car Henri VTIl, qui avait de grandes prétentions au bel esprit, se montrait lui-même favorable aux nouvelles études. Soit caprice, soit amour de la nouveauté, il accueillit cette innovation , et son inllqence en hâta considérablementlesucces. Érasinerapporte qu’en 1519, un des prédicateurs de l’université d’Oxford ayant harangué ses auditeurs avec une grande violence, pour leur défendre d’étudier les saintes Écritures dans leur langue maternelle, ce prédicateur fut approuvé par Henri, qui habitait alors la résidence royale de Woodstock. Le roi rendit ensuite une ordonnance par laquelle il permettait l’étude des saintes Écritures en grec et en hébreu; et il déclarait que cette étude était une branche indispensable de toute instruction académiijue.

Dans une autre circonstance un des chapelains du roi ayant prêché en présence de la cour, et ayant attaqué avec violence l’étude du grec , le roi lui ordonna après le sermon de soutenir ses opinions dans un débat solennel contre sir Thomas More. Celui-ci réduisit presque aussitôt son antagoniste au silence. Le chapelain déclara alors qu’il était réconcilié avec la langue grecque; il avait reconnu, dit-il, que cette langue dérivait de l'hébreu. Il

tomba à genoux aux pieds du roi , et lui demanda pardon ue l’offense qu’it avait commise. Le roi le renvoya, en lui enjoignantde ne plus prêcher à l'avenir en sa présence.

Telles furent les difficultés que le ^c et le latin eurent à vaincre, et dont ils triomphèrent. Mais n’allez pas croire que ces éludes, ni même queles études les plus ordinaires, devinrent le partage du plus grand nombre sous les Tudors. Les monastères n’existaient plus; bien que leurs habitants se composassent en partie de ceux u’on nommait Troyens, c’est-à-dire, ’opposés aux innovations ; c’était de là que partait la diffusion du savoir.

Ces établissements étaient même, dans un grand nombre d'endroits , les seuls lieux où l’on pdt puiser de l’instruction. Ils donnaient du stimulant aux études en répandant le goût des sciences et des lettres parmi la jeunesse des populations environnantes. Après leur suppression, un grand nombre de jeunes gens se livrèrent à des occupations mécaniques au lieu de s’occuper de faire des études dont ils entrevoyaient l’inutilité pour l’avenir; l’ignorance étendit son voile ténébreux sur toutes les provinces. Au eommencement du règne d’Élisabeth, Williams, orateur de la chambre des communes , s’adressant au nom de cette chambre à sa souveraine, se plaint de ce que plus de cent écoles florissantes ont été détruites avec les mon.'istères,etil ajoute que l’ignorance a toujours prévalu depuis dans les lieux où étaient ces écoles.

Plusieurs lettres adressées à Cromwell, ministre de Henri, parle tuteur de son fils Grégoire, nous donneront une idée de la manière dont les jeunes gens de famille étaient élevés.

Le jeune Gr^irc est représenté comme étant doué d’un jugement solide sans être prompt à saisir les objets. .Son temps est employé sous plusieurs maîtres à différentes études dont l’anglais, le français, l’écriture, l’escrime, la tenue des livres de commence, forment les principales branches. L’une de ces lettres nous

apprend que le maître aèait coutume de faire lire chaque jour à l’élève quelques passages en anglais; de lui donner la prononciation naturelle et véritable de chaque mot et de lui expliquer l'étymologie et la signification originelle des mots empruntés au latin et au français. Suivant l’usage , deux jeunes gens , probablement d'un rang inférieur, étaient élevés avec le jeune Cromwell ; entre ces jeunes gens il y avait une lutte continuelle entretenue par le directeur des études.

C'était à qui parlerait le mieux le français, à qui aurait la plus belle écriture, montrerait le plus d’habileté dans le maniement des armes , etc. Dans une autre lettre le tuteur annonce à Cromwell , que son élève a commencé l’étude du latin et de la musique; et il entre dans quelques détails curieux sur la manière dont Grégoire passe son temps. « En premier lieu, dit il, après qu’il a entendu la messe, il fait la lecture du dialogue d’Érasme, appelé Pkla$ pueriüs, dans lequel cet auteur indique la manière dont doit être élevé un enfant; et pour cause je lui fais non-seulement lire ce dialogue, mais je lui en fais observer les principes. Je le lui ai traduit en anglais , de manière à ce qu’il puisse comparer la traduction avec le texte original. Cet exercice terminé, il écrit une ou deux heures de suite et lit en outre la chronique de Fabien pendant autant de temps. Le reste de la journée est employé à la musique ou à des récréations. Lorsqu’il monte à cheval , ce qu'il fait très-souvent , je lui raconte à la promenade quelque, histoire des Grecs ou des Romains et je lui fais répéter après moi ce que je lui ai dit. La chasse, le tir à l’arc, sont ses principaux amusements , et je dois dire que mon élève excelle dans ces exercices. «

Le grec et le lutin triomphèrent définitivement de la scolastique et de ceux qui prenaient parti pour elle, en 1535. Des commissaires spéciaux nommés par Cromwell parurent aux deux universités avec ordre d'abolir pour toujours la lecture des

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œuvres du fameux Duns Scot, qui depuis longtemps avaient formé la base de la philosopliie adoptée dans les écoles. On abolit également l’étude de la loi canonique, que l’on remplaça par des cours de la loi civile. Plaute, Cicéron, Térence, Tite-Live, Homère, Suphocle, Euripide, Démostliène, Isocrate, Hérodote, Thucydide et Xénophon, furent universellement adoptés.

Grâce aux efforts de deux savants distingués, Thomas Smith et John Cheke, ces études devinrent très-llorissautes dans les deux universités. Malheureusement tous les professeurs de grec et de latin n’avaient point le talent de Smith et de Cheke. Aussi la prospérité de ces études fut-elle sulette à de grandes variations. Quand les professeurs distingués qui occupaient les chaires nouvel les étaient obligés par quelques motifs d’abandonner leur cours, lasolitude revenait dans les lieux où s’assemblait auparavant une foule attentive et studieuse. Warton nous dit à cet égard que Cheke et Smith ayant cessé de poursuivre le cours de leurs travaux académiques , le bon goût et la véritable instruction quittèrent avec eux l’université de Cambridge où ils professaient leurs cours. A Oxford les choses n’allaient nas mieux. Asham nous apprend que l’étude du grec et du latin avait dégénéré dans cette université.» Lucien, Plutarque, parmi les auteurs grecs, et Sénèque, Gellius, Apulée, parmi les latins, sont préférés , dit-il , aux écrivains les plus purs et les plus estimés qui ont écrit dans ces deux langues. »

Tel était l’état du savoir à l’avénement d’Édouard VI ; un grand pas avait été fait ; une grande voie avait été frayée, il ne s’agissait plus que de marcher dans un sentier déjà battu. Mais la rapacité des courtisans de ce jeune prince fut sur le point de renverser de fond en comble l’édifice encore mal assis. Thomas Lever, du collège de Saint-Jean à l’université de Cambridge, nous donne les détails suivants sur l’état de cette université pendant ce règne tourmenté. » Il y avait

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autrefois , dit-il , dans les maisons appartenant à l’université de Cambrigde deux cents etudiants en théologie, ainsi qu’un grand nombre d'autres étudiants et d'anciens docteurs, qui sont tous partis. Il y avait encore cent autres élèves, appartenant à des familles riches et qui ont également quitté l’université. Il n’y reste plus que quelques étudiants pauvres et diligents, mais ils ne peuvent continuer leurs études, faute d’assistance. »

Un étudiant de cette époque se levait entre quatre et cinq heures du matin. De cinq heures Jusqu’à six heures il allait à la prière. De sixjus- (ju’à dix heures il s’occupait de ses etudes particulières ou suivait des cours publics.Dix heures étaieutl’heure du repas, qui se composait en général pour l'étudiant pauvre, d’un plat de viande, d'un potage et du gruau.

