‹ AngleterreChapitre 9 sur 23 · RELIGION · texte numérisé non relu

RELIGION

Prépundéranœ du catholicisme sous le règne de Henri VU et dans la première partie du règne de Henri Vlll. — Bûchers de Smiihûelil. — Doctrines des premiers hèrésiargues Anglais. - Mœurs dissolues du clergé catholique. — Frivolité de ses querelles. — son opposition au pouvoir civil. — Wolsey; — protection qu’il donne aux catholiques. — yuerellc de Henri Vlll avec Luilier. — Premières mu'iillcatidns du catholicisme. — Caractère de Crammer: — visite des monasleres et leur coiiliscaliou. — Richesse de ces établissements. - truelles étaient les ductrines de la religini) établie.

Durant le règne de Henri VU et la

firemière partie du règne de son fils , B religion catholique était encore toute-puissante et constituait la religion de l’État. Comme il arrivesouvent dans les institutions qui touchent aux dernières phases de leur existence, l’église de Rome brilla en ce moment d’un lustre éclatant. Il suffira de rappelerque cette époque fut celle du cardinal \V oisey, le prélat le plus puissant et le plus fastueux que l’Angleterre eût vu depuis Becket. Les foiietions les pinséicvéeset lesplus importantes de l’État étaient alors en grande partie dans les mains des ecclésiastiques ; c’était parmi eux que la couronne choisissait ses ministres au dedans et ses ambassadeurs au dehors. Cette

firéférenoe pour laquelle ils avaient utté autrefois avec tant d'opiniâtreté lor^u’ils la regardaient comme un droit qui leur était acquis , ils la devaient maintenant à la supériorité de leur intelligence. C’est prineipalement pour cette raison que le prudent et politique Henri VII , qui au fond n’était ni religieux ni superstitieux, s’entourait d'ectilésiastiques, et leur accordait son patronage.

Sous le régne de ce prince les

lois contre l’hérésie acquirent une rigueur à laquelle elles n'etaicnt point encore arrivées. L'Église s’arrogea le droit de disposer à sou gré de la vie des hoiniiips et de mettre a mort ceux dont elle désapprouvait les opinions religieuses. Mais la sévérité poussée à l’extrême ruine généralement une institution dépourvue de vigueur, au lieu de lui donner dé la force.

Il était plus facile d’allumer les bûchers que de les éteindre. On vit des femmes bravér l’horreur de ce supplice. La première qui fut brûlée périt en 1494, neuvième année du règne de Henri VII. Elle était veuve, se nomm.iit Jeanne Bougliton; elle avait plus de quatre-vingts ans. Fox nous apprend qu’elle était disciple de tVycliffe qu’elle regardait comme un saint. Quand on lui apprit qu’elle allait être brûlée, élle dit qu’elle était tellement aimée de Dieu et de ses anges qu’elle ne périrait point par le feu. Son exécution eut lieu à Smithfield , théâtre ordinaire de ces drames horri- Wés, et dans la nuit ses cendres furent recueillies par ses coreligionnaires et distribuées entre eux. Dans quelques circonstances on se bornait simplement au simulacre de ces exécutions. Voici, d’après Fox, comment on procédait dans cescérénionies. « Le 17 janvier 1497, dit-il, ce jour étant un dimanche, deux hommes, l'un nommé Richard Milderale, l’autre Jacques Sturdy, marchèrent devant la procession de St. Paul, portant dés fagots, et se tinrent avec leur fardeau devant le pr^icateur pendant tout le temps que dura son sermon. Quelquefois le patient , un fagot attaché au cou . était couvert de la tête aux pieds d’écriteaux sur lesquels on voyait des llanimes dessinées. Les pécheurs endurcis étaient obligés de porter ces fagotsourantTespace de sept années. »

La rigueur du châtiment dépendait en général du degré d’héresie du coupable. Mais souvent il y avait un raffinement de cruauté dans ces supplices dont la pensée seule, fait frémir. En 1506, uii nommé AVilliam 'fylesworth fut brûle h Aniersham,

et sa propre fille fut obligée de mettre le feu au bûcher. Cette personne , son mari et environ soixante individus durent ensuite porter des fagots au cou et furent conduits dans cet état de ville eu ville. Quelquefois on appliquait un f^er chaud sur la joue du coupable. Dans ce cas on attachait le cou du patient à un poteau; ses maini étaient liées de maniéré à ce qu’il ne pût bouger; puis on lui appliijuait le fer rouge sur le visage, « afin, dit FoXj qu’il portât ostensiblement sur lui l'empreinte de l’image de notre Seigneur Jésus-Christ. •

l.es opinions particulières des hérétiques anglais de cette époque peuvent être appréciées par l'instruclibn à laquelle furent soumis plusieurs d’entre eux devant Ariindel, évêque de Litchfield et de Coventry (de i496 jusqu’à 1502). La plupart et les principales de cesdoctrinei avaient une grande analogie avec celles qui furent proclamées quelque temps après par Luther et les autres réformateurs protestants.

Dans uu grand nombre de cas lus accusés professaient uu profond mépris pour l'ancienne religion , qu’ils attaquaient de la manière la plus irrévérencieuse et avec beaucoup d’âcreté. John Blomstoue fut traduitdevant le primat pour avoir dit qu’il y avait autant de vertu dans une herbe que dans l’image de la Vierge ; que c’était folie d’aller eu pèlerinage à 1 image de Notre-Dame de Duncastre, deWulsingliam ou delà tour de la cil é de Coventry ; qu’un hommepouvaitadorerla Vierge Marieaucoin du feu de sa cuisine aussi bien que dans cesdivers endroits , parce que ces images étaient comme les pierres, des choses inanimées. Un nommé Richard Hegliam , hérétique de Coventry, fut accusé d'avoir dit que si on mettait au feu l’image de Notre-Dame delà Tour, elle ferait un bon feu.

Les murmures précurseurs de la réforme commençaient à se faire entendre. Un cri d’improbation s’élevait surtout contre les mœurs dissolues des membres du clergé. Les bauU fonctionnaires de l’Église, effrayés eux-mêmes du désordre, résolurent

HISTOIRE D’A>GLETEURE.

de corriger le mal ou d’y porter remède. Un concile se réunit a Canturbery au moisdefévrierl487,etron y prononça des réprimandes sévères contre les coupables. Ces réprimandes s’adressaient principalement au clergé de T/mdres, que l’on accusait de passer tout son temps à lu taverne et dans les tabagies ; de se vêtir comme les laïques et de laisser croître les cheveux de manière à cacher la tonsure. Le primat publia ensuite une lettre pastorale, aans laquelle il défendait au clergé de porter de la soie , des robes ouvertes sur le devant et des ceintures brodées. Les vices et la débauche des moines devinrent si notoires qu’en 1490 Innocent VIII rendit une bulle dans laquelle, après avoir parlé de la vie dissolue que menaient en génial tous les ordres monastiques en Angleterre, il ordonnait à l’archevêque Morton d’inviter les supérieurs de tous les couvents à se réformer ainsi que les moines qui étaient sous leurs ordres. « Dans le cas où cette admonestation restera sans effet , disait le pape, vous procéderez à des mesures plusdécisives. » Morton envoya en conséquence des lettres à tous les supérieurs des maisons religieuses du royaume. L’une d’elles, qui nous a été conservée, était adressée à l’abbé de Saint-Alban. L’archevêque reprochait à l’abbé d’avoir rempli deux couvents qui étaient dans le voisinage , de filles et de femmes perdues, après en avoir chassé les véritables religieuses.

Il accusait l’abbé et ses moines d’entretenir ouvertement des concubines et de fréquenter habituellement des mauvais lieux. L’archevêque nommait par leurs noms quelques-unes des femmes et leurs amants. Il accusait en outre les moines de sodomie, d’usure, et leur reprochait de s’approprier la vaisselle et les ornements précieux de l’Église et d’enlever meme les joyaux de la châsse de leur patron.

La frivolitédesquerelles auxquelles se livraient plusieurs ordres monastiques et l’âcreté qu’ils apportaient dans leurs discussions n’étaient point non plus de nature à augmenter la consi-

dération du clergé. Deux grand corps ecclésiastiques étaient à cette époque divisés sur un point de doctrine fort peu important selon nous. Les franciscains soutenaient que la Vierge Marie avait été conçue sans le péché originel ; les dominicains, leurs rivaux, afOrmaient de leur côté que la Vierge Marie avait été conçue de la meme manière que tous les autres enfants d’Adam, mais ils admettaient que, dans le seinde sa mère, elle avait été sanctifiée et purifiée du péché originel. En conséquence, ils protestaient contre la célébration de la conception de la Vierge et prêchaient que c’était commettre une hérésie qued’afQrmer que la Vierge Marie avait été conçue sans le péché originel. En 1476, le pape Sixte IV voulut faire cesser la querelle, en se déclarant en faveur des franciscains; mais, n’ayant point réussi à imposer silence aux dominicains, il lança une bulle ar laquelle il condamnait comme érétiques et comme passibles de la peine d’excommunication tous ceux qui refuseraient de reconnaître l’immaculée conception de la Vierge. Cette mesure rendit les dominicains plus prudents, mais elle ne les convainquit point, et ils firent une guerre sourde a leurs adversaires.

Indépendamment de ces rivalités et de ces querelles, le clergé avait eu l’imprudence de s’engager dans une lutte contre le pouvoir civil et l’opinion publique. Après l’abrogation des constitutions de Clarendon, la franchise delà Juridiction civile avait été regardéeeommedéfinitivement acquise a tous les ecclésiastiques; mais les difficultés que présentait cette franchise pour atteindre et punir les coupables , soulevait continuellement de vives réclamations. Sous le r^nc de Henri VIII le parlement rendit un statut qui refusait le bénéfice de ce privilège à toute personne du clergé accusée de meurtre ou de vol. Ce statut, qui avait été adopté par la chambre des lords, le 26 Janvier 151 3, rencontra une forte opposition dans le clergé , qui le regarda comme

PÉRIODE DES TUDORS

ni

un empiétement aux privilèges de l’Église et comme une injure qu’il ne pouvait ni endurer ni pardonner.

L'abbé de Winchelcomb se distingua surtout parmi les opposants par sa hardiesse et sa violence. Dans un sermon prêché par lui à Paul-Cross, il déclara le statut contraire aux lois divines, et affirma que tous ceux qui lui avaient donne leur consentement étaient passibles des censures ecclésiastiques. Ce discours ayant excité une vive agitation dans les classes élevées de la société, Henri voulut que la question fdt débattue en sa présence et celle de ses ministres qui n'appartenaient pointàl’Eglise. L’abbé de Winchelcomb était le champion du clergé , et le docteur Henri Standish celui des cours civiles. Comme il était aisé de le prévoir, les deux partis se séparèrent sans avoir rien terminé.

Une circonstance inattendue embrouilla l’affaire et donna une nouvelle àcreté à la querelle. En 1514, un citoyen de Londres, nommé Richard Ùiinne , qui exerçait la profession de tailleur, perdit un enfant en bas âge, et le curé de la paroisse de Middiesex, dans laquelle il vivait, réclama le drap mortuaire comme lui appartenant, attendu que l’enfant était mort dans sa paroisse, où il avait été élevé. Hunne repoussa ces prétentions , et ayant été traduit devant 1a cour spirituelle, par le curé, il lança, surl’avisdeson conseil, un writ de præmunire contre son adversaire, pour l’avoir traduit, lui, sujet du roi, devant une juridiction étrangère.

Cette mesure remplit d’indignation et de fureur le clergé, qui, n’écoutant que sa colère, accusa Hunne d’hérésie et le fit enfermer dans la tour des Loilards à Saint-Paul. Le tailleur fut bientôt aprèsexaminépar Fitz-James, évêque de Londres, qui lui posa quelques questions relativement à riiéresie dont il était accusé, et Hunne ayant répondu à ces questions d’une manière qui le compromit, on le renvoya en prison, où, deux jours après , il fut trouvé mort suspendu a un

crochet au plancher. Les personnel qui étaient chargées de le garder déclarèrent qu’il s’était pendu lui-même ; mais l’enquête du coroner donna un résultat tout différent. Quand les jurés vinrent à examiner le corps, ils déclarèrent qu’ils l’avaient trouvé suspendu à une corde qui était peu tendue; qu'ils avaient vu des ecchymoses à son cou , qu’ils supposaient avoir été faites par une chaîne de fer, car la peau était toute coupée ; que le corps portaitdes traces de violences, et qu’on y voyait des taches de sang ; qu’en conséquence, ils déclaraient le sonneur de cloches et un autre serviteur de l’évêque, chargés delagarde du tailleur, coupables du crime que l’on voulait attribuer à Hunne lui-même.

