‹ AngleterreChapitre 16 sur 23 · RELIGION · texte numérisé non relu

RELIGION

8 21. Doctrine* des puritains. — ûilfcrencrs <iul existent entre ces doctrines et celles des nresb^rlens écossais. — Les brow- — Leurs doctrines. — Introduction d’une nouvelle liturgie dans l’église écossaise. — Mœurs du clergé. — Ceremonies, elc.

Les principales sectes qui naquirent en Angleterre du renversement de l’Église catholique furent la secte des épiscopaux et la secte des puritains.

Le puritanisme, sorti de Genève où la

théologie de Calvin avait de nombreux partisans, se répandit à la fois en Angleterre et en Ecosse. Mais les princicipus de ce système religieux ne conservèrent point leur pureté originelle en Angleterre, parce que les chefs de la nouvelle secte étaient des disciples de Luther. Les puritains anglais étaient peu nombreux dans l'origine, et leur culte avait beaucoup d’analogie avec le culte établi des épiscopaux. La fameuse pétition millénaire que les puritains présentèrent à Jacques , dans son voyage d’Ecosse à Londres (1603), üt reconnaître leurs opinions ainsi que l’état numérique de leurs forces. La pétition était signée par huit cents ministres ; ce qui ue formait que la dixième partie du clergé du royaume ; vingt-cinq comtés seulement y avaient pris part.

La demande des pétitionnaires ttmchait aux règlements intérieurs de l’Eglise plutôt qu’à la constitution générale du culte. Ils voulaient qu’on supprimât le catéchisme pour les enfants; le baptême par les femmes et la confirmation; qn'on n’insistât point sur l’usage du surplis; que dans les mariages on fût dispensé de la bague ; que le service fût abrégé ; que les chants d’Église et la musique fussent mieux appropriés au service divin ; que le dimanche ne fût point profane; que l’observation des autres jours de fête ne fût point exigée avec rigueur; que les ministres n’eusseiit point à enseigner à leurs paroissiens à s’incliner au nom de Jésus : à l’égard des ministres, que personne ne fût reçu ministre s’il n’était reconnu apte à remplir ces fonctions; que chaque miiiistre fût obligé de prêcher le jour du dimanche, et que ceux qui n’étaient point capables de prêcher fussent renvoyés , ou obligés ue maintenir des prédicateurs à leur place ; que chaque ministre fût tenu dedemeurer danssa paroisse ; que le statut du roi Édouard , qui déclarait légal le mariage des ministres , fût remis en vigueur : en matière de discipline, que l’excommunication et la censure religieuse ne fussent point faites au uom des laïques; que la durée des

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cours ecclésiastiques fût abrégée , et que les dispenses des publications de bans pour les mariages fussent accordées avec moins de libéralité.

Les presbytériens d’Ecosse parlaient de l'abolition entière de l’épiscopat. ils demandaient la suppression du livre des prières ordinaires, et prétendaient assimiler le service! de leur culte à celui de l’Eglise de Genève. Ils avaient des cours ecclésiastiques qui infligeaient des censures aux membres du clergé , des assemblées et des synodes provinciaux, dont les décisions étaient souveraines.

Le presbytérianisme écossais prenait de grandes libertés. Ainsi un prédicateur de cette secte, prêchant un jour devant une nombreuse assemblée , déclara que tous les rois étaient des fils du diable, que la reine d’Angleterre était une athée, que les lords du parlement étaient des mécréants et des hommes corrompus.

L’importance que les catholiques et les épiscopaux attachaient au costume avait d abord été regardée avec dédain par les presbytériens. Mais bientôt ils reconnurent que l’absence de toutes règles à cet égard avait des inconvénients. Il paraît que plusieurs ministres presbytériens, mettant à profit la liberté qu’on leur avait laissée, à cet égard , aimaient à se couvrir de vêtements d’un caractère peu en harmonie avec la sainteté du ministère qu’ils exerçaient. L’affaire fut portée devant rassemblée générale d’Edimbourg, en mars 1575, et une commission , présidée par John Erskine de Oun, fut nommée pour faire à ce sujet un rapport à l'assemblée suivante. L’assemblée se réunit au mois d’août de la même année et adopta cette résolution : « Attendu qu’un costume décent et propre sied bien ù tout le monde , et principalement aux ministres qui exercent des fonctions dans rÉgiise, nous pensons que toute espèce de broderies, que le velours dans les robes , dans les culottes et dans les habits, doivent être proscrits; que les coupes de fantaisie, que les dentelles coûteuses pour

