‹ AngleterreChapitre 3 sur 23 · L. ail. 7 en e · texte numérisé non relu

L. ail. 7 en e

84 PÉRIODE DES TUDORS

On craignait que les Français ne reprissent leur entreprise audacieuse, et Boulogne était toujours menacé par terre. D’un autre côté , les Écossais, transportés de joie de leur dernière victoire .s’apprêtaient à poursuivre le cours de leurs succès. Henri et ses ministres songèrent à se procurer de l’argent. Wriothesley était alors chancelier à la place d'Audley , qui venait de mourir. En réponse au\ demandes d’argent qui lui furent faites WriothesTey écrivit au conseil pour lui faire part de l’état de pénurie dans lequel était le trésor. « Milords, leur dit-il , bien que vous m’écriviez toujours : Payez! payez! faites vos dispositions pour telle chose ou pour telle autre; je vous engage à ne point oublier que le trésor est à sec. »

Mais Henri n’était point homme à entrer dans toutes ces considérations.

Comme il avait en sa possession depuis longtemps un état des propriétés de ses sujets, il résolut d’adresser une lettre royaleà tous ceux qui avaient un revenu annuel d’au moins cinquante livres sterling, pour leur demander de l’argent à titre d’emprunt; ce prêt eut lieu. Ensuite, il fit voter par le parlement un bill qui le libérait de ces emprunts et lui faisait abandon de toutes les sommes ainsi empruntées depuis le commencement de son règne. Comme cette ressource était insuffisante, Henri eut recours à la bienveillance de ses sujets, moyen déjà employé sous le lord-cardinal et qui à cette époque avait suscité de violentes antipathies. On commença par attaquer la bourse des citoyens de Londres ; mais il s’en trouva deux qui refusèrent. L’un était Richard Beed, l’autre s’appelait Williams Berut; tous deux remplissaient les fonctions d’alderman. Henri traita d’avarice leur résistance, et envoya l’un servir en personne dans la guerre d’ Écosse, où il fut fait prisonnier et obligé de payer une forte rançon, tandis que l’autre fut accusé d’avoir proféré des paroles séditieuses contre les commissaires de Sa Majesté ; il fut jeté en prison et n’en sortit qu’en payant une somme

considérable d’argent. Henri altéra ensuite la monnaie, ce qu’il fit avec si peu de mesure, que le shilling d’argent contenait deux fois autant d’alliage que d’argent. Enfin au mois de novembre il fit un appel à son parlement, qui, non-seulement lui vota d’énormes subsides , mais encore mit à sa disposition tous les collèges et les hôpitaux du royaume, ainsi que les manoirs, les terres que les fondateurs avaient affectés a leur usage.

Une grande partie de cet argent fut employée à soudoyer les traîtres d’Écosse, car la victoire d’Aiicrum avait relevé le courage national. Angus, Georges Douglas son frère, Glencairn, Cassilis reprirent donc le cours de leurs intrigues. Ces traîtres écrivirent à Sadler une lettre dans laquelle ils lui proposaient de tuer le cardinal si le roi leur promettait une récompense. Henri crut prudent de ne pas s’engager ouvertement dans cette affaire ; mais dans les instructions données à ce sujet au comteHertford, son général, il lui recommanda de faire agir sir Ralph Sadler, à qui la proposition avait été adressée.

Surces entrefaites, l’armée deHertford entra sur le territoire écossais.

Comme elle était assez mal équipée et payée plus mal encore , elle se livra au pillage , et couvrit de nouveau le territoire d’Écosse de ruines et de sang. Seymour , dans une lettre écrite à ce sujet à Henri, s’enorgueillit de ces désastres, et lui dit qu’il a fait plus de mal à l’Écosse dans cette seule campagne que toutes les guerres ne lui en ont tait depuis plus de deux cents ans. Ces ravages détachèrent encore une fois Angus et son parti de la cause de Henri, et sur le refus que leur fit Hertford de s’abstenir du pillage , ils songèretit à lui opposer une vigoureuse résistance.

Le cardinal Beaton ne perdait pas courage au milieu de ces difficultés.

Un parlement s’assembla à Stirling, et des mesuresénergiques furent proposées pour la défense de l’indépendance nationale. Le cardinal voulait se rendre lui-mémeen France pour y deman-

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der des secours en argent et en hommes, mais ceprojet fut éventé parCricliton, laird deBrunston ,quilecommiiniqua àHenri. Après avoir écrit a Henri ce qui se passait, le laird exprimait l’espoir que le voyage projeté du cardinal pourrait être arrêté. Il écrivit quelques jours après à lord Warton pour lui demander une audience particulière à l’effetde savoir si Sa Majesté donnait son consentement à ce qu’il voulait entreprendre et quelle en serait la récompense. Dans ue autre lettre, le laird de Brunstoun demandait à Henri de lui envoyer Sadler pour affaire de la plus haute importance. Cette affaire de haute importance était la mort de Beaton, que méditait le traître.

Beaton avait assemblé un concile d’évêques et d'abbés à Saint-André, et de son autorité privée il avait traduit devant ce concile Georges Wishart, surnommé le martyr, prédicateur zélé des doctrines nouvelles , qui lui avait été livré par le comtede Rothwell. Le concile condamna Wishart à être brillé , et le malheureux -subit sa sentence sur la place de Saint-Audré. Ce fut un acte barbare autant qu’impolitique; Wishart mort devint plus redoutable que vivant.

Jusqu’alors la majorité de la nation était restée catholique, et les progrès de la réforme n'avaient encore atteint que quelques districts et un petit nombre de villes ; mais cette exécution causa un profond retentissement ; et Cassilis, Gleiicairn, sir Georges Douglas et les autres conspirateurs s’empre'sèrpnt de l’exploiter pour perdre le cardinal.

Il était allé dans le comté d’Angus pour célébrer le mariage de sa fille aînée, car bien qu’il se montrât très-rigide observateur des lois de l’Église romaine pourlesautres, le cardinal était fort indulgent pour lui-même. La cérémonie du mariage fut magnifique, et le cardinal fit à la mariée un douaire digne d’une princesse. Il alla ensuite s’enfermer dans son château de Saint- André, (|u’il fit réparer et fortifier pour résister aux attaques de l’ennemi

du dehors et du dedans. Alors Beaton appela autour de lui les gentilshommesducomtéde Fife pour se concerter avec eux sur les moyens à prendre pour défendre la côte. Dans une de ces réunions il eut uiiedispute violente avec un des assistants nommé Norman Leslie, au sujet d’une propriété qui lui était disputée. Norman Leslie irrité alla chez son oncle John Leslie, qui était un ennemi déclaré du cardinal , et qui avait dit maintes fois qu'il fallait verser son sang , en expiation du sang de Wishart. Il y eut aussitôt un conciliabule secret, auquel prirent pari l’oncle et le neveu, William Kirkuldy, laird de Grunge, un nommé James Melville, fanatique religieux, Carmichael, et quelques autres , et l’on y décida la mort du cardinal. Peu de jours après , les conspirateurs se rendirent secrètement à Saint- André, et le lendemain de leur arrivée, ils surprirent le château, en s’y introduisant avec les ouvriers qui étaient employés aux fortifications.

Ils allèrent ensuite à la chambre du cardinal et l’assassinèrent dans son lit. John Leslie et Carmichael frappèrent les premiers ; puis Melville s^vançant avec gravité pour exécuter ce qu’il appelait le jugement de Dieu, pa.ssa à plusieurs reprises sa longue épée à travers le corps de la malheureuse victime.

A cette nouvelle, les habitants s’étaient assemblés autour du château et demandaient qu'on leur rendit le lord cardinal. Norman Leslie, tirant à lui le cadavre ensanglanté, le suspendit à un drap et le fit passer par-dessus la muraille. •< Voila, dit-il, voilà votre Dieu ! et maintenant que vous êtes satisfaits, retirez-vous chez vous. «

Cet événement ne réalisa point toutes les espérances de Henri; les embarras de son gouvernement augmentaient tous les jours. Il fut obligé de conclure un traité de paix avec le roi de France, qui in.sista pour que l’Écosse y fût comprise.

Parce traité, qui est connu sous le nom de traité de Campes, François s’engageait à payer 1 arriéré de' la

pension de Henri, et à soumettre iiiie réclamation de 500 , 000 écus (jue lui faisait Henri, à la considération (les commissaires. Henri s’engageait en retour, et une fois les sommes payées, à rendre au roi de France Boulogne, dont les fortifications lui avaient coûté des sommes considérables.

Durant les six derniers mois de la Viede Henri lesdeux grandes factions religieuses s’usèrent en luttes et en intrigues. Le sang ruissela sur l’échafaud , et de grands efforts furent tentés pour exclure les Ecossais des avantages du traité de paix. L’Angleterre souffrait cruellement de tant de maux. Mais le plus malheureux de tous était le roi lui-niéme. Depuis longtemps sa santé déclinait. Il s’était adonné à la bonne chère, et était devenu si énormément gros qu’il ne pouvait passer par une porte ordinaire, et aller d'une chambre à une autre sans le secours d’une machine ou de nombreux domestiques. Il avait à la jambe une plaie qui avait résisté à tous les traitements, etd’où s’échappait une odeur fétide, qui lui causait une vive douleur ainsi qu’une grande irritabilité dans l’esprit. La plus légère contrariété le faisait entrer en fureur. Sa femme, Catherine Parr, n’échappa à la mort que par miracle , et plus d’une fois sa vie fut en danger. Un jour qu’elle avait contrarié le roi sur un point de doctrine religieuse , Henri entra en grande fureur. « Voilà, ditil , qui est beau à voir! les femmes discutent maintenant! C’est en vérité pour moi très -flatteur d’étrearrivé à mon âge pour recevoir des leçons de ma femme. » Gardiner et Wriothesley eurent aussitôt l’ordre de préparer un acte d'accusation contre Catherine; maiselle fut avertieà temps et regagna adroitement la faveur qu’elle avait perdue. Le lendemain, la conversation étant tombée comme à l’ordinaire sur la religion , la reine parla avec la plus grande humilité de son infériorité intellectuelle, et du grand bonheur qu’elle avait d’étre Amie à un prince aussi savant que son

mari. « Cela n’est pas, par sainte Marie, s’écria Henri. Je vous connais, Kate, vous êtes un grand docteur. »

Catherine répondit que le roi h’avait pas compris son intention ; qu’elle avait, il est vrai , discuté avec lui la veille, maisquec’était seulement dans le but de le distraire, car elle s’était aperçue que dans la chaleur des discussions religieuses, il oubliait la douleur que lui causait son mal.

« Est-il vrai, chère amie.!* s’écria Henri avec joie. Alors nous voilà redevenus bons amis. Ces mots sortis de votre bouche me font plus de plaisir à entendre que si on me donnait mille livres sterling. » Le lendemain matin, quand 'Wriothesley se présenta accompagné de quarante nommes pour conduire la reine en prison, le roi accabla son chancelier d’injures, et le renvoya.

Mais si Catherine échappa à la mort, plusieurs dames de sa cour ne furent point aussi iieureuses. Une d’elles réunissait aux charmes de l’instruction les grâces de la jeunesse et de la beauté. Elle s’appelait Anne Kyme; ne trouvant pas dans le mariage le bonheur qu’elle avait espéré, elle avait quitté le Lincoinshire, où elle demeurait avec son mari, pour venir à Londres y prêcher la foi nouvelle. A son arrivée dans cette ville, elle avait cherché à faire des prosélytes parmi les dames de la cour, en leur donnant des livres et des instructions. Elle fut arrêtée , et sur son refus d'apostasier la foi qu’elle avait embrassée , elle fut condamnée à être brûlée vive comme hérétique. Shaxton , évêque de Salisbury, qui avait embrassé la religion nouvelle , mais qui n’avait renoncé à la religion catholique que pour sauver sa vie , vint la voir et l’engagea à suivre son exemple , à signer une rétractation formelle, lui promettant le pardon du roi. Mais Anne Kyme resta ferme dans sa conviction. Le jour où la terrible sentence devait être e.xécutée, on la condtnsit à Smithfield, et on l’attacha à un poteau. Sur le même bûcher étaient John Lasselles, gentilhomme de la maison du roi , qui ne

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croyait pas à la transsubstantiation; Nicolas Belenain, ecclésiastique du Shropshire, et un pauvre tailleur de Londres, nommé John Adams, qui était accusé d’avoir violé quelques-uns des six articles. Une chaise était placée devant les poteaux pour ISicolas Shaxton, qui lit ce qu’on appelait alors un sermon approprié à la circonstance; et quand il eut fini , le chancelier offrit au nom du roi le pardon aux patients, s’ils voulaient renier leur foi ; mais aucun d’eux n’accepta l’offre et on les brûla vifs.

La fin du roi approchait; quoiqu’on eût pris de grandes précautions pour cacher au public ce qui se passait, il était évident pour tout le monde que Henri n’irait pas loin. Cet événement devait encore coûter du sang.

Une longue et amère rivalité régnait entre l’ancienne maison des Howard et la maison des Seymour qui devait son .élévation récente au mariage du roi avec Jeanne Seymour, et à la naissance du prince Édouard. Le duc de Norfolk, chef de la famille des Howard, était , comme nous l’avons dit , partisan zélé de la religion romaine. Lord Hartford , oncle du prince Édouard , et fondateur réel de la grandeur des Seymour, penchait au contraire pour la réforme. Au fond, ces deux chefs avaient un caractère cruel et rampant; tous deux s’étaient montrés empressés à exécuter les ordres les plus barbares de Henri , et s’étaient abaissés à la flatterie la plus vile au moindre signe de sou mécontentement. Les rivalités des deux familles se montrèrent plus prononcées aux derniers moments de Henri, car chacune d’elles aurait voulu conserver dans ses mains l’administration du royaume pendant la minorité du prince. Leurs droits étaient à peu près égaux. Hertford avait le grand avantage d’être l’oncle de l’héritier de la couronne; mais Norfolk l’emportait sur lui par les alliances de sa famille, par ses relations et l’importance de ses richesses.

Hertford voyant que le plus grand obstacle à son élévation aux fonctions qu’il ambitionnait viendrait du duc

et de son fils le comte de Surrey , résolut de les perdre tous deux. Rien n’était si facile que d’exciter la jalousie et les craintes de Henri ; le comte et ses amis lui ayant dit que Norfolk avait manifesté un vif mécontentement pour les changements opérés dans la religion, le duc et son fils, le comte de Surrey, furent arrêtés comme traîtres et conduits à la Tour. Quelques jours après, Henri , en présence du comte de Hertford et decinq membres de son conseil, changea ses dipositions testamentaires , et raya les noms du due de Norfolk et de quelques autres meilTbres de sa famille de la liste de ceux qu'il avait institués pour ses exécuteurs testamentaires. L’acte d’accusation dressé contre .Surrey faisait un crime à l’accusé de ce qu’il avait porté sur la côte d’armes de sa famille les armes d’Édouard le Confesseur. On arrêta aussi la duchesse de Norfolk, qui vivait depuis longtemps en mauvaise intelligence avec son mari et qui en était séparée, ainsique la duchesse de Richmond, qui nourrissait une haine violente contre son frère le comte dé Surrey. On chercha à obtenir d’elles des aveux qui compromissent le duc et son fils; mais bien que la duciiesse de Norfolk fût prête à déposer contre son mari , et la duchesse de Richmond contre son frère, on ne trouva rien dans leurs dépositions qui pût donner du poids à l’accusation capitale portée contre le le duc de Norfolk et son fils. On eut alors recours au témoignage de deux hommes obscurs, qui affirmèrent sous serment que Surrey avait entretenu des relations criminelles avec des Italiens qu’on soupçonnait d'espionnage.