Pendant que cette enquête avait lieu, l’évêque de Londres et son clergé commençaient un autre procès contre le corps du défunt et le déclaraient coupable d’hérésie. En conséquence de cette condamnation le cadavre du malheureux tailleur fut envoyé à Smithfield, où il fut brûlé. Cet acte de barbarie révolta tellement l’opinion publique que le parlement s’empara aussitôt de l’affaire et rendit aux enfants de Hunne les biens de leur père, qui leur avaient été enlevés par suite de sa conriamnation. Cette décision ne servit qu’à -accroître l’animosité des deux partis. L’évêque appela devant la juridiction ecclésiastique le docteur Standish, qui dans le débat soutenu contre le

clergé, en présence du roi et de sa cour, avait défendu la cause du pouvoir civil, et lui demanda compte Je quelques paroles qu’il avait prononcées nans son discours. Standish se plaignit au roi; mais le clergé prétendit qu’il n’attaquait point lè docteur comme avocat du roi, mais bien pour certains discours antireligieux qu’il avait prononcés à Saint-Paul et dans d’autres lieux. Le clergé Ot ensuite un appel à la conscience de Henri, enfinqu’il n'intervint point dans ledébat pour enlever le délinquant à la justice. Henri n’avait point encore cecaractèrede despotisme qui le distingua plus tard. Se voyant pressé par le clergé, mais sollicité

niSTOlRE lyAKGIÆTpBïlfi.

(l’un autre coté par son parlement, il 'se trouvait dans une grande perplexité; aus$i, dans l'intérêt de sa eonscience, ordonna-t-il à tous les juges et aux membres spirituels et temporels de son conseil, ainsi qu’à plusieurs membresdu parlement, de se réunir à Blackfriars, pour y voir vider le débat. Les juges déclarèrent à l’unanimité quetous ceux qui avaient pris part à la procédure intentée à Standisli s’élaient rendus passibles des peines portées par l’acte de præmtinire. L’affaire fut reprise, et le cardinal Wolsey , au nom du clergé, demanda au roi que l’affaire filt portée nu tribunal du pape à Rome pour recevoir une décision finale. Henri répondit : « Nous sommes roi d’Angleterre, par la permission et la volonté de Dieu, et les rois d’Angleterre, dans les temps passés, ne reconnaissaient d’autre supérieur que Dieu seul. Kn conséquence, sachez bien, messieurs du clergé, que nous maintiendrons les droits de notre couronne ainsi que ceux de notre juridiction temporelle, en ceci comme en toute autre chose , et d’une manière aussi large que l’ont fait avant nous nos ancêtres. Quant à vos décrets, nous sommes bien convaincu, messieurs du clergé , que vous dénaturez l’esprit et la lettre de plusieurs d’entre eux, et que vous les interprétez à votre gré , comme cela nous a été démontré par plusieurs membres de notre conseil. Mais nous ne permettrons pas de telles infractions, et nous nous c«>nduirons en cela comme l’ont fait nos prédécesseurs. » De nouvelles supplications ayant été faites au roi pour que l’affaire fdt portée en cour de Rome , Henri resta inébranlable , et le clergé, cédant à l’orage, crut convenable défaire des avances pour entrer en arrangement. On convint donc que l’évêque de l^ondres se constituerait prisonnier pour être mis en jugement; que lui-même ne réclamerait |>as en sa faveur le bénéfice d’une coureclésiastique, mais que lorsque la formule ordinaire qui commence tous les procès criminels lui serait posée :

« Êtes-vous coupable ou non coupable? il répondrait, « Non coupable, «et que l’avocatile la couronne, satisfait de cette soumission, le renverrait absous des charges portées contre lui et lui rendrait la liberté, procédure se poursuivit de cette manière , et l’évêque de Londres quitta immédiatement la capitale, où il ne reparut plus. Ce fut un coup fatal porté au clergé , c.ar la haine populaire ne fit qu’augmenter contre lui.

Cependant tout le temps que le cardinal Wolsey resta en faveur, l’église catholique n’eut rien à craindre pour sa sécurité. Nous avons dit dans notre partie politique comment ce magnifique cardinal avait su gagner les bonnes grâces du roi , et quel ascendant il avait pris sur lui. Longteni|)s Wolsey fut plus roi que Henri lui-même. « Le roi, nous oit Cavendish, l)iogra|ihe de Wolsey, avait conçu pour son favori la plus vive affection, principalement parce qu’il était le membre du conseil qui mettait le plus d'ardeur et de promptitude à accomplir ses volontés et ses désirs.

Toutes les fois que ses conseillers, pour être fidèles a leur charge , l’invitaient à recourir à son conseil pour y entendre les mesuresque l’on voulait adopter dans les affaires importantes, le roi ne paraissait nullement satisfait; car il ne pouvait supporter de faire une chose qui était contraire à son bon plaisir. Quelques-uns lui conseillaient de laisser de côté ses plaisirs pour se livrer aux affaires, mais l’aumônier lui persuadait le contraire , ce ni le lui faisait aimer chaque jour avantage. « Cependant la grandeur même de Wolsey, tout en donnant une protection puissante a l’Église, contribua à hâter sa chute. Ses ennemis étaient nombreux; son arrogance et son avidité lui avaient même aliéné un grand nombre des membres du clergé, et la haine que le public lui portait s’étendit naturellement sur le corps dont il était le principal chef.

Le premier pas était donc fait sous Henri VIH; c’était le plus important et le plus difficile, et à ce titre Henri

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peut être reKurdé comme le véritable auteur de la réforme. En effet, ni ses prédécesseurs ni ses successeurs ne réalisèrent autant de choses (]ue lui à cet égard. Wycliffe et ses dusciples , par leurs prédications et leurs écrits, ébranlèrent, il est vrai, les fondements de l'antique édifice. Mais Cranmer et les autres réformateurs du règne de Henri commencèrent à fonder l'édifice nouveau et à lui donner des bases solides. Quelle part eurent à ce grand œuvre Édouard et Élisalieth?

Ils semèrent simplement dans un champ déjà défriché. Mais, chose remarquable, dans tout ce que Qt Henri, en matière de religion, on remarque qu'il n'agissait que d'après les circonstances de sa position personnelle.

L’histoire de la réforme anglaise est l'histoire des caprices du caractère de ce prince, de ses pencliants et de ses inimitiés; des flatteries qu'on lui adressait d'un côté et des provocations u'il recevait de l'autre; des difcultés pécuniaires dans lesquelles il était engagé; de ses amours, de ses jalousies et de ses soupçons, et enfin de l'influence de son état physique.

Il est important, pour donner plus de clarté à notre récit, de récapituler dans leur prdre naturel les principaux événements qui signalèrent cette grande révolution morale et politique.

Ce fut huit ans après son avènement au trône que Martin Luther donna le premier signal de son insurrection contre l’église catholique.

L'illustre réformateur allemand appartenait à l’ordre des moines augustiiKS et enseignait la philosophie dai^ l'université de Wittcmberg. En 1517, un moine dominicain, nommé Tetzel, vint dans cette ville avec des lettres d'Albert, archevêque de Magdebourg, pour y vendre des indulgences. Lu- Uier était dans la force de l’âge, il n'avait que trente-quatre ans, et jusqu'alors il s'était distingué par la ferveur de son zèle pour la religion catholique. Cependant ce trafic des indulgences lui déplut, elil iiia qu’on püt obtenir la rémission de ses péchés

par l'acliat de ces sortes de grâces.

Lorsque Tetzel et ses associés clierchaieiit à en étendre la vente, Luther, le premier, exposa la tromperie d'un pareil commerce, et publia ensuite quatre-vingt-quinze propositions dans lesquelles il réfutait la doctrine des indulgences et s'engageait à soutenir dans un débat public les arguments qu'il avait avancés. Ce débat n’eut point lieu , mais les quatrevingt-quinze propositions de Luther furent lues avec avidité dans toute l'Allemagne. Alors Léon X, qui occuait la chaire de Saint-Pierre, somma .uther de comparaître à Rome dans les soixante jours (juillet 1518) pour y entendre sa décision suprême sur lesdoctrines nouvelles. Cependant, sur les représentations de Luther luimême, le pape consentit à faire vider le débat à Augsbourg, où Luther parut devant le cardinal Cajetano, son légat. Cajetano, après un effort inutile de logique pour confondre Luther, le somma de renier sou hérésie par déférence pour le saint-siège; Luther refusa, et craignant d'être arrêté, il quitta secrètement Augsbourg. Il lui était impossible de reculer après s'être avancé aussi loin, et, protégé par Frédéric, électeur de Saxe , il demanda à être entendu devant un concile général, en proclamant la supériorité d'un pareil'tribuiial sur celle du pape (1519). Le 15 juin 1.520, le pape rendit une bulle mémorable par laquelle il condamnait comme hérétiques quarante et une des propositions de Luther ; défendait à toutes personnes de les lire sous peine d'excommunication; ordonnait à tous ceux qui les avaient en leur possession de les jeter aux flammes, et prononçait contre leur auteur une sentence d'excommunication avec toutes ses peines taut spirituelles que temporelles, dans le cas où il ne renierait pas publiquement ses erreurs et ne brûlerait pas ses livres dans l'espace de soixante jours. Luther ré-

Iiondit à cette bulle en déclarant que e pape était l’antechrist et en engageant tous les princes chrétiens à se-

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coiier le joug de Rome; et c^uand il apprit que ses livres avaient été brûlés à Rome, il fit brûler les volumes de la loi canonique sur la place publique de Wittemberg, en présence des professeurs et des étudiants de l’université et d'une foule de spectateurs.

Cette démonstration énergique fut vivement applaudie par les uns et sévèrement condamnée par les autres; aussi pendant quelque temps la rivalité des deux religions devint-elle le principal moteurdela politique européenne. L’un des premiers actes de Cliailes-Quint fut de convoquer à Wurnis (6 janvier 152t) une diète extraordinaire pour renverser les nouvelles doctrines. Luther se présenta devant la diète pour y défendre ses opinions religieuses et sa conduite; mais 011 le déclara , comme hérétique, excommunié, jirivé de tous les droits dont il jouissait en sa qualité de sujet de l'Empire, et on défendit à tous les princes de l'Allemasme de le protéger après l’expiration du terme spécilié dans le sauf-conduit sous la protection duquel il s’était présenté à la diète. Il se réfugia à la cour de l’électeur Frédéric, qui lui servit de protecteur et d’ami; Frédéric l’enferma dans la forteresse de AVarthurg, où il le tint caché pendant neuf mois. Mais déjà ses doctrimnetentissaient dans tous les royaumes de la chrétienté.

Ce fut à cette époque que Henri VIII voulut rompre une lance avec le réformateur allemand , en publiant un livre dans lequel il réfutait les doctrines de Martin Luther contre les indulgences. Ce livre futprésenté, sur l’avis du cardinal Wolsey, au pape Léon X, qui , en témoignage de son affection , donna au roi le titre de défenseur de la foi , et plaça le livre dans la bibliothèque du Vatican. L’ouvrage, imprimé à Londres la même année, dans un format in 4°, portait ce titre : « Assertio septem sacramentorum adversus Martin Luther. »

Défense des sept sacrements contre Martin Luther ). Henri , flatté du titre que le pape venait de lui donner

et de l’accueil fait à son livre, se montra zélé catholique, et sur les con.seils de Wolsey, il ordonna la suppression, dans tout son royaume , de tous les livres hérétiques qu’on apportait du continent et qui commençaient à s’y propager considérablement.

Luther répondit immédiatement au livre de Henri; mais il le fit avec une grande violence et d’une manière qui dut être bien sensible à la vanité de ce prince; car non seulement il critiqua la logique de son royal adversaire , mais il nia qu’il fût lui-même l’auteur du livre dont il était si vain. Quelque temps après, Luther écrivit une lettre au roi (septembre 1525), dans laquelle il cherchait à excuser l’âcreté qu’il avait mise dans sa réponse. « Si j'ai répondu comme j'ai fait, disait-il dans cette lettre, c’est que j’ai appris par des témoignages dignes de fui , que ce livre qui m’était envoyé au nom du roi , n’était pas réellement l’œuvre de Votre Majesté, comme voudraient le faire entendre d’audacieux sophistes, qui cherchent à spéculer sur le nom de Votre Majesté. » Luther aurait dû savoir que si Henri n'était pas réellement l'auteur du livre, du moins qu’il en réclamait la paternité, et quen lui disputant ce titre , il faisait une blessure profonde à sa vanité. Henri répondit immédiatement et flt prêcher cette pièce d’une préface avec cette dédicace :

• Au lecteurpieux. » Henri, faisant allusion à la lettre qu’il venait de recevoir et aux efforts de son auteur pour captiver ses bonnes grâces, disait qiril n’était point assez fou pour se laisser duper par les flatteries d’un moine étourdi, ni assez inconstant pour se laisser entraîner en dehors de la bonne voie. « En conséquence , ajoutait-il , j’ai répondu à toutes les arties de la lettre de Luther, dans le ut de montrer Luther tel qu’il est, non-seulement à lui-même, mais au monde entier. >>

Cependant au bout de quelques années (1527), l’amour que Henri ressentit pour Anne de Boleyn commence a opérer un grand changement

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dans ses dispositions envers l'église de Rome. Fatigué de Catherine, dont il était l'époux depuis dix-huit ans, il supplie la cour de Rome de le débarrasser par un divorce de cette reine , et de faire Anne de Boleyn reine à sa place; puis, voyant ses efforts inutiles, il déclare que l’Angleterre ne sera plus désormais une contrée papiste.

