POLITIQUE
8 I" — Situation des partis à l'avénement de Jacques l''. — Arrivée du roi à Londres. — Sa politique à i’égard des puissances étrangères Conspiration de Raleigh. — Haine de Jacques ^ur les puritains. — Conférence d’Hamplonconrt. — Rigueurs contre eux et les catholiques. — Opposition des communes à la couronne. — Portrait du roi et de ia relue. — Conspiration des poudres.
J acques trouvait une succession embarrassée à son avènement au trône.
L’état des nations étrangères n’était point rassurant pour le repos de l’Angleterre, bien que la paix eut été conclue. Au dedans la nation était mécontente par suite des actes oppressifs et de l’augmentation des impôts qui avaient signalé les dernières années du règne précédent. Les persécutions exercées contre les catholiques n’avaient point refroidi leur zèle. Leur nombres^était même accru par l’excès de ces rigueurs. On avait vu la majorité d’entre eux, opposant la ruse à la violence, ne se faire aucun scrupule de se conformer aux pratiques du nouveau culte, tandis que des prêtres catholiues parcouraient le pays , servaient e chapelains dans les familles, célébraient leurs rites à la faveur de la nuit, et que d’autres, jouant le rôle de prédicateurs protestants, fomentaient le feu de la discorde qui éclatait déjà dans le sein de la nouvelle église. De leur côté, les puritains avaient pris des mesures alarmantes pour le haut clergé. Ils avalent posé d’un commun accord les bases de leur gouvernement, composé, à l’instar de celui des presbytériens d’Écosse , de classes et de synodes , ou assem-
blées provinciales et générales. On disait qu’ils voulaient renverser l’épiscopat et toute la constitution ecclésiastique du royaume.
De plus les communes ne montraient point un dévouement aussi servile a la couronne qu’elles l’avaient fait sous les premiers Tudors. Déjà elles avaient établi leur privilège de statuer sur toutes les contestations en matière d’élections, contestations qui jusquelà avaient toujours été soumises à la décision de la chancellerie; et leurs jalousies, au sujet de leurs droits, avaient éclaté dans plusieurs démêlés qu’elles avaient eus avec la chambre haute. L’exclusion de la ligne écossaise par le testament de Henri VIII jetait aussi quelques doutes dans les esprits sur la légitimité des droits de Jacques à la succession ; on croyait généralement qu’il rencontrerait des adversaires redoutables parmi les nobles dont les mains étaient teintes du sang de sa mère. La jalousie des ecclésiastiques , qui devaient redouter l’accession d’un prince nourri des doctrines de Calvin, enfin les intrigues auxquelles les catholiques, intéressés a chercher dans Jacques un protecteur contre les lois pénales rendues contée eux, ne manqueraient pas de se livrer, excitaient aussi les alarmes de la nation.
Tels étaient la situation de l’Angleterre et l'état des esprits à la mort d’Élisabeth.
Sir Robert Carey, qui était à l’affôt de la nouvelle, partit pour l’Écosse, afin d’être le premier à saluer, comme roi d’Angleterre, Jacques Stuar. Carey arriva à Édimbourg quatre jours avant les messagers que le conseil privé avait dépêchés au roi à cette
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occasion. Mais Jacques voulut t^ue la grande nouvelle fut tenue secrete jusqu’au moment où elle lui parviendrait de Londres d’une maniéré officielle. Pendant ce temps-là Cécil, Nottinghaiii, Égertonet d’autres ministres réaigeaieiitdans la chambre du conseil une proclamation pour annoncer à la nation la mort de la reine et l’avénement au trdne de son successeur Jacques premier. La proclamation fut faite au son des trompettes dans l’enceinte de la Tour, et dans Cheapside par trois hérauts. Cécil et ses collègues ordonnèrent ensuite de nombreuses arrestations pour s’assurer de la tranquillité publique; ainsi en deux jours, huit cents personnes suspectes furent arrêtées à Londres et envoyées sur les vaisseaux de la flotte.
Jacques était alors si pauvre , que pour commencer son voyage il fut obligé de demander de l’argent à Cécil.
Le nouveau roi auraitvoulu que les diamants de la couronne d’Angleterre fussent donnés à la reine son épouse ; mais le conseil ne jugea pas convenable de faire droit à cette demande. Le 6 avril 1603, il se mit en route pour Bcrwick, où il arriva après un court voyage. Il écrivit aussitôt aux membres du conseil privé à Londres pour les remercier de l’argent qu’ils lui avaient envoyé et leur dire qu’il mettrait autant de diligence aans son voyage que possible, mais qu’il avait l’intention de s’arrêter quelques jours dans la ville d’York et de faire dans cette ville une entrée solennelle. Il demandait aux lords du conseil s’il était nécessaire qu’il assistât aux funérailles de la reine Élisabeth, dont le corps n’avait point encore reçu les honneurs funèbres. Cécil et ses 'collègues comprirent les intentions secrètes du nouveau roi, et firent hâter cette cérémonie.
Jacques nourrissait au fond du cœur une vive antipathie contre Élisabeth. <> Il était si profondément pénétré, nous dit Lingard, des outra- -ges qu’elle avait prodigués à sa mère et à lui-même, qu'il ne pouvait souffrir qu’on prononçât son nom , sans
donner des signes de mécontentement et de déplaisir. Il affectait de ne parler de ses talents qu’avec mépris et de ses mœurs qu’avec reproche. On s’était attendu à ce qu’il eût honoré ses funérailles de sa présence ; mais le conseil lui épargna cette mortification ; il pourvut à l’inhumation de la reine. L’absence du roi fut cependant suppléée par une réunion volontaire de quinze cents personnes en grand deuil qui , en témoignage de respect pour la mémoire d’Élisabeth, suivirent ses dépouilles mortelles jusqu’à l’abbaye de Westminster, oiu elles furent déposées dans la chapelle de Henri VIII. »
Jacques demandait par la même lettre de nouveaux fonds, ainsi que l’envoi d’un lord chambellan dont il disait avoir grand besoin. Le roi voyageait à petites journées, malgré la promesse qu’il avaitdonnéed’arriver promptement; sept jours après son départ de Berwick il n’était encore qu’à Newcastle. 11 écrivit de celte ville une autre lettre à Cécil par laquelle il lui recommandait défaire frapper diverses pièces d’or et d’argent et lui donnait des instructions très-détaillées sur l’efligie et l’exergue que ces pièces devaient avoir. L’une d’elles devait porter ces mots : Exsurgaf Deus ; dissipeniur inimici (que Dieu soit loué ; que les ennemis soient mis en fuite). Sur l’autre côté on devait frapper la tête du roi et lire cette inscription iJacoôMsDei gratià, /ingliæ, Scotiæ, Franciæ et Ibernix rex (Jacques, par la grâce de Dieu, roi d’Angleterre , d’ Écosse, de France et d’Irlande). Le 15 avril, Jacques s’arrêta dans la demeure de sir William Ingleby, à Toucliff, et écrivit de cet endroit une nouvelles lettre aux membres du conseil pour se plaindre de ce qu’on ne lui envoyait point les joyaux de la couronne. Il passa trois jours à York où il trouva Cécil, qui était venu à sa rencontre et avec lequel il eut une conférence secrète. A Newarck sur la Trent, il donna au peuple un avantgoût du penchant qu’il avait pour le gouvernement arbitraire. Un escroc
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fut découvert et fut arrêté au milieu de la foule ; cet homme, sur lequel on trouva beaucoup d’argent, fut interrogé et déclara qu’ayant suivi la cour depuis Berwick jusqu'à Newark, il avait dévalisé de leur bourse plusieurs personnes. Le roi ordonna aussitôt que le coupable fût pendu , et l'exécution eut lieu sans autre jugement.
Jacques conférait avec profusion sur sou passage les honneurs de la chevalerie. Avant de quitter l’Ecosse, il avait fait chevalier le Qls du lieutenant de la Tour de Londres; à Berwick il nomma deux autres chevaliers; à ’tVidringtoii, il en créa onze ; à York, trente et un ; à Workshop dans le Nottinghamshire, dix-huit ; au château de Newark, huit ; sur la route de Newark au château de Belvoir, quatre; au château de Belvoir, quarante-cinq; à Théobald, résidence de Cécil, vingthuit. Dans oe lieu il rencontra tous les lords du conseil de la reine Élisabeth , qui lui présentèrent leurs hommages et s’agenouillèrent devant lui.
Le flot des courtisans et des chercheurs de places ne cessa plus de grossir jusqu’à son entrée dans la capitale. Le grand Bacon, le plus grand savant, mais le plus méprisable des hommes de son époque, figurait dans le nombre des flatteurs qui vinrent à Théobald pour faire leur cour au roi. Cécil était le plus empressé de ces courtisans. Jaloux du comte de Northumberland, de lord Grey, de lord Cobham et de l’ambitieux Raleigh, qu’il voulait renverser, le ministre de la reine Élisabeth eut des conférences secrètes avec le nouveau roi, et bientôt l’un et l’autre parvinrent à s’entendre. Northumberland, qui avait engagé Bacon à venir fêter le roi, reçut la promesse de participer aux faveurs royales; mais Cobham, Grey et Raleigh furent immédiatement écartés. Cécil ainsi que Nottingham, Henri et Thomas Howard, Buckhurst, Mountjoy et Egertou restèreutau ministère. Jacques leur adjoignit cinq lards écossais et son secrétaire Elphinstone. Ces nominations
causèrent un vif mécontentement dans le sein du conseil.
Le 7 mai , Jacques arrivait à Stansford-Hiil , où il trouva le lord-maire et les aldermen de Londres qui étaient venus à sa rencontre; le même jour il fit son entrée à Londres; il s’y était fait précéder par une proclamation dans laquelle il faisait de pompeuses promesses. Il se rendit ensuite à la Tour , où il créa de nouveaux chevaliers. De la Tour il alla à Greenwich, où il en créa également. Dans son voyage d’Edimbourg à Londres, le roi avait conféré le titre de chevalier à deux cents individus; la liste s’en accrut encore; et après un séjour de trois mois à Londres le nombre s’en éleva à sept cents. Jacques prodiguait avec la même profusion les honneurs de la pairie anglaise, auxquels Éli.sabetn attachait un si grand prix ; il fit, à l’occasion de son arrivée à Londres , quatre comtes et neuf barons.
Au nombre de ces derniers était Cécil, qui devint lord Cécil , puis vicomte Cranborne et finalement comte de Salisbury. Ensuite le roi éleva aux honneurs de la pairie anglaise un grand nombre de personnages écossais qui avaient suivi sa cour. Ces diverses nominations, et principalement la profusion avec laquelle elles furent faites, excitèrent un grand mécontentement dans les classes nobles du
royaume.
Mais tout semblait présagerun règne malheureux. Quoiqu'on fût au cœur de l'été, le temps était sombre et pluvieux ; d’un autre côté la peste faisait des ravages considérables dans la cité de Londres et dans ses faubourgs. De grands préparatifs eurent lieu néanmoins pour le couronnement du roi et delà reine; mais il fut défendu au
peuple par une proclamation d’assister a cette cérémonie, dans la crainte que la contagion ne devint plus intense :
c’était une mesure de prudence ; car dans la semaine qui précéda cette cérémonie, 857 personnes avaient péri de la peste dans Londres et dans ses faubourgs Le couronnement
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eut lieu' le 25 juillet.' Quelques jours après, le roi ordonna de faire chaque jour des prières dans les églises et pratiquer un jeûne général tous les mercredis de chaque semaine pour demander à Dieu la cessation du fléau qui décimait les habitants.
Les ambassadeurs étrangers arrivaient en ce moment à Londres pour féliciter Jacques de son avènement au trône, et pour y soutenir les intérêts de leurs cours respectives. La première ambassade qui vint en Angleterre à cette occasion fut celle des états de Hollande et des Provinces-Unies , qui avaient alors le plus grand besoin de l’assistance de l'Angleterre. Elle se composait de Frédéric, prince de Nassau , fils du prince d’ürange . et de Vaick, Barnevelt et Brederode, hommes distingués par l’étendue de leurs connaissances politiques. 1.3 seconde avait pour représentant le comte d’Aremberg ; le comte venait à la cour d’Angleterre avec le titre d’ambassadeur de l’archiduc d’Autriche et comme agent indirect de toute la famille espagnole. La cour d’Autriche désirait gagner les bonnes grâces de Jacques et empêcher qu’il ne prêtât son appui aux Hollandais que soutenait Henri IV, roi de France. Deux jours après l’arrivée du comte d’Aremberg, Rosny, qui plus tard devint duc de Sully, arriva à Londres envoyé par Henri. La cour de France venait engager Jacques à faire cause commune avec elle pour soutenir les Hollandais contre l’Espagne. De longues et ténébreuses intrigues eurent lieu à cette occasion. Jacques , qui avait pour principe qu’un peuple, sous quelque prétexte que ce soit, ne doit pas prendre les armes contre ses gouvernants , était naturellement peu porté à soutenir les Hollandais; mais les manières engageantes de Rosny, et i’or que cet envoyé distribua aux courtisans et à la reine, triomphèrent de ces antipathies. Jacques fit un traité avec Henri IV, dans lequel il s’engageait à envoyer secrètement de l’argent aux états de Hollande , et à faire
la guerre à l’Espagne, si elle attaquait laFrance. Mais Jacques n’avaitaufond aucune idée de batailler avec ses voisins; au contraire, il était décidé à vivre enpaix,dûtl’honneur national en souffrir. Philippe lui ayant fait quelques ouvertures, il envoya bientôt a la cour d’Espagne un amoassadeur pour y négocier la paix. D’autres envoyés partirent pour le Danemark, la Pologne, l’Allemagne , la Toscane et Venise; et le roi dit à chacun d’eux , au moment du départ, qu’il désirait conserver la paix avec tout le monde.
Pendant que Jacques s’arrangeait ainsi avec les ambassadeurs étrangers, il se tramait déjà des complots contre sa personne. Sir Walter Kaleigh, qui avait conçu un vif dépit de la maniéré dont il avait été éconduit, nourrissait maintenant une haine profonde contre Cécil. Raleigh s’associa à lord Grey de Wilton et à lord Cobham, ainsi qu’au comtede Northumberland, qui comme lui étaient tombés en disgrâce. Tous les quatre commencèrent à intriguer secrètement avec Rosny et l’ambassadeur de France, qui avait reçu des instructions pour jeter des dissensions dans le cabinet anglais et renverser, s'il était possible, le pouvoir de Cécil. Mais Henri IV voyant Jacques disposé à écouter favorablement ses envoyés, abandonna les conspirateurs. Alors ceux-ci se tournèrent vers l’Espagne, qui leur donna des encouragements.
Dans le même temps, les puritains, dont le crédit et la force augmentaient chaque jour et qui dès'raient rétablissement d’une église presbytérienne semblable à celle que Knox et ses associés avaient fondée en Écosse, s’associaient aux catholiques qui demandaient le rétablissement complet de leur religion. Jacques , avant son avènement au trône , avait fait de grandes promessesaux catholiques; maïs à son arrivée à Londres, il s'était jeté dans les bras des protestants , qui l’avaient effrayé en exagérant les prétentions des catholiques et en lut mettant sous les yeux l’influence
qu’exercerait la cour de Rome sur les affaires de son gouvernement. Deux complots se formèrent à la fois ; l’un , le M AIN , le grand complot, était dirigé par Raleigh , Cobham, Grey de Wilton. Le second, le bye, le complot d’une nature inférieure, était conduit par sir GrifDn Markham et Georges Brooke, père de lord Cobham. Lord Grey de Wilton, qui était puritain, fut nommé chef du Bye ; il s’engagea à fournir cent hommes bien armés; lord Cobham et Raleigh, qui en connaissaient toutes les menées, n’y prirent point une part aussi directe. Le projet des conjurés était de s’emparer de la personne du roi et de le retenir prisonnier jusqu’à ce qu'il eût changé ses ministres, et qu’il eût accordé un pardon entier à tous les conspirateurs. Le 24 juin était le jour fixé pour mettre le complot à exécution. On devait se saisir du roi sur la route de Windsor; mais il n’y eut qu’une faible partie des conspirateurs qui se rendirent sur la route. Lord Grey et les cent hommes au’il avait promis de conduire avec lui n’y étaient point.
