livres sterling (500,000 francs
Lord Harrington , qui avait accompagné Élisabeth jusqu’au Rhin , demanda à son retour une somme de
30.000 livres sterling (750,000 francs), et le roi, n’ayant pas d'argent, lui accorda le privilège de faire fabriquer de faux farthings.
La cour était alors le théâtre de mille intrigues. Cécil avait été remplacé par le favori de Jacques, qui se démettait du fardeau de sa charge sur Overbury, et ne s’en réservait que les profits. Carr était alors à l’apogée de sa puissance, il éclipsait tous ses compétiteurs à la cour d’Angleterre.
En 1611 il avait été créé vicomte de Rorhester; en 1612 il avait été fait membre du conseil privé, et à la même époque il avait reçu l’ordre de la Jarretière. A la mort de Cécil, il avait été l'objet de nouvelles faveurs, et avaitétécréé lord chambellan.
Sur ces entrefaites le comte de Suffolk et le comte de Northampton , qui tous deux étaient les chefs de la famille des Howard, voyant
qu’il leur était impossible de saper le crédit du vicomte de Rochester, cherchèrent n l'unir à leur famille, espérant ainsi obtenir une part dans les faveurs que le roi ne cessait de prodiguer à son favori. Suffolk avait une fille, lady Frances Howard, jeune et belle personne qui avait été mariée à l’âge de treize ans au comte d'Essex qui n’avait que quatorze ans. Ce mariage s'était fait par la volonté de Jacques, qui avait voulu par là faire une sorte de réparation à la mémoire du père d’Essex, dont la tête était tombée sous la hache du bourreau pendant le règne précédent. Mais les époux étant encore tropjeunes pourvivre ensemble, on avait renvoyé lady Howard à sa mère et le jeune comte a l’univrsité, qu’il avait quittée pour voyager sur le continent. Après quatre années d’absence les deux époux s’étaient réunis, Essex s’aperçut alors que sa femme n’avait aucun amour pour lui. La comtesse, en effet, aimait en ce moment le vicomte de Rochester, et sir Thomas Overbury , confident du vicomte, avait ménagé de nombreuses entrevues aux deux amants. Rochester aurait voulu proclamer publiquement son amour, et faire divorcer la comtesse pour l’épouser ensuite. Mais sir Thomas Overbury, qui craignait d’être supplanté par ce mariage dans l’esprit du vicomte , était hostile à ce projet. Rochester déclara tout à sa belle maîtresse, qui dès ce moment voua une haine mortelle à sir Thomas.
On rapporte qu’elle offrit 1000 1. st. à sir John Wood, s’il voulait tuer en duel Overbury. Mais il y avait trop de danger dans cette mesure, elle fut mise de côté. Le comte de Northampton , qui était oncle de la comtesse, fut d'avis de proposer à sir Thomas Overbury une ambassade en Russie.
Les intentions du comte étaient de se débarrasser de sir Thomas , car s’il acceptait la mission, on était sûr d’obtenir sans difficulté le divorce, et s’il la refusait , on espérait irriter le roi contre lui et le faire tomber en disgrâce. Sir Thomas Overbury refusa , et sur la prière de Rochester, qui
izeo ay VjOOgle
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ne voyait plus que par la comtesse , un mandat d’arrestation fut aussitôt lancé contre lui ; il fut envoyé à la Tour.
Overbury futsoumis à un emprisonnement tres-rigoureux ; son père ni aucun de ses serviteurs n’eurent la permission de le visiter. Quelques jours après son arrestation , la comtesse d'Essex et son père adressèrent une pétition au roi pour demander le divorce , sous le prétexte que ce mariage était nul par incapacité physique de la part du mari. Le divorce fut prononcé. Mais la veille, sir Thomas Overbury mourut en prison , et fut enterré d’une manière secrète dans l'intérieur de la Tour. Le bruit se répandit qu'il était mort empoisonné.
Le 4 novembre, le roi créa Rochester comte de Sommerset , afin que la comtesse d’Essex ne dérogeât point de son rang en épousant le favori. Le mariage fut célébré le 26 décembre avec la plus grande pompe dans la chapelle royale du palais de Whitehall , et pendant plus de quinze jours la cour et la ville se livrèrent aux réjouissances les plus somptueuses et les plus magnifiques en l’honneur des deux époux.
Cet événement scella le traité d’union négocié entre Sommerset et ses adversaires , et termina les querelles qui avaient si longtemps troublé le conseil du roi. Mais il restait une autre sourcedesollicitude.ledéfaut d’argent.
Depuis la dissolution du parlement en 1611 . Jacques avait essayé plusieurs fois de faire des emprunts par ordonnances, mais les marchands auxquels il s’était adressé s’éiaient toujours refusés à prêter. Jacques vendit alors la pairie à plusieurs individus pourdes sommes considérables, et créa un nouvel ordre de chevaliers , auxquels il donna le nom de baronnets. Cet ordre de chevalerie était héréditaire, et les lettres qui le conféraient se payaient mille livres sterling chacune.
On augmenta lenombre des chevaliers.
Les lettres qui conféraient ce titre s’étaient payées d’abord trois cents livres sterling chacune, mais il y eut bientôt dépréciation, et on les obtint pour
soixante livres sterling. Les hauts emplois furent vendus au plus offrant.
Sommerset et les Howard donnèrent ainsi à sir Pulke Greville la chancellerie de l’échiquier pour quatre mille livres sterling. Cette somme fut donnée à lady Suffolk, qui était devenue la belle-nière du favori.
Cependant, malgré ces ressources, les embarras financiers de la cour étaient plus grands que jamais; les besoins croi.ssaient chaque jour. Les états de Hollande, sur qui l’on avait compté, ne payaient ni principal ni intérêts de leur dette. Il fallut songer à convoquer un parlement. Bacon , quiétaitalors hautpiacédans la faveur royale, dit au roi qu’il avait dresséun plan pour maîtriser la chambre des communes; il assurait que ISeville, Yelverton, Hyde, Crewetsir Dudley Diggs, qui étaient les principaux chefs de l’opposition dans les communes, étaient gagnés. Bacon engageait Jacques à ne point faire de discours irritants au parlement, mais à montrer, au contraire, une sorte de confiance dans ses dispositions à son égard.
Le parlement fut convoqué, et Jacques ouvrit la session par un discours savamment élaboré, dans lequel il parla des grogrès alarmants du papisme et de son zèle ardent pour la véritable religion. Il informa ensuite les deux chambres de ses besoins d’argent , et leur ditqu’il avait des grâces nombreuses à attendre d’elles dans la présente session.
Les communes n’étaient point disposées à se laisser prendre par ces cajoleries, et quelques membres du parti du roi ayant avancé timidement que la couronne avait le droit héréditaire de taxer ses sujets à sa volonté , elles demandèrent à avoir à cet égard une conférenee avec la chainbre des lords.
Les lords, après quelques hésitations, déclarèrent qu’ils se consulteraient avec les juges ; et sur les pressantes sollicitations de Neyle, évêque de Lichfied et deCoventry, qui, pour la part qu’il avait prise dans le divorce de la comtesse d’Essex, avait été récemment promu au siège de Lincoln, ils
refusèrent d’accepter la conférence qui leur était proposée. Les communes, vivement blessées (le ce refus, firent retomber leur ressentiment sur Neyle; ce qui obligea l’évéque à changer aussitôt de ton et à s’excuser de son mieux en professant la plus grande estime pour la puissance des communes.
Le plan de corruption proposé par Bacon fut connu, et la mauvaise humeur des communes s’en accrut encore. Henri Neville fut dénoncé à la chambre comme ayant été gagné à la cause du roi. Neville avait adressé à ce sujet un mémoire au roi; ce document fut lu en plein parlement dans la chambre des communes. Jacques envoya alors un messager aux communes pour leur dire que si elles tardaient plus longtemps à voter les subsides, il dissoudrait immédiatement le parlement. En réponse, les communes déclarèrent qu'elles ne voteraient aucun subside si on ne leur faisait préalablement réparation pourtous leurs griefs. Jacques ut aussitôt saisir cinq membres des communes et les envoya à la Tour; la dissolution fut ensuite prononcée. La session avait duré deux mois et deux jours ; pas une loi ne fut votée.
Pendant les six années suivantes, Jacques, délivréde ce frein, exerça son pouvoir de la manière la plus arbitraire, et recourut aux moyens les plus illicites pour avoir de l’argent.
Un grand nombre de personnes furent traduites devant la chambre étoilée et condamnées à des amendes énormes pour des motifs puériles. On inventa des monopoles et des privilèges que l’on vendit à des prix exorbitans.
Les dons gratuits furent remis en vigueur, et tous ceux qui refusèrent d’y contribuer furent signalés à la vengeance du gouvernement. Un nommé Olivier Saint-Jean ayant écrit un pamphlet à cet égard, fut condamné par la chambre étoilée à payer une amende de cinq mille livres sterling, et à rester en prison durant le bon plaisir du roi.
Jacques montra la même rigueur à l'égard de ceux qui refusaient de
reconnaître sa suprématie spirituelle ou qui critiquaient sa conduite. Un nommé Edmond Peacham, ministre puritain, ayant composé un sermon dans lequel il censurait avec beaucoup de vigueur les extravagances du roi, son amour pour les chevaux et les chiens, et se plaignait des exactions commises par son gouvernement sur le peuple, fut dénoncé par l’un des espions nombreux que la cour entretenait à son service et (jui infestaient le royaume. Aussitôt le prédicateur fut saisi , conduit à Londres et envoyé à la Tour. Il était accusé de haute trahison; Bacon, Crew et les autres légistes attachés à la cour; soutinrent l’accusation. La sentence des traîtres fut prononcée le 7 août 1615 contre Peacham; mais il y échappa en mourant de mort naturelle dans la prison de Taunton. Une autre condamnation du même genre eut lieu peu de temps après à l’égard de Thomas Owen et de Williams.
Le premier fut déclaré coupable de haute trahison pour avoir dit que toute personne pouvait déposer ou tuer le roi légalement, parce qu’il avait été excommunié par le pape ; l’autre, pour avoir écrit un livre dans lequel il prédisait que le roi mourrait dans l’année 1621.
La cour était en ce moment en proie à de nouvelles factions. Le favori , depuis la mort d’Overbury et son mariage avec la comtesse d’Essex , avait perdu son enjouement et son humeur joviale; il négligeait ses vêtements et sa personne, et devenait chaque jour de plus en plus sombre et morose. Son étoile pâlissait à la cour; il venait de faire une perte importante dans le comte de Northampton , grand-oncle de sa femme, politique rusé autant qu’avide , qu’une mort récente avait frappé.
Ce changement était dû à la présence à la cour d’un jeune homme beau, bien fait, orné de toutes les grâces de la jeunesse. Il arrivait de France et apportait de ce pays des talents d’agrement qui avaient fasciné le roi. 11 s’appelait Georges Villiers
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et était le Üls cadet de sir Edouard Villiers de Brookesby, dans le Leiceslershire; cinquante livres sterling de revenu étaient toute la fortune du nouveau venu; mais il avait de la figure. Jacques fut tellement enchanté de sa personne que, peu de jours après son arrivée il l'installa à la cour en qualité d'échanson. Cette prédilection du roi causa le plus vif plaisir aux Herbert, aux Seymour, aux Russel etaux autres courtisans qui n’aimaient point Sommerset et qui voulaient lui donner Georges Villiers pour successeur. Une difficulté se présentait; car .lacques avait déclaré qu’il n’adnaettrait dans son intimité que des hommes qui conviendraient à la reine, afin que si elle se plaignait dans la suite, il pût lui répondre qu’elle n’avait à s^en prendre qu’à elle-même.
Or, la reine Anne détestait Villiers autant que Sommerset lui-même.
Abbot, archevêque de Cantorbéry, qui était l’ennemi juré de Sommerset, résolut d'obtenir le consentement de la reine; il y parvint, et le 24 avril 1615, le jeune échanson fut nommé gentilhomme de la chambre à coucher du roi, fonctions au.xq^uelles on appliqua un salaire de mille livres sterling par an. Le jour suivant il fut fait chevalier.
La chute de Sommerset fut décidée.
Le bruit qu’Overbury avait été empoisonné circula de nouveau; on insinua qu’en recherchant les auteurs du meurtre on remonterait des agents inférieurs au comte et àlacomtessede Sommerset. Sommerset qui prévoyait l’orage, demanda au- roi un pardon général des fautes qu’il avait pu commettre, afin de mettre à l’abri de tout danger sa vie et sa fortune; et Jacques, heureux de se débarrasser, d’une manière aussi facile, des importunités de son ancien favori , signa spontanément ce pardon.
Mais le chancelier Ellesmère refusa d’y apposer le grand sceau, sous prétexte qu’une pareille action le rendrait lui-même passible des peines portées par l’acte de premunire.
Jacques fit venir secrètement en sa
présence le lieutenant de la Tour ; il lequestionna sur le meurtre d’Overbury, et n’eut plus de doute que le crime n’eût été réellement commis par son favori. Cependant il garda encore auprès de lui le comte, lui cacha tout ce qu’il savait , et fît semblant de lui rendre sa première affection.
Jacques était allé à la chasse à Royston, et avait emmené Sommerset avec lui. Au milieu des divertissements de la journée et pendant que Sommerset causait familièrement avec le roi, un ordre d’arrestation envoyé par Coke fut présenté. » Jamais pareil outrage, s’écria Sommerset avec indignation, ne fut fait à un pair d’Angleterre. » Mais Jacques lui fit un geste significatif. « Si Coke lançait un warrant contre moi, je m’y soumettrais, » dit-il. Sommerset confondu prit, en balbutiant, congé du roi. « Que le diable t’emporte! s’écria Jacques, car je ne veux plus voir ta figure davantage. » Quelques heures après.
Coke, qui remplissait les fonctions de grand justicier, arriva à Royston, et le roi lui ordonna d’examiner l’affaire avec la plus scrupuleuse attention. « Que la malédiction de Dieu soit sur vous et les vôtres, dit le roi, si vous épargnez un de ceux qui ont trempé dans le meurtre d’Overbury, et qu’elle tombe sur moi et les miens si je fais grâce à aucun d’eux. »
Sommerset eut à subir trois cents interrogatoires ; l’acte d’accusation fut ensuite dressé; il portait que Frances Howard , comtesse d’Essex , avait employé des sortilèges pour rendre son premier mari à l’état d’impuissance; qu’elle et le vicomte de Rochester, son amant, assistés du feu comte de Northampton, oncle de lady Frances, avaient obtenu par leurs intrigues la détention de sir Thomas Overbury; qu’ils avaient fait nommer lieutenant delà Tour une de leurs créatures nommée Elwes, et qu’ils avaient mis auprès du prisonnier pour le garder une autre de leurs créatures nommée Weston; que, plus tard, la comtesse, à l’aide de mistriss Turner, s’était procuré trois espèces de poi-
sons d’un apothicaire nommé Franklin , et que Weston avait administré ces poisons à sir Thomas. Sommerset était, de plus, accusé d’avoir empoisonné le prince Henri. La reine, ui partageait à cet égard les opinions e Coke, déclara publiquement qu’elle ii’avait aucun doute que son Qls aîné n’eût péri d’une mort violente; mais Jacques n’admit point cette charge :
il dit seulement que Sommerset avait reçu de l’Espagne des sommes considérables, et qu’il s’était engagé à li- VTer à cette cour le prince Charles.
Weston , qui avait été placé comme gardien auprès d’Overbury , et qui avait été au service de Franklin, l*apothicaire chez lequel on avait acheté le poison, fut arrêté ainsi que la comtesse et toutes les autres personnes que l’on soupçonnait d’avoir pris part au crime. Les débats prouvèrent une partie des charges, et Franklin, l’apothicaire, fit une entière confession. Weston G t aussi l’aveu du meurtre et déclara que c’était lui-même qui avait administré le poison. La sentence de mort fut prononcée contre eux et contre mistriss Turner, qui avait été dans sa jeunesse employée dans la maison de Suffolk , et qui était devenue la confidente et l’amie intime de lady Frances Howard. Au moment de l'exéculioii de Weston, quelques amis de .Sommerset vinrent à toute bride au pied de l’échafaud pour l’engager à faire une rétractation de ses aveux ; mais Weston persista dans sa déclaration. Elwes , lieutenant de la Tour, qui lui-même avait été condamné, malgré une défense vigoureuse, ût sur l’échafaud l’aveu de la part qu’il avait prise au crime, et attribua son infortune au serment qu’il avait fait autrefois de ne point jouer, serment qu’il avait rompu. Le sort de la belle mistriss Turner excita le plus Vif intérêt. Uu grand nombre de femmes et d’hommes à la mode se rendirent dans leurs équipages à Tyburn pour la voir mourir. On fa vit paraître sur l’échafaud vêtue d’un costume de bal , et elle montra beaucoup de courage dans ses derniers moments.
Un autre accusé de distinction, sir Thomas Monson , grand fauconnier du roi, figurait dans ce procès.
Jacques éprouvait une vive répugnance à le voir comparaître comme accusé devant une cour de justice, car il craignait que des révélations ne fussent faites contre lui. Après un court emprisonnement, Monson fut relâché, et non-seulement on lui rendit la liberté, mais on lui permit de conserver quelques fonctions à la cour. D’un autre côté, le procès du comte et de la comtesse de Sommerset éprouvait chaque jour de nouveaux retards. La nécessité d’attendre le retour de John Digby , amhassadeur d’Angleterre à Madrid, qui devait donner la preuve des intrigues du favori déchu avec la cour d'Espagne, était , disait-on , la cause de ces délais. Mais l'anxiété incessante du roi et le système de déception qu’il employait envers Sommerset et la comtesse indiquaient assez que les prisonniers étaient maîtres de quelques secrets que le roi craignait de voir découvrir. Sommerset et sa femme étaient circonvenus de mille manières : des messagers de la cour leur étaient envoyés chaque jour dans leur prison pour leur assurer que s’ils voulaient faire l’aveu de leur crime, Jacques leur accorderait la vie et tous leurs biens. La comtesse, après de longues liésitations, confessa son crime; mais Sommerset protesta constamment de son innocence; il répondit à Bacon , qui lui parlait des dispositions où était le roi de lui accorder sa grâce et de lui rendre ses biens, que la vie et la richesse ne valent pas la peine d'être acceptées lorsque l’honneur est parti. Il demanda à être admis en présence du roi, disant qu’un quart d’heure de conversation particulière lui sufGrait pour établir son innocence. Cette faveur lui fut refusée, eton ne voulut pas même lui permettre d’écrire au roi une lettre particulière. Alors Sommerset menaça au lieu de prier, et déclara que 'lorsqu’il serait devant ses juges, il dévoilerait des choses qui
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neseraient point agréables à son ingrat souverain. Des efforts furent tentés pour le calmer, mais inutilement. Lorsque la comtesse eut fait sa confession, Sommerset en fut informé, et on l’engagea à suivre cet exemple en lui faisant de nouvelles promesses ; mais il résista à ces pressantes sollicitations. Il écrivit une lettre au roi, dans laquelle il lui demandait une entrevue particulière.
Jacques répondit qu’il accorderait peut-être cette faveur après le procès , mais qu’il ne pouvait l’accorder auparavant.
Le 24 mai 1616, la comtesse parut devant les pairs du royaume pour y être jugée à part de son mari. Un mouvement convulsif agitait tous ses membres en ce moment, et lorsqu’elle entendit la lecture de l’acte d’accusation , elle cacha son visage sous son éventail. Comme elle s’était avouée coupable du meurtre d’Overbury, la sentence de mort fut prononcée contre elle par le chancélier Ellesmere. Le lendemain Sommerset comparut à son tour; des dispositions particulières avaient été prises à l’égard de l’accusé pour l’empêcher de parler. U n historien de l’époque rapporte que par ordre du roi deux hommes avaient été placés à ses côtés. Ces hommes étaient chargés de lui Jeter sur la tête un manteau dans le cas où il viendrait àproférerdes paroles compromettantes pour Jacques, et à l’arracher de la narre. Bacon, contre son ordinaire, ménagea l’accusation; ou du moins quand il insistait sur le crime, il faisait toujours entrevoir à l’accusé l’espoir de la clémence royale. Sommerset repoussa l’accusation <^ue l’on portait contre lui. 11 continua a dire quhl était innocent et se défendit avec beaucoup d’habileté; cependant il fut déclaré coupable à l’unanimité. Alors Sommerset pria sesjuges d’être ses intercesseurs auprès du roi ; ce que ceuxci lui promirent. Quelques semaines après , Jacques , qui , pendant le cours du procès, avait montré la plus vive anxiété, fit grâce à la comtesse, ainsi qu’au comte. Sommerset reçut
sa grâce en disant qu’ayant été injustement condamné il espérait une révision de son jugement par les pairs.
Le comte de Sommerset et sa femme, après être restés quelques années en prison, recouvrèrent leur liberté et se retirèrent à la campagne. Jacques ne voulut point que les armes du comte fussent enlevées de la chapelle de Windsor; et de plus il accorda au favori déchu une pension annuelle de quatre mille livres sterling ( 1 00,000 francs) pour le reste de ses jours. La comtesse mourut en 1632, sous le règne de Charles 1". Le comte lui survécut treize ans.
La chute de Coke suivit de près celle de Sommerset. Le grand justicier devait cette disgrâce à plusieurs causes.
Il avait eu une querelle avec le chancelier Ellesmere, que Bacon cajolait dans l’espoir de lui succéder un jour.
Coke s’était, en outre, querellé avec Villiers, le nouveau favori, au sujet d’une place qu’il postulaità la cour; et il avait eu une vive discussion avec le roi, au sujet des évêchés. Sur l’avis de Bacon , il fut appelé devant le conseil pour y rendre compte de sa conduite. Coke était accusé d’avoir dissimulé une dette de douze mille livres sterling contractée envers la couronne par le chancelier Hatton , et d’avoir proféré dans ses fonctions de grand justicier des paroles de mépris contre la cour. Coke ne put se justifier complètement, et il vint recevoir à genoux la sentence du roi. Jacques lui ordonna de ne plus siéger au conseil; il le priva momentanément de sa charge de grand justicier et l’invita à corriger les erreurs contenues dans son livre des rapports. Plus tard Coke ayant ditau roi qu’il n’avait pu trouver que cinq erreurs de peu d’importance dans ce livre , Jacques le traita d’homme orgueilleux et d’homme obstiné, et il donna sa place de grand justicier à Montagu. On rapporte qu’à cette nouvelle Coke versa des larmes abondantes.
Jacques n’avait pas perdu de vue le mariage de sou fils le prince Charles, qui n’avait alors que dix-sept ans.
Mais ayant échoué dans la demande qu’il avait faite de la sœur de Louis XIII qui avait préféré le duc de Savoie à son fils , il était revenu à son projet d’alliance avec l’Espagne.
Bacon venait en ce moment d’être promu aux fonctions de chancelier a la place d’Ellesmere que la mort avait frappé. Bacon devait son élévation au vicomte de Villierÿ, qui avait été créé comte de Buckingham (5 janvier 1617), et il n’avait pas épargné la flatterie pour mettre le favori dans ses intérêts. Il en fut récompensé.
Jacques, à la sollicitation de son favori , lui donna les sceaux avec le titre de lord chancelier. Le grand philosophe était alors dans sa cinquante-quatrième année. Son élévation lui tourna la tête. 11 se rendit à cheval à Westminster-Hall, vêtu d'une robe magmiique de satin pourpre , et entouré d'une foule de courtisans , de lords, de juges, de légistes et d’autres officiers. Bacon arrivait aux sceaux avec peu de fortune, mais avec le désir d’acquérir bientôt des richesses immenses dans ce poste élevé.
Jacques, en quittant l’Écosse, avait promis à ses sujets qu’il viendrait les voir au moins une fois tous les trois ans ; mais quatorze années s’étaient écoulées, et il n’avait point encore tenu sa promesse, à cause de J’état de pauvreté dans lequel il se trouvait: Dans le cours de l’année 1616, ayant rendu aux Hollandais les villes de Fessingue, de Brill et de Ramkens, il en reçut 2,700,000 florins, somme qui formait le tiers de leur dette. Cet argent permit à Jacques d’acquitter ses dettes les plus pressantes et de relever son crédit. Il trouva à emprunter 100,000 livres St. (2.500,000 fr.) à raison de 1 0 p. ° , par an, et il se mit aussitôt en routé pour l’Écosse. Le voyage se fit avec gaieté. La chasse à l’épervier , la chasse au courre, les courses de chevaux, les banquets, les mascarades et les danses occupèrent toutes les journées de ce voyage. Le nouveau favori était un parfait danseur et il mit ce
divertissement à la mode. A Ber- ■wick le roi trouva une nombreuse déutation de la noblesse écossaise, qui tait venue à sa rencontre, et il arriva en triomphe à Edimbourg.
Leprincipal objet de la visitede Jacques en Écosse était de donner à l’église presbytérienne la forme épiscopale et d’assimiler le culte religieux de l’Écosse à celui de l’Angleterre.
Depuis lejour où il avait soutenu publiquement une controverse avec les puritains anglais à llamptoncourt, Jacques avait cherché le moyen de renverser le culte presbytérien en Écosse et d’y établir le culte épiscopal. Grâce a l’adresse et à la hardiesse de sir Georges Hume, qui plus tard fut fait comte de Dunbar, et qui était alors son ministre, il obtint de grands avantages dans le but qu’il s’était proposé. A son arrivée en Écosse, qui eut lieu au mois de juin 1617 , un parlement s’assembla par ses ordres pour donner des bases fixes à l’église écossaise. Les lords écossais furent d'abord effrayés des dispositions de Jacques, car un grand nombre d’entre eux possédaient des terres qui avaient appartenu autrefois à des évêques, et ils craignaient pour leurs propriétés. Mais Jacques les rassura en leur promettant qu’on ne toucherait point à leurs terres. Un bill fut aussitôt proposé au parlement écossais au sujet des changements que Jacques voulait introduire dans l'église presbytérienne; ce bill obtint la sanction du parlement. Mais au moment où , selon la coutume écossaise, Jacques allait le toucher de son sceptre pour y donner la force de loi , le clergé effrayé présenta au parlement une protestation énergiçjue contre cette mesure. Jacques hésitait; mais, se laissant aller aux conseils de ses courtisans, il voulut faire une manifestation vigoureuse, et fit arrêter les principaux opposants du clergé. Ayant ensuite convoqué une grande assemblée ecclésiastique à Saint- André, il y tint une séance à l’exemple de celle de Hamptoncourt et déclara que sa volonté royale était de transpôrter dans
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l’église écossaise les cérémonies de l’église d’Angleterre. Les modifications qu’il proposait étaient au nombre de cinq. Il demandait que l'eucharistie filt reçue par les fidèles à genoux et non assis comme le pratiquaient les presbytériens ; que le sacrement fût administré aux malades dans leur propre demeure dans tous les cas où il y aurait danger imminent de mort; que le baptême fût administré dans des maisons particulières pour des cas semblables; que les évêques donnassent la confirmation aux jeunes gens, et que les fêtes de Noël, du vendredi saint, de pâques, de la Pentecôte et de l’Ascension, fussent célébrées en Écosse comme en Angleterre. Le clergé, après quelques difficultés, se soumit, au moins eu apparence, à ces innovations; et Jacques , tout fier de sa victoire , songea à revenir en Angleterre. Jacques venait d'allumer une guerre acharnée entre l’église épiscopale et l’église presbytérienne, et cette guerre ne devait se terminer qu’avec des flots de sang.
Le voyage de retour fut signalé par de nouveaux plaisirs. Le peuple des campagnes commençait à être fatigué de la sévérité avec laquelle le jour du dimanche était observé par les presbytériens. Des pétitions furent adressées à Jacques à cet égard. Aussitôt Jacques composa et publia un livre auquel il donna pour titre : « Livre des divertissements. » Dans cet ouvrage le roi indiquait à ses sujets les divertissements auxquels ils pouvaient se livrer les dimanches et autres jours de fête après les prières du soir. La danse moresque, la course , le tir à l’arc, y étaient recommandés, ourvu qu’on ne se livrât point à es excès dans ces exercices; le roi défendait pour les dimanches seulement les combats d’ours contre des chiens et le jeu de boule. Quelques membres du clergé, et notamment le primat , désapprouvèrent beaucoup ce livre. Cependant la généralité des ecclésiastiques l’admit; aussi fut-il lu pendant quelque temps au service divin.
g 4. — Intrigues de la cour. — Expédition de Raieish à la Guyane ; son insuccès . — Retour (Te Raleigli ; sa mort. — Commeucement de la guerre de 30 ans. — Convocation du parlemenl. — Chute de Bacon. — Persécution des catlioliques.
A son départ pour l'Écosse, Jacques avait investi de pouvoirs extraordinaires Bacon, le lord chancelier.
Dans ces hautes fonctions Bacon perdit complètement la tête. Weldon rapporte qu’il semblait se croire roi lui-même; il couchait dans la chambre du roi , donnait audience aux ambassadeurs dans la salle de cérémonies de White-Hall , agissait avec les ministres avec une hauteur extraordinaire, leur enjoignant de se tenir à une distance respectueuse toutes les foisqu’i js avaient à communiquer avec lui. Mais au retour du roi. Bacon devint aussi vil et aussi rampant qu’il avait été hautain et dédaigneux. Il sollicita une audience du favori , qui la lui lit attendre deux jours. Alors Bacon , se ietant le visage contre terre , baisa les pieds du comte, lui demandant grâce, et lui dit qu’il ne se relèverait point qu’il n’eût obtenu son pardon. Buckingham lui répondit qu’il avait été obligé d’implorer le roi à genoux pour obtenir qu’il ne rendît pas sa disgrâce publique.
On voit à la même époque Bacon figurer dans une intrigue qui touchait de près un parent du favori. Voici à quelle occasion : Coke, qui voulait rentrer en grâce, avait conçu le projet de marier sa fille, jeune et belle personne , qui possédait une grande fortune, au frère aîné du favori. Bacon ayant découvert ce prmet, qui lui causait de l’ombrage, fevorisa des relations secrètes entre la jeune fille et Henri de Vere, comte d’Oxford.
Coke avait une femme dont il était détesté. Elle protégea ces amours; la jeune fille fut enlevée de la maison paternelle et conduite dans la naaisôn de sir Édouard AVithipole, ami de la famille. Coke poursuivit les fugitifs et recouvra de force sa fille. Aussitôt lady Coke accusa son mari devant le conseil, et lord Bacon porte contre le malheureux père l’accusation d’avoir
'oogli
trouble la paix publique. I.e chancelier ignorait que Buckingham désirait vivement le mariage de la jeune lille avec son frère. Mais quand il le sut, il s’empressa de revenir sur les mesures qu’il avait prises. Alors, poussant la bassesse jusqu’à l'exc'ès, il écrivit à la mère de Buckingham pour lui offrir ses services à l’effet de faciliter lui-méme ce mariage , et adressa au favori une lettre d’excuses et de protestations de dévouement : S’il s'était opposé au mariage, disait-il, c’était parce qu’il avait craint qu’il ne réunît pas toutes les conditions qui pouvaient plaire au frère du duc; mais maintenant qu’il savait que cette union était agréable au comte, il était prêta se conformer en toutes choses à ses désirs.
Le mariage fut aussitôt célébré ; mais , comme presque tous ceu.x dans lesquels Jacques intervint, celui-ci fut malheureux. La fille de Coke fut adultère, et son mari, sir John Villiers, qui avait été créé vicomte de Purbeck, fut atteint de folie et relégué dans une maison d’aliénés.
La cour offrait en ce moment un spectacle déplorable aux gens de bien ; il était tel que le peuple regrettait maintenant les jours où Sominerset était au pouvoir. En effet, ce favori mettait quelque retenue dans la manière dont il disposait des faveurs de son maître; au contraire, le duc de Buckingham en faisait un tralic scandaleux. Le 4 janvier 1618, le lord chancelier avait été élevé par son influence à la dignité de lord grand chancelier, et au mois de juillet de l’année suivante il avait été créé baron de Verulam — Buckingham donnait à pleines mains des places à ses amis et mariait ses frères avec les héritières les plus riches du royaume.
Sa mère ou « la vieille comtesse, »
comme on la nommait , quoiqu’elle fût encore très-belle, l’aidait dans ce trafic. Cette femme avait un caractère affreux; elle prenait de toutes mains; places à la cour, places dans l’armée, places dans la marine , places dans les cours de justice ou dans l’église, elle vendait de tout. Un nommé Ri-
chard Robartès, de Truro dans le comté de Cornouailles, fut créé par son influence baron Robartès de Truro et lui paya cet honneur dix mille livres sterling. Lestitres dont elle ne pouvait faire de l'argent étaient prodigués par elle dans sa famille avec une extravagance scandaleuse. Nous avons dit qu’un de ses fils avait été fait vicomte de Purbeck ; un autre fut créé comte d’Anglesey. Un desesgendres devint comte de Denbigh, et le frèrede cegendredevint comte de Desmond en Irlande. Un autre individu qui avait épousé une parente de Buckingham, tut nommé comte de Middlesex. William, doyen de Westminster, qui était l’ami de cœur de la vieille comtesse, devint successivement recteur de Dinam, de W.tldgrave, de Grafton et de Péterborough , curé de Lincoln , d’Asgarbie et de Nonnington. Plus tard il fut élevé à l’évêché de Lincoln et conserva toutes ces places à la fois. Martin Fotherby, évêque de Salisbury , paya
fiour son évêché trois mille cinq cents ivres sterling. La vieille comtesse protégeait ceux qui de préférence offraient de l’argent comptant, à ceux qui demandaient du temps pour la payer ; cependant la pauvreté n’était pas toujours un motif d’exclusion , elle faisait quelquefois crédit. Son fils, cette année, fut créé marquis, et comme il avait exprimé le désir d’être élevé au poste de lord grand amiral d’Angleterre, le brave Howard, comte de Notlhingham, qui avait défait l’invincible Armada en 1688, fut obligé de résigner ses fonctions en sa faveur. A ces hautes fonctions le roi ajouta successivement celles de gardien des cinqports, de grand justicier de Eyre pour tous les parcs et les forêts situés au sud de la Trente ; de grand steward de Westminster et de constable du château de Windsor.
Cette grande fortune n'avait pas rendu Buckingham généreux; il attaqua le comte de Suffolk, beau-père de Sommerset qui était resté à la cour. Suffolk était accusé de péculat , particulièrement à l’égard de l’argent versé
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parles Hollandais pour rentreren possession des villes de Fessinque, Rrill et Ramkens. Le comte écrivit au roi pour lui rappeler ses anciens services , et lui dit qu’au lieu de s’enrichir par les places qu'il avait occupées, il avait contracté 40,000 livres sterling dedettes. Lecomteetia comtesse furent traduits devantia chambreétoilée : Coke, qui espérait rentrer en faveur en accablant les accusés , les poursuivit à outrance. Bacon prêta également dans cette circonstance l’appui de son talent à la cour. « La comtesse, dit-il, était comme la femme d’un changeur, qui garde la boutique, pendant que son mari appelle au dehors les chalands. «Suffolk déclara qu’il était innocent; mais la chambre étoilée le condamna ainsi que sa femme à
Eune amende de trente mille sterling et les envoya tous les deux à la Tour. L’amende fut ensuite réduite à sept mille livres sterling.
Cetle somme devint la proie de Ramsay, comte de Haddington. Alors le comte et la comte.sse de Suffolk recouvrèrent leur liberté. Les fonctions de lord trésorier qu’occupait Suffolk furent venduesàsirllenri Montagupour une somme considérable; mais un an après, elles furent enlevées à ce dernier et données au comte de Middiesex, parent du favori.
Tels étaient les hommes qui avaient la direction des affaires publiques.
Leur influence sur l’esprit du roi fut fatale à l’un des hommes les plus distingués du pays. On se rappelle que sir Walter Raleigh, après avoir été condamné à mort, était resté prisonnier dans la Tour. Il y avait pour compagnon d’infortune, Henri Percy, comte de Piorthumberland, grand ami des sciences et du hommes lettrés, et le sergent Hoskins, poète et critique distingué. La sociétéde ces hommes attirait à la Tour les personnes les plus renommées pour leur sa voir de la capitale du royaume ; tels étaient notamment Thomas Hariot, astronome distingué, qui avait enseigné les mathématiques à Raleigh , et qui l’avait accompagne dans un de ses voyages à la Virginie ,
et le docteur Robert Burchill , helléniste du premier mérite. Pendant quelque temps Raleigh avait trouvé quelques ressources pécuniaires qui Pavaient aidé à supporter sa captivité; ses terres, il est vrai, avaient été saisies ; mais comme elles étaient administrées par des personnes qui lui étaient dévouées, il n’avait jamais ressenti le besoin. Mais le grand juge Popham , qui était son ennemi personnel , et qui avait üguré dans son procès , attaqua les dispositions prises a l’égard des biens du condamné, et tous les secours furent aussitôt retranchés. Raleigh écrivit à cet égard une lettre touchante à Robert Carr, et sa femme alla implorer le roi ; mais Jacques voulut que toutes les terres fussent données à son favori. Cet acte ne découragea point l’âme intrépide de Raleigh. En I59.S, dans un de ses voyages aventureux, il avait visité la Guyane, dans l’Amérique du Sud. Il demanda au roi l’autorisationa d’entreprendre un second voyage dans ces contrées en lui fasaiit entrevoir l’espoir de richesses considérables. Carr était alors tombé en disgrâce et Buckingham Pavait remplacé. Raleigh offrait en outre au roi d’armer à ses frais, du moins aux frais deses amis, les navires nécessaires à l’expédition, et promettait en échange de sa lil^rté le cinquième de l’or qu’il espérait rapporter en Angleterre. Jacques, dont tes finances étaient épuisées, aurait accepté avec joie un pareil projet, mais en y réfléchissant, il vit que celte entreprise pouvait lui susciter des embarras avec l’Espagne, qui prétendait avoir des droits exclusifs sur toutes ces contrées. Raleigh persistait encore , et comme avant toutes choses sa liberté lui était nécessaire, plusieurs de ses amis se réunirent et donnèrent une somme de quinze cents livres sterling aux deux oncles du favori, qui, à ce prix, firent relâcher le prisonnier sur parole. Raleigh quitta la Tour au commencement de mars, laissant derrière lui le comte de Sommerset, le favori déchu.
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A mesure que Raleigh redoublait et d’instances et d’activité, Jacques devenait plus indécis. Son indécision s'accrut encore lorsque l’ambassadeur de la cour d’Espagne, qui avait eu connaissance du projet, lui fil des représentations. Cependant ces difficultés furent vaincues par les observations que fit Raleigh, qu’on ne formerait qu’un établissement pacifique dans les contrées qu’il visiterait. Raleigh ayant alors reçu de la comtesse de Bedford huit mille livres sterling qui lui étaient dues, et ayant vendu une terre de sa femme pour deux mille cinq cents livres sterling, prépara son expédition. Le 28 mars 1617, il partit avec une flotte de quatorze vaisseaux. Raleigh avait été nommé par le roi général et commandant en chef de l’expédition et gouverneur de la colonie qu’il allait fonder. 11 arbora son pavillon sur la Destinée, navire qui portait trentesix canons et deux cents hommes d’équipage. Dans le nombre étaient soixante gentilshommes dont la plupart étaient parents de Raleigh ou de sa femme.
Le voyage commença sous de malheureux auspices ; les navires, battus par la tempête, entrèrent dans la rade de Cork , où ils restèrent jusqu’au mois d’août. Ils atteignirent les îles du Cap vert au mois d’octobre, et le 13 novembre ils atterrirent à la Guyane.
Les Indiens reçurent leurs anciens amis avec les plus grandes démonstrations d’amitié; mais Raleigh apprit bientôt que les Espagnols étaient disposés à lui disputer la contrée qu’il venait coloniser. Raleigh était malade par suite des fatigues du voyage. Il ordonna au capitaine Keymisde prendre cinq navires et de remonter l’Orénoque, tandis qu’il irait avec le reste de la flotte mouiller à file de la Trinité , à l’embouchure du fleuve. Keymis atteignit bientôt la ville de Saint- Thomas , que les Espagnols avaient bâtie tout nouvellement sur la rive droite du fleuve, et il attaqua aussitôt cette ville. Le combat fut des plus acharnés et leSj,suites en furent fu-
nestes; d’un côté, le gouvemêùr de Saint-’Thomas, qui était proche parent de Gondomar, ambassadeur d’Espagne à la cour d’Angleterre, fut tué; de l'autre, le fils aîné du général en chef de l’expédition anglaise, jeune homme plein d’espérance, périt en chargeant î’ennemi à la tète de sa compagnie. La victoire resta pourtant aux Anglais, qui brûlèrent la ville. Les assaillants espéraient trouver beaucoup d’or daus la ville de Saint-Thomas, mais leurs espérances furent déçues, ils n’y trouvèrent que deux lingots de ce métal.
Les solda tsanglais,desappointés, commencèrent alors à murmurer, ce qui força Keymis à rejoindre Raleigh. Celui-ci, qui venait de perdre sou fils et qui voyait également ses espérances de fortune déçues , traita durement le pauvre capitaine, et Keymis, en se retirant dans sa cabine , mit fin à son existence en se brûlant la cervelle.
Alors la confusion régna à bord de la flotte. Le capitaine Whitney, qui avait engagé des sommes considérables dans cette expédition par la confiance que lui inspirait Raleigh, quitta la Trinité et revint avec son navire en Angleterre. D’autres défections suivirent celle de Whitney , et bientôt il ne resta plus au commandant que cinq vaisseaux. Raleigh sedirigea alors vers le nord de l’Amérique septentrionale et gagna Terre-Neuve; mais dans ce lieu une nouvelle sédition éclata à bord de ses vaisseaux. Les hommes qui les montaient étaient déterminés. Ils demandèrent à leur commandant de courir sur les galions espagnols, de les saisir à leur proGt, et Raleigh le leur promit. On ne sait au juste si cette promesse fut remplie :
au mois de juin 1618, Raleigh jetait l’ancre devant Plymouth.
Un tristesort attendait dans son pays le malheureux Raleigh. Gondomar, l’ambassadeur espagnol, qui avait reçu des nouvelles de ce qui s’était passé à Saint-Thomas , se présenta devant Jacques et lui demanda justice de ce qu’il appelait un acte de piraterie.
L’Espagne avait d’anciens griefs contre Raleigh ; on savait que c’était lui
PÉRIODE DES STUARTS
qui avait massacré les Espagnols sur les côtes d'Irlande à l’époque où quelques navires de l'iiiviiicible Armada avaient fait naufrage sur cette lie, et qu’il avait également fait périr une garnison espagnole sur la côte de la Guyane lors de sou premier voyage en 1595. On n’avait point non plus oublié ses exploits avec Essex aux Açores et aux îles Canaries. Sur les instances de Gondomar, Jacques rendit une proclamation dans laquelle Raleigli était accusé d’avoir outrepassé les pouvoirs qui lui avaient été accordés par le roi. Quand les dispositions du roi vinrent à la connaissance de Kaleigh, il eut un secret pressentiment du danger qu’il allait courir. Ses matelots l’engagèrent à fuir l’Angleterre; mais Raleigh ne tint aucun compte de leurs avis; il voulait, dit-il, épargner à ses amis les conséquences qu’ils pourraient avoir à subir par suite de son absence.
A son arrivée à Plymouth il fut arrêté et conduit dans une maison particulière près du port, où il resta près d’une semaine. A la nouvelle de cette arrestation, Buckingham écrivit une lettre pleine d’humilité à l’ambassadeur espagnol , dans laquelle il l’informait que le délinquant était en lieu de sûreté, et que tous ses navires étaient saisis. Raleigh essaya de se sauver en France, mais il ne réussit point dans ce projet. Arrivé à Londres, il Ct de nouvelles tentatives d’évasion, mais elles n'eurent aucun succès. Alors il fut jeté dans la Tour, où il avait déjà passé un si grand nombre d’annees, et il eut bientôt à subir denombreux interrogatoires de lapart de l’archevêque de Canlorbery, du chancelier Bacon, de sir Édouard Coke , son ancien ennemi, et de quelques autres membres du conseil privé qui faisaieut partie de la commission que l’on avait nommée pour instruire son procès. Raleigh était accusé d’avoir frauduleusement prétendu que son expédition était destinée à découvrir une mine, tandis qu’il n’avait songé, en la formant , qu’à recouvrer sa liberté et à se livrer à la piraterie ; d’avoir
cherché à allumer la guerre entre l’Angleterre et l’Espagne; d’avoir abandonné les équipages de ses navires , et de les avoir exposés sans nécessité aux plus grands dangers ; d’avoir parlé d’une manière irrévérencieuse de la personne du roi et d’avoir cherché à l’abuser par une folie simulée. Sir Walter avait en effet simulé la folie dans le trajet de Plymouth à la Tour; et personne, diton , ne joua mieux un rôle de ce genre pour sauver sa vie. Raleigh repoussa avec fermeté les charges portées contre lui; aussi les commissaires, voyant qu'ils ne gagnaient rien à prolonlonger l’interrogatoire , résolurent de placer auprès de leur prisonnier un espion, alin d’obtenir des preuves qui leur permissent de motiver une -accusation capitale. En conséquence, un nommé Thomas Wilson , qui occupait de hautes fonctions clans le gouvernement, fut placé auprès de Raleigh.’ On prétend que celui-ci déclara à Wilson que s’il avait rencontré des galions dans sa route il s’en serait emparé. « Comment, lui aurait dit Thomas Wilson , vous auriez consenti à être pirate?— Onn’appellepoint pirates ceux qui volent des millions, aurait répondu Raleigh: on n’appelle pirates que les petits voleurs. » Ce seraient tous les aveux qu’aurait obtenus Thomas Wilson du prisonnier.
Mais Raleigh était encore sous le poids de l'ancienne accusation capitale qui l’avait retenu si longtemps prisonnier à laTour. On ne lui avait donné en quelque sorte qu’un sauf-conduit en rélargissant pour aller faire son expédition. Bacon, Coke et les autres commissaires , reconnaissant l’insuffisance des charges portées contre Raleigh, se décidèrent a faire revivre contre lui l'ancienne sentence qui le condamnait à mort. En conséijuence, un ordre revêtu du sceau privé fut envoyé aux juges de la cour du banc du roi pour leur signifier qu’ils eussent à mettre à exécution l’ancienne sentence. Lesjuges furent frappés de la nouveauté et de l’injustice de cet ordre, et après s’être consultés , ils déclaré-
HISTOIRE D’ANGL ETERRE.
vent que l’ordre qu’ils avaient reçu ne suffisait point après un laps de temps aussi long pour motiver l'exécution d’un liumme s:ins qu'il fût lui-racme entendu, et ils déclarèrent à l’unanimitéque la procédure légale serait suivie à l’égard du prisonnier.
Le 28 octobre Raleigh, qui alors était réellement malade, reçut l’ordre de se préparer le même jour à comparaître devant la cour du banc du roi à Westminster. A l’ouverture des débats Sir Henri Yelverton, avocat général, s’adressa ainsi à la cour : « Milords, Sir Walter Raleigh, qui est en ce moment devant vous, a été condamné, il y a quinze ans, à Winchester, à la peine des traîtres, mais Sa Majesté, dans sa grâce miséricordieuse, a suspendu jusqu'à ce jour son exécution.
Aujourd’hui justice doit avoir son cours. Sir Walter Raleigh a été homme d’État, et sous plus d’un rapport il est digne de votre pitié. Ses grands talents l’ont fait admirer du monde entier; mais les hommes les plus haut placés doivent tomber lorsque leur présence est un sujet de troubles pour la société dans laquelle ils vivent. En conséquence, la volonté du roi est que l’exécution du premier jugement ait son cours , et je viens maintenant solliciter de vos seigneuries l’ordre nécessaire pour cette exécution. » Le greffier, selon l’usage , demanda ensuite à Raleigh s’il avait quelque chose à objecter contre l’exécution du jugement.
« Milords, s’écria Raleigh, je ne pense pas que le jugement qui a été prononcé contre moi il y a si longtemps doive avoir aujourd’hui son cours, car depuis. Sa Majesté m’a accordé une commission pour aller en deçà des mers, et j’ai eu le droit de vie et de mort sur mes semblables. En vertu de cette commission, j’ai quitté le royaume et j’ai entrepris un vo3’age dans le but d’honorer mon souverain et d’enrichir ce royaume. Mais cette entreprise, malgré mes efforts, n'a point eu de succès ; j’ajouterai qu’elle a été fatale à moi plus qu’à tout autre , car j’y ai perdu mon fils et j’y ai compromis ma fortune et celle de mes
amis. »Le grand juge interrompitRa leigh pourlui dire qu’il n’était pasquestion de ce voyage, mais bien ae la sentence de mort qui avait autrefois été rendue contre lui. « Dans ce cas, reprit Raleigh, je remets mon sort à la merci du roi , et Dieu veuille que Sa Majesté ait compassion de moi ! »
Le grand juge lui dit que son procès avait été fait d’une manière régulière à Winchester; que pendant uinze ans il avait été mort aux yeux e la loi, qu’à chaque moment il devait s’attendre au sort qui lui arrivait aujourd’hui, et qui n’avait été différé que par un effet de la bonté du roi ; puis il fit une courte prière à Dieu , et termina par ces mots terribles : « L’exécution est accordée!!! »
Raleigh demanda un sursis qui lui permît de mettre ordre à ses affaires, a En vous le demandant, dit-il , mon intention n’est pas de prolonger ma vie d’une minute , car maintenant je suis vieux et malade, et avec la certitude où je suis que je dois mourir, la vie n’est plus pour moi qu’un fardeau. » Jacques eut la barbarie de refuser ce sursis.
Raleigh fut aussitôt conduit à Gatehouse dans Westminster, et le soir il y reçut la visite de sa femme. L’entrevue fut douloureuse; au moment de se séparer lady Raleigh dit à son mari qu’elle avait obtenu la grâce d’avoir son .corps. <i C’est trèsbien , lui dit Raleigh en souriant, que vous puissiez disposer de mon corps après ma mort, vous qui n’en avez pas souvent disposé pendant que j'étais vivant. » Le 29 octobre au matin , le docteur Toun.son, doyen de Westminster, vint administrer les consolations de la religion au condamné. Raleigh reçut le sacrement de la communion avec beaucoup de ferveur, et dit qu’il pardonnait à tous ses ennemis. Il déjeuna avec appétit, fuma une pipe de tabac comme à son ordinaire, et but un verre d’eau-de-vie. La sentence prononcée contre lui était celle des traîtres , c’est-à-dire , qu'il devait être pendu et écartelé, mais le roi commua cette peine en celle de la
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décapitation. A huit lieures du matin, il fut conduit à l’échafaud, oui avait été construit dans la cour ou vieux palais à Westminster. Une foule immense dans laquelle on voyait des lords, des courtisans et des dames de la plus haute qualité, étaient réunie dans ce lieu. Les shérifs et leur lugubrecortége eurent peine àse faire jour Jusqu'à l’échafaud. Raleigh y monta d’un pas assuré et salua les spectateurs avec une certaine gaîté; puis ayant aperçu à une fenêtre les loWs Arundel , Morthampton et Doncastre , il dit qu'il élèverait la voix pour qu’ils pussent l’entendre parler.
«C’est inutde, s’écria lord Arundel, nous allons descendre et nous placer au pied de l’échafaud. » Raleigh prit aussitôt la parole. 11 remercia Dieu de lui avoir permis de mourir en plein jour et non dans la Tour où il avait gémi prisonnier tant d’années ; il parla de son voyage à la Guyane et dit qu’il avait entrépri»ce voyage dans le seul but d’y chercher de ï’or.
Raleigh sedéfendit ensuite de l’accusation portée contre hii, et termina son discours par des paroles touchantes à l’égard de la mort du malheureux Essex,acte qui, dit-il, lui avait fait perdre l'amour de la nation. « Le cœur me saigne, s’écria-t-il, d'apprendre que de pareilles imputations planent sur moi. Ou ditquej’ai été l’auteur de la mort du comte d'Essex ; que Je me suis mis à une fenêtre en face de lui lors de son exécution, et quej’ai laissé échapper des bouffées de tabac en signe de mépris, .le prends Dieu à témoin quejè n’ai pas trempé les mains dans le sang du noble comte, et que je n’ai point été un de ceux qui ont provoqué sa condamnation. J’ai versé des larmes sur sa mort, et Dieu en présence duquel Je vais me trouver dans quelques instants, est témoin que milord d’Essex n’a point aperçu ma ligure dans ses derniers moments; car J’étais alors dans la salle d’armes de la Tour et placé de manière à le voir sans être vu par lui. J’ai vivement déploré son infortune , quoique J’avoue que Angleterre. — t. ii.
j’appartinsse à une faction qui lui était hostile , et que J’aie aiaé moimême aie renverser. J’aimais le comte à cause de ses talents et de ses qualités. Je savais bien que lorsqu’il ne serait plus, mes intérêts en souffriraient. Eneffet, ceux qui me voulaient du bien m'ont liai' aussitôt , et ceux qui m’avaient excité contre lui se sont ensuite tournés contre moi et sont devenus mes plus cruels ennemis. J’ai souvent regretté depuis de n’avoir pas été plus près de lui, lorsqu’il est mort, car j'ai appris plus tard qu’il m’a demandé à ses derniers instants pour se réconcilier aveemoi. » Cedisconrs terminé, le doyen de Wesminster lui demanda dans quelle religion il avait l’intention de mourir. « Dans la religion qui est professée par l’église d’Angleterre , » lui répondit Raleigh. Comme il faisait froid et que Raleigh se disposait à faire ses prières, le shérif lui dit de descendre de l’échafaud pour se réchauffer auprès d’un feu qu’on y avait allumé. « Non, monsieur le shérif, dit Raleigh-, dépêchons-nous, car si nous attendions un quart d’heure de plus, Je serais pris par mes frissons (maladie que Raleigh avait contractée dans son séjour en prison et dans ses voyages), et mes ennemis ne manqueraient pas de dire que J’ai tremblé de peur. >1 11 lit sa prière et , se levant , il dit : '> Je suis prêt à me présenter devant Dieu. » Ilpritensuite congédes lordsetdes gentilshommes qui étaient venus assister à son exécution. Il paraissait vivement inquiet de la réputation qui allait lui survivre, et en disant adieu au comte d’Arundel, il le pria d’engager le roi à ne point souffrir quedes écrits diffamatoires lissent tache à sa mémoire. Il pesa la huche , en regarda le trancliant et dit ensuite avec un sourire : « C’est une médecine amère, mais elle guérit de tous les maux. » Il posa ensuite sou cou sur le billot fatal , et voyant que le bourreau hésitait , il lui dit ; « (J.ue crains-tu donc? frappe. » Le bourreau obéit; et deux coups de hache séparèrent la tête du corps.
mSTOlRE D’ANGLETERRE.
Ainsi mourut un des lioinmes les plus remarquables du règne de Jacques 1" et de celui d'Élisabetli. L’histoire ne saurait reprocher avec trop de sévérité à la mémoire de Jacques un pareil acte. Les talents supérieurs de Raleigh, ses services passés, la gloire qu’il répandilsur les armes anglaises, et ce qu’il dut souffrir durant treize années de captivité dans la Tour, auraient dd plaider pour lui, alors même qu’il eût été coupable. Jacques ne tint pourtant aucun compte de tant de services et de qualités; pressé par la peur et cédant aux obsessions d’une cour étrangère qui ne pouvait manquer d’être hostile à un homme du caractère de Raleigh, il sacrilia par une lâche complaisance un sujet distingué, un soldat plein de bravoure, dont les talents militaires avaient été utiles au pays et qui ne pouvaient manquer de lui être utiles à lui-même.
En effet, cette perte dut lui être sensible lorsque, malgré lui, Jacques se trouva engagé dans une guerre avec l’Autriche. Quel autre de ses généraux avait alors le génie et la bravoure de Raleigh? Frédéric, gendre du roi, venait d’accepter la couronne de Bohême et a.vait été sacré à Prague le 4 novembre 1619. Cette contrée toute protestante s’était déclarée contre la maison d’Autriche et contre la confédération des catholiques. Ce fut le commencement de cette guerre qui est appelée dans l’histoire la guerre de trente an.i. L’élévation de Frédéric obtint une grande popularité en Angleterre, etle cri de guerre y retentit de même qu'en Écosse, lorsqu’on apprit que d’immenses préparatifsétaient faits par les puissances catholiques pour chasser le gendre du roi , nonseulement de la Bohême, mais encore de ses possessions héréditaires. Cependant Jaciiues hésitait encore. Assister les Bohémiens contre l’empereur d’Autriche, leur souverain légitime, c’était faire un acte évidemment contraire à sa politique et aux opinions qu’il avait professées jusqu’alors. De plus, il perdait la perspective d’unir son fils à l’infante espagnole , et le ri-
che douaire qu’elle devait apporter à son lils ; car la cour d’Espagne , comme faisant partie de la grande famille catholique , ne pouvait manquer d’être irritée d'une détermination contraire à ses intérêts. Enlin, il n’avait point d’argent dans ses coffres, et ses arsenaux étaient vides. D'un autre côté, pouvait-il ahandonner son gendre , le voir chasser lui et su ülle, de leurs domaines, sans venir à leur secours, et être témoin de l’agrandissement des puissances catholiques, lui qui était roi d’un État protestant? Il essaya d’abord de tourner la difûculté de sa position par des lenteurs; il envoya des ambassadeurs à Bruxelles et à Madrid pour négocier. Mais ces négociations furent inutiles-, l’indignation était au comble dans son royaume, il fallait agir. Jacques leva donc une petite armée de quatre mille volontaires, dont il donna le commandement aux comtes d’Oxford et d'Essex et à sir Horatio Vere L’armée passa par la Hollande et gagna le Rhin pour entrer dans le Palatinat; mais elle n’était point assez forte pour rendre de grands services; elle arriva trop tard; et comme Jacques avait éntiisé ses ressources et son crédit, il fallut de nouveau songer à convoquer le parlement.
Ce parlement s’assembla le 30 janvier 1621. Jacques ouvrit la session par un discours dans lequel il prodigua les promesses et s’engagea à adininistrer à l’avenir le. royaume d’une manière prolitable aux intérêts de tous. Ildemandait dessubsidesconsidérables pour faire la guerre dans le Palatinat, contrée, disait-il, qu’il était décidée à conserver pour son gendre. Les communes, avant d’accorder les subsides demandés engagèrent le roi à user de plus de sévérité à l’égard des papistes, sur lesqueisclles faisaient retomber les événements qui venaient d’avoir lieu en Bohême. Elles demandèrent ensuite qu’on leur donnât satisfaction pour l’emprisonnement de quatre de leurs membres à la fin du dernier parlement. .Tacoues promit d’une manière générale de faire
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droit à ces diverses demandes, et le 14 février le parlement lui vota des subsides. A cette occasion Jacques dit aux communes que ces subsides lui étaient agréables, et que, bien qu'ils fussent peu considérables , il les
firéferait à des millions, parce qu'ils ui avaient été accordes librement, et il promit d’exercer de nouvelles rigueurs contre le papisme, et de respecter la liberté ae discussion dans le parjement.
Les communes, qui sentaient leur puissance, commencèrent alors à faire la guerre aux possesseurs de monopoles. Ceux-ci pressuraient le peuple et partageaient ses dépouilles avec le gouvernement ou avec ses courtisans. .Sir Giles iMompesson et sir Francis Mitchell , son associé, furent attaqués les premiers. iMompesson se voyant abandonné par la cour, quitta le royaume, et Mitchell fut condamné à être dégradé du titre de chevalier et à être envoyé à la Tour. Sur les instances des communes, la chambre des lords se joignit à ces investigations, et ceux de ses membres qui avaient trempé dans ces actes de corruption durent trembler pour eux-mêmes.
Bacon ne pouvait échapperaux communes : le grand chancelier fut accusé de s'être laissé corrompre dans ses hautes fonctions , et un acte d’accusation en règle fut dirigé contre lui. Jacques n’avait jamais eu une grande affection pour Bacon; aussi cet homme extraordinaire, eût-il été innocent comme il était coupable, Jacques l’aurait abandonné aux ressentiments de ses ennemis. Le-roi ayant dit aux communes de procéder sans crainte contre son chancelier, celles-ci le chargèrent devant la chambre des lords de vingt-deux actes particuliers de corruption. Bacon, qui avait la conscience de ses fautes et la certitude que la cour avait juré sa perte , sentit son courage l’abandonner. Il se mit au lit , écrivit aux lords une lettre touchante et leur demanda un délai pour qu'il pût réparer sa santé et préparer sa défense. Le 27 mars , les
chambres s’ajournèrent au 17 avril.
Dans l'intervalle le chancelier obtint une auilienee du roi. Le 24 avril, une semaine après la réunion du par lement. Bacon envoya à la chambre des lords sa soumission et une confession de ses fautes « Ce pauvre gentilhomme, dit sir Arthur Wilson, est tombé si bas , qu’on n’a plus même pour lui le sentiment de la pitié. Son langage, qui faisait la gloire de son époque, tant il était éloquent, ressemble maintenant à une harpe sans cordes suspendue aux branches d’un saule pleureur. C’est vraiment pitié de le voir se jeter aux pieds de ses juges avant d'être condamné. » Rien de plus humble, en effet, que l’acte de soumission de Bacon. Il citait une anecdote tirée de Tite-Live, pour montrer que l’interrogatoire à 1 egard des hommes placés dans des postes éminents avait le même effet que les condamnationsqui pouvaient être prononcées contre eux. « Je désire humblement. disait-il, que Sa Majesté reprenne les sceaux; ce sera une grande punition pour moi. » Mais il espérait que les pairs intercéderaient pour lui auprès du roi. •• Ce roi d’une clémence incomparable, disait Bacon , dont le cœur est rempli de sagesse et de bonté; ce prince qui n'a point eu son pareil depuis trois cents ans; ce prince qui mérite d'être signalé parmi les hommes pour ses actes de justice et de miséricorde, aura pitié de moi.
Et vous, révérends prélats, continuaitil , vous nobles seigneurs (la compassion a toujours existé dans un sang noble), vous qui êtes les serviteurs de celui qui ne brise point le faible roseau, vous occupez une place trop éminente pour n’etre poiut sensibles aux changements qui surviennent dans la condition humaine , et ne point comprendre combien il est malheureux pour un homme de tomber d’une place élevée. La corruption et la subornation sont les vices de l’époque, et, croyez-moi , toute réforme trop hûtive serait suivie de dangers. >> Bacon rappelait aussi aux lords les sentiments d’affection qu’ils lui avaient
llI.STOmE D’ANGLETERRE.
manifestés comme membre de leur propre corps , et terminait ainsi : « Je demande à vos seigneuries que ma soumission présente soit ma sentence ; que la perte des sceaux soit ma punition , et que vos seigneuries me recommandent à la miséricorde de Sa Majesté pour q'u’elle me pardonne tout ce qui s’est passé. Que l’esprit de Dieu soit avec vous ! »
Mais cet acte, quelque humble qu’il filt, ne satislit point les lords; toutefois ils dispensèrent Bacon de paraître en criminel à leur barre; mais ils exigèrent qu’il fît une confession distincte pour chacune des charges portées contre lui. Bacon signa alors une confession particulière pour chacune des charges séparément, et la chambre des lords lui ayant envoyé une députation pour savoir si cette confession était l’effet spontané de sa volonté, il répondit les larmes aux yeux: « Ce document est de moi, c’est ma main qui l’a écrit, c’est ma conscience qui Ta dicté. Oh! milords, éjiargnez un roseau brisé par la tempête.»
La chambre des lords informa aussitôt celle des communes qu’elle était prête à prononcer la sentence contre le lord chancelier; elle invitait les communes à se rendre à sa barre et à demander Jugement. La chambre des communes se rendità Tinvitationavec son speaker. Alors le grand juge, qui remplissait les fonctions de speaker dans la chambre haute , déclara que les lords, après avoir examiné les charges présentées par les communes contre le lord Verulam , vicomte de Saint-Alban , l’avaient trouvé coupable et le condamnaient à payer au trésor une amende de 40,000 1. s. (un million) et à être emprisonné à la Tour pour y rester durant le bon plaisir du roi; qu’ils le déclaraient incapable d’occuper des fonctions publiques, de siéger dans le parlement , et lui défendaient d’approcher la cour li’iine distance d’au moins douze milles.
Bacon n’avait point quarante mille livres sterling, car ses dépenses s’étaient constamment accrues avec
ses revenus. Mais Jacques lui Gt remise de cette amende, et après qu’il eût resté, pour la forme, deux jours prisonniers dans la Tour, il lui Ut grâce de la prison.
Bacon se retira aussitôt dans sa résidence de Gorhambury, séjour enchanteur qui était situé près de Taiicienne ville de Saint-Alban, et où il écrivit son histoire de Henri Vllet quelques autres ouvrages remarquables.
Malgré ses fautes passées , il aurait pu vivre respecté dans cette demeure , s’il se fût borné à consacrer son temps aux travaux qui ont honoré son nom; car il comptait à la cour, à la ville, et même dans le sein de la chambre des communes , qui avait provoqué sa condamnation , de nombreux et de chauds admirateurs de son talent. Mais son avidité, son amour pour les places et les honneurs lui firent faire de nouvelles bassesses. Il écrivit au roi les lettres les plus humiliantes pour lui demander une pension et sa réintégration au pouvoir. Puis, voyant qu’il n’était point écouté, il écrivit au prince Charles une lettre dans laquelle il lui disait que son père ayantété son créateur, il espérait que le lils serait son rédempteur.
Après cette victoire, les communes tournèrent leur attention sur les catholiques, qui leur devenaient de plus en plus odieux. Il y avait un detenu à la flotte pour dettes nommé Edouard floyde, catholique d’une bonne famille. Floyde s’était réjoui, disait-on, des succès des catholiques contre les armes du nouveau roi de Bohême. Il avait dit que la ville de Prague avait été prise, et que Palgraveetsa bonne femme (c’est le sobriquet que les ennemis du gouvernement donnaient au prince Palatin et à Élisabeth) avaient été obligés de tourner les talons et de s’enfuir en toute hâte pour n’être point pris. Les communes furentcourroucées de ces paroles, etdans leurcolère elles condamnèrent Floyde à payer une amende de mille livres sterling, à être mis au pilori dans trois villes différentes, à être conduit dans chacune de ces villes sur un cheval
PÉRIODE DES ST U ARTS
sans solle et le visage tourné tlii côté de la queue. .lacques envoya aussitôt un message à la cliainlne des communes; il la remerciait du zèle qu’elle avait montré à son égard, et lui faisait quelques représentations au sujet de la condamnation qu'elle avait prononcée. Jacques demandait aux communes d'examiner de nouveau si elles avaient réellementle droit de condamner une personne étrangère à leur chambre et qui n’avait commis aucune offense contre la chambre ou contre l’un de ses membres. Le roi disait, en outre, que le pouvoir judiciaire du parlement n’appartenait pas seulement aux eommunes, et il les engageait ensuite à considérer s’il ne convenait pas mieuxdelaissser l'afi'aire de Floyde dans les mains du souverain.
Les communes avaient évidemment outre-passé leur pouvoir; cependant cette chambre persista dans son pi'emier vote. La chambre des lords ayant demandé une conférence avec elle et ayant revendiqué le droit de participation dans la juridiction que les communes s’arrogeaient si exclusivement , celles-ci consentirent à la proposition. Mais le malheureux Floyde n'y gagna rien, car la chambre des lords ne voulait, dans cette circonstance, que faire établir ses privilèges.
Pour conserver la bonne harmonie avec les communes, elle angmenta même la sévérité de la sentence. Au lieu de mille livres sterling, Floyde fut condamné à en paver cinq mille; au pilori elle ajouta fa peine du fouet; Floyde fut en outre condamné à la dégradation de son rang de gentilhomme et à être mis en prison à Newgate pour la vie. Le prince Charles intervint enfaveur du prisonnier et obtint la remise du fouet; mais ce fut la seule grâce accordée à Floyde, le reste de la sentence fut exécuté.
Quelque temps après. Jacques, qui voyait les communes peu disposées à lui accorder des subsides, prorogea le parlement (au mois de novembre).
$5. — £tat des atraires dans le Palatin.it.
— Convocation du parlement. — .\Uilude
mcnaçanledes communes. — Prorogation.
— Prûji t (l'union enire Charles et l’intant! espagnole. — IrriLslion des esprits au sujet (l.‘ ce mariage. — Av.ii lenienl de ce. projet. - .'Nous eau projet de mariage avec une princesse i'iamaise. — MorldeJac<iues.
Cependant le Palatinat était térieusement menacé. Au mois de novembre de l’armée précédente ( 1 020 ) , les Impcriatix et les Espagnols, commandes par le duc de Bavière et le fameux Tilly, avaient gagné iiiic bataille décisive sur le prince palatin Frédéric, dans le voisinage de Prague.
Frédéric avait été forcé dequitter cette ville, après avoir perdu son artillerie, ses bagages, ses étendards, son trésor, et il s’était retiré à Breslau avec sa femme et ses enfants. De Breslau il était allé à Berlin et de Berlin a la Haye en Hollande, laissant aux princes de la ligue protestante le soin de défendre ses domaines pendant son absence de la Bobème. Mais ces princes, jaloux les uns des autres , n’avaient point concerté de plan d’opération. D’un autre côté, les quatre mille Anglais qui avaient été envoyés à Frédéric ne suffisaient pas pour résister aux vainqueurs; aussi furent-ils obligés de se jeter dans Heidelberg et dans Franckendal. Jacques était encore sollicité de renforcer l’armée anglaise. Mais le roi, indépendamment de sou amour pour la paix, n’avait
Point d’argent. Il voulut alors rétablir harmonie entre les puissances belligérantes par les voies delà diplomatie, science pour laquelle Jacques se croyait des talents du premier ordre.
Il envoya, en conséquence, des lus tructioiis à ses agents du dehors.
Des embarras naissaient d’un autre côté : les pirates de l’Algérie attaquaient depuis plusieurs années les navires de toutes les nations , et un nombre considérable de navires anglais qui faisaient le commerce avec Smyriie et les côtes de la Méditerranée, avaient été pillés par eux. Quelque^is même les corsaires algériens étaient venus faire des prises jusque sur la côte d’Angleterre, et plusieurs d’entre eux avaient récemment fait
des descentes sur les cdtes d’Irlande, où ilsavaient enlevé unas$e;( grand nombre d hahitants. Jacques auiait voulu que les puissances cliiétiennes se réunissent pour det J uire A Iger, (|ui était le princi|ial foyer de la piraterie; et l’Espagne, qui iivait beaucoup souffert de ces déprédations, s’était déjà engagée à prendre une part active dans l’entreprise. Mais quand le moment d'agir lut arrivé. Jacques se trouva seul pour détruire les pirates algériens. Sir Robert Mansell partit pour l’ A Igérie, mais avec des forces insuflisantes. Il arriva devant Alger et brilla plusieurs navires et des galères, mais les Algériens l’attaquant aussitôt, le forcèrentà se retirer. Mansell ne renouvela pas l’attaque, et les Algériens recouvrèrent tous leurs navires, à l’exception de deux qui avaient été brûlés.
Les pirates tournèrent alors toute leur fureur contre les navires naviguant BOUS le pavillon de Jacques, et dans le cours de quelques mois ils prirent trente-cinq navires anglais dont ils vendirent les équipages comme esclaves.
Sur ces entrefaites , le parlement , qui avait été prorogé au mois de novembre , s’assembla. Le roi, qui n’avait pas le désir de se trouver en présence de cette assemblée, feignit une maladie et resta à Royston. Mais par ses ordres , lord Digby eut une conférence avec les deux chambres Lord Digby exposa qu’il était impossible de songer à recouvrer le Palatinat, si l’on n’y envoyait pas une armée anglaise: il fallait de l’argent. Lord tranlield , premier lord de la trésorerie, dit aux communes que pour maintenir dans cette contrée une force suflisante pendant un an, 900,000 livres sterling (22,500,000 francs) étaient nécessaires.
Les communes ne voulurent accorder que 70,000 livres st. (1,750, 000).
Cette chambre continuait à manifester les dispositions les plus hostiles envers la couronne. Car, depuis son ajournement, la couronne s’était rendue coupable des actes les plus arbitraires. Ainsi les comtes d’Oxford
et de Southampton, Sutcliff, doyen d’Exeter, Brise, prédicateur puritain, sir Christophe Neville, sir Edwin Sandys, l’un des membres les plus hardis de la chambre des communes, et Selden, avaient tous été arrêtés.
Coke, dont la vigueur patriotique semblait augmenter avec râge, avait lui-même été soumis à des persécutions de la part de la cour, pour de prétendues offenses commises dans ses fonctions déjugé. Les communes crurent que ces mesures de sévérité avaient été provoquées par les manifestations de libéralisme qu’avaient faites ces personnes, et elles envoyèrent deux de leurs membres à sir Edwin Sandys, qui était alors retenu au lit par une maladie, atin de s’enquérir des causes de sou arrestation. Dans le même temps Coke proposait aux communes une mor tion pour arrêter les progrès du papisme, et pour signder à l’attention de la chambre les dispositions de la cour pour marier le prinee de Galles à une princesse catholique. Ces mesures irritèrent vivement Jacques, qui écrivit une lettre hautaine a si r Thomas Richardson, orateurde la chambre des communes. Jacques se plaignait de ce qu’il appelait un empietemèut sur ses prérogatives, et déclarait, à l’égard de sir Edwin Sandys, qu’il était m lître de punir un de ses sujets comme il l’entendait. Les communes répondirent d'une manière respectueuse mais ferme, que les droits qui leur étaient contestes leur appartenaient, et qu’elles voulaient mai.itenir la liberté de la parole dont elles avaient hérité de leurs aucétres. .lacques prit la plume une seconde fois; il disait que ses prérogatives émanaient également de ses ères et de lui-même, et que la chamre des communes devait se renfermer dans le cercle de ses devoirs.
Le 18 décemlire 1621 , jour mémorable dans les annales constitutionnelles du royaume, la chambre des communes rédigea la protestation suivante:-Les commums, réunies en ce moment en parlement, déclarent, au sujet des libertés, franchises, privilèges
'60 Dy vàuogle
et juridiction du parlement, que ces libertés, franchises, privilèges et Juridiction sont (les droits anciens et incontestables acquis par droit de naissance et d’Iiéritase aux sujets du royaume; que les affaires difficiles et urgentes concernant le roi, l’État, la défense du royaume et celle de l’église d’Angleterre ; que la fabrication et le maintien des lois; que le redressement des criefs et l’exposition des actes coupables qui se commettent rha(|ue jour dans ce royaume, sont des matières dont la discus-^ion appartient au parlement; qu’à l'égard de la direction à donner à ces affaires et à la manière dont elles doivent être entreprises, clia(|ue membre de la chambre a et doit avoir son franc parler; que les communes réunies en parlement ont également la libertéde traiter de ces affaires comme elles l'entendent et au mieux de leur jugement; que les membres de laditechainbre ne peuventêtre accusés, emprisonnés ou molestés que par la volonté de ladite chambre au sujet des actes ou paroles qu’ils auraient pu commettre ou prononcer .dans le parlement; que dans le cas où il serait procédé différemment contre un membrede la chambre , il en serait immédiatenient donné avis au roi par les communes pour qu'il n’agtt point contrairement aux présentes dispositions. »
Cette protestation fut votée après des débats vifs et prolongés, et les communes l’enregistrèrent sur leur journal. Jacques la regarda comme un outrage; oubliant qu’il avait fait courir le bruit qu'il était malade , il se rendit inimé(ïiatement à Londres, et, la colère à la bouche, il prorogea le parlement, ordonna au greffier de la chambre descommunesde lui apporter lejournal, effaça de sa main la fameuse protestation, en présence des juges du royaume et des membres de son conseil. Quelques jours après, il prononça la dissolution du parlement, et donnant cours à sa colère, il envoya Coke et sir Robert Phillips à la Tour; Selden , Pym et Mallery dans d’autres prisons. D'autres mem-
bres des communes furent exilés en Irlande.
Cependant (i622 et 1623), les affaires du Palatinat devenaient plus graves de jour en jour. Leroi de Danemark n'était plus disposé à soutenir Frédéric , et les Hollandais, qui l’avaient vivement pressé d’accepter la couronne de Bolieme, avaient trop à s’occuper de leurs propres affaires pour songer à lui. Les Français, à cause de leur ancienne jalousie contre la maison d’Autriche, auraient peut-être été disposés à faire une démonstration en faveur de Frédéric; mais la cour de France était alors agitée par mille intrigues , et cette contréeétait en outre désolée par des guerres civiles et religieuses. Le comte Mansfeldt et le prince Christian de Brunswick , qui commandaient pour Frédéric, avaient en outre déserté sa cause, et après avoirévacué le Palatinat, où ils avaient fait la guerre plutôt pour leur propre compte que pour le sien, ils avaient pris service avec les Hollandais. De son côté Jacques, ne sachant plus comment payer les troupes , et désireux de faire un acte agréable au roi d’Espagne, avait livré Franckendal aux Espagnols sur la promesse qui lui avait été faite que cette ville lui serait rendue si la paix n'était pas conclue sous dix-huit mois. L’Empereur avait enfin donné une grande partie du Palatinat au duc de Bavière. Alors Frédéric, n’ayant plus de royaume, plus de provinces, s'était retiré à la Haye avec sa famille, où il recevait une pension des Hollandais.
Toutefois Jacques, qui espérait encore rétablir les affaires de son gendre, négociait alors un traité de mariageavec l'Espagne; car il pensaitquesi ce mariage arrivait à bonne lin , le traité serait suivi de l’entière restitution du Palatinat à Frédéric. Les dispositions de la cour d’Espagne à l’égard de ce mariage étaient des plus favorables. Ainsi le comte de Bristol, envoyé en ambassade à la cour de Madrid, venait d’écrire à Jacques que Philippe IV , frère de la jeune fiancée destinée à son fils, le pressait
oogle
izeo :
UISTOIRE D’ANGLETEIUIE.
de conclure. Cependant le consentement de Philippe n'était que conditionnel, car il ne voulait accorder sa sœur à un protestant qu’autant qu'il obtiendrait unedispense du pape et que l’épouse de Charles aurait la faculté de suivre sa religion en Angleterre. Jacques, impatient des délais qui pouvaient entraver cette affaire, envoya immédiatement à Home un agent pour obtenir la dispense.
Une pareille union ne pouvait qu’être odieuse à la majorité de la nation par l’aversion qu’elle portait aux catholiques; aussi toutes les négociations de Charles à l'égard de ce mariage s’étaient faites sans bruit.
Cependant les puritains commencèrent à s’effrayer de certaines mesures qui étaient tout à fait en opposition avec la sévérité rigoureuse que Jacques avait exercée jusqu’alors contre les catholiques. En effet, .lacques, pour se rendre favorable la cour de Home, venait d’amnistier tous les catholiques anglais qui avaient été emprisonnés pour avoir refusé de se contorincr au culte établi.
Malgré ces dispositions d’une nature hostile, Jacques signa le contrat. Le roi d’Angleterre promettait de ne plus exercer de persécutions contre les catholiques anglais, et leur permettait de célébrer la messe dans leur propre maison comme bon leur semblerait. Desoncôté, leroid’Espagne s’engageait à donner à sa sœur une dot dedeux millions de ducats, et à faire célébrer les noces à Madrid, où le prince de Galles devait être représenté.Le princeCharles,queconseillait Buckingham, voulut aller lui-méme à Madrid. Buckingham avait ses motifs; il désirait accompagner le prince dans cette capitale , car il craignait que le comte de Bristol, ambassadeur h la cour de Madrid, n’acquît une grande influence sur l’esprit de l’infante espagnole, si ce seigneur venait à conclure lui seul ce mariage.
Jacques craignait les clameurs qu’allait faire naître un pareil voyage et savait qu’il s'exposait beaucoup en faisant une pareille concession ; il re-
fusa d’abord , mais , vivement pressé par les instances de son fils et de son favori , il consentit enfin à ce qu’ils demandaient, à la seule condition que les deux voyageurs conserveraient rirrcognito pendant la route.
Le 7 février 1623, les deux chevaliers errants prirent congé du roi et partirent aussitôt; le prince, sous le nom de John Smith , et le marquis de Buckingham, sous celui de Thomas Smith. Leur passage en France causa une certaine sensation , car le gouvernement de ce pays ne voyait pas avec plaisir une alliance matrimoniale entre l’Angleterre et l’Espagne, et il craignait que le prince, en voyageant secrètement, n’edt des communications dangereuses avec les huguenots.
Desoncôté, le prince ne prenait pas de grandes précautions pour conserver l’incognito. Il alla secrètement à la cour et y vit la princesse Henriette- Marie, qiii devint sa femme et qui , diton, fit sur son cœur une vive impression. De Paris les deux voyageurs se rendirent à Bayonne, où ils furent arrêtés; ils craignirent quelques instants de ne pouvoir continuer leur route ; mais il leur fut bientôt permis de quitter la ville. Ils entrèrent alors en Espagne et arrivèrent sains et saufs à Madrid.
Jacques, en exigeant que les voyageurs gardassent l’incognito , avait eu pour objet de cacher aux puritains le mariage projeté, dans la crainte de quelque manifestation de leur part.
Mais Charles et son compagnon de voyage , à leur arrivée à Madrid , descendirent à l'hôtel du comte de Bristol, ambassadeur d’Angleterre à la cour d’Espagne, et envoyèrent annoncer leur présence à Gondomar, qui était de retour de son ambas.sade à Londres.
Le jour suivant, Charles eut une audience du roi , de la reine, de l’infante , dedon Carlos, des grands duroyaume et des ministres et ambassadeurs étrangers. Cette audience était censément secrète ; mais Charles cessa , au bout de peu de temps , d’observer les précautions que lui avait recommandées son père. Le prince de Galles
PÉRIODE DES STüARTS.
devint aussitôt de la part de la cour d’Espagne l’objet de la plus grande courtoisie etdes plus grands honneurs.
Alors .Jacques, reconnaissant l’inutilité du secret qu'il avait voulu garder, envoya en toute hâte le comte de Carlisie à la cour de France pour y excuser l’incognito deson lils,etexpédia de la môme manière une troupe de courtisans à la cour d’Espagne, afin d’y former un cortège splendide à son lils.
L'infante dona Marie était alors dans la lleur de l’âge. Son amabilité la rendait charmante. Elle avait un teint flamand plutôt qu’espagnol , de beaux cheveux, une grande fraîcheur. Les assiduités du prince lui étaient agréables. Au Prado, dans une promenade en voilure avec le roi , elle s’était attaché un ruban bleu au bras pourse faire remarquer du prince.
Charles paraissait enchanté. La chasse et les parties de plaisir se succédaient en son honneur à la Casa de Campo.
Le dimanche qui suivit l’arrivée du prince il fut conduit au monastère royal de St.-Jérôme, où les rois d’Espagne ont coutume de se rendre avant d’être couronnés, et Philippe et ses deux frères, accompagnés des huit ministres et de la fleur de la jeunesse espagnole , vinrent l’y chercher pour le ramener en triomphe à Madrid. Charles était à cheval à la droite du roi. Il traversa la ville sous un dais magnifique, et fut conduit de cette manière au palais du roi, et Philippe l’accompagna lui-même dans la chambre à coucher qu’on lui avait préparée : c’était la chambre la plus magnifique et la plus somptueuse du palais.
Charles vint ensuite faire sa visite à la famille royale. Quatre fauteuils d’égale grandeur furent placés sous un dais, et les nobles personnages y prirent place aussitôt pour causer entre eux. Ces fauteuils étaient occupés par le roi, la reine, l’infante et le prince de Galles. Charies ne savait pas l’espagnol et ses nobles interlocuteurs ne savaient point l’anglais; mais le comte de Bristol servit d’interprète aux augustes personnages, et la conversation ,
ui dura plus d’une demi-heure, fut es plus animées. Charles, àson retour dans sa chambre à coucher, y trouva des présents magnifiques que la reine lui avait envoyés. Les jours suivants se passèrent en combats de taureaux, en processions religieuses , en tournois, en chasses et en fêtes de toute espèce ; pour honorer davantage encore son royal visiteur, la cour d’Espagne mit en liberté tous les prisonniers qui étaient dans les prisons de .Madrid , et le roi lui promit que toutes les pétitions qui pendant un mois lui parviendraient par son intermédiaire, seraient accueillies favorablement.