Nous avons dit comment, en 1529, Cranmer suggéra au roi l'idée de rompre son mariage avec Catherine, sans demander le consentement du pape, et comment l'affection et la coniiance du roi furent retirées à Wolsey et passèrent au nouveau conseiller. L’année suivante, une proclamation royale défendit l’introduction dans le royaume, des bulles du pape, sous peine de la prison. La couronne , qui jusqu’alors avait protégé le clergé catholique, se mettait en hostilité ouverte avec lui. En 1531 , le clergé fut cité à coinparaitre devant la cour du banc du roi, pour avoir, au mépris delà loi, reconnu l’autorité de Wolsey, qui était eu disgrâce , comme légat du pape; et il ne fut relevé des peines de l’acte de præmunire qu’il avait encourues qu’après avoir consenti à payer une forte amende et reconnu le roi pour chef suprême de l’Église d’Angleterre. En I5’35, le parlement abolit le payement des annates à la cour de Rome. C’est de ce statut mémorable quedate, a proprement parler, le commencement de la réforme.

Aussitôt les innovations ecclésiastiques se succédèrent avec une grande rapidité. Les réformateurs anglais prirent le titre de protestants. On publia des statuts qui déclaraient que les paroles prononcéescontrel’autoritéde/jevêtjiie de Rome, car c’estainsi qu’ondésignait maintenant le pontife romain, ne seraient plus traitées d’herésie. On défendit tous les appels en cour de Rome. On abolit la présentation des évêques et des archevêques au siège de Rome, et leur consécration par l’autorité du pape. L’élection de ces hauts fonctionnaires ne put être faite que par des chapitres qui devaient se réunir avec l’autorisation du roi et

AXCLETEUne. — l. II.

par des lettres missives dans lesquelles on leur indiquait la personne qui devaitêtreéliie. Le denier de Saint-Pierre et les autres ta.xes payées jusqu’à ce jour à la cour de Rome'fnrent abolis.

Le roi fut ensuite déclaré parson parlement (novembre 1531) chef suprême sur la terre de l’Église d’Angleterre. Il avait ledroit de réformer et de corriger, de sa propre autorité , toutes les hérésies ; les annates ainsi que les dîmes de tous les bénéfices ecclésiastiques étaient dévolues à la couronne.

Nous avons dit que la suprématie du roi fut vivement disputée et qu’elle coilta la vie à deux illustres victimes , l’évêque Fisher et sir Thomas More.

Cromwell était l’un des principau.x instigateurs de ces mesures; ce fut lui qui eut la plus grande part à l’établissement de l’église anglicane. Diversement jugé, reloge et le blâme lui ont été prodigués sans justice et sans mesure. Sa conduite ne fut pas toujours droite, et il manqua de cette fermeté de caractère à l’aide de laquelle des hommes de talent plus ordinaires jieuvent toujours commander le respect; niais sa renommée s’est épurée dans les tiammes du bâcher.

Suivant l’historien Strype, ce fut la résistance des moines beiiédictinsaut mesures prises par le roi qui suggéra à Cranmer l’idée d’exatliiner avec soin leur vie intérieure et de nommer des commissaires chargésde visiter tous les couvents et les sociétés religieuses , pour s’enquérir des mœurs et de la conduite de leurs habitants. La visite eoiiiraençaen octobre 1535, et non-seulement les monastères, mais toutes les églises collégiales, les hôpitaux, les cathédrales ainsi que les bâtimentsappartenant à l’ordre des chevaliers de Jérusalem, furent successivement passés en revue. Le but avoué de ces visites était de réformer les mœurs dissolues des moines, mais au fond-, on voulait ruiner leur crédit dans l’esprit du peuple. Le résultat de cette remière visite fut de livrer à la couonne six ou sept établissements religieux qui s’étaient tellement obérés, que leur ruine était imininente. Quel-

ques mois après , le parlement rendit un statut qui supprimait toutes les maisons religieuses dont le revenu annuel était moindre dedeux cents livres, et donnait à la couronne les terres , les revenus, le bétail, la vaisselle, les bijoux , etc., appartenant aiixdits établissements. Cet acte anéantit d'un seul coup trois cent soixante-seize monastères, et augmenta les reve, nus de la couronne d'une somme de trente-deux mille livres sterling par an, indépendamment d'autres dépouilles dont la valeur dépassait cent mille livres sterling.

L’année suivante, il y eut une nouvelle visite pour les monastères restants; il parait qu’il s’éleva des plaintes nombreuses contre les visiteurs. L’Iiistorien Burnet rapporte qu’ils s’entendaient avec les abbés et les prieurs jiour tromper le roi , et qu’ils se partageaient secrètement une grande partie de la vaisselle et des bijoux. Le même historien nous dit que l’abbesse de Chempstow se plaignit de ce que l’un des visiteurs avait débauché ses nonnes. Quand il n’y avait point de charges sufiisuntes pour supprimer un monastère ou un couvent, il était d'usage de faire peser sur ces établissements une taxe annuelle. Les nonnes du couvent de Styxvvold, contre lesquelles on n’alléguait aucune charge, condamnées à payer une amende annuelle de trentequatre livres sterling, s’adressent à l’un des visiteurs pour être relevées de cette taxe, en ces termes : « Bon monsieur Keneage, disent-elles, nous vous prions avec humilité, au nom de Dieu et ar charité, de nous servir d’interméiaire auprèsde milord du sceau privé (Cromwell) et de prier Sa Majesté de nous remettre ladite pension annuelle de trente-quatre livres sterling; autrement nous ne pourrions vivre et payer au roi la dite somme. Nous soimiies dix-huit nonnes et une sœur dans notre maison, indépendamment des domestiques, ce qui forme un total dç cinquante personnes. L’an passé, nous avons livré notre fortune et notre bétail; c’était là ce qui nous faisait

vivre et ce qui était notre principale ressource. .St par la bonté de milord du sceau privé, nous obtenons la remise de ladite pension, nous redoublerons d’activité et vivrons pauvrement en servant Dieu. De plus, nous prierons chaque Jour pendant notre vie pour Sa Majesté, pour Milord du sceau privé et pour vous. »

L’avidité de Henri devenait insatiable; une fois entré dans la carrière des spoliations, il ne s’arrêta plus. C’est ainsi que les monastères d’Angleterre furent tous supprimés les uns après les autres. Six cent quarante-quatre couvents, quatre-vingtdix collèges, cent dix hdpitaux et deux mille trois cent-soixante-quatorze établissements religieux , furent annexés aux domaines de la couronne. Le revenu annuel des établissements supprimés a été évalué par quelques historiens à cent trente mille livres sterling; mais l’historien Burnet afiirme que ce revenu était dix fois plus considérable. Les Joyaux, la vaisselleet des marchandises de toutes espèces ne sont point compris dans cette évaluation. Pour rendre la mesure populaire , on disait que l’intention du roi était de décharger ses sujets du service militaire et des taxes qui pesaient sur eux ; qu’avec les revenus des établissements supprimés, on allait créer quarante nouveaux comtes, soixante barons, trois mille chevaliers, et qu’on lèverait une armée de quarante mille hommes. On promettait encore que de larges sommes seraient distribuées aux (lauvres, et que des prédicateurs , grassement rétribués, allaient être envoyés dans toutes les parties du royaume pour y prêcher la véj*itable religion. « Mais aucune de ces promesses ne se réalisa, dit l’historien Strype. 11 n’y eut aucune provision pour les pauvres, on ne donna aucun ordre, pour prêcher les doctrines nouvelles ; car la majeure partie des revenus que l’on avait accaparé.s furent dépensés au Jeu , dans des mascarades et des banquets. U

La conOscation des monastères fut

PÉRIODE DES TÜDORS.

suiviede plusieurs réformes importantes ; l'une d 'elles fut la traduction en anglais des saintes Écritures. Wycliffe avait traduit l'Ancien et le Nouveau Testament en anglais vers la lin du quinzième siècle, et Cranmer affirme qu'il y en avait une version en langue saxonne; mais ces ouvrages se ressentaient du catholicisme de l’époque. Une traduction anglaise du Nouveau Testament fut faite par William Tyndal et par un moine du nom de Roi; elle parut en un volume iii-8°, à Anvers, dans l'année tô26. L'édition se composaitdequinzecentsexemplaires, qui tous étaientdestinésàêtre expédiés |M)ur l'Angleterre, où elle trouva un débouché rapide. Cette traduction, comme les précédentes , n'était point encore irréprochable. En 1,530 , le parlement, sur la motionde Cranmer, adressa une pétition au roi, afin qu'il donnât des ordres pour qu'on traduisit la Bible en anglais. Après quelque hésitation , c.ct ordre fut donné. L'année précédente , il avait paru sur le continent une traduction complète de la Bible en anglais par .Miles Coverdale. On la présenta à Henri, qui la donna à lire à plusieurs évéques.

Quelque temps après, il leur demanda leuropinion sur cette bible, o F.llercnferme beaucoupde fautes, dirent-ils! — Contient-elle des hérésies? reprit le roi. — Nous n'en avons trouvé aucune, répondirent-ils. — Alors, s'écria Henri , laissez-la circuler [larnii mon peuple. » On se disposa pourtant à faire une nouvelle traduction, et ce travail fut confié à Cranmer, qui s'associa, dit-on, Coverdale. Cette bible, qui est connue sous le nom de Bible de Cranmer, ou « la grande. Bible, « forme un in-folio. Sur la couverture on voit une gravure sur bois de la plus grande beauté. L'artiste y a représenté Henri donnant des exemplaire de cet ouvrage à l'archevêque Cranmer et à Cromwell,

Des ordres furent aussitôt donnés par Cromwell pour que chaque paroisse eût à sepourvoiravant un jour désigné, d'un exemplaire de la Bible.

L’édition étant peu considérable,

ces ordres ne purent être exécutés.

Mais en 1541 il y eut une réimpression, et le roi rendit une ordonnance qui enjoignait de nouveau à chaque paroisse de se pourvoir d'une bible , sous peine d’amende, si avant lejour de la Toussaint de l'année courante l’ordre n’était pas exécuté. Ces bibles, d’un fort volume, devaient être reliées avec .soin et ne point dépasser le prix de douze shillings. Un les plaçait aux piliers des églises où elles étaient retenues par une chaîne, et on chargeait les personnes qui avaient une voix forte de les lire à ceux qui venaient à l’église pour s’en édifier.

Cette Bible n’était pasencore satisfaisante; il y eut des attaques violentes portées contre la maniéré dont elle avait été traduite; des erreurs furent signalées. On rapporte qu’à cette occasion Gardiner proposa que certains mots fussent laissés en latin, sous jirétexte qu’ils ne pouvaient se traduire en anglais. Le but de Gardiner était, dit-on , de faire une traduction qui fût inintelligible pour le peuple. Mais son projet fut déjoué par Cranmer, qui engagea le roi à soumettre les deux traductions existantes à l’examen des deux universités. Cet avis plut au roi, mais la majorité des évêques se prononça contre cette décision, et il n’y ' eut rien de fait.

Dans lecours de l’année 1 503, Henri écrivit et publia lui-même un traité en latin contre la tyrannie et l’impiété de l’érêque de Home (De potestate christianorum regum in suis ecclesiis contra pontilicis tyrannidem et horribilem impietatem). Dans ce livreHenri déclame contre l’autorité du pape; cependant, à l’exception d’une seule doctrine, celle qui est relative à la suprématie du souverain pontife, l'ancienne profession de foi de la nation ne subit point d’altération sensible dans aucune partie. Cette même année, Henri lança une proclamation sévèçe contre l’importation des livres qu’on nommait hérétiques. Parmi ces livres figuraient le Nouveau Testament de Tvndal , les divers traités de Luther, de Huss, de Zuingle et de plusieurs

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autres réformateurs du continent.

Dans le cours de cette année et des années suivantes, plusieurs personnes furent condamnées à mort pour avoir importé et répandu dans le royaume dejpareils livres.

