II.Ï
surée de la cour d’Espagne, Il avait pris les armes et plusieurs personnages éminents , entre autres lord John Gray, et le duc de Suffolk, père de lady Jeanne Gray, le même a qui la reine avait fait grâce en arrivant à Londres, avaient fait cause commune avec lui. Les plans des conspirateurs indiquaient une grande confiance ou une grande témérité. Wyatt devait niarcTier sur Londres et sVmparerde la Tour et de la ville; Suffolk devait soulever les provinces centrales du royaume, et sir Peter Carew soulever les provinces de l’ouest.
Le 29 janvier le duc de Norfolk et le comte d’Arundel quittèrentLondres à la tête d’une petite armée et s’avancèrent Jusqu’à Rochester dont la forteresse était déjà dans les mains de Wyatt; mais ayant trouvé le pont qui conduit à la ville défendu par une batterie de canons , et une force considéttible d’insiirgés , ils furent obligés de s’arrêtei;. Wyatt n’ayant pas voulu recevoir le héraut d’armes qui lui fut envoyé du camp des royalistes, Norfolk .donna aussitôt l’ordre d’avancer. Une troupe composéedecinq cents hommes de Londres s’étant alors approché du pont se disposait à commencer l’attaue lorsque l’ofQcierquila commandait t faire halte, et dit à ses soldats:» La cause que nous défendonsest une cause injuste, car ceux contre lesquels nous allons nous battre n’ont pris les armes que parce qu’ils ont compris quels seraient les maux qui affligeraient notre pays s’ils venaient à tomber dans les mains des Espagnols. En conséquence je crois que nous n’avons rien à leur reprocher, et que nous devons nous réunir à eux pour défendre une cause qui est aussi la nôtre. » Les soldats et leur officier faisant aussitôt volte face se précipitèrent sur les troupes de la reine, aux cris de Wyatt! Wyatt!
Norfolk fut obligé de prendre la fuite, laissant au pouvoir de l’ennemi ses canons et ses munitions de guerre. Alors la troupeà laquelles’étaient joints un grand nombre de soldats réguliers traversa le pont et prit du service avec les insurgés.
Wyatt aurait dû chercher à gagner Londres à marches forcées , car la nouvelle de la défection des troupes de Norfolk y avait jeté la stupeuret la confusion, mais il n’atteignit Greenwich et Deptford que trois jours après cette affaire. Le gouvernement avait eu le temps de se préparer; déjà la reine avait ramené quelques esprits en déclarant au lord-maire et aux aldermen qu’elle n’avait l’intention de se marier qu’autant que son conseil trouverait ce mariage avantageux et honorable pour le royaume ; qu’autrement elle continuerait à rester dans son état de célibat; qu’en conséquence ils eussent à lui donner leur concours pour repousser les rebelles. D’autres précautions avaient été prises; lord William Howard et le comte de Pembroke avaient été mis à la tête d’une force imposante pour surveiller les mécontents de la ville. Enfin les insurgés venaient d’essuyer un échec important, carie jour même où la reine faisait sa déclaration au lord maire, on avait appris que Suffolk n’avait point réussi à soulever les provinces centrales, et que sir Peter Carew avait été battu dans l’ouest.
CependantWyattapprochait; il entra dans Kent-Street, et pénétra dans le faubourg de Southwark où il fut reçu avec joie parles habitants. Toutefois I es espérances que lui fitconcevoir un instant cet accueil ne se réalisèrent point, car la garnison de la Tour ayant ouvert un feu nourri d’artillerie sur lè faubourg de Southwark, ces mêmek habitants changèrent de dispositions à son égard , et l’obligèrent par leurs prières et leurs plaintes à lever son camp. Wyatt se dirigea vers Kingston dans le but de traverser la rivière eh cet endroit, et de tomber ensuite sur Londres et Westminster. En route il rencontra un marchand de Londres nommé Dorell : « Cousin Dorell, lui dit-il, je vous engage à dire à vos coiicitovens de ma part qu’ils ont refusé la liberté que je venais leur offrir.; car pour assurer leur indépendance et pour les sauver de l’oppression étrangère dont ils sont menacés., Je verserais
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volontiers tout mon sang. >> La rivière fut franchie à Kingston : de là VVyatt s’étant rendu à Hyde-Park, pénétra jusqu’à l'endroit ou est situé maintenant le palais de Saint-James. Mais déj'àune partiedes siens, effrayée des préparatifs formidables qui en avaient été faits pour les recevoir, etne voyant pas venir de renforts, avaient pris lafuite. Wyatt n’en persista pas moins dans ses projets; après une légère escarmouche , il chargea lui-méme la cavalerie ennemie à la tête de quatre cents des siens. La cavalerie delà reine ouvrit ses rangs pour le laisser passer; de la sorte Wyatt atteignit librement Charing-Cross , et descendit le Strand jusqu'à Ludgate. A sa grande mortification les portes de la ville restèrent fermées, et pas un homme ne parut sur les murs pour le saluer de ses acclamations. En vain criait-il : « La reine Marie ! Dieu sauve la reine Marie qui a fditdroità notre pétition, et qui ne veut point d’un époux espagnol. » Leshabitants, qui savaientquelles étaient les forces du comte dePembroke, ne bougèrent point. Wyatt voulut retourner sur ses pas , mais une barrière formidable de cavalerie et d’infanterie lui barra le passage. La résistance était inutile; Wyatt se rendit à sire Maurice Berkiey qui le mit en croupe derrière lui et le conduisit aussitôt à Westminster. Le reste des insurgés fit une vigoureuse résistance; déjà quelques-uns avaient pénétréjusqu’à Westminster et avaient commencé l’attaque du palais; mais l’artillerie de leurs adversaires les força de se rendre ou de chercher leur salut dans la fuite.
Une telle victoire n’était pas de nature à changer la politique du gouvernement; le système de rigueur adopté jusqu’à ce jour fut donc poursuivi avec autant de constance ^ue par le passé. Wyatt fut conduit a la Tour, et le gouvernement publia une proclamation en vertu de laquelle il était défendu sous peine de mort de donner asile à ceux qui avaient fait partie de l’insurrection. Quelques jours après, quarante potences furent dresfees dans différents endroits de Lon-
dres, et on y pendit cinquante personnes dont lés cadavres restèrent suspendus jusqu’au jour où Philippe fit son entrée publique à Londres. La Tour de Londres regorgea bientôt de prisonniers de distinction. Vingt-deux des soldats de la reinequi avaient passé à l’ennemi lors dei’aftaire du pont de Rqchester et leur efOejer furent conduits dans le comté de Kent où ils furent exécutés. Soixante autres furent
Îiromenés avec une barre au cou dans es rues de Londres; cependant la reine fit grâce de la vie à ceux-ci ; en résumé, dans l’intervalle d’un mois quatre cents personnes furent mises à mort.
L’espoird’obtenirdes aveux sur une affaire qu’on voulait éclaircir avait feit retarder l’exécution de Wyatt et des principaux coupables. Le jour où la nouvelle de l’insurrection était parvenue à la cour, la reine avait donné l’ordre d’arrêter sa demisœur Elisabeth et son premier favori , le beau Courtenay , comte de Devonshire, qu’elle soupçonnait d’avoir pris part au complot. Sir Richard Southwell,sir Edouard Hastings et sir Thomas Cornwallis se rendirent à la résidence de la princesse dans le Buckinghamshire, et la trouvèrent retenue au lit par une indisposition feinte ou réelle. Il était dix heuresdu soir, Élisabeth se refusa à les recevoir.
Malgré ce rèfus et les instances des dames de service, les trois agents de la reine entrèrent dans la chambre de la princesse. « Êtes-vousdonc si pressés que vous ne puissiez attendre ju^u’à demain.’ » leurdit Elisabeth. lislui parlèrent des ordres qu’ils avaient reçus , et lui témoignèrent le regret qu’ils ressentaient de la voir engagée dans une pareille affaire. < Et moi, leur ditelle, je ne suis pas contente non plus de vous voir dans ma chambre à cette heure de la nuit. » La princesse se plaignit ensuite de la violence qu’on exerçait contre elle, et invoqua son état de maladie pour obtenir q uelque délai. Élisabeth espérait, dit-on , profiter de ce délai pour prendre la fuite. Mais sir Richard .Southwell et ses collègues;
avaient reçu l'ordre formel de la ramener morte ou vive. Les médecins ayant décidé qu'elle pouvait partir sans qu’il y eût danger pour sa vie , il fallut se résignera lasoumission. Le voyageselit à petites journées; le premier jour, Élisabeth s’arrêta à Redburne,lesecond àSaint-Albaiis; le troisième, elle ne fit que sept milles, et passa la nuit à Mimms ; le quatrième jour, elle arriva à Higbgate où elle s’arrêta un jour et une nuit. Entre Highgate et Londres elle vit accourir sur son passage une fouie immense qui , par sa tristesse et sa contenance pleine de respect, semblait prendre part à sa position. Ces démonstrations ranimèrent ses esprits abattus. Elle traversa Smithfield et Fleet-Street dans une litière ouverte des deux côtés , précédée et suivie par une garde de cent hommes, et arriva avec ce cortège au palais de la reine, qui semblait vivement alarmée de Pintéretqu’elle avait excité'. Le conseil privé lui fit subir un interrogatoire relativementà l’insurrection de Wyatt et de Carew dans les provinces de l’ouest; Élisabeth ayant protesté de son innocence, il lui fut permis de retourner à sa résidence d’Ashridge. Courtenay, malgré ses protestations d’innocence, fut conduit à la Tour. La princesse se croyait sauvée; mais elle était à peine remise de sa frayeur qu’on arrêtait un des officiers attachés à son service comme complice de Wyatt, et qu’elle-même était conduite de nouveau prisonnière à Hampton y court. Cette lois l’accusation était formelle, car Wyatt» disait-on, était lui-même un des accusateurs; Élisabeth protesta de nouveau de son innocence, mais on lut répondit qu’il fallait qu'elle se préparât à aller à la Tour.
Au jour fixé, le comte de Sussex, accompagné d’un autre lord, se présenta devant elle, et lui dit que la barge qu’on avait préparée était
Erêté à la conduire à la Tour. Élisaeth vivement alarmée le supplia d’attendre à la marée suivante; et sur le refus de Sussex, elle demanda d’écrire à la reine, faveur qu’elle
•n’obtint qu’avec peine. Élisabeth écrivit une longue lettre, dans laquelle elle rappelait à sa sœur des promesses antérieures. « Si, disait-elle, ce vieux dicton que la promesse d’un roi est plus sacrée qde le serment d’un autre nomme est vrai , je supplie très-humblement Votre Majesté de m’en accorder le bénéfice; Je la supplie de se rappeler sa dernière promesse et ma dernière demande, afin que je ne sois pas condamnée sans de bonnes preuves. » Dans un autre passage Elisabeth repoussait avec indignation toute participation aux projets de Wyatt.
« Quant au traître Wyatt, disait-elle, il peut m'avoir écrit une lettre, mais j’atteste sur ma foi que je ne l’ai jamais reçue, et pour ce qui est de la prétendue lettre que j’aurais envoyée au roi de France, je déclare que je suis entièrement innocente de ce dont on m’accuse. » Dans le post-scriptum Élisabeth demandait avec les plus vives instances une réponse à sa sœur ; mais Marie ne lui en fit aucune. Ce jour était la fête des Rameaux, et des ordres avaient été donnés pour que tous les habitants allassent à l’église; de la sorte personne ne sut qu’on conduisait Elisabeth à la Tour. La barge s’étant arrêtée à la porte des Traîtres , la princesse refusa d’abord de débarquer en cet endroit: mais un des seigneurs qui l’accompagnaient ayant lait mine d’employer la violence, elle mit pied à terre en s’écriant : « Ici a débarqué un sujet loyal et fidèle ; je l’atteste devant toi, ô mon Dieu, qui es maintenant mon seul ami. »
Élle fit alors quelques pas et se reposa sur une pierre ; le lieutenant de la Tour s’étant avancé et l’ayant invitée à quitter ce lieu, parce qu’elle y était exposée au froid et à l’humidité , elle lui répondit : « Cette place vaut mieux que celle que vous me destinez.
Car Dieu seul sait où vous allez me conduire! » Elle suivit aussitôteet officier , qqjla conduisit dans une chambre dont il referma soigneusement la porte.
De sanglantes exécutions avaient précédé l’entrée d’Élisabeth dans ce
HISTOIRE D’AHGIÆTERRE.
lugubre séjour. La fatale sentence prononcée depuis plus de trois mois contre Jeanne Gray et lord Guildford Dudley son épou.x avait reçu son exécution, leur sang venait de rougir l’échafaud. Peut-être Marie aurait-elle cédé au désir de la nation qui s’intéressait vivement à ces deux Jeunes gens, et leur aurait-elle faitgrâcede la vie, mais i’insurreelion de Wyatt lui avait inspiré de sérieuses alarmes, et cette circonstance la décida ; elle signa l’arrêt de mort de Jeanne et de son mari.