Après ce modeste repas il employait son temps jusqu’à cinq heures du soir à donner des leçons ou à en recevoir; c’était l’heure de son souper, repas qui n’était pas meilleur que le premier. Il s’occupait alors de quelques autres étudesjusqu’àneuf ou dix heures du soir; et après quelques instants de récréation il se mettait au lit.

Sons le règne de Marie les sciences et les lettres devinrent l’objet d’uue espèce de culte. Cette reitiequi, dit-on, était fort instruite, se plut à répandre de grandes faveurs sur les deux universités. Élisabeth suivit l’exemple de sa sœur; sous son règne l’étude des belles-lettres prit un accroissement qu’elle n’avait point eu encore. La langue française, qui depuis la conquête des Normands avait été cidtivée par les hautes classes, s’étendit aux classes moyennes. L’italien et l’espagnol devinrent à la mode; la langue anglaise différait peu de celle qu’on emploie aujourd’hui : c’était la même perfection.

Cette période a reçu avec raison la dénomination d’époque savante.

A considérer, en effet, le nombre des savants qui firent l’ornement de ce siècle nous trouvons que la liste en est considérable; une foule

d'écrivains se pressent dans un étroit espace. A côté de Cranmer, de Rid- ]ey, de Tunstal, de Gardiner, de Pôle et de plusieurs ecclésiastiques distingués, on voit Richard Pace, sir John Cheke et sir Thomas Smith dont nous avons déjà parlé; Collet, le fondateur de l’ecoIe de St.-Paul et JJlly, le premier qui y enseigna le grec; William Grocyn, le premier et le plus savant des hellénistes anglais ; John Leland , savant antiouaire, auquel l’Angleterre moderne uoil la conservation de monuments précieux qui sans lui auraient péri, et sir Thomas iMorus, le savant le plus instruit de son époque; Erasme, qui fut son ami et dont la profonde érudition était relevée par l'éclat d’une grande capacité naturelle; le docteur Thomas Linacer, qui fut le premier médecin de l’Angleterre et l’un des hommes les plus instruits de son temps; Roger Asham, qui écrivit en anglais et en latin ; le docteur Walter Haddon, savant latiniste; Buchanan , qui écrivit en vers latins ; l’archevêque Parker, l’évéque Andrews. La plupart de ces noms appartiennent au règne de Henri VIII , qui avait, avons-nous dit, de grandes prétentions littéraires et scientiliques. On rapporte que dans son enfance il fut destiné à l’église, et que c’est à cette circonstance que l’Angleterre dut sans doute cette succession de princes instruits qui la gouvernèrent pendant plus d’un siècle. Henri mit les sciences et les belles-lettres à la mode,

. et son exemple fut suivi avec empressement par ses successeurs.

Edouard, son fils, quoique destiné au trône, reçut une éducation des plus distinguées. Il en fut de même pour les filles de Henri. Érasme a fait plusieurs commentaires sur les lettres écrites par Marie en latin; quelquesunes nous ont 'été conservées. Elisabeth écrivait et parlait non-seulement en latin , en français , en espagnol et en italien, mais elle était encore très-forte sur le grec. Asham, qui lui avait enseigné cette langue, nous dit qu’après son avènement au

trône, elle avait coutume de liie chaque jour quelques passages d’un auteur grec.

Cette période se distingua aussi par le nombre de ses femmes savantes.

Nous avons parlé des talents de lady Jeanne Grey. Jeanne était très-forte sur le latin et sur le grec. Plusieurs lettres nous sont restées d’elle, et notamment celle qu’elle écrivit à sa sœur, la nuit qui précéda son exécution. Après elle citons Marie, comtesse d’Arundel; lady Jeanne Lumiey; Marie, duchesse de Norfolk, qui toutes trois traduisirent plusieurs ouvrages du grec en latin et en anglais ; les deux filles de sir Thomas Morus . dont l’une épousa le docteur John Clément, son professeur, et l'autre épousa Roper, biographe du chancelier; celle-ci était regardée comme l’une des femmes les plus savantes de son époque ; et enfin les trois filles de sir Anthony Cooke.

Mildred, l’aînée, épousa lord Burghley, et son nom a été chanté par la nïusc de Buchanan; Anne, la seconde, devint gouvernante d’Édouard VI , et plus "tard elle épousa sir Nicolas Bacon; Catherine, la plus jeune, qui se maria à sir Henri Rillirew , était renommée pour son éruition, car, indépendamme.at du grec et du latin, elle connaissait l’hébreu.

Jusqu’alors la composition en prose nationale s’était pour ainsi dire traînée terre à terre. Dans la période précédente , Chaucer avait , il est vrai , écrit en prose et avait laissé plusieurs morceaux d’un mérite réel. Mais aucun prosateur digne de ce nom n’avait marché sur ses traces. Ce ne fut qu’un siècle et demi après sa mort que les écrivains en prose commencèrent à se montrer en Angleterre. L’un des premiers fut sir Thomas Morus, qui écrivit , vers l’année 1513 , une histoire de la vie et du règne d’Édouard V, ouvrage qui parle charme du récit peut être mis en parallèle avec les œuvres d’Hérodote. A côté de lui figure sir Thomas Elyot , qui fut son ami. Elyot composa un traité politique ayant pour titre : le Gouverneur et plusieurs autres ouvrages d’un

RrancI mérite. A côté de ces prosateurs il faut placer quelques-uns des principaux chefs de la réforme, qui vécurent dans la dernière partie du règne de Henri VIII et sous celui d’Édouard VI; et plus particulièrement l’archevêque Cranmer,dont les compositions eu prose se font remarquer quelquefois par une grande force d’expression et par la profondeur des pensées. Ridiey et Latimer, qui prirent une part si active à la réforme, étaient également célèbres à cette époque pour la beauté de leurs sermons. Leurs discours abondent en allusions qui étaient de nature à faire impression sur l’esprit de leurs auditeurs ; ils y sèment des histoires et des anecdotes intéressantes. La phrase en est souvent brillante , et toujours énergique; et une piété sincère ainsi qu’une simplicité naïve leur donnent un charme qui en rehausse le mérite.

Les œuvres de ces écrivains donnèrentàla composition en prose, une pureté qu’elle n’avait point eue encore.

Tous les savants de l'époque s’efforcèrent de châtier leur style pour exceller dans cette nouvelle branche de la littérature. Érasme, dans une de ses lettres , rapporte que le doyen Collet, son ami, se donnait beaucoup de peine pour améliorer son style, parVétude de Chaucer, dont les œuvres, dit-il, contenaient des tournures de phrases pleines d’habileté et de goût. La rhétorique commença donc en Angleterre. Le premier écrivain remarquable de cette classe fut le célèbre Roger Asham , qui devint le professeur de la reine Élisabeth. Roger Asham publia en i54o un ouvrage intitulé : « Toxophilus , » qu’il dédia à tous les gentilshommes du royaume. Dans cet ouvrage , destiné à conserver l’ancienne coutume de l’arc en Angleterre, l’auteur donnait à ses compatriotes un modèle de goût et de pureté par la manière élégante de son style. 11 s'applique la maxime d’Aristote, de parler comme fait le peuple, et dépenser comme font les sages. Il blâme la pratique adoptée par un grand nombre d’écrivains an-

glais, qui introduisaient dans leurs compositions, au mépris du précepte d’Aristote, un grand noiid)ie de mots d’origine étrangère et Jetaient ainsi de l’obscurité dans leurs œuvres. « Un Jour,dit-il, Je causais avec un homme ui pensait que la langue anglaise evuit être augmentée et enrichie de beaucoup de mots, et me disait, à l’appui de son assertion , qu’un dîner où il y avait du vin, de l’ale et de la bière, était préférable à un dîner où il n’y avait qu’un seul de ces liquides. — c’est très-juste , lui répondis-Je, mais si vous mettez le vin rouge et le vin blanc avec l’ale et la bière, vous ferez un breuvage détestable. » Malgré ces préceptes, on trouve dans les écrits d'Asham un grand nombre de mots d’origine française et latine. Toutefois le style dè cet auteur est toujours clair et correct.