On peut juger, toutefois , par le fait suivant , combien était capricieu.v et personnel le Jugement de ceux qui condamnaient ces livres. Dans le nombre il y en avait un qui avait le titre suivant : « Supplique des mendiants. » C’était l’œuvre d’un nommé Simon Fish, qui avait été obligé de quitter l’Angleterre pour l’avoir publié. L’auteur faisait parler les mendiants de l’Angleterre et leur faisait adresser une supplique au roi, dans laquelle ils se plaignaient du clergé en général , et principalement des moines mendiants , qui , disaientils, récoltaient en aumônes 430,000 livres sterling par an , et leiirenlevaient ainsi une grande partie des secours auxquels ils pouvaient prétendre à meilleur titre. Le livre tut envoyé à Anne de Boleyn , qui le remit ensuite dans les mains du roi, et Henri en fut si satisfait qu'il envoya chercher immédiatement la femme de Fish et l'invita à faire revenir son mari en Angleterre, en lui disant qu’aucun mal ne lui serait fait. Mais quelque temps après le même livre lui ayant été présenté de nouveau , Henri prétendit ne l’avoir Jamais lu, et après une longue pause , il dit d’un air significatif : « Lorsqu’un homme détache une pierre de la base d’un vieil édifice, il court le risque de le faire écrouler tout entier' sur sa tête. »

Ce fut vers l’année 1534, à l’époque où la sainte fille de Kent et ses disciples furent mis à mort, que Henri commença ,à montrer des tendances prononcées pour le protestantisme et les doctrines (les réformateurs. Il prit à cette époque pour l’un de ses chapelains le fameux Latimer,qui lui fut recommandé, diton , par Cromwell et le docteur Butts, son médecin. Latimer, on lésait, était fortement attaché aux doctrines de la réforme. Disons quelques mots sur ces doctrines et les rites de la reli-

gion mixte qui était alors professée par les sommités du pouvoir en Angleterre. Les dix commandements de Dieu différaient un peu de ceux de l’Eglise catholique; ce que les protestants appellent le second commandement était regardé parlescatholiques comme partie intégrante du premier.

Les autres avaient une teinte protestante. L'y^ve Maria ou Salutation de la Vierge commençait par cet exorde :

« Avant toutes choses, que chacun soit averti qu’il ne peut placer aucune confiance ni espérance dans la mère de Dieu, car l'espérance et la confiance sont dues à Dieu seul. » A la fin de VAoe Maria le lecteur était encore averti que dans les paroles qu’il venait de prononcer, il n’y avait d’exprimées que des louanges, et que ces louanges ne pouvaient point être regardées comme une prière. Les litanies , qui avaient un exorde du même genre , conservaient toutes les apostrophes adressées à la Vierge, aux anges, au douze apôtres, aux martyrs, aux confesseurs et aux vierges, dans lesquelles le catholique a coutume d’invoquer l'intercession de ces personnes en sa faveur auprès du Tout- Puissant. Ces prières , ainsi que les matines et les sept psaumes de la pénitence , étaient en anglais. On attaquait la .superstition des personnes qui croyaient en portant sur elles des scapulaires, des chapelets, des images, etc., se soustraire aux dangers auxquels la vie humaine est exposée; de même que les prières pour les morts et la doctrine consolante du purgatoire.

Quelques représentations furent faites à Henri par les princes protestants de l’Allemagne (153(i). Ils lui demandaient d’adopter la doctrine de la foi nouvelle telle qu’elle avait été établie à la fameuse confession d’Augsbourg. Henri répondit que depuis longtenips son intention était d'accepter la bible protestante et de se soumettre aux véritables doctrines; « iMais, .ajoutait-il, étant reconnu pour un prince de quelque savoir, et ayant dans mon royaume des personnes

PÉRIODE DES TUDORS. 22

haut placées par leurs connaissances, il m’est impossible d’accepter les doctrines de la confession d’Augsbourg sans préalablement en avoir discute le mérite. » En conséquence, il invitait les princes allemands à lui envoyer quelques-uns de leurs savants les plus instruits pour s’entendre avec lui et les savants de l’Angleterre, et établir une union et une concorde parfaites dans la foi. Mais la tintragiqued'Anne de Boleyn arrêta cette négociation.

Bientôt après, nn grand débat eut lieu à l'égard de l’établissement des nouvelles doctrines religieuses. Cromwell, en qualité de vice-gérant du roi, présidait au débat. On y déclara fausses soixante-sept opinions religieuses qui lél'orniaient les principales doctrines des Lollards, des luthériens et autres réformateurs protestants de l’époque, et celles des anabaptistes; des railleries irrévérencieuses sur la confession, les prières aux saints, l’eau bénite, etc. Lee, archevêque d’York, Stokesby, évêque de Londres, Tunstall, évêqu’e de Durham, Gardiner, évêque de Winchester, Longland, évêque de Lincoln , Sherburn , évêque de Chichester, Kix , évêque de Norwich, et Kite, évêque de Carlisle, défendirent les intérêts de l’Église catholique. Cranmer, Goodrich , évêque d’Ely, Shaxton, évêque de Salisbury , Latimer, évêque de Worcester, Fox, évêque d’Hereford, llilsey, évêue de Rochesler, et Barlow, évêque e Saint-David , plaidèrent en faveur de la réforme. Onconvintde plusieurs articles , qui, après avoir été corrigés et adoucis en quelques endroits, delà propre main du roi, furent signés par Cromwell, Cranmer, dixsept autres évêques, quarante abbés et prieurs, et cinquante archidiacres.

Ces articles furent délinitivenient sanctionnés par le roi , et publiés avec une

Î (réface en son nom. On y admettait e grand principe protestant de la suprématie de la Bible; toutefois avec l’addition de cet autre principe qui appartenait au catholicisme , que les trois anciens symboles, celui des apôtres et ceux de Nicée et d’Athanase,

devaient avoir une autonté égale à celle des saintes Écritures. Il était dit dans ces articles, que toutes choses devaient être interprétées d’après ces symboles; que toutes les hérésies qui leur étaient contraires, et principalement celles qui avaient été signalées par les quatre premiers conciles généraux, seraient condamnées. A l’egard du baptême, les opinions des Anabaptistes et des Pélasges étaientdénoncées comme de détestables hérésies. Au sujet de la pénitence, il était dit que ce sacrement avait été institué par le Christ et qu’il était absolument nécessaire au salut de l’àme; qu’elle comprenait la contrition , la confession, l’amendement du pénitent, et des œuvres extérieures de charité ; que la confession auriculaire était indi.spensable ; qu’il était dit dans un passage de la Bible que l’absolution avait été donnée par le Christ , et qu’on devait donc accepter l’absolution comme si Dieu l’eût ordonnée lui-même; que personne ne devait condamner la confession auriculaire , mais qu’au contraire chacun devait s’en servir pour le bien-être de sa conscience et de son âme. Dans l’article relatif au sacrement de la communion , le dogme de la transsubstantiation était établi de la manière la plus claire. On v disait qu’il fallait apprendre au peuple, que, sous la forme du pain et du vin, il y avait réellement et en substance le même corps du Christ qui était né des entrailles delà Vierge Marie. Dans un autre article, on établissait que les bonnes œuvres étaient nécessaires au salut de l’Ame , ce qui était contraire à la doctrine luthérienne; mais, d’un autre côté, on accordait que le mérite de quelques bonnes œuvres ne suffisait pas au pécheur pour se justifier auprès de Dieu, et l’on déclarait avec une certaine emphase, que les bonnes œuvres nécessaires au salut de l’âme ne devaient pas seulement se composer d’actes e.xtérieurs, mais encore des impressions intérieures de l’âme : tels étaient la crainte et l’amour de Dieu, une ferme

conUance en lui, la patience dans l’adversité , l’iiorreur du péché, le désir et la volonté de ne plus pécher, et toutes les autres vertus qui

f mouvaient être agréables à la oi de Dieu. Pour les images, on les conservait, mais on en corrigeait en quelque sorte le principe. Il était dit qu’on apprendrait au peuple que l'usage des images était ordonné par les saintes Écritures; que, comme elles servaient à représenter de bons exemples et à exciter à la dévotion, il était nécessaire de les placer dans les églises; mais que, pour éviter les pratiques superstitieuses, le lidèle devait, en s'agenouillant devant ces images et en leur offrant ses prières, savoir qu’il ne rendait aucun culte à l’image, mais à Dieu seul. Pour les saints, le peuple ne devait point songer à obtenir par leur intermédiaire ce qui ne pouvait être obtenu que de Dieu lui-méine ; néanmoins il pouvait les inviter à se joindre aux prières adressées au Tout-Puissant; en second lieu, tous les jours consacrés par l’Eglise à la mémoire des saints devaient être conservés, mais cependant si le roi, plus tard ou à toute autre époque, voulait diminuer le nombre de ces fêtes , le peuple devait lui obéir. Un autre article sanctionnait toutes les anciennes cérémonies du culte religieux et déclarait qu’elles avaient en elles des significations mystiques propres à élever l’âme vers Dieu. Il s’agissait dans cet article des vêtements du prêtre, de l’aspersion du peuple avec de l’eau bénite , de la distribution du pain bénit et de la cérémonie du mercredi des Cendres, de celle du dimanche des Rameaux et du baisementdelacroixie vendredi saint.

Le dernier article était relatif au purgatoire et aux prières pour les morts.

Ici les idées protestantes l’avaient emporté sur les idées catholiques.

L’article portait que les prières pour les morts étaient unecoutume qui avait commencé avec l’église primitive, et que par conséquent on devait enseigner au peuple qu’il était bon et charitable de prier pour les morts, de

faire dire des messes et des requiem à leur intention: «Mais, ajoutait l’article, comme la place où résident lésâmes des morts n’a point été indiquée par les Écritures, et qu’on ne sait quelles sont les peines que Dieu leur inflige, ces âmes doivent être simplement recommandées à la miséricorde de Dieu. En conséquence, on doit mettre de coté tous les abus auxquels a donné lieu la doctrine du purgatoire : tels sont ceux qui tendent à faire croirequedes âmes peuventêtre délivrées du purgatoire par des indulgences du pape ou par des messes dites en certains lieux et devant certaines images. »

ün ne pouvait s’attendre à ce que cette religion mixte, qui n’était ni romaineni protestante, pdtsatisfaire l'un ou l’autre des partis religieux de la nation. Aussitôt qu’elle fut connue, elle fut en butte à de vives attaques. Cependant on la considérait en général comme unpas fait vers le protestantisme.

En eftet, les protestants ne doutaient pas que les pratiques de la religion romaine qu’ils avaient laissé subsister dans les articles, ne fussent bientôt renversées par quelquesunes de leurs doctrines; c’est ce qui eut lieu. Une proclamation royale suivit de près la publication de ces articles; elle abolissait un grand nombre de fêtes I et principalement celles qui avaient lieu dans les chaleurs de l’été. Cromwell , comme vice-gérant du roi , flt ensuite une série d’injonctions au clergé, dans lesquelles , après l’avoir exhorté à veiller à l’observance des nouveaux articles et des statuts qui avaient été rendus pour l’extirpation du pouvoir de l'évéque de Home, il lui enjoignait de faire apprendre à tous les enfants dès leur jeune âge leur Pater noster, leurs symboles et les dix commandements dans leur langue maternelle. A cet effet , les curés, dans leurs sermons, devaient réciter à haute voix un passage, puis un autre, de manière à les apprendre peu à peu à leurs paroissiens. Ils devaient aussi les leur donner par écrit, et indiquer à ceux qui savaient

PÉRIODE DES ÏUDORS. 231

lire, les lieux où l’on vendait ces prières dans des livres impriiués. Dans un autre paragraplie , le vice-gérant enjoignait aux vicaires, aux curés et à tous les ecclésiastiques en général, de ne point fréquenter les tavernes et d’occuper leur apres-diner à lire des jiassages des saintes Ecritures au lieu de passer les jours et les nuits dans la paresse , en festins ou à la table de Jeu.