Lord Guildford Dudley fut livré aux shérifs le matin du 12 février, et fut conduitàTower-Hill. Dudley récita ses prières, puis versa quelques larmes; et il posa sa tête sur le billot, et mourut avec résignation. L’exécution de Jeanne Gray se lit, par mesure de prudence, dans l’intérieur de la Tour. Jeanne refusa l’assistance d’un prêtre catholique qu’on lui avait envoyé, et ne voulut point renoncer aux doctrines nouvelles qu’elle avait embrassées ; elle refusa de voir son mari , dont la présence, dit-elle, au lieu d'adoucir sa peine, ne servirait sans doute qu’à l’augmenter; « d’ailleurs, ajouta-t-elle, nous nous rencontrerons bientôt dans un inonde meilleur et dans une situation plus heureuse. » Elle regarda même avec une sorte de tranquillité le corps mutilé de son époux , quand il passa sous ses yeux pour être enterré dans la chapelle de la Tour.
Tout était prêt pour elle : quand elle fut sur l’échafaud, elle adressa une courte allocution aux spectateurs et leur dit qu'elle méritait son sort pour avoir servi d’instrument à des ambitieux. Une vive émotion s’était emparée des assistants, ceux qui étaient le plus attachés à la cause de la reine Marie versaient eux - mêmes d’abondantes larmes. Quand ses femmes lui eurent ôté sa robe, et mis un mouchoir sur les yeux, elle exhorta l’exécuteur, qui tremblait à la vue de tant de beauté, à remplir courageusement son<levoir; sa tête charmante tomba aussitôt sous la hache fatale. « C’est ainsi que mourut Jeanne Gray, nous dit l’évêque Godwin, cette dame renommée poursa
naissance, mais plus encore pour ses belles vertus et ses hautes connaissances ; cette victime de l’ambition de son beau-père et de son impérieuse mère, qui prit le titre de reine, et qui , précipitée du trône sur un échafaud , souffrit pour les fautes des autres, et se montra grande dans la mauvaise fortune par son courage et son innocence. «
Le duc de Suffolk, père de lady Jeanne, qui s’était laissé arrêter après sa décontiture, lord Thomas Gray, frère du ducdeSuffolk, et le savant William Thomas suivirent de près Jeanne Gray à l’échafaud. Wyatt fut exécuté le 14 avril, et mourut en déclarant que ni la princesse Élisabeth ni Courtenay n’avaient eu connaissance de ses plans. Il fut écartelé , ses membres furent envoyés en différents endroits, et sa tête fut lixée sur un pieu à Hay-Hill près d’Hyde-Park; maiselleen fut enlevée furtivement peu de temps après par quelques amis. D’autres exécutions et de nombreuses arrestations eurent lieu pendant qu’Élisabeth était enfermée dans la Tour.
Le plus remarquable des procès d’État auxquels l’insurrection de Wyatt donna naissance futcelui désir Nicolas Throgmorton, ami de Wyatt et partisan dévoué de la princesse Élisabeth. Throgmorton avait été traduit à Guildhall le 17 avril pour y être Jugé, et la cour s’attendait à une condamnation certaine. Mais Throgmorton se défendit d’une manière si adroite que le Jury eut le rare courage de rendre un verdict de non culpabilité. Sir Thomas Bromley, lord grand Juge, s'adressant aussitôt aux jurés, leur fit entendre des paroles de menace- • Cette affaire regarde la reine, leur dit-il , ayez bien soin de ce que vous faites. » En dépit de ces menaces, les Jurés confirmèrent leur verdict. Alors Throgmorton demanda que le Juge prononçât son acquittementconformément à 1a loi. Bromley lui répondit qu'il ne serait complètement déchargé qu’après le payement de certains droits, et ordonna au lieutenant de le reconduire à laTour. Quant aux Jurés, chacun d’eux
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PÉRIODE DES TUDORS. il 9
dutpayerâOOliv.sterl. etfutnriispro- voulait point à la vie d’Élisabeth; visoirement en prison. Quatred'entre quelques jours après la mutation dont eux ayant fait leur soumission quelque nous avons parle, la royale captive fut temps après, recouvrèrent ja liberté; conduite par eau de la Tour à Richemais les huit autres persistant àdécla- mond; deRichemond à Windsor, et de rer que le verdict rendu en faveur de Windsor à Woodstock,où elle fut Throginorton était l'expression de placée sous la surveillance du sévère leur conscience, furent retenus en et soupçonneux Dedingfield. Six jours prison. Six mois après on les traduisit après, on retirade la Tour Courtedevant le conseil et tous répétèrent nay, comte de üevoiishire, et on l'enqu’ilsn’avaientpointchangéd’opinion; voyadans la forteresse de Fotherinl’un d’eux déclara même qu’il avait agi gay .
dans cette affaire comme un honnête Les mesures adoptées par le gouet un fidèle sujet, et qu'en conséquence vernement déplaisaient à la masse de on devait le mettre en liberté. Cette la nation et surtout au peuple de résistance déplut au conseil, et le chef Londres, et des protestations de toute du jury ainsi que celui qui avait pris nature s'élevaient contre les changela parole furent condamnés chacun méats apportés dans la religion. Au à 2000 liv. sterl., les autres à lOüO niuisdejuiu,un prédicateurcatliolique marcs; la somme devait être payée nommé Pèndleton, prêchant à Paul's dans les quinze jours. Ces hommes Cross, reçut un coup de feu. Un autre courageux furent renvoyés ensuite en jour,unchatdontonavaittonsurélatêprison, et des ordres turent donnés teet qu’on avait habillé comme nn préaux shérifs de Londres pour qu’ils trede l'église romaine, fut trouvé penmissent les scellés sur leurs bieus. du a un gibet dans Cheapside; quelques Enfin, après une détention de plus de jours après on arrêta une flemme du huit mois, cinq de ces jurés recou- peuple qui avait répandu de sinistres vrèrent leur liberté en payant chacun prédictions contre le nouvel ordre de 220 liv. sterl;. les trois autres ayant choses. L’irritation publique s’acreprésenté que toute leur fortune ne crut encore par la coutinuation des suffirait pas pour payer la somme préparatifs du mariage de la reine, qu’on exigeait d’eux, furentdéchargés Philippe était arrivé à Southampton en donnant chacun 60 liv. sterl. (le lOjuillet) avec un corps nombreux
Élisabeth était entrée dans la Tour detroupesetdegardes,précautionqu’il avec des craintes fort vives sur les avait jugée nécessaire pour éviter le dispositions delà reine à son égard, sort du comte d'Egmont, Tun de ses et plusieurs fois depuis elle avait cru ambassadeurs qui, ayant été pris pour sa mort certaine. Ses craintes prirent lui, avait été assailli par la populace plus de consistance encore lorsqu’au quelque temps auparavant. Le prudent mois de mai sir Henri Bedinglield, Philippe voulant s’assurer de l’opinion homme cruel et bigot, fut installé à la publique à son égard, était resté quelplaceduconstabledelaTour;carcette nues .jours à Southampton, mesure circonstance rappelait à la princesse d’autant plussagequ’àson arrivée dans que soixante-dix ansauparavantsir Ja- leseaux deSouthamptonsa flotteavait mes Tyrrel avait remplacé de la même essuyé le feu de la flotte anglaise, parce manière sir Robert Brackenbury, et qu’elle n’avait point salué le pavillon que dans la nuit de mystère et d’hor- de la Grande-Bretagne. Quatre jours reur qui suivit le retour de Bracken- après son arrivée, le prince se rendit bury les deux princes de la maison à Winchester, où il trouva la reine
d’York avaient disparu. Elle demanda gui était venue à sa rencontre : les deux
avec inquiétude aux personnes qui mturs époux eurent de longs entrel’entouraient si l'écbafaud qui avait tiens, et lejonr de la Sf-Jacques, patron servi à l’exécution de Jeanne Gray de l’Espagne, les noces royales furent
avait été enlevé. Mais la reine n’en célébrées avec beaucoup de pompe
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lîo HISTOIRE D’ARGLETERRE.
dans cette ville. La reine et son époux se rendirent ensuite au château de Windsor, où Philippereçut les insignes de l’ordre.de la Jarretière ; de Windsor ils allèrent à Londres, où ils firent leur entrée solennelle le 12 du mois d’août.
Le parlement, que la reine avait assemblé trois mois avant l’arrivée de Philippe, commençait de son côté à montrer des dispositions moins bienveillantes en faveur de Marie; il déclara que la paix serait maintenue entre la France et l’Angleterre, malgré le mariage de la reine, et qu’il ne serait permis en aucune façon à Philippe de toucher aux domaines de la couronne. La hauteur de Philippe, son orgueil excessif, et l’étiquette espagnole qu’il apportait aveclui,n’étaientpointdenatureàfaire revenir les esprits. Toutle monde savait qu’en contractant son mariage avec la reine , Philippe avait autre chose en vue que l’amour d’une femme jalouse etdéjà sur l’âge : «personnenel’aimait , di t un auteur de l’époque , à l’exception de la reine. U Dans l’espoir de trouver une cliambre plus docile Marie convoqua un nouveau parlement, et ne négligea rien pour influencer iesélections. L’orque Philippe avait apporté fut répandu à profusion, et , à rexempledesçs prédécesseurs, la reine écrivit des lettres circulaires dans lesquelles elle recommandait aux bourgs et aux comtés d’élire des membres dévoué à sa cai^. Ce parlement s’assembla à Westminster le 12 novembre ; mais il n’était pas mieux disposé. Un blll fut présenté dans lequel la reine proposait d’abolir une loi passée sous le règne de son père , qui annexait irrévocablement le titre de chef suprême de l’Église à celui de souverain ; mais les propriétaires des abbayes et des terres monastiques qui remplissaient les deux chambres ayant compris que cette renonciation qe la couronne au titre de chef de l’Église pouvait un jour les obliger eux-mêmes à restituer leurs terres au clergé, refusèrent leur sanction àcebill.'Alors le pape, sollicité par le clergé catholique, envoya une bulle qui assurait aux nouveaux propriétaires des terres ecclésiastiques
la possessionde ces biens, eteette bulle pontificale termina le différend. Le parlement montra ensuite le meilleur ' vouloir en matière de religion. Une adresse fut votée à Philippe et à la reine; le parlement déclarait se repentir du schisme dans lequel il avait vécu, et demandait à Leurs Majestés d’intercéder auprès du pape pour en obtenir l’absolution. Gardmer présenta la pétition au cardinal Pôle , et celui-ci, en sa qualité de légat du pape, donnaau parlement et à tout le royaume l’absolution demandée. Le parlement rétablit aussitôt sans la moindre hésitation les anciennes lois contre les hérétiques, rendit plusieurs statuts qui défendaient les paroles séditieuses, et déclara traître toute personne qui attenterait à la vie de Philippe pendant son mariage avec la reine. Le gouvernement aurait dû borner à cela ses exigences; mais le ministre de Marie demanda pour Philippe le droit de porter la couronne. La reine rencontra une opposition formelle, et fut obligée de renoncer au projet qu’elle avait conu de faire couronner son époux, et e lefaire nommer héritier présomptif de la couronne. Elle ne fut pas plus heureuse quand elle essaya d'obtenir des subsides pour aider son mari et l’empereurdans leurs guerres contre la France, car le parlement les lui refusa. Philippe, voulant alors essayer de se rendre populaire, engagea la reine à élargir immédiatement quelques-uns des prisonniers les plus distingués qui étaient enfermés dans la Tour, et l’on suppose que ce fut à sa recommandation qu’Elisabeth et le comte de Devonsnire, ainsi quelordHenri Dudley, sir George Harper, sir Nicolas Tbrogmorton, sir William Sentlow dorent leur liberté.
Les craintes les plus vives assaillaient la reine, car êlle redoutait que la couronne ne tombât dans des mains hérétiques. Dans son désir extrême d'avoirun héritier direct, elle prit le commencement d’une hydropisie pour des signes certains de grossesse. Aussitôt avis officiel fut donné au lord maire et au parlement de son état prétendu.
PÉRIODE DES TUIXIRS.
Alors le lord maire de I.ondres et ses alderraen, habillés de rouge, se rendirent en grande solennité à l’églisedeSaint-Pnul(37 novembre 1554) pour rendre des actions de grâce à Dieu et le remercier de Cet heureux événement. Le docteur Chadsey qui prêcha en cette circonstance prit pour texte de son sermon ce verset de saint Luc:
JVe 'limeas , Maria ; invenistl enim gratiam apud Deum ! (ne crains rien , Alarie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu). On chanta le Te Deum, et il y eut une procession solennelle autour de l’église. I^esdeux chambresadoptèrentde leur côté plusieursmesures importantes relativement à l’éducation que l'on donnerait au futur héritier du trône, et Philippe fut nommé protecteur du royaume pendant la minorité de l’enfant à naître , dans le cas où la reine viendrait à mourir. Mais ces joies ne furent pas de longue durée, car il devint évident à tous que la reine s’était trompée sur son état.