les manchettes, que les doublures de soie , que les chemises aux couleurs tranchantes , que les vêtements rouges , bleus , jaunes et autres , qui indiuent la légèreté de l’esprit , doivent tre également défendus. Nous croyons devoir défendre également les" bagues , les bracelets , les boutons d’or ou d’argent, l’usage des manteaux lorsque le ministre est en fonction ; les culottes de velours , de satin , de taffetas, les ceintures dorées et les couteaux , et les chapeaux de soie de différentes couleurs. Nous pensons que le costume des ministres de l’Eglise doit être, soit noir, ou roux, ou gris , ou brun , et que l’étoffe doit être en camelot , en serge, etc. Nous pensons également que les femmes des ministres doivent porter un costume sévère. » La question suivante fut ensuite posée à l’assemblée : « Un ministre peut-il brasser de l’ale, de la bière ou faire du vin et tenir une taverne ouverte? » L’assemblée tout entière déclara qu’un ministre devait garder le décorum. Il paraît que quelques ministres presbytériens menaient joyeuse vie; car dans une autre assemblée on porte de nombreuses plaintesàce sujet. L’assemblée décida qu'il fallait priver les coupables de leurs fonctions.

Uneconférenceeut lieuà Hamptoncourt au commencement du règne de Jacques. Dans son discours d’o uververture, leroi déclara « qu’il était plus heureux qu’aucun de ses prédécesseurs, aepuis Henri VIII inclusivement , en ce sens que ceux-ci avaient été obligés d’altérer la religion qu’ils avaient trouvée établie, tandis que lui ne voyait aucun motif suffisant de la changer. « Je remercie le ciel, s’écriat-il, de ce qu’il m’a conduit dans une terre promise où la religion est professée dans toute sa pureté. » Il ajouta qu’il avait convoqué l’assemblée, non pour qu’elle introduisît des innovations dans la constitution de l’Église, mais simplement pour qu’elle cherchât à la consolider sur une base plus durable.

Les questions qui furent soumises aux délibérations de l’assemblée étaient

au nombre de trois : l’une était relative au livre des prières et à la régularisation du service divin. Le roi avait quelques scrupules au sujet de la conürmation, de l’absolution et du sacrement de baptême administré en particulier. L’autre question touchait à l’excommunication. Le roi demandaitqu’on substituât à l’excommunication unautre châtiment ecclésiastique qui en fût l’équivalent. La troisième question était relative au choix que voulait faire le roi des ministres qu’il avait l’intention d’envoyer en Irlande.

Depuis la célèbre pétition millénaire, les exigences des puritains anglais s’étaient accrues; ils demandaient maintenant qu’on fît des altérations dans la religion établie; qu’on en rendit l’expression plus claire, et qu’on écartât certaines contradictions manifestes; ils demandaient que plusieurs propositions calvinistes, connues sous le nom des neuf articles de Lambeth, fussent adoptées; qu’on fit un nouveau catéchisme plus long que celui que renfermait le livre des prières ordinaires; qu’il y eût une nouvelle traduction de la Rible; que les livres publiés en faveur du papisme fussent supprimés; que des ministres instruits fussent placés dans chaque paroisse; que le clergé pût avoir des réunions pour y traiter des affaires de l’Église, et que les affaires qui ne pourraient être résolues dans ces assemblées fussent soumises à un synode qui serait présidé par un évêque et où se réunirait tout le clergé de chaque diocèse.

Ces demandes renfermaient une combinaison du presbytérianisme et de l’épiscopat, semblable à celle qui était déjà établie en Écosse. Mais ces innovations déplurent vivement à Jacques. 11 dit n que le presbytérianisme s’accordait avec la monarchie comme Dieu s’accordait avec le diable.

Attendez, s’écria-t-il , en s’adressant au docteur Reynolds , qui venait de présenter à l'assemblée ces diverses propositions , attendez , je vous prie , t’espace de sept ans avant de me faire

de pareilles demandes, et si alors vous me trouvez gras et poussif, si mes poumons sont engorgés, je prêterai peut-être l’oreille à ce que vous demandez , car ce sera le moyen de les dégager. En effet, si une fois j’adoptais de pareilles propositions , je suis sûr que je serais toujours sur les dents ; oui , nous aurions fort affaire, je vous le répète, docteur Reynolds. Attendez donc , je vous prie, pour me faire votre demande queje sois devenu poussif. »

Le résultat de la conférence fut une nouvelle traduction de la Bible ; cette Bible est encore en usage. Le roi choisit cinquante-tjuatre ecclésiastiques dans les deux universités pour faire ce travail. La Bible fut commencée en 1606, et fut envoyée à l’impression en 1611. Jacques ordonna, en outre, par une proclamation royale , de changer deux ou trois expressions du livre des prières ordinaires; mais il avertit ses sujets qu’il était bien décidé à ne point faire d’autres changements; que sa résolution était bien arrêtée à cet égard.