En 1537, Cromwell et ses collègues firent un pas de plus en ordonnant la destruction des images, des reliques et des cliiisses, qui depuis des siècles avaient été l’objet de la vénération du peuple. Des commissaires furent nommés poureet objet; Cromwell les chargea de faire un examen minutieux de toutes les reliques que renfermaient les établissements où l’on avait coutume d’aller en pèlerinage. « Le docteur London, le même que nous avons vu accusé par l’abbesse de Cliempstow d’avoir débauché ses nonnes, déploya un grand zèle dans cette mission, dit l’Iiistorien Burnet. Il écrit qu’il a trouvé dans Reading un ange avec une aile dans laquelle on voit une plume qui garnissait la flèche par laquellele Sauveur fut percé au côté. A Saint-Edmonds- Bury on a trouvé les charbons qui ont rôti saint Laurent; le canif et les bottes de Beck et; de plus un si grand nombre de morceaux de la vraie croix qu’on aurait pu en faire une croix tout entière. » « Le nombre de leurs reliques, ajoute-t-il, est immense. Les moines en ont contre la pluie, contre la sécheresse, contre les mauvaises herbes, etc. »

On apporta à Londres un cruciflx d’une énorme dimension qui fut trouvé à Boxiey dans le comté de Kent. Ce christ avait le pouvoir , quand on lui faisait des offrandes , de rouler des yeux , de remuer les lèvres, la tête, la main et les pieds: il s’inclinait avec courtoisie quand il était content de ce qu’on mettait devant lui, et montrait par une pantomime également expressive son mécontentement lorsque l’offrande n’était pas

de son godt. Une foule considérable de pèlérins accouraient de toutes les parties du royaume à Boxiey pour s’agenouiller devant le crucifix. Un nommé Nicolas Partridge, d’un caractère un peu sceptique, eut la curiosité d'examiner ce christ merveilleux , et découvrit le mécanisme qui faisait remuer son corps. I..e roi et toute sa cour voulurent voir le prodige ; ensuite on brisa publiquement le crucifix , qui fut enterré dans les environs de Saint-Paul.

L’évêque de Rochester, d’après l'ordre du conseil , Ut un sermon sur ce sujet. Les riches châsses de Notre- Dame de Walsingham, d’Ipswich, d’Islington, et beaucoup d’autres reliques furent conduites également à Londres, où elles furent orûlées par l’ordre de Cromwell.

Dans le même temps, Cromvell ordonnait au clergé du royaume(l 538) de prêcher dans les églises pour exhorter leslidèlesà nepointalleren pèlerinage, à no point ourir de l’argent ni des cierges aux images ou aux reliques, et à ne se livrer à aucune des pratiques superstitieuses eneouragées jusqu’alors par leclergécatholique; leclergé devait en outre avertir le peuple que les images n’avaient d'autre objet que de remplacer les livres pour ceux qui ne savaient pas lire, afin que ces personnes pussent se ressouvenir des actes des saints par la reproduction de leur personne. Le vice-gérant enjoignait en outre à chaque curé, qui à une époque antérieure avait recommandé à ses paroissiens les pèlerinages et le culte des images, de revenir publiquement sur ses paroles et de les condamner.

A cette époque le* dispositions du roi éprouvent de nouvelles modifications. Quoique ayant mis de côté l’autorité du pontife romain , Henri n’avait jamais eu l’idée de laisser l’église d'Angleterre sans pape; son intention avait été de remplacer l'évêque de Rome par une autre personne à laquelle devait être accordée la jouissance de tous les privilèges qui appartenaient au pape en Angleterre.

Et quelle autre personne pouvait-il choisir sinon lui-inêine? Les circonstances étaient favorables. Les catholiques , ou du moins un grand nombre d entre eux, espérant empêcher de nouvelles innovations religieuses par la création d’un nouveau pape, le pressaient eux-mêmes de prendre ce titre. Henri lit une longue proclamation dans laquelle il défendait en général l'importation de tous les livres anglais publiés au dehors, ainsi que l’impression dans le royaume d’un livre (|uelconque sans une permission spéciale.

Les saintes Écritures n’étaient point exceptées de la proscription; aucune partie n’en pouvait être imprimée sans un examen préalable fait par le roi et son conseil ou par l’évêque du diocèse. Henri condamnait dans sa proclamation tous les livres des anabaptistes etdessacramentaires, c’est-à-ilire, de ceux qui niaient la présence corporelle du Lhristdans l’eucharistie ; il prononçait des peines contre ceux qui vendraient lesilits livres ou les propageraient d’une manière quelconque; enjoignait à tous ses sujets de ne point s’élever contre la doctrine de la présence réelle sous peine de la mort et de la perte de leurs biens ; déclarait que tous ceux qui négligeraient les rites et les cérémonies qui n’avaient point encore été abolis seraient punis sévèrement; ordonnait enlin que tous les prêtres mariés seraient immédiatement privés de leurs femmes ; et que ceux qui se marieraient ensuite .seraient mis à sa disposition pour être punis selon .son bon plaisir.

Le crédit deCranmer baissait maintenant à la cour. Fox , évêque d’ilerford, son ami et l’un de ses plus puissants soutiens , venait de mourir.

Latiiner était méprisé à cause de ses mœurs simples et de sa faiblesse.

Shaxton , par son humeur querelleuse et sa (ierte , se faisait haïr. Cranmer n’avait plus qu’un seul appui dans lequel il pdt placer quelque contiance ; c’était Cromwell : mais Cromwell luimême ne Jouissait plus delà même faveur auprès de Henri. Le mariage

d’Anne de Clèves, à cause de. la grande part qu’il y prit, porta le dernier coup à Cromwell. Gardiner, évêque de Winchester, avait en ce moment la confiance de Henri. Cet evêque, sectateur de la religion catholique aussi zélé que l’était devenu son royal maître, sut facilement diriger l’esprit vaniteux et inconstant de Henri. En 1639, le parlement publia le fameux statut appelé vulgairement le statut des six articles ou le statut sanguinaire; et l’on prétend que l’évêque de Winchester fut le principal moteur de ce bill. Le statut des six articles servit pendant tout le temps que dura le règne de Henri, de règle fondamentale à l’Église d’Angleterre. On saitcombien de sang coûta son adoption.

Il nous reste à parler, pour compléter riiistoire des changements qui survinrent dans la religion nationale sous le règne de Henri , de quelques circonstances particulières relatives au règlement de la doctrine et du culte pendant les dernières années de ce règne, circonstances qui méritent d’être reproduites.

Les revenus d’un grand nombre d’évêchés, depuis les spoliations faites par Henri , étaient devenus en général insuffisants; la plupart des évêques n’avaient que lestrict nécessaire.

Cranmer (1.641), qui voulait uue les pauvres ne souffrissent point de cette insuffisance, rendit une ordonnance par laquelle il réglait la dépense de la table des évêques , dans l’espoir que le surplus serait distribué en aumônes. Cette ordonnance portait qu’un archevêque n’aurait pas plus de six plats de viande et quatre de dessert sur sa table; que l’évêque aurait cinq plats de viande et trois de dessert; le doyen, quatre plats de viande et deux de dessert; les autres ecclésiastiques seulement deux plats de viande sans dessert.

Les faits suivants qui sont signalés par Bonner, évêque de Londres, servirontà nousdonnerune idéedes mœurs de l’époque. «C’estune habitude, dit-il, pour les jeunes gens de fréquenter, les dimanches et les jours de fête pendant

PERIODE DES TU DORS

les heures du service divin , les cabarets et les tabagies , d’y jouer des jeux défendus, d’y blasplicuier et de s’y livrer à l’ivrognerie. » Bonner apostrophe en termes fort durs le clergé de son diocèse, qui, dit-il, va lui-méme dans les tabagies et dans d’autres lieux de mauvaise co'upagnie; il lui défend de quitter les vêtements ecclésiastiques, de cacher la tonsure et de porter des armes. Il s’élève aussi contre une pratique singulière qui s’était introduite eu Angleterre avecla réforme, etqui consistait à représenter des miracles dans l’intérieur des églises. Cette coutume existaitdepuis longtemps dans les monastères, mais les pièces qu’on y représentait avaient un objet sérieux; elles étaient destinées à imprimer le respect dans l'âmedes spectateurs pour les choses religieuses. Au contraire, les pièces qu’on représentait sous le règne de Henri ne tendaient qu’à tourner en ridicule les choses qui jusqu’à ce jour avaient été considérées comme sacrées. L’auteur et les acteurs , le premier par des attaques violentes dirigées contre l’ancienne religion, les autres par la contraction de leur figure et la dislocation de leurs membres , cherchaient à deverser le mépris sur l’ancienne foi ; aucune indécence, aucun outrage ii'étaient épargnés pour exciter le rire du spectateur.

Ces spectacles inconvenants ayant attiré l’attention du gouvernement, (1543), le parlement rendit un statut gui les abolissait. Dans le préambule, il était dit que la loi avait été rendue

Parce que Sa Majesté s’était aperçue de ignorance et de l'aveuglement d’un grand nombre des sujets de son royaume qui faisaient abus des commandements de Dieu et de la véritable religion du Christ, malgré les doctrines salutaires qu’il avait eu soin de leur enseigner pour leur conduite. La loi prohibait les livres de toute nature sur l’Ancien et le Nouveau testament, qui avaient été traduits par Tyndall, ainsi que tous les livres religieux contenant des articles de foi contrairesà la doctri-

ne professée parle roi depuis 1.540. Le coupable encourait une peine de trois mois d’empi'isonnemcnt et d’une amende, pour la première offense; la seconde entraînait la peine de la prison perpétuelle et la confiscation des biens du coupable. « Les bibles et les nouveaux tesLiments traduits en anglais et qui ne sont pas de la traduction de Tyndall sont permis , disait le statut, à la condition que s’il y a des annotations ou des préambules autres que les sommaires a la tête des chapitres dans ces livres, leurs possesseurs enlèveront ou effaceront lesdites annotations de manière qu’on ne puisse ni les voir ni les lire. » Le statut di.sait encore : « Liberté entière de se servir de la Bible ou des saintes Écritures , comme à l’ordinaire, est accordée au chancelier d'Angleterre, aux officiers militaires, aux juges de paix et aux autres personnes qui font d’habitude desexbortations vertueuses dans les assemblées, à la condition toutefois que cette faculté ne préjudiciera point à la doctrine de 1540. »

Le statut établissait ensuite un règlement pourla manière dont devaient être lues les saintes Ecritures. Toute personne qui n’avait point de licence du roi ou de l’évêque du diocèse, ne pouvait lire la Bible à haute voix dans uneéglise ou dans une as.semblée, sous peine d’un mois de prison. Le seigneur ou le gentilhomme qui possédait une maison , avait la faculté de lire ou de faire lire par un membre de sa famille la Bible et le Nouveau Testament, dans son jardin, dans son verger ou dans sa maison ; mais ce privilège était refusé aux femmes, aux ouvriers, aux apprentis, aux hommes de peine, aux domestiques, aux laboureurs. Les femmes nobles pouvaient lire la Bible, mais seulement pour elles-mêmes et non pour d’autres.

La doctrine de 1540 dont nous venons de parler avait été établie dans dfferents circonstances. En 1537, il parut sous.le titre de « Instructions divines et pieuses du chrétien » un livre qui contenait toutes les doctrines principales de l’Église. Ce livre

inSTOIRE D’ANGLETERRE.

avait été fait par une commission d’évéques et d’ecclésiastiques nommés par le roi; il reçut à cause de cette circonstance le nom de « Livre des évêques » que lui donna le peuple. 11 parut une seconde édition de cet ouvrage en 1540, sous le titre nouveau de " Doctrine nécessaire à l’éducation du chrétien. » Le livre nouveau contenait des doctrines qui appartenaient beaucoup moins au protestantisme qu’au catholicisme. Daiis les ordonnances relatives à la religion, rendues par Cromwell, on ne faisait point mention en général des sacrements, à l’exception, pourtant, de ceux du baptême et de l’eucharistie; mais dans la « Doctrine nécessaire à l’éducation du chrétien, >■ les sept sacrements étaient distinctement reconnus. La transsubstantiation était admise sans restriction ainsi que l’utilité d’entendre la messe, et l’on ne condamnait point l’adoration des images. <; Le style de cet ouvrage, nous dit un historien, était fort nerveux et convenait admirablement par sa clarté aux intelligences les plus ordinaires. »

Une troisième commission, nommée

également par Henri, publia une nouvelle édition de ce livre en t.543, mais elle fit subir de grands etde nombreux changements à l’ouvrage. Le roi le fit précéder d’uneépltre écrite par lui-même, et de là vint le nom qu’on lui donna de « Livre du roi. » Le livre nouveau u’était plus le mêmequecelui dontil avait tiré son origine. L’adoration des images , les prières pour les saints , les messes pour les morts et les différentes cérémonies du culte romain, qui avaient été recommandées dans les premières éditions, étaient mises de côté, ainsi que l’article sur le purgatoire. La doctrine de 1643 appartenait d’une manière essentielle au protestantisme.

g, M. Le protestantisme triomphe soua Edouard. — A quoi se bornent les chansements apporté» dans la religion. — Retour au calholioisme sous le régne de Marie. — Mort de Latimer et deRidIey . — Caractère de CCS deux réformateurs. — Elisabeth rétablit le protestantisme.