Surrey, homme d’intelligence et de courage , parut à Guildhall et plaida sa cause d’une manière éloquente. Il reconnut qu'il avait porté les armes d’Édouard le Confesseur dans les armes de sa famille; mais il montra, par décision des hérauts d'armes, qu’il était en droit de le faire. Il dit en outre à ses juges, qu’il avait porté ces armes depuis longtemps , même en présence du roi , sans que Henri y eût trouvé à

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redire. Surrey, comme tant d'autres malheureuses victimes, était condamné d’avance. La terrible sentence fut prononcée , et il fut décapité le 19 janvier 1547.

Norfolk était resté enfermé dans la Tour ; espérant détourner le coup fatal , il écrivit au roi et signa une confession dans laquelle il déclara qu’il avait révélé dans plusieurs circonstances les secrets du conseil privé , contrairement à son serment: il adressa ensuiteune pétition au roi pourlui demander comme une faveur que tous ses biens, qu'il voulait arracher aux Seymour, fussent placés sur la tête du prince Édouard. Mais cette donation , loin de désarmer ses ennemis, ne fit qu’accroître leur haine, et un bill A'^ttainder fut lancé contre lui. Le parlement procéda à la hâte; l’arrêt de mort fut prononcé, et commeHenri était dans un état désespéréet qu’il ne pouvait signer, Wriothesley annonça aux chambres que le roi avait désigné plusieurs lords pour donner son assentiment au bill. C’est ainsi que le bill reçut la sanction royale.

Sans perdre de temps, un ordre fut expédié au lieutenant de la Tour pour exécuter le duc de bonne heure dans la matinée du lendemain. Heureusement pour Norfolk, le roi mourut pendant la nuit. Plusieurs personnes avaient été mises à mort dans le cours de son rè.gne pour avoir prédit sa mort et avoir dit qu’il était à la veille de mourir. Aussi les courtisans n’osaient-ils annoncer à Henri qu’il touchait à sa dernière heure. A la fin l’un d’eux se hasarda à lui faire part de cette triste nouvelle. Henri fa reçut avec un profond soupir, et ne parut se résigner à son sort que lorsque les médecins qui entouraient son lit lui eurent confirmé ce qu’il venait d’entendre. Un des assistants lui ayant demandé s’il voulaitqu’onfit venir des ecclésiastiques, « Je n’en veux pas d’autres que l’archevêque Cranmer, maisqu’on attende! dit-il ;je vais prendre un peu de repos ; puis , selon que je me trouverai , je me déciderai a le recevoir. « On alla chercher Cranmer

en toute hâte, mais quand il arriva le roi avait déjà (lerdu la parole. Henri ne put que saisir la main de l’archevêque et mourut aussitôt. Il avait alors cinquante - cinq ans sept mois, et avait régné trente-sept ans neuf mois et six jours. Sa mort sauva le duc de Norfolk , car ses ennemis, malgré leur puissance, n’osèrent point commencer le nouveau règne en versant le sang d’un personnage aussi éminent que l’était le duc.

§ S.Coaronnementd’Édouard. — Somerset est nommé protecleur du royaume. — Guerre de l’Angleterre avec l’Ecosse. — Bataille de Pinkey . — Ixiis sur les pauvres. — Ambition de Thomas Seymour, fiére de Somerset. Ses intrigues avec la princesse Elisabeth. — Sa mort. — Lecomte de Warwick renverse Somerset et devient lord protecteur a sa place. — Il est créé duc de riorUiumbetland. — Son ambiUon.

La mort de Henri VIII fut cachée jusqu’au 31 janvier; alors elle fut annoncée aux dfeuxchambresparle chancelier Wriothesley: « Cette nouvelle, disent les archives du parlement, causa une douleur profonde à tous les assistants ; on vit le chancelier luimême verser un torrent de larmes. > D’autres écrivains et le nouveau roi lui-même affirment que lorsque la mort du roi fut rendue publique à Londres, la population tout entière fut vivement affectée de cette perte. Il est difficile pourtantde supposer que la mort de Henri VIII ait pu inspirer à la nation d’autre sentiment que celui, ^ue cause la délivrance d’une tyrannie odieuse; car des deux partis qui divisaient alors la nation, l’un avait été constammentfroissépendantson règne dans ses croyances les plus chères; tandis que l’autre entrevoyait dans le nouveau règne un avenir brillant d’espérances.

(1547) Édouard n’avait encore que dix ans. Depuis l’âge de six ans, on l’avait confié aux docteurs Cox et Clieke , hommes éminents par leur savoir et très-versrâ dans les langues. Sous ces maîtres Édouard avait fait de rapides progrès pour son âge. Burnet rapporte qu’à l’âge de huit ans Ëaquard écrivait déjà des lettres en latin à son

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père. Cox et Cheke étaient favorables a la religion réformée , et leur élève adopta leurs idées. Ce fut au château d’Hertford où était alors la princesse Elisabeth que le jeune prince apprit la mort de son père ; tous deux fondi* rent en larmes à cette nouvelle. On conduisit aussitôt le prince à Londres; toutes les rues sur le passage du cortège étaient rempliesd'nne foule avide de voir les traits d'Edouard.

Arrivé à la Tour, le roi fut reçu par les nobles de la cour, et le lendemain (février 1547) les lords spirituels et temporels s’étant assemblés, on fit la lecture des dernières volontés et du testament de Henri. I.e feu roi désignait seize personnes pour être ses exécuteurs testamentaires et remplir les fonctions de gouverneurs du jeune prince. Henri nommait encore douze personnages dont les fonctions devaient se borner à donner leur avis quand ils en seraient requis; la plupart des membres nommés dans le testament appartenaient à la famille de Hertford ou avaient épousé sa cause. Une communication importante qui lit une vive sensation suivit la lecture du testament.

Hertford se proposait aux suffrages de l'assemblée par l'intermédiaire du chancelier, pour administrer les affaires de l’Etat et veiller à l’éducation du prince. La réunion de ces doubles fonctions dans une seule main avait pour objet, disait-on. de donner plus d'unité aux affaires. Comme tout était prévu d’avance, le comte fut nommé à une grande majorité protecteur du royaume et gouverneur du roi. Hertford fit ses remerdments à l'assemblée et dit qu’il mettait sa confiance en Dieu.

Il existait une clause singulière dans le testament de Henri. Cette clause disait que les exécuteurs devaient remplir avec fidélité les promesses qu’il avait faites et qu’il n’avait pas tenues. Mais quelles étaient ces promesses? On sut qu’elles concernaient les exécuteurs eux -mêmes auxquels, disait-on, le roi avait l’intention de conférer de nouvelles digni-

tés. Telle fut la déposition de sir ■\Villiam Paget et de Herbert, les seules personnes auxquelles le roi aurait communiqué ses secrètes intentions.

« Henri, disaient-ils, leur avait reitéré sa prière avec beaucoup d’instance sur son lit de mort. »« Le protecteur, pardéférence pour les dernières vidontés du roi, autant que pour son propre honneur, noiisdit l'historien Burnet, déclara que les dernières intentions du roi seraient remplies. » La difficulté de payer les diverses allocations pécuniaires faites parle roi l’embarrassa bien un peu; mais cette difficulté fut levée par la vente de quelques terres ecclésiastiques qui restaient encore. Essex devint alors marquis de Northampton ; le vicomte Lisie devint comte de Warwick; Wriothesley , comte de Southampton; sir Thomas Seymour, frère du protecteur, fut créé baron Seymour de Sudley et lord grand amiral ; Rich devint baron Rich; Willoiighby, baron Willoiighbv; Shefticld, baron Sheffield ; Hertford , en sa qualité de protecteur, prit les titres de très-noble et victorieux prince Edouard , duc de Somerset, comte de Hertford, vicomte Beauchamp, lord Seymour, gouverneur de Sa Majesté le roi , protecteur de tous ses royaumes, lieutenant général de ses armées de terre et de mer, lord grand trésorier, grand maréchal d’Angleterre , gouverneur des îles de Guernesev et de Jersey, chevalier de l’ordre très-noble de la Jarretière, et enfin celui de « bon duc » qui lui fut donné par le parti protestant. La fabrication de cette noblesse fut vivement critii(uée et parut suspecte à beaucoup de gens.

On s’occupa alors des funérailles de Henri. Son corps, après avoir été exposé à White-Hall jusqu’au 14 février 1547, fut conduit àSion-House; de là on le transporta à Windsor, où il fut enterré avec beaucoup de pom|)c dans la chapelle de Saint-George. L’historien Stryppe nous apprend que cette cérémonie* se fit avec de grandes démonstrations de douleur; « Tous les officiers de la maison du roi, dit-il, versaient des larmes , et remplissaient

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l’é|;lise de leurs gémissements; les iiérauts d’armes brisèrent leurs bâtons sur leur tête en signe de douleur. »

Quatre jours après , on célébra le couronnement d’Edouard dans l'abbaye de Westminster, et les voûtes du temple retentirent d’acclamations d’une nature différente en l’honneur du nouveau roi. Cette cérémonie ne différa point des précédentes ; seulement, au lieu de présenter le roi au peuple après la prestation du serment, Parchevéque intervertit l’ordre ordinaire et lit suivre la présentation de la prestation du serment; « ce qui avait pour objet de montrer, nous dit Burnet, qu’ Edouard n’était point un prince électif, mais l’héritier légitime de la couronne en vertu de la loi divine et humaine, et que le peuple lui devait à ce titre soumission et obéissance , comme étant lié à son roi par son devoir d’allégeance. » Un pardon général fut accordé à cette occasion aux personnes accusées ou convaincues de crimes politiques, et toulescelles qui étaient retenues prisonnières, à l'exception du duc de Norfolk, recouvrèrent leur liberté.

Le « bon duc », quelque élevée que fut la position dans laquelle les circonstances et ses intrigues l’avaient poussé, n’était point encore satisfait.

Somerset aurait voulu laisser dans l’ombre Soiithampton dont les fonctions de chancelier lui offraient dans l’avenir des entraves perpétuelles à l’exercice de sa puissance souveraine.

Le clianceiier se perdit lui-même en créant, sans consulter ses collègues, une commission composée de quatre membres de la cour de la chancellerie qu’il chargea d’administrer la justice en son nom et en son absence. En se déchargeant ainsi de ses travaux judiciaires «le chancelier voulait,dit-on, se^ livrer entièrement aux affaires de l’État, etassister chaque jour aux réunions du conseil. » Cette conduite, habilement exploitée par ses ennemis, fut dénoncée comme attentatoire aux droits de la couronne; Southampton eut à se justifier devant des juges, et .après d’inutiles efforts pour prouver

la légalité delà commission , il fut condamné à restituer le grand sceau , à payer une amende de quatre mille liv.

sterl. et à rester prisonnier dans sa résidence d’Elyhouse. Une semaine après, un nouveau conseil, composé. de douze des créatures le plus dévouées à la cause de Somerset, prit la place du dernier conseil que l’on conserva pour la forme; et Somerset se réserva le droit d’y faire entrer tel nombre de membres qu’il jugerait convenable.

L’attention du protecteur se porta aussitôt sur les affaires extérieures. Le traité de Campes (7 juin 1546) en rétablissant la paix avec la France avait suspendu les hostilités avec les Écossais; mais Henri avait toujours continué d’entretenir de sourdes intrigues avec les protestants de cette contrée.

A son lit de mort, il avait recommandé expressément aux lords de son conseil de faire tous leurs efforts pour accomplir le mariage de son fils avec la jeune reine d’Écosse. Somerset écrivit une lettre à la noblesse écossaise dans laquelle il lui parlait des avantages réciproques que ce mariage offrirait aux deux pays et lui rappelait ses promesses ; « car', disait-il, il est de notoriété publique que vous avez pris l’engagement et fait le serment de conclure ce mariage. » Cet appel ne produisit aucun effet. Sur ces entrefaites arriva la mort de François U’ (30 mars 1547); ce prince ne survécut que de deux mois à Henri.

Personne ne doutait maintenant que, cédant à l’influence du duc de Guise et ducardinal de Lorraine, qui tous deux étaient frères de la reine douairière d’Écosse, et qui avaient alors la direction des affaires de France, le nouveau roi n’appuyât les catholiques écossais et ne cherchât à renouei- l’ancienne alliance des deux pays pour susciter des embarras à l’Angleterre. En effet, la France envoya bientôt des secours aux catholiques écossais. Les protestants de cette contrée, dont un grand nombre étaient dévoués à la cause d’Angleterre, furent défaits ; on assiégea la forteresse de Saint-André, dans laquelle s’étaient renfermés les meurtriers du cardinal,

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«t les assiégés consentirent à se rendre à la condition qu'ils auraient la vie sauve et qu’on le^ conduirait en France; ce qui leur fut accordé. Les trésors que le malheureux cardinal avait entassés dans son château n’a> vaient point été touchés; Aran retrouva son fils aîné que les meurtriers avaient retenu prisonnier pendant les quatorze mois que la forteresse était restée en leur possession. Le laineux Jean Knox, qui était allé rejoindre Korinan Leslie et ses compagnons après l’amnistie conclue avec Aran dans le mois de février précédent, était au nombre des ^irisoniiiers. On rasa aussitôt le château par ordre du conseil privé d’Écosse.

Le protecteur avant rassemblé une armée partit vers fa lin d’aoilt pour le nord. Son armée se composait d’environ vingt mille hommes d’infanterie et de six mille hommes de cavalerie; sa flütle, commandée par lord Clinton, consistait en soixante-cinq vaisseaux, dont trente-cinq étaient des hâtiinents de guerre, et trente étaient des bâtiments de transport. Quand l’armée se trouva réunie à Newcastle, le protecteur quitta Londres pour se rendre dans cette ville. La réception ^u’on lui fit dut paraître bien douce à son orgueil. Warwick, qui remplissait les fonctions de lord lieutenant , et Sadler, qui était maître trésorier, tous les nobles, les chevaliers de l’armée, vinrent achevai à sa rencontre à six milles de la ville. On passa une revue générale le jour suivant. Le 29 août 1 347, l^rmée s’ébranla et se porta sur Berwick où se trouvait la Hotte , qui appareilla aussitôt et longea la côte dans la direction du nord. L’armée entra ensuite dans la vallée sauvage de Peaths ou Peaseà Cokburnspath; elle commença ses opérationsen rasant le château de Douglas, ainsi que les châteaux de Thorntonetd’Anderwick qui appartenaientau lord Hume. Quelques jours après, elle poussa à une portée decanonde Dunbar, etvintcamper pendant la nuitdans les environs du château de Tantallou, où l’on reçut .fa première nouvelle de la position de

l’ennemi. L’armée d’invasion ayant trouvé une petite rivière appelée la Lyon, aperçut devant elle un certain nombre de soldats écossais qui cherchaient à inquiéter les flancs de la cavalerie. Il y eut une escarmouche dans latjuelle Warwick fut sur le point d’etre fait prisonnier, car, s’étant avancé avec une grande impétuosité pour repousser l’attaque , il fut enveloppé subitement, et ne dut son salut qu’aux prompts secours qui lui furent envoyés du corps d’armée. On établit aussitôt des communications avec la flotte qui était entrée dans le Frith de Forth, et qui se trouvait ' mouillée devant Leith; et après avoir pris les dispositions nécessaires , l’armée campa dons le voisinage de Sait Preston, lieu qui est appelé aujourd’hui Presto'nsans.