Cependant des nuages commençaient à s’élever. Les courtisans de Charles se conduisaient d’une manière peu décente à la cour d’Espagne. Le roi Philippe avait beau s’évertuer pour contenter l’appétit de ces messieurs, les faisant même servir à table dans le palais par ses propres serviteurs, il ne réussissait point à les satisfaire. Les courtisans de Charles raillaient la cuisine espagnole, et lançaient des sarcasmes sur la religion des Espagnols , point sur lequel cette nation a toujours été fort chatouilleuse. Toutefois Charles paraissait très-amoureux; dans la violence de son amour, ou plutôt cédant aux suggestions de Philippe, il engagea son père à reconnaître la suprématie spirituelle du pape. Jacques répondit que si le pape était disposé à faire abandon de sa puissance suprême et usurpatrice sur les rois, il était disposé de son côté à reconnaître le pape comme le premier évêque, auquel tous les ecclésiastiques pouvaient faire appel en dernier ressort ; « et c’est tout ce que ma conscience me permet d’accorder à cet égard, ajoutait .Tacques ; car je ne suis point un homme à changer de religion comme celui-là change de chemise qui s’est livré à l’exercice du jeu de la balle. » Mais tel était le désir que Jacques avait de voir s’accomplir le mariage de son fils, qu’il lui écrivit, peu de temps après, les lignes suivantes :
« Nous vous donnons notre promesse royale que tous les engagements que
vous prendrez en notre nom seront fidèlement remplis. » Les catholiques anglais qui s’étaient réfugiés sur le continent se réunirent alors autour du prince et de Buckingham, et chacun d’eux conçut l’espérance que le culte catholique serait bientôt rétabli en Angleterre.
La cour d’Espagne, qui recevait smi impulsion de Grégoire XV, commença àdevenir plus exigeante. Grégoire XV, écrivant a l’inquisiteur général d’Espagne àcet égard, l’engagea fortement a mettre à profit l’occasion qui se présentait et qu’il regardait comme envoyée du ciel dans l’intérêt du catholicisme. « Nous avons appris, disait le pape, que le prince de Galles, fils du roi de la Grande-Bretagne, est récemment arrivé à Madriddanslebutd’ycontracter mariage avec une princesse catholique. Notre désir est que son séjour à la cour des rois auxquels la défense de l’autorité du pape et le soin de soutenir les intérêts de la religion ont procuré le nom si recherché de rois catholiques , ne soit pas perdu pour la religion. Nous adressons, en conséquence, des lettres apostoliques à Sa Majesté Catholique pour qu elle ait à ramener par des mopns doux le prince à l’obéissance de l’église romaine, à laquelle les anciens rois de la Grande-Bretagne soumettaient leur couronne et leur sceptre. Pour obtenir cette victoire, qui promet à celui qui l’aura remportée des triomphes ineffables dans le séjour céleste, nous n’avons pas besoin d épuiser les trésors du roi , ni de lever des années de soldats furieux. Il nous suffira de nous couvrir d’une armure de lumière dont la splendeur divine puisse seduire les yeux de ce prince, et enlever de son esprit toutes les erreurs religieuses qui y o tété semées.
Pour la conduite de cette affaire, nous nous en rapportons a votre habileté, que nous connaissons depuis longtemps. Nous voulons donc que vous vous présentiez au roi d’Espagne comme conseiller catholique, et que vous employiez auprès de lui dans cette circonstance tousles moyens qui pour-
ront être profitables à la Grande-Bretagne et à l’église de Rome. L’affaire est de Ja plus haute importance et n’a pas besoin de plus longues explications pour que vous en compreniez la portée. Quiconque enflammera l’esprit de ce jeune prince d’amour pour la religion catholique, coiniiiencera à lui ouvrir le royaume des cieux et à ramener la Grande-Bretagne dans le giron de notre sainte église. » A peu de jours de là, Grégoire adressa un lettre au prince Charles lui-même. Il l’exhortait à embrasser la religion de ses ancêtres, et lui disait qu’il espérait lui voir cette piété pour laquelle les rois d’Angleterre avaient été autrefois si célèbres. Charles répondit au saint-pere en lui disant qu’il regrettait profondément les divisions qui existaient dans l’église chrétienne et qu’il désirait vivement voir l’union se rétablir.
Malheureusement pour le mariage Grégoire XV mourut avant la réception de cette lettre. Alors Urbain VIH, son successeur, reprit la continuation de ces négociations. Récrivit à Charles ; « Nous avons levé nos mains au ciel et avons remercié le Père de toutes les miséricordes de ce qu’au commencement de notre règne un prince de la Grande-Bretagne ait fait acte d’une aussi grande soumission à l’égard du pape. »
Mais il fallait de nouvelles dispenses; celles que Grégoire avait accordées, et qui étaient déjà à Madrid dans les mains du légat, ne suffisaient plus. Car la cour d'Espagne venait de déclarer qu’il était nécessaire que le nouveau pape confirmât les dispenses accordées par Grégoire. Olivarès, ministre de Philippe, voulait, de son côté, insérer
filusieurs clauses additionnelles dans e contrat de mariage. Ces clauses portaient que l’infante aurait une chapelle publique dans le palais; qu’elle choisirait elle-même les nourrices et les gouvernantes de ses enfants; que ses enfants seraient élevés par ses soins jusqu’à ce qu’ils eussent atteint au moins l’âge de dix ans ; que , si ces enfants venaient à être catholiques, ils
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ne seraient point exclus de la succession , et enfin que le roi d’Angleterre dnnnerait des garanties pour l’exécution de ces conditions.
Jacques ratifia toutes ces conditions. Quant aux garanties qu’on lui demandait, il n’avait pasautrecliose à offrir que sa parole, et il la donna. Toutefois les lordsdu conseil jurèrent dans la chapelle royale de Westminster que les conditions stipulées dans le contrat de mariage de t.harles seraient observées. Cependant les ambassadeurs espagnols auraient voulu que Jacques cuminençAt d’abord par publier une proclaination qui défendit toutes persécutions contre les catholiques. Mais Jacques, craignant les conséquences d’une manifestation aussi publique, leur répondit qu’une proclamation n’était qu’une suspension de la loi, qui pouvait être annulée par une autre proclamation et qui ne liait point ses successeurs.
Il leur offrit à la place de faire grâce à tous les catholiques qui avaient encouru quelques peines, et d’accorder à tous, sous son sceau privé, une dispense qui les affranchirait à l’avenir de tous les statuts, ordonnances et lois pénales, prononcés contre eux. Cette dispense fut en effet accordée, mais lorsqu’elle fut présentée au lord du sceau privé, celui-ci refusa d’apposer le sceau en disant qu’un pareil acte était dangereux et qu’il n’avait point eu de précédents.
Alors les ambassadeurs d’Espagne écrivirent à léur cour que Jacques et son fils avaient promis beaucoup plus qu’ils ne pouvaient tenir, et qu’il était inutile d’espérer que le culte catholique serait toléré en Angleterre.
Cependant Jacques préparait déjà des nijoux et des joyaux pour en faire présent à sa bru , et se disposait à envoyer une petite flotte pour la ramener en Angleterre avec son fils.
Les choses n’étaient point aussi avancées en Espagne. Olivarés et le nonce du pape trouvaient maintenant une foule de raisons à opposer à l’empressement amoureux du prince de Galles,
et le pape n’avait point encore envoyé les nouvelles disj enses. D’un autre côté, Buckingham, que le roi avait faitduc depuis son départ, pour le mettre sur le même rang que les grands d’Espagne, s’était tait détester à la cour par sa légèreté , son penchant à la colère et ses débauches. Les libertés qu’il prenait avec le prince de Galles excitaient le plus grand étonnement. Buckingham donnait au prince les noms les plus plaisants, se promenait dans la chambre de Charles , à demi vêtu , et gardait son chapeau, tandis que le prince avait la tête découverte. On lui reprochait d’introduire parfois des filles de mauvaise vie dans le palais même, et il venait de se brouiller avec Olivarés , le favori de Philippe.
Ces désordres faisaient réfléchir Philippe; il voyait pour sa soeur un avenir peu heureux si Buckingham continuait à jouir de la confiance et de l’amitié de Charles.
De son coté, Buckingham commençait à désirer vivement sou retour :
il avait appris par févéque Land et d’antres amis que le parti de lord Bristol commençait à gagner du terrain à la cour; que certaines personnes s’étaient plaintes au roi , de son insolence et des ahus de pouvoir qu’il avait commis ; (jue le roi prêtait une oreille attentive a ces plaintes et qu’il Y aurait enfin une révolution complète à la cour, s’il ne revenait immédiatement pour conduire l’esprit de son maître.
Charles subissait l’inlluenee de Buckingham; il déclara aussitôt au roi d’Espagne que son père se faisant vieux, lui ordonnait de revenir, et que sa présence, en Angleterre était indispensable pour calmer les alarmes ue sa longue absence avait fait naître ans la nation, et pour préparer en même temps la réception de sa femme.
Olivarés et le nonce du pape demandèrent que le mariage fût célébré en Espagne, et que la princesse et sa dot ne fussent envoyées en Angleterre qu’au printemps de l’année suivante, époque à laquelle Jacques au-
rait eu le temps de mettre à exécution toutes ses bonnes intentions envers ses sujets catholiques. Sur les promesses nouvelles que donna Charles, qu’à son arrivée une entière liberté de suivre leur culte serait accordée aux catholiques, Philippe et Olivarès déclarèrent que le mariap serait célébré au plus tard à Noéj.
Philippe et Olivarès convinrent qu’ils se chargeraient de faire le nécessaire à l’égard des dispenses lorsqu’elles arriveraient de Rome ; et Charles laissa dans les mains du comte de Rristol une procuration avec ses pleins pouvoirs. Par cette procuration , que le comte devait remettre à Philippe dix jours après l’arrivée des dispenses , Charles nommait pour son représentant au mariage, Philippe ou l’infant don Carlos, son frère. Charles, en présence du patriarche des Indes, jura solennellement avec Philippe d’ohserver fidèlement les clauses du traité. L’infante doua Maria prit aussitôt le titre de princesse d’Angleterre, et son frère lui forma une cour séparée. Après un échange de cadeaux du plus grand prix entre les deux futurs conjoints, Charles se dirigea vers Saint-Ander où l’attendait la flotte anglaise, commandée par lord Rutlund. Gondomar, le comte de Monterey et d’autres nobles reçurent l’ordre d’escorter le prince dans sa route à Saint-Ander. Philippe lui-méme et ses deux frères accompagnèrent Charles jusqu’à une certaine distance de Madrid, et le traitèrent splendidement à l’Escurial pendant plusieurs jours. Au moment de la séparation, Charles et le roi se tinrent pressés l’un contre l’autre dans un long embrassement. Philippe fit élever une colonne dans cet endroit en commémoration de cette circonstance.
Charles, après une heureuse traversée , débarqua à Portsmouth (5 octobre.) Le lendemain il arriva à Londres, où il fut reçu avec de grandes démonstrations de'joie. Charles n’était plus dans les dispositions qu’il avait montrées à la cour d’Espagne. Déjà môme un courrier avait été expédié par ses
ordres au comte de Bristol , ambassadeur d’Angletoiie à Madrid. Le prince de Galles enjoignait à ce diplomate de ne rien faire à l’égard du mariage jusqu’à nouvelles instructions.
Les raisons alléguées au comte dans cette occasion attestaient une grande duplicité. Le prince déclarait à l’ambassadeur (|u’il craignait que l’infante après la célébration du mariage par procuration, ne s’enfermât dans un couvent; aussi, disait-il, je suis fermement résolu à ne point épouser la princesse. Quand Bristol se présenta a la cour pour e.xécuter la mission qu’il venait de recevoir, Philippe lui donna l’assurance que sa sœur serait envoyée en Angleterre à l’époque et de la manière convenues; que l’infante était très-contente de l’union projetée; qu’elle n’avait jamais eu l’intention d’entrer dans un couvent , et que maintenant, -qu’elle connaissait le prince de Galles, elle songerait moins que jamais à se vouer au cloître. Bristol donna connaissancedecette réponse à la cour. Mais Jacques, à l’instigation de Charles et de Buckingham, lui écrivit immédiatement de ne délivrer ses pouvoirs pour le mariage par procuration qu’à Noël, parce que cette époquesainte etjoyeuse, disait-il, était plus convenable pour célébrer un mariage. L’ambassadeur répondit en toute hâte au roi que les pouvoirs pour le mariage par procuration expiraient avant Noël , ainsi que le savaient fort bien le prince et Buckinham, et que ce serait une injure es plus outrageantes à faire au roi d’Espagne, que de les lui présenter à une époque où ils n’auraient plus de valeur; que le pape avait déjà signé les dispenses, et que lui, comte de Bristol, se considérait lié par le traité et par le serment qu’il avait prêté de maintenir ledit traité, de délivrer au roi d’Espagne ses pouvoirs aussitôt qu’ils lui seraient demandés; ce qu’il ferait, à moins que des ordres positifs contraires ne lui fussent envoyés par son souverain. « Je demande humblement pardon à Votre Majesté, disait Bristol, si je lui écris avec la
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franchise et la sincérité d’un sujet dévoué. Je sais que Votre Majesté a été d’avis depuis longtemps que la meilleure manière de forcer le roi d’Espagne à rétablir le prince palati n dans ses possessions était d’effectuer le mariage; mais Votre Majesté doit se rappeler quecette condition n’étaitqu’une annexe au contrat de mariage, et que le mariage n’en devait dépendre en aucune façon. >•
Cependant les dispenses étaient arrivées de Rome, et le jour où devait être célébré par procuration le mariage, avait été fixé. Philippe invita à cette cérémonie toute la noblesse espagnole; puis il envoya des ordres dans toutes les villes et les ports de mer du royaume pour que cet heureux jour filt annoncé à ses sujets par des salves d’artillerie. La reine venait d’accoucher d’une lille, et Phi lippe voulut que la jeune infante fdt baptisée le jour du mariage. Tout Madrid était au comble de la joie, lorsque trois courriers anglais porteurs de dépêches arrivèrent à l’ambassade d'Angleterre. Ije roi .lacques défendait au comte de Bristol de délivrer ses pouvoirs pour le mariage ; il voulait préalablement qu’on lui donnât satisfaction entière au sujet du Palatinat, ou du moins il demandait que le roi d’Espagne déclarât la guerre à l'Empereur pour obtenir la reddition immédiate du Palatinat en faveur du gendre du roi d’Angleterre. Philippe, indigné, contre-manda les préparatifs du mariage et ordonna à sa sœur de quitter l’étude de l’anglais et de ne plus porter le titre de princesse de Galles; ordre qui ht verser des larmes à l’infante. Quand sa colère fut calmée, il demanda des explications au comte de Bristol , pour lequel il professait la plus haute estime. Philippe lui dit qu’il n’était pas en son pouvoir de rendre le Palatinat, et qu’on ne pouvait exiger qu’il fit la guerre à l’Empereur, qui était son parent, ainsi qu’à la moitié des puissances catholiques de l'Europe, pour recouvrer ce territoire; mais il lui promit d’entamer des négociations amicales à cet égard ,
et de prendre les armes si les négociations n’avaient au bout d'un certain temps aucun résultat favorable. De son côté, le conseil espagnol, jaloux de plaire à son souverain , déclara que le roi d’Espagne était prêt à faire les plus grands efforts pour satisfaire le roi d’Angleterre, et écrivit alors une lettre particulière au roi Jacques, dans laquelle il faisait de nouvelles pronle^s^'s qu’il supposait devoir satisfaire complètement la cour d’Angleterre.
Mais Charles était maintenant décide à n’epouser l’intante à aucun prix. Le comte de Bristol fut rappelé; cet ambassadeur représenta à Jacques qu’ayant contracté u dette de cinquante mille couronnes et ayant mis en gage tous les joyaux de sa femme pour le prince Charles, pendant que ce dernier était à Madrid , il n’avait plus assez d’argent pour entreprendre son vovage. Bristol priait humblement le roi de lui envoyer de l’argent, en disant qu'il ne pouvait décemment quitter la cour d’Espagne comme un débiteur poursuivi par ses créanciers. .Mais Jacques ne lui envoya rien. Philippe, qui avait connaissance des difficultés dans lesquelles le comte se trouvait engagé, lui lit de riches présents, et prévoyant le sort que lui
n avait Buckingham en Angleterre, engagea à rester en Espagne, lui promettant de le combler de richesses et d’honneurs. Bristol refusa et répondit au roi qu’il avait conliance dans la justice de son maître et dans sa propre innocence; qu’il aimait son pays natal et qu’il le préférait à tout "autre, et qu’il ne craignait rien pour lui-même lorsqu’il serait de retour. Cependant quand il arriva en Angleterre, il reçut l’ordre de se rendre, dans sa résidence en province et de s’y considérer comme prisonnier. Buckingham voulait meme u’on l’envoyüt a la Tour , mais le duc e Richmond etlecomtedePembroke, par l’énergie de leur opposition, empêchèrent que cet acte d’injustice ne fdt commis; il fut défendu au comte de Bristol de paraître à la cour et d’occuper son siège à la chambre haute.
Ces longues négociations avaient épuisé les ressourcesde Jacques, et malgré des exactions odieuses auxquelles s’était livré son favori, ses coffres étaient a sec. Cranfield, lord de la trésorerie, l’évéque Williams et d’autres qui avaient fait cause commune pour critiquer Buckingham en son absence, parce qu’ils avaient cru voir un moment son étoile pâlir, furent misàcontributionet durentpayer des sommes considérables. D’un autre coté, la guerre avec l’Espagne paraissait imminente (1624), car Philippe faisait d’immenses préparatifs contre l’Angleterre. Dans cette triste conjoncture Jacques résolut une autrefois de recourir à son parlement. Le 19 février les deux chambres s’assemblèrent. Jacques déclara dans son discours d’ouverture qu’il regrettait sincèrement les premières mésintelligences qui avaient éclaté entre son cher parlement et lui ; qu’il désirait vivement faire son devoir et donner des marques d’amour à son peuple ; qu'il négociait depuis longtemps avec l’Espagne; qu'il avait envoyé dans celle contrée son propre llls avec l'homme dans lequel il avait le plus de conliance, car c’était le plus fidèle et le meilleur de ses conseillers; que toutes les transactions qui avaient eu lieu à ce sujet leur seraient soumises, et il les priait de lui donner leurs bons avis super totam materieni. Il leur dit que dans tous les traités publics et privés qu’il avait faits, il avait toujours et avant toutes choses considéré les intérêts de la religion protestante; qu’il avail,il est vrai, adouci en quelques circonstances la rigueur des statuts contre les catholiques, mais qu’il n’avait permis en aucune façon que la loi fdt altérée à leur égard, .lacuues eu appelait à Dieu de la vérité de cette assertion. Le roi termina son discours en disant aux chambres que le temps était précieux , et en les engageant à ne point faire de demandes impertinentes ou irritantes. Quelques jours après , Buckingham , dans une conférence générale , à White-Hall , fit un long discours aux deux cham-
bres, pour justifier la rupture des traités avec l’Espagne, Il déclara qu’après des négociations qui avaient duré plusieurs années, le roi d’Angleterre avait trouvé les Espagnols plus mal disposés à accepter un arrangement définitif qu’ils ne l’avaient jamais été ; que le comte de Bristol n’avait jamaispu obtenird’eux quedes promesses vagues; que le prince, doutant de leur sincérité, était allé lui-même en Espagne, qu’il avait été traité dans cette contrée d’une manière peu convenable et qu’il l’avait quittée comaincu que la cour de Madrid était fausse et perfide; puis, pour flatter les
Î lassions de ses auditeurs, il ajouta que e roi d’Angleterre avait toujours regardé la restitution du Palatinat comme une condition préliminaire du mariage, mais que le prince, après avoir été-exposé à de mauvais traitements, avait été obligé de revenir en Angleterre , sans aucun espoir d’obtenir Tinfanle ni le Palatinat.
Ce discours était un tissu de mensonges; mais la rupture du mariage de l’héritier de la couronne avec une princesse catholique fut regardée comme un ti'iompne par les protestants; aussi le discours de Buckingham fut-il reçu avec acclamation par le parlement. Coke, dans la chainbredes communes, appela Buckingham a le sauveur de la nation , » et le peuple alluma des feux de joie en son nonneur.
Les ambassadeurs d'Espagne ayant déclaré que le discours du duc ne contenait que des faussetés, et <|u'il portait atteinte à l'honneur de leur souverain, les deux chambres prirent la défense du favori , et dirent que le roi d’Angleterre ne pouvait plus négocier honorablenientavec la courd’Espagne.
La nation aurait désiré la guerre, mais Jacques se faisait vieux. Ses dettes et sa pauvreté étaient en outredes obstacles d’une nature bien grave pour qu’il pilt espérer dans la guerre des succès importants. Mais Buckingham et Charles représentèrent au roi qu’en déclarant qu’il voulait faire la guerre à l’Espagne il pourrait obtenir de forts subsides, et que ce serait un excellent
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moyen pour payer ses dettes. Jacques se décida à exposer ses besoins aux communes. Les allocations, leur ditil , devaient être d’une grande importance, attendu que ses dettes étaient lourdes, que son trésor était à sec, que ses allies étaient pauvres et que ses navires avaient besoin de fortes réparations; et pour rassurer les communes, il leur dit que l’argent voté serait mis à la dis|iosition d’une commission choisie dans le sein du parlement, et que lui n’y toucherait point.
Le roi demandait sept cent mille livres sterling (17 millions et demi) et cent cinquante mille livres sterling par an pour payer ses dettes (3,750,006 francs).
L’énormité decesdemandesdiminua beaucoup l’ardeur belliqueusedes communes ; mais Buckingham et le prince de Galles ayant donné à entendre qu’on se contenterait d'une somme moins élevée, les communes, sans égard pour les dettes du roi , votèrent une somme de 300,000 livres sterling (7 millions et demi ). Elles choisirent ensuite des trésoriers , et leur enjoignirent de ne délivrer l’argent que sur un ordre du conseil de guerre.
Ensuite elles d ressèren t une liste des catholiques qui occupaient des places dans le gouvernement et demandèrent leur expulsion. Elles signalèrent plusieurs monopoles comme étant illégaux et attaquèrent Cranlield, lord trésorier qui était maintenant comte de Middiesex, et l’accusèrent de corruption et de concussion. CranGeld était une des créatures de Buckingham, mais il avait intrigué contre le duc pendant son absence en Espagne, et malgré sa soumission et l’or qu’il avait donné au duc, il n’était point parvenu à rentrer entièrement en grûce auprès du favori. Aussi son ancien protecteur et le prince de Galles se déclarèrent-ils contre lui. Le roi aurait pourtant voulu protéger ce serviteur. Il dit à Buckingham :
• Vous êtes fou et vous vous donnez des verges pour vous fouetter, » et au prince son tils : t Vous vous préparez un règne rempli d’accusations de ce
genre. » .lacques dit ensuite aux communes que le lord trésorier n’avait point, comme elles le supposaient, provoqué la dissolution au dernier parlement, mais qu’au contraire il lui avait demandé à genoux que ce parlement fût maintenu. Il chercha en outre .à pallier les torts du trésorier.
•Mais ses efforts furrent inutiles. Middiesex, après avoir obtenu trois jours pour préparer sa défense, fut condamné à l’unanimité par les pairs à payer une amende de 5,000 liv. st.
(125,000 fr.), à rester en prison pendant le bon plaisir du roi, et à être exclu pour toujours de son siège dans le parlement.
A cette époque, une conspiration s’ourdissait dans l’omhre pour renverser le favori. Ynniosa, l'un des ambassadeurs espagnols, parvint un jour à glisser une note dans les mains de Jacques. Cette note portait que le roi d’ Angleterre n’était pas alors plus libre que ne l’avait été Jean de France lorsqu’il était prisonnier en Angleterre, ou François l'', lorsqu’il était à Madrid, parce qu’il avait autour de sa personne des serviteurs tout dévoués à Buckingham. « Depuis quelques mois, disait la note, il y a un projet formé pour reléguer Votre iMajesté dans une de ses résidences et donner le gouvernement de l’État à d’autres personnes. » L’auteur ajoutait que ce projet n’était pas tenu secret parles partisans du duc; que celui-ci s’était réconcilié avec tous les hommes populaires du royaume, et il citait notamment parmi ceux-ci. Oxford, Southampton, Say et d’autres; il disait que le duc, pour s’élever dans l’esprit du peuple et pour rabaisser le caractère du roi aux yeux de la nation , s’était souvent vanté en plein parlement d’avoir fait accepter par le roi telle proposition qu’il lui plaisait; que le royaume était gouverné en ce moment par une sorte de triumvirat dont Buckingham était le chef, le prince le second chef, et le roi le dernier de tous; que Sa Majesté, qui était considérée comme le plus sage monarque de l’FAirope, pour se sous-
traire à cette captivité, se mettre à l'abri du danger imminent dont elle était menacée, devait éloigner de sa personne un homme aussi dangereux et aussi ingrat que le duc.
Jacques, vivement troublé à la lecture de ce document, eut des conférences avec les ambassadeurs d'Espagne et leur demanda des éclaircissements plus positifs, afin d’établir un acte d*accu.sation contre Buckingham. Jacques aurait bien voulu cacher ce qui se passait dans son cœur, mais son silence et les phrases mystérieuses etenlrecoupées qu’il prononçait trahissaient son agitation et ses ‘intentions secrètes. Un matin qu’il se préparait à partir pour Windsor, il ordonna à son (ils de l’accompagner seul. Buckingham, les larmes aux yeux, lui demanda quelle était la cause de sa disgrdee; mais le roi partit sans lui répondre, et le duc se retira aussitôt à Wallingfordhouse, le désespoir dans le cœur. Cependant il sut bientôt la cause de ce. changement. L’un des secrétaires des ambassadeurs espagnols entretenait une maîtresse que Williams, le chancelier, récompensait largement pour ses indiscrétions. Le secrétaire fit part à sa maîtresse de ce qui se tramait contre le duc. Celle-ci en avertit aussitôt Williams, qui alla immédiatement transmettre cette information au duc.
Aussitôt Buckingham se rendit à Windsor, où s’étant concerté avec Charles , il présenta au roi un mémoire qui avait été rédigé par le chancelier et dans lequel celui-ci repoussait les charges portées contre Buckingham et le prince. Jacques embrassa a diverses reprises Ciiarles et le duc , et leur dit qu’il regrettait d’avoir eu des soupçons contre eux. « Je ne veux point avoir de plus ample Justification , leur dit-il ; mais dites-moi quel est celui qui a fait Jaillir du caillou la lumière qui m’éclaire. » Jacques demandait à connaître l’auteur du mémoire, et voyant Buckingham un peu troublé, il reprit : c. J’ai un bon nez et Je vais répondre à ma propre question ; c’est mon chancelier qui est l’auteur de ce
mémoire. C’est lui qui atamisé la farine pour en faire de la pâte. »
Jacques fit appeler aussitôt les ambassadeursespagnols pour connaître les noms des personnes qui leur avaient fourni les renseignements sur lesquels ils avaient motivé leur accusation.
Ynoiosa demanda une audience particulière, mais Charles et le duc parvinrent à décider le roi à la lui refuser, et l’engagèrent à dire à l’ambassadeur de s’adresser à l’un des ministres pour conférer sur cette affaire. Peu de temps après, Ynoiosa quitta l’Angleterre et partit pour Madrid, d’où il affirma ue nouveau toutes les charges portées contre le favori. De son côté, Jacques soutint que l’ambassadeur avait accusé malicieusement sou propre fils et son favori et qu’il avait ensuite refusé de produire ses preuves. Le roi n’étaifr pourtant pas encore sincèrement convaincu à l’égard de Buckingham, et celui-ci fut longtemps avant de regagner la faveur qu’il avait un moment perdue. On disait même à la cour que le roi avait l’intention de revenir à son ancien favori le comte de Sommerset , et de placer une seconde fois cet homme, teint du sang d’Overbury, à la tête des affaires. On prétendait que c’était Sommerset qui avait fourni les documents du complot à Ynoiosa , et on ajoutait qu'il avait agi dans cette affaire de concert avec un grand nombre de mécontents anglais. Le bruit que Jactjues était prisonnier, et (}ue son fils était entièrement subjugué par le duc Buckingham, avait ontenu un grand crédit dans la nation. Soimnerset, avant que l’ambassadeur espagnol edt remis à Jacques le document contre Buckingham, avait eu de son côté des communications avec le roi , et lui avait démontré avec habileté que Buckingham donnait une mauvaise direction aux affaires.
Buckingham et Charles, rentrés en grâce, levèrent des troupes et cherchèrent à conclure des traités d’alliance avec la maison d’.Autriche. Leur but était d’humilier l’Espagne et de rentrer eu possession du Pulatinat.
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Quatre régimenls d’infanterie, de quinze cents liommes chacun , furent levés. Ce furent les premiers régiments de l’armée anglaise ; ils furent conduits en Hollande, sous le commandement des comtesd’Oxford, de Southampton, d’Essex et de lord Willoughby, qui en furent nommés les colonels. Les Hollandais étaient déjà en guerre avec les Espagnols, qui avaient envahi leur territoire sous le commandement de ■Spinola, fameux général italien ; aussi les Provinces-Unies s’empressèrentelles de conclure un traite d’alliance offensif et défensif avec l’Angleterre.
A cette époque, la cour d’Angleterre négociait avec la France et lui demandait la main d’Henriette-Marie, sœur de Louis, pour le prince Charles. Ces ouvertures furent acceptées; et aussitôt Jacques envoya en France le comte de Carlisle et lord Kensington, qu’il créa à cette occasion comte d’Holland. Le cardinal de Richelieu, qui exerçait alors une sorte de dictature sur la cour et sur la France entière, et qui avait fait les plus grands efforts pour rompre le mariage de Charles avec l’infante d’Espagne, fit un accueil des plus flatteurs aux ambassadeurs de Jacques. Mais, au fond, Richelieu ne voulait rien rabattre des prétentions de l’Espagne à l’égard des catholiques anglais. Jacques, ui, six mois auparavant, s’étaitengagé 'une manière solennelle envers son parlement à ne point tolérer le papisme dans le royaume, était fort embarrassé. Cependant pour lever la difficulté il signa une pièce particulière dans laquelle il promettait protection aux catholiques. Cet écrit fut également signé parle prince Charles et par un secrétaire d’Etat. Il fut accepté par Richelieu, qui exigea la signature des comtes de Carlisle et d’Holland. Quelques jours après, le traité de mariage fut signé, et ratifié par Jacques et Louis. Par sa promesse écrite Jacques accordait à ses sujets catholiques la jouissance d’une plus grande liberté religieuse que celle qui avait été stipulée dans les clauses du traité de mariage avec l’Espagne. Ils ne de-
A^GLETERRE. T. II.
valent point être molestés dans leurs personnes ni dans leurs biens, pourvu qu’ils rendissent au roi l’obéissance qui lui était due. Jacques s’engageait encore à ne point exiger d’eux de serments contraires à leur religion. Ces promesses secrètes ayant paru conçues en des termes un peu vagues à 'Richelieu, Jacques, après quelque hésitation, stipula que tous les catholiques qui étaient en prison pour des motifs religieux, depuis la clôture du parlement, seraient mis en liberté ; que toutes les amendes qui leur avaient été infligées depuis cette époque leur seraient remises, et qu’à Tavenir ils pourraient exercer librement leur propre culte en particulier.
Jacques avait sérieusement à coeur la réussite de ce mariage. Aussi une démonstration des huguenots français qui eut lieu à cette époque excita-t-élle vivement ses alarmes. Soubise, qui était alors un de leurs chefs, avait, à une époque antérieure, entretenu des relations amicales avec quelques membres du cabinet anglais. Il s’était emparé de l’ile de Ré , auprès de la Rochelle, avait armé en guerre plusieurs navires et avait déclaré qu’il ne déposerait les armes que lorsqu’il aurait obtenu des garanties suffisantes pour l’observation des édits qui accordaient aux
firotestants français la tolérance de eur culte. Or Jacques craignait que la cour de France ne le cnit de connivence avec Soubise. Mais sur les protestations de Carlisle et d’Holland, la cour de France se déclara satisfaite, et la belle Henriette-Marie se prépara à partir pour l’Angleterre. La dot de cette princesse était fixée à 800,000 couronnes, somme bien inférieures la dot magnifique qui avait été promise pour l’infante.
Mais le roi ne vécut point assez pour voir arriver sa bru. Sa santé était depuis longtemps altérée par ses excès de table et les inquiétudes incessantes auxquelles son esprit était en proie. Jacques avait toujours professé une aversion profonde pour la médecine et les médecins; mais à ses derniers moments il fit venir près de lui
izeo oy VjOOgle
tous les docteurs de la cour. En présence de ces docteurs, la mère de Buckingham apporta un remède secret qu’elle s'était procuré d’un nommé Ren ingthon; ce remède, disait-elle, procurait des cures merveilleuses. Le roi but la drogue, contraireineni à l’avis de ses médecins et u’éprouva aucun soulagement. Il mourut aprèsquator/.e jours de maladie (27 mars I62Ô). Il avait cinquante-neuf ans, et en avait régné vingt-deux sur l’Angleterre.
. Tel fut le règne du premier Stuart, (file nous terminerons par un portrait de ce prince que nous trouvons dans Luigard, portrait trop flatté, selon nous. «QuoiqueJacquesfdtun homme habile, c’était un faible monarque.
La vivacité de son esprit et la rectitude de son jugement étaient gâtées par sa crédulité et par sa partialité, par ses craintes puériles et par l'habitude de l’indécision. Éminemment doué des qualités d'un conseiller, il lui manquait du caractère et de la résolution pour agir comme un souverain. Sa conversation était semée de maximes de la plus haute sagesse politique, et sa conduite portait souvent l’empreinte de l’ineptie.
Si dans le langage de ses flatteurs, il était le Salomon breton, dans l’opinion des observateurs moins intéressés , il méritait le nom que lui avait donné le duc de Sully, du plus sage des fousde l'Europe. On peutattribuer les anomalies de son caractère à cet amour de bien-être personnel qui semble avoir été sa passion dominante. Nous le voyons continuellement sacrifier ses devoirs a ses intérêts; cherchant dans sa Jeunesse à éviter par tcus les moyens possibles l’ennui des affaires publiques, et plus tard, se débarrassant du poids du gouvernement pour le faire retomber sur ses favoris. C’est ainsi qu’il apprit à se servir de ruse et de duplicité pour parvenir à ses fins , à retirer sa parole avec autant de facilité qu’il la donnait, à Jurer et à parjurer selon sa convenance. C’est ainsi qu’il s’abîmait de dettes pour s’épargner la peine de refuser des débiteurs impor-
tuns, et qu’il sanctionnait des mesures qu’il condamnait afin de se soustraire aux reproches de son fils et de son favori. Il oubliait ses sollicitudes dans ses parties de chasse ou de paume, dans ses débauches de table, ou dans les rires que lui causait la bouffonnerie de ceux qui l’entouraient; ces plaisirs faisaient le seul bonheur de sa vie.
« Sa conversation était éloquente, niais pédaiitesque, fréquemment entremêlée de serments et gâtée d’ordinaire par des allusions profanes.
Quoiqu’il ne fût pas admirateur du beau sexe, on l’accuse d’avoir encouragé les immoralités de Sommerset et de Buckingham; les caresses dont il comblait ses favoris, Jointes à l’immoralité de sa correspondance familière, ont porté quelques écrivains à lui soupçonner les habitudes les plus infâmes. Mais une accusation aussi odieuse exige des preuves plus positives que les allusions obscures et les noires insinuations contenues dans quelques libelles diffamatoires de l’époque.
Jacques avait retenu de Buchanan, son précepteur, la maxime qu’un souverain doit être l’homme le plus instruit de son royaume. Il nous a laissé des preuves nombreuses de ses connaissances ; mais son orgueil littéraire et sa suffisance, son habitude d'interroger les autres afin de découvrir l’étendue de leur savoir, l’étalage ridicule qu’il faisait continuellement de son instruction , bien qu'ils lui valussent les flatteries de ses serviteurs et de ses courtisans, lui attiraient le mépris et la dérision des véritables savants. Il regardait la théologie comme la première des sciences, à cause de son objet et de sa haute importance pour lui-même en qualité de chef de l’église et de défenseur de la foi. iMais, quoiqu’il restât orthodoxe, sa croyance ne fut pas exempte de variations. Ses opinions conservèrent pendant plusieurs années une teinte de calvinisme, qui s’efface insensiblement par les entretiens de Laud et de Montagne,
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et autres gens d’église élevés en dignité. Avant la lin de son règne, il avait adopté des doctrines plus douces, mais toutes différentes d'Arininius. Dans ses dernières années il s’appliqua à l’étude de la théologie, à la révision des ouvrages d’instruction religieuse, aux directions à donner aux prédicateurs, et a la réfutation des lierésiesdes théologiens étrangers.
Tels furent les objets qui occupèrent l’attention et qui partagèrent les soins du souverain des trois royaumes.
« Outre la théologie, il y avait une autre science dans laquelle il était également versé, celle de la demonologie; il démontrait, en faisant parade d’un grand savoir, contre les objections de Scotetde Wier, l’existence des sorciers et les malheurs qui résultaient de la .sorcellerie, il découvrit même une solution satisfaisante à cette question obscure, mais intéressante : « Pourquoi le diable communique-t-il beaucoup plus avec les vieilles femmes qu’avec les autres? »
Les vieilles femmes n’eurent pas lieu de se féliciter de la sagacité de leur souverain. I,a sorcellerie, à sa sollicitation, fut mise au nombre des grands crimes, et depuis le commencement de son règne, il ne se passa pas une année sans que l’on condamnât quelque vieille femme à expier sur le gibet ses relations imaginaires avec le mauvais esprit.
Si Jacques eût été destiné à la vie privée, c’eût été un très-respectable gentilhomme de campagne Son élévation au trône exposa ses faiblesses aux regards du public, et cela à une époque où l’esprit croissant de liberté et l’ctude générale des sciences rendaient les hommes moins indulgents pour les prétentions de leurs supérieurs et plus portés à critiquer leurs défauts. Avec tout son savoir et toute son éloquence, il ne put acquétir l’amour et l'estime de ses sujets, et quuiiju’il n’ait pas mérité les reproches faits à sa mémoire par les érudits révolutionnaires du règne Suivant, et de ceux qui lui succédèrent, la postérité l’a classé parmi les
rois faibles et prodigues et les pédants vaniteux et bavards. »
S ®- — Avènement de Charles au trâoe.
Arrivée (rHenrirlle en Angieterre. — La mè.,intelligeace éclate entre le roi et les commune.^. - F.xpèililion de la Rochelle. — Mesures arbitraires du roi pour lever des fonds. — Les oummijnes veulent meltre Buekinïliam en accusation. — Dissoiution du parleiueut.
Aussitôt que Jacques eut rendu le dernier soupir, les membres du conseil privé proclamèrent roi, Charles sonfils. Le lendemain, la proclamatmn fut faite à Londres au irtilieu de torrents de pluie. Le nouveau règne s’anonçait sous des auspices peu favorables. Quelquesjours après, la peste éclata à Wltite-cliape et étendit ses ravages dans tous les quartiers de la ville. Charles paraissait disposé à ne point suivre les traces de son père. Les fous et les bouffons de la cour furent imtnédiatemetit congédiés; les courtisans reçurent l’ordre d’observer plus régulièrement les devoirs de la religion et oe montrer plus de retenue dans leur conduite. Le bruit se répandit, à cet égard , que le nouveau souverain montrait un zèle ardent pour la religion de l’Etat; qu'il allait fréquemment à l’église et qu’il écoutait les sermons et les prières avec beaucoup de ferveur. Ou disait aussi que Charles avait l’intention de payer toutes les dettes de son père, de sa mère et de son frère; qu’il voulait réformer les abus qui existaient à la cour et dans le gouvernement, et renvoyer tous les papistes qui occupaient des emplois publics.
« Toute r.Angleterre, dit M. Guizot, se livrait à la Joie et à l’espérance; et ce n’étaient pas seulement ees espérances vagues, ces Joies tumultueuses qui éclatent au début d’un nouveau règne, celles-ci étaient sérieuses, générales et semblaient bien fondées.
Charles était un prince de mœurs graves et pures, d’une piété reconnue , appliqué, instruit, frugal, peu enclin à la prodigalité, réservé, sans humeur, digne sans arrogance; il maintenait dans sa maison la décence et la règle. Tout en lui annonçait un caractère
■za.
IjlSTOIRE D’ANGLETERRE.
élevé, droit, ami de la justice. Ses manières et son air imposaient aux courtisans et plaisaient au peuple; ses vertus lui auraient valu l’estime des ens de bien. liasse des mœurs ignoles, de la pédanterie bavarde et familière, de la politique inerte et pusillanime de Jacques l'', l’Angleterre se promettait d’étre heureuse et libre sous un roi qu’elle pourrait enfin respecter. »
Le 30 mars, trois jours après la mort de Jacques, Charles ratifia son traité de mariage avec la France , et le R'' mai suivant, la cérémonie fut célébrée à Paris. Buckingham , qui était plus en faveur que jamais, lut choisi pour amener la jeune fiancée en Angleterre, et déploya un luxe extraordinaire dans cette mission. Mais le galant duc, à peine arrivé à la cour de France, s’éprit des charmes de la jeune reine Anne d’Autriche; ce qui obligea le cardinal de Richelieu à presser son retour en Angleterre. Bientôt , Buckingham quitta Paris , emmenant avecdui la princesse Henriette-Marie.
Le voyage se fit à petites journées ; il commença le 23 mai, et les nobles voyageurs n'atteignirent Douvres que le 27 juin suivant, au soir. Le lendemain, Charles, qui se trouvait à Cantorbéry, se rendit à Douvres pour y recevoir sa femme. Leur première rencontre eut lieu dans le château.
Henriette se jeta aux pieds du roi et voulut lui baiser la main, mais Charles la prit dans ses bras et l’embrassa à différentes reprises. Un historien de l’époque raconte ainsi cette entrevue :
•< Le roi, après avoir pris Henriette dans ses bras, l’embrassa, et dans la conversation ayant tourné ses regards vers les pieds de la princesse, qui lui semblait plus grande qu’il ne l’avait cru, Henriette, qui devina ce qui se passait dans l’esprit du roi , montra aussitôt ses souliers et dit : Sire, je suis sur mes propres pieds, et ma chaussure n’a point été faite de manière à avantager ma taille. Je suis réellement ce que vous me voyez , ni plus petite ni plus grande. » Le même écrivain fait ainsi le portrait d’Henriette ; « Elle
est vive, ses yeux sont noirs, ses cheveux sont bruns; c’est, en un mot, une brave personne. <• Le couple royal se rendit a Cantorbéry, de là à Rochester, puis à Gravesend ; et, le 16juillet, il fit son entrée solennelle à I.ondres.
La pluie tombait par torrents et la peste faisait de grands ravages dans cette capitale; cependant les habitants se pressaient sur le passage des deux augustes époux. La contenance d’Henriette, ses manières affables et la gaîté de son visage, joints aux bruits qui circulèrent bientôt sur son esprit, firent concevoir les plus belles espérances. On la disait exempte de bigotisme, parce qu’elle avait mangé du faisan un jour de jeilne, malgré les remontrances de son confesseur, et l’on ajoutait que quelqu’un lui ayant demandé si elle pourrait aimer un huguenot, elle avait répondu : « Pourquoi non .7 mon père n’en était-il pas un? » On ajoutait que depuis son arrivée elle avait donné des signes manifestes de sa prédilection pour le protestantisme, et qu’avant peu elle deviendrait elle -même une bonne protestante.
Mais ces espérances furent de courte durée; on apprit qu’Henriette avait amené avec elle un grand nombre de prêtres catholiques, et que la messe était célébrée par eux dans le palais du roi. Henriette avait effectivement avec elle vingt-neuf prêtres et un évêque, jeune homme d’environ trente ans avec lesquels elle avait de fréquents et de longs entretiens. Charles, oit-on, manifesta son mécontentement à cet égard. Mais Henriette, quoique aimable, était obstinée, hautaine, et se refusait à la moindre concession.
« La reine, dit l’écrivain que nous avons déjà cité, quoique d'une petite stature , plaît en général quand elle est satisfaite; son visage est animé et dénote une résolution plus' qu’ordinaire. Quelques-uns de nous étant allés à White-Hall pour la voir, elle nous chassa tous de l’appartement où nous étions, en nous lançant un seul de ses regards. Je suppose qu'il n’y a qu’une reine pour renvoyer les gens de la
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sorte. » Henriette était à peine depuis quinze jours à Londres, que son caractère et ses penchants lui suscitaient des ennemis nombreux parmi les puritains.
Charles, après avoir convoqué son parlement pour le 1 7 mai , l’avait deux fois prorogé ; il ne s’était assemblé que le 10 juin. En ouvrant la session, le roi ordonna à l’un des évêques de dire les prières et de faire fermer les portes, oe qui fut fait si promptement que les lords catholiques furent obligés d’assister au service. Quelquesuns s’agenouillèrent , d’autres se tinrent debout, et Tun d’eux fit le signe de la croix, ciiarles, dans son discours, d’ouverture déclara que son père avait laissé pour 700,000 livres sterling de dettes (17,500,000 francs); qu’il avait lui-même contracté des dettes considérables, et que l’argent qui avait été voté pour faire la guerre était absorbé depuis longtemps. E)t au sujet de la guerre il engagea le parlement à persister dans ses premières résolutions. « La guerre , s’écria-t-il , est votre propre ouvrage, et le déshonneur retomberait sur vous, si vous ne votiez pas les fonds nécessaires pour la poursuivre avec vigueur.
« Mais, dit M. Guizot, le peuple n’était pas en Angleterre, comme sur le continent, une coalition mal unie de bourgeois et de paysans lentement affranchis et courbés encore sous le poids de leur ancienne servitude. Dans les communes anglaises avaient pris place dès le quatorzième siècle la portion la plus nombreuse de l’aristocratie féodale, tous ces possesseurs de petits fiefs trop influents et trop peu riches pour partager avec les barons le pouvoir souverain., mais fiers de la meme origine et longtemps en possession des mêmes droits. Devenus les chefs de la nation, ils lui avaient prêté plus d’une fois des forces et surtout une hardiesse dont la bourgeoisie seule eût été incapable; affaiblis et culbutés comme elle par les longues souffrances des discordes civiles, ils tardèrent peu à reprendre au sein de la paix leur importance et leur fierté. Pen-
dant que la haute noblesse, affluant vers la cour pour réparer ses pertes , en recevait des grandeurs empruntées , aussi corruptrices que précaires, et qui sans lui rendre sa fortune passée la séparaient de plus en plus du pays, les simples gentilshommes , les francs tenanciers , les bourgeois, uniquement occupés de faire valoir leurs terres ou leurs capitaux , croissaient en richesses, en crédit, s’unissaient chaque jour plus étroitement, attiraient le peuple, entier sous leur influeni'e, et sans éclat, sans dessein politique, presqu'à leur insu, s’emparaient en commun de toutes les forces sociales , vraies sources du pouvoir.
« A mesure que s’accomplissait cette révolution, les communes recommencèrent à s’inquiéter de la tyrannie. Au milieu de plus de biens, plus de sécurité devenait un besoin. Des droits exercés par le prince, longtemps sans réclamation et encore sans obstacle, étaient bien près de ne paraître que des abus, car bien plus de gens en sentaient le poids- On se demandait s’il les avait toujours possédés, s’il eût jamais dû les posséder. Peu à peu rentrait dans l’esprit des peuples le souvenir des anciennes libertés, des efforts qui avaient conquis la grande charte, ues maximes qu’elleconsacrait. La cour parlait avec dédain de ces vieux temps comme grossiers et barbares ; le pays les reprenait en respect et en affection , comme libres et fiers. Leurs glorieuses conquêtes ne servaient plus à rien, et pourtant tout n’en était pas perdu. Le parlement n’avait pas cessé de s’assembler. Les rois le trouvantdocile l’avaient mêmeplus souvent employé comme instrument de leur pouvoir. Sous Henri VIH, Marie, Élisabeth, le jury s’était montré complaisant, servile même, mais il subsistait. Les villes avaient conservé leurs chartes, les corporations leurs franchises. Depuis longtemps, enfin, étrangères à la résistance, les communes en possédaient cependant les moyens ; les institutions leur avaient manqué bien moins que la force et la volonté de s'en servir. La force leur revenait par
la révolution qui faisait faire à leur grandeur matérielle tant de progrès.
Pour que la volonté ne se fît pas longtemps attendre, il sufiirait qu’uiieautre révolution leur vint donner aussi de la grandeur morale, enlianlît leur ambition, elevât leurs pensées, leur fît de la résistance un devoir et de la domination une nécessité. La réforme religieuse eut cette vertu. »
De profonds dissentiments, triste présage des tourmentes qui devaient agiter ce règne, ne tardèrent pas en effet à éclater entre les communes et la couronne. Elles savaient maintenant que la guerre contre l'Espagne et les catholiques n’avait pas été bien conduite, et que l’argent qu’elles avaient voté avait été gaspillé sans résultats avantageux pour le prince palatin. Elles baissaient à présent Buckingham , qui avait été la cause de cette guerre, et voyaient surtout avec une ombrageuse déliance que le roi, qu’elles regardaient comme le chef de la ligué protestante, souffrît qu’on célébrât la messe dans son palais et que sa cour fût remplie de papistes et de prêtres.
Les communes ne votèrent au roi qu’une somme de 140,000 livres sterling pour subsides (3 millions et demi), et déclarèrent que les droits de tonnage et de pesage, qui depuis deux siècles avaient été accordés au commencement de chaque régné pour la durée de la vie du prince régnant , ne seraient perçus que pendant un an, sauf à voter encore ces droits l’année suivante. Elles adressèrent alors une pétition au roi pour lui demander de mettre immédiatement à exécution les statuts prononcés contre les catholiques et les missionnaires de cette religion. Mais Charles avait solennellement promis, dans son traité de mariage, de ne point user de ces statuts, et comme il n’osait avouer aux chambres l’engagement qu’il avait pris, il se contenta de faire une réponse évasive à la pétition cpii lui était adressée. Les communes poursuivirent ensuite un certain docteur Montagne, qui avait édité les œuvres de Jacques et qui venait de publier un ouvrage
dans lequel il établissait quelques doctrines contraires aux articles quî avaient été adoptés par les orchevê jues et les évéïpies en 1562. Le roi voulut prendre la défense de Montague, qui était un de ses chapelains, et il dit aux communes que c'était à lui et non à elles de connaître de pareils faits. Mais les communes ne s’arrêtèrent point à ces représentations; elles ordonnèrent l’arrestation du docteur, lui enjoignirent de paraîtreàleur barre pour répondre de ses écrits, et ne consentirent à le rel.'icher qu’après qu’il eut fourni une caution de deux mille livres sterling, pour garantie qu’il se représenterait lorsque la chainhre le demanderait.
Éco.ssais et issu du sang des Guise, Charles, qui était accoutuméà chercher ses modèles sur le continent, et qui était profondément imbu des maximes que faisait alors prévaloir en Europe la monarchie pure, fut profondément blessé de la conduite indépendante des communes. Les subsides votés par la chainhre, et surtout le vote qu’elle avait donné à l’égard des droits de tonnage etde pesage, l’indisposèrent fortement.
La chamiire des lords rejeta le bill , et lord Conway, au nom de la couronne, demanda d’autres subsides.
Sur ces entrefaites, la peste ayant pris une nouvelle intensité et plusieurs membres des communes s’étant absentés, le roi ajourna le parlement au l'’’’ août, en llxant la réunion pour cette fois à Oxford.
D’autres circonstances allaient augmenter le discrédit dans leipiel le gouvernement du roi commençait à tomber. Soubise et les huguenots avaient encore en leur possession la Rochelle et l’île de Ré, et leur flotte était si formidable, qu'elle pouvait lutter avec avantage contre celle des catholiques français. Le cardinal de Richelieu s’adressa à la cour d’Angleterre pour lui demander un secours , en vertu des clauses stipulées dans le traité d’alliance, et Charles et Buckingham consentirent à ce qu’il demandait. Mais pour tromper le peuple, on répandit le bruit que cet armement
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était destiné à agir contre la ville de Gènes, qiiiétaitalliéeà la maison d’Autriche, et on loua sept navires marchands d’un grand tonnage qui furent «Routés à quelques bâtiments de la flotte. Depuis que Buckingham avait été nomme grand amiral d’Ànf’leterre, la marine royale avait été entièrement négligée, et le seul vaisseau de guerre capable de prendre la mer était le vaisseau le Fanguard.
La petite flotte partit au mois de mai. Elle avait ordre de se porter sur le point qui lui serait indiqué par l’ambassadeur français; mais, arrivée en vue de Dieppe, 'le duc de Montmorency, qui kait grand amiral de France, ayant invité les capitaines à prendre à leur bord des soldats et des matelots français, et leur ayant dit qu’ils allaient'aller combattre contre les protestants de la Rochelle, les capitaines et leurs équipages forcèrent le vice-amiral Pennington, commandant de la flotte, à revenir en Angleterre.
Pendant ce temps-là le duc de Rohan, Soubise et d’autres chefs huguenots, qui avaient eu connaissance de ce qui se passait, envoyaient des messagers à Londres pour implorer le roi de ne point employer ses forces contre les protestants. Buckingham leur répondit que son maître avait donné sa parole, et qu’en conséquence des secours seraient envoyés contre eux. Le duc lit ensuite des représentations aux capitaines des navires marchands.
Mais trouvant la même résistance , et voyant les capitaines et leurs équipages se refuser à servir contre leurs coreligionnaires, il eut, de nouveau, recours à la ruse, et dit derechef aux équipages qu’ils étaient destinés pour Gênes.
La petite flotte remit à la voile et se dirigea sur Dieppe. Pennington avait reçu une lettre écrite de la main de Charles , dans laquelle le roi lui ordonnait de mettre son navire le l'angvard à la disposition des Français, et S’employer la force envers les capitaines des sept navires marchands, s’ils refusaient à suivre son exemple. Arrivé à Dieppe, Pennington informa
les capitaines des volontés de Charles ; tous ayant refusé d’obéir, il les menaça de faire feu sur eux. On embarqua ausitôt des troupes françaises à bord des navires anglais; elles furent conduites à la Rochelle; mais les Anglais qui étaient à bord ne voulurent point combattre. La plupart désertèrent et revinrent en Angleterre, où ils rapportèrent ce qui s’était passé, en l’exagérant encore. Le siège de la Rochelle fut abandonné, et Charles se fit un grand nombre d’ennemis sans avoir été utile à Louis.
Le parlement se réunit au I®'’ aoù-t à Oxford, moins disposé que jamais en faveur de la couronne. Coke, qui semblait gagner de la vigueur avec l’âge, dénonça a la chambre les abus qui, disait-il, devaient être réformés.
Il accusa de prodigalité la cour qui, disait-il , payait des pensions sans utilité, et se plaignit de ce qu'on accordait à un seul homme plusieurs places importantes. Coke voulaitdé^'gner le duc de Buckingham. D’autres membres s’élevèrent contre la coutume qui existait de vendre les places du gouvernement et la déclarèrent illégale. Le comte de Bristol avait expliqué à cette époque, sa conduite et celle de Buckingham à la cour de Madrid ; la chambre ordonna une enquête contre le duc. Le ton de la chambre était ftrme et hardi; elle força un de ses membres , qui avait censuré cette liberté du discours, à faire amende honorable à genoux. Buckingham déclara, pour se justifier, qu’il regrettait beaucoup d’avoir perdu les bonnes grâcesdela chambre des communes. Mais cette apparence de soumission ne fléchit point les communes, elles résolurent de donner suite à l’enquête.
Alors Charles envoya un message aux communes. Charles leur disait que les affaires qui avaient motivé leurconvoiMlion demandaient une prompte solution ; que la peste pouvait les atteindre, et qu’il désirait une réponse immédiate au sujet des allocations demandées par lui ; que si les communes se refusaient à lui donner cette réponse sans délai, il prendrait pluf
soin de leur santé qu'elles ne paraissaient enprendreelles-mêmes, etçju’il se tirerait d’embarras comme il le pourrait. En réponse, les communes remercièrent le roi de l’intérêt qu’il témoignait pour leur santé, et prirent Dieu à témoin de leur attachement et de leur loyauté envers la couronne.
«Nous ferons tous noseftorts, disaientelles, pour découvrir et réformer les abus qui existent dans le royaume, et pour donner à Votre Excellente Majesté le subsides dont elle a besoin dans cette occasion; nous prions très-humblement notre bieii-aimé souverain de rester assuré de l’affection de ses pauvres communes. » Comme, malgré ce langage humble etsoumis, les communes paraissaient fermement résolues à obtenir le redressement des griefs de la nation avant d’accorder la moindre somme au roi , Charles prononça immédiatement la dissolution du 'parlement.
Ce< parlement fut le premier du règne de Charles ; il se sépara le 12 aodt, après une session de douze Jours.
Charles n’avait rien obtenu , et il avait besoin d’argent. Buckingham ,ui proposa de remplir ses coffres en pillant les côtes d’Espagne ainsi que les navires de cette nation que l’on rencontrerait en mer. Cet avis tut goûté du roi , et comme il fallait des fonds pour armer une flotte, la noblesse et le clergé furent mis à contribution ; des menaces de vengeance obligèrent les récalcitrants à payer. Les droits de tonnage et de pesage furent perçus, bien que le bill n’eüt point obtenu la sanction du parlement. Les émoluments des fonctionnaires publics ne furent point payés, et les dépenses que l’on faisait à la cour pour la table et les amusements furent réduites. Le plus grand secret était gardé à l’égard de la destination de ces sommes, car Buckingham voulait frapper un coup à l’improviste.
On réunit au moyen de ces ressources une armée de dix mille hommes et une flotte de quatre-vingts voiles; les Etats de Hollande s’associèrent à l'entreprise en envoyant une escadre de
seize vaisseaux. Le commandement des deux flottes , qui formaient l’une des plus grandes forces navales u’on eût vues , et le commandement e l’armée, furent donnés à sir Edouard Cecil, qui venait d'être créé lord Wimbledon. Cecil était considéré comme un fort mauvais général , car il avait servi dans les Pays-Bas et le Palatinat , et avait toujours été battu.
Aussi sa nomination à un poste aussi élevé fut-elle regardée d’un mauvais œil par la nation. La flotte partit au mois d'octobre et se dirigea sur la côte d’Espagne , mais elle fut dispersée dans la baie de Biscaye par une violente tempête , et un des navires sombra en mer avec cent soixantedix hommes d’équipage. C’était le commencement des malheurs qui allaient assaillir l’expédition. En approchant de la baie de Cadix, M'imbledon laissa échapper sept navires espagnols richement chargés; ces navires entrèrent dans la baie et lui firent ensuite beaucoup de mal. tVimbledon tenta alors un débarquement près de Cadix, et se porta vers le pont qui unit l’île de Léon au continent. Aucun ennemi ne se présentant pour lui défendre le passage , les soldats anglais pillèrent les caves et s’enivrèrent. Quelques soldats espagnols se montrèrent en cet instant, et profitant de l’ivresse des soldats anglais, ils massacrèrent tous ceux qui tombèrent dans leurs mâins.
Lord Wimbledon battit en retraite; il revint à ses vaisseaux, et voyant que les Espagnols étaient maintenant sur leurs gardes, et qu’une nouvelle descente pouvait être dangereuse, il se contenta de battre la mer pour arrêter les galions espagnols, qui chaque Jour étaient attendus de l’Améririque. Mais sur ces entrefaites une maladie contagieuse se déclara à bord du navire de lord Delaware , et s’étendit ensuite sur tous les vaisseaux de la flotte, où elle fit bientôt des ravages terribles. Ou continua de croiser en mer pendant encore dix-huit jours, puis l’ordre de retourner en Angleterre fut donné. Trois jours apres, la flotte espagnole, qui était attendue
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du nouveau inonde, arriva en vue des cotes d’Espagne, et entra librement à Cadix.
L'insuccès de cette entreprise irrita tellement le peuple anglais, que Charles, malgré son désir de n’adopter aucune mesure de sévérité contre les chefs de l’expédition, fut obligé de soumettre l’examen de l’affaire à son conseil privé. Une instruction eut lieu. Le comte d’Essex et les autres ofûciers principaux attribuèrent leur déconfiture au défaut de capacité du commandant en chef. Celuici s’en prit à Buckingham, qui, dit-il , l’avait obligé d’accepter le commandement de l’expédition malgré sa volonté. Charles intervint. L’instruction fut suspendue; elle fut reprise au bout de quelque temps , et après plusieurs enquêtes, le commandant en chef et ses ofliciers furent acquittés de la plainte portée contre eux.
Cependant l’expédition contre l’Espagne laissait d’autres traces, car les embarrasjinanciers de la cour s’étaient accrus par suite des dépenses qui avaient été faites. Buckingham proposa de mettre en gage les joyaux de la couronne. Ce projet fut adopté, et le duc partit pour la Haye, où il engagea les joyaux de la couronne pour une somme de 300,000 livres sterling (7 millions et demi). Buckingham profita de son séjour en llollaiide pour renouveler le traité d’alliance avec les États et négocier avec d’autres puissances protestantes qui avaient envoyé leurs agents à* la Haye. Le duc aurait voulu aller de la Haye à Paris, mais Richelieu lui fitdire qu’il ne souffrirait point son retour dans cette capitale. Ce message irrita vivement Buckingham, et dans sa colère il envoya à Paris lord Holland et sir Duley Carleton pour demander la restitution immédiate des navires anglais qui avaient été prêtés à Louis, et inviter le roi deFrance à faire la paix avec ses sujets protestants , auxquels les ambassadeurs étaient chargés de faire des ouvertures et des promesses de secours.
Ce n’étaient point les seules mau-
vaises dispositions que la cour d’Angleterre montrât alors envers la France. Charles éprouvait maintenant une forte aversion pour les Français et les prêtres qui étaient venus en Angleterre. De soncôté, la reine prenait parti pour ses compatriotes. De fréquentes querelles naquirent à cette occasion entre les deux époux. On prétend que Buckingham, qui était Jaloux de l’influence de la Jeune reine, faisait tous ses efforts pour en provoquer de nouvelles. Un Jour le duc étant entré en colère dans les appartements de la reine , celle-ci lui fit des observations au sujet de la manière dont il se présentait. Mais le duc lui dit que l’Angleterre avait eu des reines dont la téteétait tombée. Buckingham parvint à décider le roi à renvoyer en France les Français et les prêtres qui avaient suivi la reine en Angleterre. Charles parut d’abord effrayé des conséquences de cette mesure. « Cette affaire, disait-il à son favori, dans une lettre qu’il lui adressait, doit être conduiteavecbeaucoupde ménagement et de prudence. Dites à ma belle-mère que Je suis obligé d’éloigner ces étrangers, parce qu’ils mettent la désunion entre ma femme et moi.» Buckingham, espérant que les Français refuseraient de prêter le serment d’allégeance, proposa au roi d’exiger d’eux ce serment, pour s’en débarrasser; mais à l’exception des prêtres, tous les Français prêtèrent le serment demandé.
Charles songeait maintenant à convoquer un parlement, cartousles fonds rapportés de la Hollande par Buckingham étaient déjà épuisés ; mais pour se faire bien venir de cette assemblée il envoya l’ordre aux magistrats des provinces de remettre en vigueur les statuts qui avaient été rendus contre les catholiques. De plus, une proclamation royale enjoignit aux catholiques anglais de faire rentrer dans le royaume ceux de leurs enfants qui étudiaient sur le continent dans les séminaires catholiques. Tous les prêtres et les missionnaires catholiques durent aussi quitter immédiatement le royaume. Charles , sur l’avis de son conseil,
décida m outre qu’on enlèverait aux lords catholiques leurs armoiries. Cette mesure, dout furent exemptées la mère de Buckini'liam et toute sa famille qui étaient soupçonnées de catholicisme, fut exécutee avec la |)lus "raude rigueur. La cour de France fit des remontrances à l’égard de ces perséeutions. Mais le roi ne tint aucun compte de ces remontrances. Le roi se lit ensuite présenter la liste des shérifs qui devaient entrer en fonction dans le cours de l'année, et il en effaça sept noms, qu’il remplaça par ceux désir Edouard Coke, sirThomasWentworth, sir Francis Seymour, sir Robert Philips, sir Grey Palmer, sir Williams Fleetwood et Édouard Alford, membres du parlement qui avaient fait une opposition vigoureuse dans la chambre des communes lors de la dernière session , et qui étaient tous décidés à demander la mise en accusation de Buckingham. De cette manière Charles se croyait délivré de ses adversaires les plus redoutables, car les fonctions de shérif ne permettaient point à celui qui en était revêtu de siéger dans le parlement.
L’ouverture de la session fut Oxée au 6 février 1626. Quatre jours auparavant on avaitcélébré la cérémonie du couronnement, qui avait été retardée faute de fonds. La reine n’assista point à cette cérémonie. Elle resta simplement à une fenêtre du palais, d’où elle |)ut voir passer le cortège , et ne vint point aux cérémonies religieuses.
Buckingham remplissait dans cette journée les fonctions delord constable, et le roi lui dit en souriant : « J’ai autant besoin d’être aidé par vous que vous avez besoin d’être aidé par moi. » Alors Charles, tête nue, fut présenté au peuple, et l’archevêque prononça ces paroles : « Mes maîtres et amis, je viens vous présenter le roi Charles, a qui la couronne de scs ancêtres est aujourd’hui dévolue par droit de naissance; lui-même vient ici pour être installé sur le trône qui lui appartient et qu’il tient aussi de Dieu. En conséquence. Je désire que par des acclamations générales vous témoi-
gniez votre adhésion à son couronnement. » Mais un profond silence suivit cette harangue. Alors l’archevêiiue oignit les épaules, les bras, les mains et la tête de Charles, cérémonie abominable aux yeux des puritains; puis des prières composées par un ecclésiastique du nom de Land furent récitées. Ces prières établissaient entre le roi et les évêques une union plus étroite que celles qui avaient existé Jusque-là, ce qui irrita encore les puritains.
Charles, en ouvrant la session du parlement, chargea sir Thomas Coventry, qui remplissait les fonctions de lord chancelier à la place de l’évêque Williams, à qui Buckingham avait retiré ses honiies gr.ôces, d’expliquer aux deux chambres l’objet de la convocation. Sir Thomas Coventry parla longuement en faveur des prérogatives de la couronne et de la supériorité qu'elles devaient avoir sur celles des communes. Mais ce langage ne changea point les dispositions des communes.
Des abus furent dénoncés. Elles déclarèrent illégale la perception des droits de tonnage et de pesage qui avait eu lieu sans le consentement du parlement; demandèrent l’abolition des monopoles et accusèrent le ministère de prodigalités et de malversation. Le favori du roi ou le grand délinquant, comme on l’appelait alors, était celui sur lequel se portait principalement leur animosité.
Sur lui retombèrent tous les griefs de la nation ainsi que toutes les disgrâces qu’avait essuyées le pavillon d’Angleterre, sur terre et sur mer, depuis quelque temps.
Le roi, qui avait devant les yeux le sort de Bacon et celui de Middiesex, envoya aussitôt un message aux communes. <■ Je dois vous faire savoir, disait le message, que Je ne souffrirai point que la conduite de mes serviteurs soit examinée par vous; encore moins lorsque ces serviteurs occuperont des places éminentes et seront placés près de ma personne. Autrefois l’usage était de chercher h plaire à l’homme que le roi honorait de son
amitié ; aujourd'hui tout est changé, et chacun cherche à s’élever contre celui à qui le roi accorde ses bonnes grâces. Je vois que vous voulez parler du duc de Buckingham. Je m’étonne que vos dispositions à son égard aient ainsi change , car je me rappelle la faveur dont il jouissait prés de vous dans le dernier parlement qui eut lieu sous le règne de mon père. Qu'a-t-il fait pour avoir ainsi démérité de vous? je ne puis le dire, car je puis vous assurer qu’il n’a pris aucune part dans les affaires publiques sans avoir reçu des ordres spéciaux, et qu’il n’a agi que d’après mon autorisation. »
Le message se terminait ainsi : » Je désire que vous vous Initiez de voter mes subsides ; autrement le mal retomberait sur vous; car s’il arrive quelque malheur, je serai certainement le dernier à en souffrir. »
Les communes persistèrent dans leurs résolutions ; elles écartèrent la question des subsides , et se disposèrent a agir avec plus de vigueur qu’elles n’avaient encore fait contre le favori. Mais comme elles n’avaient point encore réuni toutes les preuvesqni leur étaient nécessaires, elles déclarèrent par acclamation que la rumeur publique suflisait pour mettre en cause un délinquant. Charles voulut encore faire tête à forage. 11 envoya donc son lord chancelier à la chambre des communes pour exiger d’elle la punition de deux de ses membres qui avaient prononcé des discours violents dans le sein de la chambre c.ontre sa personne, et la menacer d’une dissolution immédiate si elle n’abandonnait point l’enquête qu’elle avait commencée contre le duc.
Les communes se formèrent en comité secret pour délibérer; elles fermèrent la porte de leur chambre et en remirent la clef dans les mains de l’orateur, mesure qui causa une vive panique à la cour. Charles demanda alors qu’il y eût une conférence entre les deux chambres; ce qui fut accepté. Buckingham, dans cette conférence, essaya de se justifier; mais les communes n’en persistèrent pas moins dans
leur dessein de traduire lel'avori à la barre de la chambre des lcrds.
Dans cette assemblée Buckingham venait de se créer de nouveaux ennemis par une mesure arbitraire qu'il avait prise à l’égard du comte d'Arundel , avec lequel il avait eu récemment une querelle. Charles, qui prévoyait que cette inimitié pourrait être fatale à son favori, parce qu’Arundel disposait dans la cliambre des lords de cinq ou six votes par procuration , lit enfermer le comte à la Tour. Mais aussitôt, la chambre des lords envoya une adresse au roi, dans laquelle elle lui demandait la mise en liberté immédiate d’Arundel. Elle motivait sa demande sur ce qu’aucun lord du parlement ne pouvait être mis en prison pendant la session sans un ordre ou une sentence de la chambre, à moins que ce ne fût pour trahison ou félonie. Charles, après quelques hésitations, fut obligé de céder, et Arundel reprit sou siège au milieu des applaudissements de la chambre. Un autre ennemi mortel du favori venait de prendre place dans la chambre des lords : c était le comte de Bristol, qui depuis son retour d'Espagne n’avait cessé de demander à être entendu pour sa défense. Le parti de la cour résolut alors de dresser un acte d’accusation de haute trahison contre le comte de Bristol, afin de prévenir par ce moyen les déclarations qu’il pourrait faire; mais les lords, qui comprirent le but de cette manœuvre, déclarèrent que Bristol seraiten tendu le premier et(|ue la contre accusation aurait ensuiteson cours.
Les charges portées par le comte de Bristol contre Buckingham étaient d’une nature fort grave. Bristol accusait le favori de s’être entendu avec Gondornar, l’ambassadeur espagnol, pour conduirele princede Gallesen Espagne, dans le but de le convertir au catholicisme avant son mariage; d'avoir praticpié lui-même les cérémonies du culte catholique; d’avoir mené une vie immorale et dépravée dans celle contrée; d’avoir rompu le traité dé
mariage par suite de ses ressentiments personnels à l'égard du gouvernement espagnol, qui avait exprimé le désir de ne point traiter avec un homme de mœurs aussi dissolues; enfin d’avoir abusé et trompé le roi Jacques, ainsi que le parlement lui-même, en donnant à son retour des motifs supposés. Heatli, qui remplissait les fonctions d’avocat de la couronne, accusa de son côté le comte de Bristol d’avoir conseillé au prince de changer de religion pour qu’il se mariât avec l’infante ; d’avoir fait tous ses efforts pour que ce mariage s’accomplit, en livrant les pouvoirs dont il était chargé, et d’avoir présenté à la chambre des lords une pétition offensante pour le caractère de Sa Majesté. Le comte de Bristol demanda à l’avocat de la couronne quel était celui qui se présentait comme son accusateur. Heath répondit que l’accusation avait été ordonnée par le roi, et que quelques-unes des charges portées contre lui avaient été dictées par Sa Majesté. Bristol dit u’une pareille mesure pouvait avoir es conséquences dangereuses, et que le roi ne pouvait être à la fois accusateur, juge et témoin. Charles voulut alors enlever Bristol à ses juges naturels et le traduire devant la cour du banc du roi ; mais les lords repoussèrent ces prétentions et déclarèrent qu’ils étaient décidés à maintenir l’exercice de leur privilège.
Les lords consultèrent alors les juges et leur soumirent les deux questions suivantes : 1® Le roi peut-il se porter témoin dans une accusation de trahison? 2* Le roi peut-il se porter témoin , en admettant que la trahison ait été commise de son consentement?
Lesjuges demandèrent quelque temps pour délibérer. Alors le roi leur envoya un message pour leur ordonner de ne point résoudre ces questions, parce que, disait-il, leur solution pouvait porter à ses prérogatives des préjudices dont on ne pouvait calculer les conséquences. Bristol répondit aux charges portées contre lui, et ses réponses parurent satisfaire entièrement fies juges.
Mais aux accusations portées par le comte de Bristol contre Buckingham, se réunissaient les charges portées par les communes. Cette chambre nomma huit de ses membres et seize assistants qu’elle chargea de s’entendre avec la chambre des lords pour poursuivre le duc. L’acte d’accusation comprenait treize charges distinctes. Buckingham était accusé d’avoir acheté les fonctions de grand amiral d’Angleterre et de gardien des cinq ports ; d’avoir accaparé plusieurs fonctions importantes, qui jusqu’alors n’avaient été chacune occupées que par un seul individu; d’avoir apporté une négligence coupable dans l’exercice de ses fonctions de grand amiral, ce qui avait occasionné des préjudices très-graves au commerce du pays ; d’avoir retenu illégalement à son profit personnel un navire français, ce qui avait engagé le roi de France à user de représailles envers les navires marchands anglais; d'avoir extorqué dix mille livres sterling à la compagnie des Indes orientales; d’avoir mis une escadre de navires anglais à la disposition du roi de France pour agir contre les protestants de la Rochelle; d’avoir vendu des places de judicature; d’avoir donné avec profusion aux membres de sa famille des honneurs et des richesses auxquels ils n’avaient aucun droit; d’avoir commis des dilapidations dans le trésor public : enfin d’avoir consenti à ce qu'on administrât une potion au feu roi contre l’avis des médecins.
Dans ce moment la chancellerie de l’université de Cambridge vint à vaquer, et Charles, malgré les deux accusations pendantes, résolut de conférer cette charge à son favori.
Montaigne, évêque de Londres, qu’il fitagirdans cette circonstance, obtint des membres de l’université l’élection en faveur de Buckingham. Les communes, bien qu’elle n’eussent aucun droit d’intervenir dans cette élection, furent vivement irritées, et elles résolurent de traduire les docteurs à leur barre, pour qu’ils eussent à se justifier de leur vote; mais le roi ayant déclaré aux communes que
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cette affaire était de sa compétence et non de la leur , les poursuites contre les docteurs en restèrent là.
Le 8 juin, une semaine après l’élection de Cambridge, Buckingliam se présenta à la cliambre des lords pour se défendre des charges portées contre lui. « Quelques-unes, dit-il, avaient été singulièrement exagérées, mais son principal argument était qu'il n’avait agi que d'après les ordres du feu roi et du roi actuel. A l'égard des fonctions de gardien des cinq ports, il déclara qu’il avait effectivement acheté ces nmctions, mais c'est là, dit-il, une faute très-excusable , si c’en est une. » Pour le vaisseau le Fanguard et les navires marchands qu’on l’accusait d’avoir mis à la disposition du gouvernement français , il dit qu’il ne pouvait se justifier a cet égard, en ce sens ue, pour le faire, il serait obligé de ivulguerdes secrets d’Etat. Enfin, il déclara que, malgrésonvif désir de se disculper des charges dont on l’accusait, en laissant à la procédure son cours régulier, il était obligé de déclarer que cette procédure était annulée d’avance, puisque le 10 février, c’està-dire quatre jours après l’ouverture de la présente session , le roi lui avait accordé un pardon général pour toutes les fautes qu’il avait pu commettre. Le lendemain, Charles adressa à l’orateur des communes le messagesuivant: «Nousregardonscomme nécessaire de donner aux communes par ces lettres un dernier avis, afin qu’elles sachent que tous les délais ou excuses donnés par elles seront considérés par nous comme un refus direct et positif. En conséquence, nous requérons de vous que vous leur signifiez que nous attendons d’elles qu’elles s'occuperont, sans délai et sans conditions, du bill de subsides, afin que ce bill soit voté à la fin de la semaine prochaine au plus tard; vous leur direz que , si elles ne le votent point , elles nous forceront de prendre d’autres mesures. »
Les communes, qui ne voulaient point abandonner le procès de Buckingham et qui avaient l’intention de ne
voter aucun subside avant que cette première affaire fdt vidée, se disposaient à adl'esser une pétition au roi à cet égard, lorsqu’un message royal leur signifia l’ordre de comparaître à la chambre des lords. Charles était décidé à dissoudre son parlement.
Les lords ayant voulu lui représenter les dangers d’une pareille décision , il répondit à leurs observations : « Non, non, pas seulement d’une minute; »
etainsi fut dissous lesecond parlement du règne de Charles (15 juin 1626).
Les communes, avant de se séparer, répandirent une pétition dans le public. Le roi y répondit par un écrit dans lequel il combattait les prétentions des communes. Charles fit suivre ce document d’une proclamation dans laquelle il enjoignait à tous ses sujets qui possédaient un ou plusieurs exemplaires de la pétition de la chambre des communes de les brûler, sous peine d’encourir sa disgrâce et son indignation; puis il ordonna au comte d’Arundel de rester prisonnier, et le comte de Bristol fut envoyé à la Tour.
g 7. Exactions de la couronne. — Arrivée de Bassompierre en AnRlelerre. — Expédition contre la E'rance. — Convocation d’un parlement. — Querelle entre la couronne et les communes. — Mort de Buckingham.
Charles et son favori s’occupèrent alors de se procurer de l’argent , en recourant aux moyens les plus illicites pour en obtenir. Ôn mit des droits sur les marchandises importées et sur celles exportées ; on rétablit les amendes religieuses; des commissaires furent nommés pour faire rentrer les arrérages dus par lescathol iques et s’arranger avec eux pour en obtenir le paiement immédiat. Des emprunts furent faits à la noblesse et aux marchands , et 120,000 livres Sterling furent demandées à la cité de Londres (.3 millions). Comme ces ressources ne suffisaient point encore, il fut décidé qu’on ferait un emprunt forcé sur toute la nation, et que chaque individu serait obligé d’y contribuer en proportion des sommes payées par lui lors de la perception des derniers subsides. Des coin-
missaires furent envoyés dans toutes les provinces pour interroger les citoyens qui se refuseraient à-payer, exiger d'eux sous serment qu’ils indiquassent les motifs de leur refus et les noms de ceux qui les auraient engagés à ne point payer. Les violences les plus odieuses turent employées contre les plus récalcitrants. Les riches furent emprisonnés; les pauvres furent envoyés dans rarmée ou dans la marine.
Deux noms illustres tigurent sur la liste des victimes de cette odieuse oppression : ce sont ceux de sir Jolin Eliot et de John Uampdeu. Sir Thoiiias Wentwurth, qui plus tard fut créé comte de Strafford , fut mis en prison pour la même cause. L'irritation que produisaient ces exactions était extrême. Dans quelques villes les habitants opposaient une résistance opiniâtre. A Londres la populace faisait retentir les rues et les endroits voisins de la cour de ces cris : » Un parlement! un parlement! Point de parlement, point d'argent! > Charles et son favori redoublèrent de violences. Sir Raudolph Crew, grand juge de la cour du banc du roi, mt destitué de ses fonctious pour n’avoir point montré assez de zèle dans ces circonstances, et sa place fut donnée à sir Nicolas Hyde, qui avait servi de défenseur à Buckingham.
Charles ne jouissait pas de plus de tranquillité dans son intérieur domestique. Sa haine s’accroissait chaque jour contre les Français qui entouraient la reine. Il se décida à les renvoyer dans leur pays. Un jour, étant entre dans les appartements de la reine sans se faire annoncer, et ayant trouvé quelques Français qui dansaient en sa présence , il prit la main de sa femme, et la conduisit dans sa chambre, dont il referma la porte. Les prêtres catholiques français et l’évêque ainsi que tous les serviteurs de la reine reçurent aussitôt l’ordre de quitter le royaume. L’évêque voulu faire quelques représentations et dit que, remplissant, pour ainsi dire, les fonctions .d’ambassadeur à la cour d’Angleterre, il ne la pouvait quitter sans en avoir
reçu l’ordre de son souverain. Charles répondit que ses ordres seraient exécutés. Le roi se rendit ensuite à Soiumersethoiise, où étaient réunis tous les Français, et apres leur avoir dit quelle était la cause de sa decision, il leur lit distribuer onze mille livres sterling et des bijoux pour une valeur d’environ vingt mille livres sterling.
La reine ne put garder près d’elle que sa nourrice, qu'une douzaine de domestiques d'une classe inferieure.
Dans la crainte que cetre mesure ne provoquât des manifestations hostiles de la cour de France, Charles envoya immédiatement à Paris sir Dudley Carleton pour se justifier. Mais la cour de France avait de trop grands embarras sur les bras en ce moment pour songer à venger cette insulte pur la voie des armes. Quelque temps après elle envoya le maréchal de Bassompierreen Angleterre; Bassoiupierre avait avec lui le père .Sancy, oratorien. A son arrivée à Londres, le roi lui lit dire de renvoyer Sancy; mais Bassompierre refusa en disant que le prêtre était son propre confesseur et que le roi n’avait pas à se mêler de ses affaires particulières. Buckingham vint visiter le maréchal pour lui dire que le roi désirait savoir d'avance ce qui faisait l’objet de sa mission; mais le maréchal répondit au favori que le roi son maître ne saurait rien de ce qu’il avait à lui apprendre que de sa propie bouche, et que si Charles ne dés. ra>t pas le voir, il était prêt à retourner en France. Le maréchal obtint une audience. Charles parla en termes fort vifs au maréchal , de la conduite di s Français qu’il avait expulses, et lui dit que leurs intrigues lui avaient en quelque sorte aliéné l’affeclion de sa femme. « Pourquoi, s’écria-t-il, n’exécutez-vous pas tout d’abord votre mission , et ne me déclarez-vous pas la guerre? — Je ne suis point un liéraut pour déclarer la guerre, mais un marrchal de France pour la faire lorsqu’elle est déclarée, « répondit l’ambassadeur. Je fus témoin , é<-rit Bassompierre , dans la relation qu’il fait à sa cour de cette
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eotrevue , d’un acte de grande hardiesse, pour ne pas dire d’impudence, de la part du duc de Buckingham.
Lorscpie nous étions le plus animés, il courut subitement vers nous, et se jeta entre le roi et moi en disant : « .le suis venu mettre la paix entre vous deux. » Le maréchal fut scandalisé de cette audace, et considérant que l’audience dégénérait en conversation particulière, il ôta son chapeau, et ne voulut le remettre que lorsque le favori se fut éloigné. Buckingiiam, de son côté, se montra piqué; mais Bassonipierre lui ayant fait entrevoir la possibilité de reparaître à la cour de France, où Buckingham désirait vivementaller, car son amour pour Anne d’Autriclie était plus vif que Jamais , le bonne harmonie ne tarda pas à renaître.
La cour de France reprochait à Charles de n’avoir point tenu ses promesses ni celles de son père à l’égard de la tolérance promise au culte catholique. Le conseil anglais, qui alors montrait le plus vif acharnement contre les catholiques, déclara qu’on ne se livrait à aucun acte de violence contre les catholiques et qu’il n’y avait point infraction du traité, à cet égard. Au sujet de la clause du traité de mariage, qui stipulait que la reine et les personnes de sa maison devaient jouir du libre exercice de leur culte, et que tous ses serviteurs devaient être des Français et des catholiques romains, le conseil déclara que l’esprit et la lettre du traité avaient été strictement observés ; que les Français avaient été renvoyés, non pas parce qu’ils étaient cathoHques, mais parce qu’ils troublaient la paix publique et la paix domestique de Sa Majesté. Se livrant de leur côté à des récriminations contre la France, les membres du conseil se plaignirent du roi Louis qui avait promis d’une manière solennelle de coopérer avec l’Angleterre pour faire rentrer le prince palatin en possession de ses domaines; de permettre au comte Mansfeld de débarquer à Calais; de lui donner des secours ainsi qu’au roi de Danemark et aux piinces
protestants del’Alleiiiagne; de ne pas maltraiter les huguenots , et qui n’avait rempli aucune de ces promesses.