La publication du Toxophilus d’Ashani fut suivie bientôt après d’un traité sur la rhétorique par Thomas Wilson. Cet auteur, dont l’ouvrage parut en Iâ53, adopta les principes d’Asham pour la pureté et l’élégance du style. Il se plaitit avec une certaine aigreur de ce que ses contemporains sèment leur langage d’une surabondance de mots empruntés à l’étranger. « A les entendre parler, dit-il , on dirait qu’ils ont un langage qui appartient à un monde inconnu. »

On aime à voir ces premiers critiques anglais veiller avec vigilance à la purete de la langue et s’élever avec force contre l’invasion des mots qui menacent de la dépraver. Leurs efforts à cet ég.ird méritaient une meilleure réussite. Mais les mots étrangers se nationalisèrent malgré eux dans la langue du pays. « Notre nation, dit sir Henri Blount, dans sa préface aux œuvres dramatiques de Lyly , doit à cet auteur un nouveau langage. Toutes nos dames les plus distinguées par leur naissance et leurs talents devinrent ses écolières ; et toutes celles qui ne pouvaient parler cette nouvelle langue, étaient aussi peu considérées que les dames qui , de nos Jours , ne sauraient pas parler le français. »

Qu’élait-ce donc que le style de Lyly ? Une exubérance de mots pleins de sonorité, mais vides de sens, une affectation outrée que cet auteur s’efforça d’introduire dans la langue, et qui en fit une langue barbare. Lyly fut vivement critiqué, et sir Phili|ipe Sydney, auteur de l’Arcadie, fut l'un des critiques qui l’attaqua le plus fortement. Une partie de l’Arcadie fut publiée en 1590; l'ouvrage fut terminé en 1593; il était destiné à la sœur de l’auteur; Ben Jonson en fait un grand éloge. Sydney, par une satire mordante, frappe avec vigueur les corrupteurs de la langue anglaise. Il supose une ma.scarade et fait passer ses éros devant la reine Élisabeth dans le jardin de Wanstead.

Le dernier de tous les grands prosateurs qui brillèrent pendant cette période est Richard Hooker; il composa huit volumes sur les lois de la politioue ecclésiastique. Quatre volumes oe ce grand ouvrage furent publiés en 1594; le cinquième en 1597, les trois autres en 1632, longtemps après la mort de l’auteur. Le style d’Hooker est remarquable par sa dignité, par sa gravité, par sa pureté, par son élégance extraordinaire. Le mouvement règne dans chaque phrase sans nuire à l’argumentation ; la pensée se suit d'une manière logique, et toujours elle est forte, animée, brillante comme la phrase qui l’exprime.

Mais alors que la prose prenait ainsi son essor en Angleterre et que tout annonçait qu’elle parcourrait bientôt une carrière brillante, on voyait d’un autre côté, la poésie ralentir sa course.

La muse poétique de Chaucer a cessé ses accords. Dans les premiers temps de cette période, une tourbe tumultueuse invoque les saintes prêtresses de l’Hélicon , mais elles restent sourdes à leurs prières; leurs chants n’ont rien de ces nelles qualités qui élèvent l’ôme et peuvent lui donner l’amour des grandes choses.

Les seuls poètes de quelque distinction qui appartiennent au règne de Henri VII , sont Étienne Ilawes et

Alexandre Barkiey. Hawes est l’auteur de plusieurs pièces de poésie dont la principale a pour titre : « L'histoire de Granil Amour etde la belle Pucelle ; »

cet ouvrage qui fut imprimé en 1517, est

regardé par quelques auteurs comme digne du poète Chaucer Hawes avait beaucoup voyagé et connaissait parfaitement la poésie française et italienne ainsi que celle de son propre pays. Barkiey, qui mourut trèsvieux, s’occupa surtout de traductions. Son œuvre principale est « le Navire des fous, « ouvrage qu’il traduisit de l’allemand et auquel il fit de nombreuses additions en y introduisant une grande partie des extravagances les plus caractéristiques qui régnaient dans son pays à cette époque. Les œuvres dece poète ainsique celles d’Étienne Hawes n’ont rien de bien saillant. Dans les poésies de ces auteurs, l’idée est généralement sacrifiée à la phrase ; et la phrase ne forme souvent qu’un assemblage de mots lourdement pompeux qui n’expriment rien.

La première partie du règne de Henri VIII ne brilla pas non plus par ses poètes. Toutefois il faut citer John Skelton le satiriste, qui devint dans son temps le poète favori de la nation. Skelton est regardé comme l’un des premiers auteurs classiques de son époque. Il faisait des vers lutins avec une grande pureté, et le savant Érasme l’appelle « Britaimicarum litterarum decus et lumen » (l’ornement et la lumière de la littérature anglaise ). Ce poète mourut en 1529 dans le sanctuaire de Westminster, où il s’était réfugié pour échapper à la vengeance du cardinal Wolsey qui pendant longtemps fut en butte a ses satires. A côté de lui figure William Roy, qui aidaTyndal à traduire le Nouveau Testament. Cet auteur écrivit un seul ouvrage avec ce titre : « Lisez-moi et ne vous mettez pas en colère, car je ne dis rien que la vérité. » Ce livre parut vers 1525. C'était encore une satire dirigée contre Wolsey et contre le cierge en général.

L’auteur y traitait le clergé avec une

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sévérité qui étonne de sa part , car lui-inéme avait été membre au clergé; il avait commencé sa vie par être moine. Plus tard, il s'attacha au parti de la réforme et finit ses Jours sur un bûcher.

Un autre poète de ce siècle est John Heywood, dont les épigrammes plaisantes déridaient, dit-on, le front soucieux de Henri lorsqu’il était vieux, et celui de la sévère Mûrie, sa tille. Cet auteur écrivit un grand nombre de comédies ainsi qu'une longue allégorie burlesque, oans laquelle il représente l’aucienne religion aux prises avec la nouvelle. Cet ouvrage , ainsi qu’une grande partie des pièces dramatiques d’Heywood , sont généralement écrits dans une style inintelligible.

Tandis qu'en Angleterre la poésie semblait sommeiller, elle prenait son vol en Écosse et y produisait des oeuvres remarquables. Ce furent Chaucer et Gower, poètes de la période précédente, qui lui donnèrent cet élan.

Jacques d’Écosse appelait ces deux poètes ses chers maîtres. Uientùt la muse écossaise commença à mêler sa voix native aux accents de la muse anglaise. Plusieurs poètes de distinction illustrèrent cette époque : le plus célèbre est Robert Henryson, auteur d’un chant pastoral intitulé < Robin et Makyii ■> et de deux poèmes dont l’un a pour titre > le Testament de la belle Cresséide, » et l’autre, celui de « Complainte de Cresséide; » ouvrages qui sont considérés comme une continuation du poème de Chaucer, intitulé • Croïlus et Cresséide. » Citons avec Henryson Gawin Douglas , évêque de Duiikeld , qui traduisit l’Énéide dans la langue nationale et qui composa plusieurs autres œuvres d’un grand mérite; William Dunbar, qui peut être considéré comme le Chaucer de l’Écosse et qui n’a de rivaux parmi les poètes modernes, sous le rapport de la grandeur de la pensée et de la facilité de son imagination, que le célèbre Burns; sir David Lyndsay, qui fut le favori du malheureux Jacques V et que l’on peut comparer panni les

poètes modernes de l’Ecosse à Allan Ramsay.