Les persécutions auxquelles Jacques se livra contre les puritains donnèrent bientôt naissance à de nouvelles sectes. Celles-ci , plus hardies que les premiers puritains, dont les doctrines se rapprochaient desdoctrines de l'épiscopat , étaient décidées à braver l’orage ; elles prirent le nom deBrownistes. De cette souche sortirent toutes les différentes sectes du protestantisme en Angleterre, et principalement celles des indépendants et des baptistes.

De grandes divergences existaient entre les opinions des puritains anglais et celles des brownistes. « La plupart des puritains, nous dit Neal, tenaient à l’Église établie, qu’ils regardaient comme étant la véritable Église, sous le rapport de la doctrine et des sacrements, bien qu’ils la regardassent comme défectueuse sous le rapport de la discipline et quoiqu’ils objectassent à ses cérémonies. L’Église établie était pour eux la véritable Église, et ils croyaient qu’ils ne devaient point s’en séparer; mais, en même temps, leur

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conscience leur défendait de s’y asso- pas à ce qu’une certaine forme de priècier entièrement. En conséquence, res soit employée dans nos églises; que ils se soumettaient paisiblement aux nous désirons simplement expliquer suspensions et aux privations de les raisons pour lesquelles nous ne pouleurs bénéfices; et, lorsqu’on les vons accepter toutes les doctrines que chassait d’un diocèse, ils allaient renferme le livre des prières ordinaichercher asile dans un autre. Mais la res. » Cette secte reçut plus tard le crainte de commettre un schisme les nom d’indépendants, mais elle donna, retenait dans le sein de l’Église, et dans la suite, une base plus large à ses ils ne formaient point de communions principes.

séparées. « Les brownistes mainte- Le gouvernement, qui voulait étaiiaient que l’Église d’Angleterre, dans blir l’épiscopat non-seulenient en Ansa constitution actuelle, n’était point gleterre et en Écosse, mais encore dans la véritable Église du Christ, mais un les possessions les plus éloignées de membre de l’Antéchrist, ou plutôt une lacouronne, poursuivait laréalisation simple créature de l’État; ils disaient de ses projets avec une persévérance que les ministres de cette Église n’é- infatigable. Bancroft déploya dans la talent point ordonnés régulièrement, poursuite de cette œuvre un zèle exet que les sacrements n’étaient point traordinaire. Il h’eut point de repos administrés comme ils devaient l’étre. qu’il n’eilt privé les Églises françaises «Admettons, pour un moment, di- de Jersey du presbytérianisme modéré saient-ils, dans leurs grandes contro- dont elles avaient Joui sans être moversesavecles puritains conformistes, lestées pendant tout le règne d’Élisa- (|ue l’Église anglicane soit la véritable beth et qui leur avait été garanti par Église, comme ils le prétendent. Ce Jacqueslui-même,quelquetempsaprès qu’ils ne peuvent nous refuser, c’est son avènement au trône. Bancroft que cette Église est très-corrompue; voulut soumettre de la même manière carilsl’avouenteux-mêmes. Or, mest- les Églises de Guernesey ; mais il pail pas aussi légal de s’en séparer qu’il raît qu’elles parvinrent à conserver a été légal à l’Église d’Angleterre de leur indépendance. Jacques montrait se séparer de celle de Rome.’ » un goût passionné pour les questions

Cette argumentation donna nais- théologiques , et affichait de grandes

sance à de nouveaux schismes. Vers prétentions au savoir dans de pareil-

l’année 1607, quelques ministres rési- les matières. Une assemblée générale

gnèrent leurs charges plutôt que d’ac- s’étant réunie à Saint-André, le 25 no-

cepter dans son intégrité le gouverne- vembre 1617, le roi lui envoya cinq

ment de l’Église. Ils reçurent le nom propositions à examiner. L’une

de seconds frères delà séparation, pour d’elles était relative au sacrement de

les distinguer des puritains, qui s’é- la communion. Leroivoulaitque, dans

taient séparés avant eux de l’Église de certaines circonstances, la commu-

établie. Leurs principes religieux dif- nion pdt être donnée en particulier;

féraient peu de l’Église reconnue par et que , toutes les fois qu’on adminis-

le gouvernement. « Nous déclarons de- trait ce sacrement en public , le minisvant DieUyvle Père tout-puissant, di- tre, contrairement à la pratique des