On en vint à un compromis : Charles accorda à la reine nn évêque français, douze prêtres anglais, mais aucun d'eux ne devait être jcsuite; deux dames frauçai.ses pour dames d’atours; trois Françaises pour femmes de chambre, une blanchisseuse, une repasseuse, deux médecins, un apothicaire, un chirurgien , un chambellan, un écuyer, un secrétaire , un huissier, trois valets, des cuisiniers à discrétion et dix musiciens ; tous de la nation française. Charles accordait en outre à sa femme deux chapelles, un cimetière, et lui laissait la liberté de mettre en liberté un certain nombre de prêtres anglais qui étaient détenus en prison.
Bassompierre quitta aussitôt Londres ; il était accompagné de Buckingham , qui insistait pour se rendre lui-même à Paris ; mais Bassompierre l'engagea à ne point venir en France. On prétend que Buckingham jura alors qu’il irait à Paris en dépit du roi de France, et que si on ne voulait point l’y recevoir en ami , il s’y rendrait en ennemi.
La cause des liochelois et des protestants français excitait une vive sollicitude dans la nation anglaise. Charles et Buckingham, dans l’espoir de reconquérir la popularité qu’ils avaient perdue, résolurent de leur porter secours. Au mois de mai 1627 une (lotte de cent vaisseaux se tint prête à mettre à la voile. Buckingham, qui attribuait les revers de la dernière expédition eu Espagne à son absence, voulut dans cette circonstance remplir les fonctions de grand amiral et de généralissime. Mais Buckingham n’avait point la moindre connaissance dans l’art de la guerre. Le 17 juin, il quitta Portsmouth avec sept mille hommes de troupes et arriva devant la Rochelle le 11 juillet. Buckingham espérait y être reçu à bras ouverts, mais les Rocfielois refusèrent de l’admettre dans leur ville et l’engagèrent à se rendre maître de l'île de Hé qu’ils avaient possédée pendant quelque temps et qu’ils avaient ensuite livrée au roi de
France. Buckingham flt une descente qui passaitaux yeux du souverain pour dans cetteîle; cequ’il effectuasansdif- des succès éclatants fut considéré par ficulté, car la garnison se retira dans elle comme des revers honteux, la forteresse sans chercher à lui dispu- Charles, malgré sa vive réputer la possession de Pile. Aussitôt gnance, se décida enfin h convoquer Charles écrivit à sou favori pour le un parlement pour obtenir des subféliciter de la prise de cette lie, et lui sides qui lui permissent de faire promettre des renforts et de l’argent, face aux exigences de la situation. Buckingham espérait prendre la cita- L’irritation était plus grande que jadelle par un coup de main, mais elle mais dans le sein de la nation; aussi était défendue par une garnison dé- les électeurs portèrent-ils leurs suffravouée et par un homme de cœur ap- gessur les personnes qui étaient répupelé Thoiras. Le 28 septembre, une tées pour avoir des opinions entièreflottille française vint, malgré la flotte ment opposées au gouvernement. I.e anglaise, ravitailler la garnison de la 17 mars, lorsque les communes s’ascitadelle. Dès lors il fallut attendre semblèrent, la chambre était au comles renforts promis. Bientôt le comte plet. Jamais le tiers état n’avait fourni d’Holland débarqua à Pile de Ré avec un corps qui eût une contenance plus quinze cents hommes, auxquels se ferme et plus imposante, l^a plupart joignit un renfort de six à sept cents des membres des communes avaient hommes, que les Rochelois avaient été accompagnés dans la capitale envoyé. Le duc voulut tenter l’assaut ; des personnes qui les avaient élus, mais il fut repoussé sur tous les points Quelques jours avant l’ouverture, avecde grandes pertes, et qui l’obligea Charles, pour se faire bien venir du à battre en retraite. Mais le maréchal parlement, rendit la liberté à soixante- Schomberg, qui commandait l’armée dix-huit gentilshommes qui avaient française , s'était placé entre le duc et été mis en prison pour n’avoir pas la flotte anglaise, (le manières lui cou- voulu contribuer à l’emprunt forcé, per la retraite, et les Anglais ne réus- Il fit ouvrir les portes de la Tour au sirent à regagnerleursvaisseaux qu’a- comte de Bristol et rétablit dans ses près avoir perdu la moitié de leurs fonctions l’archevêque Abbot, qu’il soldats; et comme il n’y avait plus avait suspendu parce que celui-ci avait d’espoir de porter des secours effica- refusé de lui prêter le concours de son ces aux Rocnelois , car une armée con- ministère dans l’emprunt forcé, sidérable, commandée par Gaston duc Charles ouvrit la session par ce disd’Orléans, frère du roi de France, cours : « Je vous ai convoqués parce se concentrait sous leurs murs, que J’ai jugé qu’un parlement était le Buckingham se disposa à quitter ces moyen le plus prompt et le meilleur parages. Charlesécrivitau favori pour pour obtenir les subsides qui sont nél’assurer qu’il avait dépassé tontes cessaires à nous-mêmes et qui doivent ses espérances , et qu’il était enchanté sauver nos amis d’une ruine imininende la manière dont il avait conduit te. Que chacun de vous agisse maintecette expédition. Cependant, désireux nant d’après ce que lui dictera sa d’obtenir quelques succès quijusti- conscience; que si. Dieu nous en fiassent mieux les éloges de son roi, garde, vous ne vouliez point contri- Buckinghamrésolutdetenterun coup huer aux charges que le royaume de inainsur la villedeCaldis. Toutefois doit supporter en ce moment, je Buckingham , après avoir compté ses vous déclare, pour l'acquit de ma troupes. Jugea prudent de renoncer à conscience, que j’emploierai les auce projet et de revenir en Angleterre, très moyens que Dieu a mis en mon Il y arriva à la fin de novembre, et pouvoir pour sauver ce que la folie Charles lui fit un accueil des plus fiat- de quelques hommes coinprometteurs. Mais la nation ne jugeait point trait. Ne prenez point ceci pour les choses de la même manière; ce une menace ; je dédaigne de menacer
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quiconque n’est point mon égal : preiiez-le comme un avertissement de celui qui, par nature et par devoir, a le plus ^rand intérêt à votre conservation et a votre bonheur. »
Les communes reçurent ce discours avec calme, ainsi que les paroles irritantes du lord chancelier, qui leur dit que si elles différaient de voter des subsides, elles |)ourraient avoir à s’en repentir, car elles avaient le sentiment de leur infériorité. « Si vous apportez le moindre retard à voter les subsides qu'on vous demande, s’écria sir Thomas Coventry, l’épée pourra être employée. Rappelez-vous bien l’averli.sseme"nt de Sa .Majesté; je vous le répète : rappelez-vous bien cet avertissement. ■■ Les communes sans différer se décidèrent à accorder les subsides demandés, et déclarèrent que les sommes votées seraient perçues dans le courant de l’année; mais elles décidèrent aussi que le roi n’aurait la jouissance de ces sommes qu’autant qu’il aurait reconnu quelques-uns des droits les plus sacrés Je la nation et qu’il aurait donné une promesse solennelle de détruire les abus qui existaient dans le gouvernement. « Ce serait faire tort à nousmêmes? à notre postérité, à nos consciences, si nous abandonnions d’aussi justes prétentions, s’écria sir Francis .Seymour. — Que demandonsnous , s’écria à son tour sir Thomas Wentworth; sont-ce de nouvelles concessions ? Non : ce sont nos anciennes libertés , nos libertés légales et naturelles auxquelles nous voulons donner une nouvelle vigueur, et que nous voulons revêtir d’un tel cachet, que dans la suite aucune puissance humaine ne puisse les enfreindre. Est-ce donc là commettre un acte qui porte atteinte aux prérogatives de la couronne? Non ; nos demandes sont justes et raisonnables. Je parle dans l’intérêt du 'roi et dans l’intérêt de là nation. Si on nous dispute ces droits , il nous sera impossible de consentir à voter les subsides demandés. »
Quelques voix isolées s’élevèrent en faveur de la couronne. « Travail-
ANCLETERHE. — T. II.
Ions pendant que nous en avons le temps, s’écria Coke. Je suis d’avis u’on accorde à Sa Majesté les subsies dont elle a besoin, mais ce doit être avec quelques garanties. Ne nous flattons point : je sais que le roi est un homme religieux et exempt de vices personnels ; mais il n’agit pas de son propre mouvement et ne voit le plus souvent que par les yeux de ceux qui l’entourent. »
Le 8 mai , les communes adoptèrent à l’unanimité les résolutions suivantes : « 1“ Aucun freeman ne sera mis ou détenu en prison , par l’ordre du roi, de son conseil privé, ou de toute autre personne, à moins qu’il n’y ait un cas légal qui motive l’arrestation. 2" Le writ à'habeas corpus ne pourra être refusé à personne; il sera accordé à tout homme mis ou détenu en prison, par ordre du roi, de son eonseil privé, ou de toute autre personne. 3° Si un freeman est mis ou détenu en prison, par ordre du roi, de son conseil privé ou de toute autre personne , et sans que la cause de son arrestation soit motivée, le freeman sera rendu à la liberté , si ûii writ à'habeas corpus est demandé pour lui. 4“ Tout freeman a un droit imprescriptible, absolu, sur ses biens et sur ses terres , et aucune taxe, taille, emprunt, don gratuit ou aucune charge de même nature , ne pourront être levés par le roi sans l’adhésion du parlement. » La chambre des lords, qui désirait autant que les communes mettre un terme à l'emrisonnement arbitraire, adopta ce ill célèbre qui reçut le nom de pétition DES DBOiTs”, et le 28 mai il fut présenté au roi pour qu’il lui donnât sa sanction. I.es communes représentèrent en outre au roi quedes compagnies de soldats et de marins avaient été logées chez les habitants dans des maisons particulières, en opposition aux lois du royaume. Elles se plaignirent de la loi martiale , qui venait d’être introduite, et dirent au roi que, d’après la grande charte et les autres lois du royaume, aucun hommene devait être condamné à mort autrement que par
les lois établies ; que, néanmoins diverses commissionsjjortant le srand sceau de sa Majesté avaient été créées pour juger des individus d'après la loi martiale. Charles lit la réponse suivante à la |)étitiun des droits : « Le roi veut que justice soit faite selon les lois et coutumes du royaume, et que les statuts soient mis à exécution , afin que ses sujets ne puissent avoir à se plaindre des torts qui pourraient leur être faits contrairement à leurs justes droits et à leur liberté, à la conservation de.sqtiels il se croit en conscience aussi obligé qu’à la conservation de ses propres prérogatives. »
Ces paroles ambiguës ne satisfirent nullement les communes; elles se disposaient à faire de nouvelles représentations au roi, lorsqu’elles apprirent que Charles avait l’intention de proroger le parlement.Lemessage.de
Ïirorogation fut envoyé aux chambres e 5 juin , et donna heu à de violents débats. La chambre résolut de se former en comités pour aviseraiix moyens d’assurer la tranquilité du royaume, et déclara qu’aucun de ses membres ne quitterait son siège. Finch, qui remplissait les fonctions d’orateur, obtint cependant la permission de se retirer pendant une demi-heure , et il en profila pour aller trouver le roi. La violence des débats augmenta aussitôt qu’il fut parti, et les plus vives accusations furent dirigées contre le roi et son favori. « Nous avons mis dans cette affaire, s’écria Coke', une modération dont on n’a jamais eu d’exemple.
Prenons-la donc à cœur. Au temps d’Édouard 111 le parlement hésita-t-il à désigner les hommes nui trompaient le roi par leurs avis? Non: il accusa Jean de Gand , fils du roi, lord Latimer, et lord Nevil, et ces personnes furent envoyées à la Tour; aujourd’hui que l’Étatest arrivé presque au fond de l’abîme, nous garderions donc le silence, nous hésiterions à accuser ceux qui sont la cause de tous nos maux! Ne faiblissons plus, car si nous Je faisions. Dieu nous refuserait son assistance. Je déclare que dans mon opinion, le duc de Buckingham est la
source de tous nos maux , et que tant que nous n’en aurons point informé le roi , nous ne pourrons siéger dans cette chambre ou la quitter avec honneur. » Cette accusation directe portée contre le duc trouva écho , et de toutes les parties de la chambre on entendit ce cri : « C’est le duc, c’est le duc qui est la source de tous nos maux. » Les accusations continuèrent.
I,e duc fut dénoncé traître et incapable comme grand amiral et général en chef; il fut accusé d’encourager les papistes et de les employer au service de l’État; d’étre l’ennemi non-seulement de son pays, mais de toute la chrétienté. Selden se leva de son banc et proposa à la chambre d’adopter une motion tendant à faire connaître au roi les mesures que la chambre avait adoptées, et à lui signaler le duc comme la cause de tout le désordre.
Dans ce moment, Finch, l’orateur, entra dans la chambre et déclara que les ordres du roi étaient que les communes s’ajouriiassent jusqu’au lendemain matin. La chambre se sépara immédiatement. Le lendemain , l’orateur chercha à excuser sa conduite de la veille et déclara que dans tout ce qu’il avait dit au roi , il n’avait eu en vue que l’intérét de la chambre.
«Puisse ma langue, s’écria-t-il , être clouée au palais de ma bouche si j’ai dit un mot qui ait pu porter préjudice à un membre de cette chambre I » Il
présenta ensuite un second message du roi. Charlesdéclaraitqu’il n’avait point eu l’intention de toucher aux privilèges de la chambre, mais qu’il avait voulu éviter le scandale que pourrait causerune accusation comme celle qui avait été mise en question. Il recommandait aux communes de ne point employer leur temps à considérer des chosesqu’il n’avait pas soumises à leur examen ; leur disait que toute la chrétienté apprendrait que son parlement et lui s'étaient quittés d’une manière amicale ; que sous peu il aurait le plaisir de revoir ses communes, et qu’alors elles pourraient parler de leurs griefs en pleine liberté. Les communes répondirent qu’elles avaient le droit
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d’examiner la conduite des ministres du roi. Le lendemain elles, interrogèrent un étranger du nom de Burlemachi qui avait obtenu une commission revêtue du sceau royal pour enpger au service de l’Angleterre et mtroduire dans le royaume des troupes de cavalerie allemandes; cette mesure avait porté ombrage à la chambre des communes. « Un pareil projet, s’écria un membre, a pour but de nous réduire à l’obéissance par la force.»
Les lords s’ étant réunis aux communes pour demander au roi de donner une réponse plus explicite à la pétition des droits, Charles dit que la réponse qu’il avait faite lui paraissait complète et satisfaisante, mais que our éviter toute interprétation amiguë et leur prouver qu’il n’y avait pas d’arrière-pensée dans sa réponse, il allait en faire une seconde dont l’esprit et la lettre ne laisseraient rien à désirer. «Lisez votre pétition, s’écria-t-il, et vous recevrez une réponse qui certainement vous sera agréable. » La pétition fut lue, et l’huissier du parlement prononça cette ancienne formule normande; « Soit droit fait commeii est désiré. » «J’espère, s’écria le roi, que cette réponse est complète : eh bien, elle ne dit rien de plus que ma première réponse.' Vous ne voulez ni ne pouvez léser mes prérogatives.
Mon opinion à cet égard est celle-ci :
les libertés des peuples donnentde la vigueur aux prérogatives des rois, et les libertés des peuples consistent à défendre les prérogatives des rois. Vous voyez combien je me suis plu à donner satisfaction à vos demandes. J’ai maintenant rempli ma tâche, c’est à vous à remplir la votre; et si le parlement ne se termine pas d’une manière heureuse, c'est sur vous seuls que la fautedoit en tomber. » C’est ainsi que la pétition des droits, gui confirmait l’un des articles les plus importants de la grande charte , devi nt un des statuts du royaume ; cette victoire gagnée sur l’absolutisme ne coûta pointdesang, elle nefut duequ’à l’extrême besoin d’argent où était la
couronne à cette époque. Trois jours après , le roi , pour gagner davantage encore les bonnes grâces des communes, leur annonça que leur pétition ainsi que sa réponse seraient enregistrées dans les archives des deux chambres et dans les cours de Westminster; il voulait, dit-il, que ce document fût imprimé pour son honneur et pour la satisfaction de son peuple, et que les communes eussent à s’occuper immédiatement des affaires qui leur seraient soumises.
Quelques jours après, les communes ayant voté les subsides et présenté une adresse au roi par l’entremise de leur speaker pour exposer les griefs qu’elles avaient contre le duc de Buckingham , Charles déclara la session terminée. Le roi, qui semblait prendre à tâche de se rendre la nation défavorable, répandit alors ses grâces sur des personnes qui avaient déjà encouru le blâme de la chambre. Ainsi l’évéque Laud , dont la conduite avait été censurée par lu chambre pour avoir publié des sermons qui renfermaient des doctrines contraires au culte établi , fut élevé à l’évêché de Londres aussitôt après la clôture de la session.
Cependant les héroïques Rochelois demandaient à grands cris dessecours à l’Angleterre où leur cause avait de nombreux partisans. Cliarles était disposé à les assister; il résolut de confier le commandement de l 'e.xiiédition à Buckingham , qui brûlait du désir d’humilier la cour de France ; mais le duc étaitodieux à la nation. Le jour même où la chambre des communes avait déclaré que Buckingham était la cause principale des malheurs du pays , le peuple de Londres avait assassiné son médecin, le docteur Lamb, parce qu’on supposait qu’il avait eu une part importante dans les conseils que le duc donnait au roi. Quelques jours après, on lisait sur un poteau dansColeman’s Street leslignes suivantes : « Qui gouverne le royaume.!’ C’est le roi. Qui gouverne le roi? C’est le duc. Qui gouverne le duc? C’est le diable. » Ces manifestations ne dessii-
laient point les yeux de Charles. Le roi s’ étant rendu à Deptfordavec son favori poury voir les navires qu’on armait pour la Rochelle, « George, s’écria t-il, en montrant à Buckingham les vaisseaux , il y a beaucoup de gens qui voudraient que ces navires et toi vous périssiez ensemble; mais ne t'inquiète pas de ce qu’ils disent ; si tu péris, nous périrons tous les deux. »
Le duc partit pour Portsmouth , où il devait s’embarquer pour la Rochelle; l’expédition était prête. Mais le 23 août, au moment où le duc sortait de chez lui entouré de quelques Français que l’expédition avait attirés ù Portsmouth, il reçut un coup de poignard dans la poitrine qui ne lui perin i t de prononcer que cette seule parole ; « Misérable! «L’assassin n’ayant point été aperçu, l’alarme fut donnée, et les soupçons tombèrent aussitôt sur les Français. Mais alors un homme se présenta* aux officiers qui étaient accourus : « C’est moi , s’écria-t-il fièrement , c’est moi qui ai frappé le duc. » On se saisit de sa personne sur laquelle on trouva les lignes suivantes cousues dans le fond de son chapeau ; « Celui-là est un lâche et ne mérite point le nom de gentilhomme ou de soldat , qui ne veut point faire le sacrifice de sa vie pouraéfendreriionneurdesonDieu,de son roi et de son pays. Que personne ne me condamne pour l’acte que j’ai commis , mais que l’on condamne plutôt ceux qui me l’ont fait commettre ; car si Dieu , pour nous punir de nos péchés, ne nous eût point enlevé le courage , cet homme ne serait point resté si longtemps impuni. Je me nomme « John Felton. »
Ce John Felton était un gentilhomme de famille, qui avait servi l’année précédente dans l’expédition à l’iie de Ré, et qui avait quitté le service à cause d’un passe-droit. On lui envoya un chapelain, dans l’espoir qu’il s’ouvrirait à lui et qu’il nommerait ses complices, s’il en avait. Mais Felton ne voulut faire aucune révélation : « Je l’ai tué pour la cause de Dieu et de mon pays, » s’écria-t-il. Le chapelain lui dit que les médecins avaient l’espoir
de sauver la vie du duc. « C’est impossible, s’écria Felton : j’avais la force de quarante hommes quand je l’ai frappé , car j'étais assisté de Dieu , qui a guidé ma main. « On conduisit Felton à la Tour de Londres, et sur sa route il reçut les bénédictions du peuple , quf l’appelait le sauveur du pays.
Charles assistait au service divin lorsqu’on lui apprit la nouvelle de la mort de Buckingham ; sa contenance n’indiqua aucune émotion, ce qui lit croire à ses courtisans qu’au fond de l’âme il était content d’étre débarrassé d’un hommequi était aussi odieux à la nation. Plusieurs parièrent alors de la victime en termes de mépris , et la qualifièrent d’épithètes outrageantes en sa présence. Mais Charles était au contraire profondément affligé. Quand il rentra dans sa chambre, il versa un torrent de larmes et se jeta sur son lit. Charles prit la veuve du duc et ses enfants sous sa protection spéciale. Il paya les dettes du duc, qui étaient considérables, et voulut que son corps fût enterré à Westminster. Cependant il ne voulut point se hasarder à faire pour son favori des funérailles publiques; on profita de l’obscurité de la nuit pour conduire le corps du duc à sa dernière demeure.
Dans lemême temps, la procédure se poursuivait contre le meurtrier. F'elton conservait toujours la même énergie. Le comte de Dorset étant allé le visiter pour obtenir de lui des aveux et l’ayant menacé de la torture, il lui répondit: « Je suis prêt à endurer les souffrances dont vous me parlez ; mais je dois vous dire, milord, que si j'ai quelqu’un à accuser, ce ne sera personne autre que vous. » La chambre des communes s’étant élevée , dans sa dernière session , contre l’application de la torture, et les juges ayant déclaré à l’unanimité que la torture à aucune époque n’avait été autorisée par les lois du royaume, on n’eut point recours à ce moyen barbare.
Felton , devant ses juges , montra un grand courage. Il avoua son crime:
« mais, ajouta-t-il , si j’ai tué le duc ,
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ce n’esl point par haine pour sa personne. » L’avocat général, dansun discours de rhétorique, chercha à donner une couleur odieuse au meurtre , en exagérant les qualités du duc. « Le roi , dit-il, a perdu un serviteur qui lui était dévoué et un sujet qui lui était cher; l’Etat un conseiller d’un mérite éminent, un général renommé pour sa valeur et un amiral des plus distingués, » et il compara Felton à Ravaillac, qui avait assassiné Henri IV. Un verdict de culpabilité fut rendu, et le juge ayant demandé au condamné , selon l'usage, s’il avait quelque chose à dire contre la sentence qu’on allait prononcer, Felton répondit qu’il se repentait de l’acte qu’il avait commis si réellement le duc était un serviteur aussi dévoué au roi que le disait être l’avocat général. Le Juge lui dit qiw la loi voulait que dans une affaire de la nature de la sienne , le coupable eût la main coujiée avant d’être mis à mort, mais que l’intention de Sa Majesté était qu’on lui appliquât seulement la peine de mort ; il le condamna à la peine capitale. Felton fut pendu à Tyburn, et son corps, par les ordres du roi, fut envoyé à Portsmouth, pour y être attaché à un gibet.
Charles désigna le comte de Lindsey pour commander l’expédition de la Rochelle en remplacement de Buckingham. La flotte mit à la voile le 8 septembre 1628. Elle était formidable et bien équipée. Mais Lindsey revint sans avoir rien fait pour l’honneur des armes anglaises. Bientôt après, la Rochelle , dernier boulevard des huguenots, fut prise par Richelieu. Cette malheureuse ville avait cruellement souffert de la famine , car sur Ui ,000 âmes que renfermaient ses murs au commencement du siège, il ne lui en restait plus que 4,000 lorsqu’elle fut prise.
Le parlement s’assembla le 20 janvier 1629. Les communes apportaient contre la couronne le même esprit d’hostilité que dans les sessions précédentes. Leur irritation s’était meme accrue par de nouveaux griefs : car la chambre étoilée et la cour des hauts
commissaires avaientcontinué de connaître des causes judiciaires en violation de la pétition des droits; les droits de tonnage, de pesage et d’autres avaient été perçus contrairement aux dispositions adoptées par les communes à cet égard. La chambre des communes manifesta une vive indignation. « Nos libertés ont été violées, s’écria Selden ; des hommes ont été livrés aux tribunaux exceptionnels, contrairement à la pétition des droits, et ‘personne ne doit perdre la vie ou être mis en prison qu’après avoir été soumis à la justice ordinaire du royaume. Nous sommes menacés d’être envahis par une foule d’abus. Prenons-y garde ; autrement, après avoir pris nos bras on prendrait nos jambes, et enfin notre vie. » Au milieu de ces débats, un commercant nommé Rolles, qui était membre de la chambre des communes, se plaignit de ce que ses marchandises avaient été saisies par les agents de la douane, parce qu’il avait refusé de payer les droits
?;ue ceux-ci lui demandaient, quoiqu’il eur eût dit qu’il était prêt à payer les droits légaux qu’imposait la loi. « .Jetez les yeux partout où vous voudrez, s’écria sir Robert Philippe, et partout vous verrez qu’on viole les libertés de la nation. Les privilèges de cette chambre n’ont pas même été respectés; car les douaniers savaient bien que le réclamant appartenait à cette chambre. Mais tout le parlement eût-il été impliqué dans cette affaire, qu’on n’aurait point eu plus d’égards pour lui , et que toutes les marchandises appartenant aux membres réunis auraient été saisies comme celle du plaignant. »
Charles manda les deux chambres à White-Hall et chercha à justifier cette mesure en disantque les droits perçus pour le tonnage et le pesage des marchandises étaient des droits héréditairesqui lui appartenaient àce titre. Puis il engagea les communes à lui voter pour la vie le bill sur le tonnage et le pesage et à mettre ainsi un terme à toutes les difficultés auxquelles cette affaire avait donné lieu. La chambre des communes nepartageaitpoint àcet
oogle
égard les Idées du roi. Elle commença par s’occuper des affaires religieuses, en déclarant à cette occasion que les affaires du roi des cieux devaient passer avant celles des rois de la terre. Les communes se plaignirent vivement des changements importants introduits dans l’église par Laud. Le roi envoya aussitôt un message; il invitait la chambre des communes à s’occuper des droits de tonnage et pesage avant de discuter les affaires religieuses; les communes ne tinrent aucun compte de ce message. Alors Charles envoya un second message pour réitérer sa demande. Le bruit se répandit que l’intention du roi était de dissoudre le parlement aussitôt que le bill sur les droits de tonnage et de pesage aurait été voté pour la vie. Les communes continuèrent donc à s’occuper des affaires religieuses; et elles adoptèrent une résolution dans laquelle elles déclaraient vouloirs’en tenir aux articles de la religion qui avaient été établis sous le règne d’Elisabeth par le parlement, et rejeter les doctrines d’Arniinius; puis elles présentèrent au roi une apologie dans laquelle elles rendaient compte des motifs qui leur faisaient retarder de voter le bill de tonnage et de pesage. Elles se plaignaient en même temps de ce que le roi leur avait envoyé coup sur coup deux messages, en lui disant que cette manière de presser la chambre était un empiétement fait à ses privilèges. Charles reçut cet avertissement avec hauteur et indignation; et le lendemain. Coke, un de ses ministres, déclara à la chambre que le roi insistait pour que le bill en question fôt voté immédiatement, ajoutant qu’il trouvait la cliambre lente à agir. Les communes poursuivirent le cours de leurs délibérations.
Pendant les débats qui eurent lieu à l’occasion des affaires religieuses, il fut question pour la première foi d’Olivier Cromwell. Il venait d’étre nommé membre des communes par les électeurs de Huntingdon. Cromwell avait alors environ trente ans. Son extérieur était loin d’etre d’agréable, et sa mise était plus que négligée; son discours
ne brillait point par la grâce ni par l’élégance ; cependant il y avait une certaine véhémence dans son geste, un air d’autorité dans toute sa personne, qui commandait le respect.
« .l’ai appris , s’écria-t-il , du docteur Beard, que le docteur Alablaster a prêché des doctrines entièrement papistes à la croix de Saint-Paul , et que l’évêque de Winchester, dont il est le diocésain , lui a ordonné de ne rien prêcher de contraire à ces mêmes doctrines. Vous savez que le docteur Mainwaring , que vous venez de censurer avec tant de raison pour ses sermons , a reçu de cet évêque un riche hénélicb. Si c’est là la récompense u’on donne à de pareils actes, que evons-nous espérer? »
Une commission d’enquête fut nommée, et, le 2.5 février, cette commission présenta un rapport détaillé dans lequel elle condamnait l’évêque Laud et ses doctrines. La commission s’éleva rincipalement contre la publication es livres qui paraissaient en faveur du papisme avec autorisation de l’évêque, et contre la suppression des livres ui étaient publiés par les adversaires u papisme. Elle demanda qu’on enlevât les (lambeaux et les cierges de la sainte table, qui, disait-elle, était appelée maintenant le grand autel; quoii enlevât également des églises les tableaux et les images; que l’on cessât de prier en se tournant vers l’Orient, et de fai re le signe de la croix ad omnem inotum et gestum. ■> Les évêques, disait-elle, suscitent mille inquiétudes à ceux qui n’obéissent point à leurs commandements à ce sujet.
Ces abus doivent être détruits. »
Elle demandait à grands cris que toutes les personnes qui professaient les doctrines du culte catholique fussent punies d’une manière exemplaire. O Des mesures d’ordre doivent être prises, disait-elle , pour surveiller la publication des livres, pour que les évêchés et les autres bénéfices ecclésiastiques ne soient donnes par Sa Majesté, avec l’avis de son conseil privé, qu’à des hommes instruits et d’une piété et d’une orthodoxie qui
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ne laissent rien à désirer; les évêques et les ecclésiastiques ainsi promus doivent en outre être obligés de résider dans le lieu où ils exercent leurs fonctions. » Ces divers articles furent lus dans la chambre des communes.
La chambre donna au roi , d’un autre côté, une preuve de son indépendance, en obligeant Acton , shérif de Londres , qui avait saisi les marchandises de Rolles, à se présenter à genoux à sa barre, et en l’envoyant à la Tour. Les communes traduisirent également à leur barre quelquesuns des offlciers de la douane ainsi que les barons de l’échiquier. Les premiers déclarèrent qu’ils n’avaient fait la saisie que par ordre exprès du roi. Les barons refusèrent de justilier la légalité des mesures qui avaient été adoptées.
Malgré une opposition aussi prononcée, Charles résolut à tout hasard de soutenir l’évêque Laud , et aussitôt que la commission eut fait la lecture de son rapport à la chambre des communes, il donna l’ordre aux deux chambres de s’ajourner jusqu’au 2 mars. Les deux chambres obéirent; mais le 2 mars, sir John Eliot, membre de la chambre des communes, attaqua avec une violence extraordinaire l’évêque de AVinchesler et Weston , le lord trésorier, qui, disaitil, étaitl’un des principaux auteurs des innovations introduites dans la religion. Sir John Finch , le speaRer , voyant l’orage grossir, présenta un message du roi qui ordonnait à la «hambre de s’ajourner à huitaine. Plusieurs membres s’élevèrent contre ce message, qu’ils déclarèrent vexatoire et irrégulier, et dirent que ce n’était point au speaker à présenter de pareils ordres , attendu que l’ajournement de la chambre appartenait en propre à la chambre eile-niéine. Alors, sir John Eliot soumit à la chambre un projet de remontrances au roi , dans lequel il s’élevait contre l’illégalité des droits de perception de tonnage et de pesage. Eliot présentant son projet à l’orateur, l’invita à en donner connaissance à la chambre ; mais le
speaker s’y refusa en disant que le roi avait ajourné la chambre. On proposa immédiatement de faire lire le projet par l’huissier de la chambre, qui SJ refusa également. Alors Eliot lut sa motion lui-même , ce qui fit une grande sensation. Lorsqu’il eut Oni cette lecture, il invita le speaker à la mettre aux votes. Celuici ayant refusé de nouveau , Selden se leva : « Monsieur l’orateur, s’écriat-il, si vous ne mettez pas la question aux votes, comme nous vous ordonnons de le faire, nous serons obligés de rester ici , et nous ne pourrons pas poursuivre nos travaux.
Nous siégeons dans cette chambre par l’ordre du roi. Quant à vous, vous avez été nommé orateur par le roi. Avez-vous l’intention de remplir vos fonctions.'* » Le speaker répondit qu’il avait reçu un ordre exprès du roi qui lui enjoignait de quitter son siège aussitôt qu’il aurait remis le message, et il se disposa à quitter la salle. Mais Hollis , fils du comte de Clare, Valentine et plusieurs autres membres s’élançant aussitôt sur lui , le forcèrent à reîirendre son siège et le tinrent cloué sur son fauteuil. Au même instant d’autres membre.s patriotes fermèrent les portes de la chambre et en apportèrent les clefs sur la table. Les membres du parti de la cour s’élancèrent au secours du speaker, mais Hollis les repoussant d’un bras ferme, s’écria : « 11 restera ici jusqu’à ce qu’il nous plaise de nous retirer. » Une lutte s’engagea ; mais les courtisans n’étaient point en force et le speaker fut obligé de rester sur son siège. « Je ne dirai point, s’écria-t-il, je ne veux pas, mais bien je n’ose pas. J’ai l’ordre exprès de Sa Majesté, et je n’ose point l’enfreindre. •> Selden ut aussitôt un discours sur les devoirs d’un speaker de la chambre des communes, et lui dit de mettre la motion aux votes de la chambre ; le speaker s’y refusa encore. Alors un membre du nom de Peter Hayman , qui était parent de sir John Finch, l’interpellant avec véhémence, lui dit
qu’il rougissait d’étre son parent; qu’il faisait une tache à son pays et à sa famille; que tous les malheurs qui pouvaient résulter de sa conduite retomberaient sur lui , et que la postérité flétrirait sa mémoire. Sir Peter Ilayman termina son discours en proposant à la chambre de traduire sir John Finch à sa barre, s’il ne faisait pas son devoir, et de nommer un autre speaker à sa place. Cette mesure ne fut point adoptée , et comme ni les avis ni les menaces n’avaient de l’influence sur l’esprit du speaker, et que la chambre savait qu’elle n’aurait point une autre occasion de manifester scs sentiments, si elle perdait celle-ci , elle rédigea sur-le-champ la protestation suivante : « Quiconque innovera en religion ou qui cherchera à introduire dans le royaume le papisme ou d’autres opinions contraires a la véritable église orthodoxe, sera déclaré ennemi'jiiré de ce royaume; quiconque conseillera de lever les droits de tonnage et de pesage sans que ces droits soientaccordés par le parlement, ou qui aidera à lever ces droits, sera réputé innovateur et ennemi du royaume; si un marchand ou toute autre personne paye volontairement lesdits droits de toiïnageet de pesage, sans qu’ils soient accordés par le parlement , il sera réputé traître et considéré comme un ennemi du royaume. »
llollis lit la lecture de ces articles, qui furent adoptés l’un après l’autre avec acclamations par la enambre.
Le roi, ne voyant point revenir l’orateur, avait dépéché un messager pour que la chambre lui envoyât le sergent avec sa masse. Ce symbole joue un rôle important dans les communes, car sans masse il ne peut y avoir de chambre. Les membres arrêtèrent le sergent. Le roi ordonna aussitôt à l’huissier de la verge noire d’inviter les communes à se rendre à la chambre des lords, aOn qu’il prononçât la dissolution du parlement.
Les communes refusèrent de recevoir ce messager, et aussitôt Charles , entrant en fureur, donna des ordres pour qu’on enfonçât les portes; mais les-.
communes avaient alors voté leurs protestations, et s'étaient ajournées d'elles-mêmes au 10 mars.
Ce jour-là , le roi s’étant présenté à la chambre des lords, prononça ce discours : n Milords, je ne suis jamais venu devant vous dans une circonstance plus désagréable. Aussi beaucoup d'entre vous s’étonneront -ils sans doute que je ne me sois pas fait représenter dans cette circonstance par des commissaires , car c’est une coutume générale adoptée par les rois, de se faire représenter par leurs ministres lorsqu’ils ont lieu d’étre mécontents et de ne réserver pour eux-mémes que les choses agréables.
Mais considérant qu’il est juste de récompenser la vertu comme aussi de punir le vice , j’ai jugé à propos de venir moi-méme déclarer, à vous milords, ainsi qu’au monde entier, que c’est seulement la conduite de la seconde chambre qui a motivé la dissolution de ce parlement ; que la cause de cette mesure ne provient nullement de vous; au contraire, que je me félicite de la conduite de vos seigneuries à mon égard autant que j’ai lieu de me plaindre de celle des communes. Pour que je sois bien compris, je dirai que Ton se tromperait beaucoup si l’on croyait que j’accuse généralement tous les membres de la seconde chambre. Je sais que cette chambre renferme des sujets aussi loyaux et aussi dévoués qu’il est possible d’en trouver, mais je sais aussi qu’il y a dans son sein des vipères , et que ce sont ces vipères qui ont jeté la discorde que je déplore. Pour conclure, milords, je vous déclarerai que ces personnes malintentionnées auront le châtiment qu’elles méritent, mais que vous, membres de la chambre haute, vous avez de justes droits à la protection et à la faveur qu’un bon roi doit à sa loyale et fidèle noblesse. Milord chancelier, faites ce que je vous ai ordonné. » Aussitôt le lord chancelier prononça la formule suivante : « Milords et messieurs de la chambre des communes , Sa Majesté le roi dissout ce parlement. » (10 mars 1629). Déjà le roi
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avait fait main basse sur quelquesuns de ceux qu’il traitait de viperes- Eliot, Hollis, Seiden, Valentiue, Coriton , Uobart , Hayman , Long etStroud, qui avaient montré le
{)lus d'énergie dans les derniers délats, reçurent ordre de se présenter devant le conseil privé. Tous se rendirent à cet ordre , à l’exception de Long et de Stroud; mais ils refusèrent de se justifier des actes qu’on les accusait d’avoir commis au sein de la chambre des communes ; et en conséquence ils furent envoyés à la Tour. Long et Stroud , qui ne's’étaient point rendus à l’ordre de paraître devant le conseil privé, furent arrêtés et Jetés également à la Tour. Les domiciles d’Eliot, d’Hollis, de Seiden, de Long et de Valentine, furent violés, et l’on saisit leurs papiers.
« Rien n’est si périlleux, dit M. Guizot, que de prendre un système de gouvernement pour ainsi dire à l'essai, avec cette arrière-pensée qu’on en pourra toujours changer. Charles avait commis cette faute. Il avait tenté de gouverner avec le parlement, mais persuadé et répétant sans cesse que si le parlement était trop indocile , il saurait bien s’en passer. Il entra dans la carrièredu despotisme avec la même légèreté , proclamant son intention de la suivre; mais pensant qu’après tout , si la nécessité devenait trop pressante, il pourrait toujours recourir au parlement. Dans ce moment d’excitation, la cour des hauts commissaires et la chambre étoilée rendirent plusieurs sentences d’une sévérité excessive, et le roi publia une proclamation qui fut regardée comme indiquant l’intention formelle de sa part de ne plus recourir aux parlements. Il avertissait la nation qu’il ne la surchargerait pas d’impôts, qu’il se contenterait des droits qu’avait perçus son père ; droits auxquels il ne voulait point renoncer et dont il ne pouvait se passer. Il déclarait qu’il regarderait comme indignes de sa protection ceux qui refuseraient de les lui payer. Les prisonniers qui étaient retenus à la Tour demandaient à Jouir du bénéOce de
V hubeas corpus, et, après de longues hésitations, la cour du banc du roi s’était décidée à leur délivrer les writs nécessaires pour leur élargissement.
Le roi fit retirer les prisonniers de la Tour et les fit enfermer dans une autre prison. De la sorte les writs d’Aabeas corpus ayant été présentés aux geôliers, ceux-ci ne purent produire leurs prisonniers, qui conséquemment furent privés du privilège qu’accordait la loi. U
Cependant, après être restés trente semaines en prison, sans pouvoir communiquer avec leur famille et avec leurs amis, les prisonniers furent amenés devant la cour. Les Juges leur ordonnèrent de fournir caution pour les charges dont Hs étaient accusés et des garanties pour leur bonne conduite à venir. Les accusés refusèrent les sôretés qu’on exigeait d’eux pour leur conduite future, et ils furent renvoyés en prison. Aussitôt l’avocat général présenta un acte d’accusation à la cour dubancduroi,contresir John Eliot, Hollis et Valentine. Sir John Eliot était accusé d’avoir prononcé des paroles irrévérencieuses dans la chambre des communes, et principalement d’avoir dit que le conseil privé et les juges étaient décidés à fouler aux pieds les droits de la nation.
Hollis et Valentine étaient accusés d’avoir causé du tumulte, le dernier Jour de la session, pendant que l’orateur avait été retenu forcément dans son fauteuil . Les accusés repoussèrent la Juridiction de la cour du banc du roi , mais au mépris de. leurs protestations la sentence suivante fut rendue contre eux : <> Chacun des accusés sera retenu en prison pendant le bon plaisir du roi. Sir John Eliot sera enfermé à la Tour de I.ondres, et les autres accusés seront mis dans d’autres prisons. Aucun d’eux ne sera élargi, à moins qu’il ne fournisse caution pour sa bonne conduite , et qu’il ne reconnaisse son offense. Sir John Eliot étant considéré par nous comme étant le plus grand coupable , payera au roi une amende de deux raille livres sterling (50,000 fr.); Hollis,
une amende de mille livres sterling ( 35,000 fr.) ; Va(entine, une amendede cinq cents livres sterling (12,300 fr.). » Long, qui avait été nommé shérif du comté de Wilts, ne fut point traduit devant la cour du banc du roi, mais on le traduisit devant la chambre étoilée pour avoir siégé au parlement lorsque ses fonctions de sliérif l’appelaient dans son propre comté , et il fut condamné à payer une amende de deux mille marcs et à rester en prison suivant le bon plaisir du roi.
Quelque temps auparavant, la chambre étoilée avait rendu un jugement d’une excessive sévérité contre un marchand nommé Richard Chambers, qui avait refusé de payer les droits sur une balle de soie. Chambers ayant dit que les marchands recevaient plus d’encouragements en Turquie qu’en Angleterre et qu’ils y étaient moins tourmentés, la chambre étoilée déclara ces paroles séditieuses et dit qu’elles tendaient à faire croire que l’heureux gouvernement de Charles était pire que la tyrannie turque; en conséquence, elle condamna Chambers à paj er une amende de deux mille livres sterling et à reconnaître par écrit que les mots qu’il avait prononcés portaient le caractère de l’insolence, du mépris, de la sédition, de la fausseté etde la méchanceté. Quand la formule de la déclaration fut présentée à la signature de Chambers , l’honnéte marchand écrivit les lignes suivantes : « Moi, Richard Chambers, ie maintiens pour injuste et fausse la déclaration contenue dans cet écrit, et jusqu’à lamortjen’en reconnaîtrai point un mot. » Chambers,qui était pu« ritain, ajouta ces lignes : « Malheur à celui qui trame l’iniauité, parce qu’il est en son pouvoir ae la faire I » On exigea îmméoiateinent qu’il payât l’amende, et ce fut en vain qu’il invoqua la grande charte et les différents statuts, qui affranchissaient les citoyens des amendes qui étaient prononcées par d’autres tribunaux que par les tribunaux ordinaires. Chamners demanda à jouir du bénéûce de Vhabeas corpus, mais les juges repous-
sèrent sa demande. Il resta en prison douze ans, et mourut dans le besoin, après avoir longtemps attendu satisfaction du long parlement, pour être dédommagé des pertes qu’il avait éprouvées.
Cependant les prédicateurs dans leurs sermons s’évertuaient à prouver que la royauté était de droit divin, et qu’en conséquence elle devait être affranchie de toute contrainte. De nombreux pamplilets écrits par les partisans de la cour, dans lesquels on professait les mêmes idées, circulaient aussi dans le public. Dans un de ces pamphlets on recommandait au roi de prendre pour exemple Louis XI, roi de France, qui avait gouverné despotiquement son royaume en s’appuyant sur une police militaire. De son côté, Charles essayait la corruption, et cherchait à gagner quelques-uns des plus fougueux réformateurs de la chambre des communes. L’un d’eux était Wentworth. Il avait souffert un long emprisonnement pour avoir refusé de contribuer à l’emprunt forcé.
Wentworth avait de la naissance et se flattait de descendre par bâtardise de la ligne des Plantagenets. Le roi parvint a l’attacher à son parti. On vit le transfuge aller fréquemment à la cour et faire sa paix avec Buckingham quelque temps avant la mort de ce favori.
Bientôt Wentworth fut élevé à la pairie et reçut le titre de baron. Ciiarles alors répandit avec profusion ses faveurs royales sur la tête du baron. Il en fit un vicomte et quelque temps après, il le nomma président de la cour d’York ou conseil du nord. Dès ce moment , Wentworth déclara une guerre à outrance à ses anciens amis politiques et les poursuivit avec la plus grande rigueur. Ce ne fut pas la seule défection. La cour, apres de nouveaux efforts, détacha du parti de l’opposition sir Dudley Digges , de Noyé et Littleton , hommes d’un mérite supérieur. Le roi leur donna des foncüons importantes.
Le roi , depuis la mort de Buckingham , avait donné sa confiance au comte d’Holland. Le conseil se com-
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posait alors du comte d’Holland, de Hay, comte de Carlisie, du comte de Montgomery, ancien mignon du roi, d’Arundel, homme plein de vanité, du comte de Pembroke, frère du comte de Montgomery , et du comte de Dorset, tous hommes de plaisir plutôt qu’hommes d’affaires et s’inquiétant peu si la nation allait vers sa ruine , pourvu qu’ils pussent satisfaire leurs passions. Sir John Coke et sir Dudley Carleton étaient les deux secrétaires d’État de Charles; lord Coventry était son chancelier. Le comte de Manchester était lord du sceau privé, et lord Weston , qu’Eliot avait flétri dans la dernière session en l’appelant le plus grand ennemi du royaume , était lord trésorier. En outre, Charles venait d’introduire dans le conseil privé l'évéque Laud, homme odieux à la majorité de la nation par les innovations religieuses qu’il cherchait à introduire dans le culte établi.
En ce moment, l’Angleterre était en état de guerre avec la France, l’Espagne et même avec l’empereur d’Allemagne. Charles avait fait la guerre à la France sans motifs ; il fit la paix avec cette puissance, sans honneur. Cette paix fut publiée au printemps de 1 629 , et , l’année suivante, Charles, malgré les instances de sa femme, qui aurait voulu prolonger la guerre avec l’Espagne, parce que la France était encore engagée avec cette puissance et avec la maison d’Autriche, conclut la paix avec Philippe. Cette paix fut signée au mois de novembre. Philippe promit à Charles , non dans le traité mais par lettres particulières, de rétablir le prince palatin dans ses domaines, et d'employer ses efforts auprès de l’empereur pour lui restituer la couronne de Bohême. Charles, en retour, s’engagea par un traité secret à unir ses armes à celles de l’E.spagne pour faire rentrer sous la domination espagnole les sept provincesunies qu’Eli-sabeth avait avec beaucoup de peine arrachées à l’oppression tyrannique de l’Espagne. Charles,
par le traité, devait avoir la Zélande et d’autres territoires. Cette double transaction s’était faite dans le plus grand secret, carCharles craignaitd'irriter la nation ;mais il paraît qu’aprés avoir lui-même provoqué ce traité et avoir permis a ses ministres d’y apposer leur signature , il hésita à le ratifier. En apprenant ces hésitations , Philippe se crut dégagé de ses promesses. Alors Charles conçut un autre projet. La Flandre et lé Brabant, ^ui appartenaient encore à l’Espagne, étaient agités par de sourds méc^ontentements; on croyait généralement que ces États së soulèveraient prochainement contre l’Espagne pour obtenir leur indépendance. Les intrigues se croisaient déjà; la France et la Hollande y avaient de nombreux agents. Charles envoya aus.sitôt des agents secrets pour faire tourner à son profit les dispositions hostiles des Flamands et des Brabançons contre les Espagnols; une correspondance suivie s’engagea à cet égard entre le gouvernement anglais et les priiici paux chefs brabançons. Mais la cour d’Espagne ayant eu connaissance de ce qui se passait, envoya des renforts à son armee dans la Flandre et le Brabant ; ce qui lit échouer le projet de soulèvement.
La guerre de Trente ans , à laquelle l’insurrection de Bohême avait donné naissance, se poursuivait maintenant d’une manière favorable pour l’Angleterre. G ustave-Adolphe, le meilleur général de son époque, en Jetant son épée dans la lutte avait fait pencher la oaiance du coté des armes protestantes.
Ce prince (24 Juin 1C30) s’était porté dans l’Allemagne et y avait remporté des victoires signalées; il avait pour alliés les princes protestants de l’Allemagne et la France, qui, par suite de la politique habile du cardinal de RicWlieu, avait pris un ascendant extraordinaire. La France menaçait alors les Alpes, les Pyrénées, les frontières de la Flandre espagnole, du Rhin et de l’Elbe. La Savoie avaitété presque entièrement conquise par elle; en Ita-
lie, le cardinal avait dicté des lois au pape, qui , autant par penchant que par nécessité, avait adhéré à la cause de la maison d’Autriche et de l’empereur. A l’arrivée de Gustave-Adolp.he en Allemagne, le féroce Tilly, Pappenheim , Maximilien de Bavière et Waileinstein, généraux de l’empereur qui avaient ravagé les États protestants et y avaient commis les plus horribles cruautés, furent obligés de prendre la défensive. Gustave-Adolphe, après s’être emparé des villes les plus importantes de la Poméranie et au Meckîenbourg, entra dans l’électorat de Brandebourg et força Tilly à se retirer sur l’Elbe. A Vienne on disait à l’empereur que le Suédois n’était qu’un roi de neige et qu'il fondrait en s’approchant du midi; mais Gustave continuait sa course et au lieu de fondre, comme on disait, il ressemblait à l’avalanche, qui entraîne tout sur son passage et porte la désolation dans la vallée. Le seul événement défavorable aux armes protestantes fut la prise de Magdebourg par Tilly et Pappenheim. Ces deux généraux mirent à feu et à sang cette malheureuse ville , qui était alors l’une des plus riches et des plus florissantes de l’Allemagne. En moins de douze heures elle fut réduite en un monceau de ruines et de cendres , et trente mille de ses habitants furent passés aiifil de l’épée. Charles conclut un traité avec G ustave- Adolphe , et résolut d’envoyer six mille hommes en Allemagne pour se réunir aux forces du Suédois; mais comme il n’y avait point de déclaration de guerre contre l’empereur, Charles voulut que ces forces fussent levées en ÉLcosse par le marquis d’Hamilton, comme si celui-ci eût agi pour son propre compte et à l’insu du roi. Ilamilton s’embarqua avec sa petite armée; mais les dispositions que l’on avait prises pour l’emménagement et l’approvisionnement de cette troupe avaient été si mal ordonnées, que des maladies se déclarèrent et forcèrent Hamil ton à retourner en Angleterre, sans avoir rendu aucun service au roi de Suède ni à la cause protestante. Au retour de cette expédition Hamilton fut accueilli
par Charles avec distinction , et il en obtint de grands honneurs.
Les causes de mécontentement qui achevèrent d’irriter la nation sont trop nombreuses pour être reproduites ici. Nous ne citerons que les principales. Les droits de tonnage et de pesage continuaient à être levés; de plus, Charles lit revivre d’anciens abus féodaux qui étaient tombés en désuétude. Henri III et É.douard T’', lorsqu’ils étaient pressés parle besoin d’argent, avaient coutume de convoquer leurs tenanciers militaires et de les forcer, pour ainsi dire, à accepter les honneurs de la chevalerie, moyennant une certaine somme. Si ceux-ci refusaient ces honneurs , qui étaient toujours coûteux , on les condamnait aune amende qu’ils étaient obligés d e payer. Charles adopta ce moyen pour avoir de l’argent. Une commission régulière fut nommée pour forcer à payer l’amende ceux qui refusaient d’être faits chevaliers , et 100,000 livres sterling (2 millions et demi) environ furent prélevés de cette manière.
Les anciennes lois forestières , dont l’atrocité avait toujours été odieuse à la nation, furent remises en vigueur, et une cour, présidée par le comte d’Holland, fut instituée pour établir la réintégration des droits forestiers du roi. Alors des propriétaires furent dépouillés de leurs propj-iétés, sous prétexte que leurs terres avaient autrefois appartenu à la couronne. Le domaine du roi s’agrandit ainsi d'une manière considérable. Dans l’Essex, où les forêts royales occupaient déjà une grande étendue de terrain, ces spoliations absorbèrent au profit de la couronne la presque totalité du comté.
La forêt de Rockingham , qui n’avait qu’une circonférence de six milles, eut bientôt une circonférence de soixante milles; une proclamation déclara que tous les individus qui seraient pris sur ces terrains en délit de chasse, seraient condamnés à payer des amendes considérables. Les monopoles que le parlement avait supprimés, furent aussi rétablis. On vendit à des particuliers le privilège de débiter
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les marchandises les plus nécessaires à la vie, moyennant des sommes énormes. Charles, à l’exemple de Jacques son père répandit à profusion des proclamations oui condamnaient à des amendes considérables ceux qui désobéissaient à leurs prescriptions. Jacques, dans la supposition que la peste était due à l’accroissement rapide de Londres, avait publié une proclamation pour empêcher qu’on ne bâtît de nouvelles maisons dans la métropole; mais les habitants de Londres n’avaient tenu aucun compte de ses ordres.
Charles nomma une commission pour s’enquérir du nombre des maisons qui avaient été construites en violation de la proclamation , et fit alors rançonner les contrevenants. Dans quelques ras, les maisons furent abattues et les propriétaires furent en outre condamnés à une forte amende. Un riche habitant de Londres, nommé Moore, perdit quarante-deux maisons de cette manière, et après la démolition, il vfut condamné à payer une amende énorme.
Ce qui irrita par-dessus tout les esprits, ce fut la direction que le haut clergé donnait aux affaires de l’église. Au mois de mai 1630, Henriette-Marie était devenue mère d’un prince; ce fut plus tard Charles il. A l’occasion du baptême, Laud composa une prière dans laquelle on trouvait ces mots : « Double pour lui, ô Seigneur, les vertus de son père, s’il est possible. » Quelques mois après , Laud traduisit devant la chambre étoilée, dont il faisait partie, Alexandre Leighton’, prédicateur puritain , qui avait écrit un livre contre la reine et les évêques. Leighton fut déclaré indigne de remplir ses fonctions, fouetté en public et mis au pilori pendant deux heures. On lui coupa une oreille. On lui fendit une narine, et on le marqua à la joue des lettres S. S. (Sower of sédition.
Fauteur de troubles.) Au bout d’une semaine il fut traîné de nouveau sur la place publique, où il fut pour une seconde lois fouetté et mis au pilori.
On lui coupa son autre oreille , on
lui fendit l’autre narine, et on mit sur l’autre Joue les mêmes lettres S. S. Leighton resta en prison dix ans , et n’obtint sa liberté que lorsque le pouvoir de Laud et de Charles fut anéanti. Sur le conseil de Laud Charles rendit une proclamation qui défendait aux prédicateurs de condamner les doctrines d’Arminius et d’entamer des controverses à cet égard.
Ces violences occasionnaient déjà de grandes émigrations. Les puritains ne voyant plus de sécurité pour leur personne ni pour la liberté de leur consçience dans le royaume, commençaient à se porter en masse vers l’Amérique du Nord. Ceux qui restaient en Angleterre étaient en butte à toutes sortes de persécutions. En 1634, un nommé William Prenne, jurisconsulte distingué, Michel Sparkes, éditeur, William Buckmer et quatre autres individus furent traduits devant la chambre étoilée pour avoir écrit et publié divers écrits contre le gouvernement et la situation du pays. Prynne déclarait la guerre aux spectacles, aux mascarades et aux danses , et faisait dans son ouvrage allusion à la reine, qui aimait beaucoup ce genre de divertissement. « I^e livre qui vous est signalé, s’écria Richardson , qui remplissait les fonctions de grand juge, est un libelle scandaleux, infâme, outrageant pour Sa Majesté le roi, ce prince si pieux et si religieux, et pour Sa Majesté la reine, cette reine excellente, la plus gracieuse que le royaume ait jamais possédée, et la meilleure que l’Angleterre ait jamais eue.Je déclare scandaleux cet ouvrage pour tous les honorables lords de ce royaume, pour le royaume lui-même et pour la nation entière. Jamais œil ne vit, jamais oreille n’entendit chose plus séditieuse ni plus infâme que celles qui sont contenues dans ce livre infernal.
Permettez-inoi de vous en lire un passage ou deux. » J’ai écrit ce livre, dit l’auteur, parce que j'ai vu que le nombre des comédiens et des livres de divertissement augmentait d’une manière
extraordinaire. Le nombre de ces livres dépasse aujourd’hui quarante mille, et chacun de ces ouvrages se vend mieux que les meilleurs sermons. Ils sont imprimés surle meilleur papier etdansuii plus beau format que les bibles. » A l’égard des comédiens et des personnes qui fréquentent les spectacles, l’auteur les envoie tous au diable et n’épargne per.sonne. « Qui peut gagner au spectacle, s’écrie-t-il, si ce n’est le diable et l’enfer? Tous ceux qui fréqueutentles spectacles sont autant d’esprits pleins de souillures, et ils ne valent guère mieux que des diables incarnés. » Mais permettez que je dise à vos seigneuries ce ue l'auteur écrit sur la danse. « La anse, s’éqrie-t-il , est la profession du diable , et celui qui danse fait une profession diabolique. Autant de pasqu’il fait en dansant , autant de pas il fait en enfer. » A l’égard du chant, l’auteur n’est pas moins sévère. « La femme, ditil , qui chante en dansant doit être considérée comme la prêtresse du diable; ceux qui lui répondent , sont les clercs du diable; ceux qui écoutent, sont les paroissiens du diable ; les instruments de musique sont les cloches de l'enfer, et les musiciens sont les ménestrels du diable. « Dans un autre passage, il dit que Néron, en jouant la comédie et en Iréquentant les spectacles , fut la cause principale de la conspiration qui fut ourdie contre lui; et dans un autre endroit il rapporte, sous la rubrique de Tribellius Pollion, que Martien , Héraclius et Claudius , trois estimables Romains, conspirèrent ensemble pour tuer Galliénus, homme dissolu qui aimait beaucouplesspectacles. » Maintenant, milords, peut-on donner le nom d’estimables à des hommes qui méditent la mort de l’empereur, quelque mauvais que puisse être cet empereur?
Non, milords; ce n’est point là une expression chrétienne. Lorsquedes sujets ont un mauvais prince, quel est le remède à ce mal : ils doivent prier Dieu de lui pardonner, et ne point dire que ceux-là sont des sujets estimables qui méditent sa mort. » Après cette violente philippique l’évéque Neile s’adressa à l’accusé : » M. Prynne , vous
allez maintenant entendre ma sentence. Je dois vous dire que je suis fâcliéde vous voir dans cet état, car je vous connais depuis longtemps. Mais je suis obligé de vous abandonner à votre sort, car je vois que vous avez abandonné Dieu et sa religion ; que vous n’avez point tenu votre serment d’allégeance ; que vous avez forfait à l’obéissance et aux devoirs que vous devez au roi J à la reine , leurs très-excellentes Majestés, l’ornement de ce royaume, et le modèle de cliarité pour toutes les nobles dames et les personnes les plus distinguées de l’Angleterre. J’opine donc pour que votre livre soit brillé d’une manière aussi disgracieuse que possible , soit dans Cheapside ou dans le cimetière de Saint-Paul; car quoique le cimetière de Saint-Paul soit un endroit consacré, on y a vu brûler des livres hérétiques. J ’opme encore, attendu que M. Prynne appartient à Lincoin’s’inn , et dans l’intérêt de la profession honorable qu'il exerce, qu'il soit rayé du tableau des avocats et qu’il soit dégradé publiquement dans l’université. Milords évêques, je laisse à vos soins l’exécution de cette partie de la sentence. Je propose encore le pilori.
Je sais qu’il ny a point de statuts qui infligent cette peine , mais elle est juste et équitable, et pour un crime d’une nature aussi odieuse que celui commis par M. Prynne , elle peut être déterminée à la discrétion de la cour.
Je le condamne à cinq mille livres sterling d’amende, car je sais qu’il peut aussi bien payer cinq mille livres sterling, que la moitié de mille livres; je crois juste en outre de le condamner à la prison perpétuelle. Qu’on l’empêche surtout d’écrire; qu’il n’ait ni papier, ni plumes ni encre; qu’on ne lui laisse que quelques livres de prières pour qu’il puisse élever son âme vers Dieu et lui demander le pardon de ses péchés; mais, je le répète, je ne pense pas qu’on doive lui permette d’écrire, car, M. Prynne, si j’en juge par votre livre, vous avez uu esprit insolent et vous êtes un de ceux qui visent à obtenir le nom de réformateur. »
On aurait dû croire que celte sen-
PÉRIODE DES STUARTS
teiice était aasez rigoureuse; mais les juges de la chambre etoilée ne le pensèrent point aii»si. Le comte de Dorset prit la parole : « Milords, s’écria t-il, il est tempsde faire un exemple pour purger l’air des miasmes qui l’empoisonnent; et quelle meilleure occasion nous serait offerte de faire justice! Le titre du livre infâme de Prynneest Histrio Mastix : il mériterait mieux celui de damnation des princes, des prélats, des pairs et du peuple. Milords, lorsque Dieu eut fait le monde, il regarda son œuvre et dit que tout était bien. Cet individu, continua-t-il en montrant Prynne du doigt, sur le nez duquel le diable a mis des lunettes, dit que tout est mal. Aucune récréation, aucune vocation, aucune condition n’échappe à sa critique; hommes, femmes, magistrats, ofliciers, ecclésiastiques, choses animées et choses inanimées :
tout est damnable à ses yeux. M.
Prvnne , trouvez-vous à redire aux habitudes des courtisans et de la cour? Reprochez-vous aux ecclésiastiques de porter de la soie et du satin ? Pour moi, quand Je vous examine, je vous voistout pourpre au dedans, je dis que votre cœur ne renferme qu’orgueil, malice et déloyauté. Vous êtes comme l’escamoteur’; vous regardez d’un côté pendant que vous agissez de l’autre. » Dorset continua longtemps sur le même ton, et termina ainsi : « M. Prynne, je déclare que vous êtes un schismatique, un fauteur de troubles, un loup sous la toison du mouton; en un mot. Omnium malorum nequissimus. J’opine pour que vous soyez condamné à une amende de dix mille livres sterling. Pour vous mettre en liberté, il n’y a pas plus à y songer qu’à mettre en liberté un pestiféré ou un chien enragé. Vous êtes si éloigné d'être sociable , que vous n’êtes pas même rationnel. Il vous conviendrait de vivre dans les forêts avec des bêtes sauvages, des loups, des tigres comme vous-même. En conséquence, je demande que l’accusé soit condamné à un emprisonnement perpétuel ; qu’il soit renfermé comme ces monstres qui ne sont plus dignes de vivre parmi les hommes ni
devoir la lumière. Pour le châtiment corporel, je propose, milords, qu’il soit brûlé au front et qu’on lui fende le nez ; car je trouve qu’il est avéré que l’offense du docteur I.eighton est moindre que celle de M. Prynne.
Or pourquoi M. Prynne serait-il plus épargné? Caïn, coupable de meurtre, fut marqué dans un endroit où l’on pouvait voir son crime. Je demanderais bien qu'on lui coupât les oreilles, mais il pourrait porter une perruque, et alors avec de charmantes boucles de cheveux de chaque côté des tempes il pourrait cacher sa punition.
Je demande qu’il soit brûlé au front; qu’on lui brûle également les oreilles.
J’en viens maintenant à cette ordure, carje ne puis qualifier autrement le livre de Prynne. Brûlez-la, comme on fait de pareils livres dans d’autres contrées; mais qu’une proclamation soit également rendue pour que chaque personne qui aurait en sa possession ce livre infâme soit avertie que si elle lie l’apporte pas au magistrat pour le brûler, elle sera traduite devant cette cour. » Cette sentence barbare reçut son exécution.
Charles venait de faire un voyage en Écosse. Il avait emmené avec lui Laud, son évêque favori, dans le but d’introduire dans l’église écossaise les innovations qu’il se proposait d’appliquer à l’église anglicane. Les Écossais reçurent le roi avec de grandes démonstrations dejoie. Un grand nombre de seigneurs se ruinèrent pour le fêter ainsi que sa cour, et le 18 juin 1633 , il fut couronné roi d’Écosse, à Ëdimbourg. La cérémonie fut célébrée par l’archevêque de Saint- André. Laud admonesta rudement l’archevêque de Glascow , parce que ce dernier ne voulut point officier avec des vêtements brodés. L’usage que l’on fit de cierges , de calices , les génuflexions qui rappelaient l’ancienne religion, l’huile sainte, et quelques autres rites, qui appartenaient au culte catholique, ne furent point non plus goûtés de la plupart des assistants. Charles s’occupa alors de convoquer un parlement, et employa tous ses
efforts i)our s’assurer dans les élections, nés membres qui fussent dévoués à sa volonté royale. Le parlement vota, sans difHculté, des subsides; mais les questions religieuses ui furent soumises à son examen étruisirent bientôt la bonne harmonie. Le premier différend naquit au sujet d'une question qui avait pour objet d’orner les vêtements du clergé.
Le vieux Melville , s’adressant à Charles, s’écria :« J’ai juré avec votre père et tout le royaume d'être fidèle a la religion écossaise, et les innovations proposées sont entièrement contraires à la religion. » Charles se retira pour prendre conseil de ses courtisans , et à son retour il dit d’un ton d’autorité à la chambre qu’elle n’avait point à discuter, mais seulement à voter. • .l’ai ici tous vos noms, s’écriat-ilen montrant uneliste des membres de la chambre , et je vais savoir aujourd’hui quels sont ceux d’entre vous qui sont mes amis ou mes ennemis. » La question, mise aux votes, fut rejetée par quinze pairs et par quarante-cinq membres des communes.
Cependant le scrutateur déclara que la question était adoptée. Aussitôt le comte de Rothes se leva et dit que les votes avaient été mal recueillis, et il demanda un autre scrutin. Charles dit qu'il n’accorderait le second scrutin qu’autant que Rothes se constituerait à ses risques et périls l’accusateur du scrutateur pour avoir commis le crime capital de falsification des votes ; accusation qui devait être fatale à l'accusateur lui-même s’il était dans l’erreur. Le comte, qui désespérait d’établir son accusation , quelque juste qu’elle fût, garda le silence , et les articles proposés furent ratifiés par le roi , qui les toucha de son sceptre , àla maniéré écossaise.
Le parlement fut aussitôt dissous (28 juin 1633). Charles ne punit point les membres opposants , mais quand ils paraissaient à la cour, on les tournait en ridicule, ou bien on les traitait de schismatiques et de séditieux. De plus , Charles récompensa libéralement les membres qui avaient secon-
dé ses vues. Laud ne fut point oublié le roi le nomma son conseiller d’Écosse.
Le roi , quittant aussitôt l’Écosse , se rendit en poste à Greenwich , ou était la reine, et arriva dans cette ville, après quatre jours de voyage. Quinze jours après la cour ayant reçu la nouvelle de la mort de l’archevêque de Cantorbéry , le roi accorda ces hautes fonctions ecclésiastiques à l’évêque Laud. Dans le même temps, le pape, qui avait des agents secrets en Angleterre , faisait offrir à Laud le chapeau de cardinal. Laud était vaniteux, et cette double élévation le transporta de joie. Cependant , eu réfléchissant aux dangers que l’acceptation du cardinalat pouvait amener sur sa tête, il refusa le chapeau, se contentant de l’ardievêché de Cantorbéry. Il fut installé dans ses nouvelles fonctions le 19 septembre 1633.
Cette promotion irrita beaucoup le parti puritain , qui avait déjà eu connaissance de l’offre qui avait été faite à Laud par le pape. Des prédictions sinistres, des prophéties circulèrent bientôt dans le public à l’égard du nouveau primat. On disait que Laud ne vivrait point passé le 5 novembre. Si ces prédictions se fussent réalisées, Laud n’aurait eu que très-peu de jours à vivre , car on était au mois de septembre. L’archevêque, qui était superstitieux à l'excès, fit arrêter l’auteur de ces prophéties :
c’était une dame nommée Davies; elle était veuve de sir John Davies, auteur de plusieurs ouvrages de poésie d’un grand mérite et de plusieurs discours parlementaires qu’il avait prononcés dans la chambre des communes sous le règne de Jacques, pour soutenir les prérogatives de la couronne. Cette dame fut traduite devant la chambre étoilée, qui lui aurait fait un mauvais parti , si heureusement pour elle, on ne l’eût reconnue folle.
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PÉRIODE DES STXTARTS.
g 8. Rigueurs exercées par l’archeréqne Laud contre les puritains. — Wentworth devient l'un des plus vigoureux champions do royalisme. — L’impôt du sliips money. — Refus de payement par Hampden. — Procès de ce citoyen.
Ce jugement n’avait point calmé les inquiétudes de l’archevêque, et il passa toute la journée du 5 novembre dans les angoisses delà peur. Heureusement le 6, l’archevêque reconnut qu’il vivait encore , et il se disposa aussitôt à frapper à grands coups. Suivant les doctrines de l’église puritaine, le Tout-Puissant n’a pas besoin de temples . magniliques ; une simple barne est à ses yeux aussi bonne que l’église de Saint-Pierre de Rome, pourvu que les assistants le prient avec sincérité et du fond de leurs âmes. Laud, qui pensaitdifféremment, fit réparer les églises et rebâtir la cathédrale de Saint-Paul, qu’il orna avec un luxe inouï. Laud ne s’arrêta point là , car il voulut faire supporter a lu nation les dépenses que nécessitaient la construction et les réparations des églises et des autres édifices religieux. Sur l’avis de l’archevêque, Charles nomma une commission pour percevoir toutes les sommes destinées aux réparations de l’église Saint-Paul.
Laud voulut que l’entreprise de ces réparations fût précédée d’une cérémonie pompeuse et éclatante. Le roi vint à l'église avec toute sa cour, et l’archevêque fit un sermon approprié à la circonstance. On procéda ensuite à la perception des sommes nécessairesaux travaux decetteéglise. Sir Paul Pindar donna volontairement quatre raille liv. sterling (100, 000 francs); le roi , dix mille livres ster. (2.50 ,000 francs); Laud s’engagea à payer pour sa part cent livres sterling par an (2,500 francs). Comme l’argent manquait encore, l’archevêque, dont l’autorité était toute-puissante dans la chambre étoilée et la cour des haut, commissaires, voulutque les amendes infligées par ces tribunaux exceptionnels fussent appliquées aux travaux de réparation de l’église de Saint-Paul.
On obtint ainsi des ressources abon-
ASCLETERRK. — T. II.
dantes. Laud chargea le célèbre Inigo Jones de restaurer l’église; il voulait que ce monument rivalisât de luxe avec l’église Saint-Pierre de Rome.
Inigo Jones le servit merveilleusement à cet égard : mais Laud ne vécut as assez pour jouir de la vue de ce eau monument , car la hache du bourreau lui trancha la tête avant que Saint Paul fût achevé.
L’influence de l’archevêque était sans bornes. Il distribuait à son gré les places les plus importantes de l’État, donnait à pleines mains à ceux qu’il savait dévoués à sa cause. Francis AVindebank, son ancien ami, dont la fille avait épousé son chapelain, fut élevé aux fonctions de secrétaire d’État, et le docteur Juxon, doyen de AVeslminster, autre ami de vieille date, fut nommé secrétaire particulier du roi. L’archevêque ne s’oubliait point dans ces largesses. Use fitnommerpar le roi membre du bureau de commerce, etpius tard lordgrand trésorier. Tou tes les puissances du royaume s’humiliaient alors devant l’heureux primat. L’université d’Oxford, toujours prête à cajoler ceux qui pouvaient la servir, lui donnait tantôt le titre de «sainteté, » tantôt celui de O summus ponlifex ; » et dans ses épîtres dédicatoires, elle caressait sa vanité par les épithètes les plus flatteuses ; Laud était spiritu sanclo effusisissimeplenus; archnngelus et ne quidininus. L’archevêque était au comble de la joie, et pour remercîment de ces éloges, il annonça une visite officielle à l'université en sa qualité de chancelier d’Oxford. Mais, suivant l’usage, ces visites ne pouvaient se faire que sur un ordre exprès émané du roi ; or le prélat insistait dans cette circonstance pour que les droits de la couronne fléchissent devant celui qu’il avait la prétention de s’arroger. L’affaire fut portée devant Charles et son conseil , et , après des débats animés , la victoire resta à l’archevêque.
Les puritains avaient coutume de se réunir dans des conventicules pour faire leurs prières et souvent dans
izsa Dy VjOOgle
HISTOIRE D’AÎSGLETERRE.
les discours prononces à ces réunions , ils n’épargnaient ni la cour ni l’archevêque. Le primat d’un trait de plume ordonna la suppression de ces conventicules. Des plaintes nombreuses avaient été adressées au conseil par des habitants du Sumersetshire, au sujetdes cabaretsqui restaientouverts le dimanche; et Richardson, juge de circuit, étant en tournée dans ce comté, avait ordonné la fermeture de ces établissements et la suppre.ssion des divertissements publics les Jours de dimanche. Laud fut vivement irrité d’une pareille conduite; il s’en plaignit au roi, et lit traduire Richardson devant le conseil. Celui-ci fut obligé de révoquer l’ordonnance qu’il avait rendue, et reçut une forte réprimande. Les Juges de paix du .Somersetshire, que ces rigueurs n’avaient point convaincus, firent aussitôt des représentations énergiques au même sujet.
Mais le roi leur répondit par une déclaration dans laquelle il indiquait, à l’exemple de son père, les amusements auxquels pouvaient se livrer les sujets du royaume, les dimanches et les autres Jours de fête, et défendait expressément aux magistrats des comtés d’interdire ces Jeux.
Ce n’était point encore assez pour l’archevêque; non-seulement il était résolu d'obliger les Anglais du royaume à se conformer aux innovations qu’il avait introduites dans le culte national; il voulait encore excercer sa domination religieuse dans tous les lieux où il y avait des Anglais. En arrivant à la primatie, il avait provoué un ordre du conseil pour enjoinre aux comptoirs anglais établis en Hollande, ainsi qu’aux troupes anglaises qui servaient dans cette contrée, d’adopter la liturgie anglicane.
Puis il avait envoyé de son propre mouvement à la factoreriede Delf un de ses chapelains pour surveiller l’application de son ortnodoxie, et pour prend re les nomsdes récalcitrants.Cette mesure était d'autant plus vexatoire que presque tons les commerçants anglais qui habitaient la Hullandê , et tous les soldats qui servaient au dehors du royau-
me, étaient des puritains qui avaient quitté leur patrie pour ne point faire le sacrifice de leurs convictions; mais cette circonstance n’arrêta point l’archevêque. Il imposa de la même manière la liturgie anglaise aux comptoirs de Hambourg , à ceux de la Turquie, à ceux qui existaient dans les possessions du grand Mogol , aux établissements de la Virginie, de la Barbade, et à toutes les ambassades anglaises.
Laud espérait ainsi propager ses doctrines religieuses dans toutes les villes principales de l’Europe et les lieux les plus importants du globe, et gagner au culte anglican de nombreux prosélytes.
L’attention du primat se porta bientôt sur les étrangers. Beaucoup de ceux-ci , par suite des persécutions religieuses auxquelles ils avaient été exposésdans leur pays, étaient venus se fixeren Angleterre. Laplupartétaient des Français et des Hollandais qui professaient les doctrines religieuses de Calvin. Laud s’étant ailressé à l'église française de Cantorbéry , et aux églises hollandaises de Sandwich et de Maidstone, pour exiger qu’elles adoptassent la liturgie anglaise, ces congrégations refusèrent d'abord de se soumettre aux prétentions du primat, et invoquèrent à l’appui de leur refus les droits de l’hospitalité qui leur avait été offerte lorsqu’ils s’étaient enfuis de leur pays , ainsi que les privilèges qui leur avaient été accordés par Édouard VI , et qui avaient été confirmés par Élisabeth , par Jacques l" et par Charles lui-même.
Laud leur répondit que les lettres patentes qui leur avaient été accordées par Édouard Vf n’étaient point de nature à infirmer ses actes; que leur argumentation était sans valeur; qu’il valait mieux pour l’Angleterre n’avoir aucun étranger que d’en conserver dont les actes portassent atteinte à la sûreté du culte national ; qu’ils cherchaient à former un État dans i’Élat; que le maintien de leur église et de leurs ministres ne pouvait point être mis en compensation avec la paix et le bonheur de l’église d'Angleterre;
que leur ignorance prétendue de la langue anglaise n était point une raison pour qu’ils n'allassent point dans les églises anglaises, attendu qu’ils pouvaient très-bien apprendre l’anlais; finalement, qu'ilavait le pouvoir e les forcer à l’obéissance, et qu’ils eussent à se conformer à ses ordres à leurs risques et périls. Les réfugiés firent une pétition , et Soubise, qui s’était retiré en Angleterre depuis l’échauffourée de Buckingham, la présenta lui-méme au roi. Mais tout ce que Charles accorda, ce fut de permettre aux étrangers qui étaient nés hors du royaume, d’exercer librement leur culte;' mais ceux qui avaient des enfants nés en Angleterre durent les envoyer régulièrement aux églises anglaises.
Le primat ne ménageait plus personne. Williams, évêque de Lincoln , ei-lord chancelier, lui avait ouvert la porte des honneurs ecclésiastiques, et l’archevêque lui avait fait en retour la promesse d’une éternelle amitié.
L’ex-chancclier écrivit uu livre intitulé « La sainte Table, » dans lequel il raillait avec esprit quelques-unes des intiovations de Land. Il fut aussitôt traduit devant la chambre étoilée, ui le condamna à payer une ameude e huit mille livres st. (200,000 fr.) Williams paya l'amende et reçut ensuite son pardon du roi. I.’exchancelier ayant donné satisfaction à la justice, hésitait à accepter ce pardon , parce que dans l'acte de grâce on faisait peser sur lui des accusations dont il se croyait innocent.
Laud lira profil de cette circonstance , et sans restituer l’argent qu’il avait reçu, il intenta un nouveau procès à Williams devant la chambre étoilée. Le discx>urs de l’archevêque est un tissu remarquable d’hypocrisie et de méchanceté. Le primat témoiguait une vive douleur de ce qu’un homme du talent de l’évéque de Lincoln se fdt rendu coupable des faits dont il était accusé; il continuait ainsi : « Quand Je viens à examiner les excellentes qualités que l’accusé a reçues de la nature et qu’il a perfec-
tionnées par l’étude; quand je songe à sa sagesse, à son instruction, à la facilité de sa mémoire , à sa longue expérience, je cherche à m’expliquer comment il ne s’est pas amendé après avoir été déjà convaincu d’une erreur; comment il a pu commettre une faute pire que la première , faute qui par la gravité de sa nature doit porter atteinte à sa haute réputation de sagesse. » La faute grave que Laud reprochait à Williams, c’était de ne .s’être (las soumis en silence à la première sentence prononcée contre lui. « Quand d’injustes accusations pesaient sur sainte Céci le, conti nua le primat; quand tout le monde était contre elle , elle n’a ppela personne pour prou ver son i nnocence ; elle se contenta de prononcer ces paroles de Job : Testis meus est in cœlis , mon témoin e.st dans les cieux. C’est ainsi qu'aurait dü faire l’accusé. » Williams fut condamné à payer une amende de 10,000 livres sterling (250.000 fr.), à rester en prison selon le bon plaisir du roi; il fut en outre révoqué de ses fonctions ecclésiastiques; et quelque temps de là, Laud apnt intercepté des lettres d’Osbaiaeston , recteur de l’école de AVestminster, à l’évêque de Lincoln, dans lesquelles se trouvaient les expressions de monstre , vermine , il déclara que ces épithètes injurieuses ne pouvaient s’appliquer qu’à lui. Osbaldeston fut aussitôt traduit devant la chambre étoilée, qui le condamna à perdre sa place, à être marqué au fer rouge, à être exposé au pilori en face de sa propre ecole, et avoir les oreilles clouées au fatal poteau. Osbaldeston ayant échappé par la fuite à ce châtiment barbare, la colère de Laud retomba aussitôt sur Williams.
Il fut condamné par la chambre étoilée à payer une amende de 8,000 livres sterling (200,000 fr.), et comme il était prisonnier, il ne put se soustraire à cette amende.
Ce qui inquiétait vivement le prélat, c’était la presse : aussi résolut-il de lui imposer un frein. Une ordonnance provoquée par lui, et rendue par la chambre étoilée, défeiub't à
ze-d oogif
toute persone d’imprimer un livre ou un pamphlet quelconque sansTi/»pj'imatur préalable de l’archevêque de Cantorbéry ou de l’évêque de Londres, ou sans celui du chancelier ou du vice-chancelier des universités de Cambridge et d’Oxford . L'ordonnance déclarait les contrevenants passibles de la privation de leur brevet d’imprimeur, et de toute autre peine que la chambre étoilée ou la cour des hauts commissaires jugerait convenable de leur appliquer. Elle portait en outre qu’aucun livre venu de l’étranger ne pourrait être mis en vente sans avoir été examiné par l’archevêque de Cantorbéry ou par l’évêque de Londres, que les officiers de la douane seraient chargés de garder les livres importés de l’étranger jusqu’à ce qu’un chapelain choisi par l’archevêuede Cantorbéry ou l’évêquedeLonres pour assister à l’ouverture des ballots, eût examiné lesdits livres, et eût délivré un permis pour les laisser circuler-, que si, dans ces recherches, il arrivait qu’on trouvât des livres schismatiques ou dpgereux , ces livres seraient immédiatement remis à l’évêquede Londres et renvoyés par lui alla cour des hauts commissaires, qui poursuivraient les délinquants; et finalement, que toute personne qui imprimerait, ou qui aurait des presses sans autorisation , serait exposée au pilori, et fouettée publiquement dans les principaux quartiers do Londres.
Livres nouveaux, livres anciens, furent sacrifiés à la susceptibilité défiante de l’archevêque. Parmi ces livres il y en avait un que les zélés protestants estimaient presqueautant que la Bible. Il avait pour titre « Le livre des martyrs. » Laud trouva mauvaises les doctrines qu’il renfermait et il ne voulut point permettre qu’on le réimprimât. Malheur à ceux qui faisaient des livres pour critiquer les innovations de l’archevêque! Pryn.ne, qui étaiteneore retenu prisonnier dans la Tour, ayant publié, de concert avec deux docteursdu nom deBastwiek et Burton, quelques pamphlets contre
la hiérarchie de l’église, le primat ordonna que des poursuites seraient dirigées contre eux. Les trois docteurs furent traduits devant la ehantbre étoilée, qui les condamna à payer une amen le de 5,000 liv. st. (125,000 fr.) Bastwicket Burton furent exposés au pilori, puis on leur coupa les oreilles. Prynne, qui n’avait plus qu’une partie des siennes, perdit ce qui lui en restait et fut marqué sur les deuxjouesdes lettres L. S. (libelliste séditieux).
L’exécution eut lieu le 20 juin 1637.
Six mois après, John Lilburneet Jolm Warton furent traduits devant la même chambre pour avoir imprimé et publié des livres prétendus séditieux sous le titre de nouvelles d’ipswich. » Les (leux accusés déclinèrent la juridiction de la cour: ce (jui n’empêcha pas celle ci de les condamner à une amende de 500livr. st. (12,500 fr.) La cour ordonna en outre que John Lilburne, pour son insolence, serait fouetté dans les rues deLondres depuis laprisonde la Flotte où il était prisonnier jusqu’à remplacement où aurait lieu son exposition : elle voulait ainsi allonger la distance que le patient aurait à parcourir. Le pilori fut placé entre Westminster-Hall et le lieu où la cour tenait ses séances. Lilburne montra un courage héroïque. Pendant u’on le fouettait, il adressait à la foule es paroles pleines d’apdace pour flétrir la tyrannie des évêques: ou bien illuijetaitdes pamphlets dans lesquels il appelait avec chaleur la vengeance du peuple sur la tête de ses bourreaux. La chambre étoilée, informée de ce guise passait, ordonna qu’on mît les ters aux pieds et aux mains de la victime, et de plus elle la fît bâ.llonner. Cette nouvelle violence ne fit qu’accroître le courage de Lilburne. Il se mit à frapper du pied et à agiterses membres. comme pour dire aux assistants qu'il parlerait encore aussitôt que sa langue serait délivrée des liens qui la tenaient enchaînée.