A l’avénement d’Edouard VI au trône , la population du royaume appartenait encore en grande partie à l’ancienne religion. Dans les campagnes la réforme n’a fait encore aucuns progrès. Dans les classes supérieures , elle ne trouve point ces sympathies ardentes, qui lui sont nécessaires pour prendre racine en Angleterre. C’est dans les classes moyennes et les classes inférieures qu’elle compte de chauds partisans , car là se trouvent des gens qui se sont enrichis aux dépens de l’Eglise, tandis que d'autres ont l’espoir de s’enrichir prochainement par de nouvelles spoliations.

La minorité d’Édouard VI ne pouvait manquer d’être favorable à la réforme , au milieu des luttes qui éclatèrentsous son règne. Dansla première année l’ancienne religion est en effet complètement minée dans sa base. L’église protestante commence à établir ses doctrines etiesformesde son culte , et cherche à s’affranchir entièrement de l’église de Rome. Le parlement , qui s’assemble au mois de novembre 1547, rapporte le statut des six articles ainsi que tous les actes rendus contre ce qu’on appelait alors des hérésies ; et sous la direction de Craniner on prépare des homélies et des sermons qui sont destinés à être lus aux congrégations par les curés de paroisse qui n’ont pas la capacité de les composer eux-mêmes. « Delà est venue, dit Btirnct, la pratique de lire les sermons en cita ire. »

Les homélies préparées par Cranmer étaient au nombre de douze; elles devaient être lues dans toutes les églises chaque dimanche pendant l’année. Quelques temps après la publication de ces sermons et de ces homélies, il parut un livre rédigé par une commission d’évêques et d’ecclé-

PÉRIODE DES TU DORS

Elastiques moins élevés; ce livre reçut le nom du « Livre du roi Édouard ; »

* il y était dit que la communiou serait administrée aux fidèles sous les deux espèces ; qu’à l’éiiard de la confession, ceux qui désiraient conserver ce sacrement, tel qu’il est établi dans la religion catholique, devaient ne point critiquer ceux qui se contentaient d'une confession générale à Dieu; mais ceux qui repoussaient la confession auriculaire devaienf ne point troubler ceux qui y restaient attachés.

Voici les doctrines et les rites principaux de l’église d’Angleterre tels qu’ils existaient au commencement du régné d’Édouard :

1. Le latin cessa d'être employé dans les prières de l'église, et une liturgie en langue anglaise fut rédigée.

2. Le culte des images fut proscrit, et les églises furent dépouillées de tous les ornements qui se rapportaient au culte catholique. Les autels furent bristis, les missels détruits, et une foule de cérémonies extérieures , telles

ue l'usage de l’encens , des cierges , e l’eau bénite, furent siip|irimées.

3. Le culte de la Vierge et des saints, si populaire parmi les catholiques, fut aboli. I.a doctrine du purgatoire fut enveloppée dans la même proscription.

La confession auriculaire fut laissée , comme nous l’avons dit, à la discrétion de chacun. Quatre théories principales au sujet du sacrement de l’eucharistie partageaient l’Europe à l’époque de l’avéneinent d’Édouard VI.

L’église de Rome enseignait le traiissubslanliation, c’est-à-dire le changement, au moment de la consécration, des substances du pain et du vin en celles du corps et du sang de .lésus- Christ. Luther établit sa doctrine de consubslantialion ou de la n-union des deux substances dans les éléments sacramentaux qu’on pouvait, selon lui, appeler indifféremment le pain et le vin, ou bien le corps et le sang. Zuin-, gle rejeta toute idée de présence réelle, et ne vit dans les espèces consacrées que des symboles figuratifs.

Bucer imagina une quatrième hypo-

thèse, qui fut adoptée par Calvin et par la plupart de ses disciples. Ce système, embroiiillé dans un jargon métaphysique singulièrement confus, consiste à rejeter, comme le font les disciples de Zuingle, la présence locale. Toutefois ce système admet que le corps et le sang sont réellement reçus au moyen de la foi par celui qui communié dignement. C^est sans contredit la doctrine la plus obscure des quatre; ce qui n’enipécha pas qu’elle ne fût embrassée par un grand nombre de personnes en Angleterre.

4. La dispense du célibat pour les prélats. Ce fut une espèce de compensation à des innovations qui attauaient aussi profondément les intérêts U clergé, et cette compensation contribua sans doute à réconcilier le clergé au nouvel ordre de choses.

Après d’autres changements de moindre importance, Cranmer et les autres réformateurs portèrent leur attention sur la loi ecclésiastique ou canonique. Cette affaire avait occupé Henri VTIt dans les premiers moments de sa séparation de l’église de Rome, mais elle était restée sans effet pendant tout le règne de ce prince. Le projet fut repris en lôaO. Alors le parlement rendit un acte en vertu du quel Édouard eut le pouvoir, sur l’avis de son conseil, de nommer une commission composée de seize membres du clergé, dont quatre devaient être évêques, et de seize autres personnes n’appartenant point à l’ordre ecclésiastique et dont quatre devaient être versées dans la loi civile. Cette commission fut chargée de former un nouveau code de lois ecclésiastiques, qui, après avoir reçu la sanction de .Sa .Majesté, devait étre mis en pratique et adopté dans tout le royaume. En conformité de cet acte , Cranmer et les autres réformateurs se mirent à l’œuvre et composèrent dans le cours de l’année suivante un code, complet de lois ecclésiastiques, qui fut ensuite traduit en latin par deux docteurs, dont l’un était John Cheke. Ce code, qui ne reçut point la sanction royale , et qui ,

HISTOIRE D’ANGI.ETERRE.

à cause, dil-on , de la mort prématurée d’Édouard VI , fut imprimé sous le règne de la reine Élisabeth , avec ce titre : Reformatio legum eccleüasticarum (Réforme des lois ecclésiatiques), consacrait les doctrines du protestantisme; et déclarait que ceux qui nieraient la religion chrétienne seraient punis de mort et que leurs biens seraient conlisqués. Il n’y avait point de peine capitale portée contre l’hérésie; mais les hérétiques obstinés y étaient déclarés infâmes et incapables de remplir aucun emploi public; ils ne pouvaient tester, ni servir de témoins dans aucune cour; la loi ne leur accordait aucune protection. Les blasphémateurs étaient punis de la même manière que les hérétiques obstinés, et ceux qui se rendaient coupables d’idolâtrie, de magie, de sorcellerie , devaient être excommuniés s'ils n’abjuraient point leurs erreurs. La séduction était également punie de l’excommunication, et le séducteur perdait ses biens, qui revenaient a la femme. L’adultère, l’homme qui se rendait coupable de fornication avec une femme autre que la sienne, devait rendre h sa femme la dot que celle-ci lui avait apportée en mariage, lui donner en outre la moitié de ses biens et être mis en prison pour la vie ou banni à perpétuité du royaume. Le divorce était permis pour cause d’abandon, de longue absence non motivée, d’antipathie de caractères ou de mauvais traitements de l’un ou l’autre des deux époux.

A la fin du règne d'Édouard VI , les doctrines et le culte protestants étaient complètement établis. Dans la capitale ainsi que dans d’autres grandes villes et même dans quelques-uns des comtés qui étaient le plus rapprochés de Londres et qui en conséquence étaient le plus exposés à l’influence de l’innovation, la foi nouvelle était adoptée par la majorité des classes inferieures. Toutefois, le règne de Marie fit plus encore que celui d’Edouard, pour l’établissement du protestantisme. Les penchants bien connus

de cette princesse pour le catholicisme ne. servent en effet qu’ià exciter l’énergie des prédicateurs protestants.

John Knox, l’un d’eux, nous dit que dans un sermon qu'il prêcha à Amersliain , dans le Buckingharnshire , en présence d’une grande assemblée , il fit une violente sortie contre Marie, et eignitsous les couleurs les plussomres les malheurs qui menaçaient l’Angleterre si cette princesse ‘montait sur le trône. Ridiey, pendant le court règne de la malheureuse Jeanne , déclama à Paul Cross de la même manière contre cette princesse.

.Marie, durant la première année de son règne, rétablit à l’égard de la religion tout ce que son frère avait renversé, et détruisit tout cequ’il avait élevé. Le premier parlement qu’elle assembla (octobre 1553) abolit par un seul statut tous les actes du dernier régne relatifs au sacrement qui devait être administré au peuple sous les deux espèces , à l’élection des évêques, à l’uniformité du culte public , au mariage des prêtres, à l’abolition des missels et des images , à l’observance de.s dimanches et des jours de fête , et ordonna que le service divin serait célébré comme dans la dernière année du règne de Henri VIIL

Dans le même temps les évêques protestants, repoussés de la chambre des lords, étaient privés de leurs sièges épiscopaux ; Ridiey et Cranmer étaient envoyés à la Tour, tandis que-Gardiner, Bonnet, Tunstall, Day et Heath, tous dévoués au culte catholique, étaient rétablis dans leurs évêchés. L’arrivée du cardinal Pôle en Angleterre, comme légat du pape (1554), donna une impulsion nouvelle à la réaction. Le parlement rétablit tous les anciens statuts contre l'hérésie; il rapporta tous ceux qui avaient été faits contre le siège apostolique de Rome , depuis la vingtième année du règne de Henri VIII, et rendit au clergé tout les biens dont il avait été dépouillé sous ce règne.

Alors commencèrent ces terribles persécutions qui ensanglantèrent la

PÉRIODE DES TÜDORS.

règne de Marie, et qui ont attaché à son nom l’épithète lugubre de « sanguinaire. » (Blooiiy Mary). John Rogers est celui qui figure en tête de fa liste des victimes. U fut brûlé à SniithUeld le 4 février 1555. Le 9 (lu même mois , l’évéque Hooper était brûlé à Glocester et le docteur Taylor àHadleigh. Dans la même année, Ferrar, évêque de Saint-David, fut brûlé à Caermarthen,.et Latiiner et Ridiey à Oxford.

L’historien Lingard nous trace le portrait suivant de ces deux illustres réformateurs : >t Ridiey était né à Welmonsswick; il avait étudié à Cambridge, à Paris, à Louvain, et à son retour en Angleterre il avait obtenu un bénéfice ecclésiastique par la faveur de Cranmer (1529). Durant le règne de Henri il imita son patron en .se conformant aux caprices théologiques du monarque; mais à l’avénement d’Édouard, il déclara ouvertement ses sentiments, et fut d'un grand secours au métropolitain. On récompensa ses services en lui donnant l’évêché de Rochester (1547) et celui de Londres quand Bonner fut déposé.

On le reconnaissait unanimement comme supérieur par ses connaissances aux autres prélats réformés; et son refus de se prévaloir de la permission de se marier, quoiqu’il ne désapprouvât pas le mariage dans les autres , ajouta à sa réputation. Malheureusement, son zèle pour les nouvelles doctrines le porta à soutenir les projets ambitieux de Northumberland; et ses célèbres sermons contre les prétentions de Marie et d’Élisabeth fournirent un rclexte suffisant pour le faire enfermer

la Tour. Il eut la faiblesse de trahir sa conscience en se conformant à l'ancienne croyance; mais la plume de Bradford le punit sévèrement de son apostasie; et Ridiey, par son prompt repentir et ses résolutions subséquentes, consola et édifia ses frères affligés.

« Latimer, au commencement de sa carrière, déploya peu de cette énergie de caractère et de cette opiniâtreté d’opinion qu’on devait s'attendre à

trouver dans un homme qui aspirait aux palmes du martyre. Il s’attira l’attention publique par la véhémence de ses déclamations contre Mélanchton et les réformés d’Allemagne.

Alors il devint iui-méme leur disciple et leur défenseur; et ensuite il renonça publiquement à leurs doctrines par, ordre du cardinal Wolsey. Deux ans ne s’étaient pas encore écoulés (1529) qu’il fut obligé d’affirmer de nouveau ce qu’il avait abjuré. L’prchevéque l’excommunia pour obstination, et une abjuration tardive et à regret le sauva de l’échafaud ( 1541 ). Il revint encore à ses anciennes opinions, mais il en appela des évêques au roi. Henri rejeta son appel, et Latimer à genoux ( 1532) reconnut son erreur, sollicita le pardon de la convocation et promit de s’amender. Il avait cependant de puissants aenis à la cour, Buth, médecin du roi ; Cromwell , vicaire général , et la reine Anne de Boleyn. Henri l’entendit prêcher, et prenant plaisir à la grossièreté, de ses invectives contre l’autorité du pape, il luidounal’évêchédeWorcester (1535). Il eutsoin , dans celte situation, de ne pas se compromettre par un aveu trop positif de ses opinions; mais la discussion des six articles mit sonorthodoxii; à l’épreuve (1539), et, comme Cranmer, il se hasarda à s’opposer à cette doctrine. Mais il n’eut pas comme celui qu’il imitait le bonheur d’endormir les soupçons de Henri. Il perdit son évêché, tut enfermé à la Tour, et nonobstant sa soumission aujugement supérieur de Henri, on le laissa languir en prison jusqu’à la mort du roi.