saient-ils, que nous reconnaissons l’É- presbytériens , donnât le pain et le vin

glise d’Angleterre, telle qu’elle a été de ses propres mains aux communiants,

établie par la loi pour être la vérita- L’assemblée repoussa cette proposi-

ble Église visible du Christ; que nous tion. Jacques, furieux, écrivit aussitôt

désirons continuer nos fonctions à l’archevêque de Saint-Andréetà celui

ecclésiastiques dans cette Église, par- de Glasgow. « Nous voulons que vous

dessus toutes choses; et que, si on sachiez, disait-il, que nous sommes ar-

nous prive de nos fonctions , toute rivé à un âge à ne point nous conten-

notre vie nous paraîtra pleine d’a- ter de bouillon pour notre nourriture,

mertume; que nous ne nous opposons Or, nous pensons que la conduite de

rassemblée à iiotre égard est disgracieuse; mais, puisque votre Église écossaise méprise à ce point ma clémence, elle reconnaîtra bientôt ce que c’est que d’exciter la colère d’un roi. » Dans la même lettre, Jacques invitait les arcbevêques à prêcher eux-mêmes le jour de Noël et à approprier le texte de leurs sermons à la circonstance.

Il écrivit ensuite au conseil écossais pour lui dire de suspendre le payement des émoluments de tous les ministres récalcitrants ju.squ’à ce qu’ils fussent revenus de leur décision.

Les ministres effrayés implorèrent l’archevêque de Saint-André d’intercéder pour eux et promirent de prêcher le jour de Noël à Édimbourg, comme le voulait le roi. Alors Jacques retira l’ordre de suspendre le payement des émoluments desministresetconvoqua une autre assemblée, qui se réunit à Pertb, au mois d’août 1G18. Jacques envoya une lettre qui fut lue à l’ouverture de la nouvelle assemblée : « Notre intention bien arrêtée , disait Jacques dans cette lettre , était de ne point convoquer une autre assemblée , à cause de la disgrâce que nous avons essuyée dans la dernière de Saint- André; car cette assemblée a non-seulement négligé de faire droit à nos justes désirs , mais, en acceptant quelques-uns denos articles, elle l’a fait d'une manière tellement méprisante que nous aurions désiré que ces articles fussent rejetés avec les autres. » Il ajoutait que bien qu’il serait content d’avoir l’adhésion aux articles de l’assemblée, i I ava it assez d'autorité pour briser toute opposition qui lui serait faite, et qu’il imposerait à l'Église, quand il le voudrait, les conditions qu’il lui plairait de faire. Jacques accusait l’assemblée d’avoir corrompu les habitants deson royaume d’Écosse et de leur avoir soufllé l’esprit de rébellion qui la caractérisait elle-même. « Je ne saurais oublier, disait-il, et cependaiitlesouvenirm’en est peu agréable , tous les outrages que j’ai reçus de plusieurs membres du clergé écossais avant mon avènement bienheureux à la couronne d’Angleterre.

Aucun prince vivant n’a peut-être

éprouvé autant de dégoût que moimême pour la royauté, tant les provocations auxquelles notre personne a été exposée ont été multipliées. « Après la lecture delà lettre du roi, le primat, ui remplissait les fonctions de présient, lit un discours dans lequel il déclara que , « sans approuver les innovations proposées, il était d’avis qu’on les acceptât, parce qu’il était persuadé que le roi serait plus content de l’adhésion de l’assemblée aux cinq articles que de tout l'or du monde. Un rems, ajouta-t-il, entrai, nerait la perte de l’Etat et de l’Église. Quelques-uns de nos ministres seraient bannis du royaume; d'autres perdraient leurs bénélices. »

L’assemblée siégea pendant deux jours, et le second jour les cinq articles furent mis aux voix et adoptes. Tous les bourgeois, sans exception, votèrent pour l'adoption. Un docteur, un noble et quarante-cinq ministres votèrent contre. Le premier de ces articles portait que les personnes s’approchant de la sainte table seraient tenues de recevoir le sacrement de la communion avec respect et à genoux; le second, que la communion, dans certains cas, pourrait être administrée en particulier; le troisième, que le baptême pourrait, dans les cas urgents, être administré en particulier; le quatrième, que les enfants arrivés à un certain âge recevraient la conGrma tion de l’évêque; le cinquième, que le jour de la iVativitédu Christ, celui de la Passion, celui de la Résurrection, celui de l’Ascension et celui de l’Assomption seraient fêtés comme jours de fête, et que ces jours de fête, les ministres feraientchoix pour leurs sermons d’un texte approprié à la circonstance.

I.a mise en pratique de ces innovation causa une profonde irritation dans le royaume d’Écosse. Plusieurs personnes furent traduites devant la cour des hauts commissaires, pour n’avoir point observé les jours de fête et pour n’avoir point voulu s’agenouiller en recevant la communion. Dans quelques églises , le peuple laissa seul le

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ministre; dans d’autres , les communiants insistèrent pour communier assis, et désertèrent l’église aussitôt après avoir reçu ce sacrement. Plusieurs ministres furent suspendus; d’autres furent privés de leurs fonctions.