Quelques jours après, plusieurs arrestations importantes amenèrent la découverte du complot. Ce jour-là Raleigh était à Windsor et se promenait sur la terrasse avec sir Cécil. Cécil l’invita à se présenter devant les lords du conseil, qui étaient secrètementassemblés au château. Ralei^h s’étant rendu à cette invitation , se défendit mai. Cependant on lui permit de partir en liberté. Il paraît que Raleigh écrivit alors à Cobham pour le prévenir du danger dont il était menacé, et que sa lettre fut interceptée par Cécil. Cobham fut aussitôt appelé devant le conseil , et la lettre de Raleigh fut mise sous ses yeux. Alors Cobliam, se croyant trahi par son complice, découvrit tous les lifs de la conspiration.
Les deux conspirateurs furent aussitôt arrêtés et envoyés à la Tour, et quelques mois après, leur procès commença ainsi que celui des personnes qui avaient été arrêtées avant eux et qui avaient donné des indices sur la
conspiration. La plupart de ces derniers furent condamnés à mort : on fit ensuite le procès de Raleigh. L’acte d’accusation dressé contre lui portait que, deconcert avec d’autres personnes, il avait conspiré pour tuer le roi ; qu’il avait cherché à fomenter une rébellion dans le but de changer la religion de l’État et de renverser le gouvernement, et qu’il avait eu des relations avec l’étranger pour engager les ennemis du roi à envahir le royaume ; de plus , il était accusé de s’être concerté avec lord Cobham pour établir les droits prétendus d’Arabella Stuart à la couronne d’Angleterre (lady Arabella Stuart était tille du comte de Lennox , frère cadet de Darnley, père de Jacques 1'”', et descendait comme lui de Henri VII ; comme elle était née en Angleterre, plusieurs personnes pensaient que ses droits au trône étaient plus valides que ceux de Jacques, qui était né en Écosse); d’avoir formé le projet d’envoyer lord Cobham au roi d’Espagne et à l’archiduc d’Autrichepour en obtenir une somme de 600,000 couronnes à l’effet de soutenir les droits d’Arabella Stuart au trône ; d’avoir fait écrire par Arabella Stuart des lettres au roi d’Espagne et au duc de Savoie pour les engager à prêter leur concours à cette entreprise , en leur promettant de faire la paix avec l’Espagne et de tolérer le culte catholique en Angleterre. Les autres charges portées contre Raleigh n’étaient que subsidiaires aux précédentes.
Coke, qui remplissait les fonctions d’avocat de la couronne , soutint l’accusation avec beaucoup de chaleur. « Messieurs , s’écria Raleigh , je vous prie de vous rappeler que je ne suis point accusé d’avoir trempé dans le Bye ou la conspiration des prêtres catholiques. — Sans doute, lui répondit Coke ; mais on verra bientôt que toutes ces trahisons se rattachent ensemble comme les renards de Samson , qui étaient unis les uns aux autres par la queue, bien que leurs têtes fussent séparées. » Coke revint aussitôt à la conspiration des ca-
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tholiqiies, et Raleigh lui ayant demandé ce qu’il avait de commun avec cette conspiration. « Je vais arriver à votre affaire, lui dit Coke , et je vous prouverai que vous êtes le plus grand traître qui ait jamais paru à cette barre. » Puis se laissant aller à son emportement, il traita Raleigh d’athée digne de la damnation , d'araignée de l’enfer, et de vil, d’exécrable traître. <* Vous parlez d’une manière barbare et incivile, lui dit Raleigh. — Je man(]ue de mots pour exprimer la trahison , s’écria Coke. — Je le vois bien , reprit l’accusé , car vous venez de dire la même chose une douzaine de fois. »
La défense de Raleigh fut remarquable. « De quoi m’accuse-t-on ? s’écriat-il; de haute trahison ! Mais m’accuser d’étre traître , c’est m’accuser de manquer du plus simple bon sens, car je vois bien quejamais l’Angleterre n’a été aussi forte ni aussi puissante contre ses ennemis du dehors qu’aujourd’hui. L’Écosse, d’où nous venaient toutes nos inquiétudes , est en ce moment unie au royaume.
L’Irlande, qui occupait une grande partie de nos forces, est calme. Le Danemark, avec lequel nous avions des rivalités jalouses, demande à vivre avec nous eu bonne intelligence. Les Pays-Bas, nos voisins les plus rapprochés, sont en paix avec le royaume, et, au lieu d’une faible femme , nous avons un roi actif qui est arrivé au trône par des droits légitimes, et qui peut par lui-même conduire les affaires du pays. Comment aurais-je été assez fou pour vouloir, dans de pareilles circonstances, remplir le rôle d’un Robin Hood, d’un Wat Tyler ou celui d’un Jacques Cade ? Je connais fort bien l’état actuel de l’Espagne, sa faiblesse et sa pauvreté.
Je sais que nous l’avons humiliée à plusieurs reprises , eu la battant sept fois ; trois fois en Irlande , trois fois eu mer et une fois à Cadix sur le territoire espagnol même. J’ai servi -moi- même sur mer trois fois contre l’Espagne, et dans ces expéditions j’ai dépensé pour mon propre pays
quatre mille livres sterling de ma fortune particulière. Je sais parfaitement qu’avant cette époque l'Espagne avait ordinairement dans ses ports au moins quarante grands vaisseaux , et qu’elle n’en a maintenant que six ou sept ; et que pour envoyer dans ses possessions indiennes, elle est obligée de louer des navires étrangers, contrairement aux recommandations formelles des rois d’Espagne, qui défendaient à cette contrée de faire apercevoir sa misère aux nations étrangères.
Je connais sa pauvreté, et je sais que cette pauvreté est si grande en ce moment, que les jésuites, qui exploitent l’Espagne , en sont arrivés au point de mendier à la porte des églises.
L’orgueil du roi d’Espagne est aujourd’hui très-compromis ; car, malgré l’état d'hostilité dans lequel son pays a vécu avec le nôtre, il est venu féliciter le roi mon maître de son avènement au trône, et il lui demande aujourd’hui humblement la paix. Comment supposer qu’un prince, placé dans de pareilles conditions, voudrait débourser une somme considérable sans avoir entre ses mains un gage qui lui en assure la rentrée?
Et quand on songe aux garanties exigées de plusieurs États, par ce prince, pour des sommes moinsimportantes, qui pourra croire qu’il aurait donné à milord Cobham 600,000 couronnes? Mais, si j’avais voulu employer lord Cobham dans une pareille affaire, assurément je lui aurais donné quelques instructions pour qu’il pùt parvenir à décider le roi et pour qu’il pût répondre lui-même aux objections
?|ui devaient naturellement lui être aites ; car je connais assez les talents de Cobham pour être sûr qu’il n’est pas capable ae décider un roi nécessiteux à prêter une somme aussi considérable, sans des raisons valables ou des garanties solides et de bon aloi. Je sais que la reine d’Angleterre n’a prêté son argent aux états de Hollande qu’après avoir pris pour garantie Flessingue, Brillet d’autres villes; qu'elle a fait de la même manière pour la France , qui lui a douné le Havre pour eau-
lion de l’argent prêté; bien plus, que ses propres sujets, les marchands de Lon- |ares,ne lui ont prétéde l’argent, quand elle en a eu tesoin, que lorsqu’elle leur a eu donné en garantie ses propres terres. Quelle garantie avionsnous adonner au roi d’Espagne? que pouvions-nous lui offrir? »
Coke s’écria que lord Cobham avait été un gentilhomme honnête et honorable jusqu’au moment où il avait été séduit par Raleigh. Raleigh répondit que Cobham était un homme vil et un misérable , et il présenta une lettre de Cobham dans laquelle celuici prenait Dieu à témoin qmils n’avaient jamais comploté ensemble. Mais Coke produisit une autre lettre écrite par Cobham, dans laquelle celui-ci répétait ses premières accusations. Raleigh reprit que Cobham avait écrit cette lettre sous l’influence de sa femme, qui lui avait dit qu’il n’y avait pas d’autre moyen de sauver ses Jours qu’en accusant son ami.
« Milords , s’écria-t-il , envoyez chercher Cobham; je sais qu’il est ici. Je vous supplie de me confronter avec lui. Qu’il m’accuse ouvertement, en son âme et conscience , et s'il maintient son accusation devant moi, je me déclarerai coupable. » On ne tint aucun compte de sa demande. Mais Raleigh n’était point homme à se laisser abattre. Il répondit avec la plus grande fermeté à son accusateur qui continuait à parler avec la même violence , et soutint cette lutte inégale jusqu’à la fln des débats. « J’aurai le dernier mol pour la défense du roi , s’écria Coke en colère. — J’aurai le dernier mot pour défendre ma vie, répondit l’accusé. — Va-t-en au diable, cria Coke, car tu es le traître le plus impudent qui ait jamais paru à cette barre. •> Cécil, qui dans un grand nombre d’intrigues de cour, du temps d’Élisabeth, avait été associé à Raleigh , crut devoir faire parade ici d’une certaine modération. Il interrompit Coke, et lui dit qu’il montrait trop de dureté et d’impatience. « Milord, lui répondit Coke, je suis l’avocat de la couronne et je dois parler :
vos paroles jettent le découragement dans l’âme de l’avocat du roi ; c’estd’un mauvais exemple pour les traîtres.^»
Les débats turent clos. Le jury prononça un verdict de culpabilité , et la sentence de mort fut prononcée contre Raleigh. Elle portait la peine terrible que la loi infligeait aux traîtres. Le condamné s’adressant alors aux comtes de Suffolk , de Devonshire , à lord Henri Howard et à lord Cécil , les pria d’intercéder en sa faveur auprès de Sa Majesté pour l’engager à commuer sa peine en une mort plus honorable.
Les lords lui ayant fait cette promesse , il fut reconduit à sa prison.
On flt aussitôt le procès des autres accusés. Lady Arabella Stuart fut déclarée innocente , et lord Cobham et lord Grey , après avoir été jugés séparément, furent condamnés l’un et l’autre à mort. Cobham, en entendant prononcer sa sentence, implora la merci du roi. Watson et Clarke, prêtres catholiques , sir Griffin Marknam, et Georges Brooke, frère de lord Cobham, furent condamnés à mort. Watson et Clarke furent exécutés le 29 novembre à Winchester, et tous deux moururent avec courage.
Georges Brooke fut décapité dàns la même ville le ü décembre.
La découverte du complot avait inspiré de vives alarmes au roi ; aussi n’avait-il point arrêté le cours de la justice pour les condamnés que nous venons de nommer; mais, comme il y avait eu assez de sang répandu , il fit acte de clémence envers les autres condamnés. Toutefois il voulut dans cette circonstance montrer à son peuple toute la sagacité de ses vues politiques; car il avait la prétention d’être un profond politique. Par ses ordres, les évêques de Winchester et de Chichester vinrentoffrirdes consolations religieuses aux condamnés et les préparer à la mort. L’ordre de leur exécution fut signA L’exécution devait avoir lieu à dix heures. Markham fut, le premier, conduit à l’échafaud, et il lui fut permis de faire un dernier adieu à ses amis.
Quand les derniers préparatifs furent
iZoo Dy Vjüogle
faits , un envoyé de la cour se présenta au shérif et le prit à part pour lui dire quelques mots à l’oreille.
Markham, était sur l’échafaud attendant sa dernière -heure. Survint le shérif qui lui dit qu’étant mal préparé à mourir, on allait lui accorder un sursis de deux heures pour qu’il pdt faire sa
Faixavecleciel. IVIarkham descendit de échafaud et fut reconduit en prison.
Ce fut ensuite le tour de lorcf Grey.
Ce seigneur arriva au pied de l’échafaud , entouré d’une troupe de jeunes nobles et ayant de chaque coté deux de ses meilleurs amis. Une certaine gaieté animait son visage. Lorsqu'il arriva auprès du bourreau, Grey tomba à genoux et pria avec ferveur pendant près d’une demi-heure. Le shérif prenant alors la parole dit à Grey que le roi avait envoyé l’ordre de faire exécuter lord Cobham avant lui , et aussitôt Grey fut enfermé dans une chambre séparée. Le peuple donnait des marques de la plus vive surprise , lorsque parut en ce moment lord Cobham, qui savait d’avance ce qui allait se passer- Cobham demanda pardon pour son crime , et se livra au Dourreau. Le shérif s’avance et lui dit qu’il allait être confronté avec lusieurs prisonniers. Grey et Markani ayant été ramenés sur l’échafaud, le shérif s’adressa aux trois patients , il leur fitun discours dans lequel il leur représenta l’énormité de leur crime , la justice de leur condamnation, et leur dit que le roi leur faisait grûce. D’immensesapplaudissements accueillirent les paroles du shérif, et la clémence de Jacques excita l’enthousiasme des assistants. Raleigh , dont les fenêtres donnaient sur le lieu où était dressé l’échafaud , apprit bientôt que le roi lui accordait un sursis illimité.
Le roi commuait ta peine de mort prononcée contre les autres condamnés en une détention à la Tour, où les prisonniers devaient rester selon son bon plaisir. Les biens des conspirateurs furent confisqués à son prout. Lord Cobham resta prisonnier à la Tour pendant quelques années et obtint ensuite la liberté; mais, devenu un
objet de mépris pour tout le monde , et privé de ressources, il finit ses jours d’une manière malheureuse dans un asile que lui offrit un de ses serviteurs. Lord Grey mourut à la Tour en t614. Raleigh resta dans cette forteresse jusqu’au mois de mars 1615; il en sortit avec l’esprit entreprenant qu’il avait toujours conservé.
Markham et d’autres furent bannis du royaume.
Les catholiques , qui sentaient leur faiblesse, restèrent silencieux; mais il n’en fut pas ainsi des puritains qui connaissaient Jacques de longue date, et savaient qu’ils n’en avaient rien à espérer. De son côté, Jacques nourrissait une haine profonde contre les puritains : c’étaient eux qui étaient les principaux auteurs de la mort de sa mère, et des attaques faites, à sa réputation. Une pareille injure ne pouvait s’oublier; ce qu’il ne pouvait leur pardonner, c’était le mépris qu’ils professaient hautement pour son autorité. Depuis son enfance jusqu’à son avènement au trône d’Angleterre, ils l’avaient harcelé par leurs exigences; ils l’avaient abreuvé d’humiliations, en l’obligeant à adopter leurs doctrines et à se conformer à leurs croyances. Dans une assemblée générale tenue à Edimbourg en 1590, Jacques, la tête nue et les mains levées vers le ciel, avait déclaré qu’il était heureux d’être né à une époque comme la sienne, où avait brillé la vraie lumière, et d’être le roi d’un pays où l’on trouvait l’église la plus pure du monde entier. « L’église d’Angleterre, s’était-il écrié , ne peut être comparée à la nôtre. Le service divin y est mal fait; il n’y manque que l’élévatiOD pour ressembler à la messe. Je vous recommande donc, mes bons ministres, et vous tous docteurs, nobles, gentilshommes et barons, de conserver la pureté de notre église, et d’engager le peuple à suivre votre exemple. Quant à moi , je vous déclare qu’aussi longtemps que je vivrai, je maintiendrai notre religion. » Jacques ne parlait ainsi que parce qu’il avait besoin des puritains, et qu’il savait bien
que par ces paroles il consoliderait son trône : mais ces sentiments n'etaient pas dans sou cœur. En 1.598, il avait déjà complètement renversé la constitution de l’église écossaise , en nommant plusieurs membres du clergé membres de son parlement. Toute sa conduite à l’égard de lu religion n’avait plus tendu qu’à une chose, c’était de faire de réglise écossaise une église épiscopale. En 1.599, il avait composé pour l’instruction de son fils un ouvrage intitulé « fiasilicon Doron, » œuvre très-profonde suivant le roi, et qui était dirigée contre les puritains et l’organisation de l’église écossaise. » Rien, disait-il dans cet ouvrage, n’est plus monstrueux que l’égalité dans l’eglise; rien ne déroge plus à la dignité royale que l’impudence des prédicateurs. Je vous engage donc, mon tils, à vous délier des uritains, qui sont une véritable peste ans l’église et dans le royaume.