Vers ce temps-là , il y eut une réaction extraordinaire dans les hautes brandies de la poésie en Angleterre :

deux noms remarquables figurent à la tête de la liste des poètes de cette époque. L’un est celui de Henri Howard, comte de Surrey , qui fut la dernière victime de la tyrannie capricieuse de Henri VIII; l’autre est celui désir Thomas VVyatt.

Le premier perdit la vie sous la hache du bourreau à l’âge de vingt-sept ans; il avait déjà fait oublier les œuvres poétiques de ses prédécesseurs.

Tel est le talent qui distingue les œuvres poétiques de cet écrivain, que dans les temps modernes on lui a attribué la gloire d’avoir le premier introduit dans la langue le rhythme actuel. Surrey, dit-on, est lé premier qui Composa des vers en mètres syllabiques, c’est-à-dire en mètres régularisés à la fois par l’accentuation et par le nombre des syllabes. Il chercha à imiter le caractère particulier de la poésie ancienne de l’Italie. Son imagination n’était ni riche ni brillante.

Les traitscaractéristiques de sajmésie sontune grande facilité, la pertection mécanique du vers, la délicatesse et un moelleux qui lui donne toujours de la grâce et de la fraîcheur.

Wyatt , qui fut son ami , composait des vers d’un caractère tout à fait différent. Ce ne sont point les formes polies , la douceur dans la pensée qui appartiennent à la poésie de Surrey; VVyatt se distingue par une certaine âprete qui cependant, dans l’ensemble, ncst pas sans harmonie. Cette âpreté donne en outre une grande vigueur au vers, dans lequel on voit souvent une profondeur de sentiment qu'on ne rencontre point en général dans la poésie de Surrey.

Les poèmes réunis de lord Surrey et de sir Thomas Wyatt furent publiés pour la première fois en 1657. En lôàtt il parut une première édition du Miroir, recueil de récits en vers dans Itquel les auteurs passent en revuediffe. rents personnages remarquables quj

lUSTOlRE D’ANGLETERRE.

avaient figuré dans l’histoire du pays.

C’est une imitation du traité de Roccace , qui avait été traduit en vers anglais, quelques années auparavant, sous le titre de « la Chute des Princes.» Ces poèmes brillent en général par l’ingénieuseté de leur invention; ils sont pleins de tableaux allégoriques, d’images charmantes et délicieuses dont la touche est partout délicate.

Un autre poète remarquable de cette époque est Edmond Spencer, qui naquit à Londres vers l’année 15.53.

Les œuvres de ce poète ont un cachet gui leur est propre ; sa poésie est tour à tour flexible, gracieuse, énergique.

Les autres poètes se font remar(|uer en général par la réflexion , par le raisonnement bien plus que par le feu de leur imagination. Il n’en est point ainsi de Spencer. Ses accents partent tous aune imagination vivement excitée : ce sont des visions continuelles, où la passion se déchaîne dans toute sa force, où le sentiment prend les formes les plus variées. Spencer chante sur tous les tons et toujours avec une énergie soutenue. L’e.sprit de ses vers est considéré comme aj)partenant à une époque antérieure à la sienne, mais la texture de son style n’en est pas affectée; on dirait que sa poésie remonte à ces temps déjà reculés où les bardes nationaux commençaient à faire entendre leurs accords.

L’Angleterre devint une terre poétique sous le règne d’Elisabeth. Les poètes anglais forment à cette époque une phalange compacte. Parmi eux domine le grand nom de William Ehakspeare; ce poète publia « Vénus et Adonis » en 1593, « Tarquin et Lucrèce » en 1594, « le Pèlerin » en 1 599; ses sonnets en 1609. On suppose que les poésies de Shakspeare parurent avant ses drames. Elles brillent, comme tous les ouvrages sortis de sa plume, par la richesse de la pensée , la vigueur de la passion, 'le sentiment du beau, l’animation des mots, la douceur musicale des phrases et le caractère mâle qui distingue ses œuvres dramatiques. Nous parlerons des œuvres dramatiques de Shakspeare

dans un autre chapitre; car ces œuvres appartiennent plus particulièrement à la période dans laquelle nous allons entrer.

§ 15. Fête au château de Kenilworth donnée par Leicesler a Élisabeth. — Du théâtre.

— Pièces allégorique-. — Portrait d'un fasliionable (le l'époque. — De l’élat culinaire; ricliesse que déployaient les grands sur leurs table-s. — ÉrODomic doraeslniue des classes riches et des classes pauvres. — De l’architecture des Tudors; — de la peinture; — de la sculpture.

C’est le propre des sciences et des lettres d’adoucir les mœurs. Le développement que prirent les études sous les Tudors devait donc produire une heureuse influence sur le caractère national. Toutefois le progrès fut lent, et il se borna aux classes supérieures. Dans ces classes même une splendeur extravagante suppléait généralement au bon goût. Georges Gascoine nous 'fournit à cet égard des documents curieux dans le récit qu’il fait de la visite d’Eilisabeth au château de Kenilworthqui appartenaA au comte de Leicester, son favori.

(1575); nous allons en extraire les principaux passages.

La reine approchait avec son cortège du château de Kenilworth. A son arrivée à Long-lchiiigton, elle trouva un banquet magnifique que lui avait fait préparer Leicester; la tente avait de si grandes dimensions que les chevilles qui avaient été employées pour la fixer formaient la charge de sept voitures. Après le banquet, le cortège se remit en route pour Kenilworth, ot en entrant dans le parc la reine vit venir au-devant d’elle une magicienne vêtue de l’ancien costume des sibylles, qui lui prophétisa une longue vie et un règne plein de gloire et de bonheur. La reine se remit en route et arriva à la porte du château, qu’elle trouva gardée par un géant d’une énorme stature ; le géant était habilléde suie blanche, etsa main étaitarméed’une massue. Au bruit des clameurs de la foule, il parut sortir de sou sommeil; il se leva, demanda d’une voix dure et vibrante quelle était la causede ce bruit. Mais

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PÉRIODE DES TIIDORS.

tout à coup comme frappé d’admiration à la vue du port majestueux de la reine , il tomba à genoux devant Élisabeth , mit à ses pieds en signe de soumission le paquet de clefs qui pendait à sa ceinture, ainsi que sa massue, et donna l’ordre à ses serviteurs de sonner la trompette pour saluer l’arrivée de la reine. A cet ordre six autres géants, embouchant des trompettes d’argent d’une longueur énorme, firent retentir l’air de leurs bruyants accords. Ces géants, qui étaient remarquables par leur hauteur, étaient de simples mannequins, qu’on avait richement habillés pour leur donner une forme humaine, et derrière eux se tenaient cachés des hommes pour sonnerde la trempette. Élisabeth entra, et

f tassant auprès des bords d'un beau ac, elle vit se diriger vers elle une île llottaute couverte de roseaux et illuminée de torches. Au milieu de cette île étaient trois jeunes filles, dont l’une représentait la dame du lac. Celle-ci fit un discours à la reine. Elle lui dit que, depuis l’époque du roi Arthur, elle était restée cachée dans les profondeurs de ce lac , parce que la terre avait été depuis ce temps teinte de sang et tourmentée par des agitations continuelles; mais que maintenant qu’une reine aussi grande qu’Élisabeth gouvernait le royaume, et que des jours de bonheur étaient revenus , elle (dame du lac) était sortie de sa retraite pour livrer le lac dans les mains de sa souveraine. Élisabeth répondit à ce discours flatteur d’une manière gracieuse, et les accords d’une musique bruyante se firent aussitôt entendre. La reine continua sa route et arriva à un pont de 550 pieds de longueur et de 13 pieds de largeur. Là figuraient de tous côtés les attributs des divinités de la mythologie classique; des cages remplies d'oiseaux de toute espèce; des bassins d’argent remplis de fruits, de grain et de grappes de raisin. La reine arriva ensuite dans la dernière cour; delà elle fut conduite à sa chambre, et la soirée se termina par un magnifique feu d’artifice.