O L’extinction des libertés de la véritable Église écossaise, dit Calderwod, lit éclater d’une manière visible la colere du Tout-Puissant. Lorsque tout fut coiicln , et que le grand commissaire, debout sur le trône, eut touché l’acte de son sceptre, dans ce moment même une grande lumière fendit les deux et éclaira subitement la chambre du parlement; un second et un troisième éclair succédèrent au premier; puis il y eut des ténèbres épaisses qui étonnèrent tous ceux qui étaient dans la chambre. Les éclairs furent suivis de trois grands coups de tonnerre; plusieurs membres du parlement crurent entendre des coups de canon.

Le temps était lourd , et une masse de nuages noirs restait suspendue sur la ville. Après les éclairs et le tonnerre il tomba des grêlons d’une grosseur extraordinaire, et une pluie abondante qui transforma les ruisseaux en rivières. Les membres du parlement restèrent emprisonnés dans leur chambre pendant l’espace d’une heure et demie.

Ce jour, qui était un samedi, fut appelé le samedi noir par le peuple. »

Charles voulut faire un pas de plus que son père en faveur de l’épiscopat, .lacqiies n’avait laissé qu’un semblant d’autorité aux assemblées de l’Église écossaise ; Charles , en arrivant au trône, les supprima tout à fait. La principale administration des affaires ecclésiastiques fut remise entre les mains du primat, qui était l’archevêque Spotswood.

Suivant l’historien Burnet , Charles avait deux grands projets en vue : le premier était de revenir aux dîmes et de retirer des mains des propriétaires les terres de l’Église; mais à l’égard de ce premier projet, tout se borna à l’achat secret de l’abbaye d’Arbroath pour le siège de Saint- André, et de la seigneurie de Glasgow pour l’autre ar-

chevêché. Ces terres appartenaient aux deux grandes familles d’ilamilton et de Lennox , qui les vendirent fort cher au roi. Charles acquit également plusieurs terres d’une valeur moins considérable pour d’autres sièges, et les personnes qui briguaient les faveurs de la cour, lui offrirent à bas prix les terres ecclésiastiques (ju’elles avaient en leur possession ; mais aucune terre ne lui tut livrée sans rétribution préalable. Le second grand projet de Charles, projet qui lui fut inspire par Laud et les partisans que le primat d’Angleterre avait en Écosse , fut d’imposer une liturgie à l’Église d’Écosse. Mais ce second projet mit tout le royaume en feu.

La premièreidée qu’eut Charles d’introduire une liturgie dans l’Église écossaise lui fut suggérée, en 1630, dans une réunion du clergé convoquée par l’archevêque Laud. Ce primat , assisté de.Iuxon etdeWren, se chargea du travail. La liturgie fut précédée d'un livre, nommé le Livre des Canons, qui fut confirme par lettres patentes scellées du grand sceau, le 33 mai 163.5.

Un an après , parut la liturgie. On rapporte que la première édition de cet ouvrage parutsi défectueuse à Laud, qu’il ne voulut point s’en servir. L’archevêque y (it donc de grandes altérations; car le livre se rapprochait tellement du texte catholique , que la liturgie ainsi modifiée passa longtemps pour une simple traduction anglaise du missel romain. Aussitôt qu’elle fut publiée, une proclamation royale en ordonna l’iLsage (décembre 1636). On avait décidé que la lecture du nouveau service seraitfaite lejour de Pâques; mais, sur la demande deSpotswood, qui desirait un terme plus long pour préparer l’esprit public à ce changement , on remit jusuu’à l’automne l’application de la granae innovation. Toutefois, pour en essayer, il fut décidé qu’on commencerait la lecture du nouveau service au mois de juillet dans les églises d’Édimbour^ et dans celles qui étaient situas dans les environs de cette capitale.

Ce jour-là une foule nombreuse, et qui paraissait animée des dispositions

les plus hostiles, se réunit dans Saint- Giles, cathédrale d'Edimbourg, et se jeta avec tumulte sur le livre, qu’elle déchira en lambeaux. Un évêque, qui voulait faire tète à l'orage, fut cruellement maltraité, et nedut la vie qu’à la prompte assistance de quelques amis.

L’autorité fit aussitôt fermer les portes des églises d’Edimbourg. La moisson interrompit pendant quelques semaines le cours de cette manifestation populaire ; mais ce temps d'arrêt ne fit quedonner plus d'intensitéà la tempête.