Aucune cTiosene les lie, ni les serments ni les promesses; ils ne rêvent que sédition , et leur bouche ne prononce que des calomnies. Quand ils raillent, c’est sans raison; ils font de leur imagination le régulateur de leur propre conscience. Je proteste devant le grand Dieu, et ici Je ne mens point, que vous ne trouverez pas chez les voleurs de grandes routes les plus endurcis dans le crime, une ingratitude aussi noire et des dispositions aussi prononcées à mentir et à commettre de vils parjures, que parmi ces hommes fanatiques. Ne les souffrez point dans votre royaume , si vous y voulez vivre en paix, à moins que vous ne vouliez les conserver pour essayer votre patience , à l’exemple de Socrate qui gardait chez luiuneœmme méchante. »
Cependant les puritains et les évêques, qui ne connaissaient point encore les dispositions secrètes du roi, demandèrent une conférence; elle leur fut accordée et eut lieu à Hamptoncourt le 16 Janvier 1604. Vingt évêques et les lords du conseil privé composaient le parti qui était chargé de détendre le protestantisme. Le parti puritain était représenté par les docteurs Reynolds et
Sparks , docteurs en théologie à l’université d’Oxford, et par Knewstubs et Chatterton de l’université de Cambridge. Jacques , entouré de ses courtisans, qui étaient tout disposés à accepter le parti pour lequel il pencherait, présidait l’assemblée. Les puritains demandèrent qu’on révisât le livre des prières adoptées par l’église établie; que le surplis, le signe de la croix dans la cérémonie du baptême, le baptême par les femmes , la confirmation , l’emploi de l’anneau dans la cérémonie du mariage, la lecture des apocryphes, l’inclinai.son du corps à l’énonciation du nom de Jésus-Christ, fussent supprimés; qu’on ne permît point aux évêques et aux autres membres du clergé de s’absenter du poste qui leur était assigné et d’occuper à la fois plusieurs bénéfices; que l’on fit cesser les excommunications inutiles , ainsi que l'obligation de souscrire aux trente-neuf articles. Les évêques protestants portèrent la discussion princi-
fialement sur la nécessité de conserver e livre des prières ordinaires dans toute son intégrité, et les évêques de Londres et de Winchester parlèrent à ce sujet avec beaucoup de chaleur.
Les docteurs puritains allaient répliquer, quand Jacques les interrompant, se mit à parler longuement en faveur de l’orthodoxie anglicane. Jacques,qui aimait à sefaireécouter,traita, avec beaucoup d’étendue, du baptême public et du baptême particulier, de la confirmation, du mariage, de l'excommunication. Saint Jérôme fut vivement attaqué par lui pouravoirdit que les évêques u'étaientpointde création divine, et il termina son discours par ce court aphorisme « Point d’évê- « ques, point de roi. » Le docteur Reynolds ayant présenté quelques observations au sujet desapocryphes dont la lecture était ordonnée par le livre des prières , et principalement par le livre de l’Ecclésiastique , Jacques demanda qu’on lui apportât unebible, et expliqua à sa façon un chapitre de l’Ecclésiastique ; puis se tournant vers ses courtisans qui applaudissaient, il leur dit :
« Qui peut avoir rendu ces hommes
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aussi furieux contre l’Ecclésiastique.
Par mon âme , je pense que l’Ecclésiastique était un évêque, car autrement ils ne le traiteraient point ainsi. » Les évêques lui sourirent en signe de remerclinent.
Les puritains lui demandèrentalors jusqu’à quel point un mandement de l’Église pouvait lier un homme sans engager saliberté; le roi répondit qu’il ne voulait pas discuter sur ce point , mais qu'il y aviserait, ajoutant qu’une pareille que.stion sentait beaucoup l’anabaptisme. Jacques raconta ensuite i’bistoire d’un nommé John Black, prédicateur écossais, qui lui avait dit qu’à l’égarddu cérémonial de l’Église, âiaque chose devait être laissée à la discrétion des fidèles. « Je ne veux point cela , s’écria le roi, je ne veux qu’une doctrine, qu’une discipline; en un mot, qu’une religion. Autrement, qu’arriverait-il? vous parlez en faveur de l’église presbytérienne écossaise; eh bien! cette église s’accorde avec la monarchie , comme Dieu s’accorde avec le diable. Jack, Tom, Will et Dick se réuniront; ils me censureront à leur bon plaisir, ils censureront mon conseil, et les mesures même que vous auriez arrêtées. Will dira : Cela doit être ainsi. Dick lui répondra ; Mais non , il faut que nous agissions de la sorte. Je dois donc répéter ce que je vous ai dit : le roi s’avisera. » S’adressant alors à Reynolds qui était considéré comme le plus habile logicien et le théologien le plus instruit du royaume, Jacques lui parla ainsi ; «Eh bien, docteur, avez-vous quelque chose à me répliquer? » Le docteur interdit réponditparla néptive. Jacques reprit que si Reynolds et ses collègues eussent été dans un collège et qu’ils eussent aussi mal soutenu une tlièse, et que lui, roi, eût été leur professeur, il les aurait fait fouetter comme des ânes. Les évêques , qui triomphaient, donnèrent leur assentiment à ces paroles du monarque, et Whitgift, le primat, tombant à genoux , s'écria que Sa Majesté parlait sans aucun doute par la grâce du Saint-Esprit; Elles-
mère , qui remplissait les fonctions de chancelier, ajouta que jamais la royauté et l’Église n’avaient été plus d’accord entre elles. Jacques luimême se prodigua des louanges à pleines mains. « Je les ai bien poivrés, s’écria-t-il; ils allaient d’un argument à l’autre comme de simples écoliers, u Quelques jours après , il écrivit une lettre à un nommé Black , dans laquelle il vantait l’excellence de sa logique et de son instruction.
Il y eut alors une convocation du clergé; le résultat de ses délibérations fut un code de lois ecclésiastiques au nombre de cent quarante et une; elles prononçaient la sentence d’excommunication ipso fycto 1“ contre toutes les personnes qui ne reconnaîtraient point la suprématie du roi ou l’orthodoxie de l’église anglicane; 2° contre tous ceux qui affirmeraient que le livre des prières ordinaires était superstitieux et illégal; 3° contre tous ceux qui se sépareraient de l’Église, établiraientdesconventiculesjou prétendraient que les règlements ecclésiastiques peuvent se faire ou être imposés sans le consentement du roi.
Venaient ensuite les canons pour la célébration du service divin , l’administration des sacrements, les devoirs et la résidence des bénéficiers, et la jurisprudence des cours ecclésiastitiques. Ce nouveau code fut confirmé par lettres patentes revêtues du grand sceau.
Quelquesjoursaprès, Jacques publia une proclamation par laquelle il ordonnait à tous les lonctionuaires ecclésiastiques et civils de se conformer strictement aux modifications qu’il avait introduites. Jacques défendait aussi à sou peuple de tenter ou même d’espérer aucun autre changement dans les prières et le service de l’Église. Dans le même temps, Jacques enjoignait à ses évêques de sévir contre les membres du clergé qui n’obéiraient point à ses ordres. Whitgift mourut. On prétend que ce fut de la douleur que lui causa l’intervention du roi dans les affaires de
l’Église ; et Bancroft , évêque de Londres , lui succéda à la primatie. Le nouveau primat était disposé par luimême à la persécution et a la sévérité; il n’avait pas besoin à cet égard d’être pressé par le roi. Par ses ordres , trois cents ecclésiastiques furent obligés d’abandonner leurs bénéfices. Les uns altèrent à l'étranger; les autres avec leurs femmes et leurs enfants tombèrent dans un demlment absolu , en voulant rester chez eux. Les principaux chefs du parti puritain avaient adressé au roi une pétition qu'ils avaient nommée pétition millénaire, et dans laquelle ils demandaient qu'on réformât plusieurs cérémonies de l’église établie. La plupart des signataires furent arrêtés, et tous furent condamnés à la prison.
Les catholiques ne furent point ménagés.
« Il se sentait porté envers eux à quelque peu d’indulgence, nous dit rhistorien Lingard. Il le devait aux malheurs qu’il avait éprouvés pour la cause de son infortunée mère; il s’y était engagé par des promesses faites à leurs envoyés et aux princes de leur communion. Mais ses désirs secrets étaient combattus par la sagesse ou les préjugés de ses conseillers , et s’il avait quelque honte de violer sa parole , il craignait aussi d’offenser ses sujets protestants. EnGn, il arrangea les choses en lui-même, en faisant une distinction entre le culte et tes personnes des pétitionnaires. Il refusa sur-le-champ avec indignation toute demande pour l’exercice de ce culte. En plus d’une occasion même , il lit enfermer dans la Tour les individus qu’il pressentait vouloir faire une telle insulte à son orthodoxie. Mais il invita les catholiques à. fréquenter sa cour ; il conféra à plusieurs d’entre eux le titre de chevalier; et il promit de les garantir des pénalités portées contre les réfractaires, tant que, par leur conduite loyale et paisible, ils mériteraient sa faveur. »
Le premier parlement de Jacques s’assembla le 16 mars 1604 , c^està-dire un an après son avènement au
trône. Jacques professait le plus profond mépris pour les assemblées délibérantes, de quelque nature qu’elles fussent. Dans un de ses écrits , publié eu Ecosse quelques années auparavant et intitulé « De la véritable loi des monarchies libres ou des devoirs réciproques et mutuels d’un roi libre et de ses sujets, » le roi disait d’uue manière expresse que le devoir d’un roi était de commander ; que celui d’un sujet était de lui obéir en toutes choses; que les rois régnaient en vertu du droit divin, et que leTout-Puissant les avait placés au-dessus de la loi ; qu’un souverain était libre de faire chaque jour des statuts et des ordonnances, et d’infliger tel châtiment qu’il jugeait convenable sans prendre avis de son parlement ni de ses états ; que les lois générales faites publiquement par le parlement pouvaient être adoucies ou suspendues par la volonté du roi pour des causes connues de lui seul ; enfin, que celui-là était un bon roi, ui conformait tous ses actes aux lois U royaume , mais que ce roi n’était nullement lié à leur observation , et que, s’il le faisait, c’était de son propre mouvement et pour donner l’exemple à ses sujets,
Jacques n’avait renoncé à aucune de ces idées en montant sur le trône d’Angleterre. Dans la proclamation qu’il rendit pour convoquer son premier parlement , il imposa à seS sujets les représentants qu’ils devaient choisir. « Si les membres élus, disait la proclamation , sont des personnes reconnues en matière religieuse pour être superstitieuses ou pour avoir une humeur .turbulente, ces membres seront repoussés comme illégalement élus , et les villes ou les bourgs ui les auront nommés seront conamnés à l’amende. De plus, toute personne élue apnt ledit caractère sera condamnée a une amende et à la prison. » Mais, malgré- le roi et sa proclamation menaçante, le nouveau parlement se trouva rempli de puritains, et dès les premières séances, les communes firent acte d’indépendance. A l’élection du comté de Buckiogam,
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sir Francis Goodwin avait été choisi de préférence à sir John Fortescue, condidat de la cour et membre du conseil privé. Comme Goodwin, quelques années auparavant, avait été mis hors la loi, la cour prolita de cette circonstance pour favoriser son candidat; elle cassaVélection. De nouveaux writs furent lancés , et cette fois sir John Fortescue fut élu, mais les communes ne confirmèrent point son élection. Quand l’affaire fut soumise à leur délibération , elles déclarèrent que Goodwin était le membre légalement élu , et que lui seul devait siéger dans leur chambre. La chambre des lords demanda que l’affaire fût débattue dans une conférence entre les deux chambres, mais les communes répondirent qu’une pareille conférence porterait atteinte à leurs privilèges ; elles se refusèrent à cette mesure. Le speaker de la chambre des communes se présenta ensuite devant le roi pour lui expliquer la cause du refus de la chambre d’accepter la conférence demandée par les lords. « Aucun pouvoir, dit-il , ne peut instituer de nouvelles lois , réformer les imparfaites, ou abroger celles qui semblent inconvenantes , si ce n’est le pouvoir de la haute cour du parlement , c’est-à-dire de la chambre des communes , de celle des lords, et du souverain. Au souverain appartient sans doute le droit de refuser ou de ratifier, mais il ne peut créer, et chaque bill doit passer aux deux chambres avant d’étre soumis à sa sanction. »
Jacques , fort affecté de ces dispositions, demanda tjue l’affaire fût déférée aux juges en présence de sa personne et de son conseil , et que les communes nommassent une commission pour soutenir le débat. La conférence proposée fut acceptée par la chambre des communes, et le roi , après de longues hésitations, ayant demandé que Goodwin et Fortescue fussent tous deux exclus et qu’on procédât à une nouvelle élection, les communes, après avoir débattu cette affaire pendant près de trois semaines , adhérèrent à cette transaction à l’amiable. L’acceptation
de ce compromis donna lieu toutefois à une vive opposition; quelques membres flrent entendre des paroles sévères au sein de la chambre, en déclarant que l’abandon de l’élection de Goodwin était une atteinte faite au caractère de la chambre.
Jacques, dans le cours de la session, eut à supporter d’autres déboires du même genre. Les communes nommèrent une commission pour connaître des monopoles, qui, malgré les promesses que Jacques avait faites en entrant a Londres , subsistaient avec plus de force que jamais. Elles attaquèrent aussi les privilèges qui accordaient au roi la garde des pupilles et la jouissance de leurs propriétés jusqu’à leur majorité.
Les communes affirmaient que les agents du fisc s’emparaient des charrettes , des voitures , des chevaux et des instruments de travail des débiteurs de l’État, lorsque ces personnes étaient dans l’impossibilité de payer, et qu’ils abattaient des arbres sans le consentement des propriétaires, malgré les statuts qui avaient été rendus à cet égard par les parlements antérieurs. Ces griefs furent soumis à l’examen d’une commission dans laquelle François Bacon , dont l’étoile commençait à briller d’un vif éclat, essaya de remplir à la fois le rôle de patriote et celui de courtisan; celui de réformateur et de sycophanle. En présence du roi Bacon dit que, pour l’homme, la parole du roi était celle de Dieu; mais dans les communes il changea de langage, attaqua avec force les abus commis par les agents du gouvernement, et parla avec chaleur des souffrances du peuple.
La chambre des lords refusa de s’associer à celle des communes , et celle-ci , cédant aux avis de la chambre haute, abandonna l’affaire comme prématurée et inopportune pour une première session. Cependant elle se montra peu disposée a la libéralité , car elle n’accorda au roi que le strict nécessaire. Elle demanda ensuite que les lois pénales rendues contre les catholiques reçussent leur exécution , et
comme les évêques s’unissaient aux puritains pour arriver à ce but , il n'y eut aucune opposition à cet égard. Le 7 juillet le parlement fut prorogé au 7 levrier de Vannée suivante.
« L'inaptitude du roi aux affaires , son amour pour la dissipation , provoquaient déjà, dit Lingard, des remontrances et des plaintes. Deux fois la semaine le roi d’Angleterre passait son temps à voir des combats de coqs; tous les jours la chasse le tenait à cheval du matin au soir. Les fatigues de cet exercice étaient remplacées par les plaisirs de la table , auxquels il se livrait avec excès. Il en résultait que des questions de la dernière importance étaient mises de côté, et que non-seulement les ambassadeurs étrangers, mais encore ses propres ministres, ne pouvaient pendant plusieurs semaines trouver rinstant de paraître en sa présence. Ils le suppliaient à genoux de donner plus ^attention aux affaires publiques; des lettres anonymes l’avertissaient de son devoir; les comédiens ridiculisaient ses faiblesses sur le théâtre; mais le roi n’en était nullement ému.