L’année 1555 s’annonçait sous les plus tristes auspices. L’orgueil des Espagnols déplaisait aux Anglais. Malré la satisfaction récente que venait e leur donner Philippe en permettant q^u’un Espagnol fût pendu à Charing- Cross, les Anglais persistaient à croire que leprince encourageai t l’insolence de ses compatriotes. Le premier jour de l’année, toute la ville de Westminster fut mise en rumeur par une rixe violente qui éclata entre des Espagnols et des Anglais. On arrêta aussi un pauvre maniaque nommé William Featherstone qui avait pris le titre et le nom d’Édouard VI. William, qui était le fils d’un simple meunier, disait partout que savieavaitétépréservéeparunmiracle, et ce récit, quelque grossier qu’il fût, avait trouvé crédit parmi les habitants des campagnes. Après un emprisonnement ae quelques mois, il fut pendu et écartelée Tyburn. Toutannonçaiten outre que le gouvernement allait ‘prendre des mesures violentes contre lesprotestants, car la reine venait d’envoyer à Rome une ambassade brillante pour confirmer la réconciliation de la nation avec l’Église catliolique, et pour se con-
certer avec cette coursurlesmoyensde consolider l’ancienne religion dans le royaume. Déjà les prisons regorgeaient de victimes; et cependant les statuts contre les hérétiques; c'est-à-dire les lois rendues contre les Lollards sous les règnes de Richard II , de Henri IV et de Henri Vnedevaient recevoir leur entière application que le 20janvier. Enfin, une commission, chargée de juger les protestants, venait d’être installée dans l’église de Sainte-Marie Overy, dans le faubourg de Southwark.
John Roger, chanoinede Saint Paul, qui depuis un an languissait dans Newgate,au milieu des voleurs et des assassins, parut le premier devanteette cour. Roger, pour sa défense, demanda à Gardmer si lui-même n’avait pas prié autrefois contre le pape ; « J’y fus forcé, lui répondit l’évêque , par des traitements cruels . — Eh bien , reprit Roger, votre intention est-elle d’user des mêmes traitements à notre éprd ? » Roger justifia ensuite son mariage en disant qu'iM’avait contracté en Allemagne, contrée où non-seulement le mariage était permis aux ecclésiastiques, mais où il leur était recommandé. I.-a cour le condamna à être brûlé vif. Avant d'aller au supplice, le malheureux Roger demanda à voir sa femme et ses enfants , mais cette consolation lui fut refusée. Les feux des bûchers s’allumèrent alors dans tout le royaume pour brûler les hérétiques. Le jour quisuivitl’exécution de Roger à SmitbOeld, Hooper fut brûlé vif à Glocester; cefutensuiteletour de Robert Ferrar, évêque de Saint-David,et celuidu docteur Rowland Taylor, qui subit la même peine à Hadleig, dans le Suffolk. Ce Taylor était un homme énergique et d’un grand couragequi ne dissimulait point son attachement aux doctrines nouvelles. Ses amis l'ayant engagé à fuir, « Non, répondit-il. Je veux voir Gardiner en face, et lui dire à sa barbe u’il fait mal. « Son courage ne se émentit point; quand il parut devant Gardiner, il lui demanda comment il se présenterait devant le tribunal du juge éternel, et comment il répondrait
devant le juge suprême des serments qu’il avait faits sous Henri VIII et Edouard VI. > Ces serments étaient ceux d’Hérode, lui répondit le chancelier; je les ai brisés parce qu’ils étaient injustes. J’espere et je désire que vous fassiez de même. » Taylor ayant persisté dans sa foi , la sentence de mort fut prononcée. Quand l’évêque Bonner se présenta à la prison , pour le dégrader de la prêtrise, cérémonie ordinaire qui précédait l’exécution, et qui se pratiquait en frappant la poitrine du condanméavec la crosse, le prisonnier qui , malgré son grand Age, était encore fort et robuste, ne voulut point laisser commettre cet acte de violence sur sa personne sans résistance. « Ne le frappez point, milord, s’écria unchapelainen s’adressant à Bonner, car il vous rendrait le coup. — Par saint Pierre , je le ferai, répondit Taylor, car la cause que je défends est celle du Christ , et Je ne serais pas un bon chrétien si je refusais de me battre dans la querelle de mon maître. » Tous les âges et toutes les conditions fournissaient leur contingent à ces terribles exécutions. Laurence Saunders qui, après avoir été marchand était aevenu prédicateur, fut brûlé à Coventry. Un nommé William Braiich, qui avant d’embrasser la religion réformée avait été moine d’Ély, fut brûlé près du cimetière de Sainte- Marguerite; John Cardmaker et John Bradford, ecclésiastiques, périrent à Londres; Thomas Hawkes, gentilhomme de l’Essex, fut brûléà Coggeshall; John Laurence, à Colchester; Tomkins, tisserand, à Shoreditch; Pigott, boucher, à Braintree; Knight, barbier, à Maldon; Hunter, apprenti, à Brentwood.
L’évêque Gardiner, le moins cruel de ces juges, s’étant lassé de présider l’horrible cour de Sainte-Marie Overy, se démit de ses fonctions en faveur de Bonner. Celui-ci avait toutes les qualités nécessaires à un inquisiteur et à un familier du saint oflîce, et sans contredit aucun Anglais n’était plus propre que lui à remplir de telles fonctions. Mais Bonner agis-
sait encore trop lentement au gré da conseil privé, de la reine et de soo mari , qui le pressaient de mettre plus d’activité dans ses persécutions.
Depuis le mois de mars de l’annib précédente, Cranmer, Ridley et Lat^ mer avaient été retirés de la Tour et conduits à Oxford. Les deux derniers et le primat lui-même avaient favorisé l’usurpation de Jeanne Gray, et Ridley avouait avec franchise qu’il avait agi dans cette affaire de son propre mouvement; à ce titre Ridley et Latimer pouvaient donc être traduits devant les juges comme Cranmer l’avait été lui-même, mais on préféra l’accu?
sation d'hérésie, car on espérait obtenir d'eux la renonciation de leurs principes religieux. Tous trois comparurent le 14avril devant leurs juges dans Saint-Mary’s Church à Oxford. Plusieurs questions sur la transsubstantiation et sur l’efficacité de la messe comme sacrifice leur furent posées ; il leur fut permis de débattre ces questions en public, et promesse leur fut faite que, dans le cas où ils convaincraient leurs juges, les portes de li| prison leur seraient ouvertes. Cranmer, Ridley et Latimer soutinrent alternativement leur thèse ; mais d«ÿ sifflets et des trépignements accueillaient leurs paroles toutes les fois qu’ils émettaient une opinion qui n’était pointduguûtdeleursauditeursl Latimer s’en plaignit à ses juges « J’ai , dit-il , dans plus d’une occasion parlé en présence de deux grands rois pendant deux et trois heures conséci»
tives sans être interrompu , mais maiib tenantjenepuisparlerunquartd’heurk sans entendre des éternuments et des sifUeti;. > Cranmer et Ridley se défendifont en latin; Latimer parla dans sa langue maternelle et fut mieux compris.
Le 28 avril, ayant été ramenés devant leurs juges, on leur demanda s’ils voulaient abandonner leur foi , et sur leur refus, tous trois furent condamnés à être brûlés. Après un . éjour de plusieurs mois en prison , Ridley et Latimer furent conduits au lieu du sup.
plice (16 octobre 1555). Ridley marchait entre le maire d'Oxford et un al*
PÉRIODE DES TUDORS
fkrman; Latimer, affaibli par l’Age, s’avançait lentement derrière lui. < Ayez bon courage, frère, lui dit Ridiey en l’embrassant; Dieu diminuera pour nous l’activité des flammes ou nous donnera le courage de les supporter. » Les deux condamnés écoutèrent paisibifment le sermon que leur lit un docteur Smith; ensuite Ridiey, se dépouillant lui-mêmede ses habits, les distribua à ses amis et aux personnes qui entouraient le bdcher. Latinter, vieux et cassé, se laissa déshabiller par l'exécuteur. Ridiey fut attaché le premier au poteau, et Latimer fut placé à ses côtés. « Ayez bon courage, s’écria levieillard, maître Ridiey, soyez homme; aujourd'hui, nousallûmons des flammes qui , par la grâce de Dieu, ne s’éteindront Jamais en Angleterre. U Alors le feu fut mis au bûcher, et les flammes terminèrent bientôt les souffrances des deux martyrs.
La cour savait que le primat chercheraità temporiser lorsqu’il nese sentirait plus soutenu par Ridiey et Latimer, et qu’il ferait dans lacraintede la mort des actes qui le couvriraient d’infamie et Jetteraient du discrédit sur le parti protestant; elle avait pour cette raison retardé l’exécution de Lranmer.
Comme métropolitain, Cranmer avait en outre à rendre compte de sa conduite au pape lui-même En conséquence le primat, qui était alors prisonnier à Oxford , fut cité à comparaître à Rome pour y répondre aux charges portées contre Un; mais comme on le pense bien, on ne permit pasàl’archevéquede quitter le royaume. Le primat ayant été condamne à être dégradé, l’évêque Donner fut chargé d’exécuter la sentence. On prétend que Bonner insulta sa victime de la manière la plus grossière et témoigna une Joie barbare à la vue de sa douleur. Cranmer fut aussitôt livré au pouvoir séculier. Ses ennemis ne s’étaient point trompés; le primat trembla à rapproche de la mort. 11 écrivit une lettre suppliante à la reine, et consentit à recevoir la visite d’un moine espagnol. On lui donna à entendre qu’il pouvait obtenir son pardon s’il consentait i reve-
nir à la religion catholique et à renier les doctrines qu’il avait professées; et pour lui inspirer plus de conliance encore on le traita avec des égards et une certaine douceur; il quitta sa prison, et alla loger chez le doyen de Christchurch où il put se promener librement ; la reine , lui disait-on , l’aimait, et ne demandait que sa conver.
sion; le conseil était rempli de ses amis qui désiraient le recevoir parmi eux.
Cranmer, malgré ses soixante-sept ans, eut la faiblesse de disputer à la mort par un parj U re le peu d’an néesqu’i I avait a vivre; il renonça à la fui qu’il avait enseignée, et signa six pièces différentes dans lesquelles il confirmait cette renonciation. Mais le primat apprit bientôt que ses ennemis ne pardonnaient point aussi facilement. Le 31 mars 15ô6 il fut conduit à l’église de Sainte-Marie où le docteur Cote, prévôt du collège , fit en sa présence un long sermon dans lequel il déclara qu’il ne suffisait pas à un homme de se repentir pour détourner de sa tête le châti ment mérité. A lors Cranmer, reniant de nouveau le pape et toutes ses doctrines, protesta contre les moyens indignes dont on avait usé à son égard, et s’accusa lui-même d’avoir sacrifié la vérité à la crainte de mourir. Quand il se vit face à face avec la mort, il montra plus de courage qu’on ne l’aurait cru. 11 étendit dans les flammes la main qui avait signé sa honte, et resta ferme au milieu des souffrances. Les flammes qui le consumèrent effacèrent ses fautes aux yeux des protestants, et l’Église romaine d’Angleterre vit périr toutes ses espérances sur ie bûeher où il était mort. Quelques jours après, le cardinal Pôle tut élevé à la primatie à sa place.
Pôle, convaincu de l’inefficacité des persécutions, aurait vouluy mettre un terme; mais ses sages conseils ne purent changer les dispositions de la reine ni lier les mains de ses favoris et de ses ministres.
La triste nomenclature que nous allons fairecompléter le tableau des persécutions religieuses qui furent exercées sous le règne de Marie. Depuis
le martyre de Roger qui fut brillé vif, le 4 février 1555, six mois après l’avénement de la reine, jusqu’au 10 novembre 1558 , sept jours avant sa mort, deux cent quatre>vingt-huit individus, parmi lesquels on comptait cinq évéques , vingt et un ecclésiastiques, cinquante-cinq femmes et quatre enfants, furent bnllés pour leurs opinions religieuses dans différentes parties du royaume. Indépendamment de ces victimes, il y eut plusieurs centaines d’individus qui furent mis à la torture; d’autres auxquels on arracha leurs biens; d’autres qui périrent de misère et de faim dans les cachots pour la même cause. La plupart de ceux qui souffrirent pour la religion appartenaient à la classe moyenne et aux classes les plus humbles* de la société. Cependant parmi les grands et les riches , il y eut quelques exemples de persécution. Les comtes d’Oxford et de Westmoreland et lord Willoughby reçurent une réprimande sévère du conseil pour leur conduite suspecte en matière de religion ; le comte de Bedford fut condamné à subir un court emprisonnement pour la même cause. D’autres qui occupaient des places importantes dans le gouvernement furent obligés de les résigner.
Il était rare qu’on pardonnâtdans ces occasions; et, quand on pardonnait, la clémence était souvent si dure que bien des gens lui auraient préféré le châtiment lui-même. John Cheke, l’un des hommes les plus savants de l’époque, qui avait été précepteur du roi Édouard VI et de la princesse Élisabeth, avait été enfermé dans la Tour pour avoir pris part à l’affaire de Jeanne Gray. La reine lui rendit bientôt après la liberté, mais tous ses biens furent confisqués.