Au mois de novembre, Walter Wliitford , évêque de Bréchin , ayant voulu lire le service anglais dans l’église de Rrechin , comme il l’avait fait jusqu’alors , futobligédequitter l’église, pour se soustraire à la fureur des assistants qui voulaient le tuer : l’évêque s’enfuit du royaume. L’évêque de Ross , l’archevêque de Saint-.André , l’évêque d’Edimbourg , celui de Galloway , celui de Dumblane , furent également obligés de fuir. Alors les presbytériens se liguèrent entre eux et établirent les bases de leur fameux Covenant. Une assemblée générale se réunit , au mois de novembre 1638, à Glasgow, et rétablit le presbytérianisme en Écosse; et, à partir de ce jour, jusqu'au moment de la conquête du royaume parCromwell, l’Église écossaise jouit d’une liberté et (l’un ascendant qu’elle n’avait point encore eus. L’assemblée générale continua de se réunir chaque année jusqu’en 1652 inclusivement, et d’indiquer le lieu et l’époque des réunions subséquentes, à la clôture de chaque session.

Le puritanisme de l’Église écossaise, malgré ses hautes prétentions , était bien loin d’être sans reproche. Un manifeste lancé par l’assemblée générale, sousie titre d’Énormités commises par les ministresde la religion écossaise, mérite d’être cité. Ce manifeste était divisé en neuf chapitres. L’assemblée se plaignait 1° de quelquesuns de ses membres qui se livraient à des conversations inutiles, qui commettaient des péchés de toute nature et qui ne se conduisaient pas comme devaient le faire des hommes de Dieu : 2°

de l’esprit de frivolité de quelques-uns de ses ministres , qui pariaient et s’occupaient de beaucoup de choses inutiles et négligeaient les choses prinpales; 3° de la négligence desdits ministres dans l’accomplissement de leurs devoirs envers Dieu, dans leur famille et envers la communauté; 4° de l’absence de gravité dans leur maintien et leur costume ; car l’on eu voyait qui frisaient leurs cheveux et souffraient que leurs femmes et leurs enfants portassent des costumes dont le caractère léger était incompatible avec la sainteté de leurs fonctions ; 5“ de leur penchant à rivrogiierie et de leur présence dans les tavernes, les cabarets et d’autres mauvais lieux; 6° de leur penchant à la médisance, ce qui décourageait les bons ; 7° de leur penchant à violer le jour du dimanche après le sermon, ce qui faisait croire au peuple que le dimanche se terminait avec le sermon; 8“ de leur penchant à proférer, de petits et de gros jurements; 9° de leur ignorance crasse des saintes Ecritures. »

Ordre fut donné aux ministres et aux anciens de faire des enquêtes sur la conduite de ces ministres et celle des familles confiées à leurs soins.» Si quelques-unes de ces familles négligent leurs devoirs religieux , disait l’brdonn.ince , le chef de la famille recevra d’abord une réprimande particulière; s’il récidive, il sera réprimandé en public; et s’il persiste encore, on lui refusera la communion. »

Dans une autre ordonnance, l’assemblée recommandait aux laïques de lire la Bible, et elle enjoignait à ceux qui assistaient à cette lectu re , de s’entretenir les uns avec les autres sur le sujet de la lecture; mais, en même temps, elle leur disait que l’interprétation des saintes Écritures appartenait exclusivement aux ministres. L’assemblée ordonnait en outre à chaque paroissien de ne point quitter sa propre paroisse. — » Personne, disait-elle, ne pourra s’absenter de sa propre congrégation , sans en avoir obtenu préalablenàentl’autorisation du ministre, qui approuvera ou refusera , selon

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qu’il jugera convenable. Si un paroissien , au mépris de cet ordre, quitte sa paroisse, il encourra une censure publique. » Au sujet des livres et des écrits religieux , l’assemblée générale se montrait très-sévère; elle eu défendait l’introduction dans le royaume et enjoignait à ses ministres de ne point avoir de r.ipport avec les personnes qui en étaient reconnues les auteurs ou qui en répandaient les doctrines.

L’assemblée générale voulait surtout que le dimanche fût observé religieusement. « Que toute personne, disait-elle , qui quitte sa paroisse pour aller dans une autre , apporte avec elle une attestation du ministre; ceci s’applique à tous les gentilshommes et à toutes les personnes de qualité, à leurs domestiques, aux ouvriers, aux voyageurs, qui se transportent d’un lieu dans un autre; que le ministre de la paroisse que ces personnes quittent écrive au ministre de la paroisse dans laquelle elles vont , et dise à ce dernier quelle a été leur conduite; que chaque doyen prenne, surtout, nonne note de la manière dont les paroissiens se comportent <à l’église , et qu’il s’informe comment ils" passent leur temps, avant, pendant et après le service divin. » La sorcellerie passait pour l’œuvre du démon aux yeux de l’assemblée, et elle la poursuivit avec une rigueur impitoyable.

Lne commission nommée par êlle. et composée de ministres , d’hommes de loi, et de médecins, fut chargée d’indiquer les moyens les plus propres à découvrir et a punir ce crime.