Le lendemain, qui était un dimanche, la matinée fut consacrée aux prières , et , dans l’après-midi , la musique et les danses recommencèrent.

Le jour suivant la reine alla à la chasse. A son retour elle vit sortir d’un fourré épais qui était éclairé de torches, un homme vêtu en sauvage et couvert de mousse et de lierre. Le sauvage s’approcha d’elle, un jeune chêne à la main; et après être sorti de sa retraite il appela les nymphes, les satyres et les autres divinités des bois et leur demanda l’explication du tumulte étrange dont ses yeux étaient les témoins. Mais les divinités qu’il appelait restèrent dans leurs antres et ne lui répondirent point. Alors l’homme des bois appela une autre divinité, l’Écho, et lui fit de nombreuses questions, auxquelles l’Écho répondit. Au moyen de ce dialogue, le sauvage apprit qu’il était en présence de la plus grande des souveraines. Frappé ds surprise à cette nouvelle , il brisa , eu signe de soumission, l’arbre qu’il tenait dans ses mains et en jeta la racine loin de lui. Malheureusement il mit trop de vivacité dans ce mouvement, car le tronc d’arbre alla frapper le cheval de la reine.

Grande consternation parmi les courtisans à cette occasion; mais la reine rendit bientôt à tous les visages leur sérénité en déclarant qu’elle n’avait eu aucun mal. Le mardi fut employé en danses et en concerts, et le mercredi il y eut une chasse ; le jeudi, un combat d’ours dans lequel on vit lutter treize de ces animaux contre un grand nombre de chiens. « C’était un spectacle admirable, nous dit l’un des spectateurs, de voir l’ours avec ses petits yeux attendre l’approche de son ennemi, tandis que le chien , avec son agilité ordinaire, cherchait 5 saisir le moment favorable pour l’attaquer. Quand, le chien était mordu en quelque endroit, il faisait un violent effort pour se débarrasser; et quand il était repris, il poussait des hurlements terribles. Les deux combattants se roulaient dans la poussière en se tenant collés l’un contre

l’autre; le sang coulait; le chien parvenait à s’échapper une seconde rois; il secouait deux ou trois fois ses oreilles toutes dégoûtantes de sang et se le.s léchait avec son nauseau tout rempli de bave. Les s|>ectateurs étaient enchantés. » Cette journée se termina par un feu d'artilice et par une séance de prestidigitation dans laquelle un escamoteur italien étonna tous les assistants par son adresse et la subtilité de ses tours. Le vendredi et le samedi, il n’y eut point de divertissements, à cause du mauvais temps.

Le dimanche, la reine alla entendre un sermon dans l’église de la paroisse, et à son retour, les paysans des environs se réunirent au château pour y célébrer une noce et se livrer au jeu du quintain en sa présence. 11 y eut ensuite une petite guerre, dans laquelle les combattants représentèrent la défaite et l’expulsion des Danois.

Les deux armées, qui se composaient de cavalerie etd'infauterie, en vinrent aux mains. Les cavaliers étaient montés à dos d’homme ; ceux-ci représentaient des chevaux et ils étaient richement harnachés. La mêlée fut longue et longtemps disputée; mais enfin, après des etforts glorieux, les Danois furent vaincus, et les vainqueurs défilèrent pompeusement devant la reine.

Ces fêtes durèrent dix-neuf jours, teinps que la reine resta àKenilworth; mais il serait fastidieux de les reproduire toutes;boruons-uousà dire quejamais i’imaginatiou d’un courtisan n'était allée aussi loin pour faire honneur à une reine. Nous parlerons toutefois d’une fête allégorique qui servit de clêtureà cesdivertissements. Lesujetétait la délivrance de la dame du lac de son île enchantée. La reine revenait de la chasse etallait passer le pont dont nous avons parlé lorsqu’un triton, moitié homme et moitié poisson , éleva sa figure limoneuse en dehors de l’eau, et s’approchant d'Élisabeth, lui adressa au nom de Neptune une supplique en faveur de la belle prisonnière. L’histoire de cette belle était fort attendrissante : l’enchanteur Merlin l’avait

poursuivie de son amour, et pourl'ea punir elle Pavait logé dans les flancs d’un rocher. Mais, par représailles, un parent de l'enchanteur, nommé sir Bruce-sans-pitié, avaitdéclaré laguerre à la chaste dame. La belle redoutait la violence de Bruce, lorsque Neptune, touché de son danger, lui offrit une retraite dans le lac. A lors Merlin l’enchanteur prédit que ladame du lac ne pourrait se soustraire à la violence de son ennemi qu’autant qu’une vierge plus chaste qu’elle-même viendrait aans .

ce lieu; et depuis cette prédiction, c^ui s’était faite à plusieurs siècles de la , elle était constamment restée prisonnière. Mais l’heure de sa délivrance allait sonner, car il y avait en ce lieu une vierge plus chaste qu’elle : c’était Élisabeth! « Que la reine d’Angleterre, s’écria le triton qui venait de raconter cette histoire, daigne s’avancer d’un pas , et sa présence va mettre en fuite sir Bruce et ses indignes auxiliaires. » Aussitôtietritonordoniia aux flots de se calmer, aux poissons de fuir, pour que la reine vierge pût rendre par sa vertu la liberté à la dame du lac. Élisabeth ayant fait quelques pas sur le pont , la dame du lac reparut avec son ile, accompagnée de ses nymphes; elle s’approcha de la reine et lui dit que sir Bruce et ses serviteurs n’avaient pu résister aux charmes de sa présence. Alors parut sur les eaux le dieu Protée , porté sur le dos d’un immense dauphin, dans les flancs duuel on avait logé des musiciens et es rameurs. Le dieu fit une promenade triomphante sur les eaux ; de leur côté les musiciens donnèrent un concert, tandis que les divinités du lac faisaient retentir l’air de leurs chants pour célébrer la chasteté et la puissance d’Klisabeth.

Tels étaient chez les riches seigneurs le genre de divertissement de l’époque et le luxe qu’on y déployait. Les pièces allégoriques jouissaient surtout d’une grande faveur. Henri Vill et son favori Wolsey aimaient à déployer leur magnificence’ et leur goût dans ces pièces. Parfois, dans les spectacles ds ce genre , on voyait un rocher ou un»

PÉRIODE DES TUDORS

montagne couverts d’arbres, de fleurs et de gazon. Le rocher ou la montagne entraient dans la salle où se trouvaient réunis les invités de la fête ; après un moment d’immobilité, leurs flancs s'nuvraient , et il s’en échappait une bande folâtre de jeunes gens et de jeunes filles qui exécutaient des danses et chantaient en présence des nobles convives. La représentation finie, les acteurs rentraient dans les flancs du rocher ou de la montagne, qui se refermaient, et ils partaient comme ils étaient entrés.