Ayant obtenu la permission de voyager sur le continent. Cheke alla en Suisse , et de là en Italie. A son retour il s’arrêta en Flandre et alla rendre visite à ses deux amis lord Paget et sir John Mason, qui venaient de se convertir au catholicisme, et qui étaient ambassadeurs de Marie dans cette contrée. On suppose que lord
Paget, oubliant les liens d’une ancienne amitié, trahit Cheke pour faire sa cour à la reine; car celui-ci fut arrêté entre Anvers et Bruxelles par un prévôt du roi Philippe , sous prétexte que sa permission d’absence était expirée; il lut aussitôt conduit en Angleterre , les pieds et les mains liés. Cette arrestation injuste avait un autre motif; Cheke, quoique laïque, avait presque autant fait pour consolider l’Église réformée que Cranmer lui-même, et l’on espérait obtenir de lui une renonciation. Sir John Cheke, cédant à la crainte de la mort, signa trois pièces dans lesquelles il déclara publiquement qu’il acceptait toutes les doctrinesde l’église romaine.
Ensuite il fut obligé de remercier ses juges et persécuteurs, qui le forcèrent à s’asseoir à côté de l’évêque Bonner, pour aider cet inquisiteur à condamner ses frères protestants. La honte , le remords et la douleur terminèrent les jours du savant; il mourut à 47 ans d’une mort plus terrible que celle qu’il avait voulu éviter.
La commission ecclésiastique n’agissait -en vertu d’aucun pouvoir du parlement, et cependant sa puissance était illimitée. Elle pouvait s’enquérir des hérésies, soit en forçant l’accusé à se présenter en personne , soit en appelant des témoins devant elle; ceux qui apportaient dans le royaume des livres hérétiques, ceux qui les vendaient, ceux qui les lisaient, étaient jugés par elle; elle examinait et punissait les personnes qui se conduisaient d’une manière malséante à l’église et mettaient de la négligence à aller à la messe ou à confesse; jugeait les prêtres qui ne prêchaient pas d|une manière orthodoxe, entrait deforce dans les maisons, faisait des visites domiciliaires, quand elle le jugeait convenable , forçait les témoins a comparaître , et les obligeait par la. torture à faire des aveux. La délation était encouragée publiquement , et des ordres étaient donnés parelle aux juges de paix des provinces pour qu’ils chargeassent deux ou trois personnes de leurs districts de surpren-
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dre la confiance des familles; elle instruisait ensuite le procès des personnes ainsi accusées, sans leur dire d’où portait l’accusation.
Ces mesures violentes ne faisaient qu'aigrir les esprits , et quel que fût rintérét que prit Marie au salut des âmes de ses sujets, elles n’amélioraient point lumoral delà nation. Les grandes routes se couvraient d’Iiomnies désespérés qui dévalisaient les voyageurs, et les crimes augmentaient d’une manière effr^ante. Cinuante-deux personnes furent conainnées et exécutées à Oxford dans une seule assise; dans plusieurs circonstances , on vit des hommes d’une haute naissance faire le métier de voleurs et de coupe-bourses. Le 1 8 juin de l’année 1556, un des fils de lord Sandy futpendu à Londres pour vol; le 8 juillet de la même année, Henri Peckam , fils de sir Édouard Peckam, et John Daniel furent exécutés à To- •wer-Hill pour la même cause. La misère, la famine, la peste et l’insurrection vinrent aggraver la situation du pays. En 1 556 des fièvres pestilentielles se déclarèrent à Londres et dans d’autres villes; l’ann^ suivante ilyeutune famine , et la peste vint â la suite. Depuis longtemps le Norfolk et le Suffolk se plaignaient amèrement de l’ingratitude de la reine. Dans l’un de ces comtés un maitre d’école du nom de Clever et trois frères nommés Lincoln se mirent à la tête d’une insurrection ui inspira pendant quelque temps es inquiétudes sérieuses au gouvernement; mais Clever et ses trois associés tombèrent bientôt dans les mains de l’autorité qui les fit pendre.
De son côté le parlement continuaità se montrer rétif. Dans son zèle ardent pour le pape, Marie aurait voulu restitueràleurs premiers propriétaires les terres ecclésiastiques. « Cesterres, disait-elle , avaient été enlevées au clergé dans un temps de schisme, et par des moyens contraires à la fois aux intérêts de Dieu et de l’Église » donc une restitution des biens ecclésiastiques devait avoir lieu , et cette restitution était regardée par elle comme une cho-
se essentielle au sdlut de son âme, salut qu’elle estimait plus que la possession de dix royaumes comme celui de l’Angleterre. Le parlement s’assembla le 21 octobre 1555, cinq jours après la mort de Ridiey et de Latimer, et refusa de sanctionner cette mesure. Le vote des subsides donna lieu paiement à une vive discussion. Plusieurs membres demandèrent avec véhémence s'il était bien juste d’imposer des taxes à la nation pour subvenir aux dépenses de la couronne , lorsque la reine refusait de toucher à des tonds dont elle pouvait disposer légalement. «C’était au clergé catholique, disait-on , qui devenait plus riche de jour en jour, à faire des sacrifices en faveuruesa bienfaitrice. > Il fut répondu que le clergé consentait à donner à la reine six shillings par livre sterling. Les subsides et le bill relatif aux annates et aux dîmes furent alors adoptéqt Les ministres apnt ensuite présenté un bill pour obtenir la séquestration des biens de la duchesse de Suffolk , mère de Jeanne Gray, et des personnes qui s’étaient enfuies sur le continent, la chambredes communes nevoulut point sanctionner cette mesure. Elle repoussa également un bi|l qui avait pour objet de frapper d’incapacité les personnes qui dans les fonctions déjugés de paix n’apportaient pas assez de diligence et d’activité ù poursuivre les hérétiques. Après une session trèsorageuse, leparlement fut dissous le 9 décembre. Gardiner mourut dans l’intervalle de la session (12 novembre 1555), et le grand sceau fut donné à Heath, archevêque d’York.
La reine ne trouvait aucune consolation dans son intérieur. Philippe, son époux, ne l’avait jamais aimée; depuis qu’il voyait ses espérances déçues, il trouvait son mariage lourd et ennuyeux. Quelques jours avant l’ouverture de la session , il quitta l’Angleterl’e et partit pour le continent.
Cette absence augmenta l’amour de la reine ; elle écrivit à son époux les lettres les plus tendres ; mais celui-ci n’y répondait que pour lui demander
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de l’argent. Marie aurait voulu répondre aux exigences de Philippe, mais la somme peu importante que lui avait accordée le parlement ne lui permettait pas de faire de grandes largesses. La reine eut alors recours à des moyens aussi violents qu’arbitraires. D’abord elle désigna mille personnes dont la richesse fut évaluée approximativement et qui furent prises parmicellesquiétaientlesplusdévouées à la cause, et elle leva sur elles un empruntde soixante mille livres sterling; il y eut ensuite un emprunt général, et chaque personne possédant un revenu de vingt livres dut y prendre part; soixante mille marcs furent levés sur sept mille yeomen qui n’avaient pas payé leur contribution lors du premier emprunt, ettrente-six mille livres sterling furent exigées des marchands.
Le commerce fut ensuite rançonné.
Des marchandises appartenant à des étrangers, achetées et payées par eux, furent saisies et mises sous l’embargo , afin de forcer les propriétaires à payer un nouveau droit. Dans une autre circonstance , la reine prohiba pendant quatre mois l’exportation des draps anglais dans les Pays Bas , afin ue certains marchands de Londres ont elle avait reçu des sommes considérables eussent l’occasion de vendre avec grand profit les marchandises qu’ils avaient déjà exportées dans cette contrée. La compagnie anglaise établie à Anvers ayant refusé un emprunt de soixante mille livres sterling, Marie dissimula son ressentiment, et attendit qu’elleeût embarqué une grande quantité de marchandises pour la foire d’Anvers; elle mit alors l’embargo sur les navires et les marchandises et obligea les marchands à lui prêter soixante mille livres sterling, et à payer un impôt de vingt shillings pour chaque pièce d’étoffe. Marie défendit en outre aux marchands étrangers qui habitaient l’Angleterre de faire des exportations et en donna le monopole à des marchands anglais, ui lui donnèrent en retour beaucoup ’argent. Lareine voulut ensuite emprunter de l’argent aux grandes villes
commerçantes du continent, mais son crédit était si mauvais, que bien qu’elle offrît un intérêtde quatorze pourcent, elle ne trouva de l’argent que lorsque la ville de Londres consentit à lui servir de caution.
Un rapprochement s’était opéré entre la reine et Élisabeth. Cette princesse, guidée par les conseilsdu prudent Cécil, montrait maintenant une obéissance illimitée aux ordres de la reine.
Une chapelle catholique desservie par des prêtres avait été construite dans sa résidence. Un large crucifix était constammentappendu aux murs de sa maison; élle travaillait de ses mains aux vêtements des saints et des madones; et quand elle visitait la cour, elle accompagnait la reine dans ses processions religieuses. Philippe, qui aurait désiré l’éloigner du royaume proposa à la reine de donner sa main au ouc de Savoie; Mais Élisabeth eut le talent de gagner sa sœur; et cette fois, Marie résista aux désirs de son mari. Le roi de Suèdè essaya ensuite d’obtenir la main de la princesse pour Éric son fils aîné. L’ambassadeur suédois quel’on avait chargé de cette mission délicate avait l’ordre de s’adresser directement à Elisa^th sans faire part de cette communication àla reine ni au conseil. Élisabeth, qui voyait maintenant que la succession à la couronne ne pouvait lui échapper, rejeta l’offre et résolut de la faire tourner à son profit en déclarant qu’elle ne pouvait entendre de telles ouvertures, si préalablement elles n’avaient obtenu l’assentiment de la reine. Marie fut charmée de cetté marque de confiance ; il paraît pourtant qu’Élisabeth ne cessa pas de so mêler dans les intrigues secrètes que ses amis ourdissaient contre l’État.
La perspective d’une fortune brillante s’ouvrait alors devantrambitieux Philippe. Charles-Quint, sonpère,après un règne long et glorieux, venait de résigner Ses immenses possessions en sa faveur et s’était retiré sur les frontières de la Castille et du Portugal dans le monastère deSaint-Just. Toutefois un événement de cette importance ne pouvait s’accomplir sanâ commotion.
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Ainsi Paul IV qui occupait alors la nhai- contrée. Philippe quitta aussitôt l’Aiire de Saint-Pierre croyant l’occasion fh- cleterre après avoir recommandé à sa vorabie pour renverser la domination femme de lever le plus promptement espuKnoleea Italie, avait ouvert à cet possible des troupes et de les lui enégard des négociations avec la cour de voyer sur le continent pour agir de France. Mais Philippeavaittoutprévu. concert avec les siennes sur les frou- Déjà le duc d’Alva prenait, par ses or- tières septentrionales de la France, dres, le commandement suprême de Cette levee de troupes était fort difUtoutes les proiSnces italiennes qui cile à exécuter; cependant, après de étaient sous la domination espagnole, grands efforts , Marie parvint à mettre et s’apprêtait à combattre l'armée sur pied mille cavaliers, quatre mille française qui s’avancait à travers les fantassins et deux mille pionniers. Alpes , et menaçait la Lombardie. Vers cette époque, Anne de Clè-
Philippe vint à Londres à cette oc- ves mourut paisiblement à Cbelsée; casion(mars 15.S7) pour demander des elle fut enterrée dans l’abbaye de Westsecours à la reine et l’engager à décla- minster avec les honneurs dus à une rer la guerre à la France; mais le car- princesse du sang royal. « Le peuple, dinal Pôle et la plus grande partie do nous dit Iiülinshed,avuitpourelle une conseil s’opposèrent à ses projets guer- grande affection. » L’année anglaise riers. H était impossible, en effet, de se était commandée par le comte de dissimulcrqu’uneguerreavecla France Penibroke et lord Robert Dudley. Fille entraineraituneguerreaveci'Écosse,et se réunità l’armée de Philippe, et une que les plus grands dangers pourraient victoire complète fut remportée sur enrésulterpdurlepays,dansunesitua- les F’rançais sous les murs de Sainttion financière aussi mauvaise et dans Quentin.' Quand la nouvelle en parvint l'état d’irritation où étaient les esprits, en Angleterre, Marie ordonna qu’on fit Philippe était furieux; et l’on rapporte des processions dans tout le royaume qu’il déclara à sa femme que si entière et qu’on chantât des Te Demi dans satisfaction n’était pas donnée à ses de- toutes les villes pour célébrer un événemandes, il quitterait immédiatement le ment aussi glorieux. Cependant cette royaume et qu’ilnelareverraitjamais. Joie fut de courte durée. Le duc de Un événement, peu important par lui- Guise, qui commandait l’armée franméme, permitn la reinedeservir les im çaise en Italie, avait repassé les Alpes térêts de son époux. Parmi les réfugiés au premier bruit de cette défaite, et anglais qui étaient en F'ranceil y avait était accouru vers les frontières menaun noimué Thomas Stafford , homme cées. Ayant appris que l’armée ennede fiaissance et d’une grande influence, mie s’était retirée en Flandre à l’ap- Stafford, dans l’espérance d’insurger proche de l’hiver pour prendre ses l’Angleterre, traversa le détroit avec quartiers, il résolut de mettre le siège trente-deux personnes, et débarqua à devant Calais qui jusqu'à ce Jour avait Scarlorough dans rVorkshire; mais le été regardée comme imprenable. Au troisième jour il fut fait prisonnier avec mois de novembre, Strozzi et Delbene, les siens par le comte de Westmore- ingénieurs italiens qu’il avait avec lui, iand. Les prisonniers, conduits à s’introduisirent déguisés dans la ville. Londres, furent mis à la torture, et ils Philippe offrit à Marie de jeter une déclarèrent que le roi de France les prnison espagnole dans la place, mais avait aidéset encouragés dans leur en- le conseil, par un motif bien raisonnatreprise. Stafford eut la tête tranchée ble de jalousie, refusa l’offre. L’Angleà Tower-Hill, Ie28 mai, et le lendemain terre n’était pas cependant en état de trois de ses compagnons furent pendus faire aucun effort par elle-même. Sa à Tyburn. Marie, tirant avantage marine était ruinée; la reine pour endesaveuxdesrévolté$,accusala France voyer des troupes en Flanare avait de donner asile aux proscrits de son fait saisir tout le blé qu’on avait pu royaume , et déclara la guerre à cette trouver dans le Norfolk et le SuffulK
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sans le payer; elle avaiten outre obligé la ville de Londres à lui prêter soixante mille livres st. (1,500,000 francs); de la sorte la garnison de Calais et ses habitants restèrent sans secours.