Les deux armées n’étaient plus séparées que par une distance d’environ deux milles. Chacune avait la mer au nord, tandis qu’au sud et à une égale distance s’élevait la petite éminence de Falcside ou F'awside Brae, dont les hauteurs terminent une rangée de collines qui s’étendent dans une direction parallèle à la mer. L’attaque commença par une escarmouche dans laquelle plusieurs personnes furent tuees;le fils et l’héritier de lord Hume tomba au pouvoir de l’armée de Somerset. L’avantage étant resté aux .Anglais, ils purent examiner à leur aise la position formidable de l’ennemi : au nord , ainsi que nous l’avons dit, était la mer; un vaste marais piotégeait le côté opposé , tandis que le front des lignes était défendu par la rivière Esk dont les eaux profondes et les bords escarpés présentent en cet endroit une barrière dilficileà franchir. De retour au camp, Somerset trouva deux hérauts d’armes, qui lui étaient envoyés du camp ennemi; l’un lui proposait au nom d’Aran de terminer le différend par d’autres moyens que par ceux de la guerre; l’autre était chargé de lui remettre un cartel au nom du comte de Huntley. Ce seigneur demandait un combat seul à seul, avec dix ou douze cavaliers de chaque côté.

Somerset repoussa les deux proposi-

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lions. A l'un des hérauts d’armes il répondit qu'il ne voulait d'autre paix que celle qu’il pourrait obtenir a la pointe de son épée; il demanda à l’autre si son maître avait l’intention de se railler de lui pour oser faire une propos! tion de cette na ture à un hom me « qui avait, dit-il, un joyau précieux à garder dans la personne du roi et à delendre tousses royaumes. » Warwick voulut accepter le cartel, mais Somerset s’y opposa en disant : « S’ils veulent nous rencontrer sur le champ de bataille, libre à eux! ils auront alors le loisir de se battre , et nous leur donnerons toute satisfaction à cet égard. »

Le lendemain était le samedi , jour néfaste dans les annales écossaises, que le peuple a pendant longtemps appelé pour cette raison le samedi noir. L’armée anglaise s’étant mise en marche découvrit devant elle l’armée ennemie, qui, par un mouvement inexplicable, avait quitté sa position de la veille et traversé la rivière. La batai Ile s'engagea, les Ecossais allèrent à la rencontre de leurs adversaires au pas de charge, mais une volée de canons lancée des galères de l’amiral anglais lit de nombreuses trouées dans leurs rangs, et les arrêta dans leur marche. Los deux armées s'avancèrent aussitôt vers Fawside Brae; cette fois encore l'avantage resta aux Anglais. Les Écossais, s’arrêtant tout à coup, se retranchèrent dans un champ inculte, et se trouvèrent séparés de leurs ennemis par un simple fossé. Lord Gray étant venu les attaquer ils le repoussèrent avec une grande furie; peut-être la journée leur fût-elle restée, car la confusion et la frayeur se répandaient déjà dans les rangs des Anglais; mais ceux-ci avaient des chefs d’un courage éprouvé et d’une habileté consommée; ils s’aperçurent que l’impétuosité des Écossais avait entraîné une partie de leurs troupes à une distance trop éloignée pour qu’elles pussent recevoir du secours m temps utile. Alors lefeu bien dirigé des batteries anglaises ne tarda pas à jeter l’épouvante dans leurs rangs;

la déroute fut complète. Aran fut le premier à tourner bride, ce fut ensuite Je tour d’Aiigus; puis les archers highianders prirent la fuite en masse.

Ces cris retentissants : « Ils fuient, ils fuient I « que poussaient les A nglais précipitaient leur marche. Ils prirent trois directions différentes; les uns s’enfuirent versLeith, les autres vers Édimbourg, les autres vers Dalkeith.

Cette journée, qui reçut le nom de bataille de Einkey, fut fatale à l’Ecosse, et depuis la mémorable bataille de Flodden le.s Écossais n’en avaient point essuyé de plus désastreuse. Le champ de bataille et tous les lieux où les fuyards avaient passé étaient couverts de leurs cadavres, et la rivière roulait des flots de leur sang ; l'Ëcosse perdit la fleur de sa jeunesse. Patten, l'historien de cette expédition , qui, pour excuser la barbarie de ses compatriotes, est obligé de rappeler les cruautés exercées par les Écossais dans des occasions précédentes, parle du grand nombre de gentilshommes écossais ui périrent dans cette mêlée; il nous it qu'on comptait à peine un gentilhomme sur vingt prisonniers. Parmi ces derniers se trouvait ce même comte de Huntley qui avait envoyé un défi à Somerset, mais qui, malgré cette bravade, fut accusé de trahison par les Écossais; quelques prisonniers démarqué furent misa mort, bien qu’on leur eût promis quartier. A cinq heures du soir, Somerset mit (in au carnage , et l’armée victorieuse revint sur ses pas pour piller le camp ennemi. Les tentes des chefs étaient ornées avec une grande somptuosité; partout on y voyait les fleurs de lis de la France; on y trouva une grande quantité de pain blanc, d’ale, de moutons, de fromage et de beurre en pots.

D'autres succès accompagnèrent cette grande victoire. Clinton , profltanAde la terreur générale, balaya la côte avec sa flottede tous les vaisseaux écossais ui s’y trouvaient, et porta l'inoendie ans tous les lieux qu’il put atteindre. L’ile d’Incholn dfans le détroit tomba dans ses jnains; Kinghorn ainsi que d’autres villes et villages fu-

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rent pillés et détruits par le feu; une partie des geiitillàtres des provinces s’empressa de faire sa soumission; la forteresse de Broughty, à l'embouchure de la Tay, qui est la clef de cette rivière et des villes de Dundee et de Pertii, ainsi que Hume Castle dans le district de Mers, ouvrirent leurs portes aux vainqueurs. Enlin Edimbourg et le port de Leitli furent étroitement bloqués, et Somerset fit des préparatifs pour prendre cette dernière ville.

Le sort de l’Écosse paraissait décidé lorsque Somerset ordonna subitement à ses troupes de lever les tentes , et de se préparer à quitter cette contrée, pour revenir en Angleterre. Mais Somerset Départit point sans laisser une dernière marque de son passage dans ce pays déjà si cruellement dévasté par ses armes. Le jour même où l’armée se mit en marche, la ville de Leith, dans laquelle leprotccteur s'était ménagé de secrètes intelligences, fut incendiée par ses ordres. Quelques écrivains ont prétendu que cet acte de barbarie ne doit

Ïioint retomber sur Somerset, thais 'esprit de dévastation bien connu du protecteur ne laisse aucun doute à cet égard. De secrètes influences et l’ambition d'un rival puissant, qui agissaient dans l'ombre a la cour tandis que Somerset frappait d'aussi grands et d'aussi terribles coups, étaient la cause de cette brusque détermination.

Le parti catholique n'était point abattu, car si Édouard était un protestant enthousiaste, sa sœur, la princesse Marie, que l’on regardait généralement comme l'héritière présomptive de la couronne, professait pour la religion romaine un culte plein de ferveur et de zèle. Somerset et ses partisans avaient d’ailleurs à lutter contie l’envie, les ressentiments profonds, et l'antipathie qui régnaient au fond du cœur deVancienne noblesse.

La plupart des membres du haut clergé catholique se remuaient contre le protecteur; au nombre de ceux-ci nguraieiit Bonner, évêque de Londres, et le courageux Gardiner de Win-

chester. Une partie de la nation murmurait aussi contre l'introduction des nouvelles doctrines religieuses; elle aurait voulu conserver le rituel et le culte de ses ancêtres.

A son arrivée à Londres , le vainqueur de Pinkey refusa les ovations des citoyens. « Tout ce qui a été fait pour ri'iouneur du royaume, dit-il, est l’œuvre de Dieu; c'est donc à lui que vous devez rendre des actions de grâce. > Maisilacceptaouplutôtils’adjugea lui-même en sa qualité de protecteur des propriétés dont le revenu annuel s’élevait à ûOO liv. L’œuvre de la réformation de l’Église avait été poussée avec vigueur depuis le commencement du nouveau régne; on avait renouvelé les visites des diocèses qui avaient eu lieu sous le feu roi; à son retour le protecteur eut la satisfaction d’apprendre que les commissaires qui avaient été envoyés dans les provinces pour cet objet avaient suivi ponctuellement ses ordres. L’historien Burnet rapporte que le jour même où les images du culte romain furent abattues à Londres, l'armée de Somerset remportait l'éclatante victoire de Pinkev. Somerset s’occupa ensuite de se défaire de ses ennemis. L’un deux était Bonner, évêque de Londres. Bonner avait promis de n'obéir aux injonctions prescrites par le gouvernement qu’autant qu’elles s’accorderaient avec la loi de Dieu, et avec les ordonuancesde l’Église ; il fut traduit devant le conseil pour répondre de ces restrictions , retira sa protestation et se soumit sans condition ; mais pour l’exemple il fut décidé qu’on l’enverrait pendant quelque temps à la prison de la flotte. Ce fut ensuite le tour de Gardiner qui alla rejoindre Bonner à la flotte. Gardiner ne voulut point se rétracter. Il dit à ses juges qu’il était résolu de .souffrir les plus cruels traitements plutôt quede renoncer à ses opinions religieuses; qu’il ne chercherait point à se mettre en opposition à la loi, mais qu'il userait de son droit de pétition pour réclamer contre elle. Un membre du conseil lui avant demandé, s’il obéirait aux

injonctions royales, il répondit <• Qu'il ne s’y croyait pas engagé et (|u’il répondrait àcet égard aux visiteurs lorsqu’ils viendraient dans son diocèse. » Le parlement s’étant assemblé, fît diverses lois importantes dont l’objet tendait naturellement à donner de la force au parti victorieux. L’une d’elles rapportait toutes les lois rendues contre lesLollards, y compris le statut des six articles. Une autre loi donnait à la couronne la nomination directe des évêques , et ordonnait que tous les procès dans les cours des évë-

3ues seraient désormais suivis au nom e la couronne ; que toutes les pièces des procédures porteraient le sceau royal et non le sceau épiscopal ; enfin que tous les établissements religieux qui n’avaient point été confisqués appartiendraient à la couronne. 11 y eut une loi rendue, pour arrêter la mendicité. Cette lui qu'Édouard dans son journal appelle « la loi extrême » portait le titre de « loi destinée à punir les vagabons et 5 secourir les personnes pauvres et infirmes. » Elle accordait a toute personne âgée ou infirme asile ou secours sur place au lieu de sa naissance; mais à l’égard des mendiants de profession, elle était d’une odieuse atrocité; nous y reviendrons quand nous aurons à parler de la législation. Le parlement termina la session en confirmant le pardon général accordé par le roi aux détenus politiques. On excepta seulement de t’amnistie le diic de Norfolk et le cardinal Pôle. Gardiner et Donner qui étaient enfertnés dans la prison de la flotte furent rendus à la liberté ; mais quelues mois après le premier ayant onné de nouveaux sujets de plainte au conseil , fut enfermé dans le Tour, où il resta prisonnier pendant tout le règne d’Edouard.

La guerre avec l’Écosse occupait alors l'iattention du gouvernement; car des événements importants venaient de se passer dans cette contrée.

La noblesse écossaise réunie à Stirling avait décidé sur la proposition de la reine douairière qu’on demanderait du secours à la France, et qu’on offrirait

pour l'obtenir la jeune reine en mariage au dauphin ; l’offre avait été acceptée , ■ le roi de France faisait déjà de grands préparatifs pour défendre avec vigueur ' le royaume d’Écosse qu’il pouvait re- / garder maintenant comme étant à lui.

Somerset adressa sans perdre de temps, une proclamation a la nation écossaise dans laquelle il énumérait tous les avantages qu’elle allait perdre par le rejet du mariage qui devait i runir à l’Angleterre; ensuite il envoya ^ en Écosse (fin d’avril l.S48)une armée nombreuse commandée par lord Gray I de Wilson. L’armée s’avança jusque I dans les environs de la capitale. La ville de Iladdington fut prise et fortifiée, on y laissa une garnison de deux mille hommes, on battit en brèche plusieurs châteaux isolés qui furent forcés de se rendre, Dalkeith et ,Mussellïiirgh furent incendiés. Ces pertes n’abattirent point le courage des Écossais, car ils étaient soutenus par l’espoir d’une vengeance prochaine lorsqu’arriveraient les secours attendus. Ces secours se composaient de six mille vétérans français et allemands, commandés par d’Esse d’Espauviliers, général d’une granoe bravoure et d’une expérience consommée. Huit mille Écossais se joignirent aux alliés, et aussitôt la place d'Haddington fut investie. Pendant ce temps la flotte française faisait le tour de l’Écosse pour entrer dans la Clyde; elle s’aprocha de Dunbarton, et reçut à ord la jeune reine et sa suite. La jeune Marie arriva à Brest le 13 aoilt 1548, et fut immédiatement conduite à Sh-Germain en I.aye où elle fut fiancée solennellement au dauphin de France qui n’avait que cinq ans; Marie avait quelques mois de plus. Les assaillants pressaient alors le siège de Haddington, et un corps de cavalerie de treize cents hommes ayant voulu s’introduire dans la place, ils le mirent en pièces. A la nouvellede cette défaite, la cour envoya en Écosse une autre armée de vingt -deux mille hommes sous le commandement du comte de Shrewsbury; elle donna l’ordre en même temps à'CIi monde mettre à la mer ‘

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avec sa /lotte. Shrewsbury en arrivant en Écosse délivra Iladdington dont les défenseurs étaient réduits a la dernière extrémité; mais les forces franaises et écossaises s’étant retirées à lusselburgli, et ayant pris dans cet endroit une position avantageuse, il n'osa point les attaquer et battit en retraite pour regagner la frontière.

Clinton n’avait pas été plus heureux; il avait débarqué cinq mille hottimes sur la côte de Fife pour dévaster le pays, lorsque le laird de 'Wemys et les barons de Fife vinrent à sa rencontre et le forcèrent à regagner ses vaisseaux. D’Esse voulut proliter de ces avantages en cherchant à surprendre la ville d’IJaddington, mais il fut repoussé et se retira dans Leith avec ses troupes.

Des préoccupations d’un autre genre appelaient rntteiition du protecteur. Somerset avait pour frere sir Thomas Seymour, homme ambitieux, qui avait été élevé à la pairie avec le titre de baron Seymour de Sudley et qui remplissait alors les fonctions de grand amiral. Seymour aurait voulu une part plus large dans la direction des affaires. De longues antipathies divisaient les deux frères, mais la crainte lesavait fait taire tantque Henri avait vécu. Tous deux avaient la même soif du pouvoir, le même amour de l’or, mais c’était là le seul point par lequel leurs caractères se ressemblassent. Le protecteur n’avait point de capacité intellectuelle de courage moral. Il était vain, timide, obéissait en esclave à sa femme qui le gouvernait en maître impérieux , et se reposait peut-être à cause du sentiment de sa faiblesse personnelle, sur le premier instrument qu’il trouvait sous sa main plutôt que de compter sur ses propres forces. Insolent comme un parvenu, il aimait à faire sentir son pouvoir et ne ménageait personne; les hiizzas de la foule lui étaient chers, et il les recherchait avec avidité. Ce fut à cette circonstance qu’il dut .ses succès, car son désir de conserver l’estime publiue, lui donnait aux yeux de la nation es vertus qu’il n’avait pas. Thomas

Seymour, au contraire, était regardé comme un homme d’une capacité supérieure, mais bouillant, emporté, ne tenant aucun compte de l’opinion publique, et aftichant ses débordements avec une effronterie scandaleuse. Il aimait le faste, la dépense, et ses succès amoureux dont il tirait vanité faisaient dire au peuple qu’il possédait quelque art magique pour séduire les coeurs. Il professait la plus grande indifférence pour les affaires religieuses; car on ne sait aujuste à laquelle des deux religions il appartenait. Les applaudissements populaires que recherchait Hertford avec tant de sollicitude n’étaient point du goôt de Thomas Seymour. Il aimait les grandeurs aristocratiques, et son esprit fier et hautain ne savait pas même dissimuler le profond dédain qu'il ressentait pour la multitude.