Ce genre de pièces allégoriques, ainsi que les mascarades , furent trèsgoütés à la cour sous le règne de Henri VIH et principalement sous celui d’Élisabeth. Cette époque est encore remarquable dans l’histoire du drame anglais. Les miracles et les mystères n’étaient plus en faveur, car on les avait remplacés par une sorte de pièce appelée « moralité. » Dans ces pièces, le dialogue commence à s'appliquer aux choses de la vie ordinaire; le bouffon de la troupe amuse les spectateurs par ses tours d’adresse. Les premiers théâtres réguliers qui existèrent à Londres étaient de vastes cabanes construites en bois. Les vêtements des acteurs n’étaient ni élégants ni même appropriés aux caractères qu’ils représentaient. Quant aux décors, il n’en existait point. Sir Philippe Sydney dit à ce sujet : « Vous voyez apparaître sur la sjcène deux ou trois dames qui sont censées y venir cueillir des fleurs , et alors vous devez par la pensée reconnaître qu’on veut représenterun jardin. Peu d’instants après, c’est un naufrage qu’on vous représente , dans le même lieu , avec toutes ses horreurs . et alors la scène (toujours par la pensée) est transformée en un banc de rochers. L’instant d'après , un monstre hideux qui vomit le feu, le sang et la fumée, apparaît à vos regards étonnés : la scène a donc encore changé et est de nouveau transformée (en imagination) en un enfer ou tout autre lieu terrible. Eulin deux armées en viennent aux mains:

eiies se composent chacune de trois

ou quatre combattants. Vous voilà donc transporté (toujours fictivement) sur un champ de bataille. »

Il parait que dans l'origine de ces pièces on ne jouait que le dimanche, mais bientôt on joua dans la semaine.

Un auteur de l’époque se plaint à cet égard des acteurs, qui, dit-il, célèbrent le dimanche cinq fuis par semaine.

Ou fit ensuite un reglement qui ordonnait la fermeture des théâtres le mercredi, afin que les combatsdetaureanx et de chiens pussent être suivis. Le spectacle commençait à une heure après midi; et pour indiquer l'heure d'ouverture ainsi que la durée de la représentation, on mettait un pavillon au sommet de l’édificq. La représentation durait environ deux heures, et, comme aujourd’hui , le spectacle du jour était annoncée par des affiches.

Le prix des places était en général trèsmodéré ; mais il augmentait chaque fois qu’on jouait une nouvelle pièce.

Au lieu de nos coulisses, il y avait des loges recouvertes par un lambeau de rideau , par où les acteurs faisaient leur entrée sur la scène ainsi que leur sortie; sur chaque rideauon indiquait le rôle que remplissait l'acteur.

A cette époque il n'y avait point de loges ni même de galeries. La portion la plus élégante des spectateurs se tenait sur le théâtre, où des bancs étaient placés de chaque côté. Par derrière se tenaient les serviteurs qui donnaient à leurs maîtres des pipes, du tabac et du feu. Le reste des spectateurs occupait le parterre; et là, au milieu même des pièces, iis jouaient aux cartes, buvaient de l’ale ou fumaient. La pièce commençait ordinairement par un prologue. L’acteur qui venait le réciter portait un long niauteau de velours noir. Un bruit de trompette annonçait son entrée en scène. Les acteurs portaient des mas-

?|ues et des perruques, et les rôles de emmes étaient joués par des jeunes garçons. Une tragédie était toujours accompagnée d'une pièce comique, et , comme de nos jours , les pièces nouvelles avaient à essuyer une critique animée et souvent capri-

cieuse lors des premières représentations.

De grands changements s’effectuèrent pendant cette période dans la vie domestique des Anglais. Sous les règnes de Henri VII et de Henri VIII , la pompe et le luxe extérieurs étaient encore préférés au confort domestique.

Henri VIH, qui mettait tant de recherche dans ses vêtements, avait une chambre à coucher fort mal meublée; et son ministre, le magniQque Wolsey, malgré les richesses immenses qu'on trouva dans ses palais, ne possédait des tables qu'en bois de sapin et une ou deux tables en cyprès. Les meubles auxquels les Anglais attachaient le plus de prix à cette époque, étaient un bon lit, des couvertures de laine et des draps de toile de Hollande. Quelquesunsde ceslits portaient des noms pompeux. Celui ou couchait Wolsey était nommé « l'infant lége» un autre était appelé « le soleil, u On faisait un frequent usage de.s tapis de Turquie.

Les classes inférieures ne restèrent pas étrangères à ces améliorations importantes. L’usage des matelas et des oreillers s’y propage et l'on commence à y faire un emploi considérable de chemises.

Mais où les classes supérieures se distinguaient surtout, c’était par le raffinement qu’elles introduisaient dans leur cuisine. Wolsey, le grand maître de cette époque dans l’art de bien vivre, avait une taille qui aurait pu rivaliser avec les mieuxfournies du xix' siècle.

Dans une fête qu’il donna aux ambassadeurs français, à Hamptoncourt, la salle était éclairée avec des torches de eire que supportaient des candélabres en argent massif ; et les buffets ployaient sous le poids de la vaisselle, qui était enrichie de pierres précieuses. Les convives s'assirent à table au bruit des trompettes; des musiciens exécutèrent divers morceaux tout le temps que dura le repas.

Stow , après avoir fait la description des différents services, nous dit qu'il ne pourrait indiquer tous les mets variés dont ils se composaient. Un silence solennel présidait à ces repas ;

c’était le cachet de l’urbanité la plus raffinée. Les mets se composaient de veau, bœuf, mouton, porc, chapons, gibier à toute sauce, fruits, pâtisserie de toute espèce, et de vins et de liqueurs choisis. Les convives se lavaient avant le dîner avec de l’eau de rose ou d’autre eau parfumée; et chacun d’eux était conduit à sa place avec cérémonie selon le rang qu'il occupait. Eu général, on restait la tête couverte pendant le repas, ce qui permettait au convive de porter ou tfe rendre un toast, en soulevant son chapeau. Le vin et les liqueurs n’étaient point placés sur la table comme les plats , mais sur une table à part , et chaque personne choisissait le flacon de vin qui lui convenait. Lorsque le dîner était fini, ce qui restait était destiné aux garçons de service et aux domestiques ; et s’il restait quelque chose après le dîner de ces derniers , on le distribuait aux auvres. Les heures de repas étaient uit heures pour le déjeuner, midi pour le dîner, et six heures pour le souper. Pendant le règne de Henri yill, il y eut deux autres repas ajoutés à ceux-ci. L’un avait lieu entre le dîner et le souper, et l'autre, après souper. Cette distribution dans les repas existe encore dans la plupart des familles anglaises.

I.a table des personnes de la classe moyenne rivalisait avec celle des seigneurs; elle était ^nsuelle. « Quand une table, dit le puritain Stubbs, n’est pas couverte de plats , le repa.s ne mérite pas le nom de dîner. » Chaque mets avait une sauce qui lui était propre; le troisième service se composait de gelées de toute espèce, de grenades, d’oranges assaisonnées avec du sucre, de pommes, de poires , de prunes , de raisins , de dattes, de fromages , de fruit confits.

Les gâteaux et les puddings étaient trèsrecherchés. La quantité considérable de raisins que l’on transportait alors de la Grèce en Angleterre , étonnait les Grecs, et leur faisait penser que les Anglais Se servaient de ce fruit délicat pour faire de la teinture ou pour en-

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graisser les cochons. On faisait un usage très-fréquent de vins et de liqueurs. L’Aiig^terre recevait alors de la Francecinquante-six espèces de vins et trente-six espèces de vins des autres jiays. Il y avait nlusieurs variétés de bière : l’ale, la bière double , la petite bière ; le breuvage préféré était une espèce de bière à laquelle les habitués des tavernes donnaient les noms de :

« chien enragé, » « nourriture des anges » et O lait du dragon. » Les classes élevées avaient une bière de table qu’on appelait « ale de mars, » du nom du mois où elle était fabriquée.

On buvait encore du cidre , du poiré et un breuvage fait avec de l’eau , du miel et des épices.

L’éducation domestique des femmes nobles différait beaucoup de celle qu’on leur donne aujourd’hui.