Guise entra dans les retranchements anglais le premier jour de l’année 1558 et se rendit maître après deux jours de siège de deux postes importants dont l’un commandait l'entrée de la rade , et l’autre la route de Flandre. Le jour suivant il battit en brèche à la fois les murs de la ville et ceux du château, et il envoya Grammont vers la fin du jour reconnaître la forteresse. Sur le rapport de cet officier que la citadelle semblait abandonnée. Guise à la tête des siens se jeta dans les fossés et entra par la brèche dans la place. Les Anglais avaient amassé une grande quantité de poudre afin défaire sauter la citadelle; mais les Français en sortant des fossés avec leurs vêtements imprégnés d’eau mouillèrent les poudres qui ne firent point explosion. Guise ordonna aussitôt l’assaut de la ville, qui capitula après quelques joursde siège. La capitulation portait que la ville avec toute sa grosse artillerie, ses vivres et ses munitions de guerre serait livrée au roi de France; que les habitants auraient la vie sauve, et qu’on leur accorderait un sauf-conduit pour aller où bon leur semblerait, mais que le commandant de la place et cinquante autres personnes désignées par le duc resteraient
Erisonniers , et n’obtiendraient leur lierté que sur rançon. Le lendemain, les Français prirent possession de Calais , et tous les habitants , hommes , femmes et enfants , au nombre de quatre mille deux cents personnes, sortirent de la place. Quelques jours après Guise se rendit maître de la ville et du fort de Guines, qui est à une petite distance de Calais , et du château de Ham.
C’est ainsi qu’après un siège de huit jours l’Angleterre perdit cette ville de Calais dont la prise avait coûté tant d’efforts à Édouard IIl , et qu’elle avait conservée ù travers les différentes vicissitudes de sa fortune pendant deux cent onze ans. La joie de la cour de France
ne peut se rendre; mais autant cette joie fut vive, autant elle inspira de regrets amers en Angleterre. C’était là en effet une humiliation bien grande , un coup bien dur pour l’orgueil national. Calais, l’un des yeux de l’Angleterre, comme on l’appelait, appartenait maintenantàlaFrance. Son importance commerciale et sa proximité d’Anvers augmentaient encore lesregrets. Aussi de longs murmuresaccusèrent-i Is le gouvernement de ce triste résultat. Les conséquences de cette perte semblaient ne pas devoir s’arrêter là. La vieille ennemie de l’Angleterre, l’Écosse commençait déjà à s’agiter. Marie de Guise, reine' douairière d’Ëcosse, deux ans avant cet événement, était allée en Franceoùétait safilleMarie,et en était revenue avec des dispositions plus hostiles contre l’Angleterre. Nommée régente à son retour, Marie de Guise avait laitdiversion en faveurde la France sur les frontières, et, depuis-la prise deCalais , le roi de France venait de marier son fils aîné avec Marie Stuart, fille et seule héritière de Jacques V, dernier roi d’Ecosse. L’importance politique de ce mariage sera développée dans le règne suivant. Le mariage fut célébré à Paris, le 24 avril 1558. Marie n’avait alors que seize ans , et son mari était moins âgé qu’elle de quelques mois.
Quelque temps avant ce grand événement, la reine convoqua son parlement pour lui demander de l’argent; et, tourmenté du désir de recouvrer Calais, et de venger l’honneur des armes nationales, le parlement vota des subsides considérables. Le clergé fit en outre un don volontaire de huit shelling par livre sterling. Avec cette somme Marie loua un grand nombre de vaisseaux et arma une flotte de près de cent voiles dont elle donna le commandement à Édouard , lord Clinton, grand aniiral d’Angleterre. Clinton reçut l’ordre de réunirsa flotte à celle du roi Philippe, et de profiter du moment où les troupes françaisesseraient engagées avec l’armée espagnole pour ravager la côte et surprendre quelques villes et notamment celle de Brest.
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Mais l’expédition fut mal conduite : au lieu d’aller directement à Brest, Clinton et l’amiral flamand allèrent bombarder la petite ville du Conquet, qu’ils mirent au pillage; delà, s’etant avancés dans le pays, ils brûlèrent lusieurs villages , et revinrent ensuite
leurs vaisseaux. Les Flamands, entrainés par le désir du pillage, ayan t pénétré plus avant dans l’intérieurqueles Anglais, rencontrèrent une troupe armée qui leur tua quatre ou cinq cents hommes. Ce débarquement donna l’éveil aux Français , et des forces considérables s’étant réunies dans la Bretagne sous le commandement du duc d' Ëtampes, Clinton n’osa plus faire de descente et rentra en Angleterre avec sa flotte. Dans le nord, une petite escadre composée de dix vaisseaux anglais contribua pourtant au succès de la bataille de Gravelines gagnée contre les Français par le comte d'Egmont. S’étant approchée du théâtre de l’action, elle ouvrit un feu terrible sur le flanc droit de l’armée française , et décida par cette manœuvre du succès de la journée. Le maréchal de Termes, Vilfebon , et d’autres Français de distinction furent faits prisonniers, et un grand nombre de soldats français périrent dans les flots en cherchant à s’échapper.
La mort de la reine , événement plus important pour l’Angleterre que la bataille de Gravelines, suivit de près cette journée. Vers le commencement du mois de septembre Marie tomba malade. Elle quitta aussitôt sa résidence favorite de Hamptopcourt, et se rendit à Westminster, oùelleexpira après avoir langui pendant six semaines (17 novembre 1558). On n’a aucune certitude sur la maladie qui la conduisit au tombeau. Quelques personnes prétendent qu’elle fut attaquée d’une sorte de maladie épidémique qui régnait alors et qui fit de grands ravages parmi la noblesse. D’autres ont supposé , et cette assertion parait plus vraisemblable, que ce fut le chagrin d’avoir perdu Calais qui causa sa mort. Dans ses derniers instants , Marie poussait de profonds soupirs, et quel- Anciætkrre. — T. 11.
ques membres de son conseil lui ayant parlé du roi Ferdinand , elle leur répondit que ce n’était point la seule cause de sa douleur, mais qu’elle avait au fond du cœur une blessure plus profonde. Quelques jours après cet entretien elle fit connaître aux dames qui étaient auprès d'elle quelle était ■*cette blessure. « Quand je serai morte et qu’on m’ouvrira, vous trouverez, dit-elle. Calais au fond de mon cœur. » Marie fut enterrée à AVestminster dans la chapelle de Henri Vil, selon les rites de rÉglise romaine. Quelques jours après sa mort, le cardinal Pôle, célèbre par sa sagesse, sa douceur et l’amour que ses vertus avaient inspiré généralement, la suivit au tombeau.
Ainsi se termina ce règne terrible; il avait duré cinq ans quatre mois et onze jours. Malgré tant de sang répandu, Marie a trouvé de chauds apologistes parmi. les écrivains catholiques. Ces écrivains vantent généralement la douceur de son caractère, la bonté de son âme, sa libéralité envers ses amis , l’élévation de son esprit et l’étendue de ses talents littéraires. Les faits que nous venons de rapporter nous disent ce que nous devons croire de cette opinion. De leur côté la pluart des écrivains protestants, cédant l’influence du préjugé contraire, ont jugé Marie avec une grande sévérité. Il est évident que ces écrivains n’ont point tenu compte de l’esprit du temps où vivait cette souveraine, ni des persécutions antérieures commises par les protestants sur les catholiques sous le règne d’Henri VIII et edui d’Édouard VI. Leur assertion est cependant plus fondée que celle des catholiques. Le règne de Marie ne fut u’une série continuelle de violences , 'exactions etd’inju^ices. L’élévation de son esprit, si elle en eut réellement, consista à ramener toutes choses à elle-méine. Ses talents littéraires si vantés parBurnet, Michel de Venise et d’autres, ne lui donnèrent aucune connaissance de l’esprit de la nation dont les destinées étaient dans ses mains. Elle ne voulut point se plier aux besoins de son peuple ; ce fut son
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peuple qui dut se plier aux caprices de son imagination superstitieuse et malade, à son désir de plaire à un mari qui ne l’aimait point, et qui était odieux à la nation.
g 7. Avènement d’Élisabeth au trône. — Sa politique à l’è^ard des catholiques.
— Ses preroiersdiffcrends avec l’Êcosse.— Ses machinations dans celte contrée. — Elle refuse plusieurs offres de mariage. — Sa Jalousie à l’égard de .Marie Stuart. — Elle soutient le parti huguenot en France . — Elle propose Leicester, son favori, à Marie Stuart pourépoui. —Sacoquetterie. Mariage de Marie Stuart avec Darnley. — Dépit qu’en conçoit Élisatretti. — Meurtre de Rizzio. — Plusieurs historiens prétendent qu'Ëlisabcth ne fut pas étrangère à cet assassinat. — Elle donne asile aux meurtriers. — Dépit qu’elle éprouve en apprenant la naissance de Jac(|ues. — Eile accepte d'étre marraine du prince. ’.
' A. D. 15.58. « Rien ne pourraitexprimer la joie qui éclata parmi le peuple, nous dit l'historien Goldsmith , à l’arénement d’Élisabeth au trône , où elle monta sans la moindre opposition.
Elle était à Hasfield lorsqu'elle apprit la mort de sa soeur. Elle se hâta aussitôt de se rendre à Londres, où elle Rit accueillie par des acclamations universelles. Élevée à la meilleure des écoles, celle de l’adversité, Élisabeth avait fait un digne usage de la solitude où elle avait toujours vécu.
Privée des jouissances et des plaisirs du monde, elle s’était livrée entièrement aux charmes de l’étude. Son esprit était cultivé avec soin; elle avait appris plusieurs langues étrangères; mais de tous les talents naturels qu’elle po.ssédait , celui qui lui procura le plus d’avantages, fut celui de savoir dissimuler à propos ses opinions, de vaincre ses penchants, de ne blesser personne, et de savoir régner enfin.
« La reine vierge, ainsi que plusieurs historiens l’ont nommée , ne put s’empêcher en se rendant à la Tour, selon la coutume ordinaire, de faire la différence de sa position actuelle avec celle où elle était lorsqu’elle y avait été amenée prisonnière. A peine eut-on proclamé son avènement, que Philippe son beau-frère, q^ui lui avait toujours témoigné de l’afiection, ordonna à son ambassadeur à Londres,
le duc de Feria, de lui fairédes propositions de mariage. Élisabeth ne pouvait qu’éprouver de la répugnance pour un pareil mariage. Elle n’aimait point la personne ni la religion de cet amant. Elle voulait d’aillcursjouir des laisirsde l’indépendance et des nomrenx hommages auxquels elle avait droit de prétendre. Cependant, quelle que fût sa façon de penser relativement à cette proposition, elle fit à Philippe une réponse très-obligeante , quoique évasive, et dont il conçut tant a’espoir, qu’il envoya un courrier à Rome afin d’obtenir les dispenses nécessaires [K)ur c«-mariage. »
Dix jours après son courontiement le parlement s’assembla (25 janvier 1559), et divers actes furent adoptés concernant la religion. Élisabeth ne s’était point encore prononcée ouvertement en faveur de la religion protestante; elle laissa à la prudence de sir William Cécil, qu’elle venait de nommer secrétaire d’État, le soin de diriger cette importante affaire. D’après les conseils de cet homme d’État , les exilés furent rappelés, et la liberté fut rendue à tous les prisonniers renfermés pourcause de religion. La reine fit publier ensuite une proclamation qui défendait à tout prédicateur de prêcher sans une permission spéciale; elle suspendit l’exécution des lois qui s’opposaient à ce que le service se fît en anglais , et défendit que l’hostie Rit élevée en sa présence. Les communes lui ayant représenté que la sûreté et la tranquillité de son royaume exigeaient qu’elle se mariât, elle les remercia de leur avis , et leur dit qu’elle était la femme de son peuple , et qu’elle serait charmée qu’on pût graver pour épitaphe sur sa tombe,. qu’Élisabeth ayant régné avec équité, avait vécu et était morte vierge.