L’avénement d’Édouard lui rendit la liberté et le rappela à la cour (1547). Comme prédicateur du monarque enfant, il s’emporta avec une apparente égalité d’énergie contre les vices de toutes les classes, déclama avec beaucoup de violence contre les abus qui déshonoraient la nouvelle église, et peignit sous les couleurs les plus hideuses et les plus burlesques les pratiques de l’ancien culte.

Son éloquence était vigoureuse^ et véhémente, mais il n’employait (ju’un

langage caustique et grossier qu’il assaisonnait de traits atfectés, de gestes abjects et de bouffonneries. Toutefois, telle qu’elle était, elle satisfaisait lecodt de ses auditeurs, et les enfants meme dans les rues, quand il se rendait au prêche, s’attachaient à ses pas en criant : « Frappez ferme, père Latimer; point de ménagement. » Mais comme Ridley, Latimer eut le mal.

heur d’abandonner les discussions tbéniogiques pour la politique. Sous le règne d’Édouard, il traita en chaire de la question délicate de la succession , et avança qu’il vaudrait mieux que Dieu enlevât les princesses Marie et Élisabeth que de mettre en danger l’existence de l’église réformée par leurs mariages avec des étrangers. Le même zèle le poussa à commettre une imprudence de la même nature au commencement du règne de Marie , et par ordre du conseil on l’emprisonna sur l’accusation de sédition. »

Le nombre des exécutions religieuses s’éleva dans le cours de cette année (15-55) à soixante-onze. Douze eurent lieu dans le Middlesex ; quinze dans le comté d’Essex, et dix-huit dans celui de Kent. L’année suivante, le nouibre des martyrs fut de quatre-vingt-neuf. Seize de ces exécutions eurent lieu dans le Middlesex; vingt et une dans l’Essex, sept dans le Kent, dix dans. le Sussexet huitdansleSuffolk ; au nombre des victimes était Cramuer. llfut brûlé à Oxford ,1e 21 mars, après avoir signé de sa propre main sa renonciation aux doctrines qu’il avait cherché à propager avec tant d’ardeur. Quatrevingt-huitautres victimes périrentdans les flammes en 1557 ; en 1558 il y en eut quarante autres ; ce qui porte le nombre des personnes qui périrent sur le bûcher à deux cent-quatrevingt-huit. Speed évalue ce nombre .à deux cenl-soixante-dix-sept seulement, et classe les victimes de la manière suivante : cinq évêques, vingt et un ecclésiastiques, huit gentilshommes , quatre-vingt-([uatre ouvriers , cent laboureurs, viiigt-six femmes mariées, vingt veuves, neuf jeunes filles, deux

jeunes garçons et deux enfants à la mamelle. « L’un de ces deux enfants, dit-il, fut frappé de verges jusqu’à la mort par l’évêque Bonner lui-même; et l'autre, qui sortait des flancs de sa mère, au moment où les flammes allaient l’atteindre, fut rejeté par lui dans le bûcher. »Un grand nombre d’autres personnes périrent dans les prisons. Lord Burghiey évalue ce nombre à plus de cent.

Beaucoup de protestants anglais prévoyant la tempête qui les menaçaient , cherchèrent à s’y soustraire par la fuite. Plus de huit cents personnes quittèrent l’Angleterre aans la première partie de ce règne , et se réfugièrentà Francfort, à Strasbourg, à Zurich et à Genève. Parmi les principaux personnages de cette émigration citons sir Francis Knollys, qui plus tard devint vice-chambellan de la reine Élisabeth; sir John Cheke, sir Anthony Cook; Poynet, qui fut fait évêque de Winchester; Grindal, qui , après avoir été créé successivement évêque de Londres et archevêque d’York, fut élevé à l’archevêché de Cantorbery; Sandys, qui succéda à Grindal dans l’archevêché d’Y ork après avoir occupé successivement les sièges deAVorcesteret de Londres; Raie, évêque d’Ossorv , qui publia de nombreux ouvrages théologiques, biographiques et dramatiques; Pilkington, qui devint évêque de Durham; Bentham, qui devint évêque de Lichlield ; Seory, qui devint évêque de Chichester et fut fait ensuite évêque de Hereford ; Young, qui fut fait successivement évêque de Saint-David et archevêque d’York ; Cox , qui devint évêque d’Elv; Jewel, qui devint évêque de Salisbury; Coverdale, le fameux traducteur de la Bible, qui fut fait évêque d’Exeter; Horn, doyen de Durham; Knox , le grand réformateur écossais; Fox, le martyrologiste , et un gr.ind nombre d’autres personnages distingués.

.Mais ces violences ne firent qu’accroître le zèle des réformateurs protestants. Élisabeth , en montant sur le trône, trouva parmi ses sujets

PÉRIODE DES TÜDORS.

des tendances au protestantisme tellement prononcées quelle résolut de favoriser cette religion. Il est vrai que ia reine penchait naturellement pour le protestantisme. « Dès son enfance, nous dit Burnet, elle avait été élevée dans la haine du catholicisme. > Cependant, comme les premières impressions qu’elles avait reçues étaient eu faveur des anciens rites religieux , que par nature elle aimait l’éclat et ja magnificence, elle aurait voulu conserver les images dans les églises et les cérémonies du culte catholi-

?ue. Aussi lorsqu’à son avènement , e peuple de plusieurs villes commença à dematider le rétablissement du service tel qu’il avait été ordonné sous le règne d’Édouard VI, et à renverser les images, elle rendit une ordonnance en vertu de laquelle certaines parties du culte divin devaient être lues en anglàis; elle défendait en outre l'élévation de l’hostie ; mais à cela se bornèrent pour le moment toutes les innovations qu’elle voulut permettre. Lorsqu’elle réunit pour la première fois son parlement, elle ne prit même pas le titre de chef suprême de l’église.

Cependant tout était déjà concerté dans le sein du conseil pour le rétablissement de l’église réformée. En 15-S9, le parlement rétablit tous les statuts du règne de Henri Vlll , qui avaient été rapportés dans le dernier règne, contre la juridiction et les exactions de la cour de Home , ainsi que le statut du règne d'Édouard VI, qui ordonnait que la communion serait atiministrée sous les deux espèces aux laïques. Le même parlement rapporta les anciens statuts contre l’hérésie, que Marie avait remis en vigueur; il déclara que le serment qui donnait à la couronne la suprématie sur l'église serait déféré aux membres du clergé, et que ceux-ci seraient tenus, sous peine de perdre leurs bénéfices, de prêter ce serment; il vota le rétablissement du livre des prières intitulé : u Le livre du roi Édouard » avec certaines additions pour l’usage public, et rendit à la couronne les

annates et lesdtroes. Il fut proposé ensuite un bill qui avait pour objet de restituer aux ecclésiastiques mariés les bénéfices dont ils avaient été. pri'és sous le dernier règne; mais Élisabeth avait une antipathie profonde pour le mariage des lîrêtrcs. Quelque temps après, le parlement ordonna que le serment de suprématie serait déféré aux évêques; mais tous, à l'exception d’un seul, se refusèrent à le prêter.

Les noms de ces fonctionnaires ecclésiastiques nous ont été conservés.

C’étaient Heath. archevêque d'York ; Bonner, évêque de Londres; Thirleby, évêque d’Ely; Bourn, évê.jue de Bath et de Wells; Bain, évê(|ue de Lichlield ; White , évêque de Winchester; Watson, évêque de Lincoln ; Oglethorpe, évêque deCarlisIe; Turberville, évêque d’Exeter; Pool, évêque de Peterborough ; Scot , évêque de Chester; Pâtes, évêque de Worcester; Goldwell, évêque de Saint- .-tsaph; Tunstall , évêque de Durham; et trois évêques nouvellement élus; Il n’y eut qu’un évêque qui consentit à prêter le serment exigé; c’était Kitchen, de Saint-.4saph, vicaire de Bray. De cette manière, tous les sièges épiscopaux devinrent tout d’un coup vacants. Les prélats qui venaient d’être privés de leurs sièges furent envoyés en prison; ce[>endant au bout de quelque temps ils recouvrèrent la liberté , et la plupart d'entre eux passèrent le reste de leurs jours paisiblement en Angleterre. Meath resta dans sa propre maison à Surrey, où il recevait quelquefois la visite de la reine. Tunstall et riiirleby résidèrent avec l’archevêque Parker, dans Lambelh. Quelquesuns émigrèrent sur le continent.

On fit alors de grands préparatifs pour faire une inspection générale du clergé. A cette occasiop) la reine Élisabeth rendit plusieurs ordonnances.

L’une abolissait les images. A l’égard du mariage du clergé, il futdéclareque de grands désordres étant résultés de certains mariages contractés par des prêtres, sous le règne d’Édouard VI, il ne serait permis a aucun prêtre ou diacre de se marier sans une permis^

sion spéciale de l’évêque du diocèse et de deux juges de paix , et sans avoir obtenu leconsenteinent des parents de la lille demandée en mariage. On recommanda aux membres du clergé de porter le costume dont ils étaient revêtus dans la dernière partie du règne d’Édouard VI. Les personnes ui n'allaient pas à l’église devaient tre dénoncées au prône. Aucun livre ne pouvait être itnprimé on publié sans une permission , qui était donnée par la reine ou par six membres de son conseil privé. La permission pouvait / encore être accordée par des commisues ou par deux évêque de Londres, Jeux universités, et par l’évêque et l’arcliidiacre de l’endroit où le livre devait être imprimé.

Sur neuf mille quatre cents personnes qui occupaient des fonctions ecclésiastiques en Angleterre, il n’y en eut qu’un petit nombre qui résignèrent leurs fonctions pour ne point accepter le nouvel ordre de choses. Ce nombre , indépendamment des ecclésiastiques dont nous avons donné les noms , se composait de six abbés , douze doyens , douze archidiacres, quinze chefs de collège , cinquante prébendaires et quatre-vingts recteurs. Ainsi , après cette nouvelle révolution, le clergé paroissial resta le même qu’auparavant,et le corps entier du clergé passa d’une croyance à l’autre avec la plus grande facilité, comme si sa conscience n’edt eu rien à voir dans cette affaire.

Le rétablissement de l’église réformée sous le règne d’Élisabeth était complet en 15(12 , époque où l’on publia les articles de la religion-, qui avaient été revus par les évêques et approuvés par eux. L’adhésion à ces articles n’était cependant point encore strictement exigée, mais en 1571 une nouvelle révision ayant eu lieu , elle devint obligatoire.

Il parut sous ce règne une nouvelle traduction de la bible. Depuis la grande bible de Cranmer, Coverdale et d’antres , qui s’étaient établis à Genève, avaient employé leur temps

saires ecclésiastiq archevêques; pari’ leschaneeliersdes i

d’exil , sous le règne de Marie, à préparer une nouvelle version anglaise du saint livre. Cette bible, imprimée à Genève en 1560, devint la bible favorite des puritains d’Angleterre et des presbytériens d’Écosse, jusqu’au règne de Jacques 1"', qui en autorisa la traduction. De nouvelles éditions de la bible de Cranmer parurent eu 1562 et en 1566; mais leur inexactitude ayant soulevé de nombreuses plaintes , l’archevêque Parker conçut le projet de faire une nouvelle traduction , et il conlia ce travail à plusieurs évêques et à d’autres savants de l’église.

Grindal, bentham, Sandys, Horn , Cox et G oodman, s’occupèrent de cette traduction , qui parut pour la première fois en 1568 , et reç-ut le nom « de bible de Parker ou bible de l’Élvêque. » Une seconde édition , qui parut en 1572 , resta en usage jusqu^au moment où l’on publia celle qui existe aujourd’hui.

Dans le même temps , des efforts étaient tentés pour convertir au protestantisme ceux qui restaient encore attachés à la foi ancienne. La législature venant en aide au clergé nouveau , publia une série de statuts contre les catholiques. Les deux premiers parurent en 1559. L’un avait pour titre : « Statut qui rend à la couronne l’ancienne juridiction sur les affaires ecclésiasti(|ues et spirituelles et qui abolit toute iniluence étrangère relativemeutàcettejuridiction ; » il ordonnait que le serment de suprématie serait déféré à toute personne ayant un emploi , et appartenant soitâ l’ordre ecclésiastique , soit à l’ordre civil ou militaire, ainsi qu’à toutes les personnes qui occuperaient des places dans les universités ou qui réclameraient la protection des lois devant les tribunaux. Ce statut ordonnait que ceux qui ne prêteraient pas le serment exigé seraient privés de leurs fonctions. Les écrits contre la suprématie rendaient leur auteur passible pour la première fois de la confiscation de ses biens; pour la seconde , des peines portées par l’acte de præinunire ; par la troisième, le cou-

PÉRIODE DES TUDORS

pable était considéré comme passible des peines du crime de haute trahison.