Il répondait qu’il n’entendait pas se rendre esclave; quesa santé, « qui était la santé et le bien-être de tous, » demandait de l’exercice et des récréations , et qu’il retournerait plutôt en Ecosse que de consentir à ceclaquemurer dans un cabinet ou à s’enchaîner à la table du conseil. » La conduite d’Anne de Danemark, épouse du roi, donnait également lieu à des plaintes. Pour elle, toute son attention se concentrait sur les amusements et les spectacles de la cour, divertissements qu’elle aimait avec passion. Faire valoir les grâces de sa personne et la richesse de ses vêtements, recevoir les hommages de tous ceux qui l’entouraient, briller par-dessus toutes les femmes dans une suite de bals et de mascarades , telle était sa principale étude. Aucune dépense n’était épargnée par elle pour donner de l’éclat à ces fêtes. Les premiers poètes de l’époque étaient chargés de composer, des pièces de théâtre, et les meilleurs artistes des
machines. Anne elle-même ainsi que ses favorites surprenaient et charmaient la cour en paraissant successivement sous des costumes différents de déesse, de néréide, de sultaue turque ou de princesse indienne. La fête se terminait au milieu des orgies.
Jacques avait dans sa meuteun chien nommé Jowler, qu’il aimait beaucoup.
Un jour qu’il était à Roj ston et qu’il se disposait à partir pour la chasse, il s’aperçut de l’absence de Jowler. Jacques fut vivement contrarié de cette circonstance. Le jour suivant, il voulut retourner à la chasse, mais cette fois il vit Jowler qui battait de la queue à sa vue. Le roi l’appela et le caressa avec la main; tout à coup il découvrit un papier suspendu à son cou. Il l’ouvrit et lut ces mots : « Bon monsieur Jow'ler, nous vous prions de parler au roi , car il vous voit tous les jours , vous, ce qui n’a pas lieu pour nous.
Dites-lui de revenir à Londres; autrement le royaume va périr : toutes nos provisions sont déjà consommées, et nous n’avons plus les moyens de pourvoir à ses besoins. » Le roi se prit à rire de ce billet et n’en tint aucun compte. Toutefois , à quelques jours de là, Mathieu Hutton , archevêque d’York, écrivant à Cécil, qui était devenu lord Cranborne, prit la liberté de faire à ce ministre des observations sur les absences prolongées du roi. Cécil mit la lettre sous les yeux de Jacques, qui déclara que cette lettre était ce qu’il avait jamais lu de plus extravagant, et aussitôt il alla de Royston à Newmarket.et de Newmarket à Thetfort pour s’y livrer à ses plaisirs favoris.
Il se préparait en ce moment contre Jacques et son gouvernement un acte audacieux. Les catholiques étaient profondément irrités du mépris et de l’abandon qui étaient devenus leur partage, et surtout des rigueurs exercées contre eux. Parmi les plus mécontents setrouvait un nommé Robert Cutesby, gentilhomme de grande fortune. Catesby, après avoir iuutilemeut intrigue avec les cours de France et d’Espagne dans l’intérêt de
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la cause catholique, résolut de détruire d’un seul coup le roi, les lords et les communes. Ce projet était désespéré; cependant Catcsby rencontra bientôt des hommes disposés à s’y associer. La première personne à laquelle il s’ouvrit était un nommé Thomas VVintcr, gentilhomme du Worcestershire, qui avait servi en Espagne d’agent secret aux catholiques anglais.
Winter alla en Flandre, où il fit la rencontre d’un autre soldat de fortune nommé Guy ou Guido Fawkes,qui promit également son concours. De retour à Londres , Catesby , Winter et Fawkes s’adjoignirent deux autres conjurés; l’uu était Thomas Percy, arent éloigné du comte de Northumerlaiid; l’autre était John AVright, beau-frère de Percy. Les conjurés se réunirent dans la maison de Catesby, et ils s’engagèrent par un serment solennel à garder le secret. Catesby leur dit que son projet était de faire sauter le parlement lorsque le roi s’y rendrait en personne pour ouvrir la session. Tous les conjurés donnèrent leur assentiment à ce projet , et après en avoir entendu les détails de la bouche de Catesby, ils allèrent recevoir le sacrement de la communion des mains du père Gérard, jésuite missionnaire, qui, dit-on, n’avait pas été mis dans le secret du complot.
Les conjurés s’occupèrent aussitôt de louer une maison qui touchait à l’édifice du parlement , et après d’assez longues recherches ils en découvrirent une occupée par un nommé Ferris qui leur parut convenir au but de leur entreprise. Percy , qui occupait une place à la cour, et qui pouvait en conséquence loger dans ce quartier de Londres sans éveiller les soupçons, la loua en son propre nom.
Les conjurés jurèrent de nouveau de garder le secret, et aussitôt ils se mirent à l’oeuvre. Comme le derrière de la maison touchait au mur même du parlement, ils entreprirent de trouer le mur pour y pratiquer une mine.
Mais ils apprirent bientôt que le roi avait prorogé son parlement à l’année suivante. Alors ils convinrent de se
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séparer et de visiter leurs amis dans la province en attendant leur réunion, qu’ils fixèrent au mois de novembre.
Dans l’intervalle , ils louèrent une autre maison située dans I.ambetb, où ils déposèrent la poudre et les combustibles qu’ilsdestinaient à l’exécution de leur projet , pour transporter ensuite ces objets clans la maison qu’ils avaient louéeà Westminster. La garde de la maison de Lambeth fut confiée à Robert Kay, gentilhomme catholique, qui était alors dans l’indigence et qui prêta le serment en entrant dans le complot.
Pendant que les conjurés attendaient avec impatience le moment d’agir, le gouvernement se livrait à des actes de cruauté qui étaient de nature à fortifier leur résolution. Aux assises tenues dans le Lancashire, six prêtres jésuites furent condamnés à mort en vertu d’un statut d’Élisabeth, qui défendait aux jésuites de résider dans leroyaume, et ils furent exécutés. Les juges qui avaient rendu la sentence se livrèrent dans cette circonstance à des invectives contre les catholiques, et l’un d’eux , s’adressant aux jurés, leur dit que toute personne qui entendait la messe lorsqu’elle était célébrée par un jésuite était coupable de félonie. Un entilhomme catholique du ILancasire, nommé Pound, se plaignit de cette procédure , et adressa à ce sujet une pétition au roi, dans laquelle il s’élevait aussi contre les persécutions dirigées contre les catholiques. On se saisit immédiatement de sa personne , et il fut traduit devant le conseil privé, qui le renvoya devant la chambre étoilée. Pound , qui était avancé en ôge , fut condamné à être emprisonné dans Fleet-prison, et à y rester selon le bon plaisir du roi; à être mis au pilori à Lancastre et à Westminster, et à payer une amende de mille livres sterling. Une sentence plus barbare fut proposée : plusieurs membres de la chambre étoilée demandèrent que le vieillard fdt cloué au pilori par les oreilles et qu’on les lui coupât ensuite ; mais cette de-
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inanclc fut rejetée à la majorité (F une voix. Les persécutions redoublèrent alors, et tous ceux qui inoiitraieiit quelque velléité d’opposition aux ordonnances du roi au sujet de la religion furent accablés d’amendes.
On était au mois de décembre. La maison louée par Percy à Westminster avait été occupée momentanément par des commissaires nommés par .facques pour négocier un projet a'union entre r.Angletcrre et l’Ecosse; mais ces comnii.ssaires en étaient partis. Un soir et par un temps sombre , Catesby et les autres conjurés prirent possession de la maison de Westminster, et après s’être munis d’une provision d’œufs durs, de viandes sèches , de pâtisseries et de divers autres comestibles qui pouvaient se conserver, pour éviter les soupçons que leurs allées et venues auraient pu faire naître, ils commencèrent leur opération. Le mur qu’ils avaient <à percer était d’une épaisseur extraordinaire, et ils reconnurent qu’il fallait un renfort de bras pour exécuter ce long travail. On alla donc chercher Kay dans la maison qu’il occupait h Lambeth. Les conjurés s’adjoignirent ensuite Christophe Wright, frère cadet de John Wright qui était déjà dans le complet. I.es conjurés étaient maintenant au nombre de sept.
Tandis que les uns travaillaient à percer les murs, les autres faisaient sentinelle au dehors et examinaient toutes les personnes qui s’approchaient de la maison. Les travaux étaient égayés par des discussions sur les plans qui seraient adoptés aussitôt que le projet aurait été exécuté. Les conjurés pensaient que le lils aîné du roi, le prince Henri accompagnerait son père à l’ouverture du parlement; et qu’il périrait avec lui; Percy aurait voulu sauver le prince Charles et le conduire dans un lieu de sdreté aussitôt que la mine aurait fait explosion. Les conjurés prévoyant que ce plan pourrait ne pas réussir, prirent des arrangements pour enlever la princesse Elisabeth, qui était alors chez lord Harrington, et qui demeu-
rait dans la résidence de ce seigneur près de Diventry. On devait réunir des chevaux et des armes dans le Warwickshire; il fut convenu également qu’on sauverait tous les membres des deux chambres qui étaient catholiques; mais sur l’onservation qui fut faite par plusieurs des conjurés qu’une pareille mesure serait dangereuse, on renonça à ce projet.
Pendant que ces choses se passaient .
les conjurés apprirent que le roi venait une seconde fois de proroger le parlement, et que la session ne s’ouvrirait qu’au 3 octobre. On était alors aux fêtes de Noël ; et les conjurés , après s’être promis de ne correspondre par lettres sur aucune chose du complot, se séparèrent aussitôt.
Au mois de janvier de l’année suivante ( 1605), Catesby étant à Oxford s’adjoignit deux autres personnes. L’une d’elles était John Grant, gentilhomme defortune du Warwickshire; l’autre était Robert W inter, frère aîné de Thomas Winter qui était déjà dans le complot, et dont une des sœurs avait épousé Grant.
Quelque temps après, Catesby, soupçonnant que son domestique ïhomas Bats avait quelnue indice du complot, jugea prudent ae l’associer à l’entreprise et lui fit prononcer le serment qu’avaient prêté les autres conjurés.
Tous se réunirent dans leur maison de W’estminster, au commencement de février, et reprirent leur pénible travail. Le moindre bruit excitait leurs alarmes. Ils entendirent ou crurent entendre le bruit d’une cloche qui venait de dessous terre, et ils firent aussitôt des aspersions d’eau bénite pour arrêter ce bruit. Un matin, qu’ils travaillaient à leur mine , un bruit plus fort frappa leur oreille. L’idée vint aussitôt à tous qu’ils étaient découverts ; mais Fawkes, qui faisait se ntinelle, vint bientôt leur apprendre que le bruit qu’ils avaient entendu était ociuisionné par un marchand de charbon, qui veudait sa marchandise, et se disposait à abandonner une cave qui était placée précisément au-dessous de la chambre des lords, pour
oogle
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se retirer dans un autre lien. Cette circonstance parut être envoyée du ciel, car le mur n’ctait point encore percé, et il était douteux que ce travail s’achevât sans qu’on le découvrit.
Percy loua aussitôt la cave du marchan.l (le charbon. La mine fut aiiandouiiée, et ou alla chercher aussitôt, dans la maison de Lambeth, trente-six barils de poudre qui furent mis dans la cave. De grosses pièces et des barres de fer furent placées dans la poudre , et le tout fut recouvert de fagots et de pièces de bois. Tout fut achevé au mois de mai , époque à laquelle les conjurés se séparèrent de nouveau. Fawkes fut aussitôt envoyé dans la Flan Ire espagnole pour gagner sir William Stanley, et le capitaine Owen , qui commandait des troupes anglaises dans ce pays et que l’on supposait pouvoir réunir un nombre assez considérable d’hommes. Fawkes revint au mois d’aodt, mais il ne rapporta que des promesses vagues du capitaine Owen. Stanley était alors en Espagne. Au mois de septembre, les conjurés s’adjoignirent encore sir Edmond Baynham, gentilhomme de Gloeestershire , et l’envoyèrent à Rome, pour obtenir l’appui du pape, lorsque le coup serait porté.
Les conjurés attendaient maintenant avec anxiété le 3 octobre, lorsqu’ils apprirent que le parlement était encore prorogé au 5 novembre. Ils crurent qu’ils avaient été découverts, et Thomas Winter résolut d’aller à la maison de Westminster, le jour même où devait avoir lieu la prorogation , afin d’observer la contenance deslordscoinmissaires; mais les ayant trouvés causant librement et se promenant dans la chambre des lords, il aperçut sur leurs traits qu’ils ne se doutaient de rien et revint dire à ses compagnons que rien n’était découvert. Vers la Saint-Michel on convint d’admettre dans le complot trois gentilshommes catholiques qui possédaientde l'argent comptant. L’un d’eux était sir Everard Digby, qui était nouvellement marié et qui avait deux enfants en bas âge. Le second
se nommait Ambroise Rookwood, gentilhomme d’une grande fortune , d’une famille très-aneicnne. Digby et Rookwood avaient tous deux souffert pour la cause catholique et étaient d’anciens amis de Cate.shv. Le troisième était Francis Tresliam , qui était proche parent de Cateshy, et qui, après avoir prêté serment , s’engagea à fournir deux mille livres sterling. Mais Tresham était un homme léger et de peu découragé; et dès le moment où il fut admis dans le complot, Catesby fut en proie à de vives alarmes , et se repentit, dit-on, sincèrement de lui avoirconlié le secret delà conjuration.
Cependant le 5 novembre approchait.
Les conjurés ayant eu plusieurs conférences secrètes dans une maison située près du lieu qu’on nomme aujourd’hui Enfield-Chase , il fut décidé que Fawkes mettrait le feu à la mine au moyen d’une mèche qui brillerait leniement, afin qu'il eût le temps de fuir avant l’explosion. Fawkes devait s’embarquer aussitôt dans un navire qui avait été loué avec l’argent de Tresham, et qui était aJors dans la Tamise, et se rendre immédiatement en France. Il fut en outre convenu que la princesse Elisabeth, dans le cas où seraient tués le prince de Galles et le prince Charles , serait aussitôt proclamée reine, et qu’un régent serait nommé pour administrer le royaume pendant sa minorité. Ces résolutions furent adoptées à l’unanimité.
Cependant, chacun des conjurés avait dans le parlement des parents et des amis qu'il aurait voulu sauver.
Dans la chambre haute Tresham avait deux beaux-frères dans lord Stourton et lord Mounteagle, qui étaient tous deux catholique^ Percy, de son côté, aurait voulu sauver son parent le comte de Northumbcriand ; et Kay, qui avait eu la charge de la maison de Lambeth, demandait qu’on épargnât lord Mordaunt, qui avait secouru sa femme et ses entants. Tous enfin prenaient le plus vif intérêt au jeune comte d’Arundel. Catesby, qui voyait avec peineces hésitations, chercha d’abord à prouver aux conjurés que
la.
les ciitholiflues auxquels ils s’intéres* saient si vivement, seraient absents du parlement, en ce sens que leur présence y serait inutile, puisqu’ils ne pourraient empêcher qu’on ne rendît des lois pénales contre leurs coreligionnaires;» nqais, continua Catesby, tous ceux que vous voulez sauver me Jf’ussent-ils aussi chers que mon propre fils, je les ferais tous sauter plutôt que de renoncer au projet que nous avons conçu. » Deux jours apres, Tresham vint trouver Catesby, Thomas Winteret Fawkes, et leur demanda une seconde fois la permission d’avertir lord Mounteagle, afin qu’il se tînt sur ses gardes. Ayant remarqué de l’hésitation dans Catesby et les deux autres conjurés, il leur dit qu’il ne pouvait pour le moment leur fournir l'argent qu’il avait promis, et qu’en conséquence il valait mieux différer l’exécution du projet jusqu’à la fermeture du parlement. Catesby, Winter et Fawkes repoussèrent cette proposition, et Tresham se retira.