Élisabeth, pour ne pointalarmer les catholiques, avait parlé en montant sur le trône de ne point changer la religion qu’elle avait trou véeétablie par la loi ; vaines promesses ! Dans le cours d’une session qui ne dura que quelques mois, le parlement rendit à la couronne les annates et les dîmes,
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PÉRIODE DES TÜDORS.
.nomma la reine chef suprême de l’Élisc, et remit en vigueur les lois d’Éouard sur la religion ; en un mot, l’Église anglaise fut définitivement perdue pour le parti papiste. Une vive opposition se inanitésta d’abord contre ces chaiigeinents parmi les évêques et les hauts fonctionnaires du clergé catholique; mais comme cette opposition entraînait la perte du bénéfice, elle ne tarda pas à se calmer. L’Angleterre , qui depuis le commencement du règne de Henri VIII avait changé trois fois de croyance, en changea une quatrième fois; sur neuf mille quatre cents bénéficiaires existant dans le royaume, il n’y eut que quatorze évêques, douze doyens, autant d’archidiacres, cinquante chanoines, quinze recteurs de collèges, et environ quatre-vingts personnes du clergé papissial qui aimèrent mieux renoncer à leurs bénéfices qu’à leurs sentiments religieux. La plupart de ceux-ci se réfugièrent sur le continent; Heath, Bonner, Bourn et Tuberville , pour avoir adressé une pétition à la reine dans laquelle ils l’engageaient à suivre l’exemple de la reine Marie, furent arrêtés et mis en prison. Bonner y mourut après une captivité de neuf ans. Ses compagnons de captivité, après avoir passé un certain temps dans la Tour et d'autres prisons, furent rendus à la liberté, et les évêques protestants qui les avaient remplacés dans ^ leurs évêchés durent pourvoir à leurs besoins.
La politique prudente de William Cécil et du chancelier Bacon que la reine venait de placer à la tête des finances et de la direction des relations de l’Angleterre avec les puissances étrangères, avait amené ces changements sans qu’il edt été nécessaire de recourir à la violence et aux llammes du bûcher. De nouveaux événements réclamèrent bientôt l’attention du gouvernement. Le 2 avril 1559, six mois après l’avénement d’Élisabeth au trône, un traité de paix avait été signé entre la France et l’Angleterre.
En vertu dece traité Calais devait rester à la France pendant huit années, et
rentrer, à l’expiration de ce terme, sous la domination de l'Angleterre à de certaines conditions. L’Ecosse, comme alliée de la France, avait été comprise dans le traité de paix.
Mais plusieurs points relatifs au débat qui existait entre l’Angleterre et l’Ècosse étaient restés en litige pour être réglés à l’amiable, dans une discussion ultérieure, lorsque les prétentions que manifestait alors Marie de Guise, reine douairière, rendirent tout arrangement impossible. Suivant les lois canoniques de l’Église romaine, disait Marie de Guise, les droits de Marie Stuart au trône d’Angleterre reposaient sur une base plus solide que ceux de sa cousine Élisabeth. Les Guises qui soutenaient cette cause représentaient le mariage d’Anne de Boleyn comme illégitime , parce qu’il avait été déclaré nul par une sentence de l’Église; ils ajoutaient que l’acte d’y//la»Wer qui avait frappé Elisabeth n’avait Jamais été révoqué par le parlement , tandis que Marie d’Écosse, bien qu elle eût été oubliée dans le testament de Henri VIH , avait par sa naissance et la légitimité de son origine des droits incontestables au trône. Marie et son époux avaient déjà mis à profit la circonstance en ajoutant les armes d’Angleterre à celles de la France, et en prenant le titre de roi et de reine d'Écosse.
Élisabeth n’attendit point une nouvelle provocation, pour fairetourner à son profit lés dissensions religieuses qui divisaient l’Écosse à celte époque.
Un nommé John Knox s’étant mis à la tête d’une partie de la noblesse écossaise, avait obtenu de grands avantages sur le parti catholique; et la reine régente avait été obligée d’appeler des troupes françaises pour soutenir son gouvernement. Des bruits adroitement répandus dans le- public
?|ue l'intention de la régente et de sa amille était de détruire l’indépendance nationale et de faire de l’Écosse une province franchise, occasionnèrent de grandes détections dans le parti de la reine. I.e comte d’Aran, qui se glorifiait quelque temps auparavant de son titre français de duc de Châ-
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tellerault, ainsi que le célèbre Jacques Stuart, commandeur de St. -André, fils naturel du feu roi et demi-frère de Marie Stuart, se rangèrent parmi les partisans de John Knox qui avaient pris la dénomination de « Lords de la congrégation du Seigneur. » Le mécontentement s’accrut encore lorsqu'à l’avénement de l’époux de Marie au trône de France (10 juillet 1559), on vit débarquer à Leith des troupes françaises. Le parti protestant aurait volontiers privé Marie de Guise de la régence, mais un grand nombre des lords de la congrégation avaient de la répugnance pour les mesures extrêmes ; d'ailleurs le parti de la reine, renforcé par les troupes étrangères, était maintenant trop formidable pour qu'on pdt espérer la victoire. On préféra s'adresser à la reine Élisabetn.
La cause des réformateurs.écossais avait de chauds partisans au sein du conseil, et sur les représentations de ceux-ci, que si les protestants écossais étaient battus, les Français unis aux catholiques essayeraient indubitablement de placer Marie Stuart sur le trône, il tut décidé qu’on soutiendrait les lords de la congrégation contre la reine régente, mais d'une manière secrète et détournée, afin qu’ils ne parussent point être à la solde de l’Angleterre, et qu’Ëlisabeth ne fôt point engagée dans une guerre ouverte avec sa sœur et rivale. Sir Ralph Sadler qui, sous le règne de Henri VIII, avait rempli en Écosse des fonctions d’agent provocateur, fut choisi pour remplir les mêmes fonctions. Mais pour dissimuler le but caché de sa mission, il fut chargé ostensiblement de régler les différends qui existaient relativement aux frontières , et de surveiller les réparations que legouvernement se proposait de faire aux fortifications de Berwick et de plusieurs autres places fortes du nord. Avis fut donné à la cour d’Écosse des intentions de l’Angleterre à cet égard, et Marie de Guise nomma de son côté des commissaires. Au nombre de ces derniers était Jacques Hepburn , comte de Bothwell, qui, quelques an-
nées plus tard, devait pousser la reine Marie dans l’abtme.
Sir Ralph répandait l’or avec profusion. Un armistice avait été conclu entre les deux partis après l’arrivée des troupes françaises en Écosse, et il avait été convenu que personne ne serait poursuivi pour cause de religion , que la ville d’Edimbourg n’aurait point de garnison, et aurait la liberté deprofesser le culte qui lui conviendrait. U ne querelle s’éleva à l’occasion de cette liberté entre les catholiques et les protestants ; le parti de la reine désirait conserver au culte catholique l’église de St-Giles; de leur côté les réformateurs insistaient pour avoir cette église. La reine régente ne fut pointdupede la conduite qu’Élisabeth tenait à l'égard de l’Écosse. Elle s’en plaignit, et protesta contre les encouragements donnés aux insurgés qui passaient en Angleterre et revenaient librement en Écosse sans qu’on lui donnât connaissance de leurs allées et de leurs venues; mais les intrigues de Sadler n’en continuèrent pas moins. Il est donc incontestable, quoique le fait soit nié par plusieurs historiens, que la première agression vint d’Élisabeth. On objecte que la reine Marie d’Écosse et son mari avaient ajouté à leurs armes les armes d’Angleterre, avant qu’il y eût encore aucune provocation de la part de la reine d^ngleterre. Cette allégation ne fut qu’un prétexte pour couvrir une politique injuste, et Élisabeth n’aurait jamais songé à en tirer profit, si elle n’avait eu au fond de l’âme des sentiments de haine et d’ambition contre Marie. D’ailleurs Marie n’avait alors que dix-sept ans, son mari n'en avait que seize, elle n’était entourée que d’assez mauvais conseillers ; au contraire, Élisabeth était alors dans sa vingt-sixième année, et avait autour d’elle des hommes d’État très-habiles.
Cependant de nouveaux renforts étaient attendus de la France , et il devenait évident que si on ne faisait quelques efforts énergiques en faveur des protestants d’Écosse , ce parti était perdu. Alors Élisabeth levale masque.
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et ses préparatifs belliqueux furent connus au dehors. Dans ce moment de crise la France lui offrit la restitution immédiate de Calais, si elle ne voulait pas intervenir dans les affoires de l’Ecosse -, mais Élisabeth répondit que la possession d’une ville de pécheurs ne pouvait contre-halancer la sûreté de son royaume. Elle conclut aussitôt un traité de paix avec les lords de la congrégation (27 février 1560) par lequel elle s’engageait à ne déposer les armes que lorsque les Français auraient quitté l’Ecosse, et leur donnait l’assurance solennelle qu’elle ne porterait aucune atteinteaux lois, aux libertés et aux coutumes de leur pays. Sa flotte, composée detreize rands navires de guerre, indépenammentdes navires de transport, parut dans le frith de Forth au mois de mars , et força les Français qui ravageaient le çoiiité protestant de Fife à rentrer à Édimhourg. Do isel qui les commandait y trouva mourante la reine régente. Marie de Guise n’avait pu résister à une épreuve aussi longue et succombait sous le poids de ses flitigues. Ne voyant que périls autour d’elle , la reine régente demanda à lord Erskine de la recevoir dans le château d’Édimbourg, et ce seigneur qui conservait encore la neutralité, lui accorda un asile à la condition qu’elle n’amènerait avec elle qu’un petit nombre de serviteurs. Doisel se renferma aussitôt arec son armée dans Leith, qui fut assiégée par terre et par mer. La ville était b^ien fortiliée, et les assiégés paraissaient disposés à la bien défendre. La cour d’Angleterre tenta alorsde négocier un arrangement.
Sir Ralph Sadler fut encore chargé de cette mission. Élisabeth disait à la reine douairière, qu’elle n’avait pris les armes que pour la défense de son propre royaume; elle protestait contre toute intention qu’on pourrait lui prêter de vouloir somparer de l’Êcosse , et lui offrait ses armes pour ramener latranquillitéausein de son royaume.
Marie de Guise qui, au lit de mort, avait encore toute l’énergie de son caractère, ne put s’entendre avec les commissaires anglais. Alors
Élisabeth donna l’ordre aux chefs de son armée de ne repousser aucune offre raisonnable mi leur serait faite par la garnison française de Leith. Mais les troupes frança'ises ne paraissaient pas disposées a rendre Leith, et elles continuèrent de défendre cette ville avec une bravoure qui fut admirée de toute l’Europe. Selon Brantôme, tout soldat français qui avait servi dans ce siège mémorable avait sa réputation de bravoure faite.
La mort de la reine régente, qui eut lieu au château d’Édimbourg le lOjuiri 1560, aplanit pourtant les différends. A son lit de mort Marie de Guise fit venir le bâtard Jacques Stuart, demi-frère de sa fille, ainsi que quelques autres lords de la congrégation , et leur recommanda avec chaleur les intérêts de sa fille absente. Ce fut un grand échec pour le parti catholique.