Plusieurs petits travaux dont rougiraient de s’occuper de nos jours les filles et les femmes de grande maison, étaient alors très-godtés du beau sexe. Tandis que Henri VTII faisait la guerre eu France, l’aiguille de Catherine fabriquait des étendards et des guidons; et, à l’époque de son divorce , lorsque les deux cardinaux se présentèrent à sa résidence pour obtenir son consentement, ils la trouvèrent avec un écheveau de fil pendu au cou comme une simple ménanagèrede campagne de nosjours. Marie et Élisabeth étaient fort habiles dans les travaux d’aiguille; celle-ci présenta à Édouard VI, pour cadeau de nouvel an , une chemise de percale qu'elle avait faite elle-même; et Anne de Boleyn broda une couverture de lit pour son mari. Les filles delà noblesse ne dédaignaient pas les travaux du ménage. Elfes soignaient la maison , veillaient à l’entretien de la laiterie et faisaient elles-mêmes leurs vêtements.

On rapporte que lorsque l’usage de l’empois fut connu en Angleterre (ce qui arriva au x vi^ siècle) , les dames de la cour voulurent toutes connaître comment on le préparait pour donner de la consistance à leurs fraises etàleurscolerettes.

Une mise recherchée était alors,

AKCLETMIRE. — T. II.

comme aujourd’hui, l’indice du bon ton ; le dandysme n’est point de date recente. On reconnaîtrait au portrait que nous font les auteurs contemporains des lions de l’époque celui de nos élégants modernes. I^e fashionable du temps de Henri Vil se levait tard ; il déjeunait d’abord, et après avoir fait sa toilette, parfumé sa barbe, frisé ses moustaches, il allait se promener dans le cimetière de Saint-Paul, qui était le rendez-vous des hommes et des femmes à la mode. Ses vêtements et son chapeau étaient du meilleur goût. Ses chaînes et ses breloques sortaient des plus riches magasins de Londres; sa rapière et sa dague à la poignée d’argent étaient à l’abri de la critique.

Lorsqu’il était fatigué de la promenade, il allait visiter les boutiques qui environnaient le cimetière; ou bien il rejoignait quelques-uns de ses amis, flâneurs comme lui, et il discourait avec eux sur le mérite des publications nouvelles. Il était beau danseur et faisait des armes à la perfection.

C’était aussi un fumeur intrépide; il avait toujours sur lui une boîte à tabac fourni de toussesinstrumeiits.

A onze heures, ce qui était le moment du dîner, il se rendait dans quelque taverne fashionable, où il prenait son repas à un shilling par tête.

Après dîner il jouait aux cartes. Puis venait l’heure du spectacle. Il y allait à cheval , et après avoir laissé s'a monture à la porte , il entrait, montait sur la scène, louait un tabouret, allumait sa pipe et se plaçait de manière à faire ressortir de' son mieux sa figure et son costume. Mais ce n’était pas encore assez polir attirer l’attention sur lui. Il parlait haut, se moquait de la pièce , de l’auteur et des acteurs, et quand les spectateurs , impatientés par ses réflexions , montraient quelque signe de mécontentement, il leur répondait par des gestes de mépris et s’en allait en quête de nouvelles aventures. Le soir, enfin, il reprenait le chemin de son logis, et traversait les rues silencieuses qui. dès la nuit alors, étaient infestés d- alfaiteurs. Le lende-

main il recommençait la même vie.

On voyageait alors généralement à pied et a cheval : les malades et les hommes âgés, qui étaient obligés de quitter un lieu pour aller dans un autre , s’y rendaient ordinairement dans une litière traînée par un cheval. Mais durant le règne d’Élisabeth il

Î' eut une innovation importante dans es moyens de transport : ce fut l’invention des voitures. William Boonem , Hollandais , fut celui qui les introduisit en Angleterre ( 1564). Cette invention excita une vive sensation parmi le peuple. « Une voiture, nous dit Taylor, était alors regardée comme une merveille. Les uns disaient que celle qui avait été introduite en Angleterre était une grande écaille de tortue apportée de la Chine; d’autres que c’était un temple païen dans lequel les cannibales adoraient le diable. > Malgré la critique on reconnut bientôt les avantages de cette invention, et en très-peu de temps les voitures furent généralement adoptées.

Un mariage , à cetteépoqiie , était our ainsi dire une sorte de fête pulique ; car tous les amis et les parents des deux époux y étaient invités. Dans les classes élevées le marié présentait à la compagnie des gants et des jarretières; il reeevaiten retour de la vaisselle et d’autres articles de ménage; toute la cérémonie se passait en festins, en mascarades, en pièces allégoriques et eu épitlialames. Les noces des classes moyennes n'étaient pas moins joyeuses : la mariée, revêtue de ses plus beaux atours , allait «n procession à l’Église ayant de chaque côté un petit garçon qui portait son voile et qui avait à ta main un bouquet de romarin. Une coupe d’argent remplie de vin , dans laquelle on voyait une grosse branche de romarin ornée de rubans de toute couleur, était portée devant la mariée.

Puis venaient des muciciens, une troupe de jeunes filles, les unes avec de larges gâteaux, les autres avec des guirlandes faites d’épis de blé.

,L.a fête se terminait par des ban-

quets et des mascarades. Un an et un jour après, le couple avait le droit de demander un jambon au prieuré de Dunmow, dans l’Essex, ou à Wichenovre dans le Staffordshire, s’il pouvait jurer qu’il ne s’était pas repenti de son mariage pendant tout ce temps; cette coutume curieuse a longtemps existé dans ces endroits.

Le serment exigé y était administré avec une certaine solennité, et aussitôt qu’il était prononcé , on remettait aux deux époux la récompense promise. Mais on assure que les époux venaient rarement réclamer cette récompense.

Une révolution importante s’opéra à cette époque dans les beaux-arts et particulièrement dans l’architecture.

Car on peut regarder l'ère de l'architecture gothique comme étant arrivée au terme de .son existence à l’époque du règne de Henri VII. En effet, à l’exception de l'église de Bath.qui fut commencée en 1 500 par l’évèque King, il n’y eut aucun édifice ecclesiastique important construit sous le régné des succes.seurs de ce prince. Toutefois l’architecture gothique trouva encore un patron liberal dans le cardinal Wolsey. Comme tous les prélats qui l’avaient précédé, \V olsey encouragea les arts avec une magniïicence extraordinaire; mais ce dignitaire de l'Église ne fonda aucun monastère et n’éleva point decathedrales. Les seuls édifices qu’il construisit étaient destines à l'instruction.

A mesure que nous avançons vers le milieu du xvi* siecle, le style gothique perd encore de son caractère :

ce n’est plus qu’à de rares intervalles que ce style présenté dans sa composition et les proportions de ses parties, le cachet primitif; encore ces exceptions portent elles-mêmes des signes non équivoques de décadence. Un autre style qui reçut une grande impulsion à cette époque venait de remplacer le style gothique. Les seigneurs de l’Angleterre u’ai aient encore construit que dus châteaux destines à leur défense personnelle; mais alors ils voulurent des constructions

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PÉRIODE DES TUDORS

qui flattassent leur orgueil et servissent à leurs plaisirs. (> style d’architecture est communément appelé « le style des ïudors. » Le palais de Richemond , qui reçut ce nom de Henri VII, était dans ce style. La grande salle des cérémonies avait cent

{lieds de longueur sur quarante de argeur. Les appartements particuliers se composaient de trente-six chambres; on arrivait au jardin par un corridor de deux cents pieds de long. Une grande partie de l’édilice était bâtie en pierre, et les dômes qui en surmontaient les nombreuses tours étaient couverts en plomb. Un trait remarquable du stvie des Tudors, est le nombre considérable des fenêtres qu’on voyait dans les édifices ; ces fenêtres s’accrurent tellement pendant le règne d'Élisabeth, que la solidité du bâtiment en fut souvent compromise.