Seymour résolut de sortir du rôle secondaire qu’on lui avait donné. Il essaya d’abord d’obtenir la main de la prinoe.«se Marie, puis celle de la jeune Élisabeth; mais ayant rencontré de trop grands obstacles , il offrit sa main à la veuve du feu roi. La reine douairière, dit-on, aimait depuis longtemps Seymour. Dans une de ses lettres écrite de Chelsée , elle dit : « C’est moi qui ai recherché Seymour et non Seymour qui m'a fait la cour; » elle ajoutait qu’elle l’aimaii: depuis la mort de lord Latimer son premier époux , et avant de devenir la femme du feu roi. Le mariage s’accomplit au mois de juin l.v47, pendant que le protecteur faisait .ses préparatifs pour son expédition d’Écosse. Seymour avait un double objet en vue dans ce mariage; il comptait sur les richesses que Catherine avait amassées pendant qu’elle était reine, et sur le douaire auqjel elle avait droit en sa qualité de reine douairière. Il espérait en outre obtenir un accès plus facile auprès de la personne du roi par l’intermédiaire de Catherine à qui le jeune Edouard témoignait beaucoup d’amitié et de respect. Sous le rapport de la fortune ses espérances furentdéques en partie, car Catherine fut obligée par ordre dg

oogle

.zeo :

protecteur et du conseil de rendre plusieurs bijoux de prix qui lui avaient été donnés par 1e roi, et qu’on ne jugea pas devoir lui laisser aurès son mariage. On prétend que la naine et la Jalousie de lady Somerset, provoquèrent cette mesure , et qu’usant de Tautorité qu’elleexerçait sur son mari, elle le poussa à faire cet outrage à sa belle-sœur. Quoiqu’il en soit, et, peutêtre, aussi à cause de ce désappointement, Seymour ne tarda pas à changer de conduite à l’égard de sa femme; d’amoureux qu’il était il redevint volage, et laissa Catherine dans un complet abandon.

Ce qu’ambitionnait Seymour, c’était d’enlever à son frère une de ces grandes charges dont il était revêtu.

Somerset était en Écosse occupé à poursuivre le cours de ses succès, lorsqu’ilappritparPaget (septembre 1547) les intrigues de son frère. Les griefs allégués par le conseil contre Seymour étaient nombreux. On lui reprochait d’avoir brisé la promesse qu'il avait faite à son frère, en cherchant par des moyens détournés à lui enlever le gouvernement; d’avoir corrompu plusieurs meinbresdu conseil privé pardes promessesetdes largesses; d’avoir écrit une lettre de samain,etde l’avoir donnée à écrire et à signer au roi, avec l’intention de la lire lui-même à la chambre des communA; d’avoir excité du désordre et du tumulte dans le sein de cette chambre; d’avoir abusé delà jeunesse du roi pour lui persuader de prendre en ses mains la direction des affaires de l’État; d’avoir cherché à faire naître dans son esprit des sentiments de haine contre la personne du protecteur, enfin de luiavoirdonné de l’Argent pour qu’il le distribuât à ses domestiques.

Le lord protecteur, à son retour d’Écosse, somma son frère ds comparaître devant le conseil. L'amiral s'y refusa d’abord; cependant le conseil ayant ordonné son emprisonnement à la Tour, il jugea prudent de se soumettre. Cet acte de soumission le sauva cette fois; on lui pardonna, et on crut un moment que l’harmonie

allait se rétablir entre les deux frères.

A la suite de cette réconciliation Catherine mourut en donnant le jour à une fille (30 seotembre 1548). On supposa tout d'anord que Catherine était morte par le poison, et que son mari était l’auteur de ce crime.

Mais la déposition d’Élisabeth Tyrwhit qui fut trouvée dans les papiers relatifs au procès du lord amiral ne confirma point cette supposition.

Lady Tyrwhit s’exprimait ainsi :

« Étant entrée le matin dans la chambre de Catherine, elle me demanda pourquoi j’avais tant tardé , et me dit qu’elle craignait bien qu’il n’y edt en elle quelque chose qui l’empêchât de vivre. U Puis elle ajouta : « Milady Tyrwhit, je ne suis pas heureuse, car ceux qui .sont auprès de moi ne font aucun cas de moi, et rient au contraire de mes souffrances; plus je leur veux du bien, plus ils me font du mal. — Pourquoi parler ainsi, chère amie, s’écria le lord amiral. Je ne vous veux aucun mal — Je le pense ainsi, milord, répondit-elle à naute voix; puis l’attirant à elle, elle lui dit à l’oreille;

« Milord, vous m’avei! donné de grands et (le nombreux sujets de plainte. » Le lord amiral s’assit alors auprès d’elle et chercha à la calmer par de douces paroles; mais à peine eut-il prononcé quelques mots qu’elle l’interrompit avec vivacité, et lui dit; « J’aurais ' donné volontiers mille marcs , si j’avais pu parler librement à Hewyke le jour où je suis accouchée; mais je ne l’ai point fait dans la crainte de vous déplaire. » On voit par ces détails que la reine Catherine ne fut pas plus heureuse, avec le troisième époux qu’elle avait épousé par amour, qu’elle ne l’avait été avec le second qu’elle avait épousé par vanité.

L’avertissement du conseil ne profita point à Seymour. A peine échappé au (langer, il se livra à la poursuite de ses projets ambitieux avec plus d’ardeur que jamais. Quelque temps après la mort de sa femme il renouvela ses prétentions à la main de la jeune princesse Élisabeth. Il paraîtrait que des relations d’une nature fort équivoque

et fott compromettante pour le caractère de virginité auquel prétendait Élisabeth , existèrent entre cette princesse et l'amiral , et que ces relations auraient eu lieu même du vivant de Catlieri ne. Les dépositions des témoins dans le procès du lord amiral, nous fournissent à cet égard des détails pleins d’intérêt. Thomas Parry , trésorier de la maison de cette princesse , déclara que dans une conversation qu’il avait eue avec mistriss Catherine Ashiey, gouvernante de la princesse, cette (lame lui avait dit qu’elle avait reçu uneforteréprimandede lady Somerset, parce que milady Élisabeth était allée un soir se promener en bateau, et qu’elle avait commis d’autres inconséquences; que ladv Somerset lui avait dit entr’autres choses qu’elle, (Catherine Ashiey) n’était pas digne d’être la gouvernante de la fille d’un roi. Parry ajoutait au sujet des soins donnés par l’amiral à la princesse, avoir entendu direà Élisabeth elle-même , que l’amiral l’aimait beaucoup, et ue la reine Catherine était jalouse ’elle; qu’un jour se trouvant seule avec l’amiral, la reine était entrée subitement et l’avait surprise dans les bras de l’amiral; qu’ayantalorsappelé mistriss Ashiey, Catherine s’était plainte à cet égard', etqu’ilenétait résulté un grand déplaisir pour tout le monde : » Élisabeth habitait avec la reine à cette époque, mais immédiatement après cette aventure elle quitta Chelsée. La déposition de Catherine Ashiey, sur le même sujet, est plus explicite. « Elle dit qu’à Chelsée, immédiatement après le mariage de la reine, l’amiral avait coutume d’entrer fréquemment dans la chambre d’Elisahetn , avant qu’elle fût habillée, et souvent même avant qu’elle fût sortie du lit; que si elle était au lit, il ouvrait les rideaux et lui disait bonjour; qu’il s’approchait d’elle, et qu’elle s’enfoncait dans le lit pour l’empêcher de venir jusqu’à elle; que lorsqu’elle était debout il la frappait familièrement sur les hanches et dans d’autres parties du corps; et qu’un matin il avait essayé de l’embrasser au lit : qu’elle (C,atherine

ANfil.ETFRKF.. — T. II.

Ashiey) scandalisée d’un pareil excès d’audace, avait grondé l’amiral comme il le méritait. > Suivant inistriss Asiiley, la reine était souvent témoin des libertés que son mari prenait vis-à-vis de la princesse, ce qui est assez improbable. ■> Une fois, ditelle, tous deux arrivèrent dans la chambre de la princesse pendant qu’elle était au lit, et se mirent à la chatouiller en sa présence. Une autre fois, la princesse s’étant amusée à jouer avec l’amiral, dans le iardin du palais, sa robe fut déchirée en plusieurs morceaux; qu’ayant grondé la princesse, sa Grâce lui répondit qu’elle n’avait pu l’empêcher parce que la reine la retenait tandis que l’amiral lui déchirait sa robe. Dans une autre circonstance, Élisabeth, dit-elle, ayant entendu la porte de la chambre s’entr’ouvrir, et se doutant qui c’était, s’était enfuie dans la chambre de ses femmes ; qu’elle s’était cachée derrière le rideau, et que milord l’avait appelée pendant longtemps. « Élisabeth fit également sa déposition; mais la princesse ne faisait allusion qu’au projet de mariage que l’amiral avait formé, et ne disait rien , comme on le pense bien, à son désavantage; elle affirmait que mistriss Ashiey ne lui avait conseillé ce mariage qu’autant qu’il serait agréable au protecteur et au conseil.

Cependant, dans une lettre écrite par elle de Hatfield au protecteur dans le mois de janvier 1549, tandis qu’on instruisait le procès de Seymour, elle parlait d’un fait important qui serait resté ignoré sans elle ;

« J’ai appris, disait-elle, qu’on a répandu le bruit quej’étais entérinée dans la Tour, enceinte des oeuvres de milord amiral ; ces bruits sont d’infâmes calomnies et je demande à paraître immédiatement à la cour pour les détruire, et me montrer telle que je suis. » Les dépositions des témoins inspirèrent les plus vives inquiétudes à Élisabeth. Sir Robert Tyrwhit, mari de lady Tyrwhit, ayant été envoyé à Hatfield pour la surveiller, et arracher d’elle tout ce qu’il pourrait en savoir, écrivit à cet égard une lettre

f)S mSTOIRK D’ANGLETEURE.

au protecteur; ildisaitqu’à la nouvelle de l’arrestation de Parry et de mistriss Ashiey , la princesse était tombée dans un profond abattement, qu’elle avait versé un torrent de larmes, et demandé à milady Brown si les témoins avaient fSît quelques aveux; que lui, Tyrwhit, avant invité la princesse à lui dire toute la vérité, en lui promettant que tout le mal et la honte retomberaient sur mistriss Ashiey et ses complices, elle n’avait rien voulu avouer quoiqu’il vit clairement sur sa figure qu'elle était coupable. Le jour suivant Tyrwhit écrivait une autre lettre au protecteur dans laquelle il lui disait qu’ayant fait la question suivante à la princesse « Épouseriezvous l’amiral dans le cas où le conseil vous donnerait son assentiment? »

elle lui avait répondu avec beaucoup de vivacité, « Ceci me regarde et je n’ai rien à vous répondre à cet égard ; » puis qu’elle lui avait dit : « Mais,pourauoi , cette question ? qui vous a ordonné de me la faire? » « La princesse a beaucoup d’esprit, disait l’interrogateur, et on ne peut rien obtenir d’elle qu’avec beaucoup de politique. »

Quelques jours après on présenta à la princesse, les confessions de Parry et d’Asluey,et elle parut coniiné anéantie quand elle en eut achevé la lecture. Elle écrivit au protecteur une lettre quiexiste encoreetdans laquelle elle le supplie ainsi que le conseil d’épargner mistriss Ashiey. « La première raison, dit-elle, sur laquelle j’appuie ma requête, est que mistriss Ashiey a vécu avec moi pendant longtemps et qu’elle s’est donné beaucoup de mal pour m’instruire, et pour m’élever dans des principes honnêtes; »

à l’appui de l’assertion qu’elle avançait, la princesse citait un long passage de Saint-Grégoire; « la .seconde raison est que, quelle que soit la part qu’elle ait prise dans les projets de milord amiral sur moi, elle ne l’a fait que, dans la pensée qu’étant membre du conseil lui-même, l’amiral ne poursuivrait l’exécution de son projet de mariage, qu’autant que le conseil y donnerait son assentiment; la troisiè-

me raison enfin c’est que le peuple sachant qu’une personne que j’ai tant aimée reste enfermée dansla Tour, ne manquera pas de croire que je suis coupable, car autrement, dira-t-il , on la rendrait à la liberté. » Élisabeth n’aurait pas fait autant de frais de logique pour se justifier si elle eût été réellement irréprochable comme elle voulait le persuader.

Une des clauses du testament du feu roi , portait que si une des deux princesses se mariait sans le consentement du conseil , elle perdrait ses droits à la succession; cependant cet obstacle à ses projets ambitieux joint aux menaces ae son frère qui voulait^ le faire enfermer à la Tour s’il coiit:’- ' nuait à voir Élisabeth , n’arrêta point le duc. 11 s’entendit en outre avec un nommé Sharington, directeuc de la monnaie à Bristol , pour altérer la monnaie et fabriquer des pièces fausses. On s’empara de sa personne et il fut envoyé immédiatement à la Tour (19 janvier 1549). L’ordre d’arrestation était signée par le comte de Southampton, ce qui prouverait que le comte s’était réconcilié avec le protecteur. On essaya la crainte et les menaces sur l’esprit du prisonnier et on lui promit son pardon s’il consentait à faire acte de soumission au protecteur. Mais Seymour avait une ûme forte et courageuse : il protesta de son innocence et se contenta de déclarer qu’il n’avait pris aucune part dans les projets de trahison dont il était accusé. Le parlement fut saisi de l’affaire , et il fut décidé qu’un bill àiAtiainder serait lancé contre l’amiral.

Édouard donna son assentiment de la manière suivante à cette mesure :

« Nous venons de nous apercevoir que des accusations graves sont portées contre milord amiral, notre oncle; que justice soit faite ; votre 'requête est juste, et vous pouvez conduire la procédure comme il est dit. » Le bill fut présenté à la chambre des lords , et le lendemain à la chambre des communes. Dans cette chambre il s’éleva de vives réclamations contre ce mode de procédure; et un grand

PÉRIODE DES TUDORS

nombre de membres demandèrent que l’amiral ne fût point jugé sans être entendu. Les déoats s’kant prolongés pendant quelques jours , un message du roi annonça que S. M. pe jugeait pas à propos que f'amiral fût entendu , et la chambre vota aussitôt à la presque unanimité l’adoption du bill proposé. Le 14 mars le bill reçut la sanction royale, et le 17 du môme mois le conseil donna l’ordre d’exécution.

Seymour mourut avec courage (20 marsil.549). Avant de livrer sa tête au bourreau, on l’entendit faire quelques recommandations au domestique du lieutenant de la Tour. On sut que l’amiral invitait ce domestique à remettre aux princesses Marie rt Élisabeth', deux lettres dans lesquelles il les engageait à conspirer contre le protecteur.

Ces lettres furent trouvées cousues dans la semelled’undes souliers dudomestjque; et il fut lui-niénie exécuté.

La fille que Seymour avait eue de Catherine et qui n’avait alors que six mois fut remise aux soins de la duchesse de Suffolk ainsi que son père l’avait désiré. Somerset promit de lui faire une pension annuelle, mais l’enfant resta à la charge de la duchesse de Suffolk jusqu’à sa mort qui arriva quelques mois après.

Diverses inlluences agitaient alors la population des campagnes. Les monnaies sans cesse altérés pendant lecours du règne précédent et du règne actuel avaient éprouvé une dépréciation considérable qui avait nécessairement élevé le prix nominal des denrées nécessaires à la consommation; mais les salaires des travailleurs n’avaient point changé, ou du moins ils ne s’étaient point élevés dans la meme proportion. Une grande augmentation venaitégalemcnt d’avoir lieu dansle prix de la laine , circonstance qui en excitant les propriétaires à convertir leurs terres labourables en pâturages laissait un grand nombre de bras sans travail. La suppression progressive du Villainaçe en donnant naissance au travail libre, avait encore diminué le nombrè des travailleurs. Enfin la ruine des établissements religieux

avait laissé sans pain des milliers d’individus qui auparavant trouvaient leur nourriture dans ces asiles.