L’observateur le' moins intelligent aurait reconnu qu’une crise approchait, car de toutes parts on voyait se manifester des signes cer-
PÉRIODE DES STUARTS
tains d’une collision prochaine : des émigrations nombreusess’effectùaient déjà ; des familles entières quittaient le royaume et se réfugiaient les unes en Amérique, les autres en Hollande.
Sur d'autres points on encourageait la résistance ou du moins on y applaudissaitouvertement. Ainsi Burton, l’un des coaccusés de Prynne, ayant été envoyé dans la forteresse de Launceston dans le comté de Cornouailles , plus de 100,000 personnes accoururent sur sa route pour le saluer et lui donner de l’argent. Prynne qu’on avait retiré de la Tour pour le loger dans la forteresse de Caernavon , devint l’ob-
i'et de sympathies non moins vives, ’lusieurs Mrsonnes de distinction, parmi lesquelles était un shérif de comté, allèrent à sa rencontre pour lui offrir à dîner et lui donner de l’argent et des présents. De sourdes rumeurs, présages de la tempête, circulaient en outre dans le public. On disait qu’une négociation mystérieuse était en voie d’exécution entre la cour de Rome et celle d’Angleterre. Gregorio Panzani, envoyé du Vatican, venait en effet d’arriver à Londres, et y avait reçu un accueil flatteur de Charles et dé la reine. Il paraît toutefois que Panzani n’était pas muni de pouvoirs assez étendus pour traiter avec .b cour, car il repartit après un séjour de courte durée sans avoir rien conclu.
Laud avait un digne émule dans "Wentworth. La tyrannie que le primat exerçait dans toutes les affaires qui concernaient la religion , 'VVentworth l’exerçait de son côté dans les affaires qui concernaient l’État.
Wentworth, depuis sa conversion au parti de la cour, montrait un dévouement absolu aux principes du despotisme. Son élévation avait été des plus rapides ; il avait été nommé successivement président du conseil du Nord, conseiller privé, baron et vicomte. Il n’y avait point de fonctions en Angleterre qui offrissent à la tyrannie et à l’arbitraire un champ plus vaste à parcourir que celles dejirésident du conseil du Nord, et Went-
worth qui en était revêtu les remplissait avec toute la rigueur d’un proconsul romain. La juridiction de ce conseil s’étendait sur le comté d’York et sur les quatre comtés du nord; il connaissait descas d’émeutes, de conspiration , etc.; dans l’origine, ce conseil avait eu la faculté de prononcer dans les causes civiles , lorsqu’une des parties était trop pauvre pour supporter les frais d’un procès devant les tribunaux ordinaires; mais depuis le r^ne d’Élisabeth les affaires civiles avaient cessé de lui être déférées, et la légalité de ce tribunal était devenue même très-problématique depuis l’adoption de la fameuse pétition des droits.
Wentworth, secondé par le roi, l’archevêque de Cantorbéry et le conseil privé, résolut de rendre au conseil du Nord son autorité primitive et de l’élargir encore. En conséquence, une ordonnance du roi (1632) donna pouvoir au conseil du Nord d’étendre sa Juridiction depuis l’Humber Jusqu’aux frontières écossaises; de connaître des causes religieuses dans ces limites ; de se modeler pour certaines affaires sur la cour de la chancellerie, et pour d’autres sur la chambre étoilée; de traduire à sa barre toute personne qu’elle voudrait y appeler et d’atteindre cette personne partout où elle pourrait se trouver.
Wentworth, qui avait provoqué l’ordonnance, usa des pouvoirs de sa charge de la manière la plus arbitraire ; il gouverna comme un roi absolu, frappa à grands coups le parti qu’il avait abandonné , et son nom ne fut longtemps prononcé qu’avec terreur dans toutes les provinces du nord.
Ce terrible jiersonnage allait être élevé à des fonctions plus importantes encore. Le roi le nomma lord député d’Irlande (1633). La tyrannie odieuse que Wentworth exerça dans ces fonctions dépasse tout ce que l’on peut imaginer. Cependant rendons hommage à la vérité, en disant qu’à côté de grands maux son^dministration procura de grands biens pour ce malheureux pays. Avant lui l’Irlande était désolée
Digitizf f; by Gi-ogU
par l’oppression d’une foule de petits tyrans; quand Weutwortl» arriva, il n’y eut plus d’autres tyrans que lui seul ; son despotisme hardi et grandioseGt taire le despotisme bâtard et jnasqué de ceux qu'il venait supplanter. Jusqu'alors l’administration des affaires publiques n’avait présenté ■qu’une sorte de chaos ; il y introduisit et y maintint de l’ordre. Depuis longtemps le gouvernement anglais considérait l'Irlande comme une terre nouvellement découverte qui était habitée par des sauvages , et en général , toutes les fois que le souverain avait des services à récompenser, il accordait des terres dans ce pays à ceux qu’il Jugeait dignes de ses faveurs.
Wentworth représenta à Charles que ces concessions de terres appauvrissaient le peuple irlandais, en ce sens que les nouveaux propriétaires le tourmentaient parleurs rapines, ce qui devenait prejudiciable au trésor eu mettant le peuple hors d’état de payer. Charles promit de ne plus faire de concessions sans lui avoir préalablement demandé son avis; mais le roi tenait rarement ses promesses. 'Wentworth comprit, dès son arrivée en Irlande, qu'il y avait nécessité pour lui de convoquer un parlement : il recommanda donc cette mesure à son maître. Mais Charles , qui détestait jusqu’au nom de parlement , l'engagea à prendre toutes ses mesures pour s’assurer l'appui des membres les plus influents du parlement avant la réunion. « Méfiez-vous de cette hydre, écrivait Charles, car TOUS savez qu’elle a été ici pour moi aussi rusée que malicieuse. J’approuve la bonté des motifs que vous mites valoir, et je vous assure que j’ai la plus grande confiance dans votre jugement. Cependant, je vous l’avoue , je crains que le parlement que vous allez convoquer ne me demande plus que je croirai convenable d’accorder.»
Wentworth avait confiance en lui ; cajoleries, promesses, menaces, rien ne fut épargné pour obtenir une soumission complète; il dit aux erincipaux membres qu’il dépendait absolument d’eux d’avoir le parlement le plus heu-
reux dont edt jamais joui l'Irlande.
Que fallait-il pour cela? mettre seulement une confiance entière dans le roi, ne re.streiiidre en aucune manière sa volonté royale. Il les engagea encore à ne point marcher sur les traces delà chambre des communes d’Angleterre; car, s’ils suivaient ce mauvais exemple, leur dit-il, ils encourraient infaiiliblementla disgrâce de leur souverain, ■VVentwurth ayant ainsi obtenu la promesse qu’aucun bill ne serait présenté au parlement qu’autaut qu’il lui serait agréable, convoqua l’assemblée. Le parlement irlandais mout.ra dans cette se.ssioii une soumission entière à ses volontés ; des subsides considérables furent votés au roi.
Mais dans la seconile session , quelques membres élevèrent la voix pour exposer les griefs du pays et en demander le redressement. Wentworth, indigné de cette audace, menaça de sa colère les membres opposants et les accabla d’insultes; et tu violence de sa parole fit taire encore pour cette fois toutes les velléités d’indépendance qui avaient pu se manifester.
Le lord député pensait avec raison que de pareils services méritaient bien une récompense ; il aurait voulu changer son titre de vicomte pour celui de duc ; il s’adressa à son tre. Mais Cliarles, qui attendait de plus grands services encore de Wentworth, se contenta de lui promettre les honneurs qu’il demandait pour un temps plus éloigné. On aurait pu supposer que cet échec ralentirait l’ardeur du lord député; mais il n’en fut pas ainsi. 11 était si transporté de ses succès passés, il avait une telle confiance dans l’avenir, qu’il aurait voulu encore prolonger l’existence du parle- ^ment au delà d’une seconde session.
* Cette fois il ne put réussir à convaincre le roi ; et Charles ne voulut point consentirà cette mesure. Il lui écrivit : <i Le parlement est de la nature des chats ; comme ces animaux, il devient plus méchant en devenant vieux; si donc vous voulez en tirer quelque chose de bon, débarrassez-vous-en avec douceur avant qu’il soit trop âgé; car
oogle
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les jeunes sont toujours plus faciles priétaires du Galoway, saisis d’efà conduire que les vieux. » iroi , envoyèrent aussitôt une dépu-
Nous avons dit que Charles, sur les tatioii au roi pour se plaindre de la tyrepréseutatiuiis de Wentworth, avait raimie du lord député. Mais la pluconseiiti à ne plus faire decoueessions parlde ces mesures violentes ainsi que de terres en Irlande. Tout à coup on leur mode d’exécution avaientétésugle vitélever des prétentions sur toute la gérés par Charles lui même à VVentprovince du Connaught. Charles s’ap- wurth ; il reçut la députation irlandaise puyait sur ce que cette grande pro- à Royston et répondit à ses plaintes vince était tombée dans le domaine par des reproches en disant, aux meinde la couronne, par droit de conlisca- ores qu'ils étaient des sujets indignes; tion au temps d’Édouard IV. Ces pré- puis il les lit arrêter et les renvoya en tentions étaient injustes, car depuis Irlande comme prisonniers d’État. cette epoque les successeurs de ce Wentworth proposa aussitôt au prince avaient à différentes reprises roi de coloniser la province du Contait des concessions de terres dans cet- naught sur une grande échelle et de te province, et lestitres qu’ils avaient ac- n’accorderdes terresqu’à des Anglais cordés avaient toujours étéconsidérés reconnus par leur orthodoxie et leurcomme valables dans toutes les cours adhésion a l’ordre de cho-es actuel, de justice. Cependant Wentworth en- En conséquence, un système régulier joignit aux habitantsdu Connaught de de spoliations commença. Les proproduire leurs titres, afin de rendre priétaires furent expuls'és de leurs au roi ceux qui seraient reconnus dé- biens , et de nouveaux propriétaires fectueux. Dans ce dessein , il convo- furent mis à leur place. Wentworth qua un jury à Roscommon , et avertit fit lui-même des plantations iinporà l’avance les personnes qui le coin- tantes dans les comtés d’Ormond et
§ osaient que l’intention du roi était de Cia re. Ses projets étaient très-goile réintégrer légalement dans leurs tés à la cour. Laud leur donnait sou biens ceux dont lestitres ne seraient approbation et les appuyait fortepas valides. Le jury rendit un ver- ment. Wentworth fit ensuite main dict favorable au roi. Wenworth basse sur les terres de la province obtint le même succès dans les corn- d’Ulster, Deux millions d'acres devintés de Sligo et de Mayo; mais dans le rent ainsi la proie de la couronne, qui comté de Galoway , qui était presque divisa cette immense étendue de terentièrement occupé par des catholi- rain en lots de 1,000 à 2,000 acres; ques, il essuya un échec; le jury de les lots les plus considérables furent ce comté repoussa les prétentions du donnés à des Anglais et à des Écosroi. Wentworth, qui ne menaçait point sais qui avaient des capitaux, ainsi en vain, lit condamner leshérifà 1,000 qn’à des officiers civils et à des mililivres sterling d'amende (25,000 fr.) taires; les plus petits furent donnés pour avoir réuni un jury aussi mal aux Irlandais de la province, disposé envers la couronne; il tradui- Ce n'était point seulement par sit ensuite tous les membres du jury de pareilles mesures que Wentworth devant la chambre du château, qui se rendait odieux aux Irlandais. Lord était la chambre étoilée du lord dé- Mountnorris, vice- trésorier d'Irputé, et chacun d'eux fut condamné lande, avait ioui pendant quelque a une amende de 4,000 livres ster- temps de ses nonnes grâces; mais il ling (100,000 fr.). Wentworth se dis- les perdit tout à coup. Wentworth posa aussitôt à s'emparer du fort de accusait Mountnorris de malversa- Galoway. Dans ce dessein il dirigea un tions. Cette accusation cependant corps de troupes sur le comté et vou- n’eut pas de suite. A quelques jours lut prendre possession des biens de de là, lord Mountnorris ayant protous ceux qui s’étaient montrés hos- nonce des paroles sévères contre tiles aux volontés du roi. Les pro- Wentworth, ces paroles furent rap-
oogle
portées au lord député; celui-ci donna aussitôt l’ordre d'arréler Mountnorris, et le traduisit pour ce fait devant une cour martiale ^u’il présidait luiinéme en sa qualité de commandant en chef. Mountnorris fut condamné à payer une amende considérable et à être ensuite fusillé; la dernière partie de la sentence ne fut point exécutée.
Charles fit grAce de la peine de mort ; niais Alountnorris fut Jeté en prison; on le sépara de sa femme et de ses enfants ; on le dépouilla de tous ses emplois; et sa place de vice-trésorier lut ensuite donnée à sir Adam Loftus, ami du lord député.
T, a vénalité et la corruption étaient pratiquées par tout le monde dans ces temps malheureux. Loftus, qui avait pour ami lord Cottington, membre du conseil, avait donné pouvoir à celui-ci de traiter en son nom pour obtenir d’étre promu aux fonctions de vice-trésorier. Cottington s’acquitta fidèlement de la charge que lui avait confiée son ami. Aquelquesjoursdelà il luiécrivitlalettresuivante: « Je suis tombé dans la bonne veine, car je me suis adressé à la personne qui seule était réellement capable de laire disparaître les difficultés; c’estauroi luimême que vous aurez à payer la somme. Votre seigneurie recevra une lettre de Sa Majesté qui lui apprendra sa nomination aux fonctions qu’elle sollicite ; de cette manière cette affaire se fera sans bruit. Il ne vous reste plus maintenant ^’à faire les fonds promptement et a les envoyer au roi. »
Le lord député quitta l’Irlande pour rendre une visite à la cour; et Charles le reçut à bras ouvert. Déjà pourtant le comte d’Holland et le parti de la reine travaillaient à le renverser. Le lord député visita ensuite sa présidence du nord et revint à Dublin où il reprit le cours de ses actes tyranniques.
Quoique l'Age commençAt à blanchir ses cheveux, Wentworth avait encore des passions ardentes pour le beau sexe. Il séduisit la fille de Loftus qui avait épousé sir .lohn Gifford.
Le mari outragé et le père deman-
dèrent une réparation, et voulurent traduire le coupable devant les tribunaux ordinaires. Ces prétentions étaient justes; mais Wentworth, qui savait qu’un grand nombre des juges de ces tribunaux étaient ses ennemis personnels, insista pour que l’affaire fût portée devant la chambre du chAteau où son autorité était souveraine. De son côté, Loftus déclina cette juridiction et maintint ue l’affaire était de la compétence es tribunaux ordinaires. Alors Wentworth s’adressa au roi, auquel il représenta que l’opposition de Loftus pouvait être préjudiciable à ses prérogatives royales. Charles accueillit favorablement les représentations du lord député; il lui envoya l’ordre de retirer les sceaux au chancelier, de l'expulser du conseil et de le jeter en prison. Le lord chancelier d’Irlande, qui était un vieux serviteur du roi , fit en vain appel à la justice de Charles ; il ne put recouvrer sa liberté qu’en se soumettant aux volontés de rhomme qui avait déshonoré sa fille.
Tandis que ces choses se passaient en Irlande, les affaires de l’Angleterre se compliquaient au dehors. Gustave- Adolphe, en entrant en Allemagne, avait promis au faible Frédéric de le réintégrer dans le Palatinat, à la condition qu’il se reconnaîtrait dépendant et tributaire de la couronne de 5^ède. Frédéric avait accepté ces conditions. Mais Gustave -Adolphe avait été tué sur le champ de bataille de Lutzen (6 novembre 1632). Le prince palatin vit bien alors que sa cause était perdue, et la douleur qu’il en éprouva le conduisit au tombeau lui-mémeonze jours après la mort de son défenseur. Il avait trente-six ans.
Élisabeth, sa femme , s’adressa aussitôt aux états de Hollande, qui continuèrent de lui payerla pension qu’ils avaient accordée à Frédéric. De son côté, Charles lui envoya le comte d’Arundel pour lui promettre son intervention auprès de l’empereur.
Élisabeth, indignée de ce qu’elle appelait la mesquinerie de son frere , prédit à Arundel que la mission au-
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près de l’empereur n’aurait aucun succès, prédiction qui se réalisa. Alors le cabinet anglais lui proposa de trouver des principautés à ses enfants , l’une sur la côte d'Afrique pour le prince Charles-Louis, l’autre dans les mers des Caraïbes pour son frère le prince Rupert. Élisabeth repoussa avec dédain ce projet, en ajoutant qu’elle ne voulait point que ses lils jouassent le rôle de chevaliers errants.
A cette époque les Hollandais , de concert avec les Français, venaient d'envahir la Flandre par terre et assiégeaient Dunkerque par mer. Depuis le massacre d'Amboine, les Hollandais avaient toujours été odieux aux Anglais; de plus, ceux-ci ne leur pardonnaient point de pécher dans leurs eaux et de monopoliser la pèche du hareng. L’irritation s’accrut encore lorsque les Hollandais, qui avaient constamment payé une certaine somme à l’Angleterre pour le droit de pêcher sur les côtes d’Écosse, voulurent s’affranchir de ce paiement et étendre leurs incursions sur des détroits et des mers auxquels les Anglais croyaient avoir des droits exclusifs. A l’appui des prétentions des Hoilandais, le célèbre publiciste Grotius écrivit un ouvrage intitulé « Mare liberum »
(1634). Grotius déclarait mal fondés les droits que les Anglais prétendaient avoir sur de certaines mers. Selden répondit à Grotius, et publia (1635) un traité intitulé <■ mare clausum »
dans lequel il réfutait les arguments avancés par son adversaire. Mais les écrits de ces deux grands publicistes ne tranchèrent point la question.
En 1636, Charles réunit une Hotte de 60 voiles et en donna le commandement à lord Northumberland; le comte fit voile aussitôt pour la côte d’Écosse , où il prit et coula à fond plusieurs galiotes hollandaises. Ceci produisit une salutaire impression sur les états de Hollanoe ; car ils s’empressèrent de reconnaître les droits qu’il avaient contestés à l’Angleterre, et convinrent de payer à Charles 30,000 livres sterling
(750,000 fr.) par an pour Jouit* du droit de pèche sur les côtes d’An gleterre. Dans le cours de la même année une petite escadre fit voile pour la côte de Barbarie, où, de concert avec une flotte de l’empereur de Maroc , elle détruisit la ville de Sallé , foyer de piraterie, dont les habitants causaient depuis quelque temps de grands préjudices au commerce anglais et étendaient leurs ravages Jusque sur la côte d'Angleterre.
Mais ces faibles succès n’étaient point dénaturé à compenser les revers que l’Angleterre allait essuyer. Au mois de février 1637, l’empereur Ferdinand II mourut, laissant la couronne à Ferdinand 111 que l’on supposait mieux disposé envers les fils du prince palatin. Charles envoya aussitôt le comte d’Arundel en Allemagne pour demander au nouvel empereur de restituer le Palatinat au neveu du roi. Celte demande, contrariée par le duc de Bavière qui avait pris possession d’une partie du Palatinat et qui ne voulait pas le rendre, n’eut aucun succès; l’ambassadeur revint sans avoir rien obtenu. Les deux fils de Frédéric étaientalors en Angleterre.
Charles, obsédé de leurs importunités, leur donna 10,000 livres sterling (250,000 fr.), en leur permettant de faire la guerre comme ils l’entendraient pour recouvrer leur héritage.
Les deux Jeunes princes partirent pour la Hollande, où ils levèrent une force insignifiante et se Jetèrent en Westphalie. 2,000 vétérans suédois s’étant Joints à eux, ils obtinrent quelques avantages. Mais bientôt ils éprouvèrent de cruels revers : leur retraite fut coupée parle général Hatzfeldt. Charles-Louis, qui était l’aîné des deux frèrÉs , abandonna le champ de bataille comme un lâche ; mais le jeune Rupert donna dans cette circonstance une preuve de ce courage téméraire qui devait plus tard être si fatal aux soldats du parlement anglais; il combattit jusqu’à ce que la victoire et lafuite fussent impossibles, et ne se rendit qu’à la derniere extrémité. Charles-Louis fut arrêté quel-
ue temps après, lorsqu’il essayait e traverser la France à la faveur d'uii (léguisemeut, et le cardinal de Richelieu, sans égard pour son rang, le lit jeter dans la forteresse de Viiicennes.
Cette défaite était cruelle à la nation parce qu’elle y rattachait la cause du protestantisme. Charles lui-même en paraissait humilié; aussi semblait- il maintenant décidé à faire la guerre à la maison d’ A u triche. MaisWen tworth, auquel il s’ouvrit à cet égard, ne partageait point son avis. L’état des choses paraissait trop menaçant au lord député pour que l’Angleterre se jetât dans une guerre avec l’étranger.
Cl Une guerre, disait-il àLaud auquel il écrivit à ce sujet, va nécessairement susciter mille embarras au roi, et s’il n’en triomphe point, toute la colère de la nation retombera sur ses ministres. » Wentworth avait déjà le pressentiment du sortqui lui était réservé; il représenta au roi que l’argent était diflicile à obtenir, qu’on ne pourrait en avoir qu’en convoquant un parlement, mesure dangereuse, disait-il; taudis qu’en conservant l’état de paix on peut consolider ce commencement de despotisme absolu qui a coûté tant de peine à établir, et dont on peutespérer les plus grands biens.»
Ces arguments parurent sans réplique à Charles.
Cependant les besoins de la couronne devenaient chaque jour plug urgents, et l’idée de recourir à un parlement indignait Charles. En feuilletant les annales du royaume, les légistes de la cour découvrirent que dans certaines occasions les villes maritimes avaient été obligées de fournir des navires pour le service de la couronne. On résolut de faire revivre cet ancien usage. Or, sous préte.vteque des pirates pillaient les navires anglais et qu’il fallait pourvoir à la defense du commerce maritime, une ordonnance fut rendue par les lords du conseil pour obliger le commerce à fournir à l’État des navires marchands. Cet impôt reçut le nom de ships motiey. L’ordonnance, qui devait avoir son exécution
au printemps , fut publiée le 30 octobre 1C34.
Le 1" mars de l’année suivante, les citoyens de Londres reçurent l’ordre de fournir un navire de guerre de 900 tonneaux avec un équipage de 3.50 hommes au moins; un autre navire de guerre de 800 tonneaux avec un équipage de 250 hommes; quatre autres naviresdeguerre deSOOtonneaux dont chacun porterait 200 hommes; et enfin un navire de guerre de 300 tonneaux avec 150 hommes. Les citoyens de Londres devaient en outre approvisionner CCS navires de toutes les choses nécessaires à leur armement, « leur fournir de la poudre, des canons, des armes, et payer les gages des hommes employés à bord pendant vingt-six semaines.
Les citoyens de Londres ayant fait de vives représentations, le conseil privé leurenjoignitdese soumettre, et au commencement de l’année suivante il lança d’autres ordonnances pour assujettir les comtés méditerranéens à ces mesures arbitraires. Cependant, au lieu de navires , il demanda simplement l’argent à ces comtés; 3,300 livres sterling (82,500 fr. ) pour chaque navire. La somme devait être payée à Londres, au trésorier de la marine, qui devait en donner une décharge. Les shérifs des comtés reçurent l’ordre de faire rentrer les sommes sans délai et d’obliger au paiement par la rigueur tous ceux qui s’y refuseraient; Le roi tenta pendant quel-
?|ue temps de faire peser l’impôt sur e clergé; mais, après réflexion, il déclara que l’impôt serait également perçu sur les ecclésiastiques.
La violente indignation que ces mesures excitèrent dans tout le royaume aurait dû avertir le gouvérnemènt, et lui montrer le danger qu’il y avait à persister dans le système fatal qu’il venait d’adopter. Les lords lieutenants de plusieurs comtés écrivirent à cet égard au conseil; ils lui disaient que la mesure était impopulaire et l’engagèrent à la retirer. On ne les écouta point; ils furent conduits à Londres et reçurent une sévère réprimande.
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Alorsun système régulier de résistance commença à s'organiser. Dans le Sus* sex les habitants se refusèrent à payer le nouvel impiit. Ils cédèrent toutefois quand ils virent les shérifs saisir leurs marchandises en vertu des pouvoirs ui leur avaient été donnes. Mais ans quelques endroits des actions judiciaires nirent intentées contre ceux qui levaient forcément le shipsinoney.
Richard Chambers, ce courageux marchand de Londres qui avait déjà souffert pour la bonne cause, traduisit devant la cour du banc du roi le lord maire, parce qu’il l'avnit emprisoimé pour refus de paiement. Le lord maire invoqua l’ordonnance du roi pour se justifier, et Berkeley, l’un des juges de la cour, refusa d'entendre Chambers.
Les motifs de ce refus méritent bien d’être rapportés. Berkeley déclarait qu’il y avait deux règles établies, l’une par la loi et l’autre par le gouvernement; que ces deux règles étaient indépendantes; que ce qui était bien en vertu de l’une pouvait être mal en vertu de l'autre; qu’en conséquence il ne voulaitpoint permettre quel’avocat de Chambers discutât la légalité du nouvel impôt en sa présence. Quelque temps après , le même juge déclara devant le grand jury d’York que le ships money était une Heur inséparable de la couronne d’Angleterre.
Un personnage plus important que Chambers allait également donner l’exemple de la résistance. Nous avons déjà nommé le courageux .lohn llumpden. La famille de ce gentilhomme remontait au temps des Saxons ; il était né en 1594, avait perdu dans son enfance son père qui lui avait laissé d’immenses propriétés dans le comté de Buckingham; il avait étudié à Oxford et y avait fait des études excellentes. Sa personne était bien faite; ses manières aimables et pleines d’entraînement lui avaient fait de nombreux amis. De l’avis même de ses ennemis les plus acharnés, Hampden était un gentilhomme accompli ; personne n’avait un courage mo-
ral plus grand; ni plus d’affabilité dans le caractère.
Dans plusieurs circonstances Hampdrn avait déjà donne des preuves de son patriotisme. Nommé membre de la chambre des communes en 1621, il s’était montré l'un des plus ardents réformateurs du parlement. Il avait un jugement sain , de lu profondeur dans les vues, de l’éloquence et une grande modestie. Il pariait rarement et se bornait à remplir les plus humbles mais en même temps les plus utiles fonctions de la vie parlementaire, en travaillant avec zèle dans le sein des commissions.
Lorsqu’on 1625 Charles avait voulu lever son emprunt forcé , Hampden avait refusé résoldment d’y contribuer, et le conseil privé l’avait jeté en |trison. Dans le cours de la session de 1626, etde celle de 1628, Hampden, laissant le rôle modeste qu’il avait rempli avec tant de dignité jusqu’alors,était devenu l’un des orateurs les plus distingués du parlement, et l’un des plus courageux défenseurs des droits de la nation. Il était alors dans la vigueur de l'âge, et le pays le regardait déjà comme un champion que la tyrannie ne pouvait corrompre et que rien ne pouvait intimider.
Le ships money ne pouvait être accepté par Hampden; il refusa de payer l’impôt. Il avait consulté à cette occasion Holborne, Saint-Jean, Whitelock etquelques autres amis; etsurleuravis il dénonça aux tribunaux le ships money. Son exemple fut suivi par trente autfes personnes de la paroisse même qu’il habitait; tous se refusèrent à payer. Mais le roi ordonna que llampden, comme le plus grand coupable, serait seul poursuivi devant la cour de l’Échiquier.
Cette cause, qui commença le 6 novembre, était (fiversement envisagée par les partis qui divisaient la nation. Les courtisans s’étonnaient qu’on fit tant de bruit pour une somme aussi minime que celle à laquelle Hampden avait été taxé. La somme était en effet peu importante; car elle s’élevait simplement a vingt shillings. Mais les
mSTOIRE D’ANGLETERRE,
hommes qui aimaientsincèrementleur pays regardaient la question comme |a plus importante qui pût être décidée entre le souverain et le peuple; de l’issue du procès dépendait j suivant eux, l’annihilation ou le triomphe des libertés du pays. Les avocats de la couronne invoquèrent d’anciens précédents qu’ils allèrent chercher dans les temps saxons , et dirent que l’impôt réclamé au riche Hampden était si faible qu’ils ne pouvaient comprendre qu’il pût le refuser. Les avocats d’Hampden maintinrent que la loi et la constitution anglaise avaient suflisammeiit pourvu à la défense du royaume sans que l’on eût besoin de recourir à de pareilles innovations, et ils opposèrent aux allégations de leurs adversaires l’illégalité de la mesure.
Les débats de ce procès se poursuivaient au milieu de l’anxiété générale, lorsque l’un des juges de la cour nommé Croke, et, bientôt après lui, un autre Juge nommé Hutton se prononcèrent contre le sliips money. Croke avait devant les yeux la prison pour lui-même et la misère pour sa famille s’il résistait aux volontés du roi ; mais il fut inébranlable; sa femme l'engagea à persévérer dans le parti courageux qu’il avait embrassé. Cependant la majorité des juges se déclara pour le roi , et aussitôt là cour prononça son jugement contre Hampden.
Le parti du roi aurait voulu , dans cette circonstance, infliger un châtiment exemplaire à Hampden. Wentworth , écrivant à l’archevêque de Cantorbéry à cette occasion, lui disait qu’il désirait que Hampden et toutes les personnes qui lui ressemblaient fussent fouettées jusqu’au sang, de manière que la corde s’usât sur leur dos. Mais Charles comprit que la sévérité serait imprudente; il n’osa point se porter à des violences vis-à-vis d’un homme que la nation regardait maintenant comme son sauveur. D’un autre côté, la cour ne tira aucun profltde la décision des juges, car, à partir de cette époque, la plupart des citoyens se ürent gloire de ne point payer
l’impôt. Bientôt il devint impossible aux shérifs de le percevoir.
g 9. Troubles en Ecosse.— Adoption du covennnt. — liilelligences sécrétés entre les presbytériens écossais ou les covenantaires et les mécontents de l’Angleterre. — Les covenaniaires enlreut en Angleterre et leurs succès obligent Charles a faire des concessions . — Convocation du parlement. — Uissolutlon du parlement. — Déclaration du roi. '
La tempête grossissait également en Écosse. Au commencement de l’année 1637, Charles envoya dans cette contrée le nouveau livre des prières, et donna l’ordre que toutes les églises d’Écosse se conformassent aux formes et aux doctrines qui y étaient établies. Les Écossais maintinrent que le roi n’avait pas le droit de leur imposer une liturgie sans le consentement du parlement écossais, et, le 23 juillet, le doyen d’Édimbourg ayant voulu lire le nouveau livre de prières dans l’église de Saint-Giles, le peupleselivra àun grand tumulte dans ce lieu. L’évêque d’Édimbourg , qui devait prêcher ce jour-là , voulut monter en chaire pour imposer silence aux perturbateurs, mais un banc lui fut lancé à la tête par une femme , et ces cris n A bas le prêtre de fiaal ! A bas le pape! A bas l’antechrist! » l’obligèrent a quitter la chaire. Il s’enfuit Je l’église , mais il fut arrêté en route par la multitude, qui le jeta à terre et le foula aux pieds. Quelques amis s’élancèrent alors pour lui taire un rempart de leur corps, et parvinrent à le soustraire à la lureur du peuple.
Des désordres de la même nature ayant éclaté dans plusieurs autres églises, les magistrats de la ville jugèrent prudent de suspendre la lecture du nouveau service. Mais cette mesure déplut à I.aud ; il écrivit sur-le-champ au comte de Traquair, qui était lord trésorier d’Écosse , lui enjoignant de réprimander les magistrats , et défaire lire sans retard dans les églises le nouveau service. Le conseil d’Ecosse obéit et lança un décret de bannissement contre tous les ministres qui se
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refuseraient d’adopter le nouveau livre des prières. De son côté Charles, our punir les habitants d’Édimourg, donna l’ordre que le conseil du gouvernement fût transporté à Linlithgow, de là à Stirling, et ensuite à Dundee. Charles fit accompagner cet ordre d’une proclamation par lauelle il enjoignait aux presbytériens e se disperser immédiatement , sous eine d’étre traités comme des réelles.
Ces violences, au lieu de calmer le peuple, ne firent qu’accroître son irritation. Le lendemain du Jour où les ordonnancesde Charles furent connues à Édimbourg, une émeu te terrible éclata dans cette ville , et presque dans le même temps, Glascow fut témoin d’un pareil soulèvement. Cependant Charles voulait continuer le système de violence qu’il avait adopté; il persistait à ne rien céder. Alors les presbytériens, qui gagnaient chalie jour du terrain, demandèrent ’une voix impérative qu’on retirât sur-le-champ la liturgie qu’on leur avait imposée et qu'on abolît la cour des hauts commissaires qui chaque jour devenait de plus en plus odieuse au pays. Leur hardiesse était extrême; ils accusaient les évêques d’être les auteurs des troubles et des haines qui désolaient le pays, déclaraient ne vouloir plus reconnaître leur autorité en matière civile ou religieuse, et protestaient en même temps contre tout acte du conseil écossais auquel les évêques auraient pris part. Les ramifications des presbytériens s’étendaient dans toutes les parties de l’Écosse; partout ils avaient des comités qui faisaient du prosélytisme sous les yeux même du gouvernement.
Le cumte de Traqnair voulut disperser ces réunions; il fit lire sur la place publique de Stirling, où le conseil tenait alors ses séances, une proclamation royale qui ordonnait la suppression immédiate des conventicules sous peine de trahison, et défendait aux presbytériens, sous les mêmes peines , de paraître à Stirling ou dans tout autre endroit où le conseil tiendrait ses
séances, sans en avoir obtenu la permission du gouvernement. Mais le héraut avait à peine terminé la lecture de cette
firoclamation que lord Hume et ord Lindsay publiaient de leur côté, avec la même solennité, une contreproclamation qui fut affichée sur la place publique de Stirling et dont ils envoyèrent immédiatement des copies à Édimbourg et à Linlithgow. Cette démonstration décida un grand nombre de seigneurs et même plusieurs membres du gouvernement de Charles à se joindre ouvertement aux presbytériens.
Ce futalorsque les presbytériens, se mettant à l’œuvre, établirent les bases de ce fameux pacte par lequel ilss’engageaient à maintenir la forme de leur culte. Ce pacte rt^ut le nom de Covenant. Ceux qui l’acceptèrent furent nommés Cocenantaires. A ussitôt les comtés envoyèrent des proclamations dans toutes les parties de l’Écosse pour inviter les Écossais à venir à Édimbourg afin d’y prêter serment au pacte.
Cet appel fut entendu. Le r'mars, jour fixe pour la réunion, une foule nombreuse accourut de tous les points du royaume. Ces fiers jiresbytériens voyageaient pre.sque tous avec une large épée an côté. Ils sortirent en procession de l’église de Saint-Giles qui, d’après eux, avait été profanée par révéque d’Édimbourg. On présenta alors aux assistants le covenant; la lecture de cette pièce produisit une sensation profondesur les esprits. Elle renfermait une abjuration solennelle de l’autorité du pape ; déclarait tyranniques la plupart des lois du catholicisme ainsi que la doctrine concernant le péché originel ; se prononçait contre cinq sacrements et les cérémonies qui les ‘accompagnaient; repoussait les doctrines relativement aux enfants qui meurent avant d’avoir reçu le baptême; niait la nécessité absolue du baptême, l’eflQcacité de la messe et des prières pour les péchés des morts ; l’utilité de la canonisation ; protestait contre le culte des images , des reliques et des croix contre la dédicace des
églises Pi des autels, contre le purgatoire et les prières en latin; contre les processions, les litanies, la confession auriculaire, les indulgences, les pèlerinages, l’eau bénite, le baptême des cloches, la conjuration des esprits, le signe de la croix , etc.
« Nous, nobles, barons, gentilshommes, ministres et autres de la communauté, continuait lecovenant, considérant le danger réel qu’éprouvent la véritable religion réformée ainsi que l’honneurdu roi et la paix publique de ce royaume, par suite des innovations manifestes introduites dans l’église et des maux que nous avons signalés dans nos récentes suppliques et protestations , déclarons à la race de Dieu , de ses anges et du monde, que nous sommes décidés à consacrer tons les jours de notre vie pour défendre la véritable religion contre toutes les innovations dont nous avons parlé et contre toutes celles qu’on voudrait y introduire plus tard; à lui rendre par tous les moyens qui sont en notre pouvoir la pureté et la liberté dont elle a joui avant lesdites innovations. » Après lecture, la congrégation tout entière, les mains levées vers le ciel,
firêta serment et jura d’observer fidèement le covenaiit.
Aussitôt que la cérémonie de la prestation du serment fut terminée , on vit accourir à Edimbourg des personnes de tous les rangs et de toutes les conditions qui s’empressèrent de souscrire au pacte national. Des copies en furent envoyées dans les différents comtés de l’ouest et du nord , et bientôt ces copies se couvrirent de signatures. Le comte Traquair com-
Îirit le danger; il écrivit au roi pour ui dire que le seul moyen d’empêcher la tempête d'éclater, était de donner l’assuranceaux presbytériens qu’aucune innovation ne serait introduite dans leur culte. Mais Charles et Land méprisèrent cet avis. Cependant la grande assemblée des covenantaires s’ôtait séparée tranquillement; mais elle avait laissé derrière elle des commissaires chargés d’établir des intelligences dans toute la contrée et de lever les som-
mes nécessaires au succès de la cause qu’elle voulait faire triompher.
L’Écosse était à cette époque partagée en deux partis; l’un était celui des covenantaires , l’autre était celui des non-covenantaire$;lepremiercomptait de nombreux adhérents dans le Lanark et dans la partie occidentale du royaume; les non -covenantaires étaient moins nombreux; ils se composaient des catholiques éco.ssais, dont le nombre ne dépassait pas alors six cents; de la plupart des fonctionnaires publics et de tous ceux qui ne voulaient pas rompre avec le gouvernement anglais, bien qu'appartenant à la religion réformée.
Charles donna l'ordre au marquis d’IIamilton de réduire les rebelles :
« Vous accorderez aux Écossais six semaines pour renoncer au covenant,' disait-il au marquis, moins si cela est possible ; puis vous leur déclarerez que s’il n’y a point en Écosse de troupes sutusantes pour les forcer à l’obéissance, j’en enverrai d’ Angleterre et que je me mettrai moi-même à la tête de mes soldats; car je suis décidé à risquer ma vie plutôt que de souffrir que mon autorité se trouve ainsi méprisée. Si vous ne pouvez pas par ces moyens faire rentrer les rebelles dans le devoir, nous vous autorisons à prendre à leur égard toutes les mesures qu’il vous conviendra d’adopter, vous promettant d’approuver tous vos actes et de les regarder comme des services importants rendus à notre personne. »
tiamilton arriva le 3 juin à Berwich ; il s'attendait à y rencontrer un grand nombre de seigneurs écossais, mais il n’y trouva que le comte de Roxburgh, qui lui dit qu’il y avait peu d’espérances de succès à attendre, parce que le peuple écossais n’était point disposé a abandonner le covenant. Roxburgh engagea Ilamilton à convoquer sur-le-champ un parlement, pour que les presbytériens ne le convoquassent pas eux-mêmes. Ilamilton partit pour Édimbourg. Le danger dont parlait Roxbugh n’était que trop réel. A quelques railles de
" i ZOû by Cioogle
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cette ville, le marquis vit venir à sa rencontre un corps considérable de covenantaires, et sur une petite hauteur rapprochée de la ville il aperçut un autre corps de cinq cents inif nistres presbytériens. Lorsqu’il futinstallé à llolyrood, Hamilton engagea les covenantairesà rompre leur ligue, et leur demanda quelle satisfaction on pourrait leur donner pour qu’ils consentissent à se disperser. Les presbytériens demandèrent une assemblée générale et un parlement; et surle-champ ils entourèrent le château d’ Ed i rnbourg de gardes pour e.m pécher que cette forteresse ne tombât au pouvoir des troupes du roi. A quelques jours de là, ils adressèrent une lettre au marijuis pour lui déclarer que le peuple écossais renoncerait plutôt au baptême qu'au covenant « qui, disaient-ils, nous a déjà assuré la faveur du ciel. »
Hamilton comprit que les moyens de répression dont lui avait parlé Charles, à son départde la cour, étaient insufUsants; il écrivit au roi, et 1 invita àlui envoyer immediatementune flotte avec une" armée; à jeter une garnison dans Berwick et dans Carlisie, et à venir lui-même en personne. Charles lui répondit qu’avant six semaines sa flotte aborderait en Écosse; et il engagea Hamilton à gagner du temps.
Mais les presbytériens, qui se doutaient de ce qui si- tramait contre eux , présentèrent aussitôt une pétition nu marquis dans laquelle ils demandaient le redressement de leurs griefs, lui déclarant qu’ils ne voulaient pas arimeltre de plus longs délais.
Hamilton leur promit de convoquer une assemblée generale et un parlement. PuLs, voyant que ces lenteurs n’étaient pas du "goût des presbytériens , il leur dit qu’il allait partir pour Londres dans le but d’expliquer leurs désirs au roi, et qu’il reviendrait à Édimbourg dans trois semaines ou un mois.
Hamilton voulut gagner du temps et s’assurer par lui-même où en étaient les préparatifs guerriers du roi. A sou arrivée à la cour il donna à
Charles des détails complets sur la force des covenantaires, et lui proposa, comme un terme moyen , de renouveler la profession de foi qui avait été ratifiée par le parlement écossais en 1567. Charles renvoya le marquis avec de nouvelles instructions; il devait essayer par tous les moyens possibles d’obtenir la signature du conseil écossais à ladite profession de foi ; mais il ne devait mettre cette mesure aux voix qu’autant qu’il serait sûr du succès. Liberté lui était accordée de convoquer une assemblée générale; mais il devait faire en sorte que les évêques eussent voix délibérative dans cette assemblée.
Cependant les covenantaires se préparaient à faire une vigoureuse résistance. A son retour à Edimbourg, Hamilton trouva que l’état des choses avait empiré. En effet, quelques Jours avant son arrivée , les presbytériens venaient de déclarer qu’aucune personne ne pourrait être élevée aux fonctions de magistrat ou occuper des fonctions municipales quelconques, si préalablement elle ne souscrivait au covenant. Ils avaient décidé eu outre à l’unanimité que les évêques ne pourraient voter dans l’assemblée générale; que l’épiscopat serait aboli, et que tous les Écossais seraient tenus de signer le pacte, sous peine d’être maudits par l’église d’Ecosse.
Les covenantaires se présentèrent au marquis et lui demandèrent uelle était la nature des dispositions U roi à leur égard. Hamifton leur ayant répondu que le roi était plein de bienvedlance pour eux ; qu’il lui avait promis de faire tout ce qu'on pourrait attendre d'un prince Juste, décidé a sauver la nation de sa ruine; qu’enlin aussitôt que l’ordre serait rétabli il convoquerait une assemblée générale et un parlement, les covenantaires, à qui ces promesses parurent vagues et incertaines, firententendre des murmures. Cependant on négocia de nouveau pendant huit ou neuf Jours; puis le marquis, dans l’espoir d’obtenir de plus longs délais, annonça qu'il allait se rendre à la cour d’.Aiigleterre pour
HISTOIRE D’ATSGLETERRE.
obtenir une autre réponse de Sa Ma* jesté.
Hamilton partit le 25 août et fut de retour le 17 septembre. A son arrivée, il dit aux coveuantaires que le roi leur avait accordé tout ce qu'ils désiraient, et qu’il allait convoquer sur-le-champ une assemblée générale et un parlement; il leur demanda, en retour, de signer la professionde foi qui avait été adoptée par Jacques en 1580 et en 1590. Les coveuantaires refusèrent de signer. Malgré ce refus, Hamilton convoqua une assemblée générale pour le 21 novembre et un parlement pour le 15 mai 1639. Cette double convocation avait encore pour objet de gagner du temps.
L'assemblée générale eut lieu au jour indiqué; les résultats de ses travaux, comme ondevaits'^'attendre, n'étaient point de nature a satisfaire le roi; aussi Hamilton fut-il obligé de la dissoudre. Mais dans cette circonstance, il rencontra une opposition à laquelle il était loin de s’attendre ; car, s’etant présenté dans le sein de l’assemblée pour la déclarer dissoute au nom de Sa Majesté et lui enjoindre de terminer ses travaux sous peine de trahison , le comte de Rothes lui répondit que l’assemblée avait des travaux trop sérieux à faire pour se séparer ainsi; qu’en conséquence elle continuerait à siégerjusqu% ce qu’elle eût pris connaissance de tous les griefs de la nation, pour en obtenir le redressement; que l'assemblée se regardait comme étant légalement constituée et que ses actes devaient avoir force de loi pour tous les sujets du royaume et les membres de la véritable église.
Hamilton partit, ne se croyant plus en sûreté, et les covenantaires se préparèrent à une vigoureuse résistance. Des armes furent achetées en Hollande; ils firent de grands approvisionnements de poudre , et eurent recours aux donations volontaires pour obteifir de l’argent : c’était là ce qui leur manquait le plus. Dans cettecirconstanceles citoyens d’E'limbourg donnèrent des sommes considérables. Un grand nombre de no-
bles offrirent leur vaisselle pour en faire de l’argent ; les marchands écossais établis à l’étranger, et particulièrement ceux qui habitaient la France et la Hollande, envoyèrent de leur côté des sommes importantes , ils fournirent des armes et des munitions de guerre ; on se ménagea en outre des intelligences avec quelques cours étrangères et notamment avec la France. Richelieu donna l’ordre à son ambassadeur a Londres de payer 1 00 mille couronnes au général Leslie que les covenantaires avaient choisi pour leur commandant en chef.
Sous le rapport de l’argent, Charles nese trouvait point dans une meilleure condition que les presbytériens écossais. Aussi fut-il obligé de recourir à toutes les bourses pour en avoir et de suspendre même le paiement des pensions et des traitements de la plupart des fonctionnaires publics. Quand il eut réalisé quelques fonds , il adressa une lettre à la noblesse de son royaume dans laquelle il lui disait que les troubles de l’Ecosse menaçaient la sûreté de l'Angleterre , et qu’il était décidé à se rendre dans le nord luiinéme pour repousser l’invasion des Écossais. Il donnait rendez-vous aux seigneurs anglais dans la citéd'York , et leur enjoignait de se fournir d’armes et de tout l’équipement nécessaire à l’expédition qu’il allait entreprendre.
Charles voulut ensuite lever une armée de six mille hommes à l’étranger, et Ht à cette occasion un appel aux serviteurs delà couronne et au clergé pour contribuer aux frais de la guerre. Le clergé se montra en général assez libéral ; car il comprenait que la question qui allait se décider était de la plus haute importance pour lui ; que , si le roi ne réussissait pas dans son entreprise, il perdrait, au profit des puritains , les bénéfices ecclésiastiques dont il était en possession en Angle»
terre. On stimula les gens mal disposa, et tous les noms de ceux qui ne voulurent point payer furent signalés à l’archevêque dé Cantorbéry.
Le gant était jeté : les convenantaires , qui entretenaient une correspon-
oogle
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dance suivie avec les ennemis du gouvernement et qui avaient des amis et des agents a Londres ainsi que dans tous les comtés de l’Angleterre, dans l’armée et même à la cour, n’attendirent point d’étre attaqués par les troupes royales. Ils s’emparèrent de tous les cliiteaux et forteresses qui étaient au roi en Écosse, Charles n'avait point encore commencé son voyage pour se rendre, à York que le général Leslie, avec mille mousq letairrs, surprenait le château d' Edimbourg, et s’en emparait sans perdre un seul homme.
Le jour suivant, le château de Dumbarton, que l’on regardait comme la première forteresse du royaume, se rendit au prévôt de la ville qui était un zélé cqvenantaire. Lechâteau de Dalkeith, où étaient les joyauxdela couronne ainsi qued'immensesapprovisionnementsde guerre, se rendit également. Le peuple s’empara de la couronne et du sceptre et les porta en triomphe au château d’Edimbourg. Leslie et Montrose, généraux de l’armée presbytérienne, battirent ensuite le marquis de Iluntiey qui avait essayé de soulever les provinces du nord pour soutenir la cause du roi , et ils le ramenèrent comme otage à Edimbourg.
Le marquis d’Hamilton avait été envoyé dans le détroit deForth avec une flotte imposante et cinq mille hommes de troupes de débarquement. Hamilton avait voulu s’einparer de Leith, qui forme le port d’Edimbourg, mais les covenantaires , qui avaient eu connaissancedesiiitentionsdu duc, mirent Leith en état de défense , et lorsque le énéral anglais se présenta avec sa otte, il trouva cette ville a l'abri de tous dangers. Alors les covenantaires déployèrent partout une grande activité : ils réunirent des armes, réparèrent les fortifications. L’enthousiasme gagnait toutes les classes; les hommes de la plus haute naissance travaillaient aux bastions comme de Simples maçons, et leurs femmes les aidaient dans leurs travaux. Uamilton en arrivant dans le Forth reconnut l'impossibilité de débarquer ses troupes, car toutes les côtes étaient soi- Ancucterre. — T. U.
gneisement gardées, et il fut obligé de les déposer dans l’ile de May et dans d’autres Ilots du détroit qui étaient inhabités. Pendant ce cempslà, Charles arrivait à York où se trouvaient déjà les nobles qu’il avait convoqués. Le roi exigea de ces seigneurs et de tous les ofliciers qui étaient attachés à sa personne qu'ils lui prêtassent serment de fidélité et d’obéissance et qu’ils déclarassent sous serment qu’ils n’entretiendraient aucune correspondance avec les rebelles. Tous, à l’exception de lord Saye et de lord Brook, prêtèrent le serment exigé. Charles ne voulut point conserver ces deux seigneurs auprès de sa personne, et il leur enjoignit de rentrer chez eux; il partit aussitôt d’York, se rendit à Durham, de là à Newcastle, et il arriva sur les bords de la Tweed, où était c.impée son armée. Le comte d'Arundel fut nommé général de l’infanterie, le comte d’Essex lieutenant général, le comte d'Holland général (le la cavalerie. Les forces royales se composaient de 20,000 hoinmesifinfanterie, de 3,260 chevaux et des deux garnisons de Berwick et de Carlisie, forces imposantes sans doute, si , parmi ces troupes n’eût pas régné, la désunion. De plus, un grand nombre d’officiers et de soldats, au lieu de partager l’animosité du roi contre les Écossais, auraient volontiers passé de leur côté pour les soutenir.
Leslie, dont les talents militaires étaient supérieurs à ceux des généraux anglais, s’avança à la rencontre de l’armée anglaise , et prit position, le 30 mai, à quelques milles du camp de Charles. L’armée écossaise se composait à peine eu ce moment de 8,000 hommes; mais, quelques jours après, grâce ;i l’activité des prédicateurs presbytériens qui remplissaient dans cette occasion les fonctions de sergents recruteurs, elle s’éleva à plu»de 20,000 hommes. Un vif enthousiaine régnait dans le camp écossais. On y chantait des psaumes; on y faisait des prières ; on y lisait les saintes Écritures et particulièrement
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les cliapitres où l’on parlait des victoires merveilleuses remportées par le peuple élu de Dieu.
Le 4 juin , le comte d'Holland traversa la Tweed dans l’intention de surprendre la division des Écossais qui était campée à Kelso. Il avait avec lui toute sa cavalerie et 3000 hommes d’infanterie; mais les Écossais étaient sur leurs gardes, et lorsqu’il arriva à Maxwelburgh, il trouva 6000 hommes de troupes qui lui barrèrent le passage ; aussitôt Leslie se rapprocha du camp de Charles. Le roi se plaignit amèrement dans cette occasion à ses généraux de ce qu’ils permettaient que les rebelles campassent à une distance aussi rapprochée de lui.
Quelques jours après la sortie d’Hamilton, le comte ae Dunfermiine se présenta au camp du roi au nom des généraux de l’armée écossaise. Dunfermline venait inviter le roi à nommer des commissaires , qui devaient être chargés d’examiner, avec d’autres commissaires nommés par les covenantaires eux-mêmes , les demandes et les griefs des Écossais, et de rétablir l’ordre et la bonne harmonie entre les deux royaumes. Charles accueillit favorablement cette proposition , et de part et d’autre ues commissaires furent choisis pour régler cette importante affaire. Le choix des Écossais tomba sur les comtes de Rothes et de Dunfermiine, sur lord London, sur sir William Douglas, shérif du comté deTeviotdale, sur Alexandre Henderson et sur Archibald .lonhson; les commissaires du roi étaient les comtes d’Essex , d’Holland , de Salisbury et de Berkshire, sir Henri 'Vane et le secrétaire Coke.
Mais au moment où la conférence était prête à s’ouvrir, Charles se rendit sans s’être fait annoncer dans le sein de la commission , et dit aux commissaires écossais qu’il était venu pour s’enquérir par lui-même des causes de leur mécontentement et pour leur donner satisfaction. Ces paroles étaient fausses comme celles que don-
nait souvent Charles , car il y eut dans l’intervalle des négociations plusieurs tentatives, qui furent faites par les troupes royales pour surprendre l’armée écossaise; toutefois on en vint à un arrangement, et le 24 juin les deux armées se débandèrent. Le roi s’engageait à conlirmer toutes les promesses et toutes les concessions quTlamiiton avait faites; de plus, il laissait :<u clergé écossais le soin de diriger les affaires ecclésiastiques, et au parlement ainsi qu’aux autres judicatures inférieures celui dediriger les affaires civiles. Une assemblée générale fut convoquée
ftour le 6 août et le parlement pour e 20 du même mois. Il fut en outre convenu des deux côtés que les troupes seraient renvoyées dans leurs foyers; que les Écossais rendraient au roi les châteaux , les forteresses et les munitions de guerre dont ils s’étalent emparés et que le roi retirerait sa flotte et ses croiseurs ; qu’il restituerait les marchandises et les navires écossais qui étaient dans ses mains. Le roi s’engageait également à rendre à ses « bons sujets d’Écosse » leur liberté et leurs privilèges. On ne dit point un mot relativement à l’épiscopat : Charles aurait voulu avoir des otages, et il demanda aux covenantairesde lui livrer quatorze de leurs chefs ; mais les Écossais, à qui cette demande inspirait delà déGance, se coutentèrent d’envoyer les comtes de Lothian et de London et Montrose. Charles repartit aussitôt pour Londres.
Charles n’avait point l’intention de tenir le traité qu’il venait de signer; ou du moins les concessions qu’il avait faites; il voulait les retirer quand l'occasion serait plus favorable. 11 écrivit aux évêques écossais pour les assurer qu’il rétablirait leur église et les dédommagerait des pertes qu’ils avaient essuyées, et pour les engager à protester contre les mesures que prendraient l’assemblée générale et le parlement qu’il avait été obligé de convoquer.
L’assemblée générale ayant ouvert ses séances à Edimbourg le 12 du mois d’aodt , le comte de Traquair,
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qui remplissait les fonctions de commissaire du roi, consentit à ce que l'épiscopat fût aboli en Ecosse; il donna son adhésion à tous les actes qui avaient été adoptés dans l’assemblée générale de Glascow contre les évcques, défendit l’usage du livre des prières ; il abolit la cour des hauts commissaires et signa au nom du roi le covenant, qui devint ainsi un acte légal.
Un évêque écossais, Georges Graham, abjura dans cette assemblée l'épiscopat. Traquair ayant alors promis que tous les actes adoptés par l’assemblée générale seraient contirmés par le parlement, les membres se séparèrent paisiblement, persuadés qu’ils étaient délivrés pour toujours des évêques et des maux de la guerre.
Charles n’avait cédé qu’aux exigences du moment ; il espérait bien reprendre l’avantage quand l’occasion s’en présenterait. Par ses ordres, Patrick Rudven, qu’il avait nommé gouverneur du château d’Edimbourg, réunit de l’artillerie, des munitions de guerre et des hommes dans cette forteresse, et il en lit réparer les brèches que le temps et la guerre y avaient faites. D’un autre côté, le roi envoya des instructions secrètes au comte de Traquair. Quand le parlement écossais s’ouvrit, le 20 août, Traquair souleva quelques difCcultés et le prorogea au 24 novembre. Les covenantaires protestèrent contre l’illégalité de cette prolongation, et ils envoyèrent des députés à Londres.
Mais leur députation fut mal reçue par le roi , et l’un de si‘s membres fut jeté dans la Tour de Londres.
Les covenantaires comprirent alors qu’ils n’avaient plus rien à espérer que dans la force; et ils se concertèrent avec les mécontents de toutes les classes que renfermait l’Angleterre pour agir de concert contre le roi.
Leurs partisans dans ce royaume étaient nombreux ; ils avaient pour eux ceux qui favorisaient la cause du presbytérianisme, et ceux qui avaient été condamnés par lachainbre étoilée, ar la cour des hauts commissaires, ar celle de l’Echiquier et par d’autres
tribunaux, ainsi que ceux qui penchaient pour la république. Ils comptaient en outre des partisans nombreux dans les classes élevées de la société, et notamment, les comtes d’Essex, de Bedford , d'ilolland, lord Saye, Hampden et autres.
D’autres embarras qui venaient du dehors allaient compliquer la situation. Une flotte espagnole, composée de soixante-dix voiles, vint en vue de la côte de Cornouailles; elle était poursuivie par une flotte hollan laise qui harcelait son arrière-garde. Seize vaisseaux espagnols avec 4,000 hommes de troupes à bord se dirigèrent alors vers la côte de France, et le reste, commandé par l’amiral Oqundo, vint mouiller près de Douvres. Charles envoya immédiatement à l’amiral espagnol le comte d’Arundel pour lui demander quelles étaient ses intentions.
Oqundo répondit que sa flotte et les troupes qu’elle avait à bord étaient destinées pour la Flandre que ses vaisseaux , serrés de près par les Hollandais, étaient venus se mettre sous la protection des forts anglais. On rapporte que Charles demanda 150,000 livres sterling (3,750,000 f. ) à l’amiral espagnol en édiange de sa protection. Quoi , qu’il en soit , le célèbre Van Tromp, qui commandait la flotte hollandaise, sans égard pour le pavillon d’Angleterre, tomba à l’improviste sur la flotte espagnole. Dans cette attaque, cinq navires espagnols furent coulés et brûlés; vingt autres se jetèrent à la côte, et le reste, à l’exception de dix vaisseaux qui parvinrent a s’échapper , tomba entre les mains de l’amiral hollandais.
Cet outrage fait aux armes anglaises demandait une vengeance signalée. Mais la nation retirait chaque jour sa confiance au gouvernement.
Au milieu de ces diflicultés, Charles tourna ses regards vers Wentworth , avec lequel il entretenait une correspondance suivie. Le lord député d’Irlande, de retour à la cour, lui recommanda un emprunt, auquel devaient contribuer les grands officiers de la couronne; il insista pour que l’on presse.
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sât les préparatifs de la guerre contre les covenaiitaires et engagea le roi à lancer des ordonnances pour lever une sumine de 200,000 livres sterling (5,000,000 fr.); puis, dans l’espoir qu'il P )urrait maîtriser le parlement an> glais comme il avait maîtrisé le parlement d’Irlande, il l’engagea à convouer cette assemblée. Cette résolution tait hardie, cependant elle fut adoptée par une commission composée île l’archevêque Latid , de l’évèque Juxton, du comte de Northumberland , du marquisd’Hamilton, de Cottington, de Windebatik et de Vane. Alors Charles, voyant que la commission était unanime, lui posa cette question significative : <1 Si le parlement que vous a voulez queje convoque est aussi in- R traitable que quelques-uns de ceux « qui ont eu lieu sous mon règne, me « promettez- vous votre concours dans « lesmesuresextraordiuairesqueje ju- « gérai convenabledeprendre? » Tous les membres de la commission le lui promirent. Le parlement fut convoqué; Wentworth,en récompensede ses services, fut alors créé comte de Strafford. 11 partit aussitôt pour l’Irlande, convoqua un parlement dans ce pays, et obtint de cette assemblée des subsides considérables.
Le 14 avril 1640, jour fixé , le parlementanglaiss’assernbla à Westminster. Le roi ouvrit la session par un discours très-court qui avait du moins le mérite de la franchise, car Charles reconnaissait qu’il n’avait cédé qu’à la nécessité en convoquant son parlement. Sir John Finch, qui avait été orateur des communes et qui était devenu lord chancelier, s’adressant alors à l’assemblée, chercha à persuader la chambre que les Écossais avaient insulté la nation anglaise et le souverain lui-même, "le roi leplusjuste, le plus gracieux que l’Angleterre ait Jamais eu , » dit Finch ; puis il déclara aux communes, qu’il y avait nécessité de faire la guerre aux Écossais et leur demanda de voter des subsides sans délai ainsi qu’un bill qui permit au roi de lever les droits de tonnage et de pesage, depuis le commencement de son rè-
gne. En retour, le chancelier promit auxcham.)res, au nom du roi, de leur laisser le temps convenable pour examiner ce qu’on pourrait faire de bien
dansl’intérêt delà communanié, et leur
donna l’assuran.ie que le roi s’occuperait , de concert avec eux , à redresser les griefs qui lui paraîtraient fondés.
La chambre des communes, depuis la dernière session , avait perdu quelques-uns des plus anlents défenseurs du peuple. ' L’un de ceux-ci était John Éliot que Charles avait fait enfermer à la Tour avec quelques autres membres des communes a la fin de la dernière session. La santé du patriote s’étant fortement altérée en prison, ses amis l’avaient décidé à adresser une pétition au roi. La pétition fut faite, mais elle n’était point du godt de Charles. Il y réponditparces mots : « Elle n’est point assez humble. » Eliot rédigea aussitôt une autre pétition dans laquelle il priait le roi de lui rendre la liberté et s’engageait à revenir en prison aussitôt qu’il aurait recouvré la santé. Mais malheureusement le prisonnier ayant confie ce document à son fils au lieu de le remettre entre les mains du lieutenant de la Tour, celui-ci s’en fâcha. Dans l’intervalle de la querelle la maladie d’Éliot fit de tels progrès qu’il en mourut. La vengeance de Charles n’était point encore satisfaite.
U n des fils de la victime ayant demandé au roi l'autorisation de transporter le corps de son père dans le comté de Cornouailles pour y être enterré dans sa terre natale et au milieu de ses ancêtres, Charles écrivit ces mots au bas de la pétition : « Que le corps de sir John Eliot soit enterré dans l’église de la paroisse où il est mort.» En conséquence le patriote fut enterré dans un coin obscur de la Tour.
La chambre des communes avait fait une perte non moins importante dans celle de sir Édouard Coke , qui était mort deux ans après Éliot. Coke lui-même avait été en butte aux persécutions de la cour. Dans ses derniers moments, lorsqu’il était étendu sur son lit de mort, le conseil avait fait faire des perquisitions dans sa maisoa
et en avait enlevé des papiers précieux. Mais il restait encore au parti puritain dans la chambre des hommes énergiques. Tels étaient Humpdeii , l’ami d’Eliot, Denzil Hollis, Mainard. Olivier, Pym, Strod, Corriton, Hayman, HaselrigetO/jyierCrowiue// qui représentait à la chambre la ville de C unbridge. Les communes, après avoir cnoisi pour orateur le sergent Olanvil, voulurent discuter les griefs de la nation avant de voter les subsides, comme l’avait demandé le chancelier.
Plusieurs pétitions qui lui avaient été envoyées furent examinées. L’usage' d’adresser des pétitions à la chambre, qui était un progrès dans la liberté constitutionnelle, devint alors très-fréquent. Une pétition du comté d'Hertford dans laquelle les pétitionnaires se plaignaient du nouvel impôt ordonné par le roi , des monopoles de la chambre étoilée et de la cour des hauts coniiiiissaires, donna lieu à de vifs débats. La chambre ordonna ensuite que les pièces de la procédure suivie devant la cour du banc du roi et de la chambre étoilée contre sir John Eliot, Hollis et les autres membres du parlement de 1628 qui avaient été jetés en prison, ainsi que les pièces de la procédure relative à Hampden dausl'aflaire du nouvel impôt, seraient déposées sur la table et renvoyées à rexameii d’une commission.
Alors elle examina la conduite que Finch avait tenue dans le dernier parlement et déclara qu'il avait violé les privilèges de 1a chambre en n’obéissant point à ses ordres. Charles irrité ordonna aux deux chambres de comparaître devant lui , et le lord chancelier se chargea de réprimander pour lui les communes. Finch dit que la cause principale delà convocation du parlement était d'obtenir de l’argent; que tels étaient les besoins de Sa Majesté, qu’il était iudispsnsable que des subsides fussent votes sans délai; car l’armée était dans ce moment en marche, et elle coûterait à Sa Majesté 100,000 livres sterling par mois au moins (2,500,000 fr.) <• Lorsque vous aurez voté ces subsides, Sa Majesté
vous donnera entière liberté pour lui présenter vos justes griefs, continue le chancelier, et elle y prêtera une oreille attentive. «Finch parla ensuite du nouvel impôt. « Sa ^ajeslé m’ordonne, dit-il , de vous déclarer qu’elle n'a jamais eu l’intention de faire un revenu annuel de cet impôt ou d’en retirer le moindre profit. Dans tout ce qu’elle a fait à cet égard elle n’a eu d'autre but que le bien-être commun , que l’honneur, la gloire et l’éclat de la nation. Il est vrai que Sa Majesté a résolu de lever cet impôt cette année , mais elle y est forcée pour votre bien personnel et pour son propre honneur, vu qu’elle est obligée de réduire à l’obéissance lesrebcIlesd’Êcosse, et de se mettre en garde contre les princes ses voisins, qui tous préparent de grandes flottes. De plus elle a à châtier l’insolence des Algériens qui récemment ont fait éprouver des pertes considérables au commerce maritime de l’Angleterre. » Pour raison péremptoire, le chancelier alléguait que les ordonnances qui autorisaient la perception de l’impôt étaient lancées, et qu’on ne pouvait plus les retirer , mais qu'à l’avenir on ne percevrait point rimpôt sans le concours des communes. Finch engagea ensuite le parlement à prendre pour modèle le parlement d'Irlande : n Vous savez, leur dil-il , avec quel empressement le parlement d'Irlande a accordé des subsides à sa majesté ; n’allez pas vous imaginer que ces subsides soientde peu d’importance. Il n’y en a pas un qui n’ait supporté au nioins50,000 ou 60,000 livres sterling (1,250,000 fr. à 1,500,000 fr. ). Examinez maintenant quelle est la richesse de ce royaume par rapport à celle de l'Irlande, et vous verrez que ces sommes sont considérables.
Aussi le roi a-t-il éprouvé une vive satisfaction en voyant tant de bienveillance dans ses sujets irlandais; et l’estime qu’il a pour leur conduite restera gravée dans son cœur. » • Quelque brillanteque fût la logique du chancelier, elle ne convainquit point les communes. Lorsqu’elles reprirent leurs séances , elles persistèrent à don-
HISTOIRE D’ANGIÆTERRE.
neraux griefe de la nation la priorité sur la question des subsides. Alors Ch.irless^a Iressaàla chambre des lords et lui demanda son interventionauprès de la chambre des communes pour obtenir de l’argent. Le roi donna à entendre aux lords que les exigences du moment ne permettaient aucun délai , vu qu’il avait un pressant besoin d’ar^'ent; il leur dit (|u il jugeait convenable, dans l'intérét de la politesse, qu’on edtde la confiance en lui; ce qui ii'était pas, puisque les communes voulaient examiner les griefs de la nation avant ses besoins ; que laguerreétait commencée; que les Ecossais avaient planté leurs tentes à Dundee ; qu’ils menaçaient d’envahir le Nortliumberland et qu’ils avaient déjà fait prisonniers plusieurs soldats anglais. Aussitôt les lords représentèrent aux communes qu’ayant maintenant la parole du roi, il serait inconvenant de ne point adhérer à ses désirs; qu’ils ne voulaient point sans doute se mêler des affaires d’argent qui appartenaient en propre et naturellement aux communes; mais que , comme membres d’un même corps , comme sujets du même roi , comme intéressés à la sôreté de la nation, comme ayant des devoirs à remplirenvers le roi, envers leur pays, envers eux- mêmes et leurs descendants, ils avaient reconnu la nécessité de donner à la question des subsides la priorité sur toutes les autres questions, quelque pressantes que celles-ci pussent être.
L’intervention des lords fut inutile. Les communes déclarèrent que cette chambre avait violé ses privilèges, et elles insistèrent pour que les lords ne se mêlassent point de la question des subsides, et qu’ils ne s’occupassent point de ce qui se passait dans le sein de leur chambre. Alors les lords protestèrent de leurs bonnes i ntentions et déclarèrent qu’ils ne' voulaient en aucune manière empiéter sur les privilèges des communes.
Tandis que la seconde chambre s’occupait (lu nouvel impôt, les lords lui envoyèrent demander une confé-
rence. 2.57 voix se prononcèrent dans les communes contre la conférence; 148 voix votèrent pour. C“tte division imi.quait la force relative des deux partis; la conférence fut rem se au lend Miiain , et l’on reprit l’affaire de l’impôt. Le Jour suivant la conférence eut lieu; Finch annonça que les lords avaient l’ordre du roi d’user de leur influence auprès des communes pour u'elles s’occupassent de la question es subsides sans delai. Mais les communes persistèrentdans leur première résolution. Charles leur envoya un message pour leur dire que le salut de la nation était gravement compromis, si elles retardaient plus longtemps à voter des subsides. Sir Henri Vane, qui avait présenté le message, déclara en outre que le roi désirait qu’on lui votât des subsides. Ce message, comme on devait s’y attendre, excita de violentes rumeurs. Quelques membres s’élevèrent contre l’exorbitance de la somme etdéclarèrentqu’iln’yavaitpoint assez d’argent dans le royaume pour payer les subsidesdernandés. D’autres (lircnt que les assertions du roi relativement aux dangers que courait la nation étaient mal fondées , car pour ceux-ci les covenantaires écossais étaient des frères et des amis , qu’il fallait soutenir. Au milieu de cette crise, et après avoirfait inutilement une dernière tentative, le roi résolut de dissoudrele parlement. Cet événement eut lieu le à mai 1U40. Ce fut la dernière dissolution que Charles prononça. Dans son discours Charles se plaignit amèrement de ce que les communes n’avaient point voulu accepter ses promesses en échange des subsides qu’il demandait.
« Je sais, dit-il, que vous avezbeaucoup insisté pour obtenir le redressement des griefs de la nation; et je ne veux point nier qu’il n’y ait effectivement des griefs à redresser. Mais ce que J’affirme avec confiance, c’est que ces griefs ne sont point aussi nombreux ni aussi dangereux qu'on veut les faire; je vous déclare donc qu’à
fiarlir de ce moment Je prêterai ’oreilleà ces griefs, etque je chercherai à y porter remède sans le concours
PERIODE DES STUARTS
de mon parlement, de la m£me manière que je le ferais s'il était assemblé.»
g 10 Stupeur de la nation. — Les covennntaire.1 nuuU'iit en déroule l'arniré anglaise. — Nouvelles négociations.— Convocation du long parlemeiil. — Mise eu accusation de lord StraXtord ; son procès , sa mort.
Cette dissolution était un coup hardi; elle parut dangereuse même aux amis (le la monarchie; car toute la nation s’en émut. Mais Charles ne parut point effrayé de cette manifestation. Dans une déclaration adressée aux sujets.de son royaume , il accusa les communes de chercher à fomenter la discorde dans l’État ; de vouloir intervenir dans les actes du gotivernement et du conseil pour avoir la direction de toutes les affaires temporelles et ecclésiastiques, « comme si, disait la déclaration , les rois étaient tenus de rendre compte de leurs actions royales et de leur manière, de gouverner à leurs sujets assemblés en parlement. » Le roi reprochait encore aux communes leur audace et leur insolence pour avoir censuré son administration, et avoir essayé de rendre odieux au reste de la nation ses ministres et les fonctionnaires les plus haut placés dans l’État (chose abominable; car le gouvernement de Sa Majesté était le plusjuste et le plus gracieux qu’eût jamais eul’Angleterre; on aurait vai nement cherche son pareil dans un autre paj[s); pour avoir apporté des délais interminables dans le vote des subsides au mépris de toutes les promesses qu’on lui avait faites, et d*avoir adoptéune sorte de manière de marchaniler avec le roi, comme si rien ne devait lui être donné qu’il ne l’eût préalablement acheté, soit en abandonnant quelques prérogatives, soit en diminuant ses propres revenus. Charles lit suivre cette déclaration de l’incarcération de plusieurs membres de la chambre des communes.
C’était le moment d’agir avec vi-
fueur. Des ordres furent envoyés par .aud aux ecclésiasti(iues pour qu’ils enseignassent aux prêches à leurs paroissiens que la royauté «nianuit du
droit divin , et que c’était commettre un péché digne de la damnation éternelle que de résister au roi Charles obtint ensuite de Laud et de son clergé des sommes importantes ; elles étaient destinées à étouffer le presbytérianisme et à éteindre la rébellion en Écosse. Mais comme ces sommes ne suffisaient point, il fallut recourir aux collectes parmi les catholi(|ues romains; lever le ships raoiiey avec plus de rigueur que jamais; chercher à faire de grands emprunts aux marchands de Londres. On s’empara en outre de l’or en barre qui était dans la Tour pour le convertir en monnaies courantes. Puis on saisit des marchandises que l’on vendit au-dessous du cours. Ciiarles et ses conseillers, qui n’étaient point encore satisfaits , auraient bien voulu lancer dans la circulation 400,000 livres sterling (1 0,000,000 fr.) de fausse monnaie en altérant les monnaies courantes ; mais les marchands ayant représenté au roi que cette mesure avait été constamment suivie de graves inconvénients, et qu’elle en amènerait infailliblement de nouveaux, Charles y renonça. La cour acheta ensuite des marchandises à de longs termes et les vendit à perte pour faire de l’argent comptant. Puis elle eut recours aux impôts forcés.
Malheur à ceux qui se plaignaient ou qui se refusaient à payer I ils étaient regardés comme ennemis de la monarchie, et ne tardaient pas à ressentir le courroux du gouvernement. Ce fut ainsi que le maire et les shérifs de Londres furent traduits devant la chambre étoilée pour avoir mis trop de lenteur à lever le nouvel impôt.
Strafford observa à cette occasion (lue les choses n’iraient bien que lorsqu’on aurait pendu (luelques-uus des aldermen de Londres.
Cependant Charles se berçaitencore de l’espoir de vaincre facilement les Écossais; età sesyeux le succèsde l’entreprise devait être un grand triomphe, car il se voyait régner en roi absolu sur l’Angleterre lorsiiu’il reviendrait du Forth et de la Tweed tout couvert de lauriers. Charles se trompait ; la sou-
ÜOglc
fflSrOlRE D'ANGLETERRE.
mission (les Ecossais devenait déplus en plus difficile. Mais ce n'était pas seulement en Ecosse, mais en Angleterre, qu’il avaitdes ennemis à vaincre. I.e mécontentement régnait partout, dans le royaume, à la cour, à la ville et dans l’armée; d’un autre côté, des liens indissolubles unissaient maintenant les covenanlaires. Sans égard pour la prérogative du roi, le parlement écossais venait de publier une série de manifestes qui avaient eu plus de poids en Écosse et même en A ngleterre que toutes ses proclamations . Les covenantaires avaient déjà organisé leurs moyens de résistance; ils levaient des troupes et allaient chercher des officiers supérieurs à l’étranger. Ils n'avaient point attenduqu’onles attaquât; c’étaient eux-mêmes qui avaient porté les premiers coups. Leslie, commandant en chef de leur armée, avait mis le siège (levant le château d'Edimbourg , et avait forcé Rudven, qui en était le gouverneur, à capituler et à lui livrer cette forteresse. Le parlement écossais redoublait d’activité, et avait pourvu à toutes les exigences : il avait voté des impôts qui devaient être perijus dans toutes les parties de l’Ecosse , et avant de se séparer, il avait nommé une commission permanente chargée de surveiller les opérations de la campagne. Cette commission devait marcher avec les troupes et se transporter dans tous les lieux où sa présence pourrait être nécessaire. Ces dispositi()ns prises , les covenanlaires s’étaient disposésà envahir l’Angleterre.
De son côté, Charles poussait les préparatifs de la guerre avec une grande activité. Il avait nommé lord Conway , créature de l’archevêque de Cantorbéry, général de sa cavalerie, et bientôt après il était parti luimême de Londres pour se rendre à York. Dansune proclamationquiavait précédé son arrivée dans cette ville le roi déclarait traîtres et rebelles les E(:ossais et tous ceux qui leur donneraient assistance. il promettait pourtantde faire grâce à ceux qui reconnaîtraient leur faute et qui lui demanderaient pardon pour le passé. Le
roi se nommait généralissisme de sa propre armée et appelait sous ses drapeaux tous les tenanciers de la couronne. Charles était parvenu à réunir ainsi une force assez imposante, car, sans compter les levées qui avaient été faites dans les comtés du nord et les troupes irlandaises que Strafford avait amenées avec lui , son armée se composait de 20,000 hommes et d’un parc de 60 piè(%s d’artillerie : malheureusement l’unité, la discipline, manquaient à cette armée.
Le jour où le roi quitta Londres (20 août 1640) Leslie et les covenantair^ traversaient la Tweed ; ils attaquèrent Conway à Newburn et le forcèrent à la retraite. Leslie campa ensuite sur la rive gauche de la Tyne dans un endroit appelé Heddlônaw. Tout autre homme que Charles aurait compris l’impopularité de cette guerre par ce qui se passait en ce moment au camp écossais.
Les Anglais y accouraient en foule.
« Nos projets, leur disaient les Écossais , ne sont pas de vous faire aucun mal ; nous venons simplement demander justice au roi contre des hommes pervers qui causent autant de maux à l’Angleterre qu’ils enfontàl’Écosse. »
Cependant on s'apprêtait à en venir aux mains. L’armée anglaise commandée par Conway, qui était campée à une petite distance de. l’armée des Écossais, se composait de 3000 hommes d’infanterie et de 1500 cavaliers.
Pendant quelques heures les deux armées s’oDservèrent tranquillement et ne firent ancune démonstration pour s'attaquer. Il semblait que les haines nationales et la jalousie qui divisaient encore les deux nations avaient totalement disparu. Mais un ofBcier écossais, qui portait une plume noire à son chapeau, étant sorti des lignes pour faire Daigner son cheval dans la Tyne, un soldat de l’armée anglaise ilt feu sur lui et le blessa. Ce fut le signal de l’attaque. Les mousquetaires écossais étaient aguerris, et l’artillerie des covenanlaires, bien que quelques canons, dit-on, fus-
PERIODE DES STUARTS
sent en cuir , était servie par des hommes expérimentés; c;ir la plupart de ces hommes avaient fait leurs preuves dans les guerres d’Allemagne : aussi décidèrent-ils bientdt lu victoire en faveur de leur parti. La résistance de l'armée anglaise fut pour ainsi dire nulle; il n’y eut qu’une charge vigoureuse faite par VVilmot, sir John Digby et Daniel O’Meal, officier irlandais. Mais ces officiers n’étant point secondés furent faits prisonniers avec les hommes qui les accompagnaient. Leslie les traita avec bonté et leur permit ensuite de rejoindre l’année du roi.
Cette déroute n’avait coilté que soixante hommes aux Anglais. Cependant la victoire fut décisive pour les Ecossais. Le jour suivant, ]\ewcastle ayant été évacuée par l’armée anglaise, leur ouvrit ses portes. Les Ecossais ne pouvaient croire à tant de bonheur; mais Douglas s’étant présenté avec un petit corps de cavalerie aux portes de N ewcastle, les magistrats de la ville vinrent à sa rencontre et lui livrèrent les clefs. Leslie planta ses tentes sur la hauteur de Gateside. Le général écossais établit aussitôt une dicipline sévère parmi ses troupes; il donna des ordres pour qu’on fournit des provisions en pain et en bière à son armée, et paya celles qu'on lui apportait en argent et en uillets. Leslie se disposa ensuite à poursuivre le cours de ses succès en serrant de près l’armée de Conway.
Ce général, après avoir quitté Newcastle, s’était retiré à Durham.
Mais ne s’y trouvant pas en sûreté, il avait continué son mouvement de retraite sur Darlington ; de là , sur Northallerton , où flottait l’étendard de Charles : la retraite de l’armée anglaise continua. Le roi , Strafford et Conway quittèrent Northallerton, et résolurent de se retirer derrière les remparts de la ville d’York. Déjà l’armée royale avait éprouvé de nombreuses défections. Elle ne comptait plus que 16,000 hommes d'infanterie et 2,000 chevaux.
Leslie s’empara de Durham comme il s'était emparé de.Newcastle, et son armee entra en trioniphedans Shields, dans Teiiimouth et dans d'autres villes. La presque totalité des quatre comtés septentrionaux de l’Angleterre était maintenant au pouvoir des covenantaires, et ces succès ne leur avaient coûté qu’une faible perte de vingt hommes. Cependant ils désiraient encore en venir à un accom.nodement. Ilsenvoyèrentdansce dessein un négociateur au roi pour lui présenter une pétition. Les covenantaires représentèrent à Charles que, poussés par la nécessité, ils avaient été obligés de recourir à la force des armes pour obtenir le redressement de leurs griefs.
Leroi, dans sa situation, ne pouvait faire un mauvais accueil au négociateur; il lui donna de brillantes promesses, nequi combla dejoielescovenantaires; des commissaires furent nommés. Au nom de leurs mandataires, ceux-ci demandèrent que le roi donnât sa sanction royale aux derniers actes émanés du parlement écossais; que le château d'Edimbourg et les autres forteresses du royaume d’Ecosse fus.sent mis en état de défense et ne servissent qu’à protéger les Ecossais eux-mémes ; que les Ecossais qui habitaient l’Angleterre et l’Irlande fussent affranchis de toute poursuite pour avoir donné leur adhésion au covenant, qui avait été approuvé par Sa Majesté elle-même, et qu’on ne leur imposât point des serments qui fussent incompatibles avec le serment national qu'ils avaient prêté ; que les hommes pervers qui avaient été les auteurs de l’insurrection reçussent la réprimande que méritait leur conduite déloyale ; que toutes les marchandises et lès navires qui avaient été pris aux Ecossais leur fussent rendus, et qu’on leur tint compte des pertes qu’ils avaient souffertes ; qu'on réintégrât dans leurs fonctions ceux qui les avaient perdues ; que les déclarations dans lesquelles le roi donnait le nom de traîtres et de rebelles aux Écossais fussent rapportées , et enfin que Sa Majesté retirât
des frontières les garnisons qu’elle y entretenait.
Charles perdit patience à la lecture de cette pétition, et se tournant brusijuement vers Strafford il lui demanda si l’on ne pourrait pas faire venir sans délai de l’Irlande deux mille hommes de troupes, et s’il n’y avait point quelques moyens de châtier l’insolence des Écossais. Ces moyens n'existaient pins; Charles , par suite de ses fautes et de son opiniâtreté, les avait déjà épuisés. Car dans le même temps qu’il recevait la pétition de ses sujets d’Écosse, ses sujets d’AngleteiTC lui demandaient à grands cris un nouveau parlement. Douze pairs du royaume , Bedfort , Essex , Hertford , Warwick , Bristol , .Mulgrave, SaVi Howard, Bolingbroke, Maindvill, Brook,Paget, lui présentèrent une pétition à cet effet. Les pétitionnaires lui exposaient les dangers qu’allait amener la guerre d’Écosse, et lui disaient que ses revenus étaient partout compromis; que ses sujets ployaient sous le poids des impôts et des charges militaires; que les soldats employés à son service commettaient journellement des rapines, et enfin que tout le royaume était en proie à la plus vive agitation. Les pétitionnaires énuméraientensuite les sujets de plaintes de la nation; « L’accroissementdu catholicisme, disaientils, la nomination des catholiques aux fonctions les plus importantes de l’administration civile , et leur élévation aux postes les plus élevés de l’armée, la perception du shipsmoney, les jugements de la chambre étoilée ont jeté la perturbation dans le sein du royaume. « « A ces maux , ajoutaientils, il n’y a qu’un remède'; c’est de convoquer immédiatement un parlement.»
Les citoyens de Londres adressèrent au roi une pétition semblable. Cette pétition, malgré les efforts de l’archevêque de Caiitorbéry , se couvrit en peu de jours de dix mille signatures.
De leur côté, les habitants de l’Yorkshire ne voulurent consentir à entretenir les troupes qui étaient dans les provinces du nord qu’autant que le
roi leur ferait la promesse de convoquer un parlement.