Le goût de cette architecture se répandit dans les classes supérieures et fut vivement apprécié par les princes de la période que nous traçons.

Henri VIII se distingua particulièrement par la magnificence qu’il déploya dans la construction deses palais. Il bâtit et acheva dix palais qui tous étaient dans le style des Tudors. Uamptoncourt appartenait originairement à l’architecture des Tudors et l’on y trouve encore les traits principaux de son caractère primitif. Quelques inodilications furent introduites ensuite dans l’architecture nationale par le mélange du style italien. Sonimersethouse, bâtie pour Sommerset par Jean de Padoue, est, dit-on, le premier édifice appartenant au style italien, qui ait été élevé en Angleterre.

Cette combinaison des deux styles, dans les grands édifices, devint très-commune sous les règnes d’Élisabeth et de Jacques T'. On conserva fancien style pour les parties principales des édifices, et l’on appliqua le nouveau aux détails. La tour gothique des écoles, bâtie en IdIS à Oxford, est un modèle de ce style composé.

Les maisons particulières conservèrent la forme qu’elles avaient depuis

longtemps, et ne subirent aucune modification importante. Elles étaient bâties en bois. Quelques-unes avaient des cheminées. Dans la plupart de ces maisons on trouvait contigus les écuries , les cuisines et les appartements du maître.

La peinture et la sculpture, qui brillaient alors en Italie du plus vif éclat , ne jetaient encore en Angleterre que de faibles lueurs. On encourageait les talents étrangers, de préférence aux talents nationaux. Hans Holbein et Mabuse, que l’on voit en Angleterre sous le règne de Henri VII, étaient tous deux étrangers. Holbein fut le peintre favori de Henri VIII; ce prince accordait la plus haute estime à ses talents. On rapporte qu’un seigneur avant excité la colère d’Holbein pour s’étre introduit dans son atelier de peinture pendant qu'il était occupé à travailler, fartiste le renvoya avec dureté. Mais, alarmédes conséquences de cet acte, Holbein alla aussitôt réclamer la protection du roi. Le seigneur étant venu après lui pour faire sa plainte, Henri prit la défense du peintre et menaça son adversaire de sa colère s’il cherchait à se venger.

« Vous n’aurez point affaire à Holbein, lui dit-il , mais bien à moi. Rappelez-vous qu’avec sept paysans je puis faire sept seigneurs aussigrands que vous , mais que je ne pourrais pas faire un seul Holbein. » A ce nom fameux dans la peinture , il convient d’ajouter ceux de Toto del Nunziata, peintre de quelque célébrité, qui appartenait à l’école florentine; Gérard Horneband; Johannes CorvusetGerberius Fleccius, artistes flamands; Lucas Cornélius, qui vint en Angleterre en 1509 , et qui apprit, dit-on, à Holbein l’art de faire des miniatures et des aquarelles; Théodore Bernard! , qui fut employé par l’évêque Sherburn à faire les portraits des évêques de Chichesler.

Parmi les sculpteurs distingués du règne de Henri VII, il faut mettre au premier rang Pietro Torregiano, sculpteur florentin d’un talent distim gué, mais d’un caractère intraitable,

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qui lui fit un mauvais parti. Dans sa jeunesse Torregiano eut une querelle avec Michel-Ange et lui défigura le visage pour Te reste de ses jours. Cette irritabilité de caractère ne le quitta point avec l’âge ; elle le conduisit à être enfermé dans un donjon de rinquisition espagnole, où il termina sa vie. Benvenuto Cellini nous le représente dans ses mémoires quittant l’Angleterre et arrivant à Florence. Il y venait pour engager des artistes qui devaient l’aider a taire un grand ouvrage en bronze qui lui avait été commandé. Il paraît que cet ouvrage était la tombe de Henri VII, qu’il linit en 1519 et pour laquelle il reçut la somme de mille livres sterling (25,000 fr.) La tombe de Marguerite , comtesse de lUchemoiid , qui se trouve dans la chapelle de. Henri VII, est probablement une oeuvre du même artiste.

Élisabeth n’avait point un goût réel pour les arts, ou du moins elle ne les encouragea que pour les faire servir à sa vanité personnelle. Elle tenait a ce que ses traits fussent reproduits avec une grande fidélité. A cette occasion elle rendit en 1503 une proclamation par laquelle elle défendait aux peintres d’un mérite douteux de faire son portrait. « Une pareille occupation, disait-elle, ne doit appartenir qu’aux peintres les plus distingués. »

ÎVlais selon VValpole, « ses peintres ne semblent point l’avoir flattée, car, dit-il, il n’y a point un seul portrait de cette .souveraine qu’on puisse appeler réellement beau La profusion d’ornements dont ils l’ont chargée indique la prédilection qu’elle avait pour une toilette exagérée. Leurs portraits sont totalement dépourvus de grâce, et l'on croirait voir, une idole indienne qui ii’esl composée que de mains et de colliers. Un nez à la romaine, une montagne de cheveux chargés de couronnes et de diamants, une immense fraise et une énorme quantité de perles : tels sont les traits iirincipaux auxquels chacun reconnaît les portraits de la reine Élisabeth. »

Sous le règne de cette princesse le

portrait devint à la mode; chaque

fiersonnage distingué de la cour vouut se faire peindre. Ces portraits sont en général d'une grande ressemblance; mais là se borne principalement leur mérite comme œuvre d’art. La plupart furent faits pardes peintres des écoles flamande et hollandaise, quelques-uns pardes peintres nationaux. Cet encouragement donné aux peintres de portraits lit naître l’émulation parmi les artistes. L’art prit un développement plus étendu. Lucas derleerede Gand exécuta plusieurs travaux considérables en Angleterre. Il lit des tableaux pour lecomtedeLiiicoln, dans lesquels il représenta des costumes de difiérentesnations. Henri Cornélius Vroom fut employé par le comte de Nottingham, et dessina une tapisserie qui représentait la défaite, de l’invincible Armada.

Cette tapisserie fut placée dans la chambre des lords, on elle fut brûlée dans l’incendie de 1834. Plusieurs peintres étrangers de distinction doivent prendre place à côté de ceux dont nous venons de citer les noms. L’un d’eux est Frédéric Znccaro, qui, après s’étrefait une grande réputation sur le continent, vinten Angleterreen 1574, et y lit un séjour de quelque durée.

Les' peintres nationaux commencent à se di.stinguer à cette époque. Les principaux sont Nicolas Hilliard , qui avait un grand talent pour la miniature; Oliver, qui fut l’élève d’Hillianl, et surjiassa son maître et qui acquit un talent remarquable en étudiant avec Zuccaro.

L’état de la sculpture pendant la dernière partie dn XVI' siecle n’offre rien de remarquable. Dans les monuments funéraires le principe gothique n’éprouve aucunealtération.Uneseule statue de cette époque, qui se trouve dans l’abbaye de W estmiuster, mérite d’étre citée : c’est celle de lady Élisabeth Kussel. C’est peut-être la première œuvre de l’époque , qui indique un meilleur avenir, l.’artistea représenté Élisabeth Russel assise dans une position contemplative. Elle regarde un memento mori qui est à ses pieds. I..e8 draperies sont d’un goût parfait. La

PÉRIODE DES TUDORS

(culpture ornementale n’était point dans une condition meilleure; elle manque d’élégance, souvent même elle est grossière. Cependant à celte époque la France avait des sculpteurs du premier ordre. C’est l'époque des Jean Goujon, des Pilon, et de plusieurs autres artistes d’un mérite distingué.

En Éco.sse, l'état de la sculpture était à peu près le même qu’en Angleterre.

Cette contrée n'avait point d’artistes nationau.x; les embellissements que Jacques V fit aux palais de Linlitligow, de Stirling, de Falkland et (i’Holy-Rood , sont dus en général à des artistes étrangers.

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