Lord .Mounteagle, que Tresham désirait sauver, avait une magnifique résidence à Hoxton. Le 26 octobre , dix jours avant la réunion projetée du parlement, il v réunit quelques amis et leur donna a souper. Au milieu du repas, un page entra et remit à Mounteagle une lettre qui lui avait été donnée^ par un homme d’une haute stature dont il n’avait pu reconnaître les traits à cause de l’obscurité. La lettre n’avait ni date ni signature. L’anonyme invitait lord ÎMounteagle à ne point aller au parlement, et lui faisait appréhender quelque grand danger, sans le lui indiquer s'il ne tenait aucun compte de cette invitation. Lord Mounteagle, qui, malgré sa religion, n’était pas en hostilité avec la cour, montra le même soir la lettre à Cécil et à plusieurs des ministres. Le roi chassait alors le lièvre à Royston, et Cécil résolut de ne rien faire avant .son retour. Le lendemain matin une des personnes qui avaient soupé avec Mounteagle, et qui avait eu connaissance de la lettre, dit à Thomas AV inter ce qui. s’était passé. Cette nou-
velle alarmante fut aussitôt connue de Catesby, qui soupçonna Tresham de trahison. Rien cependant n’indiquait que le gouvernement eût connaissance du complot. Le 30 octobre, Tresham ayant reçu l’invitation de Catesby et de Winter de se rendre dans la maison d’Enfield-chase, fut interrogé et accusé d’avoir écrit la lettre à Mounteagle, mais Tresham repoussa l’accusation avec fermeté et déclara par les serments les plus solennels qu’il n’avait aucune connaissance de la lettre; il lui fut permis de partir. L’intention de Catesby était de poignarder Tresham si son visage eût décelé la moindre frayeur ou le moindre trouble. Catesbv et Winter revinrent alors à Londres et envoyèrent Fawkes, qui ne savait rien de la lettre , à la maison de Westminster, pour voir si tout était en ordre dans la cave. Fawkes remplit cette mission et leur dit que les barilsde poudre étaient dans l’état où il les avait laissés précédemment. Catesby et Winter lui parlèrent alors de la lettre, et s’excusèrent de l'avoir placé dans un si grand danger sans l’avoir averti. Fawkes répondit qu’eût-il eu connaissance de la lettre, il eût rempli avec la même fidélité et la même promptitude la mission qui lui avait été confiée, et il ajouta qu’il irait tous les jours visiter la cave jusqu’au .5 novembre. Il leur dit enoutre qu’ayant mis une certaine marque derrière la porte, il était sûr que personne ne l’ouvrirait sans qu’il s’en aperçût.
Le 31 octobre, Jacques arriva de Royston, et le jour suivant, Cécil mit sous ses yeux la lettre qui avait été adressée à lord Mounteagle. J.,a lecture de cette lettre éveilla les soupçons du roi; mais sur l’avis de Cécil, rt fut décidé que rien ne serait ébruité de l’affaire, et qu’on attendrait pour agir la veille du jour où s’ouvrirait le parlement. Le 3 novembre, les conjurés reçurent avis d’une personne attachée ‘au service de lord IMounteagle, que le roi avait vu la lettre, et qu’il s’en était vivement préoccupé.
Aussitôt Thomas Winter somma Tresham de se rendre dans Lincoln’s
inn. Walk. Tresliam accepta l’invi- à exécution. Pressé de découvrir .ses talion , et dit qu’à sa connaissance complices , il répondit qu’il ne voûtons les conjurés étaient perdus s’ils lait accuser personne; et le roi lui ne prenaient immédiatement la fuite, ayant demandé comment il avait pu ülalgré laconviclionoù ilsétaient que se décider à faire périr tant de per- T resham était en communication avec sonnes innocentes . il dit qu’aux maux lord .Mounteagle et peut-être même dangereux il fallait des remèdes licavec lord Cécil , aucun d’eux ne vou- roïques. Un des courtisans écossais lut fuir; le même soir, Fawkes alla lui demanda pourquoi U avait réuni faire sentinelle dans la cave. un si grand nombre de barils de pou-
Le lundi suivant , Suffolk et lord dre. Fawkes lui répondit que c’était Mounteagle se rendirent à la chambre pour envoyer les Écossais au diable, des lords pour voir si toutes les 11 fut conduit aussitôt à la Tour, et dispositions pour la cérémonie d’ou- Jacques donna l’ordre de lui faire suverture avaient été bien prises. Après bir tous les genres de tortures afin avoir passé quelques moments dans d’en obtenir une confession complète; la salle où devait se tenir l’assem- mais Fawkes ne voulut rien avouer, blée , ils descendirent dans les caves Ces aveux eussent été du reste fort sous prétexted’y chercher des étoffes inutiles; car les complices de Fawkes appartenant au roi qui, disaient- se trahissaient eux-mêmes en prenant ils , étaient égarées. Ils ouvrirent alors la fuite. Tous avaient quitté Londres, la cave aux poudres et virent devant à l’exception de Tresham, qui s’y eux un homme d’une haute stature: montrait publiquement dans les rues;
c'était Fawkes. Suffolk lui demanda il était aile offrir ses services au conavec une insouciance affectée qui il seil pour appréhender les eonjurés. était. « Je suis le domestique de mon- Cependant aucun d'eux n’eut l’intensieur Percy, Répondit Fawkes, et je tion de mettre sa vie en sûreté en garde ici le charbon de mon maître, quittant le pays. Catesby et John — Votre maître, reprit le lord, paraît Wright, -auxquels s’était réuni Rookavoir fait une grande provision de coin- wood, et bientôt après Percy et Chrisbiistible; » et sans ajouter un mot de tophe Wright, gagnèrent de toute plus Suffolk quitta la cave ainsi que la vitessede leurschevaiix Ashby Saintlord Mounteagle. Lorsqu’ils furent Léger dans le Northamptonshire, partis, Fawkes se hâta de rendre où ils trouvèrent Winter, autre concoinpte de cette visite à Percy et re- juré. De là ils allèrent à Dunchurch, vint ensuite à la cave; mais au mo- résidence de sir Everard Digby. Ils ment où il en ouvrait la porte, et trouvèrent Digby en compagnie avant qu’il eût eu le temps de faire de plusieurs gentilshommes caaucun mouvement, il fut saisi par des tholiques qui avaient quelque idée soldats qui lui lièrent les pieds et les que l’on devait frapper un grand coup mains. Il fut fouillé, et on trouva sur à Londres, sans connaître tous les lui une montre, un briquet et des allu- détails du complot, et qui devaient mettes. Le prisonnier fut aussitôtcon- prêter main-forte aux conjurés. Mais, duit à Whitehall dans la chambre à lorsqu’ils apprirent que le complot coucher du roi, où il fut interrogé par était découvert, tous ces gentilshomle roi même et son conseil. Sa con- mes quittèrent la demeure de Digby tenance était ferme, sa voix était pendant la nuit. Alors les conjurés haute; il répondait par des regards prirent la route de la principauté de. de mépris et de défi aux regards in- Galles. Catesby , qui savait qu’un quisiteurs des courtisans. Il dit qu’il grand nombre de catholiques étaient se nommait John Johnson et qu’il fixés dans cette principauté et dans les était au service de Thomas Percy; comtésadjacents.espéraityfaireécladéclara hautement son projet, etajouta ter une. formidable insurrection, qu'il était fâché de ne l’avoir pas mis Us traversèrent le Warwickshire
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et le Worcestershire et y trouvèrent (1res, fut égalemeut arrête et envoyé à quelques personnes qui s’associèrent à la Tour.
leur cause. Mais déjà ils étaient pour- Pendant ce teaips-là, Fawkes subissuivis de près par sir Richard Walsh, sait de nombreux interrogatoires, sans shérif de Worcester. Ils résolureut de que les -promesses ou les menaces faire résistance, et dans ce dessein ils pussent ébranler sa fermeté ou lui
se barricadèrent dans une maison. Cependant ils s’aperçurent bientôt que leurs efforts seraient inutiles; car, d’un côté, le nombre des assaillants augmentait sans cesse, tandis que le nombre des leurs diminuait dans la même proportion. Sir Everard Digby les quitta sous prétexte d'aller chercher du secours, et tous ceux qui s’étaient réunis à eux dans leur voyage rapide s’esquivèrent pendant la nuit.
Un autre événement vint compliquer leur situation. Catesby ayant mis de la poudre sécher devant le feu, il y eut une explosion terrible qui le blessa dangereusement ainsi que trois autres conjurés. Déjà sir Richard Walsh entourait lu maison. Il somma les rebelles de déposer leurs armes.
Toute résistance devenait inutile.
Préférant mourir les armes à la main, plutôt que de tomber sous la hache du Bourreau, les conjurés refusèrent de se rendre. Aussitôt leshérif ordonna à ses soldats de mettre le feu à la maison et d’attaquer en même temps les portes de la cour. Les conjurés, armés seulement de leurs épées , se présentèrent alors aux coups de leurs adversaires, et Thomas Winter reçut une balle dans le bras droit. > Tiens-toi auprès de moi. Toi», s’écria Catesby, et nous mourrons ensemble; » au même instant deux balles traversèrent le corps de Catesby; John et Christophe Wright etPercy furent tués de la même manière. Rookwood, qui avait été blessé sérieusement le matin par l'explosion de la poudre, et qui avait eu dans l’attaque le bras brisé par nne balle, fut fait prisonnier. On s’empara ensuite facilement de tous ceux qui étaient dans la maison; les conjurés qui avaient pris la fuite furent successivement arrêtés. Tous furent conduits à Londres et mis à la Tour. Tresham , qui était resté à Lon-
oter son assurance. On lui montra l’inutilité de ne point révéler les noms de ses complices, parce que parleurfuileils s’etaient suflisamment découverts eux-mêmes. « Si cela est, répondit-il, si par leurfuite iis se sont nommés eux-mêmes, pourquoi insistez-vous pourqueje vousles nomme? »
Il avoua toute la part qu’il avait prise au complut; déclara qu’il était prêta mourir, et qu’il préférait souffrir mille morts plutôt (lue d’accuser Percy ou tout autre. II fut mis à la torture et eut à endurer les souffrances les plus cruelles ; mais Fawkes conserva sou caractère et ne révéla rien au gouvernement qui ne fôt déjà connu.
Rats, serviteur de Catesby, n’eut point le même courage. Quand on lui appliqua la torture, il avoua tout ce qu’on voulut, et fut le premier à accuser les jésuites d’avoir pris part au ^complot. Tresham ne montra pas plus de fermeté. 11 avoua que le père Carnet et le père Greenway, qui étaient tous deux jésuites , avaient entretenu des relations coupables avec la cour d’Espagne, par l’intermédiaire de Catesby et d'autres. Déjà Tre.sham était abandonné par le gouvernement u’il avait sauvé, mais il fut attaqué 'une maladie violente qui, en le conduisant au tombeau , le sauva de l’cchafaud.Dans ses derniers moments, il dicta quelques lignes à son domestique , dans lesquelles il rétractait formellement tout ce qu’il avait dit contre les jésuites Carnet et Greenway.
Le 15 janvier 1606, une proclamation royale fut rendue pour métré en jugement Carnet, Grnway et Gérard, et le procès de la conspiration des poudrc.s commença le 27 du même mois. Les principaux auteurs de cette conspiration furent tous condamnés
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à la peine des traîtres. Sir Everard Digiiy, Robert Wiiiter, .lolin Grant et Tliomas Bats furent exécutés le 30 janvier. Thomas AVinter, Rookwood, Kay et Guido Fawkes le furent le jour suivant. Tous moururent avec courage , déclarant qu’ils profe.ssaient un attachement inébranlable à l’église de Rome.
Le procès d’Henri Garnet ne commença que le 3 mars. Ses deux collègues, Gérard et Greenway, après avoir couru de grands dangers, étaient parvenus à s’échapper sur le continent.
Garnet, qui était accusé de haute traliison , fut traduit devant une commission spéciale réunie à Guild-tlall; et son procès excita le plus vif intérêt dans la nation. Tous les membres du parlement et le roi lui-même ainsi que lady Arabella Stuart y assistèrent.
L’accusé déclara qu’il avait fait tous ses efforts pour empêcher l’exécution delà conspiration des poudres et que s’il n’avait nas fait des révélations à cet é^ard , c’est que les lois de l’Église lui défendaient de dévoiler un secret qui lui avait été donné sous le sceau de la confession. Il fut condamné à être pendu et écartelé; mais son exécution fut retardée, car on espérait d’obtenir de lui des aveux qui compromettraient d’autres personnes ; Garnet, n’ayant voulu en faire aucun, fut exécuté le 3 mai.
2. — Nouvelles persécutions contre les catholiques. — Extravagances de la cour. — Opposition menaçante des communes. — Insurrection des provinces du centre.— Favoris du roi. — Leurs (jucrelles. — Situation de l’.Vngteterre \Ks-.vvis des puissances contineutaies. — Transaction entre la cour et les communes. — Ses résultats. — Mariage secret d’Arabella Stuart.
Les catholiques devinrent alors odieux à tous les partis et furent en butte aux plus cruelles persécutions.
Un grand nombre d’entre eux furent misa mort dans le AVarwickshire et les comtés adjacents. Le gouvernement chercha aussi des victimes dans les rangs les plus élevés de la société.
L’une d’elles fut le comte de Northumberland , parent de Percy. Le com-
te fut arrêté aussitôt que la conspiration des poudres fut découverte et fut mis sous la garde de rarchevêque de Cantorbéry, Les lords Stourton, Mordaunt et" Montagu, qui tous trois étaient catholiques, furent également arrêtés sous prétexte qu’ils avaient eu l’intention de s’absenter du parlement à son ouverture; preuve évidente aux yeux du gouvernement ne ces lords avaient eu connaissance e la cons|)iration des poudres. Ils furent traduits devant la chambre étoilée, qui les eondamna à payer de fortes amendes et à rester en prison durant le bon plaisir du roi. Le comte de rs'ortbumberland comparut également devant la chambre étoilée, et ce tribunal, après l’avoir privé de tous ses emplois, le condamna à une amende de trente mille livres sterling (730,000 fr.) et à un emprisonnement jierpétiiel dans la Tour.
l.e parlement , qui devait se réunir le 5 novembre, avait été de nouveau prorogé au 21 janvier 1606; ii s’associa au persécutions du gouvernement et rendit les lois les plus oppressives et les plus cruelles contre les catholiques.
Il suflira d’en citer quelques-unes, pour donner une iiléedeî'esprit qui les avait dictées. Il y était dit que les catboligupsqui se refuseraient à se conformer à la religion de l’État(Jacques appelait ainsi la religion qu’il avait modifiée) ne pourraient paraître a la cour, ni vivre à Londres , ni demeurer à dix milles de distance de cette c;ipitale , et qu’ils ne pourraient en aucune occasion s’éloigner de plus de cinq milles de leur demeure, sans une permission signée de quatre magistrats.
Aucun catholique dissident ne pouvait exercer la médecine, la chirurgie ou la profession d’avocat. Il ne pouvait être juge , ni remplir aucune fonction dans les cours de justice ou dans les corporations; il ne pouvaitêtre exécuteur testamentaire; il ne pouvait non plus administrer des biens de mineurs ni servir de tuteur. Pour les mariages, et lorsque la cérémonie était célébrée par un prêtre catholique, le
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mari, s’il était catholiaue, n'avait rien à prétend re aux biens aesa femme ; ni la Kmme , si elle était catholique , aux biens de son mari. Tout catholique qui négligeait de faire baptiser son enfant dans le mois de sa naissance par un prêtre protestant , devait payer pour chaque mois de retard cent livres sterling (2500 fr ) ; et vingtiivres sterling (500 fr.) étaient exigées deceux qui faisaient enterrer leurs morts dans un endroit autre que le cimetière de leur paroisse. Les pro[)riétaires qui avaient des catholiques a leur service , devaient payer pour chaque individu dix livres sterling par mois (250 fr.) , et une pareille somme était exigée pour chaque convive catholique qu’il recevait à sa table.