Il eût été trop dangereux de résister à une manifestation aussi énergique; aussi Charles consentit-il à faire le sacrifice de ses répugnances : le parlement fut convoqué pour le S novembre suivant. Mais avant l’adoption de cette mesure Charles avait invité les pairs du royaume à se rendre à York et à se constituer en conseil pour délibérer sur les affaires relatives à l’Écosse. Cette assemblée s’étant réunie le 24 septembre à York, Charles lui demanda quelle réponse il ferait à la pétition des rebelles; comment il agirait avec eux et de quelle manière il conserverait son armée sur pied jusqu’au moment où le parlement lui aurait accordé des subsides. Le comte de Bristol fut d’avis de conclure un traité de paix avec les Écossais ; car il pensait qu’on pouvait encore faire une paix honorable ; mais son avis fut vivement combattu par d’autres pairs, et il fut arrêté que l’on chercherait à gagner du temps. Une commission , composée de seize pairs anglais qui devaient soutenir les intérêts de Charles, et de huit lords écossais qui représentaient les covenantaires.
uit nommée ; la ville de Ripon fut choisie pour le lieu des conférences.
L’assemblée pas.sa ensuite à la question des subsides, et elle décida à l’unanimité que l’on emprunterait deux cent millelivres sterling (5,000,000 fr.) à la cité de Londres sur la garantie du conseil privé et des pairs du royaume.
Les négociations commencèrent le 1*‘ octobre. Le roi aurait voulu que les conférences eussent lieu dans la ville d’York et non dans celle de Ripon, mais les Écossais, qui n’avaient point confiance dans sa parole, repoussèrent cette proposition. On n'avènrien conclu au 16 octobre. Les commissaires arrêtèrent alors que l’armée écossaise serait maintenue pendant deux mois; qu’on rouvrirait les ports de mer dans le nord aux deux nations, et que les affaires commerciales seraient reprises par terre et par mer comme en temps de paix; et, comme l’ouver»
PÉRIODE DES STDARTS.
turo du parlement anglais approchait, il fut convenu que les négociations seraient reprises à Londres ; mais que les Écossais recevraient une somme de huit cent cinquante livres sterling par jour (21,250 tr.), pendant l’espace de deux mois, pour l’entretien de leurs troupes, et qu'en retour ils s’engageraient à ne faire aucune injure aux propriétés et à ne point molester les jicrsonnes. Leslie restait maître de Durham, deNewcastleetde plusieurs autres villes importantes du nord.
Le 3 novembre 1640, Charles ouvrit en personne la session. Ce parlement est connu dans l’histoire d’Angleterre sous le nom de « long parlement. » Le roi était évidemment abattu; il dit aux chambres que l'Iionneur et la paix du royaume étaient randement compromis , et qu’il était écidé à se placer sous la sauvegarde de l’amour de ses sujets; qu’il ployait sous le poids des charges que lui imposait la sûreté du royaume; qu’en conséquence il désirait que les chambres consiilérassent quels seraient les meilleurs moyens à adopter pour lui fournir de l’argent et châtier les rebelles; qu’alors il donnerait satisfaction à tous les Justes griefs de la nation.
Le roi termina par ces mots prononcés avec une granue emphase : « .l’ai un dernier vœu à faire , et ce vœu Je le regarde comme un des moyens les plus
f)uissants pour rendre ce parlement leureux, c’est quenous n’entretenions plus de déflance les uns contre les autres. Pour moi , Je vous répète la promesse que J’ai faite aux lords à York, c’est qu’il ne dépendra pas de moi que ce parlement ne soit un bon et un heureux parlement. •
Cet appel à une conliance réciproque était trop tardif. La chambre des communes , qui Jusqu’alors s’était soumise humblement à la décision du roi dans le choix du speaker et qui même, dans le parlement précédent, avait porté ses suffrages sur un courtisan renommé pour son attachement à la cour, fit choix dans cette circonstance de Lenthal I, dont lesopinions puritaines lui étaient bien connues. Cette
nomination fut approuvée par le roi.
La chambre s’occupa ensuite de nommer des commissions pour établir les griefs de la nation et recevoir les pétitions. La cour du Nord, dont Strafford était président, fut vivement attaquée ainsi que les innovations introduites par l’archevêque de Cautorbéry dans la religion nation.ile.
Üne affaire plus importante allait occuper l’attention de la chambre.
Le 17 novembre, c’est-à-dire quatre jours après l’ouverture de la session , les communes ordonnèrent que Burton, Bastwick, Prynne, victimes de la tyrannie et de la cruauté de la chambre étoilée, fussent amenés à leur barre, pour expliquer en vertu de quel ordre et de quelle autorité ils avaient été mutilés et Jeté.s en prison. L’ordre d’élargissement fut donné, et les trois prisonniers arrivèrent à Londres le 28 novembre, après avoir reçu sur leur passage des témoignages nombreux d’affection et de sympathie. Le récit de leurs persécutions excita une vive et profonde indignation dans la chambredes communes. Elle déclara que les Jugements prononcés contre les trois puritains étaient entachés d’illégalités, qu’ils étaient injustes, et portaient atteinte à la liberté des sujets du royaume.
Quelques Jours après, elle ordonna que les trois victimes seraient rétablies dans leurs fonctions, et qu’elles recevraient une satisfaction pécuniaire de l’archevêque de Cantorbéry et des lords qui avaient prononcé contre elles dans la chambre étoilée. La somme allouée à Burton fut fixée à 3,000 livres sterling (75,000 fr.); Prynne et Bastwick reçurent chacun 5,000 livres sterling'( 125,000 fr.).
La chambre, des communes ne voulait point s’arrêter là , elle était résolue a frapper de grands coups. Elle ordonna donc l'arrestation du docteur Cousen, ami de l’archevêque, et le Jeta en prison. Ce fut ensuite le tour de l’archevêque de Cantorbéry lui-même. Les communes envoyèrent un message à la chambre de, lords pour lui demander l’expulsion de Laud
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et sa raiseen accusation. Laud,quise trouvait en ce moment dans la chambre des lords , laissa échapper quelques expressions offensantes pour fa chambre des communes quMi voulut ensuite rétracter. Il demanda la permission d'aller chez lui pour y chercher les papiers nécessaires à sa défense, ce qui lui fut accorde; mais à son retour il fut arrêté et envoyé à quelques jours de là à la Tour. Le lendemain , la chambre des communes envoya un autre message à celle dea lords pour lui demander l’arrestation de l’évéqued’Ely. L’arrestation fut accordée, mais l’évcqueayantfourni une caution de 10,000 livres sterling (250,000 fr. ) , parvint à conserver sa liberté. Il y avait encore un grand coupable c|ue la chambre des communes était décidée à ne point laisser échapper : c'était Strafford. Strafford, qui était alors à York, pressentait déjà le sort qui lui était réservé s’il se rendait à Londres; aussi insistait-il auprès de son maître pour rester dans le nord. Mais Charles, qui avait un pressant besoin de ses services, lui enjoignit de venir, lui promettant que tant qu’il serait roi d’Angleterre il ne lui serait fait aucun mal, et que le parlement ne toucherait point à un seul de ses cheveux. Strafford quitta York ; il arriva a Londres le lundi soir; le mardi il se reposa des fatigues de son voyage, et le mercredi il se rendit à la chambre des lords. Il allait y être arrêté.
« Il était environ trois heures de l'après-midi , dit Rushworth , lorsque le comte de Strafford , ayant appris que les deux chambres étaient en séance, résolut de s’y rendre. On suppose que l’intention du duc en allant à la chambre des lords était d’accuser lord Say et quelques autres lords d'avoir engagé les Écossais à envahir le royaume. Mais Strafford n’était pas encore entré que Pym, porteur d^un message de la chambre des communes, était déjà à la barre des lords et y accusait au nom des communes d’Angleterre, Thomas, comte de Strafford, de haute trahison. Pym , suivant Cla-
rendon, nourrissait depuis longtemps une haine profonde contre Strafford.
« Vous allez nous quitter, lui avaitil dit, lorsque le transfuge Wentworth avait abandonné le parti puritain pour embrasser celui du roi; mais nous ne vous quitterons jamais tant que votre tête sera sur vos épaules! » et Pym avait tenu parole.
Strafford en arrivant à la chambre demanda à l'huissier d’une voix vibrante à être introduit. James Maxwell, huissier de la verge nuire, lui ouvrit : Strafford, la tête haute, se dirigeait vers son banc, lorsqu’un grand nombre de voix parties de divers côtés de la clianibre lui enjoignirent de se retirer et d’attendre en dehors qu’on l’appelât. Strafford ne put maîtriser son émotion, il obéit pourtant. La chambre se consulta et quelques instants après Strafford fut rappelé. Mais cette fois il n’avait plus la même lierté dans sadémarche. Les lords lui dirent de se mettre à genoux pour entendre la sentence qui allait être prononcée contre lui , et aussitôt la chambre ordonna qu'il serait retenu prisonnier jusqu’à ce qu'il se fût justilié des crimes dont il était accusé par la chambres des communes. Strafford voulut parler, mais on lui donna l’ordre de se retirer. Alors il quitta la chamble sous la garde de l'huissier de la verge noire qui lui demanda son épée, et il fut conduit à la Tour.
Ces arrestations importantes n’avaient point encore satisfait la chambre des communes. Sir F rancis Windebank , qui remplissait les fonctions de secrétaire d’État, et qui était l’ami et la créature du primat, fut accusé d’avoir élargi des prêtres romains. Mais "Windebank parvint à se soustraire à l’arrestation dont il était menacé en prenant la fuite , et, protégé par la reine, il se sauva à Paris où il embrassa ouvertement le catholicisme. La chambre des communes s’adressa ensuite à son ancien speaker, qu’elle accusa d’avoir commis de nombreux abus de pouvoir dans l’affaire de l’impôt du ships money, et d’avoir été l’un des auteurs du jugement prononcé contre Hampden.
PÉRIODE DES STÜARTS. 39r
Finch demanda à se justifier lui-inéme.
Sa demande ayant été agréée, il entra dans la chambre ayant les sceaux dans sa main. Le speaker lui dit de s'asseoi r ; ce qu’il fit après avoir salué l’assemblée et placé les sceaux et son chapeau dans la chaise qu'on lui avait avancée.
Finch était un grand rhétoricien, et il aurait bien voulu racheter ses fautes passées au prix d'une humble soumission. Mais, malgré sonhuinilité et l’élégance de son discours, les communes le déclarèrent traître, et le jour suivant elles l’accusèrent devant la chambre des lords, qui ordonna son arrestation. Finch, à l’exemplede W indebank, prit prudemmentlafniteetse retira en Hollande. L’affaire de Hampden occupa ensuite l’attention des communes, et tous les juges qui avaient condamné le patriote furent obligés de fournir une caution pour garantie de leur présence au jugement qui serait prononcé contre eux parle parlement. Berkeley, l’un de ces juges, fut arrêté sur son siège ; il fut traîné vêtu de sa toge à la barre de la chambre comme un criminel. La chambre ne lui permit de se retirerque lorsqu’il eutconsenti à verser 10,000 livres sterling (250, 000 fr.) dans le trésor public.
Le 19 janvier 1641 , un membre des communes demanda que les parlements fussent annuels. La chambre repoussa cette proposition et vota simplement des parlements triennaux.
Mais pour que le statut ne devînt point une lettre morte , elle ordonna que les writs de convocation seraient délivrés par le lord chancelier, et, en cas de relus de ce fonctionnaire, par la chambre des lords ; de plus, que les shérifs agiraient pourleslords dans lecasoùces derniers ne voudraient point lancer les writs, et qu'enfin, dans le cas de refus ou de négligence de la part des shérifs, le peuple procéderait à l’élection de ses représentants sans aucun writ. Le statut portait en outre qu’aucun parlement futur ne serait ajourné ni dissous par le roi qu'après avoir siégé cinquante jours au moins , à partir de l’ouverture de la session. Charles voulut , dans cette occasion essayer une
seconde fois sa puissance contre celle des communes 11 convoqua, dans ce dessein, les deux chambres à White- Hall et leur fit des remontrances. Mais il comprit bientôt que toute résistance était impossible, et, à quelques ours de là, il donna sa sanction royale au bill qui instituait les parlements triennaux.
Le roi eut une nouvelle humiliation à essuyer. Il avait fait grâce de la vie à John Goodman, prêtre catholique, qui avait été condamné à mort, en vertu d'un statut qui infligeait cette peine aux prêt) es des séminaires. Cet acte de grâce irrita les communes. Le 29 janvier, elles adressèrent une remontrance au roi dans laquelle elles lui disaient que les statuts avaient été violés ; que dans ces derniers temps la ville de Londres avait été infestée de catholiques , et que quatre-vingts prêtres et jésuites avaient été élargis illégalement : K Nous savons, disaientelles, qu'en ce moment le pape a un nonce résidant à Londres, et que les paistes vont publiquement à Denmarkouseet à Saint-James poury entendre la messe. D’où vient l’accroissement du papisme, sinon de la non-exécution des statuts qui ont été rendus contre eux.’ En conséquence, nous demandons humblement à Votre Majesté que les lois contre les prêtres et contre les jésuites soient exécutées , et que la loi aitson cours surGoodman , le prêtre. »
Charles répondit à la remontrance en disant que c’était bien malgré lui que le papisme s’était ainsiaccru; qu’il expulserait par une proclamation les jésuites et les prêtres du royaume; qu’à l’égard du nonce Rosseti, la reine lui avait toujours donné l’assurance qu'il n’avait point de commission ofbcielle, mais qu'il résidait seulement près de sa personne comme chargé de transmettre les lettres qu’elle écrivait au pape , corresponda nce dans laquelle se traitaient des affaires relatives à l’exercice du culte qui lui avait été garanti par son traité de mariage ; que la présence du nonce donnant ombrage aux communes, il lui enjoindrait de quitter le royaumeen temps opportun.
Charles déclarait en outre qu'il défen-
oogle
HISTOIRE D’ARGLETERRE.
drait à. seÿ sujets d’aller à la messe, et terminait en livrant le pauvre Goodman aux communes. Ce messatçe fut suivi d’une lettre de la reine; elle disait aux communes qu’elle avait fait tous ses efforts pour empêcher la mésintelligence d'éclater entre le roi et le peuple; qu'à in prière des lords oui avaient demandé la convocation des parlements, elle avait écrit au roi et lui avait envoyé un eentilhoinme à York pour l’enjtager à taire cette convocation. La reine répétait les promesses de Charles à l'égard de Rosetti et de la célébration de la messe , justiGait les actes de sa conduite qui avaient paru répréhensibles aux yeux des puritains en se rejetant sur son ignorance des lois du pays, et eile promettait d'agir avec plus de circonspection à l'avenir. Les communes la remercièrent de sa lettre ; à l’^ard de Goodman pour lequel le roi intercéda une seconde fois, elles se contentèrent de le retenir prisonnier.
Les commissaires écossais se trouvaient àcetteépoque à Londres, où leur présence excitait de vives sympathies; car un grand nombre des habitants de la métropole et les communes ellesinêuies voyaient en eux de puissants soutiens contrôla cour, dans le cas où la querelle viendraità éclater. De son côté Charles, reconnaissant l’impossibilité de rétablir l’ancien ordre de choses dans le royaume tant que l’armée écossaise aurait'le pied en Angleterre, se décida à accepter les conditions qui lui étaient faites. En conséquence, il conlirma sans hésiter tous les actes rendus pendant la dernière session du parlement écossais , et consentit à ce que les Écossais seuls commandas- .sent les forteresses de l’Ècosse; à ce que l'on n’imposât aucun serment extraordinaire aux covenantaires qui habitaient l’Angleterre et l'Irlande. A l’égard des hommes pervers, signalés par les Écossais dans leur pétition, il demanda qu'ils fussent abandonnés à la justice du parlement ; il s’engagea à restituer sans délai les navires et les marchandises qui avaient été pris par les croiseurs anglais, et s’en
rapporta à la e des communes
fiour les indemnités que réclamaient es commissaires. La chambre des communes vota sur-le-champ 135,000 livres sterling (3,125,000 fr. ) pour la dépense de l’armée écossaise pendant cinq mois et 300,000 livres sterling (7,500,000 fr. ) pour les pertes que les covenantaires avaient souffertes.
Une dernière clause du traité restait à régler; elle était relative à l’établissement d’une paix durable entre les deux nations. Les commissaires écossais élevèrent, à cet égard, des prétentions si exorbitantes qu’on crut pendantquelque temps qu’unerupture immédiate allait s’ensuivre; car ils demandaient l’abolition complète, de l'épiscopat non-seulement en Écosse, maisencore en Angleterre; mesiirequi paraissait prématurée à la cliambre des communes. Cependant, on parvint à tout concilier en déclarant que les évêques et tous les autres ecclésiastiques seraient regardés comme n’étant point aptes à exercer des fonctions judiciaires quelconques par suite de l’incompatibilité de leurs fonctions ecclésiastiques avec l’exercice des charges civiles.
Ces négociations terminées, Charles voulut essayer de reprendre la position qu’il avait si fortement compromise en faisant des concessions et en employant la corruption. Il envoya le comte d’Holland dire aux lurds, que par pure bonté pour son peuple il était disposé à abandonner les reprises qu’il avait faites sur les forêts royales, et que les choses seraient rétablies dans l'état où elles étaient primitivement, il fit ensuite offrir des fonctions importantes aux me,mbres les plus influents du parti qui lui était opposé ; mais ses offres turent repoussées.
Les communes s’occupaient alors avec plus d’ardeur que jamais à perdre celui qu’il avait espéré sauver. I.a ruine de Strafford éta t certaine; le roi n’était plus assez puissant pour le défendre. Strafford venait de rencxmtrer de nouveaux ennemis. Le parlement irlandais que, dans ses lettres à son
maître, Strafford se flattait de maîtriser à son gré, se déclarait contre lui.
Une commission de ce parlement fut envoyée à Londres pour donner plus de poids aux poursuites intentées contre lui, et les communes d'Angleterre rac(Hieillirent avec des démo4istrations de joie.
I..e procès commença le 22 mars. Le prisonnier fut retiré de la Tour, vers sept heures du matin, et conduit par eau à Westminster-Hall. Toutes les rues adjacentes étaient occupées depuis quatre heures du matin par des constables et des watchmen qui étaient chargés d'éloigner la foule des abords du palais. Le roi , la reine , le prince royal se rendirent à Westminster, vers neuf heures, et se placèrent dans un cabinet d'où ils pouvaient tout voir s«.ns être vus. Lorsque le prisonnier entra, l’huissier de Westminster demanda ù Maxwell, qui en avait eu la garde, si la hache devait être portée devant lui. A quoi Maxwell répondit que le roi l'avait expressément défendu. Alors 011 lut l’acte d'accusation, qui contenait vingt-huit articles et la réponse de Strafford à chacune des charges. Cette lecture occupa le premier Jour, et on remit la séance au lendemain. Strafford fut renvoyé à la Tour; sur sa route , le comte reçut quelques marques de .sympathie. « La foule semblait maintenant touchée de ses malheurs, dit un historien de l'époque; elle se découvrait devant lui, et Strafford rendait ces saluts avec une grande courtoisie. •> Le lendemain, le prisonnier fut ramené à Westminster-Hall, et Pym, au nom de la chaBnbrc des communes, soutint l’accusation. Strafford repoussa les charges avec chaleur; il soutint qu’il avait défendu les intérêts de la religion , et que, dans tous ses actes politiques , il n’avait eu eu vue que l’hoimeur de son souverain , l’augmentation de ses revenus et la sûreté du royaume. Pym, après avoir combattu les moyens de défense de l’acousé, voulut produire contre lui les charges du parlement irlandais. Mais Strafford s’y opposa; il dit que ces
charges étaient indépendantes de l’accusation originale et demanda du temps pour y répondre. On lui accorda une demi-heure, pendant laquelle la chambredes lords suspendit sa séance.
Le prisonnier Qt alors un discours éloquent et répondit à sou accusateur avec une grande fermeté. Le lendemain, qui était le troisième jour du procès, Strafford eut la liberté d'interrompre les témoins et il parla à plusieurs reprises avec une grande chaleur.
Ce procès mémorable tenait toute l’Angleterre en suspens. Si Strafford avait des ennemis acharnés, il avait aussi des amis dévoués. Le clergé professait en général les plus vives sympathies pour lui ; les courtisans le portaient aux nues, et les dames les plus nobles du royaume affichaient publiquem uit l’interèt qu’elles prenaient à son caractère et à sa personne; le peuple lui-même ne montrait plus une aussi vive irritation en voyant tant de courage. C’était, en effet, un spectacle bien extraordinaire de voir un homme seul, abandonné à lui-même, sans confiance dans le maître qu’il avait servie sans autres ressources et sans autres espérances que celles qu’il pouvait trouver dans lui-même, repousser, comme il le faisait, les accusations des représentants de trois nations. Les faits dont il était acctisé manquaient toutefois de corrélation , et, pris isolément, ils ne pouvaient constituer le crime de haute trahison.
Aussi las avocats chaînés de le poursuivre cherchaient-ils à les réunir et à en former un faisceau. « Il n’y a rien, dans tout ce que je viens d’entendre, s’écria alors Strafford d’une voix forte, qu’on puisse regarder comme un cas de haute trahison. Mille délits ne sauraient constituer un crime de félonie, et, à plus forte raison, vingt-huit délits ne peuvent faire un cas de trahison. « ifs’opéra alorsunretourensa faveur.
Les premiers jours, lorsqu’il avait paru devant ses juges, les lords ne lui avaient point rendu son salut; mais, maintenant, ils lui montraient une sorte de bienveiliance. L’espérance commençait donc ù rentrer dans le
HISTOIRÉ D’ANGLETERRÈ.
cœur de Stfafford, lorsque, le 10 avril, Pyni, son mauvais génie, dtdara à lu cbjiiil)r. descommunesqu’il avait des révélations importantes à faire.
Aussilôt, ordre fut donné aux membres de rester à leurs places et de fermer les portes. Pym produisit alors des pièces qui, suivant quelques historiens , avaient été soustraitesà Vane, secrétaire d’État, par son fils qui appartenait au parti puritain; elles étaient d’une nature accablante. Dans l’une d’elles Strafford engageait le roi à employer des moyens énergiques pour se faireobéir. «Votre Majesté, disait-il,
fiourra répondre de ses actes, tête laute, devant Dieu et les hommes; elle n’aura rien à se reprocher. Vous êtes affranchie de toute contrainte; vous êtes libre de faire ce qu'il vous plaira. Vous avez maintenant en Irlande une armée dont vous pouvez vous servir pour forcer le royaume à l’obéissance; car j’ai la conviction que les Écossais ne tiendront pas sept mois. »
Cette pièce donna lieu à des commentaires. Que voulait dire la dernière phrase : « Pour forcer le royaume à l’obéissance? O Strafford voulait-il parler du royaume d’Angleterre? Pym conclut eu ce sens. Strafford nia avoir écrit ces pièces. « Mais, ajouta-t-il, supposonsun moment pourvraiceque je tiens être faux; supposons que j’aie écrit les lignes que l’on me prête, ces lignes ne pourraient rationnellement s’appliquer à l’Angleterre, puisque l’Angleterre n’était point en état d’insurrection et que jamais il n’est venu dans l’esprit du conseil de faire débarquer une armée irlandaise dans le royaume , comme les lords du conseil pourront vous le dire eux-mêmes. »
D’après cette interprétation , l’armée, irlandaise aurait été destinée à agir contre les Écossais. Le parti écossais n’en devint que plus acharné à sa perte. Les sympathies qu’avait réveillées le sort Je Strafford da.is le sein de la nation inspirèrent des craintes <à ses ennemis. Peut-être allait-il éclwpper à une condamnation ! Sur la motion d’u n de ses mem bres la chambre des communes s’empressa d’adopter
un bill à'attainder contre le comte. Le bill fut aussitôt envoyé à la chambre des lords, qui parut d’abord peu disposée à l'adopter. Alors les plus ardents du parti populaire soudoyèrent des hommes, que l’on pnt dans la lie du peuple, pour aller dans les environs de la chambre du parlement demander la tête du prisonnier, car on espérait ainsi intimider les lords.
Les communes envoyèrent ensuite un de leurs membres aux lords pour les informer que le comte de Strafford avait le dessein de s’échapper, qu’il avait des navires en mer à ses ordres, et que les gardes qui étaient chargés de veiller sur lui étaient achetés.
Des tentatives avaient réellement été faites pour sauver le prisonnier. Elles venaient cTe Charles, qui avait donné des promesses formelles à Strafford ; il lui avait dit que , bien qu'il pdt être obligé de faire des sacrifices aux exigences de l’époque, il ne l’abandonnerait jamais; et pour la première fois de sa vie, peut-être, Charles tenait à remplir scrupuleusement ses promesses. Cent soldats furent soudoyés par lui ; il avait l’intention de les introduire dans la Tour pour qu’ils pussent lui livrer cette forteresse. Ce projet ayant échoué , Charles voulut retirer Strafford de la Tour et le mettre dans une autre prison, espérant qu’il pourrait le délivrer en roule. Il lit , à cet égard, de brillantes promesses à Balfour, lieutenant de laTour; maisBalfourétaitsi.icèrementattachéalacaiise du peuple; il repoussa ces promesses et rejeta avec le même mépris l’off re quelui fit Strafford de vingt-deux mille livres sterling ( 5-50,000 tr. ) et d’une alliance matrimoniale.
Cepend.int Charles espérait encore :
l’armée anglaise qui éta:t dans le nord était irritée de voir que les communes, qui avaient voté des fonds pour solder l’armée écossaise, ne songeassent point à payer ce qui lui était dü. Charles ess.iÿa de profiter de ce mécontentement pour rappeler ses troupes à Londres; et des ouvertures secrètes furent faites aux principaux officiers qui étaient à York. Mais i’ambition
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PÈRIODK DES STUARTS. «t»l
de ces officiers, leur jalousie et le rix qu’ils mettaient à leur service, rent encore échouer l’entreprise.
Il ne restait plus qu’un moyen à Charles , c’était d’essayer s’il ne pourrait point fléchir les communes. Le
mai, il réunit les deux chambres devant lui et leur recommanda de ne point traiter avec trop de sévérité le comte, n Je n’avais point , leur dit-il , l’intention de vous parler de cette affaire dans le principe , mais je ne puis me dispenser de le faire maintenant qu’un bill A'attaiiuler m’oblige à prendre part au jugement. Vous savez tous que j’ai assisté à ce procès, que j’en connais tous les détails, et que je puis apprécier les témoignages qui ont été rendus. Eh bien! je dois vous dire que dans le fond de mon âme, je ne saurais condamner le comte pour crime de trahison. Il ne me convient pas, et certes vous n’attendez pas cela de moi, que je discute avec vous les actes de mon gouvernement. Cependant je vous dirai trois grandes vérités ; la première , c’est que jamais je n’ai eu l’intention de faire venir une armée irlandaise en Angleterre,etque ce conseil ne in’aétédonné par personne ; la seconde , c’est qu’il n’y a point eu de discussion devant moi, soit dans le conseil public, soit dans le conseil privé, relativement à la déloyauté et au mécontentement de mes sujets anglais ; la troisième, c’est que personne ne m’a jamais conseillé (Talterer en quoi que ce soit quelquesunes deslois de l’Angleterre et encore moins toutes les lois du royaume. Je pense que personne n’aurait l’impudence d’affirmer de pareils faits. Mon intention a toujours été de gouverner selon les lois , et , quiconque oserait le nier, serait puni par moi d’une manière e.xeraplaire, afin que la postérité la plus reculée conservât le souvenir du châtiment que je lui aurais infligé. Je désire être compris. Je vous ai dit qu’au fond de mon âmeje ne saurais condamner Strafford pour crime de haute trahison ; d’un autre côté , je ne saurais l’absoudre entièrement.
Strafford a commis des délits. En con-
ANG1.EICRBE. — T. II.
séquence , je désire que vous trouviez le moyen de donner satisfaction à la justice, et en même temps de ne point forcer ma conscience à agir contre son propre mouvement. Milords, vous savez combien les affaires de conscience sont délicates. Pour contenter mon peuple je ferai de grandes choses , mais en affaires de conscience je ne céderai à aucunes craintes, je ne fléchirai devant aucunes considérations.
Rien ne me forcera de faire ce qu’elle aura repoussé. Mais, assurément, jén’ai
?ias assez mal mérité du parlement cette ois pour avoir lieu d’entretenir de pareilles craintes. » Charles demandait en terminant que Strafford fût condamné simplement à la perte des charges et des fonctions qu’il remplissait.
Cette intervention du roi déplut aux communes. Elles la regardèrent comme une usurpation de leurs privilèges. Pym et ses amis dénoncèrent alors les plans qui avaient été adoptés par le roi pour rappeler l’armée anglaise à Londres et la faire agir contre le parlement. Les accusations qu’ils portaient contre le roi étaient de la plus haute gravité ; Pym affirmait que les plans de la cour avaient des ramifications au dehors ; que les Français rassemblaient desforces pour envahir l’Angleterre; que divers personnages de marque qui entouraient la personne du roiietaient fortement engagées dans ces complots, et qu’ils avaient formé le dessein de délivrer le grand traître de la Tour. Les communes déclarèrent aussitôt qu’il y avait nécessité de fermer les ports de mer, et votèrent un bill pour que le roi ne laissât partir aucune des personnes qui étaient près de lui, sans une permission spéciale signée de sa main et accordée par le parlement. Puis elles firent une protestation solennelle , dans laquelle elles s’engageaient à maintenir au prix de leur vie et de leur fortune la religion protestante réformée contreles innovations du papisme ; à défendre la personne du roi ainsi ue les privilèges du parlement, les roits elles libertés des sujets du royaume; à poursuivre tous ceux qui par la
force, Jeurs conseils , ou leurs intrigues, commettraient des actes contraires à l’esprit de la présente protestation; à conserver par des voies justes et honorables l’union et la pak entre les trois royaumes d'Ecosse, d’Angleterre et d’Irlande, et à ne céder ni à la crainte ni à l’espérance, ni à aucune autre considération pour maintenir le présent engagement.
. Les communes adressèrent aussitôt une lettre à l’armée du nord pour lui donner l’assurance qu’elle aurait de l’argent , et lui dire qu'elles ne doutaient pas de son affection pour le parlement, malgré les efforts qu’on avait faits pour la corrompre. Puis pour faire face à l’invasion étrangère dont elles croyaient le pays menacé, elles ordonnèrent que les troupes qui étaient dans le Wiltshire et le Hampshire fussent dirigées sur Portsmuuth, et que les forces qui étaient dans le Kent et le Siissex fussent concentrées à Douvres; déclarant, en même temps, que tout homme qui donnerait la main à une invasion étrangère sur le territoire, serait regardé comme l’ennemi du roi et du royaume. De leur côté, les lords annoncèrent aux communes qu’ils avaient envoyé six de leurs membres à la Tour
fiour veiller, de concert avec Balfoiir, ieutenantde la Tour, sur le prisonnier et résister à toutes les tentatives qui seraient faites pour favoriser son évasion; ils déclaraient en même temps adhérer aux résolutions qui avaient été prises par la chambre, ainsi qu’à la protestation qui leur avait été envoyée et au bill ài'attaiiuler.
Les prédicateurs puritains enflammaientalorsl'espritdu peuple par leurs discours. « Il était nécessaire, disaientils, de punir les grands coupables; un sacrifice humain ne pouvait qu'être agréable au ciel. » La capitale était en proie à une vive irritation ; la plupart des citoyens ne quittaient la cité qu’armés de bâtons, et se portaient ensuite sur 'Westminster pour demander la tête de Strafford. Le 5 mai , un membre de la chambre des communes ayant dit que la cour préparait
un coup de main du genre de celui de Guido Fa wkes, le brui t se répandi t aussitôt dans la ville(|ue la viedes membres du parlement était menacée. L’alarme était fausse, et peut-être n’avait-elle été donnée que pour apprécier la confiance qu’on pourrait placer dans les dispositions du peuple. Mais ces dis-
fiositions durent elfrayer le roi ; car es citoyens se réunirent en grand nombre et se joignirent à un régiment, commande par le colonel Mainwaring, pour se porter sur Westminster et prêter main-forte au parlement. On reconnut alors que la rumeur, qui s’était propagée si vite, n’avait aucun fondement; la foule se dissipa paisiblement, et le régiment rentra dans ses quartiers.
Le 7 mai, les lords adoptèrent le bill A'attauider. Le même jour, elles adoptèrent un autre bill qui abrogeait la prérogative du roi en vertu de laquelle il prononçait la dissolution du parlement: Le lendemain, les communes demandèrent aux lords de se joindre à elles pour obtenir du roi son adhésion au bill A'attainder; ce qui leur fut accordé. Les deux chambres présentèrent aussitôt le bill au roi. 11 y eut un dernier combat dans le cœur de Charles. Ses sympathies, son orgueil froissé lui disaient de sauver, au risque même de sa vie, le malheureux Strafford. Mais, comment refuser sou adhésion au bill? Charles convoqua à White-Hall son conseil privé ainsi que queiques-uns des juges et des évêques , pour leur demander quelle conduite il devait tenir dans cette circonstance difficile. Les avis furent partagés. Quelques-uns engagèrent le roi à ne point consentir à ce qu’on versât le sang d’un homme que, dans le fond de son cœur, il croyait innocent; mais la majorité du conseil fut contre cet avis, Charles signa le bill. On rapporte que cet acte lui arracha des larmes et (ju'il s’écria que la condition de Strafford était plus heureuse que la sienne.
Quelques jours auparavant, .Strafford lui avait écrit une lettre touchante dans laquelle il protestait de sa loyauté et de sou innocence : «J’ai appris, disait-
PERIODE DES STUARTS
il dans cette lettre, que mes ennemis sont plus irrités que jamais contre moi , bien que Votre Majesté ait déclaré que , dans son opinion , je ne suis pas coupab de trahison et que sa conscieneeserefuseàsignerlebill.Cela me jette dans une grande perplexité.
J’ai devant les yeux la ruine de mes enfants et de ma famille sur lesquels jusqu’à cejour il u’a plané aucun soupçon; et, d’un autre côté, les maux qui peuvent attei nd re votre personnesacrée et tout le royaume, si Votre Majesté et le parlement se séparent mécontents; j’ai présentes à muii. esprit les choses que les hommes estimentetcraignent le plus au monde, la vie et la mort. Dire à Votre Majesté qu’il ne se passe pas une lutte en moi , ce serait lui dire que je ne suis point homme, quej'ai une force supérieure à celle que Dieu accorde aux hommes. Non , et je ne sau rais voir non plus sans douleur la ruine qui va atteindre ma famille et mes euiants. Cependant , j’ai pris la résolution de in’efiàcerici et d'oublier mes maux pour ne songer qu'à laprospérité de votre personne et de l’Etat; choses qui doivent passeravauttouteautre considération.
En conséquence, et pour rendreà votre conscience le repos qui lui manque, je viens supplier humblement Votre Majesté d’accepter le bill à’altainder qui lui est proposé, car Votre Majesté écartera ainsi de dessus sa tète les maux qu’entraînerait son refus. Sire, mon consentement vous acquittera devant Dieu plus que ne saurait le faire l’opinion du monde entier. » Strafford iinissait sa lettre en recommandant son fils et ses trois filles au roi, et en faisant des vœux pour le bonheur de son souverain.
De grand sceau fut apposé sur le bill &attainder , et le 12 mai fut fixé pour l’exécution. On était au 10 mai.
Le 1 1 , Charles voulut faireune dernière tentative pour sauver Strafford. Dans ce dessein, il envoya la lettre suivante à la chambre des lords par le jeune princede Galles Milords, j’ai donné
satisfaction hier à la justice du royaume en adoptant le bill d'attainder voté par les deux chambres contre le comte
de Strafford ; mais la miséricorde considérée comme justice est inhérente II la majesté souveraine, comme elle en est même inséparable. Je désire donc me montrer miséricordieux , après m’élre montré juste, en permettant ue cet homme infortuné passe le reste e ses jours en prison. Je mets une condition à cet acte de grâce, c’est qu’il ne fera à l’avenir aucune tentative ' pour s'échapper, qu’il ne se mêlera ni directement ni indirectement des affaires publiques, soit avec moi , soit avec d’autres. Dans le cas où il ne tiendrait pas cette obligation , je consens à ce qu'il soit mis à mort sans de plus amples informations. Si ce que je desire peut être fait sans mécontenter mon peuple, j’en éprouverai une vive satisfaction , et c’est pour obtenir votre approbation que je vous écris cette lettre et que je vous l’adresse parle membre de votre chambre qui est le plus cher à mon cœur. Je désire que vous demandiez une conférence aux communes , et que vous tâchiez de lui faire trouver cette mesure agréable, vous assurant que je n’en serai que mieux disposé a taire droit à vos justes griefs. Cependant , s’il faut absolument la vie de Strafford pour contenter mon peuple, je dirai fiat justitUi. » Vous recommandant de nouveau l’examen de mes intentions, je reste
votre ami dévoué,
Charles R.
P. S. S’il doit mourir, je demande en grâce qu’on lui accorde un sursis jusqu’à samedi. >
On était au mardi.
Cette lettre fut lue deux fois dans la chambre haute ; et , après un assez long débat, douze pairs quittèrent la chambre pour se rendre auprès du roi, et lui dire que ses intentions ne pouvaient être remplies. Le roi leur répondit ;
« Ce que je demandais dans ma lettre était conditionnel; je disais, si cela peut être fait à la satisfaction de mon peuple. Mais puisque cela ne peut être, je repéterai fiat justida. » Quant au sursis dont j’ai parlé, je ne l’ai demandé que parce que j’ai appris que les affaires du comte étaient emhrouillées, et
HISTOIRE D’AHGLETRRRE.
u'ellesoxigcraknt quelquesjourépour tre mises en ordre. » Les lords répondirent au roi que leur intention était de le solliciter pour qu’il répandit ses faveurs sur les enfants de Strafford.
Le jour suivant était le Jour fatal.
Pendant la nuit Strafford reçut la visite de l’archevêque Usiier; il le pria de se rendre auprès deLaud, son > ancien ami et maintenant son compagnon d’infortune, pour que l’archevêque de Cantorbéry priât pour lui et lui donnât sa bénédiction, quand il irait à l’échafaud. Strafford essaya ensuite d'obtenir uneentrevuepersonnelleavec Laud , mais cette faveur lui fut refusée.
« Monsieur le lieutenant, dit Strafford, vous entendrez ce qui sera diten tre nous deux; pourquoi me refuser.’ Ce n’est pas dans un moment semblable que l’archevêque voudrait commettre des hérésies et que je voudrais conspirer. » Baifour répondit que ses ordres étaient positifs , mais que le prisonnier pouvait s’adresser au parlement.
« Non , reprit Strafford , j’ai reçu mes dépêches du parlement et je ne l’ennuierai pas davantage. J’ai maintenant à adresser une pétition à une cour plus élevée quecelledu parlement ; c’est à celle de Dieu ; c’est un tribunal, monsieur le lieutenant, duquel il n’v a point de partialité à attendre ni d'erreurs à craindre. »
Le matin, quand il sortit de sa prison pour aller à l’échafaud , il s’arrêta auprès de l’endroit où était enfermé l’archevêque; et, s’adressant à Baifour.
« Monsieur le lieutenant, » lui dit-il, quoique je ne voie pas l’archevêque, permettez-moi de me tourner ver? la chambre qu’iloccupe et de faire ici mes prières. » Mais Laud venait d’être averti; il s’approcha en ce moment de la croisée. Alors le comte s’inclinant jusqu’à terre lui dit : « Milord ,accordezmoi vos prières et votre bénédiction. » L’archevêque leva les mains et lui donna sa bénédiction; mais, suffoqué par son émotion, il perdit connaissance. Le cortège se remit en marche.
A quelques pas plus loin Strafford , se tournant une seconde fois vers la
chambre qu’occupait l’archevêque, prononça ces dernières paroles :
« Adieu , milord ; que Dieu protège votre innocence. »
Strafford ne paraissait point abattu ; il marchait à l’échafaud le visage haut comme un général marche à la tête de son armée. A la porte de la Tour le lieutenantl’engagea à prendre une voiture : O Le peuple, lui dit-il , pourrait bien sejeter sur vous et vous mettre en pièce.s. — Qu’importe, monsieur le lieutenant, répondit Strafford, que je meure de la main du bourreau, ou quele sois victime de la fureur du peuple ? s'il plaît au peuple de sejeter sur moi et de me mettre en pièces, qu’il le fosse, je n’ai point peurdelui; je puis regarderla mort en face. » Le triste cortège se remit en route, et ne s’arrêta plus qu’au pied de l’échafaud. Une foule immense s’était réunie pour voir mourirStrafford.
Au milieu d'unsilenceprofond etsolennel il prit la parole : il dit qu’il se soumettait avec résignation a son sort; qu’il mourait en pardonnant à ses ennemis; que sa conscience lui disait qu’il était innocent , et qu’on s’était mépris sur la nature de sesactes. « Une chose que je tiens à faire entendre et qui sera crue, je l’espère, s’écria- t-il, c’estque, loin d’àvoirael’aversion pour les parlements, j’ai toujours cru que ces assemblées avaient puissamment contribué au maintien de la constitution et au bonheur de la nation . Je déclare encore que je les regarde comme les instruments les plus propres a rendre heureux le roi et le peuple. » Il dit ensuite quelques paroles affectueuses à l’archevêque Usher, au comte de Cleveland, àsirGeorges VVentworlh, son frère, et à quelques amis qui étaient venus lui faire leurs adieux ; il leur parla de sa femme et de ses enfants; puis il posa sa tête sur le billot fatal. L’e.\écuteur la lui trancha d’un seul coup , et la présentant toute sanglante au peuple, il s’écria « que Dieu sauve le roi! » le peuple ne proféra aucun cri. On eilt dit que ce triomphe l’avait frappé de stupeur. Cependant , le soir, il se remit de son trouble et témoigna l’allégresse qu’un pareil évé-
PÉRIODE DES STUARTS
nement lui causait en allumant des feux de joie dans les rues.
8 1 1 ■ Sensation que produit la mort de Slrafford parmi les hauts fonctionnaires de l'État. — Marie de Médicis à Londres. — État des espritsen Irlande et en Écosse. — Nouveaux dissentiments entre les communes et la couronne. — Émeute populaire à Londres. — Charles se présente lui-méme à la chambre des communes pour arrêter cinq membres de cette chambre.
La mort de Strafford causa une panique parmi les fonctionnaires publics ; la plupart d’entre eux se hâtèrent d'abandonner leurs places dans la crainte d’un sort pareil. Lord Cottington fut remplacé par lord Save; le marquis d’Herford fut nommé ’ gouverneur du prince; le comte d’Essex fut élevé aux fonctions de lord chambellan, et le comte de Leicester , autre seigneur qui appartenait au parti du peuple, fut élevé à celles de lord lieutenant d’Irlande. Tous ces personnages avaient la confiance de la chambre et devaient être naturellement odieux au roi . Cependant, le nouveau ministère donna à la chambre haute un courage dont elle paraissait manquer depuisquelque temps. Ainsi, grâce à lui , les lords , qui avaient obéi servilement jusqu’alors aux communes , rejetèrent deux bills que celles-ci avaient adoptés. L’un avait pour objet d’empêcher les évêques de siéger dans le parlement; par Vautre bill, les communes auraient voulu donner une forme nouvelle à la juridiction ecclésiastique. Les communes votèrent aussitôt des subsides au roi ainsi que le bill du tonnage et du pesage, qui avait donné lieu à tant de difficultés entre elles et la couronne; puis elles présentèrent à la sanction royale deux bills
3ui abolissaient pour toujours la cour es hauts commissaires et la chambre étoilée. Charles montra encore quelques velléités de résistance. Il exprima sa surprise de ce qu'une pareille mesure eût été adoptée d’une manière aussi prompte ; mais il se rendit bientôt aux conseils de quelques amis, et les bills reçurent sa sanction.
Pendant que ces événements se passaient, Marie de Médicis, reine
douairière de France et mère delà rei ne d’Angleterre, chassée de France par le cardinal de Richelieu , était venue demander un asile à l’Angleterre. Marie de Médicis, poursuivie par le malheur, s’était d’abord adressée ù sa fille la reine d’Espagne; mais elle en avait essuyé un refus. F.lle avait été plus heureuse avec Henriette; la reine d’Angleterre,aprèsde longues soll icitations, était parvenue à décider Charles à la recevoir. L’arrivée de Marie de Médicis, dans un moment où le peuple était si fortement irrité contre les catholiques, et sa présence à Londres, donnèrent lieu à une vive excitation; ce qui obligea les communes de prendre cette reine sous leur protection.
Mais bientôt, elles ordonnèrent à la reine mère de quitter le royaume. Marie de .Médicis, qu’avaient effrayée les démonstrations au peuple, s’empressa d’obéir à ces ordres ; et les communes lui ayant voté dix mille livres sterling (2.50, 000 fr.) (juillet 1039), elle partitde Londres accompagnée du comte d’Arundel. A quelque temps de là, nous la voyons mourir à Cologne dans la plus grande pauvreté.
La reine d’Angleterre auraitaccompagné sa mère avec joie ; les restrictions que l’on venait de fSire aux prérogatives royales l’avaient profondément irritée ; mais elle savait que son départ du royaume sans une permission des communes serait , sinon impraticable , du moins dangereux pour elle et le roi. Elle demanda à la chambre l’autorisation de se rendre aux eaux de Spa ; « sa santé, disait-elle, avait beaucoup souffert du mécontentement qu’elle éprouvait et des faux bruits répandus sur son compte: » sa demande fut repoussée; Henriette fut obligée d’abandonner pour le moment son projet de voyage.
Vers cette époque les communes demandèrent à la chambre des lords la mise en accusatior, de treize évêques, qu’elles signalaient comme ayant poursuivi avec activité le système de Laud. Cette demande ayant été accueillie, la chambre des lords perdit ainsi treize de ses membres; ce
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qui donna plus de force aux communes. Les covenantaires éco.ssais occupaient encore le nord de l’Ani-leterre et paraissaient décidés à y rester tant que l’armée royale ne serait point licenciée. Le traité de pacification fut conclu au commencement du mois d'aodt.
Charles se décida non-seulement à renvoyer son année, mais encore à retirer les garnisons qu’il avait placées dans les forteresses de Berwick et de Carlisie ; il s’engagea en outre de la manière la plus solennelle à oublier le passé. Les Écossais obtinrent, à cette occasion , du parlement anglais une somme de deux cent mille livres sterling (.5,000,000 fr.), et après avoir vu s’opérer le licenciement de l’année anglaise, ils quittèrent le territoire anglais pour regagner l’ Écosse.
Charles voulut alors visiter l’Éeo.sse, et le parlement, qui s’était montré d’abord peu favorablement disposé à ce voyage , étant revenu de sa décision, il partit. Son voyage fut des plus agréables; il arriva a Edimbourg et y fut reçu avec enthousiasme. Les exigences du moment étaient pressantes; faisant violence à ses penchants naturels , il assista avec recueillement aux sermons des prédicateurs presbytériens, et se conforma extérieurement à leurs cérémonies. Mais comment les dispositions du roi avaient-elles pu changer en si peu de temps? La surprise des Écossais était extrême; l’étonnement augmenta encore , lorsque Charles voulut avoir un chapelain presbytérien et qu’il nomma à ces fonctions Alexandre tlenderson, l’un des ministre du culte qui avait montré le plus d’acharnement pour renverser les évêques. En outre , Charles ne témoignait plus de mauvais vouloir contre les chefs des covenantaires; il leur montrait à tous du respect et même de1’affection,en donnant aux uns des titres, aux autres des emplois, et à tous des promesses. Dans son discours d’ouverture au parlement écosser, il déclara que l’affection qu’il portait à son pays natal l’avait ramené en Écosse, ou il espérait éteindre toutes les jalousies et faire régner la paix.
Charles s’engageait à remplir toutes les
conditions qui avaient été stipulées dans le traité. Il se contenta de recommander au parlement de ne point oublier dans cette circonstance l’ancienneté de sa famille et la sainteté de ses droits.
Ce()endant la confiance était lente à renaître. Charles aurait voulu choisir ses ministres parmi ses favoris; mais le parlement réclama le droit de nommer à ces hautes fonctions.
Toutefois, après d’assez longs débats h cet égard , on parvint à s’entendre. Il fut convenu que la nomination des juges, des ministres et des conseillers privés , serait faite par le parlement lorsque la session serait ouverte , et parle conseil privé lorsque le parlement serait ajourné ou di.ssoiis.
Charles s’était ménagé des intelligences parmi les membres du parlement écossais; quelques-uns de ceux qui jusque-là avaient joui de la réputation de bons covenantaires s'étaient laissé séduire par son or. Cette affaire mal dirigée échoua. Charles, pour déguiser son mécontentement, fut obligé de donner des places à ceux qu’il avait regardés jusqu’alors comme ses ennemis invétérés. Le général Leslie, auquel il vouait une haine profonde et qu’il avait juré de faire pendre aussitôt qu’il le pourrait, fut élevé à la pairie avec le titre de Comte de Ijeven. Deux autres chefs des covenantaires furent créés comtes. D’autres reçurent de larges sommes que le roi prit sur le revenu des évêques écossais.
Alexandre Henderson, dont il avait fait son chapelain presbytérien, eut une grande part à ces largesses.
L’attention de l’Angleterre se tournait alors vers l’Irlande qui, encouragée par l’exemple des Écossais , semblait disposée à reconquérir son indépendance. Au motif religieux qui excitait les .Irlandais à se soulever se joignait la perspective de rentrer en possession des terres qui leur avaient autrefois appartenu, et qui étaient occupées maintenant par les descendants des envahisseurs étrangers et des.coloni.stes protestants. Roger Moore, gentilhomme de Kiidare , fut l’un des agents les plus actifs de ce soulèvement. A sa
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voix, Cornélius Magurie, baron d’Inniskillen,et sirPhelimO’ Neal, descendant du brave comte de Tyrone, se jetèrent à corps perdu dans la révolte.
Les conjures cherchèrent aussitôt des partisans, et s’occupèrent à se ménager des intelligences secrètes dans l’armée irlandaise. Strafford , qui avait levé cette armée contre l’ Écosse, l’avait composée de catholiques. Leur projet réussit; bientôt oflicierset soldats promirent leur concours. Le complot devait éclater le 23 octobre. R fut arrêté que le château de Dublin serait emporté par surprise; qu’on attaquerait simultanément les lignes de défense qui étaient occupées par les troupes anglaises ainsi que les magasins d’armes.
Mais un traître ayant vendu le secret de la conspiration , le château de Dublin ne fut point pris. Toutefois cet insuccès n’arrêta point les conspirateurs; dans d’autres parties de l’Irlande ils obtinrent des avantages signalés. Les villes de Charlemont, de Dunkanonn , celles de Montjoy, de IN'ewry de Tenderage, tombèrent successivement en leur pouvoir. Ces succès enhardirent les timides, et bientôt les flammes de la révolte gagnèrent toutes les parties de l’ile.
Le Tyrone, le Monaghan, les comtés de I.ongfort, de Leitrim, de Fermanagh, de Cavan, de Donegal, de Derry, furent occupés par les forces des insurgés, dont la fureur était sans égale; car tous les protestants qui tambaient dans leurs mains étaient mis à mort.
La nouvelle de ces avantages ayant jeté la consternation dans la métropole, le parlement voulut déployer la plus grande énergie pour éteindre le feu de la révolte. Deux cent mille livres sterling (5,000,000 fr.) furent votées pour être mises à la disposition du gouvernement. Des vaisseaux furent armés pour croiser sur les côtes irlandaises; et 6,000 hommes d’infanterie et 2,000 hommes de cavalerie furent levés pour faire la campagne. Il fut, en outre, arrêté que le comte de Leicester, lieutenant d’Irlande, présenterait aux deux chambres.
une liste des officiers qu’il Jugerait aptes à occuper des commandements dans l’armée; que des approvisionnements seraient faits à Chester et qu’ils seraient dirigés sur Dublin; que des armes , de la poudre et d’autres munitions de guerre seraient envoyées en Irlande; qu’une somme d’argent considérable serait donnée à titre de récompense à tous ceux qui remettraient entre les mains du roi ou de ses agents les chefs des rebelles.
L’insurrection avait également fait une impression profonde en Écosse.
Car le succès (les Irlandais devait amener une lutte infaillible entre le catholicisme et le presbytérianisme.
Les Écossais résolurent de contribuer aux dépenses de la guerre; ils nommèrent des commissaires pour s’entendre avec le parlement sur les mesures à prendre au sujet de cette grande affaire,
Charles à son retour à Londres fut reçu avec joie par les habitants de cette ville; pour ne point être en reste de courtoisie, il donna un banquet aux principaux citoyens de la ville, à Hampton-court , et nomma chevaliers plusieurs aldermen. Le parlement , pendant son absence , avait appelé , autour du palais où il tenait .ses séances, une grande armée pour veiller à sa sûreté. Cette mesure déplut à Charles; et, sur ses ordres , le chancelier alla inviter les deux chambres à retirer les gardes. Mais les communes déclarèrent qu’il y avait nécessité pour elles d'être i)rotégées, et, parconséquent, de conserver les gardes; elles insistèrent pour en nommer elles-mêmes les commandants. Deux jours a|>rès, les communes présentèrent au roi leur célèbre reniontrance au sujet des affain*s du royaume. Cette remontrance avait donne lieu à des débats très-animés.
Le 12 novembre, vers midi, heure à laquelle les membres des communes allaient dîner, quelques membres demandèrent, en raison de l’heure avancée, (pj’on remit la question à un autre jour. Mais Olivier Cromwell, qui jusqu’alors n’avait joué qu’un rôle fort secondaire, et quelques autres
membres de son parti insistèrent pour qu’elle fût discutée sans délai.
« Le temps nous manquera , s’écria lord Falkland ; car cette affaire exigera bien quelques débats. — Les débats seront très-courts, lui répondit Cromwel, qui espérait, ainsi que son parti, que cette mesure passerait sans opposition. «Cromwell se trompait; il yeut une opposition formidable; car la mesure paraissait extrême à un grand nombre des membres de la chambre qui y voyaient desdémonstrations trop hostiles de la part du peuple contre le roi et son gouvernement. Les débats durèrent tout le jour et une partie de la nuit. Le parti populaire ne l’emporta sur ses adversaires que de neuf voix. On rapporte que Cromwell déclara à cette occasion que si le vote de la chambre eût été autre que celui qu’elle venait de rendre, il aurait vendu son patrimoine et se serait retiré en Amérique. De nouveaux débats surgirent , lorsque, sur la motion de Hampden , il fut proposé de publier et d’imprimer la remontrance sans le consentement des pairs ; mais cette fois le parti populaire perdit son avantage à anemajoritéde cent vingtquatre voix contre cent et une.
Ce document se composait de deux cent six articles séparés. Les communes y avaient énuméré toutes les calamités de la nation qu’elles attribuaient aux papistes , aux évêques et aux ecclésiastiques, aux conseillers de la couronne et aux courtisans depuis le commencement du règne de Charles. Il se terminait par une prière adressée au roi pour qu’il éloigiiAt de sa personne les papistes , et ceux qui étaient connus pour favoriser le papisme, et pour q^u’il n’élevât aux fonctions de conseiller que des hommes qui eussent la confiance du parlement.
Quand la remontrance fut présentée au roi , il ne put maîtriser un mouvement de colère; ayant lu un passage dans lequel on semblait lui prêter le dessein de changer la religion, « Je voudrais, s’écria-t-il, que celui qui a un pareil dessein allât au diable. »
S’arrêtant de nouveau à un passage
où il était dit que les terres des rebelles irlandais seraient données à ceux qui étoufferaient la rébellion, « Il ne faut pas, s’écria-t-il, vendre la peau de l’ours avant que de l’avoir tué. «
Le jour suivant, il envoya sa réponse aux communes. Il leur disait qu’il regardait leur déclaration comme n’étant point parlementaire; que les évêques avaient droit de voter dans le parlement et que leurs pouvoirs temporels avaient éprouvé des restrictions suffisantes par la suppression de la cour des hauts commissaires; qu’il examinerait la proposition qui lui était faite de convoquer un synode national pour donner son avis sur les cérémonies de l’Eglise; qu’il était intimement persuadé que l’Eglise d’Angleterre professait la vraie religion et qu’elle était e.xempte de toutes superstitions ; qu’à l’égard des mauvais conseillers dont on lui parlait , il était nécessaire de les désigner et de lancer contre eux une accusation directe , au lieu de faire planer sur tous des accusations générales et vagues. Charles recommandait en outre l’Irlande à l’attention des communes ; il leur disait que leurs préparatifs marchaient avec lenteur, et il terminait en leur donnant l’assurance qu’il ne voulait que le bonheur de son peuple.
Des propositions furent faites par les rebelles irlandais. Ils demandaient notamment le libre exercice de leur culte. Ces propositions furent portées au parlement. Au milieu de la discussion à laquelle elles donnèrent lieu on apprit qu’une garde venait d’être placée près de l’édifice où la chambre tenait ses séances. Aussitôt les communes ordonnèrent à leur sergent d’armes d’amener le commandant de cette garde à leur barre. L’officier dit pour sa défense qu’il agissait en vertu des ordres du shérif. Les communes eiijoignirent à la troupe de se retirer, déclarant que cet acte était une violation manifeste de leurs privilèges.
Quelques jours après, les communes adoptèrent, à une forte majorité, la
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motion qu’elles avaient repoussée dans une séance précédente au sujet de l’impression et de la publication de la remontrance; et aussitôt cette pièce fut répandue avec profusion dans toutes les parties du royaume.
Charles s’était retiré à Hamptoncourt pour répondre à la remontrance.
Mais alors il voulut essayer de s’emparer de la Tour de Londres en en changeant le gouverneur. Les communes ayant eu connaissance des intentions du roi , firent aussitôt appeler Balfour à leur barre; et, après l’avoir entendu, elles adressèrent une pétition à Charles pour le prier de conserver le lieutenant dans ses fonctions. Le jour suivant, Balfour rendit les clefs de la Tour au roi , qui nomma aussitôt le colonel Lunsford à sa place. Cette nomination déplut aux communes ; car elles trouvaient’dans le colonel un homme peu disposée les servirau besoin. Elles engagèrent la chambre des lords à se rénnir à elles pour représenter au roi que Lunsford ne méritait point qu’on lui donnât une place d’une aussi haute importance; elles recommandaient à sa place sir John Conyers, qui jouissait de leur confiance. I^es lords n’ayant point accueilli la demande des communes , parce qu’ils avaient vu que leurs prétentions portaient une atteinte trop grave aux prérogatives du roi , les communes déclarèrent à l'unanimité gu’clles regardaient le colonel Lunslord comme n’étant point apte à remplir les fonctions de lieutenant de la Tour, attendu qu’il ne jouissait pas de leur confiance. Aussitôt elles députèrent quelques-uns de leurs membres au comte de Newport, qui était constable de la Tour, pour lui enjoindre , au nom de la chambre, de résider dans la citadelle et de prendre le gouvernement de cette forteresse. Mais le roi retira aussitôt ces fonctions au comte ; et, pour donner une sorte de satisfaction à l’opinion populaire, il reprit en niÊme temps à Lunsford les fonctions dont il l’avait revêtu.
Cette mesure aurait calmé peut-être S’irritationdu peuple; mais avant qu’elle fût officiellement connue , une foule
tumultueuse et menaçante s’était rassemblée autour des 'deux chambres du parlement et remplissait l’air de ces cris : « Trahison ! point d’évêques! point d’évêques !... » L’évêque Williams, que nous avons vu condamné par la chambre étoilée à payer une forte amende et qui, depuis, était rentré en faveur , fut victime de la fureur populaire.
S’étant rendu à la chambre des lords avec le comte de Douvres , il aperçut un jeune homme qui criait de toute la force de ses poumons : « A basles évêques ! » Dans un mouvement d’irritation, il s’élança sur lui pour le frapper; mais les citoyens accoururent pour le défendre, et Williams fut maltraité, battu, et ne put s’éloigner qu’après avoir reçu une forte correction. Lunsford parut, en ce moment, à la tête d’une quarantaine d’amis q^ui étaient tous armés. Une bataille s'ensuivit et il y eut plusieurs citoyens blessés; le lord maire et les shérifs ne parvinrent qu’avec beaucoup de peine à apaiser ce tumulte.
Les treize évêques qui avaient été mis en accusation pour avoir pris une part active aux pratiques de Laud, avaient été admis à fournir caution, et, après un court espace de temps, il leur avait été permis de reprendre leurs sièges dans la chambre des lords. Douze d’entre eux adressèrent une pétition au roi. Ils se plaignaient des violences auxquelles ils étaient en butte, lorsqu’ils se rendaientà la chambre des lords. Rien n’était plus sage; malheureusement les évêques protestèrent contre les résolutions qui seraient adoptées dans la chambre des lords pendant leur absence , si cette absence était le résultat des violences exercées contre eux. L’un des signataires était Williams, qui venait d’être élevé à l’archevêché d’York quelques jours auparavant. Les onze autres évêques étaient ceux de Durham, Lichfield, Norwich , St-. Asaph , Bath et Wells , IlerfortI , Oxford , Ely, Glocester, Peterborough et Llandaff. Ces prétentions déplurent à la chambre des lords
qui dénonça les pétitionnaires aux cfominunes.’ Aussitôt celles-ci accusèrent les douze évêques de haute trahison, et dépêchèrent un de leurs membres pour demander leur mise eu accusation. Les lords ordonnèrent l’arrestation des coupables, ce qui affaiblit encore le parti de la cour dans le sein de la chambre des lords.
Le dernier jour de l’année, les communes envoyèrent une adresse au roi pour lui demander de leur accorder une garde chargée spécialement de veiller à leur sûreté, parce que, disaient-elles, elles avaient de Justes motifs de craindre qu’on ne se livrât à des actes d’agression contre elles. Elles demandaient en outre une prompte réponse à leur message : Charles la leur promit. Mais, comme elle se faisait attendre, les communes fireiitapporter des armes dans le sein de la chambre.
Alors le roi envoya sa réponse aux communes; mais elle n’était pas d'une nature satisfaisante. Le i*oi, dans des termes vagues, promettait sa protection aux membres des communes, et au besoin une garde qui veillerait à leur sûreté ; mais il voulait que cette garde fût choisie par lui.
Lescdmmunesdélibéraientsur cette affaire , lorsqu’elles reçurent un message de la chambre (les lords qui produisit sur elles un effet électri(iue. Herbert , avocat de la couronne, s’etait >résenté le matin à la chambre des ords, et avait demandé , au nom du roi , la mise en accusation de cinq membres de la chambre des communes, et d’un membre de la chambre des lords, pour crime de haute trahison contre Sa Majesté. Les membres accusés étaient lord Kinboltom, de la chambre des lords; Denzil Holiis, sir Arthur Hiizlerig, JohnPym, .lohn flampden , et William Strode, de la chambre des communes; ils étaient accusés d’avoir voulu renverser traîtreusement les lois fondamentales et le gouvernement du royaume , pour priver le roi de son pouvoir royal et en investir quelques individus; d’avoir cherché par des calomnies nombreuses répandues sur le compte de Sa Majesté a lui aliéner
l’affection de son peuple et à la rendre odieuse à ses sujets ; d’avoir essayé par de coupables manœuvres d’entraîner l’armée du roi dans la désobéissance; d’avoir invité une puissance étrangère à en vahir le royaume ; d’avoir cherché à compromettre les droits et l’existence meme du parlement ; d’avoir voulu par la violence et par la terreur forcer le parlement à se Joindre à eux dans leurs coupables dessei ns , et d’avoir, à cet effet , soulevé le peuple contre le roi et son gouvernement; d’avoir enfin levé des troupes contre le roi. Lord Kinboltom, qui était présent, répondit qu’il était prêt à repousser l’accusation portée contre lui ; il annonça qu’il obéiraitaux ordres ue donnerait la chambre, mais aucun es courtisans n’eut le courage de demander son arrestation.
Les communes apprirent dans le même temps que des officiers du roi mettaient les scellés sur les papiers de Hampden, de Pym et des autres membres accusés; elles protestèrent sur-le-champ contre cette mesure et au torisèrent les membres accusés, dans le cas où l’on voudrait les mettre en état d’arrestation, à repousser la force par la force, et à sommer toute personne de leur prêter main-forte. Les sergents d’armes furent invités à se rendre sur les lieux pour briser les scellés apposés sur les papiers d’Hampden et de ses collègues. En même temps, ils avaient ordre d’appréhender au corps ceux qui s’étaient rendus coupables de cet acte arbitraire.
En cet instant, un sergent d’armes , porteur d’un message envoyé par le roi,futintroduitdaiislachambre. « Je viens, par l’ordre du roi mon maîtie , s’écria-t-il, demander à monsieur l’orateur qu’il me livre cinq gentilshommes, qui sont membres de cette chambre; ces membres sont messieurs Denzil Holiis, Arthur Hazlerig , John Pym, John Hampden et William Strode.
J’ai également l’ordre de les arrêter , au nom du roi, pour crime de haute trahison. » La chambre ordonna au sergent d’armes de se retirer ; et aussitôt elle envoya quatre de ses membres au
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roi pour lui dire que l'affaire était de la j)lus grande importance, et qu’elle allait la prendre 'en considération; elle lui déclarait, du reste, que les membres accusés éta Lent prêts à répondre aux charges légales portées contre eux.
C’était le 16 janvier (1642) .Le roi avait fait de grands préparatifs de défense. Des armes avaient été apportées de la Tour à White-Hall, et une foulede jeunesgens, connus pourporter un vif attachement à la couronne, étaient réunis à la cour prêts à soutenir la royauté. Charles voulut se rendre à la chambre en personne pour saisir lescinq membres accusés. On prétend qu’il adopta ce parti extrême, à l'instigation de la reine qui lui avait dit : « Tu es un lâche , et , si tu ne mets sur-lechamp ces misérablesà la porte, tu ne me reverras Jamais. » La chambre apprît bientôt que le roi s’avançait vers Westminster-Hall, esc.ortéd’une troupe de courtisans, d’officiers et de soldats qui tous étaient armés d’épées et de pistolets. Il y avait des armes dans la chambre. Mais on hésitait, car défendre les membres accusés contre les hommes que conduisait le roi en personne, et faire ainsi du parlement une scène de carnage et de sang, paraiss.iit une mesure dangereuse. Après une courte délibération, la chambre ordonna aux membres accusés de se retirer. Quatred’entre euxobéirentsur-lechamp; mais William Strode, l’un d’eux, insista pour rester et attendre l’arrivée du roi; les sollicitations pressantes de sir Walter Earle, SOI) ami ,1e décidèrent ensuite à se retirer. Tous allèrent dans la cité, où ils furent bientôt en sûreté.
Charles entrait en ce moment dans Westminster-Hall. La troupe ni l’accompagnait se rangea sur eux lignes. Aussitôt Charles s’avança vers la chambre des communes et frappa à coups précipités à la porte.
En entrant , le roi avait à ses côtés son neveu Charles, prince palatin du Rhin. Il porta d'abord ses regards vers l’endroit qu’occupait ordinairement Pym et alla ensuite au fau-
tcuil du président. « Monsieur l’orateur, s’écria-t-il , Je vous emprunterai provisoirement votre fauteuil, si vous voulez biei» le permettre. » L’orateur mit un genou en terre, et Charles prit sa place. Tous les membres s’étaient levés et se tenaient couverts.
Charles Jeta de nouveau des regards inquisiteurs pour chercher les cinq membres quil était venu arrêter; puis , il s’assit et parla avec la plus violente agitation, (t .Messieurs, dit-il. Je suis fâché de venir ici pour une affaire aussi désagréable. Hier, Je vous ai envoyé un sergent d’armes pour appréhender au corps quelques-uns de vos membres qui , par mes ordres , sont accusés du crime de haute trahison et Je m’attendais à ce que vous m’obéiriez. Je dois vous déclarer qu’aucun roi d’Angleterre n’a montré plus de sollicitudes pour vos privilèges que moi; j’ajouterai que je les maintiendrai autant que faire se pourra.
Cependant , vous devez savoir que dans les cas de trahison, il n’y a de privilèges pour personne. En conséquence, Je viens savoir si quelquesuns de ceux que J’ai accusés de trahison se trouvent ici; Je ne puis attendre de cette chambre les dispositions que Je désirerais lui voir; mais. Je vous dirai que Je saisirai les susdits membres partout où je les trouverai. » Les regards de Charles se promenèrent de nouveau sur la chambre; puis il s’adressa au speaker.
« Quelques-unes des personnes que Je cberche sont-elles ici? les voyez-vous?
où sont-elles? » Lenthall, tombant aux pieds du roi, lui dit que, serviteur de la chambre, il ne pouvait répondre aux demandes qui lui étaient faites (|u’autant que les communes l’autoriseraient. » Très-bien,» dit le roi en promenant de nouveau ses regards autour de la chambre. Mais comme Je m’aperçois que tous les oiseaux sont déniches , J’attends de vous que vous me les enverrez aussitôt qu’ils reviendront. Cependant Je vous donnerai ma paroje de roi que Je n’emploierai point la violence contre eux, et que Je procéderai à leur égard d’une ma
nière légale; car je n’ai jamais songé à agir autrement. Maintenant, comme je vois que je ne puis exécuter ce que je suis venu faire ici , je vous répéterai ce que j’ai dit précédemment, c’est que tout ce que j’ai accordé pour le bien-être de mes sujets sera maintenu par moi. Je ne vous importunerai pas davantage ; mais je vous dirai que, si vous ne m’envoyez pas les membres accusés aussitôt qu’ils seront de retour ici, je saurai bien les trouver. » A ces mots , le roi se leva et se retira au milieu des cris << Privilèges! privilèges! .< que faisait retentir la chambre. Les communes s’ajournerent immédiatement.
La chambre des communes, avant de prendre cette mesure, avait nomipé un comité permanent; elle l’avait chargé de veiller à la sûreté des membres accusés et de prendre à cet égard toutes les mesures qu’il croirait nécessaires. Ce comité tenait ses séances à Guild-Hall dans la cité. Le roi se rendit lui-même dans la cité. Cette fois il ne voulut point se faire accompagner du cortège militaire avec lequel il était allé la veille à la chambre des communes. Charles n’obtint pas plus de succès de cette démarche que de la précédente. Sur sa route les cris « Privilèges du parlement! Privilégesdu parlement! >• retentirent à ses oreilles; et un pamphlétaire , du nom de Henri Walbeck , jeta dans sa voiture un papier sur lequelétaient écrits cesmots :
« Rendez-vous à vos tentes, Israël. »
Charles alla à Guild-Hall où était assemblé le conseil commun , et après beaucoup de promesses , il demanda qu’on lui livrât les cinq membres des communes.
Le conseil commun était d’accord avec le comité permanent des communes. Au lieu de céder à cette demande, il adressa une pétition au roi pour lui représenter rétat alarmant qui régnait dans la cité; il s’élevait avec force contre le danger de placer dans des fonctions aussi importantes que celles de constable et de lieutenant de la Tour des personnes qui
étaient indignes d’un pareil honneur, et contre la manière dont on fortifiait White-Hall. La visite extraordinaire rendue à la chambre des communes parle roi était l’objet de sa censure; il disait que de pareilles mesures jetaient une grande perturbation dans l'industrie. Les pétitionnaires terminaient leur pétition en priant le roi de mettre la Tour dans les mains d’une personne de confiance et d’éloigner de White-Hall et de Westminster toutes les personnes d’un caractère suspect.
Ils engageaient le roi à s’entourer d’une garde pour veiller à sa propre sûreté et à celle du parlement; à abandonner son projet d’arrêter lord Kinboltoui et les cinq membres des communes, et à ne procéder contre eux u’en se conformant aux privilèges U parlement. Charles en réponse justifia ses actes; il déclara qu’à l’égard des accusés il avait l’intention de procéder contre eux avec justice , et aussitôt il publia une proclamation dans laquelle il accusait lord Kinboltora et les cinq membres des communes du crime de haute trahison et ordonnait aux magistrats de les faire conduire à la Tour.
Comme il était à craindre que le comité permanent des communes ne fût exposé à des violences en quittant la cité pour se rendre à Westminster-Hall le jour où la chambre reprendrait ses séances, un grand nombre de mariniers et de matelots se rendirent à Guild-Hall et lui offrirent de le conduire par eau jusqu’à Westminster. Le comité accepta ces offres et ordonna aux matelots de se fournir d’armes et d’artillerie. Les apprentis de Londres offrirent également de servir d’escorte au comité; mais leurs services ne furent point acceptés. Aussitôt le comité déclara que la proclamation était un acte séditieux qui tendait manifestement à détruire la paix du royaume et à déshonorer les membres accusés, contre lesquels il ne s’élevait aucune charge légale. Il ajoutait que les privilégesdu parlement et les libertés du royaume avaient été violés d’une
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manière scandaleuse, ce qui demandait une réparation complète ; et qu’il était nécessaire que le roi nommât les personnes qui lui avaient donné des conseils aussi pernicieux , afin que ces personnes reçussent le châtiment qu’elles méritaient.
gl2. Charles quitte l^ondres, et se prépare à renverser le parlement par ta force. — Les communes organisent la milice. — Propositions d’arrangement. — Refus du roi d’y accéder. — Charles cherche à s’emparer de Huit par surprise; il échoue dans cette entreprise. — Charles s’établit à York.
Le même jour, Charles, la reine, leurs enfants et toute la cour quittèrent White-Hall pour se rendre à Hamptoncourt. Charles ne devait plus rentrer à Londres en roi. Le lendemain le comité permanent des communes, lord Kinboltom et les cinq membres accusés s’embarquèrent sur la Tamise ; leur marche fut un véritabletriomphe ; ilsarrivèrentà Westminster, escortés d’un grand nombre de bateaux armés de canons et montés par des citoyens armés. Le roi ayant envoyé un message aux communes dans lequel il déclarait abandonner l’accusation qu’il avait portée contre lord Kinboltom et les cinq membres des communes , la chambre ne se trouva point satisfaite de cette concession , et elle traduisit devant la chambre des lords , sir Edouard Herbert , avocat général , qui avait présenté l’acte d’accusation contre les six membres du parlement. Ce fonctionnaire fut déclaré indigne de siéger au parlement; il fut dépouillé des fonctions qu’il occupait et jeté dans la prison de la flotte.
Sur ces entrefaites on appritque lord Digby et le colonel Lunsford venaient de reunir quelques troupes de cavalerie à Kingston sur la Tamise . et que ces officiers avaient un dépôt d’armes dans cet endroit. Le colonel Lunsford fut bientôt arrêté et logé dans la Tour. Lord Digby prit la fuite et parvint à s’échapper. Les communes ordonnèrent aussitôt à sir .lohn Byron qui était lieutenant de la Tour, de se rendre à leur barre pour
leur donner des explications sur les armes qu’il avait envoyées à White-Hall.
Byron refusa de se’ rendre à l'invitation ; mais une seconde sommation lui ayant été faite, il obéit. La chambre des communes l’obligea de se mettre à genoux pour le punir de son refus de comparaître. Les explications ne parurent point satisfaisantes, et les communes adressèrentune pétition au roi pour obtenir le renvoi de Byron. On apprit dans le même tempsque quelques navires chargés d’armes et de munitions de guerre destinées aux rebelles irlandais se disposaient à quitter Dunkerque, et que des officiers, de la cour rassemblaient des troupes de cavalerie autour de Windsor où était alors le roi. La chambre nomma une commission qu'elle chargea de prendre les mesures nécessaires pour mettre le royaume en état de défense ; uis elle fit des représentations à l’amassadeur hollandais au sujet des navires qui étaient à Dunkerque. L’ambassadeur promit de faire arrêter ces navires par les vaisseaux hollandais qui croisaient devant le détruit. La chambre des communes ordonna ensuite au colonel Goring, qui était gouverneur de Portsmoutb, de conserver cette ville, et de n’y recevoir aucunes troupes sans l’autorisation préalable du parlement; en outre , des troupes furent dirigées à Hulloùl’on disait que le roi avait réuni des armes pour armer seize mille hommes.
Dans cette conjoncture difficile, les commissaires écossais qui étaient restés à Londres offrirent leur médiation pour rétablir la bonne harmonie entre le roi et son parlement.
Charles répondit àcetle offre d’une manière évasive. Mais le parlement l’accueillit avec empressement ; et , quelques jours après, il conclut un arrangement par lequel les commissaires écossais s’engageaient à envoyer deux mille cinq cents hommes de l’armée écossaise en Irlande
Alors le parlement demanda au roi qu’il donnât suite à l’accusation qu’il avait portée contre lord Kinboltom et les cinq membres des communes. Lo
roi répondit gu’il leur faisait grâce. Cela ne satisfit point le parlement; il aurait voulu qu’on fit le procès de ceux qui avaient proposé une pareille mesure. Charles qui, s’il edt accepté cette proposition, se serait condamné lui-méme, dit eu réponse au parlement de réunir tous ses griefs et d’en former un faisceau, et il promit d’adopter toutes les mesures qui seraient reconnues nécessaires pour en opérer le redressement. Mais ces promesses n’abusèrent personne; Charles devenait chaque jour plus suspect à la nation : déplus, sa conduite al’égard des rebelles irlandaisexcitait un mécontentement général. On lui reprochait d’avoir éloigné la Hotte qui croisait sur les côtes d’Irlande pour empêcher l’introduction des armes dans ce pays, et d’avoir refusé les offres amicales faites par l’Écosse pour envoyer des troupes en Irlande.
Mais la chambre des communes doutait encore de celle des lords, qui n’avait pas toujours adopté ses vues et qui l’avait quelquefois mal servie.
Pym , l’un des plus chaleureux défenseurs du parti populaire, fut chargé de rétablir l’harmonie entre les deux chambres : il se présenta à la chambre des lords au nom des communes, et, dans un discours éloquent , il lui demanda son concours pour accomplir en commun le grand œuvre qui se préparait. Pym déclara à la chambre des lords qu’à défaut de ce concours , les communes agiraient seides. Les lords promirent leur concours, et la chambre , satisfaite de la manière dont Pym avait rempli la mission qui lui avait été confiée, ordonna que le speaker le remercierait au nom de tous.
Une lettre adressée à sir Lewis Dives par lord Digby, quelque temps après son échauffourée avec le colonel Lunsford , fut interceptée et lue dans la chambre des communes. Digby proposait à la reine de lui écrire en chiffres et demandait des instructions au roi pour le servir à l’étranger. Les (leux chambres adressèrent aussitôt une représentation à Charles pour lui signaler ces manoeuvres coupables ;
en même temps , elles accusèrent de haute trahison lord Digby. La chambre voulait mettre en accusation Henriette-Marie elle-même; car elle n’ignorait pas que la reine était l’âme de ces complots. Mais Marie chercha à se mettre à l'abri de ces poursuites.
Charles à cette époque venait de donner sa fille Marie en mariage au jeune prince d’Orange. La reine profita de cette circonstance pour demander à quitter le royaume. Sa demande fut favorablement accueillie par les deux chambres ; et, le 23 février 1642 , elle s’embarqua à Douvres pour la Hollande.
Les communes, qui devenaient chaque jour plus exigeantes, demandèrent alors à Charles de donner sa sanction royale aux bills qu’elles avqient votés et que les lords eux-mêmes avaient adoptés. L’un de ces bills avait pour objetd’enleveraux évêques le droit de voter dans le parlement ainsi que les fonctions temporelles qu’ils avaient exercées jusqu’à lors. L’autre bill était destiné à lever une armée par la presse pour agir en Irlande. Le roi donna son adhésion à ces deux bills, et protesta de nouveau de son désir de conserver la paix dans le royaume. Il y avait un autre bill qui avait été voté par les communes, mais Charles était déterminé à ne point le sanctionner. I.«s communes, comprenant qu’elles ne seraient jamais en silreté tant qu'elles n’auraient point dans leurs mains la disposition de la force armée, insistaient d’une manière péremptoire pour qu’il leur fût permis de nommer dans l’armée des officiers de leur choix. Ces prétentions dataient de loin , mais principalement de l’époque où Charles avait eu Tintention d’appeler l’armée du nord à Londres; le roi s’y était toujours refusé. Le tSjanvier 1642, lelendemain du jour où le comité des communes était revenu en triomphe de la cité , la chambre déclara qu’aucune levée de troupes ne pourrait être faite, qu’aucune forteresse ne pourrait être mise en état de défense , sans que les désirs du roi à cet égard eussent été
izsa Dy 'wOOgle
PÉRIODE DES STUARTS
signifiés préalablement aux deux chambres du parlement. Les lords adhérèrent à cettedéclaration. A l'égard de la milice, les communes résolurent de placer le commandement de cette force armée dans les mains de ceux qui auraient leur confiance, dénommer elles-mêmes les lords lieutenants des comtés, qui devaient n’obéir qu’aux ordres émanés d'elles et de la chambre des lords.
Le bill sur la milice fut présenté à Charles le 20 février. Le roi se trouvait alors sur la côte de Kent; la reine n’ctait point encore partie. Le roi, qui voulait gagner du teini)S, répondit que , l'affaire étant de la plus haute importance pour le royaume et pourlui-méme, il jugeait nécessaire de prendre un peu de temps pour se consulter. Il s’engageait à donner une réponse positiveà son retour à Londres, qu’il espérait effectuer lorsqu’il aurait embarqué la reine et sa fille, la princes.se .Marie. Cette réponse accrut encore le mécontentement du parlement. La chambre des communes, à laquelle se joignit celle des lords, adressa une pétition au roi pour lui témoigner ses regrets et son déplaisir à cet ^ard.
Sur ces entrefaites Charles revint à Cantorbéry et donna des ordres pour que le prince de Galles quittât Haniptoncourt et vint le joindre à Greenwich. Les deux chambres firent aussitôt des représentations au roi , qui y répondit avec aigreur. Le jeune prince se rendit à Greenwich; plusieurs membres de la chambre des lords étant allés dans cette ville pour essayer de le ramener à Londres, le roi leur dit avec hauteur qu’il prendrait soin de son (ils lui-méme, et qu’il l’aurait avec lui partout où il irait. Charles refusa de nouveau de donner une réponse formelle au bill de la milice.
Les communes résolurent alors de conOer la défense du royaume à la vigilance du parlement; et, cette résolution ayant été adoptée par la chambre haute , des ordres furent donnés pour armer la flotte et la mettre sous
le commandement de lord Northumberland, grand amiral d’Angleterre. La milice fut organisée et la nomination des officiers eut lieu sans l’autorisation du roi. La chambre des communes vota ensuite une déclaration par laquelle elle affirmait qu'il y avait eu des intelligences entre la cour et les rebelles irlandais; que le plan avait été formé d'altérer la religion et de renverser le parlement ; que des sollicitations pressantes avaient été faites aux rois de France et d’Espagne pour qu’ils envoyassent 8 ,000 hommes au roi, afin de l’aider à maintenir sa royauté contre le parlement.
Charles était invité à revenir à Whita ilall et à ramener le prince avec lui. Les communes disaient que c'était là un bon moyen pour dissiper leurs craintes.