Des symptômes précurseurs d’une commotion violente s’annonçèrent donc dans toutes les partiesdu royaume , lorsqueparutuneproclamationdu protecteur ayant pour nut de restreindre le privilège de culture dont jouissaient les habitants des villages sur les communaux et d’autres terres ouvertes. Cette proclamation alluma l’incendie. La première levée de boucliers commença dans les comtés de Somerset , de Buckingham, de Northampton de Kent,d’Essex,de Lincoln, et de Wilt.

sir William Herbert réunissant à la hâte une petite troupe d’hommes déterminés battit les insurgés et leur tua un certain nombre d’hommes.

Mais ce succès ne comprima pas la révolte; elle gagna bientôt le Sussex, le Hampshire-,le Kent, le Glocestershire le Suffolk , le Warwikshire, l’Essex , l’Hertfordshire , le Leirestershire , le Worcestershire et le Rutlandshire.

Cette manifestation vigoureuseobligea legoiivernement à envoyer des commissaires spéciaux dans les provinces pour connaître des abus et y porter remède.

Ces commissaires étaient revêtus d’un pouvoir presqn’arbitraire; et ils augmentèrent le mal au lieu de le guérir.

L’esprit religieux accrut encore le désordre , et ce fut dans le Devonshire qu’il fit entendre d’abord sa voix puissante. Les'révoltés de ce comté mirent à leur tête un gentilhomme du nom de Humphrey Arundel, et des prêtres catholiques ; ils se réunirentau nombre de dix mille et mirent le siège devant Exeter. Lord Russell vint à leur rencontre; mais soit qu’il n’osât pas les attaquer à cause de leur force numérique, soit qu’il eût des instructions de la cour pour ne point prendre des me-, sures décisives, il se contenta d’obseryer leurs mouvements, et leurfitdire qu’il était prêt à recevoir leurs plaintes et à les transmettre au conseil.

Arundel d’aeçord avec les principaux chefs de son parti envoya à Russel une déclaration qui comprenait quinze articles. Les révoltés demandaient qua

izsa Dy 'wOOgle

tous les décrets des conciles généraux fussent observés; que le statut des six articles fut remis en vigueur; que la messe fut dite en latin ; quele saint sacrement fut adoré; que ceux qui se refusaient à l’adorer fussent punis comme hérétiques; que la communion fôt administrée au peuple à Pâques et sous une seule espèce ; que le pain bénit , l’eau bénite , et les rameaux, ainsi que les images et toutes les anciennes cérémonies fussent rétablies ; qu’il fût permis aux prêtres de célébrer le service divin dans les églises de paroisse ; que tous les prédicateurs dans leur sermon , et les prêtres à la messe fussent obligés de prier pour les âmes du purgatoire; que le cardinal Pôle fût admis a prendre place dans le conseil du roi; que la moitié des terres eccléciastiques fussent restituées aux deux principales abbayes de chaque comté; et finalement que tous les griefs des réclamants fussent réparés comme le conseilleraient au roi Arundel et le maire de Bodmin pour lesquels les insurgés demandaient un sauf-conduit. La requête envoyée au conseil et examinée par Cranmer revint aux insurgés qui réduisirent leur demande à huit articles; mais ils y ajoutèrent une clause qu’ils avaient omise : cette clause avait rapport au célibat des prêtres sur lequel les insurgés insistaient beaucoup. Cette seconde requête n’eut pas plus de succès que la précédente, et un message fut envoyé aux insurgés au nom du roi : « Nous sommes, disait Édouard, votre souverain, lord et roi naturel Édouard VI pour vous gouverner, pour vous défendre contre tous vos ennemis extérieurs ; pour présider à. la bonne administration de nos lois, pour assurer les droits de chacun de vous , pour arrêter les désordres , et punir les traîtres, ies voleurs, les pirates et préserver nos royaumes de la maffee des Écossais, des Français, et de l’évêque de Rome. » Édouarâ terminait en jurant au nom du Dieu vivant que si les insurgés ne se repentaient pas et refusaient ses offres de pardon , ils ressentiraient cruellemrent la force de son bras et qu’il tirerait sa bonne

épée contre eux comme il ferait contre des Turcs et des infidèles.

Les insurgés pour toute réponse poussèrent avec vigueur le siège d’Éxeter. La ville, quoique bien fortifiée, aurait capitulé; car dans le sein de sa population il y avait une faction puissante qui était dévouée à la cause catholique, et qui par divers stratagèmes cherchait à faciliter l’entrée de la

filace aux assaillants. D’un autre côté, e parti protestant n’était pas trèsuni ; une violente querelle venait d’é- Cl ater entre J ohn Courtenay et Bernard Duffield, deux des principaux chefs de ce parti. Duffield ayant été enfermé par l’ordre des magistrats à la suite de cette querelle, sa fille s’était présentée devant le maire et avait demandé que son pèrefût mis immédiatement en liberté.

Sur le refus du maire, la jeune fille l’avait accablé d’injures et l’avait frappé au visage. Cette scène avaitjetéuninstant l’alarme et la confusion dans la ville entière. Enfin la disette se faisait vivement sentir ; lepain manquait; la chair de cheval servait de nourriture au plus grand nombre, et cet aliment devenait plus rare de jour en jour.

Sur ces entrefaites, Russèll , à qui des marchands d’Exeter venaient de faire passer une somme d’argent considérable , se transporta avec son armée à Fennington-Bridge. Les rebelles étant venus à sa rencontre , il y eut un combat sanglant dans lequel ils furent défaits. Quelques jours après un renfort arriva de Londres, commandé par lord Gray, Russell s’avançant alors sur Exeter livra bataille aux “insurgés, les battit et délivra la ville. La déroute des rebelles fut complète et ils eurent un nombre considérable de prisonniers. Aussitôt des gibets furent dressés dans différents endroits du comté , et l’on pendit les principaux diefs. Arundel fut conduit a Londres , et y fut exécuté. Les historiens contemporains évaluent à quatre mille hommes le nombre de ceux qui périrent par Tépée ou par la main du bourreau dans eette insurrection.

L'Yorkshire et tout le nord de

PÉRIODE DES TUDORS

J’Aneleterre , l’Oxfordshire et le Buckingnamshire s'étaient insurgés à l'exemple du Devonshire, mais forcés de se soumettre , ils avaient été traités avec la même cruauté. Le comté de Norfolk qui s'était également insurgé ne voulut point mettre bas les armes aussi facilement. Les insurgés de ce comté insistaient principalement sur les griefs qui affectaient la condition matérielle du peuple : ils accusaient hautement la noblesse d’avarice, de rapine, d'extorsions ; et se plaignaient de l'oppression qui pesait sur le peuple. Ils avaient àleurteteun tanneur du nom de Robert Ket. Leur armée se composait de seize mille hommes; et ils avaient à leur disposition une grande quantité de poudre , et d'autres munitions de guerre.

Comme de fréquentes querelles s'élevaient entre eux , Ket et les autres chefs décidèrent qu'on établirait une cour suprême où les jugements seraient rendus comme dans une cour de justice ; cette cour formée sur le modèle de la cour de Westminster se composait d'une cour de chancellerie, d'une cour du banc du roi, d'une cour des plaids communs ; on l’établit au

Î)icd d’un grand chêne qui fut appelé 'arbre de la réformation. Sous l’ombrage de ses branches on discutait également les grands intérêts que les insurgés voulaient faire triompher; et les orateurs v étaient librement entendus. Aloricb , maire de Norwhich et d’autres y vinrent faire de longs discours; Matheo Parker, qui plus tard devint archevêque de Cantorbery, monta lui-même sur l'arbre pour y pérorer contre les insurgés, mais ayant fait entendre quelques paroles de menace, cette licence parut de mauvais goût à l’auditoire ; il y eut dans l’assemblée un cliquetis d’armes qui arrêta court l’orateur. Cependant on lui permit de se retirer sans lui faire aucun mal.

Cette insurrection durait depuis un mois lorsque un héraut d’armes envoyé par le conseil se présenta au camp des insurgés. Il était couvert de sa cotte de mailles, et se plaçant

lui

devant l’arbre de la réformation, il promit un pardon complet à tous ceux qui voudraient rentrer chez eux , el déposer leurs armes. Ket et la plupart de ses partisans refusèrent de se soumettre, déclarant qu'ils n’avaient pas besoin de pardon, puisqu’ils ne s’étaient point écartés de leur devoir de sujets Gdèles. Les insurgés entrèrent aussitôt à Norwhich, et transportèrent dans leur camp tous les canons et les munitions qu'ils purent y trouver. La cour envoya aussitôt dans le Norfolk une force de quinze cents chevaux sous le commandement du marquis de Northampton qui parvint à entrer dans Norwicli et à en chasser les insurgés. Mais le jour suivant, ceux-ci revinrent à la charge; ils tuèrent lord Sheflield, et plusieurs autres personnages de distinction , incendièrent et pillèrent la ville , et forcèrent Northampton à battre en retraite et à revenir à Londres en toute hâte avec les débris de son armée. Le conseil envoya aussitôt Warwick avec une arméede six mille hommes, etce général s’étantfrayé un passage jusqu’à Norwich , attaqua les rebelles à l’improviste, et les mit en déroute. Les fuyards poursuivis à outrance, laissèrent sur le champ de bataille trois mille cinq cents cadavres. Ket, abandonné de tous, fut trouvé le lendemain dans une berne et conduit à Norwich.

On pendit neuf des principaux chefs à neuf branches différentes du chêne de la réformation. Plusieurs autres furent écartelés, et leurs membres furent envoyés dans différentes parties du royaume. Ket et son frère William, après avoir été conduits à Londres et renfermés à la Tour, furent renvoyés à Norfolk et y furent pendus enchaînés, l’un au sommet du château de Norwich , l’autre au clocher de Windham.

Pendant que le gouvernement s’occupait à réprimer ces désordres intérieurs , la guerre continuait avec la France et l’Ecosse. Les armesanglaises n’étaient point heureuses en France , car, dans un court espace de temps, les Français avaient repris successi-

HISTOIRK D'ANGLETERRE.

vemeiit les forteresses de Sclagues, d*Auibleteuse, de Neufchâtel , et Boa-, logne était meoacé. Du côté de l’Ecosse , l’Angleterre avait également essuyé des revers ; les Écossais avaient repris le cbâteau de Fastcastle dans le sud, et la forteresse importante de Broughty-castle dans le nord, ainsi que Uaddrngtoii que les Anglais avaient été forcés d’évacuer. Somerset, si arrogant et si hautain dans sa première expédition contre l’Ecosse, aurait voulu maintenant faire la paix avec cette contrée et surtout avec le roi de France. Il proposa à Henri de lui rendre Boulogne moyennant une somme d’argent. Mais cette proposition rencontra une vive opposition dans le sein du conseil. A lors il envoya sir William Paget en Allemagne ; Paet était chargé d’offrir h l’empereur e prendre Boulogne sous sa protection , et même de lui offrir la possession de cette ville moyennant une somme d’argent raisonnable. Sa mission n’eut point de succès, car à l'époque où il arriva en Allemagne le roi de France avait fait de si grands progrès dans le Boulonnais que l’empereur jugea prudent de refuser les offres qui lui étaient faites.

L’orage grondait sur la tête du protecteur. L’insuccès de ses opérations en France et en Ecosse, les disgrâces et les.désastres qui en étaient résultés pour les armes nationales, la misère du peuple, et les insurrections auxquelles ce fléau avait donné naissance , la direction qu’il donnait aux affaires publiques, et enfin son arrogance et son insatiable avidité creusaient sous ses pas un abîme profond dans lequel il devait infailliblement tomber. Déjà un compétiteur dangereux se mettait sur les rangs pour lui enlever l’autorité suprême. Le comte de Warwick, qu’inspirait de ses conseils l’ex-chancelier Southampton , ce vieil ennemi que Somerset avait maladroitement écarté du pouvoir, était ce compétiteur. Warwick avait gagné en réalité les victoires dont se glorifiait le proteotaur. C’était lui qui avait battu lus Ecossais dans la plaine sanglante

de Pinkey ; qui avait soumis les rebelles de Norfolk; qui avait remporté des succès éclatants sur les Français. Ces pensées irritaient Warwick'et âllumaient dans son cœur des désirs ambitieux. De son côté Southampton travaillait sans relâche à détacher du parti du protecteur ceux qui paraissaient y tenir encore. Aux uns il représentait que l’amitié d’un homme qui n’avait eu aucune pitié de son frère , ne méritait point de confiance; aux autres , que Somerset n’avait bâti sa grandeur que sur leur humiliation , et par le renversement de l’ancien ordre de choses ; à d’autres , il parlait de la cupidité du protecteur et de ses dilapidations lorsqu’il avait fait bâtir dans le Strand le palais somptueux et magnifique qui porte aujourd’hui son nom.

Somerset avait] fait venir des architectes et des artistes de l’Italie pour construire cet édifice, tandis que ITtat était engagé dans des guerres ruineuses qui réclamaient toutes ses ressources. 11 avait forcé trois évêques à lui livrer leurs demeures épiscopales , et avait abattu une église gui le gênait, ainsi que plusieurs édifices râigieux qui étaient situés dans les environs pour se servir des matériaux.

Au mois de septembre 1549, les ennemis du protecteur élevèrent la voix dans le sein du conseil et parlèrent de lui enlever le pouvoir exorbi tant dont il était revêtu. Quelques jours après, Warwick et ses partisans s’étant réunis a Ely-place à Londres, appelèrent dans le sein de leur assemblée le lieutenant de la Tour, et le lord maire avec les aldermen. Tous s’y rendirent et promirent d’obéir aux ordres qui leur seraient donnés; on écrivit ensuite à la noblesse dans les provinces pour s’informerde cequi se passait. Somerset crut d’abord en imposer à ses ennemis en faisant prendre les armes à cinq cents hommes, et en envoyant le roi au château de Windsor; il écrivit ensuite à son ami Russell qui était encore occupé dans l’ouest, pour lui dire d’accourir à la défense du roi avec toutes les forces qu’il pourrait réunir. Mais Somerset n'avait point

de courage personnel. Il adressa une lettre au conseil à Londres pour l’informer, que , pourvu qu’on ne fit aucun mal à la personne du roi ,on le trouverait disposé à consentir à tout arrangement. On ne tint aucun compte de sa lettre , et lelconseil , après s'étre rendu dans le palais du lord maire , publia une prodamatiou qui déclarait Somerset traître, et ordonnait qu’il fût éloigné de la personne du roi. Le lendemain , le conseil se réunit à Guiid Hall , et confirma ce qui s’était passé. Alors Somerset fit un appel à la générosité de son rival , lui rappela Tamitié qui les avait unis dans leur enfance et les dignités qu’il lui avait données. Il adressa ensuite une proposition au conseil dans laquelle il demandait que sa querelle avec Warwick fût décidée par quatre arbitres, dont deux seraient tournis par chaque parti. Il -n’était déjà plus temps de négocier le conseil composé de vingt-deux lords se rendit à Windsor ; le même jour le roi fut ramené à Hanipton-court et le protecteur fut envoyé a la Tour sous la garde des comtes de Sussex et de HuntingdoD.

On avait beaucoup espéré de cette révolution; mais au fond l’état des choses était le même, il n’y avait rien de changé. Le pouvoir de Warwick était presque aussi étendu que celui dont il venait de dépouiller le protecteur. Les espérances que Southampton avait conçues ne se réalisèrent point; il ne fut pas réintégré dans sa place de chancelier, et encourut même fa disgrâce de celui qu’il avait si fortement aidé. Le parti catholique qui croyait Warwick sincèrement attaché aux doctrines de la religion romaine, vit bientôt ses espérances déçues, car Warwick ne songeait avant tout qu’à safortune personnelle, et nes’appliqua qu’à affermir l’œuvre de la réforme pour faire la cour au roi.