James Balfoiir dit, à l'égard de ces persécutions : « La dame de Pittardo , dans le comté de Fife , a été arrêtée pour sorcellerie, et Jetée dans la prison d’Edimbourg. Aussitôt le parlement a nommé une commi.ssion pour la juger. Elle est restée en prison pendant six mois , et , lorsqu’on est venu pour l’en tirer, on l’a trouvée morte; son corps était enflé comme si elle eût pris du poison. On suppose qu’elle s'est elle - même empoisonnée pour échapper au supplice, ou bien que ses amis lui ont administré le poison pour

qu’elle ne fût point brûlée vive publiquement, car son crime était une tache pour la famille dont elle est descendue, et d’où sont sortis tant de personnages illustres. Un grand nom- Lre d’autres sorcières ont été arrêtées, et condamnées à être brûlées vives ; vingt-sept femmes , trois hommes, et plusieurs enfants, accusés du crime de sorcellerie, ont été condamnés à périr dans les flammes, dans une seule séance , par une des commissions instituées par le parlement pour poursuivre les sorciers. »

Tandis que le presbytérianisme triomphait en Ecosse, il marchait encore d’un pas chancelant en Angleterre. Clarendon dit qu’à l’époque de l’ouverture du long parlement, le nombre de ceux qui s’opposaient aux principes de la constitution de l’Église établie était peu considérable , et il cite, parmi les adversaires de l’Église d’Angleterre, Tiennes, Vane et Hampden. Le premier coup sérieux qui fut porté à la prélature fut la mise en accusation ue Laud. Les communes abolirent ensuite la cour des hauts commissaires et la chambre étoilée, et traduisirent, devant la chambre, des lords , les treize évêques qui avaient protesté contre la légalité des mesures qui pouvaient être adoptées pendant leur absence. Dix de ces évêques furent envoyés à la Tour ; deux autres furent expulsés du parlement; et, le t4 février 1642, la chambre des communes adopta un nouveau bill qui déclarait les évêques incapables de voter dans le parlement. A partir de cette époque, le presbytérianisme domina en Angleterre jusqû’a la mort de Charles.

Quelques jours après l’ouverture du long parlement, les communes nommèrent une commission pour faire une enquête sur les mœurs du clergé. Le nombredescasd’immoralitésoumis àla commission était si considérable qu’elle fut obligée de s’adjoindre quatre autres sous-commissions pour terminer son travail. Quelque temps après , les communes nommèrent une autre commission qu’elles chargèrent de porter remède au mal. Mais il y avait

plus de colère que de vérité dans les faits présentés contre le clergé. De plus , les communes cherchaient en ce moment à justifier la spoliation qu’elles méditaient. Aus>.i le clergé royaliste donna-t-il à lu commission le nom de «commission des pillards.» Par suitcdu rapport de cette commission, cent dix membres du clergé du diocèse de Londres furent privés de leur bénéfice dans le cours d’une année (1642 à 1643), et cent dix autres prirent la fuite pour échapper à la prison. Parmi les victimes des violences du parlement figuraient l’archevêque Usher, les évêques Morton et Hall . Jérémy 'Taylor, l’une des gloires de la littérature anglaise (le cette époque. Taylor ayant été privé de son hénéüce d’Uppingham, se retira dans la principauté dé Galles ; il y tint une ecole , et y composa quelquesuns de ses plus grands ouvrages.

Pendant les deux ans qui suivirent, l’Angleterre n’eut point (Je formes régulières de culte. Le clergé avait la faculté de lire la liturgie ou de ne point, la lire ; et , dans chaque chose , il ne consultait que ses caprices et ses goûts. Quelques-uns de ses membres continuaient de porter des habits canoniques, d’autres prêchaient en manteaux, comme les ministres protestants français et ceux de Genève. Toutefois , ■I y eut une croisade contre le catholicisrne : tous les édifices sacrés qui rappelaient ce culte , les autels des églises et les tables en pierre furent détruits ; les flambeaux , les cierges , les crucifix , les croix , les images , les christs, furent enlevés des églises et des cimetières. La croix de Saint-Paul, celle de Charing-Cross, celle deCheapside , où les puritains eux - mêmes avaient coutume de se réunir pour entendr(- leurs prédicateurs favoris, et où Ridiey, Latuner et Cranmer avaient fait entendre leurs voix puissantes devant leurs ancêtres, dans les premiers jours de la réforme , furent abattues.

L’assemblée des théologiens , que le parlement convoqua le 12 juin 1643, et qui se réunit a Westminster le 1" juillet s(iivant, établit une nouvelle constitution ecclésiastique. On suppo-

sait que les membres de fassembiée, qui avaient été choisis par le parlement, pencheraient pour la théologie de Calvin. Cependant les opinions furent très-partagées. Quelques membres (c’était la minorité), il est vrai , restèrent attachés à Tépiscopat tel qu’il avait été établi par les gouvernements de Jacques et de Charles; mais la grande majorité ne se départit point des doctrines du presbytérianisme.