Le roi était à Newcastle lorsqu’il vit arriver les comtes de Penibroke et d’Holland. Ces seigneurs, qui avaient abandonné son parti, lui présentèrent la déclarationdu parlement, et Holland lui en fit lu lecture. A un pa»< sage, qui avait rapport à l’échauffourée de lord Digby et à des intrigues secrètes d'un officier de l’armée du nord nommé .lerinyn, le roi s’écria : « C’est faux. U L’affaire de Digby était pourtant avérée, et sa fuite venait encore confirmer l’accusation portée contre lui. Quant à Jermyn, c’était un de ceux auxquels le roi s’était adressé, lorsqu’il avait voulu appeler l'armée du nord à Londres : cet officier avait consenti à ce projet, et il s’était enfui à l'étranger , lorsque l’entreprise avait été découverte. Holland continua sa lecture. Charles était accusé dans la déclaration d’avoir facilité la fuite de Jermyn et de Digby. «C’est un mensonge , » répéta le roi. Puis , il ajouta que c’était bien grave de porter une accusation de cette nature contre sa personne ; et, qu’à l’égard de la déclaration qui lui était présentée, il n’aurait jamais pu croire le parlement capable de lui en adresser une pareille , si elle ne lui avait pas été remise par des personnes d’un rang aussi distingué que l'étaient Pembroke
'«le HISTOIRE D’ANGLETERRE.
et Holland. « J’en suis fâché pour le parlement, s’écria-t-il; mais je suis content d’avoir cette déclaration; car je ne doute plus maintenant que je ne puisse donner satisfaction à mon peuple. Vous parlez de mauvais conseils; mais j’ai la conviction que le parlement a reçu des instructions plus mauvaises que ie n’en ai reçu moimême. Qu’ai-je donc refusé au parlement? — Le bill sur la milice, lüidit le comte d’Holland. — La milice n’est point un bill, lui dit le roi — C’est une simple requête sans doute, reprit Holland, mais cette mesure est nécessaire pour la paix à l’époque à laquelle nous vivons. » Holland ayant alors engagé le roi à revenir à Londres, Charles lui dit : « Je le voudrais , mais cette déclaration n’est point de nature à in’y ramener. Car dans toute la rhétorique d’Aristote je ne sache pas qu’il ait un argument de persuasion semlable à celui-ci. » Le comte de Pembroke ayant joint ses instances à celles de son collègue , le roi lui dit : « Je vois par cette déclaration que les paroles ne leur suffiront bientôt plus. » Pembroke lui demanda à formuler sa pensée d’une manière plus claire. Je « fouetterais l’écolier, s’écria Charles , qui ne pourrait interpréter lesensdema réponse, si j’étais maître d’école à Westminster. » Pembroke lui parla de la milice et lui demanda si ce corps ne pourrait pas être organisé comme le désirait le parlement , pour un temps quelconque. « Non, pardieu, s’écria Charles; non, pas même pour une heure. Vous me demandez des choses qui n'ont jamais été demandées à un roi , et que je n’accorderais pas même à ma femme ni à mes enfants. » Charles parlant alors de l’Irlande , dit que de la manière dont le parlement s’y prenait, l’insurrection des Irlandais 'ne serait jamais apaisée. « Quatre cents personnes, s’écria-t-il, ne réussiront point à terminer cette affaire ; il faut la remettre dans les mains d’une seule. Si elle m’était confiée, je parierais ma tête que je la mènerais à bien , et, quoique je maie pas d’argent, j’en trouverais bien pour cette cause. » Charles revint
une seconde fois sur la déclaration du parlement qu'il trouvaétrange etinopportune, et dit qu’il avait un grand respect pour les lois du royaume. — Ce^ndant, malgré ces assurances solennelles, la reine vendait en Hollande, à cette époque, les joyaux de la couronne d’Angleterre pour acheter des armes et des munitions de guerre et introduire une armée étrangère dans le royaume.
Le roi prit côngé de Pembroke et d’Holland et se dirigea vers le nord.
C’était sur cette côte que devait débarquer l’armée d’invasion. Le 14 mars, il se rendit à Huntington, d’où il adressa un message aux deux chambres et partit ensuite pour Stamford.
Dans son message Charles annonçait au parlement qu’il avait l’intention de fixer sa résidence, pendant quelque temps, dans la ville d’York; il repoussait les fautes qu’on lui reprochait en les mettant sur le compte du parlement lui-même , défendait à cette assemblée d’organiser d’une manière quelconque la milice, et protestait contre tous les actes auxquels il n’aurait pas pris part.
En réponse, les deux chambres déclarèrent que l’absence du roi de son parlement était un obstacle à l’arrangement des affaires de l’Irlaude; que, les lords et les communes réunis en parlement ayant adopté une mesure quelconque, mettre en doute la validité de cette mesure et ordonner d’y désobéir , c’était porter atteinte aux privilèges du parlement, que ceux qui avaient conseillé au roi de s’éloigner du parlement, étaient des ennemis de la paix du royaume , et
?|u’ils devaient être regardés comme avorisnnt les rebelles irlandais; que le royaume était en danger. Puis joignant les faits aux paroles, les communes envoyèrent des ordres aux lieutenants et aux députés des comtés pour organiser la milice.
Charles n’était point inactif. De Stamford il alla à Doncaster ; puis il se rendit à York; et, dans cette ville, il commença à organiser un gouvernement séparé. Charles portait alors avec
anxiété 8es regards sur Hull, place qui était , dans les circonstances actuelles, plus importante pour lui que sa capitale même. Cette ville, qui contenait de vastes magasins d’armes, venait de recevoir une garnison qu’y avait envoyée le parlement, et elle avait our gouverneur sir John Hothain , omme dévoué au parti populaire. Le roi voulut s’en'emparer. Comptant encore sur le prestige de son nom , il engagea secrètement les habitants de Hull à lui livrer leur ville et leurs arsenaux, et le comte de Newcastle se résenta pour lui à Hull, mais les haitants repoussèrent sa demande.
Les deux chambres envoyèrent , à celte occasion , une pétition au roi pour l’inviter à faire transporter les munitions de raerre qui étaient à Hull dans la Tour de Londres, où, disaientelles , ces munitions seraient plus en sûreté. Charles répondit que, les magasins d’armes de Hull étant sa propriété, il en prendrait soin comme il Ventendrait. Puis, pour faire la contrepartie de cette pétition, il s’en fit adresser une signée par les royalistes de r Yorkshire. Les pétitionnaires demandaient au roi qu’il laissât à Hull les armes que le parlement voulait faire transporter à Londres; car, disaientils, il convient que la partiedu royaume qu’habite votre personne sacrée, qui est la lumière d’Israël comme celle de David, et qui vaut autant que dix mille d’entre nous, soit bien approvisionnée d’armes.
Charles avait alors installé sa cour à York. Ses ministres passaient avec lui les jours et les nuits à rédiger des protestations et des déclarations. Le 24 mars, jour où expirait le bill du tonnage et du pesage, Charles lança une proclamation dans laquelle il ordonnait à ses sujets de payer cette taxe et à ses collecteurs de lever cet impôt.
Mais le même jour, les lords et les communes publièrent uneordonnance par laquelle ils déclaraient se ré.server pour eux-mérnes le contrôle de cette source de revenu. Le 8 avril, Charles envoya un message au parle-
ÀMGLEtERRE. — T. U.
ment pour lui faire connaître la résolution qu'il avait prised’aller en Irlande et d’y payer de sa personne pour faire triompher la cause de la véritable religion. Charles prenait Dieu à témoin de la sincérité de ses intentions. Il revenait ensuite à la grande question de Hull et disait qu’il avait l’intention de lever une garde pour sa personne, composée de deux mille hommes d’infanterie et de deux cents cavaliers, qu’il armerait avec des armes prises dans ses magasins à Hull.
Charles savait bien que les communes s’opposeraient de toutes leurs forces a ce qu’il entrât à Hull.
Lesjours s^écoulaient et Charles ne recevait point de réponse à son message. Le 22 avril, il envoya le jeune duc d’York, son neveu, le prince palatin, le comte de Newport, lord Willoughby et plusieurs autres personnages de distinction visiter Hull. Les nobles visiteurs furent reçus avec respect par le maire et le gouverneur, qui les invitèrent à un banquet pour le lendemain. Le gouverneur était sans défiance, mais quelques moments avant le banquet sir Lewis Dives, beaufrere du fugitif lord Digby, vint à lui. Sir Lewis était porteur d’un message du roi dans lequel Charles annonçait au gouverneur l’intention de dîner ce jour même à Hull. Charles était alors à quatre millesde Hull et s’avancait vers cette ville accompagné de plus de trois cents cavaliers. Hotham, un peu troublé par cette nouvelle, fît fermer les portes de la ville et ordonna à ses soldats de préparer leurs armes. Charles arrivait alors à l’une des portes de la ville; il appela sir John Hotham et lui enjoignit d’ouvrir les portes. Le gouverneur lui répondit que s’il voulait venir dans la ville avec le prince de Galles et d’autres personnes, il y serait le bienvenu mais qu’il ne l’admettrait point avec toute son escorte. A près des pourparlers, qui durèrent plusieurs heures, le duc (TYork, l’électeur palatin et les personnes qui les avaient accompagnés à Hull , eurent la liberté de quitter la ville et de rejoindre le roi.
HISTOIRE ly ANGLETERRE.
Charles lit de nouvelles tentative.s pour ébranler la résolution de sir John Ilotham, et il lui donna une heure de réllesion. Hothaiii restantinébranlable, Charles le lit déclarer traître par (leux hérauts d’armes, et, l’humiliation dans le cœur , il revint à York.
Charles, pour justifier une pareille conduite, adressa aussitôt un message aux communes et à la chambre des lords. Il leur disait qu’il avait jugé convenable d’aller en personne à Hull pour visiter ses armes et ses munitions de guerre; mais que, contrairement à son attente, il avait trouvé les portes de cette ville fermées, qu’il avait alors demandé au gouverneur à entrer dans la ville avec vingt chevaux seulement, ce qui lui avait été refusé; et que maintenant il croyait juste de demander justice à s('n parlement contre sir John Hotham qui l’avait traîtreusement repoussé et qui avait désobéi à ses ordres. Les lords et les communes déclarèrent, séance tenante, que sir ,Iohn Hotham n’avait &it qu’obéir aux ordres du parlement, et que déclarer traître Hotham qui était membre de la chambre des communes, c’était porter une grave atteinte aux privilèges du parlement, aux libertés de la nation et aux lois du royaume. Le mêmejour, les deux chambres adressèrent une pétition au roi dans laquelle elles lui disaient ouvertement qu’elles ne consentiraient point à ce qu’il levât des troupes sans leur agrément pour l’expédition qu’il se proposait de faire en Irlande; que c’était au parlement qu’appartenait la direi:tion de cette guerre, et que sa présence était beaucoup plus nécessaire à Londres qu’en Irlande, où les rebelles commençaient à se décourager par suite des échecs qu’ils avaient éprouvés dans ces derniers temps.
Cette guerre de plume se continua encorequelque temps, lorsque Charles rendit une proclamation par laquelle il invitait ses sujets à se réunir à lui pour chasser de Hull les personnes
qui retenaient cette ville et ne voulaient pointla rendre à son véritable possesseur qui était le roi. En attendant l’effet
de sa proclamation, le roi eut reeoura à la ruse et à la corniptien. Il y a vait dans Hull un officier nommé Eawkea qui avait épousé la fille d’un certain Beckwith de Beverley, homme dévoué au parti du roi. Vers le milieu du mois de mai Fawkes re(^ut une lettre de son beau-père dans laquelle celui-ci lui demandait, une entrevue. Fawkes, qui était simple lieutenant , montra la lettre au secrétaire d'Hotham, qui lamit sous les yeux du gouverneur. Il fut convenu que le lieutenant irait au rendez-vous. A son arrivée chez son beau-père, Fawkes se trouva au milieu de quinze gentilshommes qui lui demandèrent s’il n’y avait point quelques moyens sûrs pour livrer Hull au roi . On offrit de lui comptercinq cents livres sterling (12, 500 fr.) sur-le-chainp, et de lui payer une rente annuelle de cinq cents autres livres sterling si le projet réussissait. De plus on l’engagea à faire des offres à son capitaine , auquel on promettait mille livres argentcomptant (25,000 fr.)et une rente annuelle de mille livres sterling, s’il consentait à prendre part à l’entreprise. Le lieutenant , après avoir pris cinquante pièces d’or pour écarter les soupçons, revint à Hull et rendit comp'te au gouverneur de tout ce qui s’était passé. Ou lui permit d’échanger lusieurs lettres. Fawkes écrivit alors son beau-père pour lui indiquer le jour où il serait de garde à une des portes de la ville et lui dire que, si le roi voulait s’y présenter avec mille hommes de cavalerie et cinq cents hommes d’infanterie vers deux heures du matin, il lui ouvrirait les portes. Le projet du gouverneur était de pousser les royalistes dans une espèce de guetapens pour les égorger; mais dans le but d’éviter une collision, le parlement , auquel Hotham communiqua Son projet, instruisit Charles de ce qui se passait.
Le parlement ne recourait plus à l’autoriié du roi dans ses actes. Déjà il avait nommé des lords lieutenants dans plusieurs comtés, et ceux-ci avaient nommé leurs députés lieutenants. Lord Paget, loni lieutenant
PÉRIODE DÉS STUARTS
du Rupkinghamshire pour le parlement, nomma pourses députés lieutenants Hampden, Goodwin, Granvill Tyrell, Winwoodet Wliitelock, qui furent agréés parles deux chambres. Lés députés lieutenants se mirent aussitôt à la tête de la milice du Buckinghamshire. La plupart d’entre eux étaient membres de la chambre des communes. Il fallut qu’ils laissassent temporairement le rôle de tribun populaire pour celui d’instructeur de recrues.
De son côté. Cliarles avait convoqué à York Une assemblée des habitants du comté pour obtenir l’autorisation de lever des troupes ; il obtint ainsi un régiment d’infanterie et un régiment de cavalerie dont il donna le commandement au jeune prince de Galles. Aussitôtque cette nouvelle fut connue, les deux chambres adoptèrent trois résolutions énergiques. Elles déclaraient que le roi , séduit par de mauvais conseillers, avait l'intention de faire la guerre au parlement; que, si le roi faisait la guerre au parlement, il violait son serment etcominettait un acte qui tendait à la dissolution du gouvernement et qui était contraire à la confiance que son peuple plaçait en lui ; que quiconque l’assisterait dans une pareille entreprise serait réputé traître et puni comme tel en vertu des lois du royaume.
Dans le même temps le parlement ordonnait aux shérifs et aux Juges de paix d'arrêter les armes et les munitions de guerre qui étaient dirigées sur York ainsi que les troupes qui marcheraient sur cette ville pour se réunir aux troupes, royales ; puis il s'occupa de lever des troupes. Londres fouruità elle seule une petite année , qui fut divisée en six régiments et portée à huit mille hommes. Le parlement en donna lecommandementàdes officiers de mérite.
Charles voulait s’assurer la flotte ; mais le parlement prévint ses projets.
Comme il suspectait la fidélité du lord comte deNorthumberland, grand amiral d’Angleterre, il le força à remettre son commandement dans les mains du comte de Warwick,
dont le dévouement et le patriotisme lui étaient connus. Les deux chambres déclarèrent ensuite que quiconque prêterait de l’argent sur les joyaux de la couronne serait regardé comme un ennemi de l’État , et elles firent un appel à la nation pour qu’elle fournît les moyens nécessaires de soutenir avec avantage la lutte qui allait s'engager.
Le comté de Buckingham donna six raille livres sterling (250,000 fr.); sir Henri Martin , membre de la chambre des communes , donna douze cents livres (30, 000 fr.); Walter Long, sir Arthur Haseirig et sir Johti Harrison souscrivirent chacun pour la même somme. Olivier Cromwell donna cinq cents livres (12,500 fr.), John Pym cinq ceuts livres (12,500 fr.), Hampden mille livres (25,000 fr. ), Wliitelock six cents livres (14,500 fr. ). Quelques tentatives faites par le roi auprès des Écossais pour qu’ils soutinssent sa cause n’eurent aucun succès. Cependant des défections nombreuses eurent lieu, et plusieurs membres des deux chambres , croyant que le parlement allait trop loin, rejoignirent le roi à York. Le roi avait encore à Londres des amis influents. Au nombre de ceux-ci étaient lord Falkland, Hyde et Culpeper , qui avaient abandonnéle parti du parlement pour embrasser le sien. Cliarles, qui voulait surveiller la conduite des communes, entretenait avec ces personnages une correspondance active. Mais leurs menées excitèrent les soupçons de la chambre des communes, et, pour faire un exemple, elles résolurent de les envoyer a la Tour. Toutefois la prudence de ces hommes fut telle qu’ils parvinrent à éloigner les soupçons qui s’étaient élevés contre eux. ils n’en continuèrent pas moins leurs intrigues. Hyde parvint à décider le lord chancelier à renvoyer le grand sceau à Charles et à aller le joindre à York. Lui-même, prétextant la nécessité d’aller respirer l’air de la campagne pour rétaolirsa santé, alla trouver le roi à York, où le suivirent un grand nombre d’autres lords. Un autre événement heureux pour Charles
arriva dans ce moment même :
un navire qui avait été frété par la reine en Hollande, après avoir heureusement échappé aux croiseurs du comte de Warwick, débarqua sur les côtes de TYorksbire seize pièces de canon et une grande quantité d'armes et de poudre ; ces munitions de guerre furent conduites à York, où elles arrivèrent heureusement.
La nouvelle de ce débarquement et les défections ombreuses qui s’opéraient parmi les lords , excitèrent aussitôt l’attention des communes. Le 30 mai , le parlement somma neuf des pairs fugitifs de comparaître à Westminster. Ces pairs étaient Spencer, comte de Northampton , William, comte de Devonshire, Henri, comte de Douvres, Henri, comte de Monmouth, Charles lord Howard de Charleton , Robert lord Rich , Charles lord Grey de Ruthven , Thomas lord Coventry , et Arthur lord Capel. Tous refusèrent de quitter le roi et firent une réponse dédaigneuse à la sommation du parlement. Aussitôt les communes les dénoncèrent à la chambre des lords, et cette chambre les déclara incapables de siéger parmi eux; en outre, elle les condamna comme contumaces à rester en prison pendant tout le temps qu’elle le jugerait convenable.
Les lords et les communes adressèrent alors une nouvelle pétition au roi dans le but de faire une dernière tentative pour empêcher la collision dont le pays était menacé. Mais Charles avait maintenant autour de sa personne un grand nombre de lords influents ; et les armes et la poudre ne lui manquant plus , il se croyait aussi fort que le parlement. Il reajut la pétition avec une grande indignation; et, dans sa réponse , il traita les membres du gouvernement de cabalistes et de traîtres. a Leur demande , dit-il , était une insulte faite à l’autorité que les lois avaient placée dans ses mains ainsi qu’à sa qualité de roi , lui qui descendait d’ancêtres si fameux ; et il déclara que, füt-il vaincu et prisonnier, et placé dans une condition pire que
celle du plus malheureux de ses prédécesseurs, il ne s’abaisserait jamais à faire de pareilles concessions, et qu’U ne consentirait point à faire d’un roi d’Angleterre un doge de Venise. »
Le moment était venu où l’épée allait être tirée du fourreau. Charles envoya des commissaires dans plusieurs comtés ; il invitait les citoyens à lui apporter de l’argent, des chevaux et des armes. Il donnait ses forêts pour garantie des capitaux qui lui seraient prêtés et huit pour cent d’intérêt. Charles défendit ensuite de lever des troupes sans son consentement; il rappela à ses sujets le serment d’allégeance qu’ils lui avaient prêté, et les engagea à rester lidèles à sa personne.
Cet appel eut un grand retentissement, et le nombre des personnes qui y répondirent effraya d^abord le parlement. I.es universités, la majorité des nobles , se rangèrent du côté du roi; le peuple des comtés lui-même était en générai bien disposé pour lui ; enfin Charles avait pour lui tous ceux qu’effrayait l’austérité des mœurs puritaines et ceux qui craignaient les violences qui accompagnent ordinairement le pouvoir démocratique.
Cependant le parlement poussait ses préparatifs avec une grande vigueur. Le 10 juin, les deux chambres rendirent une ordonnance pour engager les citoyens à leur fournir l’argent nécessaire à l’entretien de la cavalerie et des armes. « Cet argent, disait l’ordonnance, est destiné à veiller à la conservation d$ la paix publique et à défendre la personne du roi. » Un intérêt de huit pour cent était accordé aux prêteurs. Il était enjoint à ceux-ci d’apporter leur argent dans la quinzaine, s’ils demeuraient à une distance de quatre-vingts milles de la capitale, et dans trois semaines, s’ils demeuraient à une distance plus éloignée. Ceux qui n'avaient pointd’argent et qui ne pouvaient fournir ni armes ni chevaux, durent donner des objets d’une autre nature. La chambre nomma ensuite quatre trésoriers pour donner des décharges aux prêteurs , et elle chargea d’autres commissaires d’éva-
PÉRIODE DES STUARÏS,
luer les chevaux et les armes q ui seraien t fournis pour le service national. On réunit ainsi en peu de jours une grande somme d’argent à Guild-Uall ; car riches et pauvres voulurent participer à cette contribution nationale, et chacun y apporta son offrande.
Une nouvelle tentative fut faite par le roi pour engager la flotte à embrasse r sa cause, mais cette tentative échoua comme la précédente. Le comte de Warwick,qui commandait la flotte, convoqua un conseil de guerre et plaça sous les yeux de ses officiers l’ordonnance du parlement qui l’élevait aux fonctions d’amiral et les lettres du roi qui lui enjoignaient de remettre son commandement à sir .Tohn Pennington. Tous les capitaines de la flotte, à l’exception de cinq , déclarèrent nu’il serait dangereux pour les libertés ue la nation de livrer la flotte àPenuington, et ils convinrent que , dans une circonstance aussi critique , ils devaient obéir aux ordres du parlement plutôt u’à ceux du souverain. Les cinq ofciers qui étaient en opposition avec le reste de la flotte étaient le vice-amiral, les capitaines Fogge, Baily, Slingsby et Owake; ils rangèrent leurs navires en ligne de bataille dans l’intention de résister au comte. Mais Warwick les entoura et les somma de se rendre. Trois d'entre eux se soumirent sur-le-champ. Slingsby et Owake voulurent seuls résister, mais bientôt ils se rendirent eux-mêmes. Quelques jours après, un gros navire, appelé le Lion qui apportait de l’artillerie et des munitions de guerre de la Hollande, fut obligé par le mauvais temps de relâcher dans les dunes où Warwick était à Tancre avec sa flotte. Le lord amiral ordonna aussitôt au capitaine du Lion de se réunir à la flotte anglaise; et, sur son refus , on se saisit de sa personne. Cette capture importante enleva à Charles une quantité considérable de munitions de guerre.
Le parlement, après avoir voté la levée d'une armée, en donna le commandement au comted'Essex. Le comte de Bedford fut nommé général de la cavalerie; et un comité pris dans le scindes
deux chambres fut chargé de la nomination des colonels et des autres officiers qui devaientcommander cette armée. Un grand nombre de pairs et de membres de la chambre des communes prirent du service, les uns dans la cavalerie, les autres dans l’infanterie. Parmi les membres des communes étaient sir .lobn Merrick, lord Grey' de Groby, Dcnzil Ilollis,sir Philipp Stanleton, Whitelock, sir William Waller et Humpden , qui leva dans le Buckinghamshire un régiment d’infanterie parmi ses propres tenanciers, ses amis et ses voisins.
Le régiment de Uampden se distingua par son excellente discipline, et son chef bientôt devint aussi bon soldat qu'il était bon orateur. Son étendard portait d’un côté la devise du parlement : Dieu est avec nous; et de l’autre la devise même du patriote, Vestigia nuUa, reirorsum.
S. 13. Forces respectives des deux partis. — Promesses du roi pour ramener les timides et les indécis à sa cause. — Commence* ment des hostilUés.— Défaite des troupes royalistes à Edgehill. — Tentatives de Charles pour s’emparer de Huü. — Prise de Bristol par les royalistes.
Cliaque parti put alors compter ses forces. Les comtés étaient extrêmement partagés. En général, les districttes plus riches étaient pour le parlement, et les moins riches étaient pour le roi. Cependant cette règle avait des exceptions. Dans le Linconlshire, lord Willoughby de Parham, lord lieutenant de ce comté, était parvenu à enrôler la milice pour le compte du parlement; dans l’Essex , le comte de Warwick, qui cumulait avec les fonctions d’amiral celles de lord lieutenant , avait obtenu les mêmes résultats. Les comtés de Kent, de Surrey et de Middiesex obéissaient, avec enthousiasme aux ordres du parlement, et fournissaient leur contingent à la milice. La partie orientale du Sussex , c’est-à-dire, toute la partie qui avoisine la côte , était dévouée à la cause du parlement. Mais la partie occidentale de ce comté penchait pour le roi. Les comtés de Suffolk , de Norfolk et de
Cambridge , comptaient également de nombreux partisans à la cause du roi; mais les commerçants, les francs tenanciers préféraient obéir aux ordres du parlement. Grâce à l’activité d’Olivier Crotnwell, ces comtés se montrèrent les plus fermes appuis de la cause parlementaire pendant tout le cours de la lutte. Dans le Berkshire , le comte d’Holland , lord lieutenant nommé par le parlement, leva la milice, malgré la résistance du comte de Berkshire; il le lit même prisonnier et le renvoya au parlement. Le Buckinghamshire , comté d’Hampden, était entièrement dévoué au parlement.
Le comté de Southampton était partagé. Le colonel Goring, auquel le parlement avait condé le commaudement de Portsmouth, trahit la cause nationale. Mais. le parlement arrêta le comte de Portiand, ami de Goring, qui était gouverneur de l’île de Wiglit.
Dans le Warwikshire, le comte de Ndrthampton était pour le roi, et lord Brooke pour le parlement; les forces des deux partis y étaient à peu
Srès égales. Dans le .Staffordshireet le lottinghamshire, l’égalité des forees existait également. Dans le Leicestershire les partisans du roi s’étaient rangés sous la bannière du comte de Huntingdon, et les partisans du parlement sous celle du comte de Stamford.Le Derbyshire, où demeuraient un grand nombre de seigneurs, était presque entièrement dévoué à la cause royaliste , et tous les comtés qui étaient situés plus au nord penchaient pour le roi. Ce fut dans le Lancashire que le premier sang fut répandu. Lord Strange, fils du comte de Derby , que Charles avait nommé son lord lieutenant , essaya de surprendre Manchester. Une escarmouche s’ensuivit et un homme fut tué.
Quelque temps après, lord Strange revint à Manchester avec trois mille hommes, mais cette fois il essuya une défaite complète. Dans le Lancashire et le Cheshire, où les papistes étaient en force , le roi espérait trouver des partisans nombreux ; mais dans le premier de ces comtés , les catholiques ne
voulurent point épouser sa querelle. La partie occidentale de l’Angleterre était jiresque entièrement dévouée au roi. Charles nomma le marquis d’Herford, son lord lieutenant général pour les comtés de Cornouaille, de Devon, de Somerset, de Wilts.de Glocester, de Southampton, de fierks , d’Oxford , d'Herford, et des sept comtés qui sont renfermés dans la principauté de Galles. Herford avait contre lui la plupart des bourgeois qui habitaient les villes, mais il était soutenu par la noblesse, qui, par sa richesse, exerçait une grande influence.
Vers la fin du mois de juillet, le parlement envoya des commissaires au roi, qui était alors à Beverley, pour lui dire de suspendre ses préparatifs de guerre et de renvoyer ses garnisons. Charles répondit que le parlement devait le premier déposer les armes. Le roi songeait encore à Hull.
Il se flattait qu’en s’emparant de cette ville, il serait bientôt maître de tout le nord du royaume. Dans ce dessein, il entretenait une correspondance secrète avec sir John Hotham , qui lui avaitpromisde luilivrer la ville. Leroi plaça aussitôt lord Lindsay à Beverley avec trois mille hommes d'infanterie et mille hommes de eavalerie pour enlever d’assaut la place , si Hotham ne tenait point sa promesse. Charles alla ensuite visiter d’autres points pour attacher à sa cause les faibles et les indécis.
A Newark il s’adressa aux gentilshommes du Nottinghamshire, auxquels il fitles promesses les plus engageantes. A Lincoln, il agit de même.
Charles n’était point avare de promesses ; il fit force protestations de dévouement , dit que ses intentions étaient bonnes, et qu’il professait iii attachement inébranlable aux lois et aux libertés du royaume. Dj Lineoln, Charles se rendit à Leicester, où il espérait surprendre le comte de Stamfordquiexécutait l’ordonnance du parlement pour la levée de la milice. Mais Stamford , averti à temps , parvint à lui échapper. Charles fit une autre capture ; Bastwick , que nous
PERIODE DES STUARTS
avons vu si cruellement maltraité par l’archevêque de Cantorbéry, était occupé à lever des troupes pour le compte du parlement, lor^u’it fut arrêté par des soldats royalistes.
Charles aurait voulu traduire le malheureux Bastwick devant une cour d’assises, et il l’eilt fait, s’il n’eilt consulté que sa colère: mais les rerésentations de quelques amis le étournèrent de l’idée de pendre et de faire écarteler le docteur. D’ailleurs, les dispositions des habitants du comté étaient d’une nature hostile.
Le soir quipréc.éda le départ du roi de Leicester, une députation, composée des membres les plus innueiits du comté, se présenta devant lui pour demander la mise en liberté du prisonnier, en offrant de répondre de sa personne. Charles répondit à la dé-
Jiutation qu’il y songerait et demanda usqu’au lendemain matin pour se décider. Mais, pendant la nuit, il envoya un messager au shérif pour lui dire d’enlever Bastwick, de le conduire à Nottinghain et de le déposer ensuite dans la geôle d’York ; ce qui fut exécuté.
Charles revint alors à Beverley, où il reçut une lettre de lord Digby qui était de retour du continent et qui s’était introduit dans Hull. Di^y annonçait à son maître que sir John Hotham n’était plus dans les mêmes dispositions et qu’il ne voulait point livrer la ville. Ce fut un grand sujet de désappointement pour Charles ; pourtant n ne renonça point à son projet. Mais, comme l’armée royaliste n’était point assez forte pour enlever la ville de force, il eut recours à la ruse. Plusieurs habitants furent gagnés, et on parvint à les décider à mettre le feu dans quatre endroits différents de la ville. Le but du roi était de profiter du moment où les soldats du parlement et les habitatits seraient occupés à éteindre les flammes pour introduire deux mille hommes de ses troupes dans la ville. .Mais ce complot fut découvert à temps , et les habitants de Hull s’étant réunis aux troupes du parlement, il y eut une vi-
goureuse sortie, qui mit en déroute les troupes du roi. Trente prisonniers furent faits, et des approvisionnements considérables, que le roi avait placés entre Beverley et Hull tombèrent au pouvoir des vainqueurs.
Charles prit le parti d’abandonner le siège de Hull. Il revint à York, le découragement dans le cœur. Cependant , il reçut dans cette ville une nouvelle qui le consola de l’échec qu’il venait d’essuyer .La ville de Portsmouth venait de lui être livrée par le traître Goring auquel , ainsi que nous l’avons dit, le parlement avait donné le commandement de cette place. Quelques jours après , le roi planta son étendard à Nottingham, et se disposa à faire une tentative sur la ville de Coventry. Ayant appris que le régiment de Hampden et quelques troupes parlementaires s’avançaient sous les ordres du comte d’Essex pour jeter une garnison dans cette place, il se orta sur Coventry avec huit mille oinmes; il espérait s’en emparer, s’il y arrivait avant les troupes parlementaires; il arriva en effet le premier, mais les portes de la ville lui furent fermées par les citoyens qui , à l’exempledes habitants delà plupartdes villes manufacturières, soutenaient la cause du parlement. Alors le roi se retira àStoneleigh, prèsde Warwick, pour y passer la nuit. Le lendemain, il eut la douleur de voir sa cavalerie refuser le combat et battre en retraite devant l'infanterie de Hampden , sans lui disputer le terrain. Quelques courtisans l’engagèrent à revenir sans délai à York, parce ou' Essex concentrait ses forces a Northampton et qu’un pareil voisinage offrait de grands dangers pour sa sûreté. Mais Charles ne voulut point écouter ces avis, et quelques-uns des membres de son conseil lui ayant proposé de faire des ouvertures au parlement pour en obtenir un arrangement , il déclara qu’il ne voulait aucun accommodement. Cependant, le jour suivant, le comte de Southampton lui avant dit que si le parlement refusait de traiter avec lui, il se rendrait ainsi odieux au peuple,
et qu’ulors le peuple serait mieux disposé pour lui, Charles conseutit à envoyer les comtes de Southampton et de Dorset et sir John Culpeper à Londres. Cette tentative d’arrangement n’eut point de succès ; car le parlement déclara qu’il ne négocierait avec le roi que lorsqu’il aurait enlevé son étendard de Nottingham et qu’il aurait retiré les proclamations dans lesquelles il déclarait traîtres le comte d’Esse.v et ses adhérents et protestait contre les mesures votées par les (leux chambres.
Surces entrefaites, le prince Rupert, neveu du roi, et son frère le prince Maurice arrivèrent à Nottingham. Le prince Rupert, qui était plein de fougue, insulta les royalistes qui avaient recommandé des mesures paciflques.
Son arrogance déplut aux chefs royalistes. Leur mécontentement s’accrut encore (^uand ils virent que le roi le mettait a la tête de l’armée royaliste. Rupert arrivait au camp le cœur plein de haine et de liel contre les parlementaires; aussi donna-t-il à la guerre un caractère horrible decruauté.
Quinze jours après sou arrivée à Nottmgham, il se mit à la tête d’un petit corps de troupes, traversa presque en courant les comtés de Nottingham, de Warwick, de Leicester, de Worcester et de Chester, pillant les villes et les villages qui tenaient pour le parlement et se livrant à d’autres excès qui ne pouvaient que nuire à la cause déjà si compromise de Charles.
Ëssex approchait. Vers le milieu de septembre le roi se porta vers la partie occidentale de l’Angleterre où le marquis d’Herford venait de lever plusieurs régiments pour son service. Tandis ue le roi voyageait ainsi , le comte ’Essex lui envoya la pétition du parlement dans laquelle les deux chambres l’engageaient à rentrer dans sa capitale et à licencier son armée ; mais Charles refusa de recevoir la pétition. Entre Stafford et Wellington , il lit reposer ses troupes, et , s'avançant à la tête de chaque corps, il chercha à inspirer du courage à ses soldats , en leur disant
que les ennemis qu’ils avaient à combattreétaientdes traîtres, des anabaptistes et des athées qui voulaient détruire l’Église et l’Etat. Le 20 septembre, il arriva à Shrewsbury , où il fut bien rei^u ; il y convoqua une assemblée des habitants pour leur demander de l’argent ; il leur offrait ses terres en nantissement : « Il ne faut point souffrir qu’une aussi bonne cause soit compromise, leur dit Charles; ce qui arriverait infailliblement, si vous me refusiez les fonds que je vous demande; d’un autre côté, songez bien que ces fonds vous seraient arrachés de vive force par ceux qui me poursuivent avec tant d’acharnement. » Le roi parvint avec ces arguments à réunir des sommes assez considérables. Les catholiques du Shropshireetdu Staffordshire lui avancèrent cinq mille livres sterling ( 125,000 fr. ). Un gentilhomme de l’une de ces provinces lui donna six mille livres sterling (150, 000 fr.), et il reçut en retour le titre de baron. Les partisans que le roi avait à Londres lui firent passer d’autres sommes.
Le comte d’Essex , après avoir jeté une bonne garnison dans Coventry, s’empara de Warwick. Essex, se mettant aussitôt à la poursuite du roi, arriva devant Worcester, au moment même où le prince Rupert venait d’engager une lutte avec les troupes parlementaires. Essex prit possestion delà ville et força le prince à se retirer. Sur ces entrefaites Charles quitta Shrewsbury avec l’intention de tourner l’armée d’Essex, et de marcher droit sur Londres. Essex atteignit l’armée royaliste à Edgehill, et for^a Charles à accepter la bataille. La nuit se passa tranquillement, mais le lendemain matin, les deux armées se rangèrent en ligne de bataille. Charles s’était réservé pour lui le titre de généralissime, et avait nommé pour son général en chef le cointede Lindsay, vétéran expérimenté ,qui avait servi avec Essex dans les guerres du continent. Sir Jacob Astley futnommé major général sous le commandement du comte de Lindsay; le prince Rupert commandait l’aile ciroite de la cavalerie ; les réserves étaient commandées.
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l’une par lord Digby, l’autre par sir JohnByron. L’année royaliste surpassait en nombre celle des parlementaires, niaisEssex avait une artillerie plus nombreuse et mieux servie. La bataille s’engagea, vers deux heures de l’après-inidi , dans une vaste plaine qui est située au bas ducoteau de Edgehill et qu'on appelle le val du Cheval rouge. L’artillerie des royalistes commença le feu , et soutint celui des parlementa’ires pendant près d’une heure avec beaucoup d’énergie; puis les deux armées s’étant rapprochées, la mêlée devintgénérale. Mais les royalistes , malgré leur courage, ne purent résistera l’impétuosité de leurs adversaires; ils perdirent un grand nombre d’étendards, parmi lesquels était celui du roi, et une foule de leurs ofGciers les plus distingués restèrent sur le champ de bataille.
Toutefois cette bataille était si peu décisive que les royalistes restèrent
Ïiossesseurs de leur camp jusqu’au endemain. Hampden , Ilollis , Stapleton et quelques autres membres du parlement qui commandaient la milice
f tressèrent alors Essex de poursuivre e roi et de recommencer la bataille ; mais les officiers expérimentés qui se trouvaient dans l'armée parlementaire furent d'un avis opposé. « La journée, disaient-ils, avait été bonne pour une armée de recrues ; on ne pouvait exiger davantage; il était plus sage d’accoutumer graduellement les soldats à la guerre que de risquer tout d’un seul coup et de battre en retraite. »
Charles se rendit à Oxford, où il fut reçu avec enthousiasme par l’université : il trouva dans cette ville de nombreux renforts de cavalerie.
Les cavaliers , nom qui s’étendit à tous les champions de la cause royaliste , tandis que les défenseurs de la cause populaire prenaient celui de têtes rondes , étaient généralement bien montés. Nous avons dit que le prince Rupert commandait la cavalerie. Rupert partit d’Oxford, visita Âbingdon, Henley et d’autres villes, et revint avec un grand butin. A quelques jours de là il se rapprocha plus
encore de Londres et pénétra Jusqu’à Staines et Eghum. Sa petite armée volait d’une place à l’autre et ne s’arrêtait nulle part.
Ces succès causèrent une vive frayeur au parlement et à la cité de Londres. Des mesures furent aussitôt adoptées pour repousser Rupert.
On fit des tranchées et des remparts autour de la capitale ; on dirigea des matelots sur les points menacés de la Tamise; on détacha des forces pour protéger le château de "Windsor; les troupes de la milice des comtés voisins furent concentrées dans les environs de Londres. Le parlement publia ensuite une déclaration dans laquelleil faisait appel au patriotisme des apprentis et les engageait à s’enrôler dans l’armée parlementaire , leur promettant que le temps qu’ils emploieraient au service de l’Etatleur serait compté pour leur apprentissage. Des associations s’organisèrent dans les comtés pour pourvoir à la défense commune. La plupart de ces associations étaient formidables, et l’on citait surtout pour leur bonne discipline celles qui avaient été organiséees par Olivier Cromwell dans les comtés de l’est.
Le parlement s’adressa ensuite aux Écossais et leur demanda des secours immédiats. De leur côté, les prédicateurs puritains entretenaient ar leurs discours l’enthousiasme es citoyens. Enfin, on fit main basse sur toutes les personnes qui étaient soupçonnées de royalisme. Mais les craintes que l’approche de l’armée du prince Rupertavait inspirées se dissipèrent quand le comte d’Essex arriva avec son armée pour protéger la ville. Essex reçut les félicitations du parlement qui lui fit don de cinq mille livres sterling (125,000 fr. ) pour le récompenser de ses succès. Le roi quittait alors Oxford et s’avançait vers Reading; cette ville se rendit. Charles se porta aussitôt sur Colmbrook , où il vit arriver le comte de Northiimberland et trois membres de la chambres des communes qui lui proposèrent un arrangement à l’amiable.
Charles fit un bon accueil à la dépu-
ÜOglc
talion, et prit Dieu à témoin de la douleur que lui causait l’effusion du sang de ses sujets, et du désir dont il était animé de faire la paix. U promit de résider près de Londres jusqu’au moment où des commissaires auraient réglé les différends qui existaient entre lui et le parlement. La députation revint à Londres et rendit compte de son message. Alors le comte d'Essex prit la parole et demanda s’il devait poursuivre ou suspendre les hostilités. Le parlement lui ordonna de les suspencire; mais en ce moment môme un bruit sourd et lointain, semblable à celui du canon, retentit dans la chambre des lords. Rssex, quittant aussitôt la chambre, se porta dans la direction d’où venait le bruit. On lui apprit qu’un corps royaliste commandé par le prince Rupert était tombé à l’improviste sur Brentford, dans l’esoir de se rapprocher de Londres et e s’emparer de cette ville par surprise. Les royalistes furent repoussés avec des pertes considérables , et le comte d’Essex reprit l’offensive.
Mais cette fois, comme dans une occasion précédente, les troupes parlementaires ne poursuivirent point le cours de leurs succès, parce qu’on déclara qu’elles u’étaient point encore assez aguerries. Le roi revint donc sans être inquiété à Reading, et de Reading il regagna Oxford.
Le parlement était indigné de ce manque de fui; et, dans sa colère, il déclara qu’il ne traiterait plus avec le roi. Cependant, au commencement de l'année suivante (1643), un nouveau traité de paix fut proposé au roi. Les commissaires du parlement étaient les comtes de Northumherland , de Pembroke, de Salisbury, et d’Holland, les vicomtes Wenman et Dungarnon, sir John Holland, sir William Litton. William Pierpoint, Whitelock, Edmond Walteret Richard Winwood.
Les commissaires trouvèrent le roi dans le jardin de Christchurch où il se promenait avec le jeune prince de Galles. Uliarles reçut la députation aveu courtoisie. Mais il montra une certaine âpreté à l’égard du comte de
Northumherland qui lui lisait les conditions du parlement. Les deux chambres demandaient à Charles de licencier son année; de revenir à Londres; de laisser les coupables à la justice des tribunaux; de désarmer les papistes, d’abolir l'épiscopat, d’éloigner de sa personne les mauvais conseillers. d’organiser la milice comme le parlement le désirait; de former des traités d'alliance avec les États protestants ; d’accorder un pardon général, dont seraient exceptes pourtant le comte de Newcastle, lord Digby et quelques autres personnes ; de réintégrer les membres du parlement dans leurs emplois, et de les récompenser pour les pertes qu’ils avaient souffertes. Charles répondit à ces propositions en demandant de son côté qu’on lui rendit ses revenus , ses magasins, ses villes, ses navires et ses forts; que le parlement abrogeât tout ce qui avait été fait de contraire à la loi et aux droits de la couronne; qu’il désavouât tous les actes illégaux exécutés en vertu des ordres donnés par lui ; que le livre des prières communes fût conservé, et que toutes les personnes qu’on voulait excepter du pardon général fussent jugées par leurs pairs. Les négociations se prolongèrent pendant plusieurs semaines; mais leur résultat fut néntif. Les hostilités n’avaient point iscontinué, et dans l’intervalle des négociations la fortune de la guerre avait été favorable aux armes parlementaires. Le comte d'Essex prit Reading, après un siège de dix jours.
Avant le commencement des négociations qui venaient d’avoir lieu , la reine étaitarrivée sur lacôtedu comté d'York, où elle avait trouvé le comte de Newcastle qui l’avait conduite à York.
Dés qu’elle fut dans cette ville, elle déploya une grande activité, et bientôt elle put envoyer à Charles une grande quantité d'armes et de munitions de guerre. Pendant ce temps-là le roi faisait jouer mille intrigues ; il envoya aux communes un message pour proposer un arrangement. Les
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lords reçurent le message avec beau* coup de respect, mais les communes ietèrml le porteur du message en prison et accusèrent la reine de haute tralii.son.
Une vive fermentation régnait alors dans la ville de Londres par suite de la découverte d’une conspiration à la tète de laquelle était un poète du nom de Waller. Waller, de concert avec plusieurs de ses amis , avait formé le projet de s'emparer des principaux membres de la chambre des communes et de livrer la ville à Charles. Le domestique de l’un des conjurés eut connaissance du complot, et découvrit tout ce qu’il savait. Aussitôt les conjurés furent arrêtes, et bientôt après ils furent condamnés à mort. Waller, qui était le chef de la conspiration, et trois autres de ses amis furent sauvés par l’intervention d'Esse.x; mais tout les autres furent exécutés. Les communes déclarèrent aussitôt qu’elles ne déposeraient point les armes tant que les papistes recevraient la protection du roi; elles ordonnèrent qu’un nouveau grand sceau serait fait, nommèrent des commissaires pour remplir les fonctions du lord chancelier, et une a.ssemblée d'ecclésiastiques fut ensuite convoquée pour régler les affaires religieuses.
Un nouveau complot fut découvert à Bristol, et les accusés, comme ceux de Londres , payèrent de leur vie leur insuccès. Les principaux conspirateurs étaient deux frères , Robert et AVilliain Yeomans. Tous deux
Ïirofessaient une espèce de culte pour a cause du roi. De concert avec a’auires royalistes, ils s’engagèrent à livrer Bristol à Charles. Mais le colonel Fieinies, qui gouvernait la ville, découvrit à temps ce complot; il arrêta les conspirateurs, les traduisit devant un conseil de guerre, qui condamna quatre d’entre eux à être pendus. Le roi qui voulait sauver leur vie, écrivit au gouverneur de Bristol et lui dit que Robert Yeomans avait reçu une commission de lui pour lever un régiment à son service, que son frère et les deux autres condamnés
n’étaient coupables que 4c loyauté envers sa personne, et que, si leur exécution avait lieu, il userait de représailles à l'égard de quatre prisonniers qui étaient maintenant dans ses mains. Kiennes réponrlit que , si Robert Yex>inans avait fait usage de sa commission d'une manière ouverte , il edt été traité comme l'étaient les prisonniers royalistes; mais que les lois de la guerre établissaient une différence entre un ennemi pris les armes à la main et un espion qui conspirait dans l’ombre; Fiennes terminait en déclarant au roi que, s’il mettait à exécution ses menaces, lui Fiennes traiterait de la même manière les prisonniers royalistes qui étaient dans ses mains. Robert Yeomans, le principal conspirateur, ainsi qu’un autre des condamnés furent pendus ; mais Charles n’usa point de représailles à l'égard des prisonniers qui etaientdans ses mains, comme il avait menacé de le faire. Déjà même, avant cette correspondance, il avait été obligé de traiter ses prisonniers comme des soldats réguliers. Ainsi à Brintford, des soldats de son armée avaient fait prisonnier John Liiburne que nous avons vu traiter de la manière la plus cruel'e par la chambre étoilée. Liiburne était capitaine dans l’armée parlementaire; il irrita tellement le roi par la violence de ses paroles que Charles voulut le faire mettre à mort; mais le parlement fut informé des intentions du roi ; Il déclara sur-lechamp qu’il userait de représailles, si le roipersistaitdansson projet. Dès lors Liiburne fut traité comme les autres prisonniers.
Grâce aux secours qu’il avait reçus de la reine, Charles pouvait donner une nouvelle activité aux opérations militaires. Pendant le mois de juin Rupert avec sa cavalerie volante balaya toute la contrée située entre Oxford et Bath , saccagea une partie du Berkshire et duBuckinghamshire.
Vers cette époque, un colonel du umn de Hurry, déserteur de l’armée parlementaire, informa le prince Rupert que deux régiments du parlement se trou-
valent à Wycombe et qu’on pouvaitfacileinent les surprendre. Le prince se décida à les attaquer pendant la nuit; il se mit à la tête de deu.v mille hommes, quitta Oxford et se porta sur Wycombe; mais il rencontra en route des forces ennemies qui le forcèrent à se reporter sur Chinnor, où il surprit des troupes parlementaires, auxquelles il tua une cinquantaine d’hommes et Gt soixante prisonniers.
Le matin , au moment où il se disposait au départ, il aperçut Hampden à la tête de son régiment. Le combat s’engagea dans un champ de blé ; mais il fut fatal aux troupes parlementaires. Hampden reçut à l’épaule deux coups de carabine qui lui brisèrent l’os et pénétrèrent dans le corps. Aussitôt ses mains lâchèrent les rênes et il laissa tomber sa tête sur le cou de son cheval. Le coup était mortel . Hampden se dirigea d’abord sur Pyrton, où demeurait son beau-père. Mais voyant que la route était interceptée par la cavalerie de Rupert, il changea de direction et atteignit Thame, où il mourut au bout de quelques jours; son régiment, qui était le plus brave de l’armée parlementaire, raccompagna à sa dernière demeure en chantant le neuvième psaume, et sa mort causa une douleur générale dans le parti du parlement. Elle fut telle, dit un historien de l’époque , qu’il semblait que toute l’armée avait été battue.
Cette perte fut accompagnée de plusieurs défaites successives. Le comte de Newcastle, qui s’était renforcé dans le nord, battit l’armée parlementaire que commandaient lord Fairfax et son Gis, à Atherton-Moor (30 juin). Il s’empara ensuite des places les plus importantes du nord du royaume, et bientôt il ne resta plus au parlement que la place de Hull.
Dans cette ville étaient des traîtres.
Hotham, qui en était le gouverneur, et que nous avons vu soutenir avec clialeur la cause duparlement, venait d’embrasser la cause royaliste. Hotham avait conçu une jalousie profonde contre le Gis de lord Fairfax, parce que le bruit s’était répandu que ce jeune
homme devait lui succéder au gouvernementde Hull; de concert avec son Gis, il ouvrit une correspondance secrète avec le comte de Newcastle, et convint de livrer la ville de Hull au général royaliste. Ces lettres furent interceptées, et lord Fairfax étant entré dans la ville , les deux Hotham , enchaînés comme des malfaiteurs, furent conduits à Londres Le père et le Gis avaient rendu de grands services au parlement au commencement de la guerre ; mais leur lâche trahison ne pouvait être pardonnée ; tous deux furent condamnés à mort. Le 1"^ janvier 1644, le jeune Hotham fut conduit à l’échafaud aTower-hill, et le lendemain, son père fut exécuté à la même place.
Olivier Cromwell était allé à la rencontre du comte de Newcastle; il voulut s’emparer de la ville deNewark sur Trent , mais il n’y réussit point ; d’autres avantages compensèrent en partie cet insuccès. Ainsi ildéGt plusieurs corps détachés, désarma et dispersa les recrues qui allaient renforcer l’armée du comte de Newcastle, et battit l’armée royaliste près de Grantham. Et s’étant réuni, quelque temps après la bataille de Atherton Moor, à lord Willoughby qui venait d’emporter d’assaut la ville importante de Gainsborough et avait fait sa garnison prisonnière, il battit une division de l’armée de Newcastle et la mit en déroute.
Mais quelques jours après cette dernière rencontre, Newcastle vint au devant de Cromwel avec toutes ses forces et l’obligea à son tour à battre en retraite. Gainsborough, que les parlementaires avaient emportée d’assaut, et Lincoln ouvrirent leurs portes au général royaliste. Dans l'ouest , Wilmot, général royaliste, venait de battre sir William Waller près de Devize, et, quelque temps après, la ville de Bristol, dont Nathaniel Fiennes était le gouverneur, se rendit au prince Rupert après trois jours de siège. Fiennes fut traduit devant un conseil de guerre pour rendre compte de sa conduite; le conseil le condamna à mort, Mais le comte d’Essex le sauva.
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Les royalistes occupaient alors des places importantes. Exeter, où la reine s’était retirée pour faire ses couches , était entourée de fortifications formidables. Le Cornouaille professait pour la cause du roi le plus grand attachement. La seule ville importante de l’ouest, qu’eût le gouvernement, c’était la cité de Glocester , mais elle était menacée alors par l’armée de Charles. Cependant le comte d’Essex s’étant misa la poursuite de l’armée royaliste, la força à lever le siège.
g M . Bataille de Newbury. — Défaite des royalistes. — Nouvelles proposiUuns d’arraogemenl. — Charles refuse d’y accéder. — DéfecUoos qu’éprouve l’année royaliste. — Progrès des puritains. — Charles rassemble un parlement à Oxford pour faire la contre-parlie du parlementde Westminster. — Bataille de Marton .Moor; défaite des royalistes. — Des discussions éclatent dans la sein du parlement — Deux partis se forment; celui des puritains et celui des indépendants. — Falrfax prend le commandement de l’armée.
Cependant il ne régnait point un accord parfait entre la chambre des lords et celle des communes. Essex avait adressé une lettre aux lords dans laquelle il leur recommandait d’entrer en arrangement avec le roi.
Les lords se rendirent à ce conseil ; mais les communes le repoussèrent avec indignation : Pembroke , Bolingbroke et lord Howard d’Escrick, que le parlement avait chargés de recruter l’armée parlementaire, se refusèrent alors à remplir ces fonctions. Ces divisions étaient d’une nature alarmante; elles existaient encore parmi les lords qui étaient à l’armée. Bedford , général de la cavalerie, Northumberland, Holland et Clare, père de Donzil Hollis , ne montraient point la résolution qui était nécessaire pour faire triompher la cause du parlement. De graves soupçons planaient même sur le généralissime des troupes parlementaires, dont la conduite avait donné lieu à de nombreux sujets de plaintes: aussi la chambre des communes envoyat-elle plusieurs de ses membres auprès de lui pour surveiller ses opérations.
Toutefois Essex, après avoir laissé une bonne garnison dans Glocester,
revint vers Londres; près de Newbury, il trouva les troupes du roi qui occupaient une forte position. Aussitôt le comte rangea son armée en bataillesur une hauteur appelée Bigg’s- Hill. La bataille ne finit qu’avec la nuit. L’armée royaliste essuya une défaite complète. Le comte d’Essex entra à Newbury et se rendit de là sans difficultés à Reading. Dans cette bataille, qui eut lieu le 20 septembre , l’armée d’Essex et notamment les recrues de Londres, qui se composaient des apprentis, des artisans et des boutiquiers de cette grande ville, firent des prodiges de valeur. Les troupes parlementaires perdirent environ cinq cents hommes; celles du roi en perdirent qninze cents. Dans le nombre de ces derniers Charles comptait un grand nombre d’officiers de mérite et des hommes qui lui étaient dévoués. L’un d’eux était lord Falkland, pour lequel Charles avait une vive amitié, et
3ui était secrétaire d’État. « Le matin e la bataille , dit Clarendon , il demanda une chemise blanche. Un de ses amis lui ayant demandé pourquoi il voulait se vêtir d’une chemise blanche, il répondit que, s’il était tué, il voulait que les ennemis ne trouvassent point son corps couvert de linge sale. » Ses amis l’engagèrent à ne point se battre en lui disant qu’il n’éiait point militaire, et, qu’en conséquence, il n’était point tenu à prendre parta la bataille; il leur répondit qu’il était las des malheurs de l’époque et qu’il prévoyait que de grandes calamités allaient fondre sur son pays; que pour lui il avait l’espoir d’être délivré de ses maux avant la fin du jour. Falkland , nous dit le même historien, était un gentilliomme accompli; il était courtois et juste pour tous; et, comme il avait fait tous ses efforts pour rétablir la paix entre le roi et son parlement , sa mort fut vivement regrettée de tous ceux qui le connaissaient. Charles perdit encore dans la bataille de Newnurydeux autres lords d’un grand mérite; le comte de Sunderland, qui fut tué près de lui, et le comte de Caernarvon , jeune seigneur
HISTOIRÉ D’ANGLETERRE.
d’un grand courage , qui fut tué après avoir fait une charge brillante sur la cavalerie parlementaire, lorsqu’il revenait à son poste.
La perte de cette journée aurait dû rendre Charles plus circonspect et plus sage. Il n’en fut rien. Les comtes de Clare, de Bedford et d’Holland étant allés à Oxford pour se réunir à lui, Charles, au lieu de les recevoir avec bonté comme l’exigeait une bonne politique, et de voir en eux di's hommes repentants de leurs fautes, leur montra une défiance ombrageuse et souffrit que ses courtisans leur lissent insulte. Les trois comtes le quittèrent aussitôt pour revenir au parlement, qui consentit à oublier leur conduite.
Dans le même temps, le parlement concluait un arrangement avec les Ecossais, en vertu duquel ceux-ci s’engageaient à lui fournir des secours à de certaines conditions. Les covenantaires, qui étaient alors maîtres de l’Ecosse et de ses ressources, insistèrent pour que le parlement anglais acceptât leur covenant; qu’il s'engageâtà ne faireaucun mal a la |)ersonne du roi et à établir les doctrines de l’église anglaise sur celles de l’église écossaise. Le négociateur anglais, homme habile, introduisit quelques modifications dans la lettre du traité qui donnèrent de l’élasticité aux clauses sur lesquelles insistaient les covenantaires. On parvint à s'entendre. Le parlement anglais envoya cent mille livres sterling aux Écossais (2,500,000fr.) Ceux-ci, de leur côté, se disposèrent à envahir l’Angleterre , et à recouvrer toutes les provinces de ce royaume pour le compte du parlement anglais. Le covenant fut présenté à Londres aux deux chambres. Le 25 septembre, elles se réunirent dans l’église de Sainte-Marguerite à Westminster et jurèrent de l’observer et de le maintenir Le parlement ordonna ensuite que lecovenant serait lu le dimanche suivant dans toutes les églises , et que les prédicateurs engageraient tous leurs paroissiens à s’y conformer.
A partir de cette époque, le covenant (les Ecossais fut connu sous le nom de
//giifi et covetuxnt solennel des deux royaumes.
Les affaires de Ifrlandé (Continuaient à préoccuper vivement le parlement. GrAce à ses efforts et à son activité, les rebelles irlandais avaient partout été défaits, et les vaincus avaient été cruellement maltraités; car deux millions et demi d’acres de leurs terres avaient été donnés aux soldats protestants en récompense de leurs services. Ces larges donations de terres devaient procurer naturellement de nombreux partisans à Charles parmi les catholiques. Charles , par t’intermédiairedu marquis d’Ormond, ui était dévoué à sa cause , entama es négociations secrètes avec eux.
Ormoiid eut de longs pourparlers avec les chefs du parti, et parvint à lever cinq régiments, qu’il envoya à lord Byron, gouverneur de la ville de Chester. Cependant, ces troupes furent battues à Nantwich par sir Thomas Fairfax, quelques semaines après leur arrivée. Deux cents hommes furent tués; quinze cents autres mirent bas les armes et furent faits prisonniers.
Parmi ces derniers était Monk quiavait servi en Irlande et qui alors était attaché à la cause du roi.
Charles perdit ainsi les espérances qu’il avait un moment fondées surces secours. Mais ce ne fut pas tout; ces secours tournèrent même contre lui ; car aussitôt qu’on apprit qu’il avait des intelligences avec les catholiques de l’Irlande , et que des troupes de cette contrée étaient engagées à son service, il s’opéra de nombreuses défections
ftarmi les royalistes, et surtout dans ’armée du nord que commandait le comte de Newcastle. Ainsi un grand nombre des soldats déposèrent leurs armes et refusèrent de combattre pour le roi. Sir Edward Deering, membre de lachambre des communes qui était allé rejoindre le roi à Oxford , revint à Londres et demanda grâce au parlement, en disant qu’il avait vu tant de papistes et de rebelles irlandais dan.s l’armée du roi , qu’il n’avait pas cru devoir rester plus longtemps dans une pareille société.
oogle
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Cependant la situation du parti parlementaire était loin d’être, rassurante. A la Onde cette année (1G43) il perdit Pym. l’un des hommes les plus populaires de l’époque et l'un de ceux qui s’étaient le plus fait remarc^uer par son éloquence et sou activité. Pym mourut usé par le travail et dans la pauvreté. La chambre des commuiies vota une somme d’ar-rent pour paver ses dettes et le faire enterrer dans 1 abbaye de Westminster. L’homogénéité qui avait fait la force du parti national h’était plus la même. Le synode national, qui avaitélé convoque pour donner au culte de l'Église d’ Angleterre une forme et un gouvernement régulier, s’était réuni à Westminster au mois de juillet. L’assemblée se compusaitdecent vingtet un ecclésiastiques, de dix membres de la chambre des lords et de vingt membres de la chambre des communes, quiavaient été adjoints au synode comme assesseurs laïques. Lesynodeadressaune pétition aux (leux chambres du parlement dans laquelle il disait que la colère de Dieu frappait évidemment le royaume, à cause de ses péchés ; ce qui l’obligeait, comme gardien desintérêtsde l’Église et de la nation, de présenter au parlement différentes requêtes dont l’urgence exigeait une prompte satisfaction. La première avait pour objetd'obleuir un jeûne public extraortiinaire , aflnquechaque homme pût faire acte de pénitence pour sespticliésetdemander misericorcle à Dieu. Dans la seconde, le synode invitait le parlement à prendre’ en considération les affaires de l’Égli.se, alin de rendre la religion du Christ aussi glorieuse qu’elle devait l’être; il demandait que tous les ecclésiastiques du royaume fussent invités à catéchiser la jeunesse et les gens grossiers qui habitaient leurs paroisses respectives, afin, disaient les pétitionnaires, defairedisparaitre l’ignorance
f;rossière et les ténèbres épaisses dans esquelles éUait plongée la plus grande partie des citoyens du royaume. La plupart des inembresdusynode, qui appartenaient à l’Église presbytérienne, intimaient qu’eux seuls possédaient les
Imniàres propres è dissiper ces ténèbres, et avaient lé droit de (lire aux citoyens que leiirdisciplineétait parfaite, leurs décisions infaillibles et souveraines, et, conséquemment, que tout ce ui n’était pas conforme à leur manière e voir était hérétique et digne de la dainnation éternelle. Laud , avec tout son bigotisme, n’était pas allé aussi loin; car il avait étendu les limitesdu salut de l'ûine, tandis que les presbytériens rétrécis.saient , dans toutes ses parties , le cercle hors duquel il n’y avait, suivant eux, que la damnation éternelle à espérer.
Ces doctrines rencontrèrent une vigoureuse résistancedans le sein même de cette assemblée. Huit ou dix membres du synode étaient des indépendants , secte qui professait la liberté religieuse et maintenait que chaque homim( avait le droit d’expliquer les Écritures saintes selon les lumières de sa propre intelligence; vingt antres membres professaient les doctrines de l’épiscopat; il y avait, en outre, parmi les membres des communes qui avaient été nommés assesseurs du synode, des hommes décidés à repousser les exigences des presbytériens.
Selden et Whitelock se faisaient remarquer parmi ces membres. « Selden, dit Whitelock, réfuta lesdoctrines de plusieurs d’entre eux sur des points qu’ils prétendaient connaître. Quelquefois, lorsqu’ils citaient un texte tiré des saintes Écritures pour appuyer leur assertion, il leur (lisait ; Peutêtre que dans vos bibles de poches et dorées sur tranches, la traduction signilie ce que vous avancez ; mais le texte grec et le texte hébreu signifient ceci et cela, et de cette manière il les réduisait au silence. » Le parlement avait mis des bornes à l’autorité du synode , en ne lui accordant que le droit de faire des représentations ; il intervint dans ces discussions, et les résolutions de cette assemblée ne furent point confirmées pour le moment.
Si la situation (lu parlement était difficile, celle du roi Tétait davantage encore (1644). Les embarras augmentaient chaque jour. Ce qui le préoc-:
ciipait surtout, c’était le parlement réuni à Westminster. L’idM lui vint de le dissoudre; mais Clarendon, qu’il consulta à cette occasion, repoussa cet avis, et lui représenta qu’il valait mieux convoquer un nouveau parlement que l’on composerait des membres qui avaient abandonné le parlement de Westminster et de ceux qui avaient été renvoyés par lui.
Malgré la haine que Charles portait au parlement, cette idée lui plut, surtout quand il eut l’assurance que ce parlement serait soumis et lui obéirait servilement. En conséquence, ce parlement, que Charles nomma l’antiparlement, le parlement métis, s’assembla à Oxford le 22 janvier 1644. Il se composait de quarante-trois pairs et de cent dix-huit membres des communes; les pairs réunis à Westminster étaient beaucoup plus nombreux, et la chambre des communes de Westminster comptait deux fois autant de membres que celle d’Oxford. Charles , dans sa proclamation , déclara qu’il convoquait son parlement pour délibérer sur les mesures à prendre à l’égard de l’invasion de l’Angleterre par les Écossais , et de la déloyauté et de la trahison d’un petit nombre démembres du parlement de Westminster qui avaient grossièrement trompé son peuple et lui avaient aliéné l’affection de ses sujets loyaux et dévoués. En ouvrant la session il fit un long discours dans lequel il dit aux deux chambres qu’il les avait réunies pour être témoins de ses actes et bien juger de ses intentions; qu’il ne doutait point que le concours de tous les membres ne lui fdt acquis; et qu’avec leur assistance il ne pût remettre chaque chose en ordre, et se placer au-dessus des atteintes de la méchanceté de ceux qui avaient déjà exercé une trop grande influence sur le peuple; « J’espère, dit-il, que, soit par les succès que j’obtiendrai, soit par les marquesderepentirqu’ilsmedonneront. Dieu mettra un terme à cette grande tempête. Mais le crime et le désespoir ont rendu ces hommes plus pervers quejamais ; car, au lieu de chercher à éteindre ces que-
relles sanglantes et de rendre la paix à ce malheureux pays, ils ont in vité une puissance étrangère à envahir le royaume. » Quatre jours après, le parlement d’Oxford déclara, à l’iinaniinité , que tous les Écossais qui prendraient part à l’expédition projetée contre l’Angleterre , ou qui y donneraient adhésion, perdraient tous les avantages que leur assurait le dernier traité de pacification , et que les sujets du roi qui ne résisteraient point aux Écossais seraient traités comme des traîtres et des ennemis de l’État. Le lendemain, le parlement d’Oxford adopta une déclaration dans laquelle il disait qu’il avait été assemblé à Oxford pour empêcher une plus grande effusion de sang. La déclaration portait en outre que le roi désirait la paix par-dessus toutes choses; cc document était accompagné d’une ouverture de paix adressée au comte d’Essex ; elle était signée par le prince de Galles, le duc d’York , et quarante-trois ducs , marquis , comtes, vicomtes et barons de la chambre des pairs et les cent dix-huit membres delà chambredes communes.
Essex répondit qu’il ne pouvait transmettre au parlement les ouvertures qui venaientdelui être faites, etdéclara qu’il ne reconnaissait comme véritable parlement du royaume que les deux chambres réunies à Westminster. Alors le roi adressa une lettre aux lords et aux communes réunis à Westminster. Le roi demandait que des commissaires fussent nommés pour établir et régler les droits et les privilèges de la couronne, ainsi que les droits et les privilèges du parlement ; ces demandes étaient raisonnables, mais le roi adressait sa lettre au parlement comme si elle eût émane de l’avis des lords et des communes de son parlement réunis à Oxford. Cet énoncé fut regardé comme une insulte par les deux chambres du parlement.
« Nous avons compris, répondirentelles , que cette lettre nous était destinée, et nous avons résolu, avec l’assentiment des commissaires d’Écosse, de représenter en toute humilité à Votre Majesté que nous emploierons tous
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les moyens possibles pour arriver à une paix équitable et sûre. Votre Majesté peut être assurée que nous ferons tous nos efforts pour arriver à ce résultat. » Les communes se plaignaient ensuite au roi de ce qu’il avait assemblé des personnes à Oxford qu’elles appelaient des déserteurs du parlement, et trouvaient mauvais qu’on eût assimilé ces personnes aux membres du parlement qui siégeait à Westminster; elles terminaient en rappelant au roi l’heureuse union qui existait entre l’Angleterre et l’Écosse et la ligue solennelle que les deux pays avaient juré de maintenir. Quelues jours après, les deux chambres u parlement adressèrent une proclamation au royaume dans laquelle elles dénonçaient la proposition du traité de paix d’Oxford comme émanant des jésuites et des papistes. Les lords et les communes d’Oxford répondirent par une contre-déclaration et votèrent au roi des levées d’hommes et des subsides; mais on conçoit que cette dernière mesure ne pouvait recevoir son e.xécutionque dans les endroitsoù les royalistes étaient en force.
Cependant l’attitude des Écossais devenait plus menaçante pourCharles.
Leslie, comte de Leven, qui avait été nommé de nouveau généralissime de l’armée écossaise, s’était avancé sans rencontrer d’obstacles jusque sur les bords de la Tyne. Après s’etre arrêté quelque temps devant Newcastle, il traversa la rivière, et inareba sur Sunderland. Quelques troupes parlementaires s’étant réunies à lui, il harassa l’arrière-garde de l’armée du comte de Newcastle, et rejoignit lord Fairfax. Charles était en ce moment à Oxford avec environ dix mille hommes. Essex et Waller, généraux parlementaires, menaçaient cette ville.
Heureusement pour le roi une rupture éclata entre les deux chefs, Charles put s’échapper pendant la nuit; il gagna Worcester à marches forcées, et se porta aussitôt vers l’ouest, où il trouva son neveu le prince Maurice.
Le parlement avait placé quatorze mille hommes sous le commandement
A.NCLKTERRE. — T. U,
du comte de Manchester, et de son lieutenant général Olivier Cromwell, qui était devenu l’un des premiers généraux du parlement. Cette division fut dirigée sur le nord pour agir de concert avec lord Fairfax et Leslie, qui tenaient York assiégé. Bientôt York fut étroitement bloqué ; mais Newcastle et le prince Rupert arrivaient à marches lorcées. L’armée réaliste s’élevait à près de vingt mille ommes. La cavalerie était nombreuse et bien commandée. Les généraux parlementaires et écossais crurent prudent de lever le siège, lorsqu’ils se virent poussés par des forces aussi imposantes. Rupert jeta des troupes dans York et proposa ensuite aux généraux royalistes de livrer une bataille générale. Cet avis ne fut point partagé par le comte de Newcastle;et ileutàce sujet une altercation violente avec le prince. Cependant Newcastle ne fut point écouté. Les troupes parlementaires ne s’attendaient point a combattre; déjà elles avaient quitté leur cantonnement, lorsqu’elles apprirent que Rupert attaquait l’arrière-garde. L’armée parlementai re forma aussitôt ses lignes et se rangea en bataille. Le mot d’ordre du prince Rupert était « Dieu et le Roi; » celui de l’armée parlementaire, it Dieuestaveenous. » La bataille commença à sept heures du soir. L’infanterie’du comtede Manchester et quelques troupes écossaises attaquèrent les lignes royalistes, et bientôt la mêlée devint générale. La victoire fut quelque temps disputée, et, des deux cotés, on fit des prodiges de valeur; mais , à dix heures du soir, les charges des réserves de la brigade d’Olivier Cromwell et celles des troupes écossaises décidèrent la journée. Rupert s’enfuit avec sa cavalerie en désordre; son infanterie jeta ses armes pour courir plus vite; son artillerie, ses munitions de guerre , les bagages de l’armée , et environ cent étendards parmi lesquels se trouvait celui du prince liii-meme, tombèrent dans les mains des troupes parlementaires. Les vainqueurs le pousuivirent jusqu’à un mille d’York.
Le lendemain matin, le comte de
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Newcastle résolut d’abandonner le royaume; il prit congé du prince et se rendit à Scarborougb, où il s’embanjua pour le continent et ne revint plus • en Angleterre qu’à l’époque de la restauration. Cette bataille, qui reçut le nom de Marston-Moor, du lieu où elle s’était donnée, fut fatale aux royalistes.
En effet, les parlementaires se présentèrent de nouveau devant York et sommèrent la garnison de se rendre à discrétion. Les ofliciers royalistes repoussèrent d'abord ces propositions; mais, quelques jours après, ayant vu que les troupes parlementaires faisaientdes préparatifs d’escalade, ils demandèrent à capituler. Les royalistes sortirent d’York enseignes déployées.
D’autres villes tombèrent aussitôt au pouvoir des vainqueurs. Newcastle fut pris par les Ecossais , et, bientôt , le parlement fut maître de toutes les provinces du nord.
Dans l’ouest les affaires du parlement n’alluient point aussi bien. Essex s’était engagé dans une fausse position. Le lord général, après sa tentative sur York, s’était porté vers les provinces occidentales, dans l’espoir de les réduire à l’obéissance. En ce moment même la reine, qui venait de faire ses couches dans la cité d’Exeter, lui demanda un sauf conduit pour aller à Bath ou à Bristol, alla d’y prendre les eaux et d’y l'établir sa santé. Essex lui offrit un sauf-conduit pour Londres, où, dit-il, elle trouverait les meilleurs méilecins du royaume. La reine préféra aller à Falnioutli; elle partit ensuite pour la France et arriva à Brest après avoir été vivement (loursuivie par la Hotte du comte de Warwick.
Tandis qu’Essex s’avançait vers l’ouest, les troupes royalistes s’amassaient derrière lui; vivement serré de près par le roi, qui venait d’obtenir sur Waller quelques avantages à Copredy-Rridge, il se vit bientôt acculé dans le Cornouaille, contrée qui était excessivement hostile au parlement. Sur ces entiefaites, le prince Maurice réunit ses forces à celles du roi; ce qui rendit plus critique en-
core la position de l’armée parlementaire. On rapporte qu’en ce moineut Charles lit les offres les plus séduisantes à Essex, mais que le général parlementaire les repoussa avec indignation. Les troupes qui avaient accompagné la reine, lorsqu’elle s'était embarquée jioiir la France, vinrent se réunir à l’armée royaliste, et bientôt l’armée combinée parvint à envelopper dans un cercle étroit l’armée parlementaire. Far de telles manœuvres les royalistes enlevèrent aux parlementaires les moyens de faire leurs fourrages et de se procurer les approvisionnements dont ils avaient besoin.
Les royalistes établirent également une batterie du côté de la mer où les parlementaires pouvaient encore espérer des secours; car la Hotte de Warwick était en vuede la côte ;decette manière ceux-ci perdirent bientôt toute espérance.
Les deux armées étaient en présence depuis huit ou dix jours. Alors le roi envoya le colonel Goring avec sa cavalerie et quinze cents hommes d’infanterie pour serrer l’ennemi de plus près. Celte entreprise eut un plein succès. L’armée parlementaire fut refoulée sur une petite langue de terre située entre la rivière de Fowev et celle dcSaint-Blaze;ceterrainavaft tout au plus deux milles de longueur et environ deux milles de largeur. La cavalerie en eut donc bientôt épuisé les fourrages. Quelquesjours après, les royalistes lirent sauter les magasins où se trouvaient les poudres d’Èssex.
La position du général parlementaire était désespérée; il ordonna à Guillaume Raliour, qui commandait la cavalerie, de se jeter à l'improviste sur les lignes ennemies, pour lesenfoncer, et de se frayer un passage, tandis qu’il embarquerait l’infanterie à Fowey et s’échapperait par mer. Mais le roj fut instruitdeceprnjetpardesdéserteurs; il donna aussitôt l’ordre à l’armée royaliste de se tenir sous les armes, il lit briser les ponts et couper les arbres pour obstruer la route.
Cependant, a la faveur de la nuit qui était noire et pluvieuse, la cavale
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tie parlementaire parvint à franchir les lignes ennemies sans éprouver de grandes pertes. L’infanterie n’eut point le même bonheur-, et à l’exception d'Essex et de quelques autres oflticiers de marque qui s^emb.irquerent a bord d’un navire que Warwick avait envoyé, tout le reste fut obligé de mettre bas les armes. Les ofliciers conservèrent leur épée, et tous les prisonniers furent conduits à Poole et à Portsmouth. On leur permit d'abord de garder ce qu’ils avaient en argent; mais celte promesse ne fut pas tenue : on leur enleva même leurs habits.
Le parlement montra, dans celte circonstance, un rare exemple de magnanimité et de respect pour le malheur de son général. Dans une lettre adressée h Essex, le parlement lui dit qu'il se soiiineltait, dans c.ette circonstance, à la volonté de Dieu; mais que se» sympathies pour lui, ainsi que la haute opinion qu'il avait conçue de sa fidélité et de ses talents militaires, n’en souffriraient aucune atteinte. Le parlement ajoutait qu’il espérait bien rétablir ses affaires, et lui disait qu’il avait écrit au comte de Manchester pour qu’il se rendît en toute hâte à Dorchester dans le Dorsetshire avec toutes les forces qu il pourrait réunir. Il annonçait, en outre, à son général l’envoi île six mille fusils , de cinq cents paires de pistolets et des vêtements pour l’armement et l'Iiabiilement des troupes.
Le roi quittait alors le Cornouaille et marchait sur Oxford dans l’espoir de reprendre ses anciens quartiers sans risquer une bataille. Les forces combinées d’Essex, de Manchester, de Waller et de Cromwell, se mirent à sa poursuite et l’atteignirent près deNewüiiry. oùl’armée royalisleavaitessuyé, l'année précédeitte, un grand échec.
Il n’y eut (]iie quelques escarmouches insignifiantes, et le roi put aller à Donnington, qui est situé près d'Oxford, et enlever l’artillerie qu'il y avait déposée. Cet insuccès. Joint à la défaite précédente, produisit un mécontentement dans l’année parlementaire. Cromwell, le seul des généraux
parlementaires qui avait montré de l’énergie dans cette affaire, se, plaignit vivement ilu comte de Manchester, sous lequel il servait lui-même , ainsi que d’Essex, de Waller et des autres principaux généraux de l’année. Bientôt même il porta une accusation directe contre le comte de, Manchester, qu’il accusait en termes formels d’avoir apporté une grande nonchalance et beaucoup de lenteur dans toutes les opérations militaires.
En réponse, le comte de Manchester envoya à la chambre des lords un long manifeste que l’on suppose avoir été écrit par Deiuil-llollis , l'ennemi implacable de Cromwell et l’un des chefs du parti presbytérien qui regardait déjà les indépendants comme des hommes plus à craindre que les royalistes. Le comte justifiait sa conduite comme général à la seconde bataille de ISewbury, et accusait, à son tour, Cromwell de lâcheté. « Je n’ai point encore reçu de renseignements certains sur la cavalerie que commandait le lieutenant général Crojnwell , »
disait-il. Le comte adressa le même jour aux lords un autre manifeste; cette pièce était destinée à perdre Cromwell. Manchester accusait son lieutenant général de projets criminels contre l’aristocratie et l'Eglise. Le comte d’Essex se joignit à ces attaques et fut plus violent encore. 11 vint à la chambre des lords, le jour fixé pour la lecture du manifeste, et continua d'y siéger pendant tout le temps que dnrèretit les débats. De plus, il provoqua des réunions particulières dans sa propre maison, où (îromwell était dénoncé comme un incendiaire, qui voulait semer la discorde entre l’Angleterre et l’Ecosse. Les commissaires écossais assistaient à ces réunions; Holiis, sir .Tohn Me.yrick , sir Philippe Slapleton, et d’autres chefs îles presbytériens, y venaient aussi régulièrement.
On tomba d’acnord sur ce point, que Cromwell était un incendiaire, et l’on convint qu'il fallailprendre des mesures énergiques pour arrêter son ambition. Mais Cromwell, de son côté,
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n’était pas inactif; il se mettait en n’est pas poursuivie avec plus de vimesure de détruire’ l’oligarchie près- gueur, le peuple ne pourra supporter bytérienne en enlevant le comnian- plus longtemps tant de maux et vous demant de l’armée aux généraux de ce obligera à faire une paix désho-
Sarti. Cromwell avait des amis in- norante. Je recommande à votre uents et nombreux à la chambre des prudence cette grande affaire. Ne communes.Le9(lécembre,cettecham- prêtez point l’oreille aux plaintes bre voulut porter son attention sur l’é- qui pourraient vous être faites à l’égard lat du royaume et les maux qu’il dequelques-uns de vos commandants supportait par suite des charges de la en chets. N’allez point récriminer guerre. Ilyeut pendantquelque temps contreles fautes qu’ils pourraient avoir un silence général; les membres se commises. Je me reconnais moi-même regardaient les uns les autres sans coupable de grandes fautes, et je sais savoir qui romprait la glace et qui qu’on peut rarement les éviter dans les parlerait le premier sur un sujet aussi affaires militaires. Mais appliquezdélicat. A la fin, Cromwell se leva et vous à chercher le remède aux maux parla en ces termes : « Il est temps que nous souffrons. J’espère que tous maintenant de parler ou de se taire ici nous avons des cœurs vraiment pour toujours; car dans cette circons- anglais, et que nous sommes tous anitance importante, il ne s’agit rien niés de bons sentiments pour le bien moins que de sauver une nation des général de notre mère-patrie; qu’aucun horreurs de la guerre; je dis plus de la membre des deux chambres ne se resauver d’une condition désespérée fusera à sacrifier ses intérêts particuoù l’a jetée la prolongation de ce Iléau. liers aux intérêts, publics et qu’il ne Si nous ne poursuivons pas la guerre regardera point comme une disgrâce avecplusde vigueur, et d’une manière les mesures quelconques qu’il plairait plus efficace et plus prompte; si nous auparlementd’adopterdansuneaffaire ne renonçons pas à toutes les tem- de cette importance; alors la tâche porisations qui ont eu lieu jusqu’à sera facile. » Cromwell se rassit au mice jour; si nous ne faisons pas la guerre lieu des bravos de l’assemblée. Un aucomme la feraient des soloats de for- tre membre prit aussitôt la parole: tune qui combattraient au delà des « Quelle que soit la cause des maux que mers, nous allons fatiguer le royaume nous souffrons, dit-il, deux étés se et lui faire haïr le nom même de par- sont passés et nous ne sommes point lemeni. Que disent nos ennemis.’ Que encore sauvés. Nos victoires remdisent nos amis eux-mêmes ? ce qu’ils portéesavectantde bravoure semblent disent, c’est que les membres des deux avoir été mises dans un sac rempli chambres ont obtenu de grandes places de trous ; car ce que nous gagnons un et de beaux commandements ; et que , jour, nous le perdons le Tendemain ;
fiar leur influence dans le parlement et le trésor est épuisé, le pays est ravagé; eur autorité dans l’armée, ils veulent les victoires remportées pendant l’été, se perpétuer dans la grandeur et ne sont insignifiantes. Les opérations ont veulent point permettre que la guerre cessé pendant l’automne pour être setermincpromptementdans la crain- reprises au printemps comme si le te que leur propre puissance ne finisse sang qui a été répandu devait servir à avec elle. Ce que jedis ici devant vous, fertiliser le champ de bataille et d’autreslerépètentdcrrière.Jene veux donner plus d’aigreur à la querelle. » faire aucune allusion; j’apprécie trop Après ces discours, un membre, les talents militaires des membres des nommé Zouch Tate, proposa à la deux chambres qui occupent encore chambre d’ôter à tous lesanembres du des fonctions dans l’armée ; mais , s’il parlement , soit qu’ils appartinssent m’est permis de parler librement, je aux communes, ou soit qu’ils fissent diraiquesi l’on n’adopte point un autre partie de la chambre des lords leurs système pour l’armée, et si la guerre commandements et leurs emplois. La
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motion de Zouch Tate, appuyée par Vane , fut adoptée et reçut plus tard le nom d’ordonnance d’abnégation de soi-même {self denyinq ordinance).
Deux jours après, la chambre déclara qu’un jour solennel de jeûne serait bxé pour demander à Dieu qu’il donnât sa bénédiction au nouveau système d’organisation de l’armée.
Le bill fut envoyé à la chambre des lords; mais là, comme on devait s’y attendre, il rencontra de grandes lenteurs et une forte opposition , surtout de la part des comtes d’Essex, de Manchester, de Warwick et de Denbigh, qui étaient fort intéressés à le faire écarter. Les communes , fatiguées de ces lenteurs, nommèrent une commission qu’elles chargèrent de répondre aux objections des lords, et le 13 janvier 164.Î, toute la chambre en masse, son speaker en tête, se rendit à la chambre des lords pour y traiter la même affaire. Le même jour les lords rejetèrent l’ordonnance.
Les communes, sanstenircomntede ce rejet, procédèrent aussitôt à l'organisation derarmée. D’après lenouveau plan, l’effectif de l’armée fut porté à vingt et un mille hommes,dont six mille cheVaux , mille dragons et quatorze mille fantassins. L’état-major comprenait un général en chef, un lieutenant général , un major général , trente colonels. La solde de l’armée fut établie à quarante-quatre mille neuf cent cinquante-cinq livres sterling (t, t23,875fr.) par mois. Quelques jours après, les communes nommèrent elles-mêmes les principaux commandants. Sir Thomas Fairfax fut élevé aux fonctions dégénérai en chef à la place d’Essex. Skippon fut nommé major général; et le poste de lieutenant général qu’avait occupé Cromwell fut laissé vacant.
Les lords voulurent encore résister aux prétentions des communes; ils demandèrent que les colonels , les majors, les capitaines et autres officiers fussent nommés par les deux chambres; et il V eut plusieurs conférences à cet égard. Cependant, après de longs pourparlers, on convint de laisser à
sir Thomas Fairfax la nomination de tous les officiers; seulement son choix devait être approuvé par les deux chambres; l’ordonnance ainsi modifiée fut adoptée le 3 avril. La veille, Essex, le comte de Manchester, le comte de Denbigh , membres de la chambre des pairs, avaient résigné leur commission. Sir Thomas Fairfax, qui était venu à Londres pour y recevoir son commandement , alla aussitôt à Windsor, où il établit son quartier général. Les obstacles qu’il avait a vaincre, à cause du mécontentement qu’avait fait naître la récei.te ordonnance, étaient d’une nature sérieuse; mais son courage en triompha : il fit avec l’ancienne armée de nouvelles compagnies et de nouveaux régiments; il augmenta l’effectifdes corps et établit une bonne discipline.