Le second statut avait pour titre :

« Acte pour établir l’uniformité des prières et du service divin dans l’église, et régler l’administration des sacrements; » il déclarait que tous les ecclésiastiques qui refuseraient de se servir du livre des prières du règne d’Edouard VI seraient punis pour la première fois de la perte o’une année du produit de leurs bénéflces et de la prison durant six mois; pour la seconde, de la privation temporaire de leurs places et de la prison durant un an; pour la troisième, de la privation perpétuelle de leurs places et de la prison à vie. Toute personne convaincue d’avoir parlé contre ledit livre de prières et d’avoir cherché à introduire dans le service de l’église d’autres formes que celles qui étaient indiquées, était passiles d’une peine de cent marcs pour la première fois; de quatre cents marcs pour la seconde ; de la confiscation de ses biens et de la prison perpétuelle pour la troisième. Une amende d’un shilling était imposée à toute personne qui s’absentait sans motif valable de l’église de sa paroisse le dimanche ou tout autre jour de fête. En 1563 un nouveau statut étendjt les peines déterminées par les statuts précédents et leur donna plus de sévérité. La nouvelle loi déclarait que le serment de suprématie serait déféré non-seulement aux personnes qui étaient dans lesordres, maisencore à tous les maîtres d’école , aux hommes de loi, aux officiers des cours de justice et aux membres de la chambre des communes, et que le refus de

firestation entraînerait la peine de ’acte Aepræmunire pour la première offense et celle de haute trahison pour la seconde.

Dans l’année 1571 , après la révolte du comte de Northumberland, une nouvelle loi, dirigée principalement contre les catholiques, fut publiée au sujet de la trahison. On déclara coupables de haute trahison tous ceux qui imagineraient, inventeraient ou

A.SGLETERRC. — T. II.

machineraient quelque trame contre Élisabeth, soit pour attenter à ses jours, soit pour la déposer du trône, soit pour allumer la guerre contre elle, soit enfin pour exciter les puissances étrangères à envahir le royaume. Ceux qui reniaient le titre de la reine et affirmaient par des écrits ou par des paroles qu’elle était hérétique ou usurpatrice , étaient coupables au même chef. Un autre statut de la même année, qui fut provoqué par l'acte d’excommunication que le pape lança contre Élisabeth , déclarait crime de haute trahison , l’obtention et la mise en pratique des bulles de Rome , et passibles des peines de prxmunire ceux qui introduiraient dans le royaume des agnus Dei, des croix, des scapulaires , des chapelets et autres objets de ce genre. Pour empêcher les catholiques d’émigrer sur le continent, un autre acte défendit aux sujets de la reine de quitter le royaume sans une permission spéciale. Ceux qui ne retourneraient pas en Angleterre dans le délai de six mois après la proclamation devaient avoir tous leurs biens confisqués pour la vie. Les lois pénalesdirigées contre le catholicisme et la propagation de cette religion devinrent plus sévères encore en 1581 . Une loi rendue dans le cours de cette année déclara coupable de' trahison toute personne qui prétendrait absoudre les sujets du royaume de leur désobéissance à la reine ou qui chercherait à leur faire embrasser le culte catholique. Toute personne convaincue d’avoir dit la messe était punissable d’une année d’empri.sonnement et d’une amende de deux cents marcs. Ceux qui y avaient assisté étaient punis d’une amende de cent marcs et d’un emprisonnement de la même durée; et ceux qui étaient convaincus de négligence à assister le dimanche au service du culte établi , étaient passibles de l’amende monstrueuse de vingt livres sterling par mois. Quatre ans après, le parlement rendit un autre acte par lequel les jésuites, les prêtres des séminaires et d’autres personnes ayant reçu les or- . le

dres catholiques, étaient déclarés traîtres s’ils ne prêtaient point le serment de suprématie. l>e même acte dénonçait comme félons ceux qui recevraient chez eux des prêtres catholiques , déclarait que les personnes qui envoyaient au dehors de l’argent aux jésuites ou aux prêtres, étaient passibles de l'acte de præ/nuntre. Il était défendu, en outre, aux parents d’envoyer leurs enfants au dehors pour y être instruits, sans une permission de Sa Majesté, sous peiue de cent livres sterling d’amende.

Les catholiques firent de vives réclamations contre ces mesures , mais on n'en tint aucun compte. Le parlement rendit, au contraire, un acte qui avait pour objet d’augmenter encore la sévérité des peines portées contre eux (1587). Ainsi l’amende de vingt livres sterling par mois qu'encouraient ceux qui négligeaient le service du culte établi, fut prelevée pour ceux qui opposaient leur pauvreté à cette mesure fiscale, sur leurs biens fonciers jusqu’à concurrence des deux tiers de leurs terres, et sur tous leurs meubles ou marchandises qui pouvaient être saisis. Le dernier acte publié contre les catholiques sous le règne d’Élisabeth (1593) déclarait que toute personne absente et âgée de plus de seize ans, convaincue de papisme , serait obligée dans le délai de quarante jours de revenir à son domicile, pour y demeurer et n’en point sortir sans une permission écrite de l’évêque du diocèse ou du lieutenant député du comté. Dans le cas où elle irait à cinq milles de distance , elle encourait la peine de la confiscation de ses marcliandises et de ses terres pendant sa vie.

Les puritains étaient comme les catholiques l’objet de rigueurs excessives. Parker, l'un de leurs ennemis les plus acharnés, mourut et laissa le siège deCantorberyàGrindal, qui par inclination aurait voulu les ménager. Mais les circonstances n'étaient point favorables aumodérantisme, et cédant à l’esprit ardent de quelques de ses collègues, il poursuivit avec une grande

violence les principes puritains, au lieu de donner cours à ses dispositions de clémence envers la nouvelle secte. Il y avait deux ans qu’il était primat, lorsqu’il s’avisa d’écrire à la reine pour l’engager à adopter des mesures plus douces ; la reine répondit à sa lettre par un ordre émané de la chambre étoilée, qui lui enjoignait de rester prisonnier dans son palais et le suspendait de ses fonctions archiépiscopales. Cette suspension dura cinq ans.

des rigueurs furent favorables au développement du puritanisme. La chainbre des communes qui s’assembla en 1581 était presque entièrement puritaine. Elle ouvrit la session en votant une mesure par laquelle ses memhresdevaient, le second dimanche suivant, se réunir en corpsdaiis l’église du temple, pour y entendre une prédication et faire leurs prières en commun, afin de demander à Dieu l’assistance de ses conseils dans toutes leurs délibérations. Cette mesure sans précédents porta ombrage à la reine; dès qu’elle en fut informée, elle envoya llatton , son vice-chambellan , avec un message adressé aux communes; « Elleétait fort étonnée, disaitelle dans ce message , que la chambre eût été assez hardie pour adopter une innovation de cette nature, sans sa participation et sans que son bon plaisir eût préalablement été consulté. » La chambre répondit en votant une motion par laquelle elle reconnaissait qu’elle avait commis une offense envers la reine; elledemandait humblement pardon, et déclarait qu’elle ne commettrait plus la même faute à l’avenir.

Ce fut en 1581 que la législature rendit le statut qui condamnait à une amende de vingt livres sterling par mois tous ceux qui seraient convaincus de n’avoir point assisté au service divin. Un autre acte fut publié à la même époque , avec ce titre ; « Acte destiné a réprimer les paroles et les bruits séditieux prononcés contre Sa Majesté la reine. » Ces deux bills étaient principalement dirigés cou-

PÉRIODE DES TU DORS

tre la secte puritaine; le dernier unissait du pilori et de la perte des eux oreilles toute personne convaincue d’avoir proféré des paroles séditieuses contre Sa Majesté. Ceux qui répétaient dans le public ces proies, étaient punis du pilori et de la perte d'une oreille. Les auteurs d'écrits , de lettres, de ballades , dans lesquels on parlait en inal de la reine et où l’on faisait des prophéties sur la durée de sa vie, étaient censés avoir commis un crime capital et devaient être jugés comme tels. Un grand nombre de puritains furent mis à mort pour avoir publié de pareils écrits.

L’arebevéque Grindal mourut eu 1583, et le docteur Whitgift, l’antagoniste de Cartwright. lui succéda à la primatie. Wbitgift, quelques semaines après avoir été élevé aux fonctions d’archevêque , suspendit un graud nombre de membres du clergé qui ne voulaient point adopter une nouvelle série d’articles ainsi que le règlement qu’il avait Jugé convenable de proclamer. 11 engagea ensuite la reine à nommer une nouvelle commission ecclésiastique et à l’investir de pouvoirs extraonlinaires pour punir les délinquants spirituels. Cettecomniission rendit plusieurs ordonnances qui déterminaient les crimes ecclésiastiques et les peines dont ils étaient passibles. Les articles étaient au nombre de vingt-quatre. Leur sévérité frappa d’étonnement Cecil lui-même :

« j'ai lu vos vingt-quatre articles, disait-il dans une lettre à l’archevêque, et Je les ai trouvés élaborés avec tant de soin , qu’il me semble que l’inquisition d’Espagne ne ferait pas mieux pour tendre des pièges à ceux qu’elle veut atteindre. » Un statut passé en 1592 déclara que toute personne au-dessus de seize ans qui pendant un mois se refuserait à suivre le service divin de l’église établie ou qui chercherait a persuader à d’autres que l’autorité o^e la reine en matière ecclésiastique n’était point fondée, serait envoyée en prison pour y rester jusqu’au Jour où elle ferait sa soumission ; que les délinquants

qui dans le délai de trois mois ne feraient pas leur soumission , seraient obligés de quitter le royaume et, seraient mis a mort s’ils y revenaient, comme atteints de félonie.

Les puritains modérés parvinrent à se soustraire à ce statut atroce en allant à l’église lorsque les prières étaient presque finies et en recevant le sacrement de la communion dans les églises où il était administré avec une certaine liberté. Mais le statut frappa d'une manière vigoureuse une autre secte dont les principes n’admettaient aucune concession de cette nature. Cette secte était celle des brownistes, qui plus tard prirent le nom d’indépendants. Elle formait une brandie des puritains. Son fondateur était Robert Brown, prédicateur du diocèse de Norwich, qui était, disait-on, proche parent de lord Bur-

e. » Lps brownistes, rapporte , voulaient une séparation totale de l’église, lis disaient que l'église d’Angleterre n’était point la véritable église , et que ses ministres n’étaient pas de véritables ministres; ils renonçaient à toute espèce de rapports avec elle. » Cette secte avait de nombreuses ramiGcations dans le royaume, et les persécutions auxquelles elle fut exposée ne firent qu’accroître le nombre de ses prosélytes. Raleigh déclara dans le parlement, à cette époque, qu’il n’y avait pas moins de vingt mille personnes appartenantà la sectedes indépendants dans le Norfolk, dans l’Essex et les environs de Londres seulement.

On voit paraître vers cette époque une autre secte de dissidents. C’est celle des anabaptistes. En 1575 , vingtsept anabaptistes allemands furent arrêtés à Londres et traduits devant la cour ecclésiastique. On les accusait d’avoir dit que le Christ n’était pas né de la substance de la Vierge ; que les enfants nés de parents fidèles à la religion devaient être rebaptisés; qu'aucun chrétien ne devait être magistrat ; qu’il n’était point légal pour un chrétien de prêter serment. Quatre d’entre eux consentirent à abjurer ces

opinions. Les autres ayant persisté dans leur croyance, furent condamnés à mort.

« A partir de 1597 jusqu’à la mort de la reine, il y eut, dit Neal, une sorte de cessation d’hostilités entre l’église et les puritains. Les combattants étaient fatigués de la lutte et paraissaient disposés à attendre des temps meilleurs. On disait bien que les puritains étaient vaincus et que leur nombre avait diminué par la rigueur des lois énales prononcées contre eux. Rien e cela pourtant n’existait réellement ; car au commencement du régnejirécédant, le gouvernement avant voulu connaître leur nombre, Il vit qu’il s’était accru. Cette suspension d’hostilités avait une autre cause. La reine était alors avancée en âçe et tout indiquait qn’elle ne pouvait vivre longtemps. C’est pourquoi les évêques agissaient avec circonspection , dans la crainte où ils étaient que de terribles représailles ne fussent exercées contre eux ; tandis que les puritains restaient paisibles dans l’espoir d’un meilleur avenir, lorsque le changement prévu viendrait a s’opérer. »

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