Il existait deux autres partis dans le sein du synode de Westminster:

l’un était celui des indépendants, l’autre celui des érastiens ; on nommait ainsi les disciples d’Éraste , théologien allemand du siècle précédent, qui maintenait que le cierge n’avait aucun droit d’exercer le pouvoir législatif, et que l’Église, sur tous les points, devait relever du pouvoir civil. Les érastiens et les indépendants irritèrent profondément le parti presbytérien . en demandant une tolérance générale pour tous, car les presbytériens avaient toujours eu en horreur la doctrine du tolérantisme.

Mais la rigidité des principes presbytériens, le dédain , l’orgueil des ministres de ce culte , et le joug qu’ils voulaient faire peser sur leurs adversaires , encouragèrent à la résistance.

Les indépendants se réunirent aux érastiens ; quelques épiscopaux , mécontents de l’état des choses , et espérant profiter du désordre , grossirent leurs rangs. Alors le sceptre tomba des mains des presbytériens. La liberté religieuse fut établie sur une base plus large. Des bénéfices furent conservés aux presbytériens ; mais d’autres furent donnés aux épiscopaux , d’autres aux indépendants , d’autres aux baptistes. La véritable liberté religieuse commençait à naître en Angleterre ; bientôt mille sectes différentes parurent à la fois dans le royaume; ce furent notamment la secte des baptistes, ou, comme on les appelait généralement, des anabaptistes; celle des quakers, ou sectateurs de George Fox , et celle des hommes de la cinquième monarchie, qui voulaient donner le Christ pour roi.

Voici quelques détails de mœurs qui appartiennent, sous un rapport, au cliapitre que nous traitons :

Les funérailles, en Angleterre et en Écosse , se faisaient avec une solennité particulière. En Écosse , les amis dn défunt faisaient le wake , ou le réveillon, la nuit qui suivait la mort ; les parents et les amis du défunt se rassemblaient dans la chambre où était le corps. Une salière était placée sur la poitrine du défunt ; des cierges brûlaient à la tête et aux pieds -, de larges brocs pleins d’ale , des viandes chaudes et froides, du tabac et des pipes, étaient étalés sur une table. Quand le corps était enlevé , les cloches de la paroisse étaient mises en branle , et , si le défunt appartenait à une famille élevée, on faisait des décharges de mousqueterie.

Ces festins se retrouvaient aux noces ; dans ces cérémonies il régnait en général une grande gaieté ; il était d’usage que chaque convive donnât une petite somme pour défrayer le jeune couple des dépenses de la noce, et pour l’aider dans son ménage. On appelait ces présents /jewny weadings, cadeaux de noce. Ces penny weddings furent désapprouvés par le clergé; mais on reconnut qu’il était impossible de les supprimer , et tout ce qu’on put faire , ce fut d’en réduire l’importance.

La galanterie du futur à l’égard de sa liancée,dans ces temps-là, avait une forme toute particulière. Un auteur de l’époque nous dit que Jacques IV, roi d’Écosse, vint à Newcastle à la rencontre de Marguerite, fille de Henri VII , sa fiancée , et que le royal amant entra dans son appartement comme l’épervier qui se jette sur sa proie. Marguerite jouait aux cartes :

Jacques l’ayantembrassée, luidonna un échantillon de ses talents , en jouant du luth; puis il s’élança sur son coursier, sans mettre le pied dans l'étrier, et partit au grand galop. Dans la seconde entrevue, Marguerite joua à son tour de la musique, et Jacques, un enou en terre, l’écouta avec beaucoup 'attention. Slarguerite quitta Dal-

keith pour Edimbourg ; sur sa route elle vit venir à sa rencontre une c.avalcade brillante, qui était composée du roi et des nobles de sa cour. Une parade chevaleresque , conduite par sir Patrick Hamilton , fut représentée devant elle. Hamilton rempli.ssait le rôle d’un chevalier félon qui cherche à ravir une belle éplorée. Le défenseur de la dame, chevalier incomparable à tous égards, était le roi. Une lutte s’engagea, dans laquelle tous les chevaliers firent assaut d’adresse et de valeur. A son arrivée dans les faubourgs d’Edimbourg , la reine descendit de sa litière , "monta en croupe derrière le roi , et lit son entrée ainsi dans sa future capitale. Les cérémonies furent célébrées avec beaucoup de pompe, et, dans des tournois magnifiques, le roi, qui représentait un chevalier sauvage, remporta tous les prix sur ses rivaux.

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