Les catholiques étaient pour ainsi dire excommuniés. On pouvait visiter leur maison à toute heure , examiner leurs meubles , leurs livres, brûler ces objets si on leur trouvait quelque rapport avec le culte défendu et s'emparer de leurs chevaux. Il y eut une nouvelle formule de serment d’allégeance nui leur fut spécialement destinée; elle contenait une renonciation formelle de la puissance temporelle du pape et de son droit d’intervenir dans les affaires civiles de l’Angleterre. On avait espéré que la plupart des catholiques accepteraient cette formule de serment, parce qu’elle n’attaquait point leur dogme religieux ; mais les jésuites et le pape Paul V, s’étant prononcés contre ce serment dans une bulle, les catholiques se refusèrent à le prêter. Un prêtre nommé Blackwall eut même le courage de publier la bulle du pape devant sa congrégation.
Black Wall, qui avait alors soixantedix ans, fut aussitôt arrêté , et fut jeté en prison, où il resta jusqu’à sa mort , qui arriva six ou sept ans après. Un autre prêtre nommé Drury , qui s’était prononcé contre le serment, fut pendu et écartelé.
Jacques , pour mieux convaincre ses sujets , prit ensuite la plume et soutint la nécessité du serment d’allégeance. Il publia à cette occasion un livre intitulé : « Apologie en
faveur du serment d’allégeance. «Parsons, célèbre jésuite, et le cardinal Bellarmin, qui était regardé comme l’un des plus habiles écrivains de l’époque, répondirent à l’apologie . Jacques répliqua et dit de Parsons que la meilleure réponse à lui faire était de lui envoyer une corde; et de Bellarmin, qui avait écritsous un nom supposé, que c’était un auteur obscur totalement inconnu à lui-même et qu'il était peu connu du monde pour ses autres ouvrages; que par conséquent c’était de sa part un acte bien audacieux et bien hardi de commencer son apprentissage d’auteur par réfuter les écrits d’un roi comme lui.
La conformité de vues qui régnait entre le parlement et le gouvern "'ment à l’égard des catholiques n’avait pas augmenté la libéralité des communes à l’égard de la couronne; toujours elles apportaient du mauvais vouloir pour voter les subsides. La question relative à ces subsides fut mise pourtant en délibération. Le bruit se répandit que le roi, qui était parti pour la chasse, avait été assassiné à Oaking dans le Berkshire, ainsi que trois de ses favoris, Philippe Herbert, comte de Montgomery, sir John Ramsay et sir James Hay. Il n’en était rien ; bientôt on apprit que cette nouvelle était dénuée de fondement, et Jacques luimême arriva sain et sauf à Whitehall, pour en conGrmer la fausseté.
Jacques avait alors le plus grand besoin d’argent, et l’on prétend que luimêmeavait fait répandre ce bruit pour décider les communes à se montrer libérales et à mettre plus d’empressement à voter les subsides; ce qui eut lieu. Aussitôt le parlement fut prorogé au 18 novembre.
Jacques continuait sa vie dissipée.
Dans le cours de l’année, il reçut la visite de Christian IV, roi de Danemark , son beau-frère , et à cette occasion de grandes fêtes eurent lieu à la cour et à la ville. Dans une de ces fêtes les deux augustes beaux-frères s’enivrèrent, et tandis que les courtisans portaient dans leurs bras JaC' ques et le mettaient au lit. Sa Ma-
üogle
PÉRIODE DES STUARTS
jesté Danoise se trompant de chambre, faisait la plus grossière insulte à la comtesse de NottiÊigham, épouse du grand amiral d’Angleterre. On trouve dans un ouvrage intitulé Nugæ antiçaædes détails curieux au sujet de cette fête dont le lecteur s’amusera sans doute : « Ceux auxquels je n’ai jamais pu faire goûter de bonne liqueur, dit l’auteur, suivent actuellement la mode et se plongent dans les délices. Les femmes abandonnent la sobriété et se montrent ivres à tomber. Après dîner on donna la représentation du temple de Salomon.
L’arrivée de la reine de Saba causa une grande confusion. La dame qui jouait le rôle de cette grande reine apportait les dons les plus précieux à Leurs Majestés; mais, oubliant les marches qui étaient sous le dais, elle jeta la cassette sur les genoux de Sa Majesté Danoise , et tomba à ses pi.eds ou bien plutôt sur son visage.
Il y eut beaucoup de bruit et de confusion; on se servit de nappes et de serviettes pour tout nettoyer. Sa Majesté alors se leva, et voulut danser avec la reine de Saba, mais elle tomba elle-rnénie. On l’emporta dans une chambre , et on la mit sur uii lit de parade. La fête continua. Beaucoup de personnes qui portaient les présents chancelaient et se soutenaient à peine; car le vin leur était monté au cerveau. On vit enOn paraître, dans de riches habillements, l’espérance, la Foi et la Charité. L’Espérance essaya de parler, mais elle avait tant bu que ses effors, furent inutiles et qu’elle se retira. La Foi était alors toute seule, mais elle quitta la cour tout en chancelant. La Charité vint aux pieds du roi, et parut vouloir excuser la foule de péchés que ses sœurs avaient commis ; elle fit la révérence et des présents. Elle revint dors vers l’Espérance et la Foi , qui étaient malades et vomissaient dans une salle basse. » i
Au mois de novembre, le parlement se réunit de nouveau. Jacques s’occupait alors d’un projet d’union entre l’Angleterre et l’Écosse. Legrand Ba-
con soutint le projet avec beaucoup d’énergie. Mais les deux pays n’étaient point encore préparés à cette mesure , car les antipathies et les préjugés qui avaient séparé les deux nations depuis des siècles existaient encore.
Indépendamment de ces causes, il y en avait une autre dans la différence de la religion des deux pays.
On appréhendait que l’adoption de cette mesure n’augmentât la puissance de la couronne, et qu’elle n’amenôt aussi l’union des deux églises. D’un autre côté, Jacques avait toujours insisté sur la supériorité de la législation anglaise, tandis que les Ee-ossais, jaloux avec raison de leur indépendance, qui leur avait coûté de nombreuses luttes, auraient voulu conserver leurs lois. Pour eux , tout acte qui indiquait la soumission ou la reconnaissance d’une supériorité quelconque, devait être repoussé avec indignation. Les Anglais n’avaient pas moins de fierté. Ils ne voulaient en aucune manière admettre les Écossais comme leurs égaux. De plus , la manière dont le roi avait prodigué les places et l’argent à quelques-uns de ses favoris d'Écosse, avait excité une grande irritation. Les esprits s’échauffèrent, et quelques personnes avancèrent que le pays allait être infesté d’Écossais et que ses richesses allaient être dévorées par eux. Dans le cours des débats plusieurs membres de la chambre des communes manifestèrent de la manière la plus énergique leurs sentiments de mépris contre les compatriotes de Jacques. Un orateur exprima son étonnement à l’idée de l’union de l’Écosseavec l’Angleterre.
<• Comment, s’écria-t-il, songera unir une contrée riche et fertile comine l’Angleterre à une terre comme l’Écosse, qui est pauvre, stérile et maltraitée par la nature? Comment associer deux peuples dont l’un est renommé pour sa puissance , sa franchise et sa probité, tandis que l’autre est orgueilleux , mendiant et traître? ■> Poussant plus loin les fureurs de sa rhétorique, l’orateur déclara que la différence entre un Anglais et un
Écossais était la même que celle qui existe entre un juge et un voleur.
La nation écossaise ressentit vivement ces injures grossières et menaça de prendre les armes pour se venger. De son côté, Jacques réprimanda Gécil pour avoir laissé passer de pareilles expressions sans les relever et déclara à son conseil que l’insulte le touchait lui-niéme comme Écossais. Il menaça ensuite de sa colère la chambre des communes, et cette chambre, pour le calmer, expui.sa de sonsein le membre qui avait parlé avec tantde véhémence et l’envoya même à la Tour.
Toutefois dans le cours de la session de 1604, les commissaires anglais et les commissaires écossais tombèrent d’accord pour abroger les lois hostiles qui existaient dans les deux pays à l’égard l’un de l’autre ; pour abolir les cours dejustice qui avaient été établies sur les frontières, et lever toutes les restrictionsqui pesaient sur le commerce des deux pays. Alors Jacques prit dans ses proclamations le titre de « roi de la Grande-Bretagne »
et le fit frapper sur ses monnaies. Ses ministres proposèrent ensuite aux communes un bill qui avait pour objet de naturaliser Anglais tous les Écossais nés avant l’avénement du roi au trône d’Angleterre; mais ce bill fut repoussé. Quelque temps après, les cours de Justice accordèrent le droit de naturalisation à tous les Écossais qui étaient nés après l’avénement du roi. Les communes voulurent encore opposer une vive résistance aux désirs de Jacques, mais cette résistance leur valut une sévère admonestation.
« Je ne m’attendais pas, leur dit Jac-
3ues, àrecevoir un pareil refus de vous ; e tels discours , remplis de personnalités , ne conviennent point à la gravité de votre assemblée, et vous devriez ne Jamais les prononcer. Je suis votre roi; J’ai été placé sur le trône pour vous gouverner et pour répondre de vos erreurs; Je suis de chair et d'os, et J’ai mes passions et mes sympathies comme les autres hommes. Je vous engage donc à ne point m’irriter et à ne pas m’obliger
à user de mes prérogatives contre vous. » Il menaça ensuite les communes de quitter Londres et de fixer sa résidence à York ou à Berwick.
Denouveauxdifférends ne tardèrent pas à éclater entre le roi et les communes. Dans le cours de lu session les marchands présentèrent aux communes une pétition dans laauelle ils se plaignaient des torts qmils avaient soufferts des Espagnols et en Espagne et dans le nouveau monde. Les communes nommèrent aussitôt une commission pour statuer sur ces griefs, et lorsque les commissaires eurent fait leur rapport , elles démanderent une conférence aux lords, ce qui leur fut accordé après beaucoup d’hésitations. La chambre des communes aurait désiré que le gouvernement fit des représentations à la cour d’Espagne et qu’il eût recours à la force des armes, dans le cas où l’Espagne lui refuserait satisfaction.
Mais Jacques, indépendamment du désir qu’il avait de vivre en paix avec toutes les puissances, voyait dans les prétentions de la chambre des communes de faire la guerre ou la paix , un empiétement à sa prérogative. Cécil , défenseur de la couronne , établit que le roi d’Angleterre était investi du pouvoir absolu de faire la paix ou la guerre, et que les pétitions adressées au parlement à cet égard étaient futiles et inconvenantes; que lorsque des affaires aussi importantes que celles de la paix ou de la guerre avaient antérieurement été soumises au parlement, le roi et son conseil avaient eu seulement pour but, soit de provoauer une manifestation de zèle et de dévouement de la part de son peu pie, soit de lui demander des subsides pour soutenir les frais de la guerre.
Gécil chercha en outre à pallier les torts imputés à l’Espagne. Le différend se termina aussitôt ; les communes mirent de côté la pétition des marchands.
Le .(Juillet 1607, le parlement fut prorogé au mois de novembre de la même année; mais il ne se réunit qu'au mois de février 1610.
Tous les esprits avaient été mis en
oogle
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mouvement dans le cours de la session; on avait appris que des troupes iioiubreiises d'hommes , de femmes et d'enfants parcouraient les comtés de Nortiiampton, de Warwick et de Leicester. On crut un moment que riiisurrectiou était organisée par les papistes ou par les puritains , car les deux sectes étaient également mécontentes du gouvernement. Mais on apprit bientôt que ce qui excitait ces démonstrations provenait de ce que plusieurs propriétaires entouraient leurs champs par des clôtures, mesure ui privait le peuple des campagnes e la faculté de faire paître son bétail dans les endroits où il avait eu accès jusqu’alors. Les insurgés prirent le titre de niveleurs ; ils brisaient les haies , démolissaient les murs et comblaient les fossés ; mais ils ne se livraient à aucun vol et ne commettaient aucune violence sur les personnes. Ils n’avaient eu en premier lieu aucun chef, mais bientôt il placèrent à leur tête un pauvre diable nommé John Reynolds, qu’ils surnommèrent le capitaine Poche, à cause d’une large besace qu'il portait à son côté. Reynolds qui était sans éducation , et que quelques historiens ont regardé comme atteint de folie, disait qu’il était sdr d’étre invulnérable, qu’il était à l’épreuve des balles, et il assurait à ses compagnons qu’il avait dans sa besace unereliquequi mettrait lui et eux-mémes à l’abri de tout danger, pourvu qu’ilss'abstinssent de Jurer et de commettre de mauvais actes. Il se disait, de plus, envoyé de Dieu pour contenter toutes les classes du royaume. Les gouverneurs des provinces voulurent lever la yeomanerie pour dissiper cette troupe, mais comme l’intérêt des ijeomen n’était point impliqué dans cette affaire , ceux-ci se montrèrent peu disposés à obéir aux ordres du gouvernement. Alors le roi envoya à la rencontre des insurgés les comtes de Huntingdon et d' Kxeler, et lord Zouche, à la tête d’une force considérable de troupes régulières.
Les insurgés n’avaient pour armes que de longues piques, des arcs et des
flèches. Deux fois on les engagea de se retirer, mais comme ils étaient décidés à eu venir aux mains, la cavalerie et l’infanterie les chargea à la fois, ils soutinrent la première attaque avec beaucoup de courage, mais à la seconde ils prirent la fuite , laissant cent cinquante des leurs sur le champ de bataille, et un grand nombre de prisonniers dans les mains des soldats du roi. Ceux-ci furent aussitôt jugés , et condamnés à mort comme rebelles et comme traîtres. Le capitaine, Poche également fait prisonnier, fut condamné à être pendu et écartelé.
Jacques, par sa vie indoleute et dissinée, s’étuit fait déjà un grand nomure d’ennemis. Mais ce qui plus que ses folies irritait la nation, c’était la manière dont Jacques répandait ses faveurs royales sur les Ecossais. luOrsque Jacques était arrivé en Angleterre, il s’était attaché sir John Ramsay , qui avait assassiné le comte de ’Gowrie à l’époque où, disait-on, ce seigneur voulait tuer Jacques, et il l’avait comblé de richesses et d’honneurs. A cette occasion, Jacques l’avait créé vicomte d’Iladdingtou. Le vicomte écossais avait les goôts de son maître pour la dépense, il faisait de nombreuses dettes que le roi payait; Jacques, voulant donner une marque d’amitié à son favori, l’avait marié à la fille du comte de Sussex , l’un des seigneurs les plus riches et les plus puissants du royaume. Plus tard, le vicomte fut élevé à la pairie avec le titre de comte de Holderness. Un autre favori du roi était sir James Hay , qui était également du pays de Jacques.
Sir James Hay fut bientôt créé lord Hay; puis il devint successivement vicomte de Duiikaster et comte de Carlisle. Jacques donnait à pleines mains à ce favori des places, ues honneurs et de l’argent. I.es sommes qu'il reçut s’élevèrent, dit-on, à 400,000 livres sterling (lo millions), et ces sommes énormes furent dissipées en extravagances et en débauches. Mais i’iiumeur de Jacques était capricieuse, changeante; il eut de uouveaiix favoris,
plusieurs de ceux-ci étaient d’origine anglaise. Le premier d’entre eux fut sir Philippe Herbert, frère du comte de Pembroke ; il fut bientôt créé comte de Montgomery , épousa une femme riche et fut comble de présents. I.e comte était remarquable par les grâces de sa personne, et par l’adresse avec laquelle il tuait le gibier. Personne dans le royaume ne connaissait mieux que lui les qualités des chevaux et ne savait mieux élever les chiens.
Tant de qualités ne pouvaient rester inaperçues; sa fortune fut faite.
Les favoris se jalousaient entre eux.