Sur ces entrefaites la maison de Lorraine , à qui de nombreux ennemis disputaient le pouvoir à cette époque, fit au nom de la France de secrètes ouvertures à Élisabeth; et un traité de paix fut conclu. Par ce traité, qui reçutlenom de traité d’Édimbourg, Leith, Dunbar et Incheith furent rendus et leurs fortifications furent détruites. Il fut convenu que l’administration des affaires serait placée dans les mains d’un conseil composé de douze nobles écossais, dont sept seraient nommés par la reine et cinq par le parlement; qu’aucune force étrangère ne serait introduite en Écosse sans le consentement du parlement écossais , et que chacun rentrerait dans l’emploi qu’il occupait avant le commencement des hostilités. Pour ce qui regardait la religion, on arrêta que les états du royaume feraient connaître à la reine Marie et à son époux leur opinion et leurs désirs, et, qu’un parlement s’assemblerait immédiatement pour . décider cette affaire importante. Il y eut en outre un traité séparé entre la France et l’Angleterre , par lequel la France reconnaissait les droits d’Élisabeth au trône , et consentait à ce que Marie ne prit point à l’avenir les armes d'Angleterre. Les troupes françaises
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partirent aussitôt de Leith , et s’em- passions populaires contre elle , et Darquèrent à bord de vaisseaux anglais, ses confrères , renchérissant encore qui les conduisirent en France. sur lui , firent bientôt de Marie un
Plusieurs princes se mirent à cette objet de haine pour les uns et de sus* époque sur les rangs pour obtenir picion pour tous. Jésabel , telle était la main d’Élisabeth. Eric, qu’elle l’appellationsouslaquellecesfotigueujf avait refusé, et qui depuis était monté prédicateurs désignaient la reine d’É* sur le trône de Suède, renouvela ses cosse dans leurs sermons. Marie fit offres , et envoya son frère, le duc de quelques représentations à cet é^ard; Finlande, pour plaider sa cause; l’ar- elle ditàKnoxdeluifairesesréprimanchiduc d’Autriche et le roi de Dane- des en particulier s’il avait a lui en mark demandèrent aussi la main d'É* adresser, et non à l’église devant le lisabeth. Mais ces illustres préten- peuple assemblé. Mais Tardent rôdants furent tous refusés. formateur lui répondit que c’était à
Le retour de Marie Stuart en Écosse elle à venir à l’église pour l’entendre, accrut encore le désordre qui régnait et non à lui à se rendre auprès d’elle, dans ce malheureux pays. Marie ve- La reine d’Angleterre se réjouissait nait de perdre son époux (le 5 décem- deces dissen.sions; et (lour augmenter bre 1Ô60 ) , et le pouvoir royal étant eiicorelesembarrasdeMarie, elle insis* passé des mains de ses oncles dans tait prèsd'elle et demandait la ratiüca* celles de la fameuse Catherine de Mé- tion du traité d’Edimbourg. Marie dicis qui n’avait aucune affection pour chargea Maitland de Lethington de elle, elle s’était décidée à revenir régler cette affaire; et Lethington
dans son pays natal qu’elle n’avait consentit au nom de sa souveraine à
pas revu depuis son enfance. Marie la ratification demandée, si Élisabeth
ne voulut point ratifier le traité d’É* voulait reconnaître par un acte solen-
dimbourg qui lui enlevait le titre de nei du parlement les droits de Marie reine , et refusa même de recon- au trône d’Angleterre, dans le cas où naître la validité du parlement qui elle viendrait à mourir sans héritier
avait été convoqué sans son ordre, directe. Ces prétentions fort jus*
Elle s’embarqua à Calais au mois tes furent répoussées, d’août, et demanda avant de partir un D’un autre côté , dans l’éventualité sauf-conduit à la reine Élisabeth, qui le d’hostilités prochaines Élisabeth par lui refusa. Cette malheureuse princesse une administration prudente réparait ne put retenir ses larmes en voyant les maux du dernier règne. La paix fuir devant elle le rivage d’une terre se rétablissait à l’intérieur. Le vide où elle avait été élevée depuis son en- que la mauvaise administration de la fance;etlesregardsattachéssurlacôte reine Marie avait opéré dans les fifrançaise, elle murmura ces paroles : iiances commençait à se combler. Des
« Adieu, France! Adieu, chère France, achats considérables d’armes étaient je ne te reverrai plus. » La flotte an* faits sur le continent, et la fabrication glaise ne se montra point; le vais- de la poudre ainsi que l'art de fondre seau qui la portait arriva sans acci* les canons recevaient de grands endent à Leith le 19 du mois d’août , où couragements. elle fut accueillie par les acclamations Une humeur inquiète et jalouse du peuple. Mais les espérances qu’elle tourmentait sans cesse Élisabeth, et put concevoir de cette réception ne tout ce qui de près ou de loin sem* tardèrent pas à se dissiper. Rien ne blait jeter quelque incertitude sur la pouvait égaler l’audace du parti pro- validité de ses droits au trône lui dontestant. John Knox , prédicateur fii- nait ombrage. Outre Marie Stuart , rieux qui professait les doctrines elle voyait encore une rivale, dange* calvinistes, dirigeait ce parti; il eut mise dans la ligne des Suflblk. On plusieurs entrevues avec la reine, et sait que le jour fatal où leaime Gray chercha à la convertir à ses doctrines, avait été mariée à lord Guildford Trouvant .Marie rebelle, il excita les Dudley, Catherine Gray, sa sœur,
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avait été mariée à lord Herbert , fils du comte de Peinbroke. A l'avénementde Marie au trône d'Angleterre, le comte de Pembroke rom^)it le mariage de son fils par un divorce, et lady Catherine vécut dans la retraite depuis 1554 jusqu’en lâGO. On découvrit alors que cette dame était mariée secrètement au comte Hertford, fils du duc de Somerset , le t'eu lord protecteur. La eolère d’Élisabeth ne peut se rendre ; mais elle s’accrut encore quand elle apprit que Catherine était enceinte. La jeune femme fut conduite à la Tour, et lord Hertford, qui était alors en France, fut sommé de revenir dans le plus bref délai possible pour rendre compte de sa conduite. Hertford soutint la validité de son mariage et fut envoyé à la Tour. Aussitôt Élisabeth nomma des commissaires pour instruire cette affaire, et la commission déclara illégitime le mariage du comte et de Catherine , et frappa de bâtardise l’enfant issu de cette union» Tous deux étaient restés dans la Tour. Ayant obtenu de l’humanité du lieutenant de la Tour la liberté de se voir, Catherine devint une seconde fois enceinte. Alors lord Hertford fut traduit devant la chambre étoilée, et fut condamné à payer une amende de quinze mille liv. St. comme coupable d’avoir séduit une femme du sang royal.
Catherine dut subir un emprisonnement plus dur; elle mourut dans sa prison, et le lieutenant de la Tour perdit sa place.
Les Pôles, descendants d’une autre tige royale , inspiraient aussi des craintes sérieuses à la reine. On prétend qu’Arthur et Edmond Pôle, neveux du fameux cardinal , avaient conçu le projet de faire une révolution en Angleterre; qu’Arthur Pôle devait aller en France pour solliciter l’appui des Guises , et revenir en Angleterre, à la tête d’une armée, envahir la principauté de Galles et proclamer Marie Stuart reine légitime d’Angleterre. Arthur et Edmond Pôle, ainsique leurs compUces, furent arrêtés et condamnés à nnort; mais Élisabeth leur fit
grâce de la vie, et voyant qu’elle n’avait rien à craindre d’eux , elle se contenta de les tenir enfermés pendant quelque temps à la Tour.
Si au dehors les princes catholiques regardaient Élisabcthd’unmauvaisœil; sien France surtout de sourdes machinations se tramaient sans cesse pour la renverser du trône, et y faire monter à sa place Marie d’Écosse, au dedans son autorité était déjà affermie; les catholiques murmuraient, mais ne bougeaient point. D’un autre côté, TÉcosse était bouleversée; les protestants du dehors tournaient leurs regards vers elle avec espérance, comme vers la seule souveraine qui pûtlesMUver de la fureurde leurs ennemis. Élisabeth sut faire tourner à son profit ces divisions religieuses.
La France était alors partagée en deux camps. L’un, le parti catholique, avait à sa tête le duc de Guise et Catherine de Médicis; l’autre, le parti protestant, avait pour chefs le prince de Condé, l’amiral Coligny, Andelot et d’autres. La fureur des deux partis était la même, et chacun d’eux sollicitait au dehors des secours. Philippe Il envoya six mille hommes et quelque argent au parti catholique.
Alors le prince de Condé s'adressa à Élisabeth, et lui offrit, en retour des secours qu’il lui demandait, la cession immédiate delà villedu Havre.
Élisabeth accepta l’offre; elle envoya au prince de Condé de l’argent , et une petite armée de trois mille hommes qui prit immédiatement possession du Havre. On ne fit point Je déclaration de guerre à la France; aux représentations des ambassadeurs français Élisabeth répondit qu’elle n’agissait que dans l’intérêt du roi de France que le duc de Guise retenait, disaitelle, prisonnier malgré lui. Un petit détachement des troupes anglaises fut jeté dans la ville de Rouen qu’assiégeaient alors les catholiques , mais il y fut détruit. La ville fut prise d’assaut et toute la garnison fut passée au fil de l’épée. Élisabeth résolut de renforcer sa petite armée ; par ses ordres Ambroise Dudley, comte de Warwick ,
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HISTOIRE D’AKGLETERRE.
frère aîné de son favori , partit pour la France avec trois mille hommes de nouvelles troupes. Warwick prit le commandement du Havre, et mrtifia cette place que menaçait déjà le vainqueur de Calais.
Pendant ce temps-là, l’argent d’Élisabeth grossissait l’armée des huguenots de soldats protestants recrutés en Allemagne. L’amiral Coligny et Andelot parvinrent à réunir par ces moyens une force assez considérable pour forcer le duc de Guise à quitter les bords de la Seine et le voisinage du Havre, et à se replier sur la Loire , où les huguenots occupaient la ville d’Orléans. Cependant, malgré une campagne remarquable durant laquelle Condé et Coligny avaient menacé la ville de Paris, les protestants furent complètement défaits près de Dreux. Cette affaire n’étant pas décisive , Élisabeth se décida à soutenir encore Coligny et à lui envoyer d’autre argent.
La reine, en entretenant ainsi les divisions religieuses qui désolaient la France, ôtait à cette puissance la possibilité de soutenir les intérêts de Marie Stuart. Toutefois l’assistance q u’el le donnait aux protestants frant^ais épuisait ses coffres ; ce qui l’obligea de convoquer un parlement. Élisabeth venait alors d’avoir la petite vérole; et le parlement effrayé des dangers qu’entraînerait pour le pays une succession disputée, l’invita de nouveau à se marier, ou du moins à désigner un successeur, lui disant que depuis la conquête, la nation n’avait jamais été plus malheureuse que lorsqu’elle n’avait pas connu l’héritier légitime de la couronne. L’alternative étaitembarrassante.Il fallait reconnaître les droits de Marie Stuart, ou ceux de Catherine Gray, ou prendre un époux. Élisabeth déclara que sarésolution de vivre et mourir vierge n’était plus aussi ferme qu’auparavant. Mais la reine n’en persista pas moins dans sa première résolution ; le duc de Wurtemberg, prince protestant, s’étant présenté , elle le refusa. Les subsides demandés furent votés, et le clerg'é
protestant, qui voyait avec plaisir la continuation de la guerre avec la France , y ajouta un subside de six shellings par livre sterling payable dans trois ans. Le parlement étendit en outre les pouvoirs de la reine en rendant un acte qui obligeait toutes les personnes dans les ordres sacrés ainsi ue celles qui occupaient des fonctions ans les cours de justice ou les universités, les membres du parlement et les maîtres d’école, à prêter à la couronne le serment de suprématie. Toute personne qui s’y refusait , ou qui affirmait par écrit ou autrement la suprématie du pape , devait être poursuivie comme traître , et subir les peines qu’entraînait la confirmation d’un tel crime. Un bill fut aussi rendu contre les conjureurs, les diseurs de bonne fortune et autres qui abusaient étrangement alors de la crédulité publique.
La reine envoya immédiatement une partie de l’argent que le parlement venait de lui accorder à Coligny, et l’autre partie à Warwick. Mais les résultats qu’elle espérait de ses sacrifices ne répondirent pas à son attente. La cause protestante paraissait alors fortement compromise en France , et ses défenseurs étaient vivement pressés par le duc de Guise, lorsque ce chef fut assassiné par un gentilhomme protestant nommé Poltrot (24 février 1563). Cette circonstance rapprocha les deux partis, et une réconciliation apparente, qui fut confirmée par un traité de paix, eut lieu entre les catholiques et les protestants français. Dans cet arrangement, les intérêts d’Élisabeth avaient été complètement mis de côté ; seulement il fut convenu que si elle voulait rendre le Havre, on lui payerait les sommes qu’elle avait avancées, et que Calais lui sqrait rendu avant l’expiration du terme fixé. Ces conditions ne satisfirent point Elisabeth , et elle donna l’ordre à Warwick de défendre le Havre jusqu’à la dernière extrémité. La ville fut en effet vaillamment défendue; mais après un siège de quelques mois, elle futobligée
PERIODE DES TUDORS
de capituler (28 juillet 1563). Les Français permirent aux vaincus d’emporter armes et bagages, ainsi que les marchandises et autres objets qui appartenaient à la reine d’Angleterre, ou à ses sujets, et leur accordèrent six jours pour s’embarquer. Cette défaite, qui fut suivie d’une peste à Londres, et de plusieurs tremblements de terre dans les comtés de Lincoln et de Northampton, refroidit le zèle d’Élisabeth pour les huguenots; un traité de paix fut signé à Troyes le 11 avril 1564. Par ce traité Élisabeth rendit les otages que les Français lui avaient livrés pour garantie de la restitution de Calais, et reçut en retour deux cent vingt mille écus.
La question relative à la reddition de Calais resta dans l’état où elle était avant le commencement des hostilités.
Les affaires de l’Écosse s’étaient encore compliquées dans cet intervalle.
Les haines religieuses qui divisaient les deux partis étaient ]uus âpres que jamais, et les nobles mettaient mille intrigues en jeu pour SC ruiner les uns les autres. Jacques Stuart, qui désirait s’enrichir aux dépens de quelques-uns des lords catholiques, avait, par son influence sur l’esprit deülarie, obtenu avec le titre de comte de Murray les terres qui formaient l’apanage de cettedigiiité; lord Huntley , auxdépens duquel cette cession avait été faite, leva aussitôt les clans des hautes terres pour lui disputer un titre et des propriétés qui lui appartenaient.