Le parlement rouvrit ses séances le 14 novembre 1549, et l’un de ses premiers actes fut d’adoucir la loi qui avait été rendue contre les vagabonds deux ans auparavant : il s’occupa ensuite de l’affaire du duc de

Somerset , qu’il condamna à la perte de ses emplois, à la confiscation de ses biens, et à une amende annuelle de deux mille livres. Somerset voulut présenter quelques observatious au sujet de l’énormité de cette amende, mais il reçut une réponse dure qui l’arrêta court. Jamais on ne vit plus de bassesse; il remercià sesjugesetle roi de ce qu’ils avaient épargne sa vie. Un ennemi pareil n’était pas redoutable, on lui rendit la liberté, et quelque temps sa conduite pleine de soumission lui valut le pardon du roi , et sa rentrée au conseil. Un traité de paix fut conclu avec l’Écosseet la France , et il fut an été que Boulogne serait rendu au roi de France. On se rappelle que de vive* clameurs s’étaient élevées dans le sein du conseil au sujet de la reddition de cette ville; mais cette fois cet article du traité de paix fut accepté presque sans débat , par les mêmes hommes.

Il fut stipulé dans le traité que le roi de France payerait à l’Angleterre la somme de deux cent mille couronnes, enéchange de lareddition decette ville, et une somme égale, cinq mois après le premier payement, pour compensation des sommes que les occupants avaient dépensées ^our les fortifications. C’était bien peu, si l’on songe que quelques années auparavant François 1" s'était engagé a donner deux millions dé couronnes pour obtenir cette ville. La pension et l’arriéré que ce prince était convenu de payer à Henri VIII et à ses successeurs turent abandonnés.

Dans le cours de l’année 1550 et d’une partie de l’année suivante, les affaires religieuses occupèrent l’attention du gouvernement. On brûla à Smithfield, pour cause d’hérésie, une femme du nom de Jeanne Bâcher ou Jeanne de Kent, et un Hollandais nommé Von-Paris qui demeurait à Londres et y exerçait la profession de chirurgien. Cranmer présenta l’ordre d’exécution de Jeanne Bâcher, à Édouard qui, cédant à un mouvement de pitié naturel à son âge, refusa de le signer. Cranmer lui ayant fait alors quelques observations , il lui dit : « Je

ly VjOOglc

HISTOIRE U’AJNGLETERRE.

loi

signe puisque vous le désirez, mais je ne le fais que par soumission pour vous, et si l’acte que vous me conseillez est mauvais c’est vous qui aurez à en répondre devant Dieu. »

Cette admonition solennelle faite par un jeune homme toucha Tarchevéque; il lit tous ses efforts pour empêcher l’exécution, en cherchant à obtenir que Jeanne abjurât. Jeanne repoussa ses exhortations et fut brûlée vive.

Bonner, évêque de Londres, qui avait été rendu à la liberté, fut réintégré en prison, et fut privé de son siège.

Gardiner de Winchester, Heath de Worcester, Day deChichester, éprouvèrent le même sort.

Une affaire religieuse qui suscita de grands embarras au gouvernement pendant quelque temps , fut la contumace de la princesse Marie, sœur aînée du roi , et héritière présomptive de la couronne. Marie avait écrit a Somerset au commencement du nouveau règne pour l’informer que tous les changements que lui ou ses collègues tenteraient d’introduire dans la religion tant que Édouard n’aurait pas atteint sa majorité, étaient contraires au respect qu’ils devaient à la mémoire du feu roi , et que ces changements n’auraient d’autre effet que de compromettre la paix publique. Le protecteur lit une réponse longue et pressante à la princesse dans laquelle il lui disait qu’il ne croyait pas que sa lettre eût été écrite par elle, et il l’exhortait, pour l’amour de Dieu, à examiner cette affaire avec plus de soin. Marie ne tint aucun compte de ces exhortations; elle résista aux ordres du conseil. Alors le conseil en vertu d’un statut du parlement, qui prescrivait l’uniformité du culte dans le royaume, l’avertit que ses chapelains n’auraient plus la permission de dire la messe, même dans sa chapelle privée. L’intervention de l’empereur dont le gouvernement sollicitait alors l’assistance dans l’affaire de Boulogne empêcha qu’on ne prit aucune mesure violente contre la princesse, et il fut décidé que la nouvelle loi ne lui serait pas appliquée du moins pour le moment.

Cependant quand la paix fut conclue avec la France, on décida que la loi aurait son cours, et qu’elle serait ap-

Sée à la princesse' comme à tous itres sujets du royaume. Deux de ses chapelains furent traduits devant les tribunaux, et le bruit s’étant répandu qu’elle avait l’intention de quitter le royaume, une flotte fut armée pour empêcher sa fuite. Marie comparut elle-même devant le conseil (mars 1551); et Édouard essaya vainement de la convertir. Alors L’ambassadeur de l’empereur donna à entendre au conseil que si on n’accordait pas à la princesse l’indulgence qu’elle réclamait , son maître déclarerait immédiatement la guerre. Il fut décidé qu’on n’inquièterait pas Marie et qu’on lui laisserait la liberté d’entendre la messe dans sa chapelle. Cette tolérance n’avait d’autre objet que de gagner du temps, car au mois d’août suivant on renouvela les tentatives qui jusqu’alors avaient eu si peu de succès. Les officiers de la maison de la princesse reçurent Tordre d’empêcher qu’on ne célébrât la messe dans l’intérieur du palais; et sur leur refus d’obéir ils furent envoyés à la Tour. Le lord chancelier et d’autres membres du conseil se rendirent ensuite à la résidence de Marie dans TEssex pour conférer avec elle sur ce sujet important, mais elle leur répondit :

• Quand le roi sera en âge, et qu’il pourra, donner par lui-même des ordres , j’obéirai ; car quoique le roi soit un prince doux et gracieux, qu’il ait des connaissances au-dessusde son âge, il n’est pas apte encore à juger de ces affaires. Messieurs, s’il y avait une flotte à envoyer en mer, ou bien à décider d’une affaire politique importante, vous croiriez que ces affaires sont au-dessus de ses forces et ne voudriez pas qu’ilen jugeât. Pourquoi voulez-vous qu’il soit plus capable deprononcer sur des affairesrcligieuses dont l'importance est autrement grande. »

La princesse déclara que si ses chapelains se refusaient à lui dire la messe, qu’ils étaient libres de le faire, mais qu’elle ne souffrirait point qu’on célé-

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PKIUODK DES TUDORS.

brât aucun autre servicedivin dans son palais, et que si on voulait l’y forcer elle quitterait immédiatement sa résidence. Cette fermeté en imposa au gouvernement; et « Marie continua , nous dit Fhistorien Burnet , de garder ses prêtres et d’entendre la messe dans son palais. »

Nous avons vu Somerset humble , abattu , demandant grâce à ses juges.

Il paraissait maintenant sincèremént réconcilié avecWarwick; celui-ci lui avait même donné à la cour les fonctions insigniOantes de lord chambellan ; et sentant qu'un homme aussi rapproché trône que l’était l’ancien protecteur par les liens du sang pouvait être d’un grand secours a sa fortune naissante, il avait marié son flis aîné lord Lisie , à Lady Aune, fille de Somerset. Ce mariage était à peine consommé qu’on apprit que lord Gray, ami de l’ancien protecteur, était parti pour le nord où Somerset se disposait à le suivre pour soulever ces provinces. L’affaire en resta là pendant quelque temps; « les deux lords, Warwick et Somerset, nous dit Édouard dans son journal, se donnèrent réciproquement à dîner pour montrer au public que les bruits que l’on avait répandussur leur discorde étaient faux , et que l'union régnait toujours entre eux. » On crut un instant à une réconciliation sincère. Sur ces entrefaites Warwick envoya le marquis deNorlhainpton en ambassade à Paris afin de demander la main delà princesse Élisabeth, fille de Henri , pour le jeune Édouard ; la proposition fut acceptée, et la dot fut üxée a deux cent mille couronnes. Les deux rois firent échange de courtoisie à cette occasion. Édouard reçut l’ordre de Saint-Michel, et le roi de France eut en retour l’ordre de la Jarretière.

Rien pourtant n’était plus trompeur que le calme qui semblait exister

entre WarwicketSomerset. Warwick

venait de se créer duc de Norlhumberland, et gardien des frontières écossaises, fonctions qui lui permettaient de couper la retraite à Somerset si celui-ci venait à se jeter dans cette

partie du royaume. Il avait aussi conféré de nouvelles dignités à ses amis, en créant le marquis de Dorset,le comte de Wiltshire, et sir William Herbert, l’un duc de Suffolk, l’autre marquis de de Winchester, et le troisième comte de Pembroke. Quelques jours aprèsla distribution de ces faveurs, la capitale apprit tout à coup l’arrestation du duc de Somerset et son emprisonnement à la Tour. Lord Gray et plusieurs de ses amis furent arrêtés le même jour, et le lendemain ce fuMe tour de la duchesse de Somerset, de quelquesunes de ses dames et d’un grand nombre d’autres personnes. La déclaration d’un complice nommé sir Thomas Palmer avait déterminé ces diverses arrestations. Palmer déclara que Somerset avait envoyé lord Gray dans le nord quelques mois auparavant pour soulever le peuple de ces contrées , qu’il avait ensuite formé le projet d’inviter à dîner Warwick , Northanipton et d’autres pour les assassiner; que les conspirateurs avaient l’intention d’insurger Londres ; que sir Ralph Vane avait deux mille hommes sous scs ordres; que sir Thomas Arundel devait s’assurer de la Tour, et que sir Miles Partridge devait s’emparer du grand sceau . Un fit grand bruit de cette découverte ; des messagers furent envoyés dans toutes les cours de l’Europe , et toutes les corporations de la cité reçurent l’ordre d’exercer une grande surveillance aux portes de la ville.

Le premier décembre , Somerset fut retiré de la Tour, et conduit à Westminster-Hall où l’attendaient scs juges. Selon l’usage dans ces sortes de solennit^judiciaires, un officierde justice portait la hache de la Tour à quel que pas devant l’accusé. On permit a Sominerset de se défendre, mais les juges de l’ancien protecteur n’étaient autres que ceux-là mêmes contre lesquels on faccusait d’avoir conspiré; le duc de Northumberland, le auc Northampton, Pembroke et plusieurs membres du gouvernement. Il n’y eut pas de confrontation de témoins, on lut simplement leurs dépositions écrites. Somerset repoussa les charges principa-

HISTOIRE D’AKGLETEURE.

les portées contre lui. 11 avoua seulerneut que l’idée de tuer le duc de Northumberlaiid lui était venu, et qu’il en avait parlé à plusieurs personnes, mais qu’après réflexion il. s’etait décidé à abandonnerce projet. Ce fut sur ce chef qu’il, fut condamné; il fut ensuite ramené à la Tour. Comme l’instrument de mort qui l’avait précédé le matin ne paraissait pas cette fois dans le cortège, le peuple qui ne savait pas ce oui s^était passé , crut un instant uu’il était sauvé. L’exécution eut lieu le 22 décembre à Tower-ilill au milieu d’un immense concours de peuple. Somerset s’étant mis à genoux récita une courte prière; se levant ensuite et se tournant vers le petiplc, il déclara qu’il n’était coupable d’aucune offense contre la personne du roi, que loin de se repentir de ce qu’il avait fait pendant qu’il était au pouvoir, surtout en matière de religion , il s’en réjouissait puisqu’il voyait que l’ordre de choses établi maintenant dans le royaume, se rapprochait de la forme de la primitive Église. Ici le cri national de Gocl save the King, et ces mots, grâce, grâce, poussés par la foule interrompirent le malheureux duc. Ce tumulte était causé par le mouvement de quelques cavaliers que le peuple vit s’approcher de l’échafaud, et qu’il crut chargés d’apporter la grâce au condamné; mais le duc reconnut l’erreur et s’empressa de la détruire.

Il continua de parler pendant quelque temps et termina en priant ses auditeurs d’étrecalmeset tranquilles. « Cat dit-il , bien que mon esprit soit ferme et résolu, la chair est fainle et je pourrais faillir a Après une seconde prière, il se releva, fit ses adieux au lieutenant de la Tour, et serra la main à tous ceux qui étaient avec lui sur l’échafaud. On lui banda les yeux ; il posa sa tête sur le billot fatal, et aussitôt le bourreau la lui trancha.

Les principaux complices de Somerset périrent de la même manière; sir .Miles Partridge , sir Ralph Vane, sir Michel Stanhope, et sir Thomas Stanhope, furent exécutés le 26 février.

1552. Tous protestèrent de leur inno-

cence, etsir Ralph Vane ajoutaqu’aussi longtemps que Northumberlaud reposerait sa tête sur son oreiller , il le trouverait humide de leur sang.

I.e parlement s’assembla le lendemain de l’execution , et adopta dans le cours de la session plusieurs statuts importants. L’un substituait un nouveau livre de prières à ceux qui étaient en usage; un autre révisait la loi qui était relative aux crimes de trahison ; un autre maintenait l’observance des jours de jeûne et des jours de fête indiqués dans le calendrier. Les autres lois avaient pour objet de pourvoira la subsistance du pauvre, de légaliser les mariages des prêtres, et de légitimer leurs enfants. De vifs et longs débats s’engagèrent daus le sein de la chambre des communes au sujet de quelques-uns de ces bills, et principalement au sujet de celui qiii était relatif aux crimes de trahison. La chambre des communes demandait qu’aucun bill (fattaincler n’eût son effet sans qu’il y eut confrontation des témoins avec l’accusé. Cette confrontation fut même exigée par elle quelque temps après , lorsque Northumberlaud présenta un bill à la chambre des communes tendant à priver Tunstall, évêque de Durham, de sa place; les communes déclarèrent qu’elles ne prendraient connaissance du bill qu’autant

?|ue l’accusateur de l’évêque serait conrouté en leur présence avec l’accusé, et la chambre ayant persisté dans cette résolution , elle fut dissoute par Northumberland après une session de trois mois. Les subsides ordinaires n’ayant point été votés , le gouvernement s’occupa aussitôt d’obtenir une chambre plusdocile; des lettresfurent envoyées aux shérifs des comtés; elles avaient pour objet de leur signaler les personnes dont ils devaient appuyer l’élection. Ces efforts eurent le succès que Northumberland en attendait. La session s'ouvrit le l'” mars 1553; les subsides furent votés; le parlement supprima l’évêché de Durnam , et en fit deux nouveaux diocèses; l’un comprenait le comté de Durham , et l’autre celui de Northumberland.

PÉRIODE DES TUÜORS.

L’ambition de Warwick était sans bornes. Dans ces derniers temps la santé du jeune roi paraissait fort affaiblie; l’année précédente il avait eu la rougeole et la petite vérole , et depuis quelques mois il était attaqué d’une toux violente qui résistait a tous les traitements. Son état empira tellement qu’il ne put se rendre à Westminster pour ouvrir la session. Northumberland témoigna dans cette circonstance la plus vive affection au roi en restant presque continuellement à son chevet ; il voulait par là ainsi assurer l’exécution d’un projet hardi qu’il méditait. Au commencement de mai, Durhamhouse, nouvelle résidence du duc dans le Strand, fut témoin d’une cérémonie magniflque ; car on y célébrait trois mariages, celui de lord Guildford Dudley, quatrième lils du duc avec lady Jeanne Gray, fille aînée du duc de Suffolk; celui de lady Catherine Dudley, sa fille, avec lord üastings , fils atné du comte de Huntingdon; et celui de lady Catlierine Gray, seconde fille du duc de Suffolk avec lord Herbert, fils du comte de Pembroke. Les deux derniers mariages unissaient Northumberiand à des familles puissantes et donnaient ainsi plus de force à son parti. Mais le premier mariage avait été conçu dans un but plus élevé. Frances, duchesse de Suffolk et mère de lady Jeanne Gray qui venait d’épouser le fils de Nortbumberland était l’atnée des filles de la princesse .Marie, fille de Henri Vil, qui avait épousé en premières noces Louis Xll, roi de France, et s’était en suite mariée à Charles Brandon, duc de Suffolk. Nous avons dit autre part . que les princesses Marie et Élisabeth , étaient sous le coup du statut de bâtardise promulgué sous Henri VIH, et que les descendants de Marguerite, épouse de Jacques! V d’Écosse, et sœur de Henri, avaient été reconnus par ce prince comme n’ayant aucun droit à la couronne; Jeanne Gray, belle-fille de Northumberland, pouvait donc, par mère y avoir quelques droits.