Un jour le vicomte Haddington frap-
iia d’un coup de fouet le visage de ilontgomcry dans une course, de chevaux a Croydon. Les Anglais regardèrent cet outrage sanglant comme une insulte faite à leur nation. On allait en venir aux mains , lorsque Herbert lit les plus humbles excuses à son adversaire, afin d'éviter de se battre. On rapporte que la mère de ce lâche , qui était sœur de Philippe Sidney , s’arracha les cheveux de désespoir en apprenant la conduite de son fils. Jacques s’empara de l’affaire ; il envov’a Haddington à la Tour, puis il réconcilia les deux partis. Ces querelles se renouvelaient souvent et elles occupaient vivement le roi, qui était toujours obligé d’intervenir. Dans une d’elles. Douglas, maître de la cavalerie, fut tué en duel par Lée , seigneur anglais.
Cependant le comte de Montgomery allait être supplanté par un nouveau venu. Celui-ci, qui renversa tous ses prédécesseurs et qui le premier fit connaître les vices de Jacques dans toute leur nudité, était Écossais. Il s’appelait Robert Carr, et appartenait à une famille de Fernyherst près des frontières, qui avait eu à supporter de cruelles persécutions pour avoir soutenu la cause de la mère du roi.
Carr étant enfant avait été petit page de Jacques, et dans sa jeunesse il avait été en E’ rance, où il avait acquis une politessedemanièieset des talents dans l’art de plaire que rt’avait aucun des autres courtisans de Jacques.
Ses formes étaient gracieuses et charmantes; son visage respirait un certain air de modestie féminine qui en relevait la beauté. Personne ne portait mieux ses vêtements. A. son retour du continent, il parut, dans un grand tournoi donné à Westminster, comme page de lord Dingwal , et dans le cours de la fête il eut occasion de présenter au roi le bouclier de son seigneur. Carr, caracolant avec grâce , tomba de sou cheval et se cassa la jambe. I^e roi, vivement alarmé, üt transporter le page dans une maison à Charing-Cross et lui envoya son propre médecin pour le soigner. Jacques n’avait plus le cœur au tournoi, irlui tardait qu’il fdt terminé. Il courut voir Carr et lui lit chaue jour une visite jusqu’au moment e sa guérison. A cette époque Carr avait à peine vingtans. Jacques ayant reconnu que l’instruction de son favori laissait à désirer, voulut entre-
firendre lui-même de lui apprendre le atin et lui donna chaque matin une leçon. Les places et les présents commencèrent aussitôt à être prodigués au nouveau favori. Il fut nommé chevalier , puis gentilhomme de la chambre, fonctions qui l’obligeaient à .se tenir toujours auprès du roi. Jacques ne cachait point à la cour l’affection qu’il portait a son favori. Il s’appuyait sur son bras quand il marchait, lui pinçait les joues , passait ses doigts dans ses cheveux et arrangeait ses vêtements. Aussi quiconque avait sur les bras une mauvaise affaire dont il désirait sortir, ou à obtenir une grâce, s’adressait-il au favori. Les dames de la plus haute naissance et les seigneurs les plus puissants de l’Angleterre fléchissaient devant ce soleil levant et n’épargnaient ni les riches présents ni la flatterie pour obtenir ses bonnes grâces. On avait craint d’abord que Carr ne favorisât principalement ses compatriotes; mais le favori, qui aimait l’or, montra bientôt une prédilection prononcée pour les Anglais, parce que ceux-ci étaient plus en état de lui fournir de l’argent. On le vit même affecter pour ses compatriotes
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une espèce d’éloignement , en ne s’entourant que d’Anglais, et en choisissant pour un de ses amis intimes sir Tliomas Overbnry. Sir Thomas devint l’iline du favori, c’est par son canal qu’on obtenait les faveurs de Carr.
C’est ainsi que Cécil et Suffolk , qui étaient alors rivaux , s’efforcèrent à l’eiivi de gagner son affection pour s’affermir au pouvoir.
Telle était la situation du pays et de la cour d’Angleterre lorsque les Provinces-Unies de Hollande qui avaient plusieurs de leurs villes dans les mains de .Jacques, et qui étaient obligées d’avoir pour lui une grande déférence, apprirent que ce prince venait denégocier avecPhiliupe III d’Espagne un traité par lequel il s’engagait à livrer les places qu’il avait à sa disposition, et permettait à l’archiduc Albert de lever des troupes en Angleterre pour agir contre les États. Ce bruit était sans fondement. Cécil, qui avait la direction entière des affaires étrangères , n’était pas homme à épouser la cause des Espagnols contre les Hollandais, car il craignait qu’une fois la guerre terminée dans les Pays-Bas, Philippe, qui avait donné refuge au comte de Tyrone, ne la portât en Irlande. D’un autre côté, Philippe était trop pauvre pour faire la guerre aux États de Hollande. Ily eut de longues négociations, et à la ün l’archiduc Albert consentit à entrer en pourpar- 1er avec les Hollandais. Une trêve fut conclue, et au mois d’avril 1607 , les Hollandais, après avoir informé le roi de France qu’ils avaient ouvert des négociations pour conclure un traité de paix avec l’Espagne, l’invitèrent à prendre part au traité. Trois mois après , les États firent la même invitation à Jacques, dont la vanité fut un peu offensée du retard qu’on avait apporté à son égard. Mais toutes les puissances de l’Europe professaient en ce moment un souverain mépris pour son caractère et sa politique. Jacques se joignit néanmoins a Henri IV pour remplir le rôle de médiateurs dans cette affaire. Les négociations s’ouvrirent à
la Haye, et le 29 mars 1609, une trêve fut conclue entre l’Espagne et la nouvelle république. Par ce traité , qui équivalait à une paix définitive, les Hollandais, qui faisaient la guerre depuis quarante ans, obtinrent la reconnaissance de leur indépendance, la liberté de commercerdans les Indes, et la fermeture du Scheldt. Les États se reconnurent débiteurs envers la couronne d’Angleterre de 818,000 livres sterling (20,450,000 francs) et promirent de payer leur dette par
Îiaiement annuel de 60,000 livres stering (1,500,000 francs). Le premier paiement devait avoir lieu deux ans après la date du traité, et Jusqu’à liquidation Jacques devait garder en sa ossession Flessingue, Brill et Kamens.
Jacques n'aurait point voulu convoquer de parlement , mais ses caisses étaient littéralement à sec ; il ne pouvait plus payer ses domestiques ni fournir aux besoins de sa table. Son trésorier, lord Dorset, venait d’être arrêté dans la rue par les domestiques de sa maison qui demandaient qu’on leur payât leurs gages , et les fournisseurs refusaient du nouveau crédit, si on ne leur donnait pas des à-compte.
JjOrd Dorset mourut en 1608, et Cécil, qui était alors comte de Salisbury, lui succéda dans les fonctions de trésorier. Cécil trouva le moyen de se créer quelques ressources. .Jacques avait établi en principe depuis longtemps que la propriété du sujet était celle du roi ; en vertu de ce principe, des monopoles furent scandaleusement créés et vendus au plus offrant. Le droits de pêcher sur les côtes d’Angleterre et d’Écosse fut vendu aux Hollandais ; des droits trèsélevés furent établis sur les marchandises importées dans le royaume et celles qui en sortaient. Plusieurs personnes se refusèrent à payer ces droits ; mais elles furent sévèrement punies. Un nommé Bâtes , entre autres, qui faisait un grand commerce avec la Turquie, n’ayant point voulu payer es droits d’importation que l’on avait établis sur les raisins de Corinthe , fut pour-
suivi devant la cour de l’échiquier, qui se prononça en faveur de la couronne et-déclara que le roi avait le droit de taxer ses sujets sans le concours du parlement, alors Cécil,fortdecette décision, ne s’arrêta plus.
Cependant ces ressources ne suffisaient pas encore, et il fallut bien songer a convoquer un parlement.
Ce parlement s’assembla le 14 février 1610. Dès l’ouverture de la session, on prévit qu’elle serait orageuse. Cécil dit aux communes qu’elles auraient à s’occuper d'accorder au roi des subsides immédiats; les communes se montrèrent récalcitrantes. .lacques leur envoya un message et les invita à moins parler et à agir davantage. Leroi appela ensuitedevant lui à Whitehall les deux chambres et leur fit un long discours. « Les rois, leur dit-il, sont appelés avec juste raison des dieux, car ils exercent une sorte de pouvoir divin sur la terre.
Examinez les attributs de Dieu, et voyez combien ils s’accordent avec ceux que réunit la personne d’un roi.
Dieu a le pouvoir de créer ou de détruire, de faireetde défaire à son gré, de donner la vie ou la mort, de Juger tous les hommes, etil n’est justiciable de personne; il peutéleverleshumbles et rabaisser les forts, àson gré; à Dieu nous devons notre âme et notre corps. Le pouvoir qu’ont lesrois estia même chose. Ils peuvent faire et défaire, (ïlever et abattre; ils ont le pouvoir de vieetde mort sur leurs sujets, celui de les juger dans toutes les causes,et ils nesont justiciables eux-mêmes que de Dieu seul. Ils peuvent élever les humbles, abaisser les puissants , faire de leurs sujets de simples cavaliers d’échiquier, où le pion prend souvent une forte pièce , et disposer de leur argent, de leur vie. Au roi les sujets doivent toutes les affections de leurs âmes; ils doivent le servir de leur corps. » .lacques termina ce beau discours en disant que toutes les lois accordées au peuple n’étaient qu’une grâce spéciale de la royauté. .
Mais les communes se retirèrent sans avoir été convaincues; elles ne
voulurent point consentir à ce qu’on mît des droits sur les raisins de Corinthe sans leur assentiment, droits qui avaient motivé le procès intenté à Bâtes devant la cour de l'échiquier.
Elles firent à cet égard de vives remontrances , déclarant que le parlement avait toujours joui du droit de discuter de pareilles taxes. Elles dirent qu’elles n’attaqueraient point le jugement prononcé par la cour de l’échiquier, mais el lesdemandèrent à connaître le motif sur lequel ce jugement était fondé. Les communes ajoutèrent dans leur réclamation , gue les rois d’Angleterre n’avaient point coutume de créer des lois ni d’imposer des taxes sans le consentement du parlement. « Sa Maje.sté, disaient-elles, établit des impôts plus considérables sur les sujetsdu royaume, alors qu’elle est en paix , que ne l’ont fait en temps de guerre ses ancêtres; en conséquence, nous la supplions humblement d’abolir tous CCS droits et de permettre qu’un acte du parlement soit rendu dans la session présente pour empêcher qu’à l’avenir aucun impôt ne soit levé sur le peuple sans le consentement de ses représentants. »
Les communes , joignant les faits aux paroles , rendirent un acte qui abolissait tous les impôts établis par le roi. Mais la chambre des lords n’était pas disposée à seconder cette mesure énergique. D’un autre côté, le banc des eveqiies était toujours prêt à produire des textes de l’Ecriture sainte pour prouver que la puissance du roi était celle de Dieu, etquecelledn parlement lui était bien inférieure. Un haut fonctionnaire de l’Église, nommé le docteur Cowell, publia unlivrequ’il dédia à l’évêque de Londres et dans lequel il s’évertuait à prouver que le roi était au-dessus de la loi. « Bien que pourfaireles lois, disait le docteur.
Sa Majesté s’entoure de l’avis des parlements, cette mesure, qui n’est pas obligatoire, est seulement un effet de sa propre bénignité ainsi que de la promesse qu’il a faite sous serment à l’époque de son couronnement. » « Le roi, disait-il ensuite au sujet de ce
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serment , a fait lors de son couronnement le serment de ne point altérer les lois du royaume ; cependant , malgré ce serment, ne peut-il pas suspendre ou changer ces lois s’il reconnaît qu'elles peuvent être préjudiciables au bonheur de ses sujets ? Oui , sans doute : le roi est donc au-dessus des lois de son royaume. » Dans un autre passage, le docteur disait que, • bien que le roi d’Angleterre ne pût, d’après la coutume du pays, faire des lois sans le consentement de son parlement, il pouvait les renverser toutes , et il déclarait que le roi d’Angleterre était un roi absolu. Les communes, vivement irritées de ces doctrines, demandèrent une conférence à la chambre des lords pour punir l’auteur. Les lords y consentirent ; et Jacques, qui voyait grossir l'orage, abandonna le défenseur de sa cause.
Cowell fut envoyé en prison , et son livre fut supprimé par une proclamation du roi.
Les subsides n’étaient point votés; les communes continuaient à rester intraitables. La cour résolutdetourner la difficulté, ou du moins de transiger avec les communes, mais une dernière fois pour toutes. Cécil, devenu lord trésorier, avait trouvé que les dettes du roi s’élevaient à 300,000 livres sterling (7,500,000 francs), et que sa dépense annuelle excédait les recettes d’au moins 81,000 livres sterling (2, 025, 000 francs). Après avoir essayé inutilement de réduire la dette , il demanda au parlement d’accorder au roi un revenu annuel une fois fixé ; et pour prix de ce vote, il promettait au nomde.Iacques le redressement de tous les griefs. Les communes acceptèrent la proposition , et dressèrent aussitôt une liste de leurs griefs. Mais le mimistre, avant de faire droit à cette requête, voulut que les communes votassent l’argent demandé. Les communes lui répondirent qu’elles voteraient les subsides lorsque le roi aurait fait droit à leur demande. Elles vour laient qu’on abolît la haute cour des commissaires ecclésiastiques, qui, indépendammentdes affaires relatives au
clergé, s’occupait d’affaires civiles; elles réclamaient encore contre la pratique adoptée par le roi de tout foire par proclamations, et elles énuméraient à cette occasion toutes les proclamations arbitraires rendues par .lacques depuis son avènement au trône. Elles se plaignaient aussi des délais apportés par les cours de justice pour accorder aux citoyens les saufsconduits qui leur étaient dus en vertu de l’acte ahabeas corpus ; elles accusaient d’empiétement le conseil de la principauté de Galles, qui étend, ait sa juridiction sur les quatre contrées limitrophes de cette principauté, c’està-dire sur les comtés de Worcester .
de Glocester, d’ilereford et de Salop , qu’il englobait mal à propos dans cette juridiction. Les communes demandaient encore qu’on abolît les monopoles sur les vins, les taxes qu’on avait mises pour l’obtention des licences à l’effet de tenir les public bouses , les droits sur le charbon de terre , les droits sur les tutelles , diverses redevances établies en faveur de la couronne.
Jacques, après beaucoup d’hésitation , consentit à ce que voulait la chambre des communes. Il ne s’agissait plus que de fixer les allocations. Jacques demandait 300,000 livressterlingpar an (7, .500,000 francs) pour abolir les droits prélevés sur les tutelles et renoncer aux redevances attribuées à la couronne. Après réflexion, il réduisit ses prétentions à 220,000 liv. sterling par an (5,500,000 francs). Les communes ne voulurent donner que 200,000 livres sterling (5 millions de francs); ce qui fut accepté. Mais les communes, qui voyaient bien qu’elles avaient besoin de quelques garanties, car autrement Jacques pouvait ne pas tenir sa promesse, résolurent de ne voter immédiatement que les subsides les plus urgents pour le roi , et de reprendre l’affaire dans la prochaine réunion du parlement. I.es deux chambres furent prorogées au mois d’octobre. Mais dans la nouvelle session, les communes se trouvèrent moins favorablement dis-
posées envers Jacques qu’elles ne l’avaient été en se séparant. Elles ne voulaient plus accorder les 200,000 livres sterling. D'un autre côté , elles demandèrent qu’on étendît le cercle des promesses qui leur avaient été faites. .lacques était furieux. Il convoqua les communes dans son palais de Wliiteliall , et s’adressant à sir Henri Neville, il lui demanda s’il pensait qu'il eût réellement besoin d’argent, ainsi que son chancelier et son trésorier en avaient averti la chambre. Neville répondit par Tafflrmation. « Eh bien, reprit le roi , ditcsnioi si c’est à vous qui êtes mes sujets à me tirer ou non d’embarras. — Je dois établir à cet égard une distinction , répondit Neville : si les dépenses de Votre Majesté augmentent pour le bien du ropume, nous sommes tout prêts a lui accorder ce qui est nécessaire; mais si c’est pour l’usage particulier de Votre Majesté , nous ne le pouvons faire. » Jacques prorogea de nouveau son parlement pour neuf semaines, et il employa tout ce temps à gagner les membres du parlement ; ses tentatives n’eurent point de succès , et les communes persistant à ne point remplir les coures du roi, sans de bonnes garanties, Jacques se décida à dissoudre le parlement (tell).