S- 15 Le parlement décrètela mise en accusation (le Laud. — Cuinlanmaliun (lu primat — Reprise des nc^ioeialions. — Rupture (le ces iK'gociallons. — Succès des troupes parlementaires. — RrUailIe de IXaseBy.
— Reddition de Bristol aux Iroupes parlementaires. — Des dissensions éclaleni parmi les chefs du parti royaliste. — Le roi se retire à Oxford.
L’intolérance du parti presbytérien devenait chaque jour plus alarmante. L’arcJievêque dfe Cantorbéry, son vieil ennemi , malade, abandonné de tout le monde, languissait oublié dans la Tour, lorsqu’une discussion relative aux bénéfices ecclésiastiques le remit en scène. Les lords qui restaient avec le parlement réclamaient le droit de nommer aux bénéfices qui devenaient vacants; mais par nnsentiment de déférence pour les fonctions archiépiscopales dont Laud était revêtu , ils l’inviterent à donner son approbation aux nominations qu’ils avaient faites.
Le roi, qui probablement s'inquiétait fort peu du danger auquel il exposait le primat, ordonna à Laud de ne point obéir aux lords; ce que fit Laud. Les lords renouvelèrent leurs instances, et cette fois ils firent à l’archevêque une sommation péremptoire. Laud essiy'a de nouveau de s’excuser ; ce refus irrita le parlement, et aussitôt la chambre des communes revint sur l’ao
ensation qui avait été établie contre l’archevêque en y ajoutant d’autres chaiges.
Le 12 mars 1644, l’archevêque parut a la barre de la cbambre des lords. On le fil mettre à genoux. Le sergent ès lois Wlld qui soutenait l'accusation fut sans pitié pour le malheureux primat ; après avoir déroulé ses crimes dans un long plaidoyer, il termina par CPS mots ; « JNaaman était un grand homme, mais c’était un lépreux, tel est aussi l’arclievcque de Cantorbcry.
La lèpre de cet homme nous a tellement infectés qu’il ne reste plus d’autres moyens de guérison que l’emploi de l'épée de la justice. Nous ne doutons pas que vos seigneuries ne lui appliquent ce châtiment, dans l’intérêt de la conservation du royaume, et pour la j)lus grande gloire de la communauté. » Les débats durèrent plus d’un mois; les communes, qui apparemment ne plaçaient nas une grande confiance dans les lords, firent pour Laud ce qu’elles avaient fait pour Strafford. Un billd’af/ffiurfcrfutlancé contre le primat. Après la seconde lecture de ce bill, les communes traduisirent le prisonnier à leur barre, et exigèrent de lui qu’il répondit surle-champ et vh'd voce aux accusations portées contre lui. l.aud, qui ployait sous le poids des ans et des infirmités, demanda que quelque temps lui fdt accordé pour préparer sa défense. Les communes lui accordèrent huit jours. Laud se défendit : mais sa justification ne pouvait changer la détermination des communes : son sort était décidé d’avance. Le 11 novembre, le bill d'attaiiuter fut adopté à l'unanimité , moins une voix. Le liill fut ensuite envoyé à la chambre des lords. Cette chambre, qui ne voulait
fioiiit l'exécution de rarclievéque , proongea les débats jusqu’au 4 janvier 1G45 : mais les sollicitations des communes devenant pins pressantes, elle donna son adhésion , et l’exécution fut fixée au 10 janvier.
Le matin du 10, Laud quitta la Tour, où il était resté prisonnier pendant plus de trois ans, et fut conduit à
Tower-Hill où était dressé Técha&ud.
Dans un long discours, Laud déclara u’il avait toujours professé la religion e l'Église (l’Angleterre telle qu’elle avait été établie par la loi, et il termina pur ces mots . « Je pardonne à tous les hommes, à tous, même à ceux de m(‘s ennemis qui m’ont poursuivi avec un acbarnemi'ut aussi implacable. * Il lut ensuite une courte prière, qu’il avait composée pour la circonstance ; et , se tournant vers les a.ssistants qui se pressaient sur l’échafaud, il leur dit : « J’esperais avoir de la place pour mourir. » On lui fit place : " Très-bien, reprit-il, je vais (iter mes vêtements , que la volonté do Dieu soit faite. Je désire quitter ce monde , et personne n’est plus disposé à m’en renvoyer que je ne suis disposé moi-même à en sortir. » En ce moment sir John Clotxvortby, presbytérien fongueux à <|ui son zélé faisait oublier les convenances, lui demanda quel était le textedes Écritures saintes qu’un homme, dans sa position, devait choisir de préférence : Cupio dixsotci et esse cum Christo, répondit l’archevêque. Clotworthy voulut engager une discussion tbéologique avec l’archevêque; mais, après quelques paroles échangées, Laud se livra au bourreau :
il lui donna de l’argent et lui dit ; « Honnête ami, que Dieu te pardonne, et fais ton devoir en conscience. » Il s’agenouilla, fit une autre prière, et l’exécuteur lui trancha la tête d’un seul coup; quelques amis enlevèrent son corps et le transportèrent dans l’Église de Rarking, où il fut e.nterré. Re|>renons maintenant le cours des événements militaires; mais parlons d’abord d’une nouvelle tentative d’accomirodement qui échoua comme les précédentes.
Les Écossais, qui continuaient d’exercer une grande influence sur le jiarlemeiit anglais, demandèrent àcette époque qu’on fit de nouvelles propositions au roi pour rétablir la paix; le parlement se rendit à ce conseil, et des commissaires furent chargés de présenter à Charles les conditions du traité. Lecomte de Denbigh, l’un de cics commissaires, prit la parole au
PÉRIODE DES STUARTS
nom de tous. « Avez-vous pouvoir de ratiller? lui ditCliarles. — Non, répondirent les commissaires, mais nous sommes chargés de recevoir la réponse
de Votre Majesté par écrit! Dans ce
cas, répondit le roi . un simple facteur aurait pu faire ce que vous faites. — Je suppose, reprit le comtede Denbi<îli,que des Votre Majesté ne nous prend pas pour facteurs. — J e connais votre condition , dit le roi , mais je sais qu’avec la commission dont vous êtes chargés , vous ne pouvez pas faire plus que ferait un simple porteur de lettres. » I,e soir, Hollis et Whitelock étant allés visiter le cointedeLindsay, leroietle prince l\upert, accompagnés de((iielques personnes de la cour, entrèrent dans la chambre où ils étaient Après mi salut assez sec , le roi leur dit : « Je suis fdché , messieurs, que vous ne m’apportiez pas de meilleures conditions que cellesci. — Elles sont telles que le parlement les a faites, répondit Ilollis; et j’ai l’espoir qu’elles sufliront pour motiver un arrangement. » Whitelock ajouta <|ue les commissaires n’étaient que les serviteurs du parlement et qiiedes messagers de paix. « Je>sais, dit Charles, que vous n’avez pu m’apporter que ce qu’ils ont voulu vous donner; mais j’avoueque je suis fort étonné de quelques-unes de ces propositions, et principalement des distinctions qu’elles renferment. » Le roi faisait allusion aux exceptions du parlementa l’égard des personnes qu’il voulait o.xclure des avantages du traité. On ne s’entendit point. Le roi envoya sa réponse cachetée, et les commissaires ne voulurent la recevoir qu’autant qu’il leur en serait donné une copie. Ces exigences déplurentauroi; il répondit aux commissaires avec hauteur: O Qu’est-ce que cela vous fait? N’étes-vous pas chargés de porter ce que j’envoie : si je veux envoyer la chanson de Robiu-iiood et de Petit-Jean, vous devez la prendre. « Les commissaires lui répondirent que l’ah'aire dont ils étaient chargés était d’une importance plus grandeque les chansons dont on leur parlait.
Le roi consentit enfin à donner une copie de sa réponse.
Ce document fut présenté à Westminster Ie2i> novembre 1044. Grandes étaient les prétentions de Charles : ce-, pendant, après une longue discussion on convint de donner suite au traité de paix. Charles envoya à Londres le comte de Richemond et le comte de Soiithampton qu’il chargea de s’entendre avec le parlement pour la iiominationdes commissaires. Ceux deCharles étaient leilucde Richemond, le marquis d’Herford, le comte de Southampton. leconite de Chichester , le comte de Kingston, les lords Capel, Seymour, llatton et Culpeper, le secretaired’État Nicolas, sir Edouard Hyde, chancelier de l’Échiquier, sir Éilouard Line, sir Orlando Bridgemaii, sir Thomas Gardiner, John Ashburnham, Geoffrey Palmer, et le. docteur Stewart. Leparlemenlétait représenté par les comtes de Northumberland, de Pembroke , de Salisbury et de . Dcnbigh; par lord Wenman, Denzil llollis, Pierpoint, sirflarry Vane, Olivier St Jean, Whitelock, John Crew, et Edmond Prideaux. Les représentants du parlement d’Écosse étaient le comte de London, le marquis d’Argyle, les lords .Maitland et Balmerino, sir Archihald Johnson, sir Charles Erskiiie, sir .lolm Smith, Georges Dundas, Hugh Kennedy, Robert Barclay et Alexandre llenderson.
Les commissaires se réunirent le 28 janvier dans la petite ville de d’üxbridge, qui était comprise dans les lignes parlementaires. Le premier article du traité était relatif a l’établissement du culte. Les commissaires du parlement demandaient que le roi consentit à retirer le livre des prières communes; qu’il conlirnifit les assemblées et les synodes de l’Église et qu’il •acceptât le covenant des deux royaumes. Ces demandes furent repoussés par les commissaires rovalistes; Charles ne voulut rien céder â l’égard de l’épiscopat. Vingt jours se passèrent en discussions inutiles, et alors on reconnut que la querelle ne pouvait se vider que par les armes.
L’aspect que présentait le pays dans ces temps malheureux était ef-
frayant. Dans tous les coins du royaume, dans le moindre village chaque parti comptait des amis et des emiemis. Souvent, il arrivait que. lorsque la ville était pleine d’enthousiasme pour le parlement, le château voisin soutenait avec la même chaleur la cause royaliste. De petites troupes isolées de têtes rondes et de cavaliers, soldats qui ne prenaient conseil que d’eux-mêmes et qui combattaient toutes les fois qu’ils en trouvaient l’occasion , parcouraient le pays dans tous les sens et le désolaient par leurs querelles. Les femmes prenaient ellesmêmes part à la lutte, et plus d’une fois on vit des dames de la plus haute naissance défendre, dans l’absence de leurs maris qui combattaient sous les bannières du roi, leurs châteaux forts ■ contre les forces du parlement, et en repousser les assaillants comme de vieux soldats.
Au printemps, la guerre recommença de part et d’autre avec une grande furie. Sir Thomas Fairfax,en réorganisant l’armée parlementaire, lui avait donné son énergie. Les troupes royalistes n’étaient pas moins aguerries. Les forteresses que le roi occupait encore étaient très-nombreuses; et la plupart des comtés méditerranéens étaient pour lui. Les comtés situés à l’ouest lui étaient bien dévoués. Il occupait en outre quelques places peu importantes dans le nord , et la principauté de Galles tout entière ne reconnaissait que son autorité.
La première opération de Fairfax fut de détacher sept mille hommes de son armée pour secourir la ville de Tannton que les royalistes tenaient assiégée. A l’approche de ce renfort, les assiégeants s’enfuirent sans combattre; mais, d’un autre côté, le prince Rupert, qui s’avançaitde Worcester sur Oxford où était le roi, délit le colonel Massey qui avait voulu lui barrer le passage avec une partie de la garnison de Glocester.
Les avantages étaient balancés de
S art et d’autre, lorsqu’à la nouvelle 8 la défaite de Massey, les communes, au mépris de la fameuse ordonnance
qui défendait aux membres du parlement d’occuper des postes militaires ou des fonctions civiles, ordonnèrent à Cromvell de se mettre à la tête de la cavalerie.
Cromwell se trouvait alors au quartier général de Fairfax; il quitta Windsor a la hâte, tomba dans i’Oxfordshire et battit les troupes royalistes qui vinrent à sa rencontre. Une partie des fuyards se réfugia dans la forteresse de Blctchington : Cromwell vint les y assiéger et les for^a de se rendre. Charles fut si irrite contre le. colonel Windebank qui avait livré Bletchington à l’ennemi qu’il le ût fusiller sur-le-champ. Le roi craignant alors d’être assiégédans Oxford, quitta aussitôt la ville avec dix mille hommes, et le prince Rupert et le prince Maurice vinrent se réunir à lui avec les troupes qu’ils avaient sous leurs ordres. Le roi se porta ensuite sur Chester que les troupes parlementaires tenaient assiégée.
Charles obtint de son côté quelques avantages; il força les parlementaires à lever le siège de Chester, se porta sur le Staffordshire et le Leicestershire, et emporta d’assaut la ville importante de Leicester. Fairfax, qui assiégait alors Oxford, abandonna aussitôt le siège de cette ville et se dirigea sur le Northainptonshire. Il réunit un conseil de guerre et adressa aux communes une requête pour les inviter à affranchir une seconde fois Cromvell des exigences de l’ordonnance d’abnégation et de le nommer lieutenant général de la cavalerie.
Les communes donnèrent aussitôt le commandement de la cavalerie à Cromwell, en fixant à trois mois le terme de ce commandement.
Les deux armées s’étaient rapprochées; elles étaient maintenant en présence. Fairfax attaqua les royalistes à Borough, et força Charles à battre en retraite; vivement poursuivi par le général parlementaire, Charles se porta sur Ilarborough. Fairfax, qui le poursuivait toujours, fit faire halte a ses troupes dans un lieu voisin de Naseby.
Quelques moments après il vit paraître
PÉRIODE DES STUARTS
sur la liautenr plusieurs corps de la cavalerie royaliste. L’infanterie la suivaitdeprès. Dégénérai parleraentairese prépara aussitôt au combat. Son aile droite, composée de six régiments de cavalerie , était commandée par Cromwell; l’aile gauche, composée de cinq régiments de cavalerie, était commandée par Ireton. Fairfax et Skippon commandaient le centre, et les réserves avaient pour chefs les colonels Rainsborough, Hammond et Pride. Dans l’année du roi , le prince Rupert et son frère, le prince Maurice, conduisaient l’aile droite; sir Marmaduke Langdale conduisait la gauche. Charles commandait en personne le centre ; le comte Lindsay, sir Jacob A.stley, lord Baird et sir Georges Lisle étaient à la réserve.
Les deux armées comptaient à peu près le même nombre de combattants.
« Dieu et la reine Marie » était le mot de passe des royalistes ; « Dieu fait notre force » était celui des parlementaires. La bataille s’engagea dans une vaste plaine située au nord de INaseby : les royalistes commencèrent l’attaque par une charge que conduisit Rupert pour enfoncer l’aile gauche de l’armée parlementaire. Dans le même moment Crom wel I cliargeait l’aile gauchede l’armée du roi. La fortune sembla pencher en cet instant pour Charles, car l’aile gauche de l’armée parlementaire venait d’être enfoncée par la charge vigoureuse de Rupert; mais le prince, emporté par sa témérité ordinaire, alla trop loin ; quand il revint sur ses pas , l’infanterie parlementaire s’était ralliée; il ne put regagner sa première position qu’après avoir vu tomber un grand nombre de ses cavaliers ; les charges successives et vigoureuses des parlementaires augmentèrent le désordre; et bientôt l’infanterie de l’armée royaliste fut enfoncée de toutes parts.
Cependant Charles voulait encore résister : il se plaça au milieu de ses soldats, et leur cria d’une voix haute :
« Une charge de plus et nous regagnerons la journée. » Mais sa voix ne fut point entendue et lui-même fut obligé de prendre la fuite. Cinq mille prison-
niers , parmi lesmels on comptait un grand nombre d^officiers de marque , ainsi quedes serviteurs de la maison du roi ; douze pièces de canon, deux mortiers, huit mille fusils, quarante barils de poudre, les bagages de l’armée, cent drapeaux, plusieurs voitures et la correspondance secrète du roi tombèrent dans les mains des vainqueurs. Cependant l’armée royali.ste n’avait eu que six cents hommes de tués : ce qui prouverait qu’elle ne lit pas une vigoureuse résistance. L’inlanteriemit bas les armes et demanda quartier; les parlementaires, pour conserver le souvenir decette bataille mémorable, élevèrent un obélisque sur le lieu même où elle avait été donnée.
Fairfax et son armée victorieuse se portèrent aussitôt sur Leicester, qui se rendit : le général parlementaire y laissa une garnison et se dirigea vers les provinces de l’ouest où s’était retiré le roi. Les prisonniers faits dans la dernière bataille furent conduits à Londres. Dans une lettre qu'il adressa au speaker de la chambre des communes, Fairfax disait que l’honneur de la Journée revenait uniquement à Dieu; Cromwell , le jour même où s’était donnée la bataille, avait écrit dans le même sens au speaker. « Le général , disait Cromwell, vous a servi avec fidélité et avec honneur, et le plus bel éloge que je puisse lui donner, c’est de dire qu'il attribue à Dieu seul toute la gloire de la journée. Cette conduite est honorable et belle. »
Nous avons dit ijue la correspondance secrète du roi avait été saisie.
La duplicité de Charles se manifestait à chaque ligne dans ces lettres; elles contirmaient les soupçons qu'on avait eus sur ses transactions secrètes avec les rebelles irlandais, la cour de France et le duc de Lorraine. Ainsi Charles promettait aux rebelles irlandais d’abroger les lois rendues contre eux, dans le même temps qu'il faisait au parlement une déclaration toute contraire.
Dans une autre circonstance il avait dit: « Je ne permettrai pointquedes soldats étrangers soient introduits dans le
i. • C: 1 y C'iOOglc
IIISTOIRK D’ANGLETERRE.
royaume, » et, dans ses lettres, il demandait des secours au duc de Lorraine, à la cour de France, aux Danois et môme aux Irlandais.
Après la bataille ileNasebv, Charles s'était retiré dans la principauté de Galles pour y faire des nouvelles levées, qu’il dirigea sur Bristol ; mais cette ville, que le prince Rupert mettait en état de défense, était déjà menacée par Fairfax et les Écossais. Rupert alla rejoindre le roi et l’engagea à revenir à Bristol; mais Cliarles lui dit qu’il préférait se retirera Cardiff. Le prince Rupert lui ayant alors conseillé de faire la paix, Charles lui répondit :
« Quelque grands qu’aient été les revers que nous avons éprouvés , je ne veux rien accorder de plus que ce qui a été offert en mon nom à Uxbridge. »
Alors Charles négociait secrètement avec les catholiques irlandais, et attendait également un envoi de troupes du continent. De plus les succès extraordinaires du marquis de Montrose qui combattait pour sa cause en Écosse l'encourageaient dans sa résistance. Montrosé faisait dans cette contrée une guerre de partisan. Il était entré en Écosse dans les premiers mois de l’année 1644, et avait pris Dumfries; mais voyant qu’il ne pouvait conserver cette position, et ne recevant point les troupes irlandaises qu’on lui avait promises, il était revenu en Angleterre. Après la bataille de .\larston-\Ioor, il était rentré en Éco.sse, et s’était caché parmi les llighlanders.En ce moment, son ami, Antrim, lui envoya douze cents Irlandais, et il reprit l’offensive. Deux mille llighlanders s'étant réunis à lui, il entra en campagne, battit successivement Argyle, alors lieutenant du royaume, et lord Elcho qui étaient venûsàsa rencontre. Montrosé devaitsessuccèsà une tactique habile; il avait des forces bien inférieures à celles qui opéraient contre lui; mais ses marches et ses contre-marches, jointes à la rapidité de ses mouvements , déroula. ent l’ennemi.
Charles essayait encore en ce moment de faire tourner au prolit de sa
cause les armes puissantes de la corruption. Le comte de Leven, qui commandait l’année écossaise en Angleterre ayant pris d’assaut Canon-froom, forteresse située entre les villes de AVorcesîer et d’IIerford, Charles lit des offres secrètes à Leven et au comte de Calendar. Leven repoussa ces offres, et il communiqua aussiiôt les lettres de Charles à la chambre des communes, qui lui vota des remercinients et un bijou d'une valeur de cinq cents livres sterling (12, 600 fr.).
Leven se mit aussitôt à la poursuite du roi, qui levait alors des recrues dans les comtés de Monmouth et de Glanmorgan, et l’obligea de battre en retraite. Alors le roi essaya de gagner les frontières écossaises où il espérait rencontrer Montrosé; mais il ne put aller que jusqu’à Doneasler, car l’armée écossaise lui barrait le passage.
Changeantde route, Charles chercha à regagner Oxford où il arriva après de grandes fatigues; il y apprit une agréable nouvelle. .Montrosé venait de remporter une autre victoire sur les cov nantaires écossais. Le comte d’Argyle et les principaux nobles de son parti s’étaient enfuis en Angleterre par mer. La ville de Glasgow avait ouvert ses portes aux vainqueurs, et les magistr-ats d’Édimbourg avaient sur-le-champ élargi les prisonniers royalistes.
.Mais en .Angleterre les affaires de Charles étaient pour ainsi dire dése.spérées. En effet, il n’était plus possible au roi de songer à résister à l’activité de Cromwell et de Fairfax.
Bientôt ses armes essuyèrent une défaite signalée en Écosse. Montrose, après sa victoire, s’était vu abandonné de tous les Higbianders qui étaient revenus dans leurs montagnes, pour y mettre en sûreté leur buti n. Après avoir fait pendre quelques mécontents à Glasgow, etavoir, eusa qualité de lieutenant du roi, convoqué un nouveau parlement dans cette ville pour le moisd'oclobre, il s’était avancé vers le sud , esjiérant rencontrer un renfort de cavalerie qu'il attendait d’Angleterre. Mais il y trouva David
• PÉRIODE DES STÜARÏS.
Leslie et le comte de Levea qui venaient à sa rencontre.
Cliarles,qui avait quitte Oxford, et qui se proposait de traverser la Severn pour voler au secours du prince Rupert queFairfax tenait assiégé d.ins Bristol, apprit en ce moment la reddition de cette ville. Il ( n ressentit une si profonde indignation qu’il ùta au prince Rupert le cominundement de son armée, et lui enjoignit de quitter le pays. Charles continuant aussitôt sa route vers le nord, dans l’espoir de se réunir à Montrose, atteignit le voisinage de Chester sans que les parlementaires s’opposassent à son passage : mais s’étant rapproché de cette ville, il se trouva tout à coup pris entre deux feux. Six cents de ses soldats restèrent sur le champ de bataille, et on lui fit environ mille prisonniers.
Charles gagna en toute hôte Denhigh; mais là une autre mauvaise nouvelle l’attendait; car il y apprit que l’armée de Montrose venait d'étre battue par David Leslie. Montrose, qui avait si souvent surpris ses adversaires, s'était laissé surprendre à son tour près du village du Philiphaugh, oùilavaitété complètement battu. Montro.se parvint à s’échapperet à gagner les montagnes; maisson année fut entièrement dispersée. Un grand nombre de ses soldats restèrent sur le champ de bataille, et beaucoup d’autres, qui tombèrent dans les mains des covenentaires, furent exécutés.
Danscetteposition critique, Charles faisait mille projets et ne s’arrêtait à aucun. Il avait encouragé lord Digby, qui jouisait de toute sa confiance et qui avait conçu le projet d’aller en Écosse avec un petit corps de cavalerie, à voler au secours du comte de Montrose. Mais ce projet n’avait point eu de succès. Dighy fut battu à son entrée dans l’Yorkshire.et fut forcé de s’embarquer pour l’Irlande. Les troupes qui eomiiosaient cette expédition s’élevaient à quinze cents hommes; elles furent perdues pour Charles. Pour surcroît île malheur, le portefeuille de Digby tomba dans les mains des parlementaires et
on y trouva plusieurs lettres qui compromettaient fortement le roi. Charles voulut alors se rendre dans file d’ Anglesey, parce qu’il espérait y recevoir plus' facilement des troupes de l’Irlande, mais il abandonna ce projet et .se rendit enfin à Newark.
A son arrivée dans cette ville, il trouva le prince Rupert, qui, au mépris de ses ordres, se présenta devant lui; ce qui l'irrita beaucoup. Rupert dit au roi qu'il était venu lui rendre compte de la reddition de Bristol, et se justifier des injustes accusations portées contre lui. Charles lui répondit à peine. A l’heure du souper les courtisans se retirèrent, et Rupert et le prince Maurice, son frère, restèrent avec le roi. Charles cau.sa avec le prince Maurice et ne dit rien à Rupert. Après le souper il alla se renfermer dans sa chambre. Le lendemain, Rupert lui ayant dit qu'il lui avait été impossible de'défendre la ville de Bristol, le roi lui répondit qu’il retirait volontiers l'accusation de trahison et de déloyauté qu’il avaitportée contre lui; mais il déclara son neveu coupable de faiblesse.
De vives mésintelligences éclatèrent alors au sein du parti royaliste. Rupert, qui avait rendu de grands services à la cause royaliste, perdit la confiance de son oncle, et le roi ne vit plus en lui qu’un ennemi dangereux.
Le roi devenait sombre et ombrageux; il n’osaitaccorder sa confiance à [lersonne. Craignant, en prolongeant son séjour à Newark, de tomber dans les mains des parlementaires, il voulait quitter cette ville, mais il ne fit part de ce projet qu’à deux ou trois personnes. Des paroles vives furent échangées à ce sujet entre le roi et sir Richard Willis, gouverneur de Newark : cette scène se passait à table. Charles, se livrant tout à coup à un violent accès de colère, ordonna a tous les assistants de se retirer de sa présence et de ne plus y revenir. Les convives en masse quittèrent la table et sortirent de l’appartement; mais dans l’après-midi, une déclaration , signée par Rupert et Maurice etenviron
(ringt-quatre officiers, fut présentée au roi. Les pétitionnaires demandaient à Charles que sir Richard fdt traduit devant une cour martiale pour y êtrejué, et dans le cas où le roi ne ferait pas roit à leur demande, ils le priaient de leur accorder des passes qui leur permissent, ainsi qu’aux cavaliers qui voudraient les accompagner, de franchir les lignes royalistes sans être arrêtés ; ils terminaient leur pétition en
f triant le roi de ne point considérer eur démarche comme un acte de mutinerie. Le roi ne voulut point accorder la cour martiale, mais il donna les passes ; et le lendemain matin, Rupert et son frère, sir Richard Willis, et environ deux cents cavaliers quittèrent Newark et se dirigèrent vers le château deBelvoir ; ils demandèrent aussitôt des passe-ports au parlement pour quitter le royaume; ce qui leur fut accordé. Cependant Rupert et Maurice se réconcilièrent peu de temps après avec leur oncle, et s’enfermèrent avec lui dans Oxford.
Clarendon nous dit que la Providence seule pouvait tirer Charles du labyrinthe dans lequel il se trouvait engagé. Charles se décida à quitter en secret Newark, et à se rendreà Oxford.
Leroi se mit en route pendant la nuit. Charles marchait en tête de sa troupe, et il arriva sans avoir rencontré l’ennemi au château de Belvoir, où sir Gervas Lucas, gouverneur de ce château, avait réuni de bons guides. La troupe royaliste se remit aussitôt en marche, et le matin elle se trouva hors de la portée des lignes et des
ftostes militaires que le roi redoutait e plus. Mais tous les obstacles n’étaient
fioint surmontés; car les troupes parementaires occupaient, en divers endroits, la route que l’on avait à parcourir. Près de Burleigh, où le parlement avait une garnison, la cavalerie ennemie fitunesortie, elle tomba sur l’arrière-garde, fit des prisonniers et tua quelques hommes. Vers le soir, le roi se trouva si fatigué qu’il fut obligé de prendre du repos pendant quatre heures dansun village situé à huit milles de Nortbampton, ou les parlementaires
étaient en force. A dix heures du soir, le roi se remit eu route, et le lendemain il arriva à Banbury, où il trouva un corps de cavalerie qui avait été envoyé d’Oxford à sa rencontre. Le soir du même jour, il entra dans cette ville; « jamais roi, dit Clarendon, ne fît un voyage aussi pénible et aussi périlleux. »
Mais Charles ne tarda pas à s’apercevoir qu’il n’y avait pas encore de sécurité pour lui à Oxford; car Cromwell et Fairfax concentraient déjà leurs troupes dans les environs de cette ville et se disposaient à en faire le siège.
Charles et son conseil se décidèrent alors à entamer de nouvelles négociations. Le roi demanda deux saut-conduits pour deux seigneurs de sa cour, afin qu'ils se rendissent à Londres.
Mais tous les actes de Charles n’inspiraient plus que de la défiance, et il essuya un refus formel. Cependant, le parlement lui soumit certaines propositions afin qu’il leur donnât sa sanction royale. Charles hésitait encore; car, en voyant les querelles qui divisaient les presbytériens et les indépendants devenir chaque jour de plus en plus violentes, il comprit qu’une rupture prochaine entre les vainqueurs était imminente. Il eût été avantageux alors de traiter avec les presbytériens; car les Écossais, qui avaient leur armée dans le cœur même de l’Angleterre, et qui en occupaient quelques-unes des places les plus importantes , semblaient disposés à les soutenir dans leurs querelles avec les indépendants. La reine elle-même, qui de la France dirigeait le roi, pensait qu’il y avait à gagner avec les presbytériens et recommandait vivement à Charles de conclure un traité avec eux et d’abandonner l’épiscopat. Mais Charles, qui pressentait que le rigorismedes idées presbytériennes ne pouvait avoir une longue durée, penchait pour les indépendants ; et après de longues hésitations, il repoussa les conseils de sa femme.
Charles demanda au parlement d’être entendu par ses commissaires et d’avoir une conférence personnelle à Westminster avec les deux cham-
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PÉRIODE DES STÜARTS.
bres. Malheureusement , au moment même où sa lettre était présentée, les deux chambres venaient de recevoir communication des détails d’un traité secret entre le roi et le comte de Glainorgan.
Les propositions de Charles et sa lettre restèrent sans réponse; car les lettres qui venaient d’être saisies portaient que le roi avait autorisé Glainorgan à traiter avec les Irlandais, pour les engager à prendre les armes et à venir en force sur les côtes d’Angleterre; preuve incontestable de la duplicité de Charles. Quelques-unes des pièces avaient été écrites et signées par lui. Cependant Charles jura qu’il n’avait aucune connaissance des actes de Glainorgan, et ses partisans déclarèrent de leur côté, que les pièces
?jui portaient son nom avaient été orgées. Pour donner une sorte de conlirmation •mx faits qu’il avançait, le roi ordonna au marquis d’Onnond, son lord lieutenant en Irlande, de poursuivre Glamorgan.Ormond avait en sa possession la copie d’un ordre par lequel le roi s’engageait à approuver toutes les promesses que Glainorgan ferait aux catholiques en son nom.
Digby, qui était alors en Irlande, et qui vit tout d’abord les conséquences qui allaient résulter pour le roi de cette affaire, si la publicité en devenait plus grande, se concerta avecOrmond pour accuser G lamorgan de trahison; celuici fut prévenu à l’avance, et l’assurance formelle lui fut donnéeque l’accusation n’aurait aucun résultat fâcheux pour lui.
Glamorgan, plein de confiance dans les promesses qui venaient de lui être faites, affirma qu’il ne craignait point de rendre compte à Londres devant le parlement de tout ce qu’il avait fait par ordre du roi. Ces intrigues durèrent pendant quelque temps. Puis, le lord lieutenant , Ormond , déclara qu’il n’y avait pas lieu à suivre contre Glamorgan et ordonna aussitôt son élargissement. Glamorgan reprit aussitôt , avec l’assistance d’Ormond et de Digby, le cours de ses négociations avec les catholiques , et parvint
à réunir cinq mille hommes qu’il conduisit à Waterford; ces troupes étaient destinées à secourir Chester, où lord Byron était assiégé par les parlementaires. Mais cette ville se rendit avant l’arrivée des renforts; et, à cette nouvelle, Glamorgan congédia son armée.
Le roi, désespérant d’être secouru par les Irlandais, se tourna alors vers les Écossais. Montreuil, ambassadeur de France à Londres, fut chargé de négocier secrètement, pour son compte, avec les commissaires qui étaient à Londres. Les conditions que Montreuil proposa étaient garanties par la cour de France; il demandait que le roi se plaçât lui-même dans les mains de l’armée écossaise; qu’il fdt reconnu comme le souverain légitime des Écossais; qu’on ne fit aucune violence à sa conscience, ni à son honneur; qu’il fût protégé ainsi que tous ses adhérentscontre toute tentative de violence, et que les Écossais lui prêtassent le secours de leurs armes pour recouvrer ses droits. Le roi, de son côté, devait donner sa protection à ses sujets écossais , respecter leur conscience, etc., etc. Ces propositions de la cour de France avaient été provoquées par la reine d’Angleterre,qui était au mieux avec Anne d’Autriche, la reine régente de France, et son ministre le cardinal Mazarin; et tout porte à croire qu’elles étaient sincères. Les commissaires écossais demandèrent, de leur côté, queCharles acceptât le covenant , et ils insistèrent surtout pour l’etablissement du presbytérianisme. Montreuil se rendit aussitôt à Oxford et mit sous les yeux du roi les demandes des commissaires écossais; mais Charles, par un de ces retoursqui lui étaientfamiliers, n’était plus maintenantaussi disposé à traiter avec les Écossais. Il refusa d’accepter ces propositions, et la seule concession qu'il voulut faire, ce fut, lorsqu'il serait au milieu de l’armée écossaise, de consentir à se faireinstruire par les prédicateurs écossaissur lesdoctrines du presbytérianisme. Le roi espérait ainsi donner le change aux Écossais en leur faisant croire que sa conversion
au presbytérianisme viendrait naturellement après que son éducation religieuse aurait été faite par les prédicateurs presbytériens.
Montreuil se rendit àNewark, où était campée l’armée écossai.se; mais quand il parla de ses propositions, les officiers écossais et les commissaires de l’armée ne voulurent rien lui promettre : ils lui dirent seulement que si le roi venait parmi euxavec S6' deux neveux et Ashburnham, son homme (le conliance, ils lui rendraient tous les lioiun ursdusason rang; mais ils ajoutèrent qu’ils ne pouvaient garder le prince Rupert, ni leprince Maurice, ni Ashburnham, si leurs personnes étaient réclamées par le parlement anglais, et que tout ce qu’ils pourraient faire à leur égard, ce serait de leur donner avis de ce qui se passerait, afin qu’ils pussent s’échapper.
Ces conditions parurent trop dures à Charles. Il abandonna tout a fait le projet de se rendre au sein de l’armée écossaise.
glO. Charles qoilte Oxford et se livre aux Ecossais. — Mégociations pour la remise aux commuiV'b «lu roi captif. Propos!tion-scrarran^rnient fuiU*s a Charles par les Écossais. — He.sitatioii du roi. — Son manque de tviiicéri té. — Charles est livré au\ communes par les Écossais.
Cependant les troupes parlementaires s’amassaientautour d'üxfonl. Déjà la place de Woodstock était réduiteà l’extrémité. Le capiiaino Fawcett-, gouverneur de cette place, envoya un messager au roi, pour l’informer de la position désespérée dans laquelle il se trouvait , et lui demander en même temps s’il devait rendre la place aux meilleures conditions qu’il pourrait obtenir, ou périr en la défendant.
Charles crut l’occasion favorable pour se livrer à l’armée anglaise, car il avait confiance dans les sentiments généreux de l’armée et espérait, à l'aide de ses discours, écarter les dangers dont il était menacé, et obtenir peulétre des conditions favorables pour lui-même : il répondit à Fawcett de capituleraux meilleures conditions possibles et de chercher à obtenir dans le
traité un engagement spécial pour lai.
Le roi demandait qu'on le conduisit à Londres et qu’on lui accordât des garanties suffisantes pour sa personne. Il voulait être rei;u avec les honneurs dus à son rang par l’année; demandait à ce qu’elle fit tous ses efforts aujirèsdu parlement pour que les mêmes homieiirs lui fussent rendus par cette assemblée, et que l’armée le gardât dans son sein jusqu’à ce qu’il sefdtarrangé avec les deux chambres.
Fawcett fitcc.s propositions; ma:s les commissaires de l’armée parlementaire demandèrent à les mettre sous les yeux de l’autorité supérieure.
Sur ces entrefaites, le roi reçut des lettres de l’arnhassaJeur français qui lui annonçaient que David Leslie, lieutenant général de l’armée écossaise, avait l’ordre de venir à sa rencontre avec deux mille, cavaliers jusqu’à Burton-sur-Trent. Montreuil invitait de plus le roi à fixer le jour de son départ, afin que le succès de l’autre entreprise lie lût point compromis. Charles voulait faire des conditions. Il demanda aux commissaires écossais que le marquis de Montrose, dont les mains étaient encore toutes rouges du sang des amis et des parents de ces mêmes commissaires, fût envoyé à l’étranger avec une mission diplomatique. Montreuil répondit que les commissaires écossais ne voulaient point permettre que le marquis de Montrose fut envoyé en ambassade eu France, mais qu’ils ne s’opposaient point à ce qu’il fiU envoyé autre part. Les Écossais exieaient, eu outre, que le roi s’accorât avec eux au sujet du gouveruenieiit presbytérien. Charles flottait indécis. Il n ignorait pas que les Écossais feraient tous leurs efforts pour l’empêrlierdc tomber dans les mains du parlement anglais ; mais dans toutes les transactions qui venaient d’avoir lieu entre Montreuil et les commissaires écossais, il n’était pomt dit un seul mot relatif à sa sûreté personnelle. Les commissaires ne prenaient point l’engagement de soutenir ses droits. Le gouvernement presbyié-
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rien qu’on voulait lui imposer, excitait aussi ses répugnances, et il savait que sa |H>pularité en Ecosse était fortement compromise. D’un autre côté, qu’espérer du parlement anglais qu’il avait trompé tant de fois? ses ennemis étaient nombreux et tout-puissants, et le sang qu'il avait versé demandait vengeance. Cliarles voulait tantôt se livrer à l'armée parlementaire , tantôt à celle des Eicossais , tantôt négocier avec les indépendants.
Il n’y avait pas de temps à perdre, car les troupes parlementaires pressaient vivement le siège d’Oxford, et de tous côtés la fortune des armes était contraire à Charles. Son fils, le prince de Galles, après avoir été obligé d’abandonner le chôteau de Pendennis dans le comté de Cornouaille, s’était réfugié à Scilly avec Clarendon , Culpeper et d’autres membres du conseil; de là ils étaient allés à .lersey. Lord Hapton,lun des meilleurs généraux de son armée, avait été obligé de capituler et de renvoyer ses troupes, et sir .lacob Astleÿ, après avoir réuni quelques milliers d’hommes pour les jeter dans Oxford , avait été arrêté par les troupes parlementaires qui l'avaient fait jirisonnier. D'un autre côté, Cromwell s’avançait avec Faipfax à la tête de l’armée del’ouest sur Oxford, qui était déjà investi par deux mille hommes d’infanterie et trois cents hommes de cavalerie.
Dans cette extrémité Charles se décida enlin à se mettre sous la protection des tlcos-iais. Dans la nuit (lu 27 avril il quitta Oxford, après avoir fait couper sa barbe par Ashburnham et changé ses vêtements pour ceux d’un groom. Le départent lieu entre deux et trois heures du matin. Le roi sortit d'Oxford par le pont de. la Madeleine.
Deux personnes lui servaient d'escorte ; l’une était .Ashburnham que le roi suivait comme un domestique, l’antre était Hudson, son chapelain, qui servait de guide. De petites troupes, composées de trois individus,, comme celle dû roi, avaient en même temps quitté Oxford par d’autres
portes , de manière à détourner l’attention des parlementaires et à les embarrasser dans leur poursuite.
Charles et ses deux compagnons traversèrent les lignes parlementaires et arrivèrent à Henley sur la Tamise sans avoir été découverts. D’Henlcy le roi alla à Slough; de.Slough a Uxbridge, et d’Uxbriiige à Ildlingdon. Arrivé en ce lieu , de nouvelles oscil ations s’emparèrent de l'esprit de Charles. « Le roi, d.t Hudson, ne savait s'il devait aller à Londres ou .s’il porterait ses pas vers le nord. L’attitude du parlement et le souvenirdel’oppositionqu’d avait trouvée dans le |>euple de Londres, revenant à sa pensée et le glaiiant de terreur, il se décida pour le’ camp écossais. Par deschemms détournés on arriva à Harrow. Une heure de route encore et Charles aurait été dans le cœur de Londres; mais, prenant la direction du nord, il porta ses pas vers Saint-Albans. En approchant de cette antique ville, les voyageurs entendirent derrière eux le bruit des pas d’un cheval. Une sueur froide couvrit aussitôt le visage du roi ; mais on reconnut bientôt que celui qui avait causé une si grande frayeur était un homme ivre. De Saint-Alb.uis les voyageurs tirent un long circuit; ils prirent des chemins de traverse et arrivèrent à Downham dans le Norfolk. Charles resta cache pemlant quatre jours dans cet endroit pour attendre le retour d’Hudson qu’il dépêcha vers l’ambassa leur français avec une note de sa main dans laquelle il invitait ce dipliamate à terminer décidément avec les Ekîossais et à leur dire que , s'ils voulaient lui faire des conditions honorables , il se livrerait à eux.
Montreuil soumit aux commissaires écossais quatre propositions : le roi demandait qu'on le rei^ôt avec les honneurs dus a son rang; qu’on ne le pressât point de faire des actes contraires à sa conscience; qu’Ashburnham et Hudson reçussent une protection égale à celle ipi’il demandait pour lui-même; que, si le parlement refusait, sur un message qui lui serait adressé, de le rétablir daus ses droits et ses
prérogatives, ils le reconnussent pour roi et prissent tousses amis sous leur protection; et que si le parlement consentait à lerétablir dans ses droits et prérogatives, ils usassent de leur intervention pour qu’il n’y eût que quatre de ses amis qui fussent envoyés en exil , et qu’aucun d’eux ne fdt mis à mort. Une réponse évasive, qui a donné lieu à beaucoup de commentaires, fut renvoyée par Montreuil au roi. Charles partit aussitôt pour le camp des Écossais.
Charles alla a Southwell où demeurait Montreuil; les commissaires écossais s’y trouvaient déjà pour le recevoir (5 mai). De là le roi se rendit àKelham, et ungrand nombre de seigneurs écossais, dit Ashburnham, se présentèrent immédiatement devant Sa Majesté et lui manifestèrent leur joie de ce qu’elle était venue parmi eux après une si longue querelle. Quelques-uns de ces seigneurs ayant demandé au roi comment ils pouvaient exprimer leur reconnaissance pour la confiance qu’il venaitde mettre en eux, Charles leur répondit qu’il serait content s’ils retnpiissaient leurs engagements. Mais ce motd’engagements surprit lord Lothian; il dit qu’il n’avait pris part à aucune transaction, et qu’il ne croyait pas qu’aucun des commissaires qui résidaient dans l'armée eussent fait la moindre promesse. Aussitôt le roi dit à Montreuil de communiquer les instructions qu’il avait reçues de la cour de France et de faire le récit de ses négociations avec les commissaires écossais qui résidaient à Londres. Montreuil obéit; mais les lords déclarèrent au roi que ce traité ayant été fait avec les commissaires à Londres, ils ne pouvaient en être responsables, attendu qu’ils étaient des commissaires spéciaux; et tout à fait indépendants de leurs collègues de Londres. Le roi demanda pourquoi dans les transactions qui avaient eu lieu entre .Montreuil et les commissaires de l’armée au sujet de sa réception , on lui avait fait dire que tous les différends étaient aplanis, et que David iicslie était chargé d’al-
ler à sa rencontre avec deux mille hommes de cavalerie. Les commissaires répondirent qu’ils n'avaient agi ainsi que parce qu’ils avaient été touchés de la conGance que Sa Majesté plaçait en eux et qu’ils croyaient qu’en nonorant leur armée de sa présence , le roi avait eu pour but d’y rester pour rétablir la paix avec les deux royaumes.
Le roi vit tout d’abord qu’il s’était fourvoyé. « La chose principale , dit Clarendon , à laquelle on s’attacha dans l’armée écossaise, ce fut de traiter le roi d’une manière convenable et de montrer des égards sanslui témoigner de l’affection ou de la dépendance.
Le général ne lui demandait jamais le mot de passe; il ne prenait de lui aucun ordre et ne souffrait point qu’aucun des officiers de f'armée afiât fe voir, ou qu’il s’entretint avec lui. Un jour le roi ayant voulu donner le mot de passe à la garde , le vieux Leslie lui dit avec brusquerie : « Je suis un vieux soldat, Sire, et Votre Majesté ferait mieux de me laisser un soin qui m’appartient. » Clarendon ajoute que Montreuil était mal vu par les Ecossais, et cela p.arce qu’ils le connaissaient comme l’homme qui leur avait occasionné un grand désagrément; il dit que l’envoyé français déclara d’une manière formelle qu il n'avait fait que répéter au roi ce qui s’était passé.
La fuite du roi s^était faite d’une manière si secrète que, pendant quelques jours, personne ne sut où il était aile. Cependant, on croyait généralement qu’il s’était dirigé vers Londres.
Lord Fairfax envoya à ce sujet des informations aux deux chambres du parlement. Le 4 mai (un jour avant l'arrivée de Charles au camp des Écossais), le parlement Gt publier, au sou du tambour et des trompettes , dans Londres et Westminster, une proclamation par laquelle il déclarait que quiconque donnerait asile au roi ou qui connaîtrait sa retraite et ne ferait pas immédiatement sa déclaration aux speakers des deux chambres, serait poursuivi commetraître, que ses biens seraient couüsqués et qu’il serait mis à
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mort. Le mêmejour, lesdeux chambres rendirent une ordonnance par laquelle elles enjoignaient à tous les catholiques ainsi qu’aux officiers, soldats et autres qui avaient porté les armes contre le parlement, de s’éloigner dans le délai de huit Jours d’une distance de vingt milles au moins de la capitale.
Mais le 6 mai , la nouvelle (jue le roi était dans l’armée des Ecossais parvint au parlement. Aussitôt les communes sommèrent les commissaires et le général de l’armée écossaise de mettre la personne du roi à leur disposition, et de livrer Ashburhnam et ceux qui étaient venus avec le roi dans le camp des Écossais au sergent d’armes de leur chambre.
En ce moment même, Leslie et les commissaires écossais adressaient au parlement la lettre suivante :
« Le grand désir que nous avons de conserver l’harmonie entre lesdeux royaumes , nous porte à vous faire connaître l’événement extraordinaire
aui vient d’avoir lieu, ainsi que la conuite que nous voulons tenir au sujet de cet événement. Le roi est venu hier dans notre armée, mais d’une manière si secrète que nous avons fait pendant quelque temps des recherches inutiles pour le découvrir. Nous spmmes persuadés que vos seigneuries penseront ue nous avons dd éprouver un grand tonnement, en voyant le roi venir dans le lieu occupé par nous. Nous n’entrerons pas dans les causes qui ont fait prendre ce parti au roi. Mais nous tôcherons de faire en sorte que sa présence parmi nous produise les plus heureux résultats pour les deux pays , soit que nous cherchionsà mettre la dernière main à l’œuvre de l’uniformité, soit que nousvoulions établir d’une manière sdre les basesde la religion ou obtenir la paix suivant la ligue et le covenant consentis entre les deux royaumes. Confiants dans notre intégrité, nous aimons à croire que personne ne supposera que nous voulions proûter de cet avantage apparent dans un but autre que celui qui a été exprimé dans le covenant , et qui a été poursuivi par nous avec tant de courage et de fati-
ASCLBIBRRE.— T. 11.
gués. Cependanft, et pour vous donner plusample satisfaction, nous déclarons avec franchise qu’il n’y a point eu de traité, ni de capitulation entre Sa Majesté et nous, et que nous abandonnons entièrement à la sagesse du parlement des deux royaumes le soin de rétablir la paix en ce qui nous concerne, et nous prenons Dieu à témoin de la vérité des faits que nous avançons. Nous déclarons que nous ne demandons rien de plus que ce que nous avons demandé dans toutes nos résolutions et dans tous nos actes, c’est-à-dire une adhésion formelleau covenant et au traité. Toutes nos pensées tendront à étudier les choses qui peuvent être les plus avantageuses au bien public et au bonheur commun des deux royaumes, et nous mettrons tout en œuvre pour les faire réussir. Dans une affaire a’une aussi haute importance et qui peut produire des résultats si grands pour tous, nous avons besoin d’être guidés par la sagesse de vos seigneuries. A cet effet, nous avons écrità la commission des états à Edimbourg, pour nous diriger d’après les résolutions que vous prendrez en commun, aCii que, après tant de maux, nous puissions recueillir les avantages de la vérité et de la paix. »
Cette lettre, qui portait la date du 6 mai 1646, était signée par Leven, Dumfermling, Lothian, Belcarris. Hume, sir Thomas Carre, William Glendower, .John Johnston.
Charles ne songeait plus alors qu’à désarmer ses vainqueurs par sa résignation; il donna l’ordre au gouverneur de Newark de livrer cette importante forteresse aux troupes parlementaires.
Charles aurait désiré mettre cette place dans les mains des Ecossais; mais Leven , craignant qu’un pareil acte n’excitât le mécontentement des Anglais, lui dit qu’il fallait la livrer au parlement d'Angleterre. Alors les Ecossais , voulant conserver leur importante capture , quittèrent leur position etse dirigèrent surNewcastle.
On prétend que les communes d’Angleterre avaient l’intention de leur faire couper la route par Cromwell et sa
4se UISTOlRfi D’ANGLETERRE.
cavalerie; mais la rencontre n’eut pas lieu. A quelques jours de là, les commissaires écossais demandèrent au parlement une conférence , pour lui expliquer le départ subit de l'armée écossaise et les raisons pour lesquellesils n'avaient point livré Ashburnham et Hudson. Dans l'intervalle de ces négociations, Ashburnliam prit la fuite et se retira en Hollande. Hud>son voulut également s'échapper, mais il futarrêté en route et conduit à Newcastle.
Charles, qui voyait sa situation compromise, essaya alors de corromre quelques-uns des principaux ofciers de l'armée écossaise. Mais ses tentatives n'eurent point le résultat qu'il en attendait. Le comité des états , qui était réuni à Edimbourg, lui dépécha Loudon et Argvle pour l'inviter à accepter sans restrictions le covenant. •< L'adoption du covenant, lui dirent les envoyés , doit être faite sans délai et toute promesse d’ajournement est inutile. » Les commissaires exigeaient, en outre, que le roi fit tous ses efforts pour mettre un terme à la guerre civile qui désolait l’Ecosse , en cessant tous ses rapports avec Montrose.
Aussitôt, le roi envoya un message aux deux chambres dans lequel il disait qu'Oxforil ne lui ayant pas paru une place convenable pour traiter, de-
Fuis que cette ville était bloquée par armée parlementaire, il avait pris la résolution de se réfugier dans le sein de l’armée écossaise; son but, disaitil , était de rétablir la paix dans les deux royaumes. Charles demandait à négocier, et se montrait disposé à faire les plus larges concessions. Il abandonnait la cause de l’épiscopat et disait vouloir s'en remettre à cet égard à la sagesse des ecclésiastiques des deux royaumes réunis à Westminster. Pour la milice, il acceptait les propositionsqui avaient été faites dans le traité d’Uxbridge, et s’engageait à donner une complète satisfaction aux communes à l’égard des guerres de l’Irlande. « Si les assurances que je donne au parlement, disait le roi, ne
le satisfont pas encore, il peut m’adresser telle proposition qu’il trouvera convenable, et je m'engage d’avance à acquiescer à tout ce qu’il me proposera de juste et de prolitable aux intérêts de mes sujets, u Dans le post-scriptum , qui , probablement, avai t été écri t sous la d idée du comte de Lanark et des coinmi.ssaires écossais, Charles disait que, pour terminer les maux de la guerre, il voulait que ses troupes qui étaient à Oxford et dans les environs de cette ville fussent licenciées, et que les fortifications de la ville fussent rasées ; et pourvu qu’on accordât à la garnison des conditions honorables, il s’engageait, sises propositions étaient acceptées, de donner le même ordre à toutes les garnisons qui tenaient encore pour lui. Trois semaines après ce premier mes.'age, Charles en envoya un autre aux communes pour répéter ses offres et demander une prompte réponse aux propositions qu’il avait faites ; il demandait,en outre,à venir a Londres, si on lui accordait des garanties suffisantes pour sa personne , et déclarait être prêt à se conformer à toutes les décisions que prendrait le parlement.
Le même jour, il adressa un ordre aux gouverneurs d'Oxford, de Lichfleld, de Worcesteretde Wallingford, ainsi qu’a tous les commandants des villes et forteresses du royaume qui tenaient pour lui, pour les inviter à livrer au parlement les places qui leur avaient été confiées , et a licencier les troupes qui étaient sous leurs ordres. Déjà la plupart de ces places fortes s’étaient rendues quelques jours avant que le roi en edt signe l’ordre. Oxford se rendit le 24 juin ; le parlement accorda des conditions honorables à la garnison, au collège et à toutes les personnes qui s'étaient renfermées dans ses murs. Le prince Rupert et le prince Maurice reçurent leurs passe-ports et s’embarquèrent à Douvres. Lejeune duc d’York, second fils de Charles, qui se trouvait également à Oxford, fut conduit au palais deSaint-James. Wallingford ouvritses portes , le même jour. Le château de
3v Coogll
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Ra^land où était enférmé le marquis de Worcester , vieux serviteur dévoué à la cause royaliste , se rendit également au bout de quelques semaines; et bientôt, à l’exception des places fortes du nord, qui restaient au pouvoir des Écossais, toutes les forteresses du royaume furent au pouvoir du parlement.
Charles voulait encore se jouer de ta crédulité de ses ennemis. Les Écossais ayant insisté pour qu'il acceptât le covenant, Charles écrivit, à cet égard, au docteur Juxon la lettre suivante :
« Milord , la confiance que j’ai dans vos talents, principalement pour résoudre les cas deconscieiice, m’engage en ce moment à vous confier une tâche grande et difficile; ce que je n'aurais point fuit, SI je n’avais eu la certitude qu'aucune crainte ne saurait vous arrêter dans une bonne cause.
Jte n’ai pas besoin de vous dire toutes les menaces qui m'ont été faites; tous les moyens de persuasion qui ont été employés pour me faire renoncer à l'épiscopat et me faire accepter le gouvernement presbytérien ; ce qui est si contraire à tna conscience que je n’y adhérerai jamais, dussent tous les maux m'assaillir à la fois. .Mais , dans l’état de crise où est le royaume , je me crois obligé de chercher quelque biais honnête pour conjurer l’orage qui gronde sur nos têtes, et je ense qu’une sorte de condescendance l’iniquité de l’épo(|ue ne serait point un crime, comme cela serait dans un autre moment. Ce sont ces motifs qui m’ont fait vous soumettre la proposition suivante et pour laquelle je vous demande de me donner votre opinion, vous priant d'agir à mon égard avec sincérité et une entière liberté; car vous aurez à répondre devant Dieu du conseil que vous m'aurez donné. La question que vous avez à résoudre est celle-ci : Puis-je en toute sûreté de conscience donner aux pro- . positions qui me sont faites une adhésion tentporaire, tandis que je m'engagerais mentalement à réiabnr et à maintenir plus tard la doctrine dans
laquelle j’ai été élevé? Les devoirs que m’impose mou serment doivent être ici principalement considérés. Je pense pourtant quecetteadhésion temporaire est préférable à un refus formel ; car il m’est impossible d’obtenir aujourd’hui par la force ce que je puis recouvrer en temporisant. Je m’engage , lorsque mon autorité royale sera établie, a restaurer le gouvernement épiscopal; et Dieu m'est témoin que c’est là le motif principal qui me tait chercher à regagner ma puissance. En attendant votre réponse, je suis, etc.
« Charles R. »
« F. S. Je désire que vous medonniez votre opinion sur les détails ainsi que sur l’ensemble de la question , et je vous permets de recourir à l’assistance de l’évêque de Salisbury et du docteur Sheldon, ou de l’un d'eux, dans cette grave affaire. Que voire lettre me parvienne le plus promptement possible. Tout le inonde ignore ce que je vous écris, à l'exceptiuii de William Murray qui m’a promis le secret. »
La réponse de- l’évêque , que l’on n’a point conservée, fut celle d’un honnête Itomine , car Charles ne donna pas suite au plan qu’il s’était proposé. Le roi ne se refusa plus alors à accomplir la promesse qu'il avait faite au.x Écossais par l’eiitreinise de Montreuil:
il déclara qu’il était prêt à entendre les prédicateurs presbytériens. On envoya chercher le docteur Alexandre Henderson, le plus célèbre d’entre eux.
Mais le savant théologien tomba malade et mourut a Newcastle au milieu des débats. Les royalistes conclurent de cet événement que le docteur avait été atterré par la force des arguments du roi, et qu'il en était mort de honte et de rage.
Ce n’était pas le seul manque de sincérité que montrât Charles. Il entretenait, en ce inoineiit même, une eorrespqiidanoesuivieavecles papistes irlandais, et formait des plans hardis pour reprendre les ho.stilités. Le 20 juillet, il écrivit à Glamorgan pour lui dire de lui envoyer à Newcastle une personne de confiance avec laquelle il pût communiquer. « Si vous
pouvez , continuait le roi , emprunter une large somme d'argent en engageant mes royaumes, je serai content de ce que vous aurez fait; et si je remonte sur le trône, je vous restituerai libéralement cet argent. « Charles aurait voulu se rendre en Irlande, où il avait encore de nombreux partisans. D’un autre côté, la reine Henriette déployait en France unegrande activité. Le souverain pontifelui promit de soutenir à ses frais une armée irlandaise, et Mazarin s’engagea à envoyer dix mille Français en Angleterre. Mais ou ne saurait dire tous les projets qui furent formés à Newcastle et a Paris, après l’arrivée de Charles parmi les Écossais. Le plus dangereux de tous, sans contreait, ce fut celui qu’adopta le roi en invitantMontrose , à qui il avaitdonné l’ordre de mettre bas les armes, de soulever de nouveau l’Écosse.
Cependant les événements suivaient leur cours régulier. Le 23 juillet, le comte de Pembroke, le comte de Denbigh , membres de la chambre des lords et six membres de la chambre des communes, présentèrent à Charles, en présence des commissaires du parlement d’Écosse, les propositions du arlement. Les membres de la chamre des lords et de celle des communes adressaient au roi les plus vives instances pour lui faire accepter ces propositions en lui disant que les exigences du parlement n'étaient pas plus grandes qu’elles ne l’avaient été à Uxbridge, alors que les chances de la guerre étaient encore douteuses. Les comtes d’Argyle et de Loudon l’implorèrent à genoux, mais ce fut en vain. Alors Loudon, qui était chancelier d’Écosse, lui adressa ce discours :
« La différence qui existe entre Votre Majesté et le parlement est si grande aujourd'hui qu’il n’y a plus de compromis possible, et que votre ruine est certaine, si l’arrangement que nous proposons n’a pas lieu. Le parlement est en possession de votre marine , de toutes les villes, châteaux et places fortes de l’Angleterre; il a en outre la jouissance des séquestrations et des revenus de Votre Majesté. Il lèvedesapro-
pre autorité des soldats et de l’argent, et sonarmée victorieuse est prête àexécuter tous les ordres qu’il donnera, soit que ces ordres s’appliquent aux affaires de l’Église, soit qu'ils s'appliquent à celles du royaume. De plus, le pays renferme un grand nombre de mécontents et de gens mal disposés envers votre personne, qui ne veulent point de Votre Majesté ni d’aucuns des siens pour régner sur eux. Le peuple, Litigué de la guerre et ployant sous le poids des taxes, tient encore , il est vrai , à la monarchie. C’est pourquoi ceux qui n’aiment point votre gouvernement n’osent point encore montrer ouvertement leur projet. Mais si les propositions de paix qui sont faites à Votre Majesté ne sont pas acceptées , ils achèveront l’œuvre qu’ils ontcommencée, persuadés que le peuple ne se séparera pas d’eux. C’est en raison de ces motifs que le parlement a consenti à faire les présentes propositions à Votre Majesté, propositions que la majorité de la nation regarde comme nécessaires à la tranquillité et à la silreté du pays. Sire, si Votre Majesté se refuse à signer ces propositions, elle perdra tous ses amis; toute l’Angleterre se lèvera contre elle, tout espoir de réconciliation sera perdu; alors il est à craindre qu’on ne vous ôte la couronne et qu’on établisse un autre gouvernement. En outre, le parlement d’Angleterre exigera de nous que nous lui livrions Votre Majesté , que nous lui rendions les places fortes dans lesquelles nous tenons garnison et que notre armée quitte le royaume. Enfin, si Votre Majesté persiste dans son refus, les deux royaumes seront forcés de s’accorder ensemble our leur sdreté commune : ils étaliroiit la religion et feront la paix sansvous; ce qui, à notre grand regret, ruinera pour toujours la cause de Votre Majesté et de ses descendants. Que Votre Majesté sache bien encore que si elle méprise le conseil que nous lui donnons; que si par opiniâtreté elle perd l’Angleterre, nous ne lui permettrons pas d'entrer en Écosse et de ruiner cette contrée. Sire, nous avons
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parlé avec franchise la main sur le cœur : que Dieu vous dirige. Nous avons examiné avec le plus grand soin le remède qu’on peut apporter aux maux de l'Angleterre et de l’Écosse, et nous vousdéclarons que, dans l’état où sont les affaires, vous ne conserverez votre couronne et votre trône qu’en signant ces propositions. »
Ce discours énergique et plein de sagesse ne fitaucuneimpression sur Charles: il ne voulut point signer.
Le jour où les commissaires du parlement arrivaient à Newcastle, de Bellièvre, nouvel ambassadeur de France, entrait également dans cette ville pour engager le roi à accepter les propositions qui lui étaient faites par le parlement, et remettre a S. M. de.s lettres de la reine qui de son coté invitait le roi à donner satisfaction au parlement. Bellièvre et la reine n’obtenant pas plus de succès, Henriette voulut faire une dernière tentative ;elleenvoya au roi un homme de conliance : c’était un poète, du nom de Devenant, qui était bien connu du roi. Le poète espérant décider Charles à renoncer à l’épiscopat (car c’était là le grand obstaclenui entravait les négociations), s’avisa ae dire que tous les amis du roi étaient d’avis qu’il devait 'céder. — « Quels sont ces amis demanda Charles? — Milord Jermyn, répondit Davenant. —Jenny n , s’écria le roi, ne comprend rien aux affaires del’f^lise.
— Lord Culpeper est du même avis, reprit le poète. —Culpeper n’a point dereiigion , » telle fut la réponse de Charles. Edimbourg et d’autres villes d’Écosse envoyèrent des pétitions au roi : il fut inébranlable dans ses résolutions.
Le 5 août, les commissaires réunis àNewcastle apprirentaux deux chambres l’insucces de leurs tentatives.
« Les réponses du roi, disaient-ils, ne sont nullement satisfaisantes. » Quelques jours après, ils écrivirentde nouveau aux deux chambres pour leur dire que le roi se refusait encore à signer ; le parlement vota des renierciments à ses commissaires, ainsi qu’aux commissaires Écossais. Dans la cours du débat qui eut lieu à cette
occasion , un membre presbytérien s’écria : « Qu’alions-nous devenir maintenant que le roi a refusé de signer nos propositions ? — Que serionsnous devenus, lui répondit un autre membre , s’il les eût acceptées ? »
Les communes s’occupèrent alors d’obtenir des Écossais la remise de la personne du roi. Les Écossais réclamaient de fortes sommes pour leur assistance dans la guerre, et, pour plus de sûreté, ils retenaient dans leurs mains les villes de Carlisie, de Newcastle et d’autres villes du nord dans lesquelles ils avaient placé de bonnes garnisons. Leurs réclamations dataient de loin. Le 12 du mois d’août, ils avaient adressés la chambre des lords une lettre dans laquelle ils déclaraient qu’ils étaient prêts à livrer les garnisons qu’ils occupaient dans le royaume et à rappeler leur armée, si oh leur tenait compte des frais de la guerre et si on leur donnait la juste récompensedeleursservices. Les lords envoyèrent cette communication aux communes, qui votèrent aussitôt cent mille livres sterling pour l’armée écossaise (2,500,000 fr.). Une commission fut ensuite nommée pour régler tous les comptes. Les Écossais demandaient six cent mille livres sterling (15,000,000 fr.); mais après quelques débats , ils réduisirent leurs prétentions à quatre cent mille livres sterling (10,000,000 fr.), dont une moitié devait leur être payée sur-lechamp.
Cependant Charles avait encore des amis sûrs dans l’armée écossaise. Ceuxci disaient que Charles était roi d’Écosse, comme il était roi d’Angleterre : que les deux nations avaient pris une partégaleà la guerre etqu’elles avaient un intérêt commun dans tout ce qui concernait la personne du roi et son gouvernement; ilsdemandaienten conséquence à être consultés sur tout ce qui serait fait à l’égard du roi. D’un autre côté, les amis que Charles avait en Écosse s’agitaient en sa faveur. Le 1 Oseptembre, le parlement écossais déclara à leur instigation qu’il ferait tous ses efforts pour maintenir les titres de
Charles à la couronne d’Angleterre :
mais les ennemis de Charles étaient
f)lus puissants que ses amis. En effet, e même parlement scinda hientôt son vote en déclarant que le royaume d’Ecosse ne (H>urrait légalement soutenir la cause du roi , alors même qu’il serait renversé du trône d'Angleterre, puisque Charles ne voulait point souscrire au covenant, ni donner une réponse satisfaisante aux propositions du parlement anglais. Le parlement d'Écossedéclaraenoutrequ'il ne serait point permis à Charles de venir en Écosse, ou que, s’il y venait, ses fonctions royales seraient suspendues jusqu’à ce qu’il eût accepté le covenant et signé les propositions.
Charles résolut de tenter une évasion et de s'enfuir sur le continent.
Déjà il avait formé ce projet, mais il en avait été détourné par sa femme, qui pensait que son éloignement serait préjudiciable aux intérêts île la cause monarchique. De plus, la reine devait peu désirer la présence du roi en France, car elle entretenait à cette époque des relations criminelles avec Jermyn. Le nouveau projet de fuite ne put s'exécuter. Alors le roi écrivit au parlement d’Angleterre et aux commissaires du parlement d’Ecosse à Londres pour leur demander une conférence personnelle dans laquelle, disait-il, il discuterait avec eux les differentes questions qui les divisaient. A la réception de ce message , les lords déclarèrent qu’il serait permis au roi de venir à Newmarket, et de rester dans cette ville avec le nombre de personnes que les deux chambre jugeraient convenable de Oxer.
Newmarket ne plut point aux coimnunes; elles votèrent pour Holmby- House dans le Northamptonshire, lieu ui fut accepté par les lords. Charles ésirait alors vivement rester parmi les Écossais, mais l’acceptation ou covenant et l’adhésion aux propositions du parlement anglais étaient impérieusement exigées par ceux-ci; et Charles persistant toujours dans son refus, le parlement d’Écosse consentit à livrer le roi (16 janvier 1647).
Le parlement anglais , qui venait de décréter l’abolissement de l’épiscopat, vendit aussitôt les terres des évêques pour payer l’armée écossaise. Deux cent mille livres sterling en argent 6,000,000 furent envoyées à Newcastle et remises aux trésoriers écossais. Le reçu fut signé le 21 janvier à Northallcrston ; et , le 30 du même mois, les commissaires du parlement anglais reçurent des mains des commissaires écossais la personne du roi.
Les trou|)es écossaises évacuèrent la ville le même jour. Charles parut content de ce changement; il s’entretint familièrement avec le comte de Pembroke et les autres commissaires; il leur dit qu'il était heureux de quitter les Écossais et de se rapprocher de son parlement. Cette satisfaction n'existait que sur les lèvres du roi; car, en apprenant que le parlement écossais avait consenti à livrer sa personne aux commissaires anglais, il s’était écrié : « Je suis acheté et vendu. »
g 17. Arrivée de Charl7s S Holmby. — Lesdlesenslolks des puritains et des indépetidant^ prennent un cjiractère de gravité dont le rai espère tirer proüt. — L’armée soutient te parti des inuépendants. — L’armée s’em* pare du roi. — Sa fuite. — !l ae livre luimême au gouverneur de l’ile de Whigt.
Charles quitta Newcastle , avec son escorte, pour aller à Holmby-House, magnifique demeure qui est située à quelque distance de Naseby, où Charles avait éprouvé une défaite signalée. Le voyage se faisait à petites journées. Lm malheurs de Charles, et les traditions de la royauté qui avaient encore des racines profondes dans l'esprit du peuple, amenaient sur sa route une foule de personnes qui le saluaient de leurs acclamations et faisaient des voeux pour lui. Les soldats de l’escorte ne s’opposaient point à ces manifestations. Charles, à son arrivée à Holmhy ( 16 février), trouva une foule de gentilshommes et de dames qui lui firent un accueil plein de bienveillance. La maison qui lui était destinée étaitélégament meublée; sa table était bien fournie; il eut même une petite cour. Cepeudant ses gar-
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PERIODE DES STUARTS
diens lui refusèrent des chapelains de son choix et voulurent lui imposer des chapelains presbytériens. Charles ne voulut point l-s entendre.
Aucune contrainte apparente n'était imposée au roi; il passait son temps à lire, à jouer aux échecs, à se promener, et à monter à cheval; souvent il allait à Althorp ou bien a Harrowden, quitstéloignedeneufmillesded'liolmby, pour jouer aux boules, amusement qu'il aimait avec passion. Il supportait ses malheurs avec une ^ramle dignité et paraissait résigné àson sort. Le parlement avait placé deux personnes de couliance auprès de lui. [.'une était Thomas Herbert, qui nousa laisséquelques lignes touchantes sur les derniers jours du roi ; l'autre était Jacques Harrington, qui était persoimelleinent connu de Charles. Le roi aimait à s’entretenir avec eux et surtout avec Jacques Harrington. La conversation roulait fréquemment sur des sujets politiques; mais, toutes les fois, nous dit un historien , qu’on venait à parler de république, le roi semblait prêt à se fâcher.
Cependant la désunion régnait alors entre l’armée et le parlement. En ce moment, le parti presbytérien triomphait à la chambre des communes.
Les élections, qui avaientété faites pour remplir les vides occasionnés dans la chambre par les dé<*ès, avaient été généralement favorables à ce parti. Fiers de ces succès , les presbytériens montraient les dispositions les plus menaçantes contre les indépendants. Au moisde février 1647, il fut proposé dans la chambre des communes de réduire l’année à l’état de paix et de démanteler les forteresses de l’Angleterre et de la principauté de Galles, '.ette iiro|»osition était dirigée principalement contre Cromwell à cause de. son inlluence dans l’armée; les presbytériens voulaient lui retirer le commandement. Après des débats qui durèrent plusieurs jours, la chambre des communes décida qu’elle licencierait l’armée, et qu’elle ne conserverait que six mille quatre cents hommes de cavalerie et l’infanterie nécessaire
pour occuper quarante-cinq châteaux forts et d’autres places. Trois jours après, la majorité de la chambre décida qu'aucun uflicier placé sous Faiffax n’aurait un grade supérieur à celui de colonel; qu'aucun commandant de garnison ne serait membre du parlement, et que tous les ofliciers de l'armée .seraient obligésde souscrire au covenant et de se conformer au gouvernement de l’Église. Quelques jours après, les communes déclarèrent ue trois mille cavaliers, douze cents ragons et huit mille quatre cents hommes d’infanterie seraient détachés de l’armée de l'airfax , et que ces trou-
fies seraient embarquées pour l’Irande.
Malheureusement pour eux, les presbytériens n’étaient point aussi forts au dehors que dans le sein de la chambre des communes. Les soldats furent vivement irrités de ces mesures. Ils virent que le parlement voulait les envoyer en Irlande pour les taire mourir de faim et de maladie, et manifestèrent surtout leur mécontentement de ce qu’on voulait leur enlever leurs ofliciers et substituer à leur place des ofliciers presbytériens. Le parlement ne pouvait en ce moment payer l’arriéré qui était dQ aux trou|>es. L’arméequi était à Nottingham marcha aussitôt sur Londres et s’arrêta à Saffron-Walden dans l’Essex. Les presbytériens effrayés votèrent alors une somme de soixante mille livres sterling par mois (1,500, 000 fr.) pour un an, etdescommissidres furent envoyés au quartier général deFairfax pour traiteravec lui.
Tou.s les ofliciers turent assemblés par les ordres du général, et les commissaires du parlement voulurent entrer en accommodement ; mais on ne put s’entendre, et la députation revint à Loud res co m me el le en eta i t pan i e. Les communes sommèrent aussitôt Hammond, lieutenant général , le colonel Robert Hammond, son neveu, le colonel Lillmrne , le lieuteoant-colonrf Grimes , et Ireton qui était membre de la chambre des cummunes et qui venait d'épouser la fille de Cromwell, de com-
paraître à leur barre pour y rendre compte de leur conduite; puis , voulant en imposer à l’armée par un coup hardi, elles décidèrent que dans les cinq mille hommes qui seraient conservés pour le servicede l’Angleterre on comprendrait trois régiments dont le dévouement au presbytérianisme était connu. Les débats qui eurent lieu à cette occasion se prolongèrent fort avant dans la nuit; car l’usage des longues séances commençait à s'établir.
Une députation des deux chambres se rendit ensuite à Saffron. Le comte de Warwick, qui en était membre, fit un discours pathétique dans lequel il engagea l’année à accepter les termes qui lui étaient proposés et à partir pour l’Irlande. Les officiers lui ayant demandé quels seraient les chefs de l’expédition, Warwick désigna le major général Skippon, qui jouissait de la confiance de l'année. Alors le colonel Hammond lui déclara que si le major général Skippon était réellement nommé, il ne doutait pas qu’une grande partie de l’armée n’allât volontiers en Irlande. Mais, en ce moment, le colonel fut interrompu par ces cris : « Fairfax et Cromwell ; donnez-nous Fairfax et Cromwell, et nous irons tous. » Les commissaires voulurent faire des représentations au sujet de ces officiers, mais les mêmes cris couvrirent leur voix, et ils furent obligés de quitter l'armée sans avoir obtenu aucun résultat favorable.
Grande était la perplexité du parlement. Quelques membres persistaient à envoyer l’armée en Irlande, mais ils voulaient qu’on lui laissât ses officiers indépendants. Cette dernière mesure ne fut cependant point adoptée , car les presbytériens craignaient que l’Irlande ne devint un royaume indépendant dans les mains des hérétiques et des antichrétiens; c’est ainsi qu'ils nommaientlesindépendauts.Lebruitse répandit, en ce moment, quede grandes défections venaient de s’opérer dans l’armée; que la plupart des officiers et des soldats. étaient disposés à partir pour l’Irlande aux conditions qui leur avaient été faites , et que tout le reste
de l’armée suivrait cet exemple, si l’on pouvait faire taire l’opposition de quelques officiers. Uollis , l’un des chefs du parti presbytérien dans les communes , pressa aussitôt la chambre de voter le licenciementde l'armée en lui accordant préalablement la solde de six semaines, et il demanda que quatre des officiers de l’armée fussent traduits à la barre de la chambre des communes. Cette proposition fut adoptée.
Mais, le mémejour,quelquesofficiers présentèrent à la chambre une pétition énergique. Elle était signée par Thomas Hammond, lieutenant général; parquatorze colonels ; par six majors et cent trente-quatre capitaines , lieutenants et autres officiers. Les pétitionnaires insistaient sur le droit qu'ils avaient d’adresser des pétitions a la chambre. « Bien que nous soyons des soldats , disaientils, nous n’avons pas perdu notre qualité de citoyens, et, en conquérant la liberté de nos frères , nous ne pouvons avoir perdu la nôtre; » ils réitéraient avec instance les demandes d’argent qu’ils avaient faites. « Nous avons laissé nos biens , et un grand nombre d’entre nous ont abandonné leur commerce et leur profession; d’autres ont laissé les jouissances d'une vie paisible, et nous nous sommes engagés dans la guerre sans égard pour les difficultés que nous aurions à vaincre dans l’intérêt de tous; devions-nous supposer, après ce que nous avons fait , qu’on nous disputerait notre solde , et que nous serions traités de mécontents et de séditieux ? »
Cette pétition n’ayant point été prise en considération par les communes , l’armée , que le vote de la chambre au sujet du licenciement avait profondément irritée , rédigea une autre pétition. Mais cette fois les signataires furent pris dans tous les rangs. On constitua un grand conseil. I^s officiers supérieurs se tinrent à l’écart ; mais Berry, capitaine de cavalerie, quiétait un ami dévoué de Cromwell, en devint le président : ce qui fait supposer que Cromwell lui-même était l’ame de ce conseil. Le 30 avril, le conseil de l’armée envoya trois soldats présenter aux communes leur premier manifeste.
PÉRIODE DES STE A RTS
Les réclamants demandaient que satis* faction fût fai te à leurs griefs, et ils disaient qu’ils ne prendraient du service pour l'Irlande qu'à cette condition. Ils déclaraient, en outre, que la mesure du licenciement n’avait été adoptée que pour renvoyer l’armée sans lui donner la récompense que méritaient ses services , et dénonçaient les auteurs de cette mesure comme des hommes ambitieux qui voulaient se rendre maîtres du pouvoir et devenir ensuite des tyrans.
Cromwell qui , quelques jours auparavant , avait appris que les presbytériens avaient l’intention de s’emparer de sa personne , prit la parole à cette occasion. Il fit valoir la loyauté de l’armée et montra au.x communes le danger qu’il y aurait à la pousser à l’extrémité. Chose remarquable ! ce fut lui que la chambre des communes chargea de se rendre au quartier général de l’armée pour calmer les mécontents.
Sliippon, Ireton, gendre de Cromwell, et Fleetwood furent chargés d’agir de concert avec lui. Mais tous, à l’exception de Skippon , qui semblait indécis, encouragèrent les mécontents et déclarèrent que le redressement de leurs griefs devait avoir la priorité sur toute autre question. Cromwell revint à la chambre des communes pour y faire son rapport;et, aussitôtia chambre décida que des mesures seraient prises pour régler les comptes des soldats et pour licencier les troupes.Quelquesjours après, elle déclara que les régiments dunfanterie qui ne voudraient point faire le guerre en Irlande , seraient licenciés a des époques fixes et dans des lieux indiqués. Fairfax, qui était à Londres, avait reçu l’ordre de se rendreà l’armée pour y mettre cette mesure à exécution. Mais le général rencontra une résistance énergique dans les soldats, qui lui dirent qu’ils ne déposeraient les armes qu’autant qu’ils auraient reçu l’arriéré de leur solde et qu’on punirait ceux qui avaient causé leur ruine. Fairfax ayant fait part de cette rési stance aux deux chambres, les presbytériens nommèrent une commission, dont les membres furent choisis dans le sein des deux chambres,
et la chargèrent d’agir de concert avec le général pour exécuter le désarmement. Les commis.saires se présentèrent à l’armée; mais alors Fairfax leur dit que cette mesure était impraticable pour le moment, et qu’il allait demander de nouveaux ordres du parlement.
Cependant Charles était toujours à sa résidence d’Ilolmby. Les lords décidèrent qu’il serait conduit à Oatlands. Les lords, sous prétexte de rapprocher le roi de la’capitale et d’ouvrir de nouvelles négociations avec lui , se flattaient qu'une fois qu’ils aurai ent le souverain dans leurs mains, ils pourraient faire la loi à leurs adversaires; mais l’armée et les indépendants, qui ne formaient pour ainsi dire qu’un seul parti, résolurent de déjouer leur projet. Le 3 juin, un peu après minuit, un corps de cavalerie commandé par Joyce, cornette du régiment de Whalley, se présenta à Holmby. Joyce, après avoir placé des gardes aux différentes issues, descendit de cheval et demanda à être introduit auprès du roi. « De quelle part venez-vous ? lui dirent les colonels Graves et Brown qui commandaient la garnison De la mienne, » répondit froide-
ment Joyce. Les deux ofliciers se mirent à rire. « Ce que je vous dis n’a rien de risible, » reprit Joyce. Ses interlocuteurs l’engagèrent à retirer ses troupes et lui dirent d’attendre jusqu’au lendemain, pour parler auxeommissaires. <• Je ne suis point venu ici pour recevoir des avis de vous , reprit Joyce , et je n’ai rien à faire avec les commissaires. Je viens pour le roi et je veux lui parler. >• Graves et Brown donnèrent l’ordre à leurs soldats de préparer leurs armes et de défendre la place; mais, au lieu d’obéir, les soldats ouvrirent les portes à leurs camarades.
Aussitôt Joyce alla a la chambre où étaient les commissaires et leur dit qu’il était venu chercher le roi; il se retira ensuite dans un autre appartement pour ne pointtroubler Icsoinmeil de Charles. Le lendemain, Joyce voulut avoir une audiencedu roi, et s’ étant présenté devant lui , il lui dit que de
HISTOIRE D’ANGEETERRE.
dangereux complots se tramaient dans l’ombre; que les choses eu étaient arrivées à ce point, qu’il fallait que l’un des deux partis écrasât l’autre, ou (|u'il se laissât écraser par lui. Eu conséquence, il invitait le roi à lesuivre. Les commissaires étant présents, le roi paraissait embarrassé. Cependant il dit a Joyce qu’il le suivrait volontiers, s’il lui promettait les choses qu’il allait lui demander. Joyce s’engagea à remplir ces conditions, si elles étaient justes et raisonnables. « La première, dit le roi, concerne ma sûreté personnelle. «Joyce donna l’assurance à Charles que l’armée n’avait aucune mauvaise intention à son égard. « Je demande, en second lieu, qu'on n’exige pointile moi des choses que repousserait ma conscience. «Joyce adhéra à cette seconde demande. « En troisième lieu , Je demande qu'il me soit permis de conserver mes serviteurs auprès de ma personne; que l’on ait |H)ur moi les égards et le respect dus à mon rang. « Le cornette rassura le roi à cet égard « Alors, s’écria le roi, je partirai volontiers avec vous, si les soldats qui sont sous vos ordres veulent conlirmer ce que vous m'avez promis. « Il était onze heures du soir; Charles renvoya Joyce et lui dit qu’il serait prêt à six heures du matin.
A l’heure indii|uée Charles se présenta aux soldats et leur demanda s’ils voulaient confirmer ce (|ue le cornette lui avait promis la veille. La réponse fut unanime. Charles demanda alors à Joyce en vertu de quel mandat il agissait. Joyce répondit que « si le parlement n’avait point donné des ordre' pour se saisir de la per.sonue du roi, lui, Joyce, n’aurait point fait ce qu'il avait fait; mais, qu’ayant appris que le roi devait être enlevé
ftar les presbytériens, il avait pris PS devants. » Charles n’étant point satisfait de cette réponse, Joyce lui dit qu’il agissait au nom des soldats de rarinée. « N'avez-vous pas un mot d écrit de sir Thomas Fairfax , votre général? lui dit le roi. — Voici ceux dont j’exécute les ordres,répondit Joyce. — Où sont-ils? lui dit le roi. —
Derrière moi. répondit Joyce en montrant ses cavaliers. J’espère que Votre Majesté est maintenant satisfaite. > Charles sourit et lit des compliments à Joyce sur la bonne tenue de ses cavaliers. «J'ai lieu decroire, dit-il ensuite, que vous ne me ferez aucune violence; je suis votre roi; je ne reconnais de supérieur que Dieu seul. » Joyce le rassura et Charles lui demanda le lieu oû il allait être conduit. « A Oxforil, si ce lieu plaît à Votre Majesté, » lui dit Joyce. Le roi répondit « que l'air d'Oxford ne lui était pas bon. — Eh bien à Cambridge. » Le roi préfera Newniarket, dont l’air, dit-il , convenait à sa sauté. On convint d’aller à Newmarket. Joyce et ses soldats conduisirent le roi à Hinchinbrook, et le lendemain Charles et son escorte arrivèrent à Childerley près de Newmarket.