Northumberland espérait faire entrer de cette manière la couronne dans

sa famille; les obstacles qui s’offraient à lui ue l’effrayèrent point. Il décida d’abord la duchesse de Suffolk à faire abandon de ses droits en faveur de sa fille aînée , et déroula ensuite ses plans au jeune roi. Northumberland avait acquis une grande influence sur l’esprit timide d'Édouard ; il lui fit un tableau alarmant des malheurs qui allaient fondre sur le pays si l’une ou l’autre de ses sœurs arrivait au trône. La princesse Marie était bigote, et ses principes religieux étaientconuus; Northumberland n’oublia point sans doute la prétendue bâtardise de Marie et de sa sœur Élisabeth; ensuite il lui parla de lady Jeanne Gray et de son dévouement au protestantisme.

Le roi consentit à tout ce que désirait Northumberland, et convoqua à Greenwich un conseil pour lui faire

fiartde ses intentions et des motifs qui es avaient déterminées. Les membres du conseil lui répondirent que l’acte de succession tel qu’il avait été établi par le gouvernement précédent, ne pouvait être ainsi annule; le roi insista. Le lendemain sir Édouard Montague, grand juge de la cour des plaids communs, sir Thomas Bromley , membre de la même cour, revinrent à Greenwich et déclarèrent qu’après avoir examiné attentivement les statuts , ils avaient reconnu qu’en dressant un nouvel acte de succession, ils se rendraient coupables du crime de haute trahison. Northumberland étant entré dans la salle en ce moment appela Montague traître, et le mena^ de le battre lui et les autres conseillers si l’acte n’était dressé au plus vite. Ces menaces décidèrent Montague et ses collègues; le testament fut préparé, et envoyé à la cour de chancellerie, où il fut scellé du sceau de l’État; il fut ensuite signé par tous les lords du conseil, par la plupart des juges, et par l’avocat de la couronne, et l’avocat énéral. On y joignit une autre pièce ans laquelle vingt-quatre membres du conseil , l’archevêque Cranmer entête, s’engageaient sur l’honneur et par serment à observer tous les articles du testamentduroi, à en surveiller

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rexé«ution, et n poursuivre quiconque chercherait à y porter atteinte, comme un ennemi du royaume et à le punir comme tel. Édouard mourut quelques jours après.

g 6. Jeanne Gray est proclamée reine. — Progrès de Marie; Norlhumberiand est arrêté et conduit à la Tour; son exécution. — Projels de mariage de la reine. — Révoltes de Wyatt. — Êlisaheth est arrêtée et conduite à la Tour. — Mariage de la reine avec PIdiippe d’Espagne. — Haine des Anglais contre les Espagnols. — Elisabelh est retirée de la Tour. — Prudence de sa conduite. — Exécutions religieuses. — Philippe dégoùlé de sa femme quitte l’Anglelerre. — Prise de Calais par les Français. — Mort de Marie.

Le règne d’Édouard VI n’avait point modiüc d'une manière bien importante la situation de l’.Angleterre, vis-à-vis des puissances étrangères. Mais la cause du protestantisme, encore indécise, incertaine, à la mort de Henri VIH, avait fait un grand pas sous le règne qui venait de finir. C’était principalement sur ce point que s’était porté l’attention du gouvernement.

Warwick en s’appuyant sur la religion nouvelle avait cru assurer le triomphe de sa cause, et les dispositions qu'il venait de prendre durent réjouir un instant les partisans de cette religion. Mais la mort d’Édouard surprit le duc à l’improviste; il n’avait pas eu le temps de faire tous ses préparatifs; et les circonstances qui le ruinèrent compromirent pendant quelque temps la cause à laquelle il avait attaché la sienne.

On cacha soigneusement pendant plusieurs jours la mort d’Édouard.

Northumberland s’étant ensuite consulté avec ses amis , appela à Greenwich (8 juillet 1553) le lord maire de Londres, six aldermen et douze des principaux citoyens pour leur apprendre la mort du roi et leur communiquer ses dispositions testamentaires en faveur de lady Jeanne Gray. La députation prêta le serment d’allégeance à Jeanne Gray , et deux jours après elle fut conduite à la Tour de Londres, où elle fut reconnue publiquement comme reine. Le soir du même jour, la mort du roi Edouard ayant

été rendue publique, Jeanne fut proclamée reine dans la cité. Le peuple de Londres accueillit la proclamation avec froideur, et plusieurs citoyens prononcèrent le nom de Marie. La nouvelle reine semblait elle-même protester par ses larmes contre l’ambition de ceux qui l’avaient élevée si haut. » Elle versait d’abondantes larmes, nous dit Roger Asham , et montrait par sa douleur à ceux qui avaient accès auprès d’elle qu’elle n’avait accepté le poste dangereux qu’elle occupait que parce qu’elle y avait été contrainte par ses parents et ses amis. » Que de regrets réveille le triste sort de cette victime de l’ambition. Voici le portrait que nous en a laissé l’écrivain que nous citions tout à l’heure.

« Elle était dans la fleurdela jeunesse, dit-il; elle n’était point belle si l’on veut, mais elle était jolie, aimable, sans affectation, douce et modeste.

Ses devoirs domestiques et l’attachement qu’elle portait a son jeune mari l'occupaient presqu’entièrement; elle aimait la retraite et la littérature élégante, et ses talents littéraires lui permettaient de lire Platon dans le grec original. »

Àlarie que Northumberland avait laissée dans l’ignorance de la mort de son frère , mais qu’il avait invitée de se rendre à la cour dans l’espoir de la faire prisonnière, avait été avertie à temps de ce qui se passait par un messager du comte d’Arundel. Elle s’était retirée dans le Suffolk au château de Framiinghamquiestsitué auprès de la mer, afin de gagner, en cas de revers, les possessions que l’empereur Charles, son parent , avait dans la Flandre. Élisabeth qui sé trouvait en ce moment dans l’Hertfordshire, avait été également avertie à temps de la mort d’Édouard. Bientôt les partisans de Marie s’agitèrent dans le Suffolk , dans le Norfolk et dans le Cambridgeshire où Northumberland comptait de nombreux ennemis à cause de la sévérité qu'il avait déployée dans ces contrées contre les insurgés. Il y avait parmi ces hommes un fort parti qui penchait pour la réforme, mais lorsque Marie

PÉRIODE DES TU DORS. 100

leur promit solennellement de ne faire vaincu, il se décida à marcher à la aucun changement dans la religion et tête de ses troupes. Northumbcrlanil les lois d'Edouard , ce parti emorassa dans cette circonstance Gt un appel sa cause avec ardeur. Des personnages chaleureux aux sentiments des inemdistingués par leur naissance et puis- bres du conseil. Il leur dit que les nosants parleur fortune accoururent des bles personnages qui allaient se battre autres provinces, pour faire prévaloir soussesordresrisqueraientavecplaisir ses droits. D’un autre côté, le parti leur vie pour le succès de la bonne de Northumberland s’affaiblissait cha- cause; que cette cause était celle que jour par des défections. Un de Dieu, et de l’évangile, qu’ils y corps de troupes venait de passer à avaient donné leur assentiment, cii ses adversaires et une petite flotte proclamant reine lady Jeanne Gray ; qu’il avait armée pour empêcher la il rappela' le serment d’allégeance fuite de Marie si elle venait à quitter qu’ils avaient récemment prêté et dit l’Angleterre avait arboré le pavillon que lui et ses compagnons conGaient de la princesse. La ville importante leurs enfants et leurs femmes à leur de Norwich venait enGn d’embras- loyauté. Tous les membres du conseil ser sa cause , et lui avait envoyé des promirent solennellement de soutenir troupes et des munitions de guerre, la bonne cause. Mais ces protestations Marie écrivit aux membres du con- n’avaient point complètement rassuré seil pour réclamer le trône qui , disait- Northumberland, de tristes pressenelle, lui appartenait par le droit de sa timents assaillaient encore son âme. naissance, par la d^ision du parle- On rapporte que traversant les rues de ment et par la volonté de son père. Londres avec sa petite armée qui se Maisleconseil,quiétaitpour ainsi dire, composait de six mille hommes et que gardé à vue dans la Tour de Londres voyant le silence morne de la multitude par Northumberland, lui répondit qui était accourue sur son passage, il que ses droits avaient été inGrmés par ne put retenir un soupir de tristesseet le mariage de sa mère, et par les der- qu’il dit à un de ses ofGciers qu’on ne nières volontés du feu rot , et par la leur souhaitait pas seulement le « bon voix générale du peuple. A peine voyage. »

eurent-ils fait cette réponse qu’ils ap- Les craintes de Northumberland prirent que la princesse était allée à n’étaient que trop fondées. Il avait à Kenning-Hall dans le Norfolk où les peine quitté Londres que ceux qui lui comtes de Bath et de Sussex, sir avaient fait les protestations les plus Thomas Wharton, sir John Mordaunt, formelles de dévouement se déclasir Henry BedingOeld et d’autres per- raient contre lui. On persuada d’abord sonnages influents étaient venus la au duc de Suffolk d’ordonner au conrejoindre. Cette nouvelle changea tout seildesetransporterdanslechâteaude à coup leurs dispositions. Baynardqui appartenaitalorsaucomte

Northumberland ne savaitquel parti de Pemhroke; mais une fois rendu

f (rendre. D’un côté il avait à craindre dans le château le conseil se déclara es cabales et les intrigues des courti- à l’unanimité pour la reine Marie, et sans s’il quittait Londres, mais de lui dépêcha le comte d’Arundel, sir l’autre il ne savait à qui cônflçr le William Paget, et sir William Cécil commandement de son armée. Un pour lui annoncersasoumission. Dans instant il eut l’idée de donner ce corn- te cours de la même journée , le conseil mandement au duc de Suffolk , père Gt appeler le lord maire et les alderde lady Jeanne; mais Suffolk n’avait men. Alors lady Marie, fille de Henri aucune capacité militaire. A demi VllI et de la reine Catherine, fut propersuadé par le conseil qui, pour s’en clamée par les ordres du conseil reine débarrasser, lui donnait a entendreque d’Angleterre, de France et d’Irlande, seul il était capable d’assurer la vie- et chef suprême de l’Église. Le contoire dans un pays où il avait déjà seil détacha quelques troupes pour

logic

faire le siège de la Tour où était encore lady Jeanne. Le duc de Suffolk qui en avait la garde en ouvrit immédiatement les portes. Le duc allant aussitôt dans la cliambre de sa fille, lui annonça que son règne avait cessé, et qu’elle devait se préparer à reprendre le rang plus modeste qu’elle avait quitté. On rapporte que Jeanne loin de montrer de l’aflliction à cette nouvelle, parut contente, et qu'elle dit à ceux qui l’entouraient que sa conduite innocente dans cette affaire lui servirait sans doute d’excuse pour l’erreur qu’elle avait involontairement commise. Son père , le duc de Suffôlk , se réunit au conseil , et apposa sa signature à tous lesactes qui lurent rendus au nom de la reine Marie. Northumberland lui-même arrivait alors à Cambridge avec une partie de sa petite armée, car l’autre partie s’était débandée en route, et le premier, dans cette ville, il proclamait reine la princesse Marie.

Lettres sur lettres lui arrivaient de Londres et l’instruisaient de ce qui se passait. Le conseil, qui quelques Jours auparavant obéissait servilement à ses ordres , venait également de lui écrire pour lui ordonner de renvoyer ses troupes sous peine d’être traitécomme traître. Cette lettre portait entre autres signatures celle du père de Jeanne, du duc de Suffolk lui-même, de Cranmer et de Cécil. Northumberland hésitait encore. Que faire.’ Devait-il fuir , ou implorer sa grâce .’ Le comte d’Arundel qui quelques Jours auparavant avait déclaré qu’il verserait la dernière goutte de son sang pour lui vint l’arrêter au milieu de ses hésitations. Le duc qui manquait de noblesse etde grandeur d’âme se jeta aux genoux d’Arundel et lui demanda sa grâce en termes suppliants, mais celui-ci resta sourd à scs prières et le conduisit à la Tour de Londres où déjà par les ordres de Marie se trouvaient enfermés lady Jeanne Gray qui avait été reine pendant dix jours , le comte de Warwick , lord Ambrose , et lord Henri Dudley, fils de Northumberlmid; sir A. Dudley, frère du

duc; le marquis de Nortliampton , le comte de Huntingdon; sir Thomas Palmer ; sir John Gates , sir Henri Gates son frère; et le docteur Edwin Sand, vice-chancelier de l’université de Cambridge ^ui du haut de la chaire avait proteste contre la validité des droits de Marie. Deux Jours après les cachots de la Tour s’ouvraient encore pour recevoir d'autres prisonniers d’État. C’étaient sir RogerCholmley , chef de Justice du banc du roi; sir Edmond Montagne, chef de Justice des plaids communs; le duc de Suffolk et sir John Cheke.

La reine Marie qui avait çjuitté Norfolk, arrivait alorsàpetites journées à Wanstead dansl’Essex ( l"' août). Marie trouva dans cette ville sa sœur Elisabeth , qui, décidée à faire cause commune avec elle, avait quitté sa retraite pour venir à sa rencontre. La reine congédia aussitôt sa petite armée et partit ensuite pour Londres. Le 3 août, Marie fit son entrée solennelle dans cette capitale , et se rendit à la Tour au milieu d’un cortège magnifique et d’un concours immense de citoyens. Le vieux duc de Norfolk , Edward Courtenay, fils du marquisd’Exeter qui avait eu la tête tranchée en 1538, Gardiner, et Anne, duchesse de Somerset, prisonniers d’État des règnes précédents, se présentèrent à genoux devant elle. Alors l’ancien évêque de Winchester prenant la parole au nom de tous, lui fit un discours pour la féliciter de son avènement au trône. « Vous êtes tous les prisonniers de ma propre cause, » leur répondit Marie avec courtoisie, et elle embrassa chacun d’eux. On donna aussitôt des ordres pour que ces prisonniers fussent rendus à la liberté ; deux Jours après , Bonner dt Tunstall, évêques destitués de Londres et de Durham , furent également relâchés , et des mesures furent adoptés pour les rétablir ainsi que leurs amis dans les sièges épiscopaux dont ils avaient été privés.

Le gouvernement n’avait point encore parlé de faire aucun changement en matière de religion, maison ueresta pas longtemps dans le doute surles in-

PÉRIODE DES TUDORS

tentions de la cour. Marie , aux funérailles de son frère, ordonna que le service fdtfait en latin ; guelquesjours après, on entendit à Saint-Paul Cross des prédicateurs déclamer contre les innovations introduites dans la religion sous le règne d’Édouard. Le peuple dans cette circonstance manifesta une vive agitation ; le prédicateur fut sur le point d’ôtre lapidé , et l’un des assistants lui lança un coup de poignard oui heureusement ne l’atteignit point.