Surces entrefaites, le primat mourut, et le docteur Georges Abbot lui succéda à la pri matie. Abbot était imbu des princi pes cal vinistes ou presbytériens; ses tendances le portaient à protéger les prédicateurs puritains , que ses prédécesseurs avaient si cruellement persécutés. Il n’y avait que dix-huit mois qu’il était évêque; aussi le viton avec surprise arriver aux plus hautes fonctions de. l’église d’Angleterre. Mais il devait ce poste élevé à quelques services secrets qu’il avait rendus au roi dans un récent voyage qu’il avait fait en Éco.sse. Sir Robert Cécil, comte de Salisbury, mourut à la même époque. On prétend que ce fut de la douleur des déboires qu’il avait eus à supporter dans le parlement, et des embarras pécuniaires
du gouvernement. » Sa mort arriva le 24 mai 1612; dans ses derniers moments il dit à unde ses amis : « L’homme de plaisirs n’aime point à entendre parler de la mort , mais ma vie , qui a été pleine de soucis et de misères, a besoin de repos. » Sa mort fut saluée par la nation comme un bienfait du ciel. Cependant, malgré de grands défauts, Cécil avait des talents au premier ordre; aussi fut-il bientôt regretté; car on vit que les hommes qui lui succédèrent avaient ce qu’il possédait de mauvais , sans avoir ses bonnes qualités.
Le gouvernement, entouré d’ennemis, ne rêvait que conspirations et complots. Arabella Stuart, que nous avons vue figurer dans les procès de Raleighetde Cobham, excitait surtout ses craintes jalouses. Aussi la faisaitil surveiller avec le plus grand soin.
Cette dame se distinguait par l’étendue de ses talents littéraires, elle faisait de l’étude ses plus chères délices. Jacques avait autrefois demandé sa main à Élisabeth pour son favori Esine Stuart, duc de Lennox, qui était lui-mênie cousin de lady Arabella.
Mais Élisabeth avait défendu ce mariage; elle avait fait ensuite mettre en prison Arabella et avait répondu enfermes fort durs à la demande de Jacques. Nous avons vu quel rôle lady Arabella joua à l’avénemeiit de Jacques au trône. Quelque temps après, un ambassadeur du roi de Pologne vint en Angleterre la demander en mariage 'pour son souverain ; et dans le même temps le comte Maurice, qui prenait le titre de duc de Gueldre, lui fit une autre proposition. Elle les repoussa toutes les deux. Jacques n’accordait à Arabella qu’une pension très-minime et qui suffisait à peine à ses besoins. Elle était en outre exposée aux persécutions de sa tante, la comtesse de Shrewsbury, femme violente et vulaire, qui remplissait à l’égard d’Araella les fonctions de duègne. Malgré la surveillance dont elle était l’objet, lady Arabella fit la connaissance de ■William Seymour, fils du comte de
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Beauchanip et petit-OIs du comte de Hereford , qu'elle avait vu dans son enfance. Ils s’aimèrent, et au mois de février 1610 la cour apprit qu’il y avait un projet de mariage entre eux.
Jacques fut vivement alarmé, car Seymour, comme lady Arabella, descendait de Henri VII. Les deux amants furent appelés devant le conseil privé. Seymour reçut une forte réprimande pour avoir osé concevoir le projet de s’allier à une personne du sang royal, et défense lui fut faite de contracter mariage. Il promit d’obéir au conseil , mais dans le mois suivant on découvrit ou’il s’était marié secrètement. Aussitôt Arabella fut mise sous la garde de sir Thomas Parrj' à Lambetn , et son mari fut envoyé a la Tour. Il paraît que cet emprisonnement n’était point rigoureux car les deux époux se revirent. Mais un matin Arabella reçut la triste nouvelle qu’il fallait Quitter Lambetb pour Durham. Elle ut résistance et fut emportée de forcedansun bateau. Arrivée à Barnet, elle tomba malade, et le docteur qui l’accompagnait jugea prudent d’attendre les ordres du roi pour continuer le voyage. Jacques parut vivement touché , « mais , dit-il, il faut obéir. » Il tenait à ce que lady Arabella allât à Durham. Cependant il se relâcha de sa sévérité, et lui permit de demeurer à Iligh-Gate pendant un mois pour y rétablir sa santé.
Dans cet endroit, Arabella s’étant revêtue d’un costume d’homme, parvint à s’échapper; elle se rendit à Londres , et de là à Blackwall , puis à Gravesend, où un bateau français l’attendait. Elle espérait y trouver Seymour, qui s’était enfui de la Tour, mais qui n’avait encore pu rejoindre le bateau. Après avoir attendu quelque temps, le capitaine français, qui comprenait le danger de sa position , leva l’ancre et mit à la voile malgré les promesses et les prières de lady Araoella. Lorsque Seymour arriva, le bateau était parti. Il prit passage sur un autre navire, pour 46 livres sterling (1,125 fr), et parvint à débarquer sain et sauf en Flandre. L’alarme était
A.VCLETERRE. — T. 11.
déjà répandue à Londres, et des messagers étaient envoyés dans toutes les directions pour arrêter les fugitifs.
Tandis que Seymour arrivait en Flandre, le navire qui portait Arabella était arrêté au milieu au détroit par un navire de la marine royale. Arabella fut aussitôt conduite à Londres et enfermée dans la Tour, d’où elle ne sortit plus. Son désespoir la rendit folle; elle y mourut le 27 septembre 161.5.
Ce n’était point seulement à ses sujets que Jacques voulait imposer ses idées religieuses. Eu 1611 , un ecclésiastique hollandais, nommé Conrad Vortsius, ayant publié un traité sur la nature et les attributs de la Divinité, le roi prit la plume pour combattre ce qu’il appelait des hérésies dignes de la damnation éternelle. Il écrivit, à cette occasion , à Winwood, son ambassadeur dans les Pays-Bas, lui ordonnant d’accuser Vortsius d’hérésie devant les États, et de leur déclarer toute l’horreur qu’il éprouvait pour un pareil crime et pour tous ceux qui le toléraient. Les Hollandais, qui venaient de nommer l’hérésiarque à la chaire de théologie de Leyde , firent peu de cas des représentations de l’ambassadeur. Jacques prit une autre fois la plume pour écrire aux États et leur rappeler que le roi d’Angleterre était le défenseur de la foi , et qu’en cette qualité, il était de son devoir d’éteindre les hérésies. Il leur disait que Vortsius méritaitd’être brûlé vif. Les Hollandais firent une réponse froide et évasive et Winwood enjoignit aussitôt aux États d’abandonner la cause de l’hérésiarque. Les États qui avaient besoin de l’amitié du roi d’Angleterre renvoyèrent Vortsius de leur pays.
Jacques, fier de cette victoire, et voulant donner exemple à suivre aux Hollandais, fit brûler plusieurs personnes à .Smithlield. Un nommé Bartholomé Lé^îat , convaincu d’arianisme, fut brûlé le 18 mars 1612. Le 11 avril suivant Édouard Wightman périt de la même manière.
Cette complaisance des Hollandais était due à de nouvelles complications dans les affaires du dehors. Le traité
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de la Haye qui avait été si^ne en 1609 avait été sur le point d’etre rompu par suite de l’alliance que les princes protestants de l’Allemagne et les états de Hollande s’étaient proposé de former avec les rois de France et d’Angleterre pour soutenir les intérêts de l’électeur de Brandebourg, le duc de Newburç et l’électeur de Saxe, contre le roi d’Espagne et l’archiduc Albert, qui s’étaient rangés du parti de l’Empereur. Les protestants de l’Allemagne et la Hollande devaient fournir9,000 hommes d’infanterie et 2,000 hommes de cavalerie. La France s’engageait à fournir un pareilcontingent , et l’Angleterre devait fournir 4,000 fantassins. Henri IV, qui s’intéressait peu à la question de religion , mais qui avait des vues plus étendues à l’égard de l’Autriche , au lieu de onze mille hommes leva une armée de trente mille hommes ainsi qu’un parc d’artillerie considérable. Mais lorsqu’il se disposait à commander en personne cettearmée, il fut assassiné par Ravaillac. A sa mort la couronne de France échut à Louis XIII, qui étaitençore enfant . et pendant sa minorité , la régence fut donnée à Marie de Médicis. Marie adhéra à la ligue protestante et envoya 10,000 hommes pour se réunir à 4,000 Anglais qui venaient de débaruersur le continent, sous le coinmanement de sir Édouard Cécil. Ces troupes se réunirent à celles des Hollandais et des Allemands, et chassèrent de Juliers les Autrichiens. Comme l’Empereur n’était point en état de recommencer la lutte, et que Jacques et Marie de Médicis désiraient vivement conserver la paix, la tranquillité de l’Europe ne fut point troublée davantage.
8 3.— Mort du prince Henri.— Mariage d’Éiisabeth avec ie prince paiatin. — Aiiiance des Howard avec Somerset. — Prodigaiités de ia cour. — ConvocaUon d’un parlement. — Dissolution de cette assemblée. — Mesures arbitraires de Jacques pour remplir ses coffres. — Chute de Somerset. — Élévation du comte Villiers. — Voyage de Jacques en Écosse.
Jacques s’occupait alors de chercher une femme à son lils le prince Henri, héritier présomptif delà couronne. Ce
prince, qui avait alors dix-huit ans, était aimé de la nation. Bien fait de sa personne , il avait de la grâce dans les manières, se distinguait par sa franchise, sa bravoure et son activité. Édouard, le prince Noir, lui avait été proposé pour modèle. Il avait de l'instruction , mais il préférait les armes à l’étude. Sir Walter Raleigh, qui languissait alors dans la Tour, était l’objet de. son enthousiasme et de son admiration; et souvent on l’avait entendu dire qu’il n’y avait qu’un homme comme son père pour garder un pareil oiseau en cage. Le prince aimait à s’entretenir avec les nommes consommés dans l’art de la guerre et s’entourait des personnes les plus versées dans cet art. Il n’y avait aucune ressemblance entre le caractère du prince Henri et celui de son père. Jacques, prédicateur par excellence, n’était jamais en repos lorsqu’il assistait au service divin. Henri ne s’occupait jamais de sermons, mais il écoutait attenlivemeut lorsqu’il était à l'église. Jacques jurait a chaque instant , Henri ne jurait jamais ; 11 avait fait placer dans ses palais de Richmond, de St.-James et de Nonsuch , des troncs destinés à recevoir les amendes auxquelles étaient condamnées les personnes attachées à son service qui proféraient des blasphèmes. Cet argent était distribué aux pauvres. Un jour, le prince étant à la chasse avec ses courtisans, poursuivait un cerf ui fut tué par mégarde par le chien ’un boucher. Les chasseurs arrivèrent au même moment, et cherchèrent à irriter le prince contre le boucher; puis, voyant que Henri prenait la défense du boucher : a Si pareille chose fût arrivée à votre père, s’écrièrentils , il aurait fait de tels blasphèmes que cet homme en serait mort de irayeur. — La privation des plaisirs de ce monde ne mérite pas un blasphème, » leur répondit Henri. La cour du prince était souvent plus fréquentée que celle du roi. Aussi le roi disait-il souvent en parlant de son fils : « 11 veut m’enterrer tout vivant.
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Jacques était alors vivement sollicité par les cours catholiques qui toutes auraient voulu s’unir à la cour d’Anfçleterre par un mariage. Depuis plusieurs années des négociations avec l'Espagne avaient été entamées à cet égard. Ces négociations d’abord écoutées furent mises de côté, lorsque Jacques reçut des ouvertures de Marie de Médicis, reine régente de France, qui aurait voulu marier Christine , sa seconde fille, à Henri. Jacques accueillit avec joie ces propositions. Les partis ne manquaient point pour Henri.
Dans le même temps, le duc de Florence fai.sait une proposition au roi et lui offrait sa fille pour son fils; le duc promettait de donner à sa fille une dot de plusieurs millions de couro'nnes. A quelque temps de là, la cour de Savoie envoya un ambassadeur à Londres pour demander à Jacques la main de sa fille Élisabeth pour l’héritier du duché, et lui offrir celle de la sœur du duc pour le prince Henri.
Jacques en prêtant l’oreille à ces offres brillantes s'était rapproché des catholiques de son royaume , mais la haine des puritains s’en était accrue. Ceux-ci manifestaient hautement leur mécontentement au sujet de ces projets d’union. Henri, de.son côté, disait à son père qu’il était entièrement soumis à ses ordres, et qu’il était prêt à accepter la personne qu’il lui choisirait pour femme; mais il parait qu’il tenait un langage tout différent a ses amis, car les puritains, qui avaient pour lui un vit attachement, semblaient persuadés qu’il n’épouserait jamais une femme catholique.
Sur ces entrefaites, Frédéric V, comte palatin, qui réunissait pour lui tous les suffrages des protestants , demanda la main de la princesse Elisabeth. n fut accepté, et arriva en Anleterre le 16 octobre 1612, pour y pouser la jeune princesse.
Le prince Henri était en ce moment même atteint d’une dangereuse maladie. Il quitta Richemond et se rendit immédiatement à Londres où il recouvra un peu de ses forces ; mais
quelques jours après il retomba dans un état plus alarmant. Le 5 novembre , jour anniversaire de la conspiration des poudres, le roi ayant reçu la nouvelle qu’il n’y avait plus d’espoir pour son fils, quitta Londres et se retira à Théobald dans le Hertfordshire.
Le même jour le prince était à l'extrémité; il appela à plusieurs reprises par son nom sir David Murray , mais il ne put lui dire que ces paroles : « Je voudrais vous parler. » Sir David Murray comprit les désirs du prince , et étant aile dans un cabinet particulier, il ybrûlaun|grand nombre de lettres. Le lendemain (6 novembre 1612) le prince expira. Il n'était alors âgé que de 18 ans 8 mois et 17 jours.
Cet événement causa une sensation profonde dans la nation. Des bruits d'empoisonnement circulèrent dans le public, et Jacques lui-même ne fut pointa l'abri des soupçons. Ces bruits étaient sans doute mal fondés , mais ils étaient en quelque sorte justiliéspar la conduite brutaleetl’indiflérencede Jacques envers le fils qu’il venait de perdre. En effet, les cendres du prince étaient encore chaudes que le vicomte de Rochester écrivait à sir Thomas Edmohds, ambassadeur d’Angleterre à Paris , pour reprendre au nom du prince Charles le traité matrimonial qui avait été commencé pour Henri.
Le roi rendit ensuite une ordonnance qui défendait à toute personne de venir à la cour en habit de deuil.
La mort de Henri ne retarda point le mariage d’Élisabeth avec le comte palatin. Les noces se firent avec une magnificence inconnue jusqu’alors aux Anglais. <> La cour d’Angleterre n’avait jamais paru avec un tel éclat, dit Lingard. Le roi, la reine et le
firince étaient couverts des joyaux de a couronne, et la noblesse (on n’admit personne au-dessous du rang de baron) rivalisait entre elle de magnificence dans ses habillements. Élisabeth , qui n’était que dans sa seizième année , avait une robe blanche, avec une couronne d’or sur la tête, et ses longs cheveux flottaient sur ses épaules;
ao.
oogic
eiie était conduite par ses garçons d’honneur, le jeune prince, son frère, d’un côté, et le vieux comte de Northampton de l'autre, et suivie par vingt filles d’honneur de son âge, vêtues de robes blanches ornées de broderies. Elle monta , d’un pied léger et d’un air riant, la plate-forme de la chapelle royale. Le palatin remplit son rôle avec gravité; mais la princesse, par joie ou par légèreté, troubla la solennité de la fête par un sourire qui dégénéra bientôt en de longs éclats : cette conduite de la jeune princesse fut regardée par les gens superstitieux comme un présage de malheur. Le soir il y eut sur la Tamise des feux d’artifice qui coûtèrent près de