Le jour où Joyce enlevait le roi de d’Holmbv, Cromwell, oui se voyait menacé d’être arrêté par les presbytériens, quittait Londres en secret et arrivait au milieu de l’armée; elle le reçutavec enthousiasme. Aussitôt l’armee prit l’engagement solennel de ne mettre bas les armes et de ne se séparer que lorsqu'elle aurait requ des garanties contre l’oppression dont l’Angleterre était menacée. Fairfax, Cromwell, I reton , Hammond et d’autres officiers de distinction allèrent visiter le roi. Fairfax et Cromwell déclarèrent tous deux qu’ils n'avaient eu aucune connaissance des projets de Joyce, ce qui est douteux quant h Cromwell. Le lord général pressa , dit-on, le roi de retourner à Holmby; mais Charles lui dit qu’il préférait rester avec l’armée. Charles avait déjà lieu , en effet, de se féliciter de ce changement ; car les presbytériens l’avaient obligé à accepter Jes ministres de leur culte , tandis que les indépendants et l’armée lui permirent de s’entourer d’ecclésiastiques de son choix.
I^es deux partis étaient sur le point d’en venir aux mains. L’armée s’avança aussitôt sur Londres. Partout elle pandait des manifestes. Le Norfolk, le Suffolk, TEssex et plusieurs autres
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PÉRIODE DES STUARTS
comtes lui envoyèrent des lettres de tëiicitation. L’arméede.inaiidait l'expulsion immédiate du sein du parlement d’Hollis, de Waller, deClotwortIiy, de Stapleton , de Lewis, de Maynard, de Massey, d’Harley, de Lon;;, de Glynne et de Nicliols que leur corruption et leurs noml>reux méfaits , disait-elle , avaientrendusindigiies de siéger dans le parlement. Vlais la chambre des communes réitéra ses ordres à l'armée de ne point avancer et décida que le roi serait renvoyé <à Richemond et qu’il y serait plaoé sous la surveillance d'une commission nommée par elle. Au mépris de ces onires, l'armée s’avança jusqu’à üxbridge. Aussitôt les onze chefs presbytériens signalés par l’armée prirent la fuite. Cependant la chambre des communes voulut faire queli|ues démonstrations de résistance; elle doubla -ses gardes et lit un grand approvisionnement d’armes; mais ces velléitésdecourage s'évanouirent lorsqu’on reconnut que toute résistance serait impossible. Alors les communes déclarèrent que l’armée commandée
fiar Fairfax était réellement l’armée de 'Angleterre et qu'elle devait être traitée avec sollicitude et respect : elles envoyèrent au général des propositions d’une nature tellement pacifique que Fairfax quitta Üxbridge pour se retirer à Wycombe. Ce mouvement rétrograde donna du courage aux onze membres accusés; ils quittèrent leur retraite et reparurent dans la chambre pour accuser à leur tour leurs accusateurs et demander leur mise en jugement. Mais bientôt l'attitude de l’armée leur fit perdre courage ; ils sollicitèrentdes speakers des passe ports pour quitter le royaume ; ces passe-ports leur Turent accordés.
Le roi avait été conduit de Newmarket a Koystoii; de Royston il alla à Hatiield , de Ilatiield à l’abbaye de ■Woburn, et de là au château de Windsor. Il lui fut permis de garder Ashburiibain , qui l’avait accompagné dans .sa fuite d’Oxford au camp écossais et qui était de retour de la Hollamle où U s*était enfui ; sirJoiin Berkeley et une autre personne nommée Legge, qui
jouissait de la confiance du roi, purent également rester avec lui. Par l’intermt'diaire de ces personnes, Charles entama des négociations secrètes avec Cromwell, Ireton et d’autres officiers de l’année. On ne sait si Fairfax fut étranger à ces négociations. Dans le même temps, Fairfax demanda au parlement de permettre que le roi eût une entrevue avec ses enfants qui, dit-il, avaient été si longtemps éloignés de lui. La chambre des comniunes, qui craignait un moment que l’année ne gardât les enfants du roi coinme elle avait gardé le père, p.iraiss.iit iisposéeà rejeter cette ileiiiande; mais Fairfax en<gagea sa parole et promit qu’ils seraient renvoyés an palais de .Saint-James. Ijb duc d’York , le duc de Glocester et la princesse Élisabeth se rendirent aussitôt au village de Caversiiam près de Reading où le roi résidait. L’entrevue fut des plus touchantes, car Charles était un boa père. On rapporte que Cromwell ne put retenir ses larmes. Les enfants restèrent deux jours avec leur mallipureux pere et furent ensuite renvoyés a Londres.
Cependant les pr^bytériens se préparaient , en ce moment , à faire une derniere tentative pour reprendre l’ascendant. Les indépendants qui demeuraient à Londres ayantdeinunde que le cbminnndeinent de la milice de Londres fiU pLicé dans leurs mains , les presbytériens, qui voulaient eonserver ce coininan.lement pour eux , adressèrent aux communes une pétition dans laquelle ils demandaient la suppression des cluipelles des indépendants. Une autre pétition suivit bientôt lu première : dans celle-ci les presbytériens demandaient que l'armée fut éloignée de Londres et que l’on conduisit le roi à Westminster pour conclure avec lui un traité ; les presbytériens déployèrent , dans cette circonstaiice , un zele et une activité extraordinaires; car on prétend que plus de cent mille signatures furent apposées sur la pétition.
Quelques jours après, une populace furieuse, composée de royalistes et de presbytériens, assaillit Westminster et causa une telle frayeur dans le sein
des deux chambres que les deux speakers et un grand nombre de membres prirent la fuite et allèrent rejoindre l'année pour y trouver protection. Les membres restants s’ajournèrent, et à la reprise de leur séance ils élurent lord Willoughby de Farhampour leur speaker temporaire. Aussitôt ils défendirent à l’armée d’avancer, et nommèrent une commission de sûreté publique; et après avoir ordonné à la milice de la cité de prendre les armes, ils la mirent sous le commandement de Massey, de Waller, et rappelèrent les onze membres presbytériens qui avaient pris la fuite.
Fairfax s’avançait en ce moment avec l’armée et arrivait à Hounslow- Heath: il rencontra dans cet endroit les membres indépendants qui avaient quitté le parlement; ils étaient au nombre de cent dix-sept. Le général ordonna aussitôt au colonel Rainsborough de traverser la Tamise à Kingston-Bridge et de s’emparer du bourg de Southwark qui avait désavoué les mesures adoptées par la cité.
Rainsborough exécuta sa commission sans rencontrer de difflcultés.
A cette nouvelle les presbytériens , saisis de frayeur et reconnaissant qu’il leur était impossible de résister , envoyèrent à l’armée une députation pour lui demandera traiter. Le général y consentit, à la condition qu’ils rapporteraient les déclarations qu’ils avaient publiées récemment, qu’ils abandonneraient les commandements qu’ils occupaient dans la milice , qu’ils livreraient tous leurs forts ainsi que la Tour de Londres; qu'ils licencieraient toutes les forces qu’ils avaient levées, et qu’ils prendraient toutes les mesures nécessaires pour assurer le repos public. Toutes ces conditions, quelque humiliantes qu’elles fussent, furent acceptées.
Le 6 du mois d’août, Fairfax se rendità Westminster accompagné des speakers des deux chambres et des membres indépendants qui étaient venus lui demander protection , et il procéda à leur réinstallation. Les speakers , au nom du parlement , re-
mercièrent le général, qu’ils nommèrent commandant de toutes les forces de l’Angleterre et de la principauté de Galles et constable de la Tour de Londres ; et ils accordèrent à titre d’indemnité un mois de paye à son armée. Le jour suivant , Fairfax et Cromwell traversèrent Londres et se rendirent à la Tour, où la milice fut remise dans les mains des indépendants. Jamais peut-être une faction aussi grande et aussi puissante ne tomba avec moins de dignité. Un grand nombre des chefs presbytériens
firirent la fuite, dans la crainte que es vainqueurs ne se vengeassent de la résistance qu’ils avaient faite. Mais la conduite des indépendants fut pleine de modération et ue justice. Fairfax, quittant Londres aussitôt, cantonna ses troupes dans les villes et les villages voisins , et ne laissa dans la capitale que deux ou trois régiments pour garder le parlement.
Les événements se pressaient. Le grand conseil des officiers de l’armée s'était réuni pour établir une réforme générale dans les affaires civiles et religieuses. On a généralement considère Ireton comme le principal auteur de cette constitution, mais il est probable que Cromwell, qui avait des idées élevées et justes sur la liberté religieuse et la liberté du commerce, lui prêta son concours. La constitution dontnous parlons aurait laissé à Charles un pouvoir fort étendu , et il est probable que le parti presbytérien n’aurait pas été aussi libéral à son égard. Cependant, quand ces propositions furent présentées à Charles, il refusa de les accepter. Alors Charles traitait secrètement avec les covenantaires écossais, les presbytériens anglais et les catholiques irlandais , auxquels il faisait séparément de brillantes promesses. On prétend que le roi , ne pouvant se maîtriser assez pour cacher ses desseins secrets, dit à Ireton ; « Je jouerai ma partie comme je l’entendrai ». A quoi Ireton répondit : » Si Votre Majesté a une partie à jouer, elle nous permettra de jouer également la nôtre. » Ce fut alors
PÉRIODE DES SïUARTS. 46f
que, suivant Ashburnham , Ireton et l’armée déclara que, puisque le roi Cromvell commencèrent à parler de n’avnit point accepté les propositions république et de l’heureuse condition, qu'elle lui avait faites, il perdait les disaient-ils, qui deviendrait le partage droits qu’il avait à son appui, du peuple anglais s’il vivait sous un Cependant Cromwell, Ireton et gouvernement semblable à celui qui quelques autres chefs de l'armée régissait la Hollande. étaient encore indécis. Le parti
Après avoir refusé d’acquiescer aux extrême auquel voulaient se porter propositions qui lui étaient faites, les républicains leur paraissait une me- Charles envop sir John Berkeley à sure dangereuse; mais, d'un autre l’armée pour demander une entrevue à côté , Cromwell était menacé par Ireton et aux autres ofliciers supé- la haine des presbytériens et des Écosrieurs. Berkeley s’adressa de la ma- sais, qui l’avaient toujours regardé nière suivante aux officiers : « Si comme leur ennemi mortel. Cromwell le roi acquiesçait aux propositions etson gendre se décidèrent pour la réde l’armée, que s’ensuivrait-il? » Les publique; mais, dans le même temps, ofûciers dirent qu’ils présenteraient ils cherchèrent comment ils pourraient alors les propositions au parlement, étouffer l’esprit de rébellion qui ré- « Mais, continua Berkeley, si le par- ^nait dans l’armée. Dans ce dessein, lement refuse de les accepter, que ils résolurent de convoquer l’année ferez-vous?» Les ofûciers répondirent à un rendez-vous général à Ware. qu’il ne leur appartenait point de Fairfax y ^ant consenti, le Jour de aire ce qu’ils feraient contre le par- la réunion tut flxé au 16 novembre, lement; mais ils donnèrent à enten- Mais le parti républicain qui était dre qu’ils ne doutaient point de son ad- dans l’année eut connaissance des inhésion. Berkeley n’ayant point paru tentions secrètes du lieutenantgénéral, satisfait de cette réponse , Rains- et résolut de s’emparer de la personne borough lui dit: «.Si le parlement duroiavantlejourlixépourlaréuniou. ne veut pas y consentir, nous l’y Les républicains ne cachaient plus
forcerons, » et tous les officiers leur haine contre le roi. Dans leurs
donnèrent leur assentiment à ces discours, ils disaient que c’était un
Iiaroles. Berkeley alla aussitôt trouver homme de sang , un obstacle éternel
e roi. « Mais, dit-il, ma tdche fut à la liberté et à la paix du royaume, et
beaucoup plus difficile avec lui; car, demandaient que justice fût faite sur
malgré tous mes efforts, il ne voulut un homme qui avait répandu le sang point accepter les propositions de de tant d’Anglais: dans leurs écrits, ils l’armée.» établissaient une nouvelle forme de
Charles venait de mécontenter gouvernement sur une base essentiell’armée; il devait aussi mécontenter lement républicaine. Dans ce goules presbytériens. Ceux-ci, qui étaient vernement il n’y avait point de roi ni encore en force dansJe parlement, en- d’aristocratie: la souveraineté résidait couragés par les commissaires écos- seulement dans le peuple; les parsais, qui repoussaient, comme les lements devaient être triennaux ; on presbytériens, la tolérance religieuse, y donnait une grande extension à la envoyèrent au roi une adresse solen- franchise électorale; la représentation nelle qui avait pour base les proposi- nationale y était distribuée avec plus tions présentées à Newcastle. Charles d’équité: de grandes réformes devaient refusa d’accepter, refus qui ne man- être introduites dans les lois, et une quait pas de sagesse, car il y aurait entière liberté de conscience était eu danger à traiter avec les presbyté- accordée à chaque citoyen, riens alors que Charles était au pou- Ces théories républicaines avaient voir de l’armée. Aussitôt les chefs de trouvé un grand nombre de chauds l’armée réitérèrent leurs instances ; partisans. Seize régiments de l’armée mais elles restèrent sans effet. Alors avaient déclaré qu’ils étaient prêts à ti-
rer l’épée pour obtenir l’application de ce projet de gouvernement et demandèrent, en même temps, la mise en accusation et la condamnation du roi.
Aussi Charles était-il effrayé, et craignant pour sa vie, il voulut se soustraire par la fuite à la fureur de ses ennemis. Charles songea un instant à se réfugier dans la cité de Londres; mais après s’être consulté avec Ashburiiham, il comprit bientôt que ce projet était mauvais, en ce sens que l’armée était à la fois maitresse de la cité et du parlement , et qu’elle s’emparerait infailliblement de sa personne.
Charles renonça aussitôt à ce projet pour en adopter un nouveau.
Le 11 novembre, Londres apprit, en effet, que le roi avait quitté secrètement llamptoncourt. Charles en partant avait laissé sou manteau dans fa galerie et plusieurs lettres , écrites de sa main, sur la table de son cabinet de toilette. Une de ces lettres était adressée au parlement. Le roi disait que la liberté était au.ssi nécessaire aux roisqu’aux sujets; qu’il avait longtemps souffert la captivité, parce qu'il espérait rétablir de cette manière la paix dans le royaume; mais que, n’ayant pu atteindre ce but et voyant l’iiuerlitude de l’armée, il avait pris le parti de s’enfuir; que partout cependant où il serait, il travaillerait à rétablir une paix silre dans le royaume et à arrêter l’effusion du sang; il déclaraiten outre , que , lorsqu’il aurait la certitude d’être entendu d’une manière honorable et sans que sa sûreté personnelle fût compromise, il quitterait immédiatement le lieu de sa retraite et se montrerait prêt à devenir le père de la patrie.
Le lendemain , lord Montagne informa officiellement la chambre des lords et celle des communes de la fuite du roi. Cromwell envoya de son côté une lettre aux communes dans laquelleil annonçait que l’évasion du roi avait eu beu la veille à neuf heures du soir. Cette nouvelle produisit une sensation profonde, et aussitôt les communes prirent les mesures les plus énergiques. Elles portaient que qui-
conque cacherait la personne du roi ou qui, connaissant le lieu de sa retraite, ne l’indiquerait point aux speakers des deux chambres aurait ses biens confisqués et serait condamné à mort.
Cependant, la fuite du roi était des plus pénibles. Il arriva à Oatlands et s’égara dans la forêt qu’il croyait bien connaître. La nuit était noire et pluvieuse. Les voyageursse perdirentdans leurroute. Char lesen ce moment même était encore indécis sur le lieu où il porterait ses pas. « Je demandai au roi, dit Berkeley, l’un des compagnons de voyage de Charles, où il voulait aller; et il me répondit qu’il espérait être à Siitton trois heures avant le Jour , et que tandis qu’on préparerait nos chevaux, nous verrions à nous entendre sur la route que nous aurions à prendre. »
Les voyageurs firent fausse route, et arrivèrent à. Sutton longtemps après que lejour eut paru, llsavaienteiivoyé leur domestique en avant; mais celui-ci leur apprit à son retourque les autorités du comté s’étaient réunies la veille pour aviser aux moyens de les arrêter. Cette nouvelle leur fit abandonner le projet qu’ils avaient d’entrer à Sutton , et ils portèrent leurs pas dans la direction de Southampton. Les voyageurs mirent alors pied à terre pour descendre la colline. Tenant la bride de leurs chevaux par la main, ils se consultèrent une seconde fois sur ce qu’ils avaient à faire. Charles enfin se décida pour file de Wight. Ashburuham et Berkeley furent envoyés dans Pile pour sonder les intentions du colonel Hammon I, qui en était le gouverneur etquele roi croyait dévoué à sa cause. De son cô té, Charles , accompagné de Legge, se rendit chez lord Southampton à i'itchfield pour y attendre le retour de ses messagers.
Ashburnhamet Berkeley arrivèrent à Lymington le même soir ; mais une violente tempête les empêcha d’aborder dans Plie. Le lendemain, la mer s’étant un peu calmée, ils franchirent le détroit qui sépare Plie de Wight de la terre ferme, et ils allèrent trouver le gouverneur au château de Carisbrook où il demeurait. Aussitôt Ashbumbamlit connaître son message. « Une
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pateur livide couvrit les joues du (çouverneur, nous dit sir John Berkeley au sujet de cette entrevue. Le frisson qui s'empara de lui fut tel que je crus qu'il allait tomber de cheval ; ce rriS'On dura au moins une heure; dans l’intervalle, des phrases brisées s’échappaient de ses lèvres; quelquefois il nous disait : Oh! messieurs, vous m’avez perdu en conduisant le roi dans l’ile, si toutefois vous l’avez conduit ici ; mais si vous ne l'avez pas fait , dites-lui de ne pas venir; car si j’ai des devoirs à remplir envers Sa Majesté, si je lui dois de la reconnaissance pour cette marque de confiance , d’un autre côté, l’armée a placé en moi unecontianceipie je ne sau 'ais trahir. » Le moment d’après il parlait dans un sens tout contraire. Je me rappelle, continue Berkeley, que, pour le mettre à l’aise, je lui dis que, grâce au ciel , il n’y avait point de mal à déplorerencore; que Sa Majestéavaitl'intentiondeluifairehonneuren lui donnant les moyens de lui rendre un grand service mais que , s’il pensait autrement, Sa Majesté ne lui imposerait point assurément sa personne. Il me répondit : « Mais s'il arrive malheur au roi , que penseront l’armée et le royaume du refus que j’aurais fait denepas les recevoir? » Jerevinstrouver Ashburnham, continue Berkeley, et je lui dis que le gouverneur n'était point l’homme qu'il nous fallait et que, pour ma part, je ne lui donnerais point ma confiance. Ashburnham partagea mes craintes; mais, d’un autre côté, il craignait pour le roi s’il venait à êtr^ découvert » Les deux envoyés vinrent retrouver Hammond, qu’ils" pressèrent de leurs sollicitations. .4 près une courte pause, le gouvernenrdemandaceiiue le roi attendait de lui. « Que vous lui as- .suriez l’honneur et la vie jusqu’à ce qu’il puisse faire disparaître les ferments de discorde qui existent entre lui, le parlement et l'armée, et qu’il ait rendu la paix à la nation. «Puis voulant abréger ce débat dont la longueur pouvait devenir fatale à Charles, sir John Berkeley demanda une réponse catégorique à la question suivante :
4Gâ
« Livreriez-vous le roi au parlement ou à l’armée, dans le cas où l’un ou l’autre voudrait obtenir de lui des choses qui répugneraient à sa conscience et à son honneur ou qui seraient de nature à être refusées par lui ? »
A près quelques hésitations, Hammond répondit qu’il ferait pour le roi tout ce qu’on pouvait attendre d'un homme d’honneur et de probité. Cet arrangement vague fut accepté.
Ou convint qu’Uammond accompagnerait Berkeley et Ashburnham chez lord Soiithampton; mais Charles montra un vif mécontentement lorsque Ashburnham lui apprit la présence du colonel. Il dit à son lidele serviteur que, malgré la promesse du gouverneur, il était sdr qu’il allait devenir son prisonnier. A quoi Ashburnham répondit qu'il avait un expédient tout prêt , et que , si le roi voulait indiquer la route qu’d avait l’intention de suivre , il ferait en sorte que le gouverneur ne l’inquiétât point. « Le roi , dit Ashburnham , me demanda aussitôt quel était cet expédient, et je lui répondis que j’étais décidé à tuer Hammond de ma main; »
Charles réfléchit, ût quelques tours dans la chambre et ne voulut point consentir à cette proposition.
Charles fit appeler immédiatement Hammond , et le reçut avec une sorte de gaîté. Celui-ci lui réitéra les prome.sses qu’il avait faites à Berkeley et à Ashburnham, ettous partirent le même jour pour l’île de Wight. Le lendimain , ils arrivèrent au château de Carisbrook. .Sur la route le roi eut le plaisir de voir venir à sa rencontre une foule de gentilshommes de l'île qui lui donnèrent l'assurance que file entière, à l’exception des gouverneurs des châteaux et des capitaines d'ilaminond , était dévouée à sa cause.
Pendant les premiers jours le roi n’eut point à se plaindre d’être venu dans nie. Il eut la liberté de faire des excursions à cheval ; on lui laissa croire même qu'il pourrait quitter l’île (|uand il le voudrait. Mais ces égards cessèrent bientôt quand Hammond eut instruit les deux chambres de l’arri-
üogle
iZOO :
vée de Charles. Toutefois, le parlement ayant demandé (|u’oii lui livrât Asliburnham , Berkeley et Legge, le gouverneur s’y refusa.
g IK. Charles est enlevé de l'ile de Wi|;ht par un détachement de l'armée. — Emeute à Londres en sa faveur. — Plusieurs comtés se soulèvent pouj le défendre. — Tentatives du prince de Ualles pour le sauver. — Charles est conduit au chéleau de Hurts.
Cinqjours après son arrivée dans l’iledeWight, Charles et ses amis apprirent le résultat du rendez-vous de l’armée. Cromwell avait couru les plus grands dangers ; les niveleurs, qui le traitaient de renégat, l’accusaient hautement d’avoir laissé échapper le roi, et le menaçaient de lui faire un mauvais parti. Quand les troupes se réunirent à Warc , les soldats de deux régiments se présentèrent à la revue avec cette devise attachée à leur chapeau : « La liberté du peuple et les droits du soldat, v Cromwell, suivi de quelues-uns de ses officiers, galopa ans les rangs des mutins ; il s’empara d’un de leurs chefs et le fit fusiller sur-le-champ ; cet acte de vigueur en imposa aux mutins. Mais une semaine après le rendez-vous , les officiers de l’armée et un grand nombre de soldats allèrent trouver Cromwell et Ireton, et leur demandèrent de s’associer à eux pour combattre et renverser leurs ennemis. Cromwell et Ireton consentirent à la demande qui leur était faite.
On prétend qu’ils ny adhérèrent que parce qu’ils virent qu’une, séparation allait causer la ruine des deux partis. Dès ce moment, le parti républicain refusa constamment de traiter avec le roi.
Charles avait envoyé de l’ile de W ight sir John Berkeley à Windsor avec des lettres pour Fairfax, Cromwell et Ireton. A son arrivée à Windsor, Berkeley trouva les ofOciers réunis en conseil. Après une heure d'attente, il fut admis dans le sein de l’assemblée; il donna ses lettres au général , qui lui dit de -se retirer. Rappelé au bout d’une demi-heure. Berkeley comprit à l’accueil qu’il reçut qu’il n’y avait rien à espérer. « Legénéral, dit-il, me regarda
avec beaucoup de sévérité ; il me dit que l’armée était celle du parlement; qu’en conséquence, il ne pouvait rien répondre aux propositions qui lui étaient faites par le roi. » Berkeley salua Cromwell , Ireton et les autres officiers de sa connaissance, mais ceuxci lui rendirent son salut avec froideur. Le lendemain. Berkeley ayant fait dire à Cromwell qu’il avait des lettres secrètes à lui remettre de la part du roi , celui-ci lui fit répondre qu’il ne pouvait les recevoir. Alors Berkeley se rendit à Londres et se mit en communication avec les commissaires écossais.
Dans le même temps, la reine préparait un navire de guerre pour enlever Charles de l’ile de Wight, et le roi adressait une lettre au speaker de la chambre des lords dans laquelle, après avoir parlé des scrupules de sa conscience relativement à l’abolition de l’épiscopat , il disait qu'il espérait satisfaire le parlement par ses raisons , s’il pouvait traiter personnellement avec lui. Les commissaires écossais, qui étaient vivement irrités de la marche triomphante des indépendants , saisirent cet te occasion pour presser le parlement d’accorder un traité au roi; et le 14 septembre , les deux chambres votèrent quatre propositions, en déclarant qu’une fois que le roi les aurait acceptées, elles lui accorderaient à Londres un traité personnel ; elles demandaient que le roi concourût avec elles à l’établissementde la milice; qu’il rapportât toutes les déclarations et pro- . clamations rendues contre leparleinent et les personnes qui avaient accepté les actes des deux chambres ; que toutes les personnes qui avaient été créées pairs, après l’enlèvement du grand sceau, fussent déclarées incapables de siéger dans la chambre des pairs ; que plein pouvoir fût donné aux deux chambres du parlement de s’ajourner commeelles lejugeraient convenable. »
Ces propositions furent présentées a Charlesaucbâteaude Carisnrook. Mais alors le roi venait de traiter secrètement avec les Écossais; il s’était décidé à renoncer à l’épiscopat et à ac-
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cepter le covenant. De leur côté , les Écossais lui avaient promis de le rétablir surle trône par la force des armes , et, confiant dans ces promesses, il refusa d’adhérer aux propositions du parlement.
Le roi préparait en ce moment (1648) un plan defuite. Il était surveillé avec la plus grande vigilance; les gardes du château avaient été doublés , et le gouverneur avait renvoyé de file Ashburnham , Berkeley et Legge. Ces précautions ne l’arrêtèrent point; elles donnèrent même une nouvelle activité à ses lidèles serviteurs. Des relais de chevaux de selle furent préparés sur la côte par leurs soins , pour faciliter la fuite du roi. Tel était leur zèle, que, malgré la surveillance dont il était l’objet, Charles pouvait entretenir une correspondance suivie avec les amis qu’il avait en France, en Écosse et en Irlande. Pendant une nuit sombre, Charles crut qu’il parviendrait à sortir du château. La fenêtre de sa chambre donnait sur la campagne, et souvent il avait essayé de passer son corps à travers les barreaux de cette fenêtre; il y avait réussi. Ashburnham fut averti de se tenir prêt avec des cordes. Malheureusement le roi engagea sa tête la première dans les barreaux et se trouva pris ; il ne put se dégager qu’après avoir fait des efforts inouïs et avoir perdu un temps précieux ; ce qui fit échouer l’entreprise. Dans une autre circonstance, le tambour battit tout à coup à la tombée de la nuit, dans la petite ville de Newport , et un capitaine , du nom de Burîey, souleva le peuple pour sauver le roi ; mais cette tentative n'eut pas plus de succès que la première. Burley, après avoir été tait prisonnier, fut déclaré traître et mis à mort.
Le refus du roi au sujet des quatre propositions des communes était parvenu à Londres. La discussion qui eut lieu à cet égard fut animée. Plusieurs orateurs parlèrent de l’opiniâtreté de Charles, et dirent que c’était trop longtemps abuser de la patience du peuple; que le roi, par son refus, avait retiré sa protection au peuple d’Angle-
terre; qu’en conséquence, il n’avait plus dedroit à celle du parlement ; qu’il était injuste et absurde que le parlement, après avoir été si souvent en butte aux inimitiés du roi, se livrât à un ennemi aussi implacable et lui livrât également ses amis qui , dans la plus juste des causes, avaient risqué, sans crainte, leur fortune et leur vie; que le parlement h’avait rien autre chose à taire que de veiller à sa sûreté personnelleet àcelledesesamis. Après plusieurs discours de cette nature, Cromwell prit la parole et dit : « Qu’il était temps de répondre à l’attente publique; qu'il fallaitgouverneretdéfendre le royaume sans avoir recours au roi, et dire au peuple qu’il n’avait rien à espérer d’un homme dont le cœur était aussi endurci. Cromwell fit entrevoirà la chambre des communes les grands dangers qu’il y aurait à pousser l’armée au désespoir, et , portant la mainàsonépée,ildit:« Qu’il tremblait en pensant aux maux que pourraient amener de nouvelles lenteurs. » Cette discussion se termina parmi vote dans lequel on déclara qu'aucune adresse ne serait faite à l’avenir au roi ; qu’on ne recevrait aucun message de lui sans le consentement des deux chambres :
puis une commission fut nommée pour rédiger une déclaration qui donnât satisfaction au royaume. Quelques jours après, les officiers de l’armée envoyèrent au parlement l’adresse suivante :
« IN ouadéclarons spontanément, en notre nom personnel et en celui de l’armée, que nous avons résolu, parla grâce de Dieu, d'adhérer fermement aux mesures adoptées par le parlement à l'égard du roi, ainsi qu’àcelles qui seront jugées plus tard nécessaires pour établir les affaires du royaume, sans le concours du roi , et contre sa volonté. » Les deux chambres votèrent des remercîraents à l’armée pour cette déclaration. Le pouvoir exécutif fut ensuite confié à un comité, qui fut nommé le comité du salut de la république. Les membres qui le composaient étaient les comtes de Nortliumberland , de Kent, de Warwick et de Manchester, les lords Saye , Wharton et Roberts, ao
membres de la chambre des lords ; et Pierpoint, Fiennes, sir Henri Vane, l’aîné, Henri Vane, le jeune, sir William Armine, sir Arthur Haselrig, sir GilbertGérard, sir JohnEvelyn, Cromwell, Saint-Jean, Wallop, Crew, etc.
Dans ce moment critique, il y eut une espèce de réaction en faveur de Charles. Une grande agitation régnait à Londres. Des rumeurs circulaient chaque jour dans le public : on parlait de complots secrets, de trahisons ; et les prophètes du jour prédisaient que l’été serait chaud. Le nom du roi exerçait même une certaine magie sur l’esprit public , et, dans les classes populaires, il se manifestait de vives sympathies poursa personne.
Le 9 avril, une foule d’apprentis et d’autres jeunes gens assaillirent à coups de pierres un capitaine de l’armée , et marchèrent en désordre sur Westminster en criant sur la route :
« Le roi Charles ! Vive le roi Charles! » Une troupe de cavalerie vint cà leur rencontre et les dissipa. Mais, s’étant reployés sur la cité, les apprentis brisèrent les' portes des - magasins, pour se procurer des armes, et forcèrent le lord maire à s’échapper de sa maison et à se réfugier dans la Tour. Lelendemain, Fairfax, qui avait une partie de son armée cantonnée dans la cité, arrêta le désordre; mais il y eut du sanç répandu. Quelques jours après, environ trois cents hommes du comté de .Surrey vinrent à Westminster demander que le roi fût rétabli sur le trône. Commeils insultaient les soldats et le parlement , il y eut une collision dans laquelle plusieurs hoinmesfurent tués. Les habitants du Kent, de l’Essex , et de plusieurs autres parties du royaume, prirent à la meme époque parti pour le roi ; le château de Pontefractfut enlevé dans une nuit, par quatre-vingts cavaliers qui avaient pris chacun uii fantassin en croupe. D’un autre côté, les presbytériens unissaient leurs efforts à ceux des royalistes pour reprendre dans la chambre des communes l’ascendant qu’ils y avaient perdu ; leur tentative eut un plein succès. Le 24 avril , la chambre
des communes décida que les postes militaires de Londres et la defense de la ville seraient de nouveau remis dans les mains du conseil commun ; que le royaume continuerait à être gouverné par un roi, une chambre des lords et une chambre des communes, et que de nouvelles négociations seraient ouvertes avec le roi Charles , malgré le vote récent des communes. Les presbytériens lirent ensuite revivre une ordonnance qui punissait de mort celui nui se rendait coupable d’hérésie et de olasphème.
Les habitants du Kent , après avoir, pendant quelque temps, menacé de loin, marchèrent courageusement sur Londres. Fairfax vint à leur rencontre avec sept régiments, et les poursuivit jusqu’à Rochester. Ce succès ne fut pas décisif; lord Goring et plusieurs officiers de l’armée royaliste s’étant misa la tête des insurgésdu Kent, s’emparèrent de Gravesend, de Cantorbéry et firent une tentative pour surprendre Douvres. Goring, traversant ensuite la Tamise, alla planter son étendard dans l’Essex; mais il y fut suivi par Fairfax, qui le repoussa dans Colchester et le tint bloqué dans cette place. Dans le même temps, d’autres mouvements royalistes éclataient dans la principauté de Galles. Les insurgés s’emparaient du château de Pembroke. Alors Cromwell se porta à marches forcées sur le lieu de l’insurrection. Le château de Pembroke fut repris; et bientôt les insurgés rentrèrent dans le devoir.
Les commissaires écossais, après avoir obtenu un traité secret de Charles, avaient quitté Londres pour revenir en Écosse. A leur retour, le parlement d’Écosse demanda au parlement anglais d’établir le gouvernement presbytérien en Angleterre, d’extirper rliérésie , de licencier l’armée de Fairfax et de rendre au roi le trône et la couronne ; et, sur le refus du parlement anglais d’accéder à ces propositions, il se prépara à la guerre.
Le duc Hamiltou, qui était dévoué au roi, proclamait partout que Charles accepterait le covenant, et qu’il maintiendrait la véritable Eglise presbyté-
<lc
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rienne. Malheureusement pour lui, Charles avait de nombreux ennemis en Écosse; tels étaient les vieux covenantaires, qui avaient pour chef Argyle, ennemi déclaré d’Hamilton, ainsi que tout le clergé; ceux-ci n’ajoutaient aucune foi àces promesses. Aussiles mesures belliqueusesadoptées parle parlement reacontrèrent-elles une forte opposition. Le parlement avait décidé qu’on lèverait trente mille fantassins et six mille chevaux ; mais Hamilton ne put réunir que dix mille fantassins et quatre cents chevaux ; encore ces troupes ne furent-elles prêtes à agir qu’au mois de juillet, c’est-à-dire, après que Cromwell , Ireton et Fairfax eurent rétabli l’ordre dans les parties de l’Angleterre où il avait été troublé.
Cependantles Écossais ayant traversé les frontières furent renforcés par un corps de royalistes que commandait Langdale; mais les soldats écossais ne virent dans ces alliés que des papistes et des hommes qui avaient combattu contre le covenant. Après avoir remporté quelques avantages, ils se trouvèrent en présence de Cromwell; et ce général, ayant réuni ses forces à celles de Lambert et de Lilburne, généraux parlementaires, les battit complètement. Le lieutenant général Raiily et une grande partie de l’armée écossaise furent faits prisonniers.
Langdale etle duc Hamiltonlui-même furent pris à quelques jours de là.
Le parti de Charles tut anéanti par ce coup. Argyle, ami et correspondant de Cromwell, organisa un nouveau gouvernement etengagea le vainqueur, qui avait poursuivi une partie de l’armée jusqu’au delà de la Tweed, à venir au château d’Edimbourg. Cromwell y fut traité avec distinction; des remercîments lui furent votés : le surnom de « Sauveur de l’Écosse » lui fut donné. De plus le comité des états , de concert avec l’assemblée de l’Eglise, décida qu’aucun de ceux qui venaient de prendre part à l’invasion ne pourrait siéger dans le parlement ou dans l’assemblée de l’Église.
Cependant, tout n’était pas fini encore. Les royalites s’agitaient daus le
sud. Le comte d’Holland, qui avait servi et abandonné tour à tour les deux partis, irrité du mépris qu’avait pour lui le parlement, était revenu une seconde fois au parti de la cour. Le comte entretenait une correspondance suivie avec Hamilton, et il s'était engagé à soulever Londres le même jour où le duc écossais traverserait les frontières. Le .5 juillet, et tandis que Fairfax tenait Goring bloqué daus Colchester, Holland réunit cinq-cents cavaliers dans la Cité, et invita les citoyens à se joindre à lui pour sauver le roi Charles; mais les citoyens avaient trop souffert de la derniere émeute ; ils ne répondirent point à cet appel.
Aussitôt les troupes parlementaires se présentèrent, etaprès un court engagementdans lequel lordFrances Williers et son frère le duc de Ruckingham furent tués, les révoltés furent mis en fuite. Holland se réfugia arec une partie de sa cavalerie dans la ville de Saint-Neots; mais, poursuivi de près par le colonel Scropeque Fairfax avait détaché de son armée, il se rendit à discrétion (10 juillet). Le 29 août, Goring et les royalistes, qui s’étaient bravement défendus dans Colchester pendant plus de deux mois , se rendirent également à discrétion. Fairfax montra dans cette circontance une grande sévérité; il fit tirer au sort les officiers royalistes, et le sort ayant désigné sir Lucas et sir Georges Lilsle, ces officiers furent passés par les armes; Goring fut envoyé en prison pour y attendre que le parlement prononçât sur lui.
La fortune des armes abandonnait de tous côtés la cause royaliste, car tandis que le comte d’Holland se rendait aux troupes de Fairfax , le comte de Warwick, son frère, remportait d’importants avantages en mer pour la cause nationale. Vers le commencement de juin, plusieurs des navires de la flotte s’élaieut déclarés pour le roi. Les équipages mirent à terre Rainsborough, vice-amiral , et firent voile pour la Hollande, où étaient le prince Charles et le duc d’York. Warwick, qui était aimé des matelots , reprit
UISTOIRK D’ANGLETERRE.
aussitôt ses fonctions de grandainiral, et sa présence üt cesser la mutinerie et la désertion dans la flotte. Warwick alla ensuite se placer à l’einbouchure de la Tamise pour intercepter les renforts que l’on tenterait d’introduire en Angleterre.
En ce moment, le prince de Galles arrivait dans les dunes avec une flotte bien armée, qui se composait des navires anglais qui avaient déserté et de quelques autres qu’il s'était procurés. On devait supposer que la première tentative, du fils serait de délivrer Charlesdu château de Carisbrok, entreprise dont l’exécution n’eût pas rencontré de grandes difficultés; car Warwick était trop faible alors pour risquer une bataille. Mais le prince de Galles attendit en mer le résultat de l’expédition d’Hamilton et des autres royalistes, et, ayant appris l’insuccès de leur entreprise, il rebroussa chemin, et revint en Hollande sans avoir tiré un seul coup de canon. Les niveleurs firent de vifs reproches à Warwick de ce qu’il n’avait point livré bataille au prince et détruit sa flotte. Mais le parti auquel s’était arrêté Warwick était plus sage; il suivit la flotte du prince jusqu’à la côte de Hollande, et envoya ses hommes à terre pour qu’ils s’entretinssent avec leurs camarades et leur reprochassent leur désertion :
il offrit alors aux mutins leur pardon, et rentra bientôt en possession de la plupart des vaisseaux anglais qui avaient quitté le service du parlement; car tous les matelots déserteurs se rendirent à bord de sa flotte.
Cependant les presbytériens étaient encore puissants par leur supériorité numérique dans le sein du parlement.
Ils demandèrent qu’on amenât le roi à Londres et qu’on traitât personnellement avec lui dans cette ville. Cette mesure aurait été adoptée, si les victoires décisives de Cromwell et la ruine d’IIamilton ne fussent venues ranimer les espérances et le courage des indépendants. Il y eut cependant une sorte de transaction entre les deux partis; il fut décidé que quinze commissaires se rendraient à New-
port, dansl’lle de Wight, pour y traiter ''personnellement avec Charles. Les commissaires élus furent les comtes de Northumberland, de Pembroke, de Salisbury, de Middiesex et lord Saye, membres de la chambre haute; lord Wenman, sir Henri Vane, jeune, Grimstone, Hollis, Pierpoint, Browne, Crew, Potts, Glynne et Ruckley, membres de la chambre des communes. Ces commissaires se rendirent aussitôt à Newport et, les premiers jours, Charles fut traité avec beaucoup de déférence de leur part. On lui permit d’avoir une suite nombreuse et de garder à son service les serviteurs qu’il voudrait choisir; leduc deRichemond , le marquis d’Herford , les comtes de Southampton , Lindsay et ' d’autres personnes de marque formaient sa cour; ses chapelains et des hommes de loi l’assistaient de leurs conseils.
Mais, en ce moment, le parti républicain travaillait de toutes ses forces à perdre le roi. Dès que la nouvelle se répandit qu’un traité allait.étre conclu, des pétitions furentsignéesdans toutes les parties du royaume, pour demander la mise en jugement du roi.
La première de ces pétitions fut présentée au parlement le 1 1 septembre ; elle portait ce titre ; » Humble pétition de pl usieu rs mi I tiers d’hommes bien i ntentionnés demeurant dans les cités de Londres et de Westminster , dans le bourg de South wark et les villages environnants. » Le fond de ces pétitions était le même. Les pétitionnaires demandaient que justice fût faite; que les principaux auteurs du sang répandu, et notamment ceux qui avaient été les moteurs de la seconde guerre civile et qui étaient maintenant entre les mains du parlement (c’étaient Hamilton, Holland, Goring et d’autres), fu.ssent poursuivis; que le roi luimême, le grand coupable, fût mis en jugement. Les cités de Newcastle, d’York et dellull, qui avaientbeaucoup souffert, demandaientqu’on fitunejustice impartiale et prompte. Les comtés d’Oxford , de Somerset etdel.eicester, pétitionnèrent au même effet. Le
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( octobre, la pétition 3e plusieurs commandants de l’armée fut présentée au parlement. Le 10, trois autres pétitions furent présentées dans la même séance. Le 18, le régiment d’Ireton éemnnda que justice fut faite à l’égard riu roi, comme à l’égard d’un simple citoyen.Le2l,lerégiinentd’Ingoldsby proclama traître le roi et déclara que les négociations qui se poursuivaient à Newport cachaient une perfidie.
Les articles proposés au roi étaient en substance les mêmes que ceux qui lui avaient été présentés à Hamptoneourt , et ressemblaient à beaucoup d’égards à ceux qui avaient donné lieu à de si longues discussions à Uxbridge.
Mais Charles tenait encore fortement à l’épiscopat; il dit que la vente des terres des évêques était un sacrilège, et insista pour que l’épiscopat ne fût point aboli , mais seulement suspendu ; pour que les terres des évêques ne fussent point vendues, et que la vie, la liberté et lesbiens des partisans de sa cause fussent garantis, pour qu’il ne fût pas obligé ainsi qu’eux-mêmes, à accepter le covenant, si sa consciense ou la leur n’était pas suffisamment éclairée. Les commissaires presbytériens , qui voyaient leur propre ruine dans celle du roi , cherchèrent vainement à faire revenir le roi de sa décision. Il resta inébranlable.
Sur d’autres points, il se montra plus traitable; ainsi il consentit aux propositions des commissaires relativement au commandement de l’armée ; toutefois son adhésion n’était donnée qu’avecune restriction mentale. « Pour parler librement avec vous, écrivait-il a ce sujet à sir William Hopkins, je vous dirai que la grande concession que j’ai faite aujourd’hui n'a d’autre but que celui debien cacher mon plan de fuite; autrement, je ne l’aurais pas faite.»
Charles consentit aussi à cesser toutes ses relations avec les papistes irlandais : autre promesse qui n’était faite que pour gagner du temps; car il venait d’écrire à Ormond, pour lui dire de suivre les ordres de la reine , et de n’obéir aux siens que lorsqu’il ne serait plus au pouvoir du parlement.
Dans une autre lettre, à la date du 10 octobre , le roi parlait à Ormond du traité dans les termes suivants :
« Quoique vous appreniez que le traité est sur le point de se conclure, n’y croyez point. Agissez toujours et poursuivez les mesures que vous aurez prises, avec toute la vigueur possible. » Le parlement anglais n’eut point connaissance de ces deux lettres ; mais une lettre écrite par Ormond tomba dans ses mains : il apprit qu’Ormond avait quitté la France pour revenir en Irlande, et qu’il avait ordre de traiter avec les insurgés. Les commissaires demandèrent aussitôt au roi de signer un acte public dans lequel il déclarerait qu’il n’avait point donné de pareils ordres à Ormond et qu’il désapprouvait tous ses actes.
Charles écrivit cette lettre; mais le marquis était prévenu , et il poussa ses préparatifs avec une nouvelle vigueur.
Les presbytériens qui étaient dans le parlement voyant que leur salut dépendait de l’heureuse issue des négociations, ajoutèrent vingt jours aux quarante qui avaient été fixés dans l’origine pour la durée du traité. Dans l’intervalle, les officiers de l'armée, alors réunis dans la ville de Saint- Alban, adressèrent à la chambre des communes une pétition ou plutôt une remontrance , qui fut présentée à la chambre par une députation prise dans leur sein. Les officiers manifestaient les craintes les plus vives au sujet du traité et de la proposition d’arrangement. Ils disaient que le roi devait être mis en jugement pour les maux qu’il avait faits au pays; que la monarchie anglaise devait ê’tre désormais élective; et demandaient qu’un terme fût fixé pour la durée du présent parlement; que les parlements futurs fussent annuels ou biennaux , et que les droits électoraux fussent établis sur une base plus juste et plus largo. Lorsque la lecture de cette remontrance eut été faite, quelques membres s’élevèrent contre ce qu’ils appelaient l’insolence des officiers. D’autres cherchèrent à l’excu-
ser, mais le plus grand nombre garda le silence.
La patience des républicains était à bout : aussi résolurent-ils de tenter un grand coup. Cromwell ayant appris qu’Mammond avait l’intention de remettre le roi au parlement , le ût rappeler au quartier général de l’armée, et mit le colonel Ewer à sa place.
Zélé républicain , Ewer se hâta de se rendre dans l’ile de Wight, et aussitôt il envoya un escadron de cavalerieet le lieutenant-colonel Cobbet pours’emparer de la personne d u roi . Cobbet s’étant présenté devant le roi , lui dit qu’il avait l’ordre de le conduire hors de Newport; Charles, vivement ému, lui demanda à voir ses ordres et à connaître le lieu où il allait être conduit. Cobbet lui fit une réponse évasive.
Alors les nobles, les évêques, les officiers qui entouraient le roi cherchèrent à le consoler, car Charles paraissait profondément abattu. 11 partit aussitôt et fut conduit dans la prison de Hurst-Castle , qui est située sur un petit promontoire en face de l’île de Wight. La solitude et la misère du lieu frappèrent au cœur le malheureux roi , et , en promenant ses regards sur les murailles nues de la forteresse, il crut que les indépendants méditaient des projets d'assassinat contre lui.
Cependant, le jour môme où Ewer avait enlevé le roi , la majorité presbytérienne de la chambre des communes déclarait inconvenante une lettre que lui avait envoyée Fairfax dans laquelle le général demandait de l’argent, et menaçait d’en prendre partout où il pourrait en trouver si on lui en refusait. Le même jour, le conseil de l’armée présenta une déclaration à la chambre, dans laquelle, après avoirjustilié sa dernière remontrance, il se plaignait du retard que la chambre mettait à prendre en considération ses griefs; « Nous ne pouvons nous empêcher de voir, disaient les officiers, dans la manière dont la majorité du parlement a traité les grandes affaires du royaume, une coupable négligence et une apostasie complète des intérêts qui
ont été remis en ses mains. Or, comme ce parlement est le seul juge de ses propres actes, et de la mauvaise gestion qu'il a donnée aux affaires, nous croyons nécessaire de faire un appel du parlement, tel qu’il est constitué en ce moment , au jugement de Dieu et de la nation. » Les pétitionnaires terminaient en informant la chambre qu’ils allaient marcher sur Londres avec l’armée , et qu’ils s’en remettaient à la Providence pour tout ce qui pourrait arriver.
g. 19 L’armée marche sur Londres. — Effroi des presbytériens. — Purge de Prlde. — Charles est conduit à Londres. — Ses espérances. — Son procès. — Sa mort.
La majorité presbytérienne voulut tomber avec quelque dignité; et, malgré l’approche de l’armee , elle ordonna la lecture du rapport des commissaires daus lequel Paient détaillées toutes les concessions que le roi avait faites à Newport. Elle vota ensuité des remerciments à Hollis , à Pierpoint, à lord Wenman et à trois autres commissaires. Avant de lever la séance , la chambre ordonna qu’on écrirait une lettre à Fairfax , pour lui enjoindre de ne point s’approcher davantage de la capitale avec ses troupes. Le jour suivant, la réponse du roi fut prise en considération; mais, au moment où ledébat était le plus animé, on apprit que Fairfax et son armée étaient arrivés à Londres et que les troupes étaient campées à White-Hall , à Saint- James, à York-House, et dans d’autres lieux. La chambre s’ajourna au 4 décembre. Ce jour-là Cromwell vint au parlement. Le débat relatif au traité fut soutenu avec beaucoup de vigueur par le parti presbytérien , et il y eut des discours remarquables des deux côtés. Sir Henri Vane, jeune, dit qu’on négociait depuis des mois entiers, et que le roi, si on en jugeait par ses réponses, se réservait le pouvoir d’être un aussi grand tyran qu’il l’avait été. Sir Henri Vane demanda que la chambre revînt à son premier vote, qu’elle cessât toute espèce de négociations avec le roi , et qu’elle donnât au royaume une autre forme de gouver-
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nement. • Nous ne devons pas avoir plus de confiance dans le roi, s’écria sir Henri Mildinay, que dans un lion déchainé. >■ Les presbytériens déclarèrent que, si la réponse du roi n’était pas satisfaisante, les conc-essions qu'il faisait aux propositions du parlement suffisaient pour rétablir la paix dans le royaume. La motion mise aux voix fut adoptée à une majorité de cent quarante voix sur cent quatre ; et aussitôt la chambre nomma une commission chargée de s’entendre avec Fairfax et les officiers de son armée pour rétablir la bonne harmonie.
Mais ce retour était trop tardif.
L’arméeavait juré de briser sesadversaires et de purger, comme elle le disait, le parlement. Le matin du 6, le régiment de cavalerie du colonel Rich et le régiment d’infanterie du colonel Pride environnèrent la chambre et renvoyèrent la garde municipale qui était de service. Le colonel Pride plaça un c.ertaia nombre de ses hommes dans la cour des requêtes, sur les escaliers etdanslevestibuledela chambre;et, la main armée d'une liste des membres qu’il devait arrêter, ayant à ses côtés l’un des gardiens qui lui indiquait les membres, il fit mam bassesur leurs personnes à mesure qu’il les voyait entrer. Cette opération reçut le nom de « purge de Pride. » Quarante et un chefs du parti presbytérien furent ainsi arrêtés. Le lendemain, Pride continua les arrestations. Les membres presbytériens qui lui échappèrent, quittèrent Londresou se cachèrent dans la ville.
Ces arrestations réduisirent le personnel des communes à une cinquantaine de membres qui tous appartenaient au parti indépendant. Ce parlement fut plus tard appelé le parlement tTo«/)ion.Quelquesjoursaprès son installation, Cromwell serendità la chambre, qui lui vota des félicitations pour les grands services qu’il avait rendus au royaume. Le dimanche suivant, Hugh Peters, ministre indépendant et grand partisan du républicanisme , fit un sermon dansl'église de Sainte-Marguerite ,à Westminster sur ce texte significatif : « Cfiargez votre roi et vos nobles de
chaînes; » et, dans le cours deson sermon, il appela Charles grand < Barrabas, • tyran, meurtrier ettraître. Vingt membres de la chambre des communes, quatre comtes et le prince palatin , neveu du roi, assistaient à l’audition de ce discours.
Un nouveau système de gouvernement, dont le plan est généralement attribué à Ireton, fut présenté à Fairfax et au conseil de l’armée. Ce document était à peu près identique avec la dernière remontrance de l’armée; mais il entrait dans plus de détails relativement aux élections : il y était ditque le présent parlement serait entièrement dissous au mois d’avril de l’année suivante, et qu’un nouveau parlement serait choisi d’après le nouveau règlement; que les officiers seraient déclarés incapables d’élire ou d’être élus; que le pays serait représenté d’une manière plus égale et que la chambre des communes se composerait on tout de trois cents membres.
Les communes annulèrent ensuite le vote qui ordonnait la réadmission des onze membres presbytériens dans la chambre et déclarèrent que la chambre, en scindant, de concert avec les lords, le premier vole qu’elle avait rendu pour faire cesser toutes les négociations avec le roi, avait agi d’une manière fûcheuse pour le parlement et porté une grave atteinte aux intérêts du royaume; que le traité de nie de Wight était une monstrueuse erreur.
Le drame touchait à sa dernière péripétie. Le lOdécembre, un corps de cavalerie commandé par le colonel Harrison partit pour Hurst-Castle , dans le but d’en retirer le roi et de le conduire à Windsor. Harrison arriva avec son escorte à la tombée de la nuit au château d’IIurst-Castle. Charles conçut de l’effroi en voyant cette troupe de cavaliers. Il fit venir Herbert auprès deson lit. Celui-ci lui ayant appris que c’était le colonel Harrison qui venait le chercher, Charles crut sa dernière heure venue: il dit à Herbert dese retirer et se mit aussitôt en prière. Au bout d’une heure, il rappela Herbert
et lui dit qu'Harrison était l’homme u’on lui avait désigné comme celui qui tait chargé de l’assassiner. » Je place, s’écria-t-il , ma conüance en Dieu qui est mon soutien ; mais je ne voudrais pas mourir assassiné, et ce lieu est bien propre à l’exécution d’un pareil crime. « Il versait des larmes. Herbert le consola et lui dit que Harrison avait seulement l’ordre de le conduire à Windsor.
Le lendemain , Charles, après avoir dit un dernier adieu au château de Hurst, partit avec une petite escorte et arriva à Farnhani. Là, une troupe de cavalerie était rangée en bataille; à la tête était un ofliciér de bonne mine et bien monté. Il lit un salut militaire au roi quand il passa, le roi le lui rendit. C’étai t Harrison. Charles, qui se croyait grand physionomiste, déclara que l’of* licier n’avait nullement l’aird’un meurtrier. Le soir, quand on s’arrêta, le roi prit Harrison par le bras, et le conduisit dans l’embrasure d’une fenêtre pour lui faire part des préventions qu’il avait eues contre lui. Harrison répondit qu’on l’avait calomnié; il déclara qu'il avait dit, et qu’il était prêt à le répéter, que la loi devait être égale pour les grands et les petits, ue la Justice ne devait point avoir eux poids et deux mesures. A près un court voyage, le roi arriva à Windsor.
Le même jour, la chambre des communes nomma une commission composée de trente-huit membres pour dresser un acte d’accusation contre le roi et ceux qut avaient servi dans les derniers moments de la lutte. Quelques jours après , la commission présentait l’acte d’accusation à la chambre, qui l’envoya aussitôt à la chambre des lords; mais celle-ci le rejeta à l’unanimité. Alors les communes , après avoir fermé la porte de leur chambre, adoptèrent la résolution suivante :
<i Nous, les communes d’Angleterre , réunies en parlement, déclarons que le peuple est après Dieu l’origine de toute puissance; que, ayant été élus pour représenter le peuple, nous avons le suprême pouvoir, que tous les actes et déclarations rendus par nous ont forcé
de lois, et que tout le peuple de cette nation doit obéir aux lois rendues par nous , alors même que le roi ou les lords n’y donneraient pas leur adhésion. »
(1649) Malgré cette déclaration qui indiquait une résolution bien arrêtée, le roi se berçait d’espérances chimériques On lit dans le journal du comte de Leicester, à la date du 2 janvier :
« Le roi semble aussi gai qu’à l’ordinaire; il dit qu’il n’a aucunes craintes. Quand on lui parle de la grande affaire qui occupe la chambre des communes, il répond que c’est une plaisanterie; qu’il a encore trois parties à jouer, dont la dernière doit lui faire regagner toutes celles qu’il a perdues. » Dans un autre passage, on voit le roi donner des ordres à ses domestiques pour conserver de la graine d’une espèce particulièrede melons espagnols qu’il veut faire semer à AVimbeldon. « Le roi , dit le comte de Leicester, a la plus grande confiance dans lord Ormond ; il espère tout de ce côté. »
Le 6 janvier, l’acte qui ordonnait la mise en jugement du roi fut adopté par les communes ; cette chambre constitua ensuite une cour de justice, chargée de juger le roi. Cette cour, qui reçut le nom de haute cour dejustice, se compo.sait de cent trentecinq membres; vingt membres suffisaient pour en établir la compétence.
Parmi ces membres , il y avait trois généraux et trente-quatre colonels de rarmée, et dans le nombre de ceux-ci Fairfax, Cromwell, Ireton, Waller, Skippon, Harrison, Whalley, Pride, Ewer, Tomlinson; plusieurs membres de la chambre des lords ; la plupart des membres de la chambre du Croupion; Wilson, Fowkes, Pennington et Andrews, aldermen de la Cité; Bradshaw , Thorpe et Nicolas , hommes de loi ; vingt-deux chevaliers et baronnets; plusieurs citoyens de Londres , et quelques habitants de la province. La première réunion eut lieu le 8 janvier; il s’y trouvait cinquante-trois membres , et dans le nombre était Fairfax ; mais il ne siégea que cette fois. Les commissai-'
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res décidèrent qu’un héraut d’armes inviterait le peuple à venir déposer contre le roi. Le lendemain, un héraut d’armes se rendit , en conséquence , à Westminster, accompagné de trompettes et de tambours. Les trompettes sonnèrent au milieu de la grande salle de Westminster; les tambours battirent aux champs , et aussitôt le héraut d’armes lut d’une voix solennelle une proclamation qui annonçait que les commissaires nommés pour juger le roi se réuniraient le lendemain , et 'qu’ils entendraient les dépositions de tous ceux qui auraient à en faire. La proclamation fut lue ensuite à l’ancienne bourse et dans Cheapside. Le même jour , les communes décidèrent que le grand sceau serait brisé et remplacé par un nouveau sceau qui porterait d’un coté cette inscription : « Grand sceau d’Angleterre ; » et de l’autre côté : « Première année de la liberté, par la grâce de Dieu, 1648. » Les commissaires choisirent pour leur président le sergent Bradshaw; Coke , le docteur Dorislaus et Aske furent chargés de soutenir l’accusation.
Le 21 janvier, commença ce procès mémorable. La vieille cour de la chancellerie et du banc du roi , à l’extrémité supérieure de Westminster- Hall , avait été choisie pour le lieu des séances. La salle était traversée par de fortes barrières ; quand les portes en furent ouvertes , la foule s’y précipita d’une manière tumultueuse , uoiqu’à l’intérieur et à l’extérieur es soldats sous les armes veillassent au maintien de l’ordre. Le roi arriva dans une chaise à porteurs , et s’assit sur un fauteuil couvert de velours qui avait été préparé pour lui. Il jeta des regards sévères sur la cour et sur le public des galeries, et s'assit , sans ôter son chapeau. Les juges, à son exemple, ne sedécouvrirent point :
soixante commissaires répondirent à Tappel nominal. Alors le président Bradshaw s’adressant au roi lui dit :
« Charles Stuart, roi d’Angleterre, les communes d’Angleterre, profondémentaffligées des maux qui ont assailli
cette nation, ont résolu de faire une enquête sur le sang répandu ; et pénétrées de leurs devoirs envers Injustice humaine, envers Dieu, le royaume et elles-mêmes, elles ont décide que vons seriez mis en jugement. C’est pour cet objet qu’elles ont constitué cette haute cour de justice devant laquelle vous comparaissez. » Coke, qui était chargé de soutenir l’accusation, se leva aussitôt; mais , avant qu’il pût parler, Charles lui toucha deux ou trois fois l’épaule avec sa canne en lui disant de se taire. Ce mouvement , fait avec une certaine brusquerie , lit tomber la pomme d’or de la canne.
Bradshaw ordonna à Coke de parler.
<t Messieurs, s’écria Coke, je viens accuser Charles Stuart , roi d’Angleterre, au nom de toutes les communes d’Angleterre, de trahison et de divers autres crimes, et je demande que lecture soit faite des charges portées contre lui. « Coke remit l’acte d’accusation au greflier. Celui-ci se préparait à le lire , lorsque Charles lui cria de se taire. Le président intervint de nouveau nour imposer silence au roi. L’acte a’accusation portait que Charles avait allumé la guerre civile dans le royaume; qu’il avait causé la mort d’uii grand nombre d’Anglais; qu’il avait semé la discorde dans le pays ; qu’il avait encouragé les étrangers à envahir l’Angleterre; qu’il avait dilapidé le trésor public; qu’il avait ruiné le commerce; porte la désolation dans la plupart des provinces ; entretenu des relations criminelles avec le marquis d'Ormond et les papistes irlandais. L’acte d’accusation se terminait par ces mots :
« Charles Stuartest un tyran, un traître. « Un rire sardonique vint effleurer les lèvres de Charles , lorsqu’il entendit ces derniers mots ; et Bradshaw , le lord président , lui ayant donné la parole , il se leva et dit avec beaucoup dedignité: « Il n’yapaslongtemps que j’étais dans l’île de Wight.
Vous dire comment je suis venu ici , ce serait vous ennuyer par des détails que la gravité des circonstances m’oblige de supprimer. Cependant, il
est certain que, lorsque j’étais dans l’île de Wight , il y a eu un commenceinentde négociations entre moi et les deux chambres du parlement, et que j’ai apporté dans ces négociations autant de bonne foi qu'il est possible d’en attendre de l’iîomme le plus honnête du monde. J’ai traité avec des lords et des gentilshommes honorables, et ma conduite, dans cette circonstance, est irréprochable comme la leur. Nous étions à la veille de conclure le traité. Je vous demande maintenant en vertu de quel droit (je dis de quel droit légitime ; car il y a , dans le monde, d’autres droits : il y a ceux des voleurs de grandes routes, et des brigands) ; je vous demande en vertu de quel droit j’ai été conduit de ville en ville, et traduit devant vous. Souvenez-vous que je suis votre roi légitime. Quand vous m’aurez dit de quel droit je comparais ici, quand cette question sera résolue , je m’expliquerai avec plus de détails. » Bradshaw dit au roi qu’il était traduit devant la cour en vertu de l’autorité du peuple d’Angleterre, dont il était le roi par élection. « L’Angleterre, s’écria Charles avec vivacité, n’est point un royaume électif. C’est un royaume héréditaire, et il a été tel depuis plus de près de mille ans. Je soutiens donc ici les libertés de mon peuple plus qu’aucun autre et qu’aucun de mes juges prétendus. — On sait, reprit firadshaw, ce que vous avez fait de la contiance qui avait été placée en vous. Si vous ne reconnaissez point l’autorité de la cour, elle passera outre. — Voici un gentilhomme , s’écria Charles en désignant le colonel Cobbet, que je vous engage à consulter; demandez-lui s’il ne m’a pas arraché de l’ile de Wight de vive force. Je ne viens point ici librement. Vous ne formez point un parlement; car, pour constituer un uarlement , il faut une chambre , des lords et un roi. — Si l’autorité que nous avons reçue de Dieu et du peuple, s’écria Bradsliaw, ne vous satisfait point, nous en sommes satisfaits nous-mêmes. La cour attend votre réponse; son intention estdes’sjjourner
à lundi prochain. » Le lord président ayant ordonné aussitôt aux gardes d'éloigner le prisonnier, Charles regarda la cour en face, et montrant l’épée de l'État, qui était sur la table, il oit ; I Je ne crains point cette épée. » Il suivit aussitôt les gardes, qui le conduisirent à Saint-James.
Le lundi (33 janvier), Charles fut ramené à Westminster-Hall. Aussitôt qu’il parut à la barre. Coke se leva et prit la parole en ces termes : « A la dernière séance de la cour, j’ai accusé de haute trahison le prisonnier, au nom du peuple d’Angleterre.
Au lieu de répondre , il n’a pas voulu reconnaître l’autorité de cette cour.
Je viens demander, dans l’intérêt du royaume, que le prisonnier soit tenu de donner une réponse positive aux charges portées contre lui ; que , s’il s’y refuse, ce refus soit considéré pro confesso, pour un aveu, et que la cour p.isse outre. » Le lord président dit alors à Charles « que la cour avait pris en considération la question qu’il avait soulevée ; et que , satisfaite de sa propre autorité , elle attendait maintenant qu’il donnât une réponse aux charges portées contre lui. » Charles persistant à décliner la compétence de la cour, fut renvoyé de la barre , et la cour s’ajourna au lendemain.
Le mardi , la cour s’étant réunie à Westminster-Hall , et le roi ayant été conduit à la barre. Coke demanda jugement. « Milord président, s’écriat-il, voici la troisième fois que le prisonnier a été traduit à votre barre.
J’ai porté contre lui une accusation terrible ; car je l’ai accusé de la plus haute trahison qui ait été commise en Angleterre, et l’accusé ne veut point reconnaître l’autorité de cette cour. En conséquence, je viens demander avec instances à vos seigneuries de se conformer à la loi du royaume qui veut que, lorsqu’un prisonnier est contumace , le crime dont il est accusé soit considéré comme ayant été réellement commis.
La chambre des communes , qui est l’autorité suprême du royaume, a dé-
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claré qu’il est de notoriété publique que l’accusation est réelle; et, en effet, cette accusation est évidente. Cependant, si la cour n’est pas encore suffisamment éclairée, je suis prêt à produire des témoins.
Bradshaw, s’adressant alors à l’accusé lui demanda s’il persistait dans son refus. Après unecourte pause, Charles lui répondit : « Hier, j’ai demandé à parler dans l’intérêt des libertés du peuple d’A ngleterre; mais l’on m’a interrompu. Je demande à savoir si je peux parler librement ou non. » Bradshaw lui dit que s’il voulait se défendre, il pourrait le faire. « L’accusation, s’écria Charles, est nulle à mes yeux; je ne saurais reconnaître une cour dont je n’ai entend U parler que depuis que je suis traduit devant elle. Je suis votre roi , et en cette qualité je suis tenu de rendre la justice et de maintenir les anciennes lois du royaume. Je ne puis donc répondre aux charges portées contre moi. 1* Le lord président l’interrompit pour dire au greffier de faire son devoir ; et celui-ci prononça à haute voix ces paroles : « Charles Stuart, roi d’Angleterre, vous êtes accusé par les communes d’Angleterre des divers crimes et trahisons dont il vous a été donné lecture ; la cour vous requiert maintenant de lui donner une réponse catégorique et finale pour savoir si vous acceptez pour vraies les charges portées contre vous. » Charles répondit qu’il n’avait point fait un mauvais usage de la confiance de la nation, et ajouta qu’il ne pouvait reconnaître la compétence delà cour, parce qu’il porterait atteinte aux lois fondamentales du roj'aume. Alors Bradshaw lui dit : « Monsieur, voilà la troisième fois que vous désavouez publiquement l’autorité de cette cour et que vous lui faites insulte. On sait le soin que vous avez pris des libertés du peuple. Vos actes-parlent ici pour vos intentions : ils sont écrits en caractères de sang dans toutes les parties du royaume; mais vous comprenez la volonté de la cour. Greffier, écrivez que l’accusé fait défaut; » puis, s’adressant aux gardes, il donna l’ordre d’éloigner le roi. Charles parut vivement
agité. «1 Je n’ai qu’un mot à dire , s’écria-t-il ; c’est que si l’affaire m’était personnelle, je ne donnerais point l’exemple de cette résistance. »
On apprit en ce moment que le parlement écossais protestait contre les mesures adoptées à l’égard de Charles, et qu’il faisait des dispositions pour délivrer le roi. Mais l’attitude menaçante de l’Ecosse n’arrêta point le cours du procès. Le 25 janvier, la cour s’occupa d'entendre les dépositions des témoins; car, bien que le roi refusât de se défendre, elle voulait que la procédure fût suivie comme dans les procès ordinaires. Le sixième jour, la cour décida que la peine de mort serait appliquée au roi; etireton, Ilarrison, Harry Marten , Saye, Lisie et Love préparèrent la sentence.
Le 27 janvier, la haute cour de justice se réunit pour la dernière, fois à Westminster-llall. Bradshaw , le lord président, quijusqu’àcejour avaitparu dans la cour vêtu de noir, portait une robe écarlate , et la plupart des commissaires avaient apporté dans leur costume une recherche inaccoutumée.
Après l’appel nominal, le roi fut introduit; il avait comme à l’ordinaire le chapeau sur la tête. Sur son passage les cris de « J ustice ! j ustice... Exécution.. . exécution ! » s’étaient fait entendre.
Un des soldats de la garde , touché de ses malheurs, ne put retenir quelques paroles de commisération en le voyant passer : « Que Dieu vous bénisse. Sire!
Charles remercia le soldat et ayant vu qu’il venaitd'être frappé par un officier,
« Il me semble, s’écria-t-il, que la punition est beaucoup au-dessus de l'offense. « La robe écarlate de Bradshaw et l’aspect solennel de la cour firent une vive impression sur l’esprit du roi. Il compritqu’il paraissait pour ladernière fois sur ce théâtre, et aussitôt qu’il eut pris sa place, il demanda avec instance à hre entendu. Bradshaw lui ditqu’il fallaitd’abord qu'il entendit la cour. Mais Charles devint plus pressant; il dit à plusieurs reprises que les jugements précipités causaient de grands praudices sur lesquels il était difficile dfe revenir. Bradshaw lui répondit qu’il
serait entendu avant le prononcé du jugement, et lui fit remarquer qu’il avait refusé de répondre à l’accusation portée contre lui au nom du peuple d’Angleterre. Ici une voix defemmequi partait de la galerie interrompit le président pour protester contre la généralitégu’ildonnaitàl’accusation. Cette voix, etaitdit-on, celledeladyFairfax, qui était (Jévouée aux principes presbytériens. « Non ! non ! s’écria-t-elle , ne dites point au nom du peuple d’Angleterre ; dites au nom d’une faction, d’un parti. » Sa voix ne trouva pas d’écho.
Le président, s’adressant alors à l’accusé, lui dit que s’il avait quelques observations à présenter à la cour, elle était prête à l’entendre. Alors Charles parla ainsi : « Il y a longtemps que j’ai tout perdu, mais ce qui m’est plus cher que la vie, c’est ma conscience et l’honneur. Je vous dirai donc que si j’eusse tenu moins à la paix du royaume et à la liberté des sujets anglais, et davantage à la vie , je me serais assurément défendu et j’aurais repoussé les charges dirigées contre moi ; car par ce moyen j’auraisretardél’exécution de la sentence terrible qui va être rendue. Or, dans laconvictionoùjesuis qu’une sentence précipitée est une faute , qu’il est plus facile de s’en repentir que de la rapporter, et dans le désir que j’ai d’établir la paix dans ce royaume et de conserver les libertés nationales, je viens vous demander à être entendu par les lords et les communes avant le prononcé de l’arrêt. » Bradshaw répondit que cette demande était une nouvelle négation de la juridiction de la cour. Mais il fut interrompu par un des commissaires, nomïné John Downes, citoyen de Londres, qui s’écria : « Avons-nous donc des coeurs de
f lierre? sommes-nous des hommes, miord président? Je ne saurais donner mon adhésion à cette sentence. J’ai des raisonsqui m’en empêchent ; et je désire quela cour s’ajourne pour m’entendre. »
La cour se retira en désordre. Mais , après une absence d’une demi-heure, elle rentra en séance, et cette fois elle était unanime pour envoyer le roi à Téchafaud. Le sergent d’armes ayant ra-
mené le roi à la barre , Bradshaw lui dit que la loi était au-dessus de la royauté et qu’il aurait dd gouverner en se conformant à la loi; qu’il y avait encore un pouvoir au-dessus de la loi ; que ce pouvoir était le peuple d’Angleterre , le père et l’auteur de la loi ; à l’égard des parlements, que les parlements se réunissaient autrefois deux fois par an ; que plus tard, en vertu de plusieurs statuts rendus sous le règne, de son prédécesseur, Édouard III, les parlements ne s’étaient plus réunis qu’une fois l’an; mais que sous son règne il y avait eu des intermittences désastreuses. « On sait, s’écria Bradshaw, quelles ont été les tristes conséquences de CCS interruptions et ce que vous avez fait d’arbitraire et d’injuste en leurabsence. Ce n’est pas tout! lorsque, par la grâce de Dieu, vous fdtes obligé de convoquer un parlement, on vous vit méditer des projets sinistres contre le royaume d’Écosse. Le parlement d’Angleterre n’ayant point répondu à vos vues, vous vous décidâtes à le dissoudre. C’est à une autre grande nécessité que le parlement actuel a dd son existence! Mais il n’est aucune machination c^ui n’ait été ourdie par vous ; aucun effort qui n’ait été tenté pour le détruire. Par votre conduite vous avez violé toutes les lois , car le parlement d’Angleterre est le grand boulevard des libertés de la nation . Si vous aviez réussi dans vos coupables desseins, vous auriez tranche d’un seul coup la tête de l'Angleterre ; mais Dieu a voulu confondre vos projets audacieux et vous briser, pour que vous eussiez à répondre de vos actes à la justice. » Bradshaw nomma ensuite au roi les contrées dans lesquelles de mauvais rois avaient été condamnés à mort pour avoir violé les lois. « Mais je n’ai pas besoin , s’écria-t-il , d’aller prendre desexemples dans les contrées étrangères. Tournez vos regards du côté de la Tweed; voyez l’Écosse, votre royaume natal ! Si nous nous en rapportons à ce que disent vos annales, vous seriez le cent neuvième roi d’Écosse. Combien de ces rois ont été bannis ! combien d’autres ont été jetés en prison! com-
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bien ont été mis ù mort! Cette énumération serait trop longue à faire; mais je dirai, sans crainte d’étre démenti, qu’il n’y a point de royaume sur la terre où il y ait eu autant d’exemples de roi punis pour leurs transgressions aux loisnationales. Sans remonter bien haut, voyez votre grand’mère : le peuple écossais lui ôte la couronne pour la donner à votre père alors qu’il est encoreenfant. L’Angleterrenous fournit également plusieurs exemples semblables. Édouard II, Richard II, sont tous deux déposés par le parlement; leur conduite cependant estloind'être aussi criminelle que la vôtre. » Bradshawdit ensuite qu'il y avait un contrat entre le roi et le peuple; que le contrat était réciproque, que le souverain était lié par le serment qu’il faisait à son couronnement comme l’était le sujet par son serment d'allégeance; que si l’an brisait son serment, l’autre n’était pas tenu de tenir le sien.,« L’accusation, continua Bradsiiaw , vous appelle tyran, meurtrier, traître (à ces mots le roi tressaillit , et laissa échapper une exclamation de douleur); et il serait sans doute heureux pour vous et pour nous-mêmes que nous eussions pu modifier ces expressions ; mais Dieu nous est témoin que, dans tous nos actes, nous avons procédé avec la plus scrupuleuse impartialité » Bradshaw termina en engageant le roi à prendre David pour modèle, et àse repentir comme l’avait fait le monarque des saintesÉcritures. « Je voudrais dire un mot avant le prononcé de la sentence, s’écria Charles ; un seul mot. — Je ne puisyconsentir,lui répondit Bradshaw. — Un seul mot, ou du moins quelques mots, »
répéta le malheureux Charles. L’inücxilale président fut sourd ù ces instances et, d’une voix sonore, il ordonna au greflier de lire la sentence.
Lecture en fut faite. Elle constatait le refus du roi de reconnaître la juridiction de lacour. « Les commissaires, disait la sentence, après avoir entendu les témoins, ont reconnu que ledit Charles Stuart est coupable d’avoirfait la guerre contre le parlement et contre son peuple; d’avoir, dans le cours de son
administration, commis des meurtres, des rapines, des incendies, des spoliations et d’autres crimes. >■ La sentence se terminait par cesmots : « Pouravoir commis ces trahisons et crimes, la cour déclare que ledit Charles Stuart est un tyran , un traître , un meurtrier, un ennemi public de la nation, et le condamne à avoir la tête tranchée. » Charles leva les yeux au ciel et dit : « Voulez-vous me laisser dire un mot, monsieur!* — Vous ne pouvez parler après la sentence, répondit Bradshaw. — Un seul mot! s’écria Charles d’une voix suppliante.— Non, monsieur, lui répondit le président; gardes, emmenez votre prisonnier. • Charles ût encore un effort pour être entendu. « Je puis parler après la sentence avec votre permission, s’écria-t-il. — Taisez-vous , lui cria Bradshaw d’une voix retentissante. — La sentence, monsieur, dit
Charles, la sentence » Mais cesmots
« Taisez-vous» interrompirent de nouveau Charles. On l’entendit alors murmurer ces paroles : « On ne me laisse point parler, on me refuse la justice qu’on accorde à tout le monde. » Il se livra à ses gardes.
Les agents et les amis de Charles avaient fait des représentations aux différentes cours de l’Europe. « La cause de Charles, disaient-ils, était la cause de toutesles têtes couronnées, et letriomphed’un peuple sur son légitime souverain ne pouvait manquer d’être d’un fatal exemple! » Mais les souverains de l’Europe étaient préoccupés d’affai res trop i mportantes. La France, paysnatal de lareine,oùelledemeurait avec le princede Galles et leducd’York, était en proie à des dissensions civiles, et la grande monarchie espagnole s’écroulaitsouslegouvernement du faible Philippe IV. Les provinces-uniesde la Hollande firent seules quelques efforts en faveur de Charles ; elles envoyèrent en Angleterre des ambassadeurs qu’elles chargèrent en leur nom d’intercéder auprès du parlement pour sauver le roi ; mais cette intervention fut inutile. Henriette-Marie, qui depuis longtemps avait méconnu ses devoirs d’épouse, adressa de son côté une lettre
touchante au speaker par l'entremise de l’uinbassacleur français. Elledemaudait à la chambre des communes de lui accorder un passe-port pour venir en Angleterre, alin d’employer toute son influeuce sur l’esprit du roi pour le décider à donner pleine satisfaction aux cotnmunes, et dans le cas où elle écliouerait, qu’il lui fdt permis de remplir scs devoirs d’épouse et d’assister Charles dans ses derniers moments. La chambre ne voulut point permettre la lecture de cette lettre , et refusa également de prendre connaissance d’une lettre du prince de Galles, dans laquelle celui-ci se déclarait prêt à souscrire à toutes les conditions qui lui seraient faites, pourvu que les jours de son père fussent épargnés.
I.e soirdujour où la sentencefut prononcée, le roi demanda aux commissaires à s’entretenir avec l’évêque Juxon et à voir la princesse Élisabeth, qui était alors dans sa treizième année, et le duc de Glocester, qui avait neuf ans : c’étaient les seuls enfants que le roi eût en Angleterre. Sa demande lui fut accordée. Le lundi , qui était le 29 , la haute cour de justice tint une séance et ilxa au lendemain le jour de l’exécution. Les enfants du roi vinrent faire leur dernier adieu à leur père. Charles prit la princesse dans ses bras , l’embrassa avec émotion et lui donna deux cachets en diamants. >> Ce fut une scène touchante, nous dit un témoin oculaire de cette entrevue, et qui émut jusqu’aux larmes ceux-là même qui s’étaient montrés les plus acharnés contre Charles. » Le roi passa la nuit dans le palais de Saint-James et dormit d’un profond sommeil pendant quatre heures. S’étànt éveille deux heures avant le jour, il s’habilla avec une recherche qui ne lui était pas ordinaire et prit une double chemise , parce que le froid était piquant. « La mort ne m’effraie point, dit-il, et, grâce à Dieu,j’y SUIS préparé. » Alors il'appela, l’évêque Juxon, qui resta en prière avec lui pendant une heure. Vers dix heures, le colonel Hacker qui avait l’ordre de le conduire à l’échafaud , frappa doucement à la porte de la
chambre pour lui dire que tout était prêt.
I.e fatal cortège se mit en route; après avoir quitté Saint- James , il traversa le parc , et se dirigea sur White-Hall où l’on avait dressé l'échafaud. Plusieurs compagnies d’infanterie (en seignes déployées) étaient rangées en bataille dans le parc : les tambours battaient aux champs. Charles , la tête haute, marchait avec beaucoup de vitesse; il avait à sa droite l’évêque Juxon, et, àsa gauche, le colonelTomlinson; derrière lui était une garde de hallebardiers , et quelques-uns des gentilshommes et des serviteurs de sa maison, qui avaient la tête nue.
OfQciers, soldats et spectateurs de tous les rangs et de tous les âges gardaient un silence morne. En le voyant passer, quelques-uns priaient silencieusement et lui envoyaient leur bénédiction. Charles entra bientôt dans White-Hall , traversa la longue galerie et se retira dans le cabinet qu’il avait occupé dans des jours plus heureux.
Comme l’échafaud n’était point encore prêt, Charles passa le temps qu’il avait encore à vivre à prier avec l’evéque; d’abord il ne voulut point manger, parce qu’il avait communié le matin ; mais , vers midi , il but un verre de vin de Bordeaux et mangea un morceau de pain. En ce moment, le colonel Hacker se présenta à la porte de sa chambre pour lui dire que tout était prêt.
L’échafaud était tendu de noir, ainsi que la plate-forme sur laquelle il s’élevait; des compagnies d’infanterie et de cavalerie étaient rangées de chaque côté, et une foule considérable se pressait à l’entour pour être témoin du spectacle lugubre et solennel qui allait avoir lieu. Une émotion profonde s’empara des assistants à la vue du roi; les soldats eux-mêmes étaient silencieux et abattus. Le roi fixa ses regards sur le billot fatal , et demanda au colonel Hacker s’il n’y avait pas un endroit plus élevé. Alors il adressa un discours aux assistants ;sa voix était forte et ne trahissait point la crainte. Il dit « qu’il croyait de son devoir d’honnête homme, de bon roi
PERIODE DES STUARTS
et de bon chrétien, de déclarer son innocence ; et il prit Dieu ù témoin qu'il n’avait jamais commencé la guerre contre les chambres du parlement; que c’était, au contraire, le parlement qui avait commencé la guerre contre lui, en réclamant le bill de la milice; • il ajoutai que Dieu serait son juge; qu’étant disposé à être charitable envers tous, il ne voulait point faire retomber les malheurs qui étaient arrivés sur les deux chambres personnellement; qu’il espérait qu’elles pourraient se justiûer; qu’il croyait que des gens malintentionnés avaient été la cause piincipale de tout le sang répandu; qu’étant lui-même exempt de torts, il espérait, et il priait Dieu à cet effet, que le parlement pdt l’être comme lui. » Faisant allusion à la mort de Strafford, il dit : « Que Dieu me préserve de me plaindre de mon sort!
L'injuste sentence dont j’ai permis l’exécution à l’égard de Strafford est punie maintenant par une autre sentence injuste. » Indiquant du doigt le docteur Juxon, il ajouta : « Voici un honnête homme qui vous dira que j’ai pardonné à tout le monde, et même à ceux qui ont été la cause principale de ma mort. Qui sont-ils?
Dieu les connaît ! Je ne désire point les connaître, et je prie Dieu de leur pardonner. » Il dit ensuite « que jamais le peuple d'Angleterre n’aurait la paix ; que jamais il ne prospérerait qu’autant que le roi , son fils et successeur, jouirait librement des privilèges et des prérogatives de la royauté , et que le peuple se contenterait des droits que , dans les anciens jours de la monarchie , on lui avait réservés. « Le peuple , s’écria-t-il, ne doit point avoir de part dans le gouvernement;; le gouvernement n’est point de son domaine. » Charles déclara « qu’il mourait dans la foi de l’Église d’Angleterre, telle qu’il l’avait trouvée à la mort de son père. » 11 s’arrêta, et, ayant aperçu un des assistants qui s'approchait d’un peu près du billot , il lui dit : « Ne touchez point à la hache. » Sur l’échafaud se trouvaient deux hommes dont le visage était couvert d’un masque. C’étaient eux
qui étaient chargés d’exécuter la terrible sentence. Charles s’adressa à l’un d’eux : « Je vais faire une courte prière, puis je lèverai les mains; ce sera le signal.» 11 demanda au docteur Juxon son bonnet de nuit, et le mit sur sa tête, et l’un des exécuteurs lui ayant dit que ses cheveux pourraient le gêner, il les arrangea sous son bonnet. Alors, se tournant vers l’évêque , il lui dit :
« J’ai pour moi une bonne cause et un Dieu miséricordieux. — Vous n’avez plus qu’un pas à faire, lui répondit Juxon ; ce pas est difficile, sans doute, mais il est court ; il vous fera faire dans un moment une grande route, car il vous transportera de la terre aux deux. — Je laisse un monde mauvais pour un monde meilleur, s’écria le roi. — Vous échangez une couronne temporelle pour une couronne éternelle. » Le roi ôta son manteau, et posa aussitôt sa tête sur le billot. L’exécuteur laissa tomber la hache et sépara la tête d’un seul coup. Alors l’un des hommes masqués prit la tête par les cheveux , et, la montrant au peuple, il s’écria :
O Voici la tête d’un traître. »