Aussitôt la foule se pressa menaçante autour de la chaire, mais Bradfordet Rogers, prédicateurs protestants, pour lesquels le peuple avait une protonde, vénération protégèrent la fuite du prêtre catholique et parvinrent à le sauver de la fureur populaire.

L’attention publique s'arrêtait en ce moment sur les prisonniers qui étaient enfermés dans la Tour. Le 18 août, John Dudley, le duc de INorthumberland, John comte de Warwick, son flls aîné, William Parr, marquis de Northampton, furent conduits à Westminster Hall , et traduits devant la cour que présidait le vieux duc de Norfolk, qui venait de recouvrer sa liberté. Northumberland déclara qu’il n’avait agi que par les ordres du conseil, et demanda si les hommes dont il n’avait fait que suivre les commandements et qui par conséquent étaient tout aussi coupables que lui , avaient droit de le juger. Cette défense litsi peu d’impression que Cranmer, Cécil, Suffolk pèrede Jeanne Gray qui avait été renau à la liberté, deux jours après son arrestation , et d'autres ne se récusèrent^ point. La

Ïieine de mort fut prononcée contre e duc. Northumberland dans l’espoir d’obtenir son pardon de la reine en apostasiant, demanda aussitôt à s’entretenir avec quelques-uns des ecclésiastiques qui composaient le conseil pour éclairer, disait-il , sa conscience, et leur divulguer des secrets d’où dépendait la sûreté du royaume; mais ses efforts pour obtenir la vie sauve furent inutiles. Sou fils, le comte, de Warwick, montra plus découragé; il entendit sa

sentence avec fermeté, demanda pour toute grâce qu’on payât ses dettes sur ses biens que la sentence confisquait au profit de la couronne. Le marquis de Northampton , sir Andrew Dudley, sir John Gates, sir Henri Gates, et sir Thomas Palmer furent également condamnés par la même cour. Le 22 du même mois, le lieutenant de la Tour livra trois des condamnés aux shérifs de Londres : c’étaient Northumberland, sir John Gates et Palmer. Quand Northumberland fut en présence de sir John Gates, il lui oit qu’il lui pardonnait de tout son cœur, bien que fe Conseil et lui fussent cause de son malheur. Gates remercia le duc et lui rendit son pardon en. lui disant qu’il ne devait s'en prendre qu’à lui-merae et à son ambition. Northumberland du haut de l’échafaud fit un long discours aux assistants dans lequelil les engageait à prier pour la reine, et .s’agenouillant il dit à ceux qui l’entouraient : « Je veux que vous sachiez tous que je meurs dans la sainte religion catholique. Alors il récita le Miserere, le De profundis et le Pater noster ainsi que les six premiers vers du psaume qui commence par ces mots: « In te. Domine, speravi. Sa tête tomba d’un seul coup sous la hache du bourreau. Ge fut ensuite le tourdesir .lohn Gateset celui de sir Thomas Palmer qui tous deux firent également un discours au peuple. Le dernier voulut que le bourreau essayât si la hache allait bien à son coul et recommanda à l’exécuteur de ne point le frapper parce qu’il avait encore quelques prières à réciter; le bourreau y consentit.

Palmer après queh|ues moments passés en prières replaça sa tête sur le billot et il fut exécuté. La tête et le corps de Northumberland furent transportés à la Tour, et enterrés près de l’endroit où reposaient les restes de sa victime, le duede Somerset, ceux d’Anne de Boleyn et de Catherine Howard.

La reine méditait d’autres vengeances , car le cœur de Marie nourrissait une haine profonde pour le parti protestant. C’était ce parti qui avait causé les mallieursde sa mère et les siens;

c’était aux réforiuateurs qu’elle devait attribuer les menaces et les mauvais traitements de son père; c’étaient des ministres attachés au protestantisme qui lui avaient fait signer l’acte par lequel elle reconnaissait que sa religion était une duperie, et que sa mère n’était point la femme légitime de son

Îière. Marie n’était point dans l’âge où ’on pardonne aisément; elle avait trente-sept ans, et son cœur, déjà aigri par tant de chagrins, l’était encore par des souffrances physiques.

Une stupeur profonde régna dans la nation quand le jour qui suivit l’exécution de Northumberland on apprit que Gardiner, évêque de Winchester, avait été élevé aux fonctions de chancelier. De plus la conduite de Marie ne justifiait que trop ces appréhensions. L’empereur Cnarles qu’elle consultait dans les affaires importantes, l’engageait à ne punir que ses princi-

fiaux ennemis, et à ne rien faire à la lâte, Marie lui répondit : « J’ai confiance en Dieu qui m’a soutenue dans tous mes malheurs, et je ne veux pas attendre pour lui donner des marques de ma gratitude. J’agirai immédiatement et ouvertement. » EneffetMarie, au mépris d’une déclaration publique dans laquelle elle disait qu’elle laisserait à tous ses sujets la liberté de conscience, et leur recommandait de ne plus employer les termes offensants de papiste et d’hérétique, venait d’ordonner l’arrestation de Cranmer qui avait prononcé le divorce de Catherine, et que Marie regardait comme le plus grand ennemi de sa mère, Cran mer fut arrêté le 1.5 septembre, et conduit à la Tour avec Latimer et d’autres. Quelques jours après cette arrestation on célébra la cérémonie ducouronnement, et le parlement s’étant assemblé la session s’ouvrit dans chacune des deux chambres par la célébration de la grand’messe. On vit s’agenouiller à l’élévation du saint sacrement les mêmes hommes qui , quelques années auparavant, avaient déclaré cette cérémonie impie; dans la chambre des lords Taylor, évêque de Lincoln, fut le seul qui refusa de s’agenouiller;

mais on le chassa immédiatement.

Le divorce de Catherine fut annulé et la reine déclarée légitime ; de plus le parlement infirma par un seul vote tous les statuts relatifs à la religion qui avaient été rendus sousÉdouard. De la sorte les choses revinrent à peu près au même point où elles étaient dans la dernière année du règne de Henri VIII.

La reine ne refusa point le titre de chef suprême de l’Église, et ne parla point non plus de la restitution des abbayes ; mais ce fut par prudence , car Marie savait que tous ces lords qui se montraient si soumis et si obéissants en matière de doctrine et de foi , opposeraient une vigoureuse résistancea tout bill qui compromettrait leurs biens et leurs propriétés. De son côté le clergé , sans prendre avis de la reine , ni s’occuper du parlement , déclara impie le livre de prières à l’usage de l’Église réformée , et arrêta qu’on supprimerait sur-le-champ le nouveau catéchisme. Les mesures les plus violentes furent adoptées contre tous les membres du clergé qui étaient mariés et ceux qui se refuseraient de revenir auxdoctrinesorthudoxesdu catholicisme. Cranmer et Latimer étaient déjà danslaTour; ils y furent bientôt suivis parHolgate, archevêque d’York, qui était marié; parRidley,évêquede Londres, qui avait prêché à Saint-Paul's Cross pour défendre les droits de Jeanne Gray; par Poynet qui avait occupé l’évêché ae Winchester pendant la détention de Gardiner; par Taylor, évêque de Lincoln, qui avait refusé de s’agenouiller à l’élévation du saint sacrement à la chambre des lords quand on avait ouvert la session; par Hooper, évêque de Worcester et de Glocester, qui était marié; par Coverdale d’Exeter, traducteur de la Bible.

Les prisons regorgèrent bientôt d’ecclésiastiques protestants, et les moins coupables furent livrés aux horreurs de la misère et de la faim, car on leur arracha leurs bénéfices. Leservice divin tel que l’avait établi la réforme fut aboli dans les églises, et la messe fut célébrée comme autrefois dans tout le royaume.

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PÉRIODE DES TTIDORS.

Marie ordonna qu'on procédât aussitôt contre les grands coupables. Cranmer, lady Jeanne Gray, lord Guildford Dudley, son jeune mari , et son frère, lord Ainbrose Dudley, accusés de haute trahison, furent traduits devant leurs juges et condamnés à mort. La jeunesse de J canne Gray, et de son époux , excitaitune vive sympathie dans la nation; il en était de même pour lord Guilford Dudley, et l’on crut pendant quelque temps que Marie leur ferait grâce. Cranmer. obtint un sursis; Marie lui fit même grâce de la peine de mort qui venait d’être prononcée contre lui pour le crime de trahison dont il avait été convaincu , mais il fut renvoyé à la Tour pour crime d’hérésie; crime plus grand que le premier. Aussi les amis de Cranmer, l’engngèrent-ils à quitter le royaume avant d’être arrêté; mais Cranmer leur répondit qu’il s’en remettait à Dieu., et qu’il resterait.

Le clergé vainqueur aurait voulu une soumission absolue , et sesexigencesétaientgrandes. Fautegrave! caril aurait ramené sans peine avec de la prudence la plupart de ceux qu’il poursuivait de ses fureurs. Bon nombre de ceux-ci n’avaient adopté le culte nouveau que pour assurer leur existence et non par conviction ; depuis , beaucoup d'entre eux s’étaient mariés.

Or il est probable que ces ecâésiasti-

ues ou du moins une grande partie

’entre eux seraient rentrés paisiblement dans le seiitde l’Eglise romaine, avec la même facilité qu’ils l’avaient quittée, si on ne les eût pas dépouillés violemment de leurs bénéfices, si on ne les eût pas obligés à se séparer de leurs femmes. Une émigration considérable de ces ecclœiastiques fut la conséquence inévitable de ces persécutions. Les uns s’enfuirent dans le Daneniarcfe, les autres cherchèrent un refuge dans l’Allemagne; mais dans cette contrée ils eurent à endurer des souffrances cruelles parce qu[ils étaient opposés aux doctrines religieuses des protestants allemands.

1,’esprit public commençait à se préoccuper vivement de ces cliaiigemeiits.

Am-.uïtf.hbk. — t. II.

La réforme n’avait à proprement parler, pour ennemis que les populations des campagnes, qui n’avaientjaniais été parfaitement converties, mais la population des villes, et surtout celle de Londres professait pour elle un culte ardent. Une vive irritation en faveur du protestantisme se manifesta dans le Suffolk dont les habitants avaient replacé la reine sur le trône ; plusieurs des révoltés osèrent rappeler à Marie les promesses solennelles qu’elle avait faites à cette occasion. La modération se rencontre rarement dans la victoire. On continua comme on avait commencé. Le juge Hall, l’un de ces courageux opposants. Hall qui avait défendu avec une rare énergie (es droits de la reine, fut arrêté arbitrairement et mis au pilori ; le malheureux juge en se voyant traité avec une telle rigueur perdit la raison , et essaya de se couper la gorge. On lui ouvrit enfin les portes de la prison, mais il était trop tard; il était fou, et il termina sa vie en se jetant à l’eau.

Marie aurait voulu se marier pour empêcher que la couronne ne tombât dans les mains d'un protestant. Elle avait été fiancée dans son enfance à Charles-Quint, puis au roi de France, puis au Dauphin, mais aucun de ces projets.de mariage nes’était réalisé. On prétend qu’elle avait alors une vive^ affection pourle fils dumarquis d’Exe-' ter, le jeune Édouard Courtenay, qui était sorti de la Tour par ses ordres, aussitôt son arrivée à Londres. Marie lui rendit le titre de comte de Devonshire, et les biens patrimoniaux que la condamnation de son père comme traître avait fait rentrer dans le domaine de la couronne. Mais le comte de Devonshire ayant été soupçonné de professer des doctrines anticatholiques, et faute plus grave encore ! de nourrir un penchant secret pour la demi sœur de la reine, pour la princesse Élisabeth, Marie lui retira ses bonnes grâces. Marie n’avait jamais eu une grande affection pour sa sœur , et cette circonstance n’était pas de nature à l’augmenter.

Élisabeth reçut donc l’ordre de se retirer dans sa résidence de Ashridge * a

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dans le Buckinghamshire, où sir Thomas Pope et sir John Gage f^urent envoyée pour la surveiller. Marie songea ensuite au cardinal Pôle, qui n’avait pas encore reçu le» ordres sacrés, mais elle renonça bientôt à son projet lorsqu’on lui représenta que le Cardinal avait cinquante-trois ans.

C’était sur Philippe II, d’Espagne, Gis de Charles-Quint qui était veuf, que devait s’arrêter définitivement son choix. Marie consultait toujours l’empereur dans ses difficultés; Charles- Quint |>roGta de cette circonstance pour faire naître l’idée de ce mariage flans son esprit. Cependant on jugea prudent de tenir sous le secret ce projet, parce qu’on prévit d’avance qu’il soulèverait une vive opposition oans la nation. En effet, quand les premiers bruits en circulèrent dans le public, les catholiques s’unirent aux protestants pour le maudire; les uns, pareequ’ils craignaient que leslibertés de la nation qui avaient été acquises aunrix de tant de peine et d’effort, ne lussent anéanties, et que le royaume ne devint dépendant de l’Espagne et de l’empereur; les autres, pareequ’ils Voyaient déjà l’Inquisition et toutes ses horreurs s'établir au sein de l’Angleterre à la suite de Philippe dont le caractère cruel et le bigot isme étaient connus. Dans la chambre des communes le projet rencontra une vive opposition; cette chambre adressa même une pétition à la reine à cet égard; hardiesse qui provoqua la dissolution immédiate du parlement.

Cependant au mois de janvier 1554, une ambassade splendide arriva d’Espagne, en Angleterre, etle 14 du même mois, l’évêque Gardiner, en sa qualité dechancelier, annonça olficiellement le mariage de Marie avec Philippe II. Les conditions en étaient fort avantageuses pour fAngleterre. Philippe avait le titre de roi d’Angleterre, mais le gouvernement restait dans les mains de la reine que le roi devait aider dans l’administration de son royaume et de ses autres domaines à titre de simple conseiller ; il était en outre convenu qu’aucuu Espaguol n’auiait des places;

qu’aucune innovation ne serait introduite dans les lois, les coutumes et les privilèges nationaux; que la reine ne sortirait pas du royaume sans son consentement , et que ses enfants ne la quitteraient point sans celui de la noblesse. Dans le cas de survivance de la reine, Philippe allouait à sa femme une pension de soixante milleliv. sterl. dont quarante mille liv. devaient être fournis par l’Espagne, et lereste parles Pays-Bas et les provi nces qui en dépendaient; les enfants mâles de ce mariage devaient hériter de la Bourgogne et des Pays-Bas, et dans le cas où don Carlos, fils de Philippe par son premier mariage, viendrait à mourir sanS descendance, les enfants de’ la reine devaient hériter de l’Espagne, de la Sicile, de Milan , et des autres possessions attachées à la monarchie espagnole. Le lendemain du jour où cette communication fut faite à la cour, (jardiner appela le lord maire de Londres; les aldermen , et quarante citoyens notables de Londres pour leur recommander de se conduire comme de loyaux sujets et de se réjouir d’un événement aussi heureux. Le même jour Robert Dudley, fils du feu duc de Northumberland, fut condamné à mort comme traître.

Quelques brillantes que fussent les promesses de ce traité de mariage, elles n’étaient point du goût de la nation; et de fâcheuses nouvelles annoncèrent bientôt à la cour les dispositions du pays à cet égard. On apprit en effet que sir Peter (iarew venait de s’emparer de la villeet de la forteresse d’Exeter, dans le but de s’opposer au débarquement de Philippe; et que sir Thomas Wyatt, fils du poète de ce nom, avait soulevé le comté de Kent dans la même intention. Wyatt bien qu’allié aux Dudleys avait refusé de participer au complot du duc de Northumberland ; il avait le premier proclamé Marie reine dans la ville de Maidstone, et tout le parti papiste l’estimait pour son attachement aux doctrines catholiques. Mais le patriotisme de Wyatt s^était alarmé du bigotisme cruel et de l’ambition déme-

PÉRIODE DES TÜDORS.

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