Une bataille sanglante fut livrée près d’Aberdeen, presque sous les yeux de Marie; Huntley y fut battu et y perdit la vie. Son fils, lord Gordon, lut fait prisonnier et exécuté à Aberdeen. Le bruit se répandit à cette occasion que si Huntley avait été vainqueur, il se serait emparé de la personne de Marie Stuart, et l’aurait forcée à épouser un de ses fils.
Ces bruits augmentèrent l’inquiétude qui régnait dans les esprits, et les Écossais demandèrent à leur reine de se choisir un époux.
Ce choix était diflicile, bien que Marie Stuart n’eût pas l’aversion d’Élisa-
beth pour le mariage, et que les prétendants ne lui manquassent point.
Les parents qu’elle avait en France lui proposèrent alternativement don Carlos , qui était alors l’héritier présomptif de la monarchie espamole; puis le duc d’Anjou, l'un des frères de son premier mari ; puis le duc de Bourbon, puis le duc de Ferrare. Mais ces princes étaient catholiues et ne plaisaient point à la masse e la nation. De plus, une alliancede cette nature aurait infailliblement amené une guerre immédiate avec l’Angleterre. Dans cette conjoncture difBcile et dans l’espoir de tout concilier, et d'assurer en même temps ses droits à la couronne d’Angleterre, dans le cas où Élisabeth viendrait à mourir sans enfants , Marie envoya sir Jacqiies Melville à la cour de Londres, aun de consulter Élisabeth sur le choix qu'elle devait faire.
Élisabeth proposa à l’ambassadeur comme le meilleur époux que pût choisir Marie, lord Robert Dudley, ù qui elle venait de donner le titre de comte de Leicester. Ce personnage était le favori même d’Élisabeth, et l’attachement de cette princesse pour le comte était connu de toute la nation. Aussi pense-t-on que la proposition de la reine n’était point sérieuse, et qu’elle ne céda en cette occasion qu’à un mouvement de vanité féminine.
L’idée que le beau Leicester rejetterait pour elle une reine jeune et belle lui souriait; peut-être aussi voulait-elle mettre à l’épreuve l’attachement de son favori. Toutefois c’était moins l’amour que l’ambition qui remplissait le cœur du favori. Élisabeth venait de refuser leduc Casimir, flls de l’électeur palatin, nouveau prétendant qui lui offrait ses vœux. Or les étoiles avaient été consultées par l'ordre du savant Cécil, et les étoiles avaient répondu que la reine se marierait dans sa trente et unième année à un seigneur et qu’elle aurait un Gis qui deviendrait un grand prince, et une fille qui serait un jour une grande reine. La reine persistait malgré les astres à ne pas prendre un mari ; mais Leicester es-
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pérait qu' Elisabeth renoncerait à cette résolution pour lui. Leicester était marié ; il perdit sa lérame d’une manière subite , et la voix publique l’accusa de l’avoir assassinée pour donner cours à ses projets. Les lignes suivantes d’un écrivain de l’époque tendraient à confirmer cette opinion : < Comme sa femme, dit-il, le gênait dans ses projets ambitieux, il l'envoya par Oxford chez un de ses domestiques, nommé Foster; quelquesjours après , lajeune femme tomba comme par accident du haut d’un escalier, et se brisa la tête sans que le chaperon qu’elleavaitsur lescheveux fût aucunement dérangé. Sir Richard Varney était resté seul ce jour-là avec lajeune femme et avait congédié tous les domestiques à l’exception d’un seul; pourquoi ces mesuresde précaution? Ces deux hommes connaissaient seuls le secret de cette catastro* phe. > Ledomestiquefutquelque temps après arrêté pour crime de félonie, et périt secrètement dans la prison.
Vers la même époque, sir Richard Varney mourut à Londres en blasphémant Dieu et en disant à un ecclésiastique qui l’assistait dans ses derniers instants, qu’il était déchiré par tous les démons de l’enfer. Quoi qu’il en soit, Leicester, qui était un acteur consommé, ayant eu une conversation familière avec lord Melville, chercha à se représenter comme un homme indigne d’épouser une aussi grande reine que Marie, et dit que l’invention d’un tel ))rojet ne pouvait provenir que de Cécil, son ennemi secret.
On trouve dans les lettres de l’ambassadeur de Marie des détails curieux sur le caractère d’Elisabeth. Nous croyons devoir les donner ici pour montrer combien à côté de grandes vues il y avait de vanité et de faiblesse féminine dans le cœur de cette reine si vantée. C’est lord Melville qui parle : « Elle me conduisit, dit-il, dans sa chambre à coucher, et ouvrit un petit cabinet, où étaient divers petits portraits enveloppés dansdu papier. Sur le papier de chacune de ces miniatures la feine avait écrit les noms des person nés
dont elles représentaient les traits.
La première qu’elle prit portait cette inscription : <• portraitde mon maître.»
Je pris la lumière et la priai de me montrer ce portrait ; mais elle parut embarrassée; cependant l'ayant pressée de nouveau, elle se rendit à mes instances , et me montra ce portrait ue je reconnus pour celui du comte e leicester. Je la priai de me le donner pour le porter à ma souveraine, mais elle me le refusa, en me disant qu’elle n’avait que ce seul portrait de I-eicester. Je lui répondis qu’elle avait en ce moment l’original auprès d’elle, car j’apenjus à l’extrémité de la chambre le comte causant avec sir William Ceeil. Elle prit ensuite le portrait de Marie Stuart, et l’embrassa. Je me hasardai à lui baiser la main en retour de l’amitié qu'elle montrait à ma souveraine. Elle me montra alors un beau rubis , et lui ayant dit de me donner ce rubis ou le portrait de lord Leicester comme un gage de son amitié pour ma souveraine, elle me répondit que si la reine voulait suivre son conseil, elleaurait avec le temps tout ce qui était à elle, et que, pour le moment, elle lui enverrait par moi un beau diamant comme gage de son amitié. Elle me dit alors de me trouver le lendemain matin auprès d’elle à huit heures. » La conversation entre la reine et l’ambassadeur roule cette fois sur la toilette. C’est encore lord Melville qui parle : « Elle me dit qu’elle avait des costumes de toute sorte, qu’elle portait un jour le costume anglais, un autre jour le costume français, un autre jour le costume espagnol ou italien , et me demanda lequel lui allait le mieux ; je lui répondis que c’était le costume italien ; ce qui lui fit plaisir, car ee costume lui permettait d’étaler sa chevelure.
Ses cheveux sont plutôt rouges que jaunes et paraissent naturellement bouclés. Elle me demanda ensuite quelle était la couleur qu’on jugeait la plus belle dans les cheveux , et laquelle de ma reine ou d’elle avait le.« plus beaux cheveux. Je lui répondis qtie ses cheveux et ceux de ma souveraine étaient également beaux. Celte réponse
PÉRIODE DES TUDORS
ue l’ayant pas satisfaite, je lui dis qu’elle était la plus belle en Angleterre, et que ma souveraine était la plus belle en Écosse; et comme elle insistait encore pour une réponse catégorique, j’ajoutai qu’elle avait la peau plus olaDclie, mais que ma souveraine était très-belle. Elle me demanda laquelle de Marie Stuart ou d'elle était la plus grande; je lui répondis que c’était ma reine; alors, me dit-elle, elle est trop grande , car moi je ne suis ni trop grande ni trop petite. M’ayant interrogé sur les occupations de la reine d’Ëcosse, je lui répondis qu’elle allait quelquefois à la cnasse,que d’autres fois, quand ses occupations le lui permettaient, elle lisait des livres d'histoire, et que pour se récréer elle jouait du luth et du clavecin ; elle me demanda si elleen jouaitbien : — Très-bien pour une reine! Le même jour, me promenant dans une galerie isolée avec Iord|Hunsdon, ce seigneur me conduisit près d’un appartement où j’entendis les sons d’un clavecin. C’était la reine elle-même qui jouait de cet instrument. Après avoir soulevé la tapisserie qui cachait l’entrée de la chambre, et voyant qu’elle avait le dos tourné à la porte, j’entrai doucement et je l’entendis exécuter quelques morceaux. Elle me vit, parut surprise, et s’avança vers moi comme pour me frapper avec la main, disant qu’elle n’aimait pas à jouer devant les iioinmes, qu’elle ne jouait que lorsqu’elle étaitseule pour cl tasser l’ennui — Comment êtes- vous venu ici? ajouta-t-elle.
— Je lui répondis que me promenant dans la galerie avec lord Hunsdon, et passant devant sa chambre , j’avais entendu une si douce musique que je m’étais décidé à entrer; puis je cherchai à m’excuser en disant que j'avais été élevé à la cour de France, ou cette liberté était permise. Que votre majesté daigne m’indiquer le genre de punition qu’elle désire m’intliger pour une pareille offense, et je suis prêt à me soumettre à sa volonté. Elle s’assit sur un coussin , et je me mis à genoux devant elle; alors elle me tendit
avec la main un coussin, et malgré mon insistance à le refuser, elle n>e força aie prendre. Elle appela aussitôt auprès d’elle lady Strafford, car elle était seule, et me demanda laquelle de Marie ou d’elle jouait le mieux du clavecin. Je me crus obligé dans cette circonstance de dire que c’était elle.
Elle me fit ensuite compliment de la manière dont je parlais français, et me demanda si je pouvais parler italien , langue qu’elle parlait avec facilité; je lui répondis que n’étant resté que quelques mois en Italie, je n’avais pas eu le temps d'apprendre cette langue. Alors elle me parla en allemand, langue qu’elle parlait mal, et me demanda quelle était la lecture qui me
filaisait le mieux, si c’était l'histoire, es romans, où les livres de théologie; je lui répondis c{ue ces diverses lectures me plaisaient egalement, et je profitai de cette occasion pourlui demander mes dépêches. Elle me dit que j’étais plutôt ennuyé de sa compagnie qu'elle ne l’était de la mienne. Lui ayant représenté que les affaires de ma souveraine réclamaient ma présence en Écosse, elle voulut queje prolongeasse mon séjour pendant deux jours encore pour queje. la visse danser. A celte occasion, elle me demanda laquelle de la reine d’Ecosse ou d’elle dansait avec le plus de grâce. Je lui répondis que ma souveraine ne dansait pas avec autant de gaité qu’elle le faisait. Elle me dit alors qu’elle désirait bien voir la reine d’Écosse dans un lieu convenable, et je m’offris de la conduire secrètement en Écosse déguisée en page, en lui disaut que sous ce déguisement elle pourrait voir la reine, comme Jacques V était allé voir en compagnie seulement de son ambassadeur la soeur du duc de Vendôme qu’il devait épouser.
J’ajoutai quesa charnière pourrait rester fermée pendant son absence , comme si elle était malade; qu’elle n’avait besoin de communiquer ce projet à personne, à l’exception de lady Straflord et de l’un des grooms de sa cliambre. Ce projet parut d’abord lui sourire; cependant , apres une courte
pause, elle poussa un profond soupir et laissa tomber ces paroles : Hélas !
si cela pouvait être ainsi ! »
Elisabeth aurait bien voulu que Marie Stuart restât veuve ; mais, au milieu de ces intrigues, Marie porta ses vues sur Henri Stuart, lord Darnley. Ce seigneur qui avait alors vingt ans, et auquel Élisabeth donnait le nom de grand garçon à cause de sa taille allongée, était le fils aîné du comte de Lennox ; il était à la fois , par sa mère et son aïeule maternelle , cousin des deux reines. Son père, après avoir trahi la cause écossaise, s’était retiré en Anleterre où Henri VIII en récompense e ce service lui avait donné avec la main de Marguerite Douglas sa nièce, des biens considérables dans l’Yorkshire. Darnley était alors en Angleterre; et rien n’eùt été plus facile pour Elisabeth que d’empêcher ce seigneur de quitter le royaume et de partir pour l’Ecosse. Ce^ndant, à la nouvelle que ce mariage allait se conclure, Elisabeth manifesta une vive irritation et envoya sur-le-champ un ambassadeur à la cour d’Ecosse pour le rompre. Les biens de la famille Lennox en Angleterre furent confisqués; la comtesse de Lennox et son plus jeune fils furent conduits à la Tour. Marie représenta à l’envoyé anglais que les choses étaient trop avancées; que d’ailleurs son prétendu possédait les qualités essentielles qu’Elisabethdemandait à son époux, puisque Darnley était Anglais, et qu’elle avait exigé comme condition principale de son mariage, qu’elle ne se marierait qu’à un Anglais. Le fatal mariage de Marie et de Darnley fut arrêté; Darnley fut créé comte de Ross et duc de Rothsÿ , et proclamé roi au Crossmarket d’Edimbourg ; le jour suivant le mariage fut célébré.
Mais la lune de miel n’était pas encore expirée que Marie Stuart était obligée de prendre les armes pour faire face à de grands dangers. Les intrigues de la cour d’Angleterre continuaient. Darnley était catholique, et les lords de la congrégation, s'emparant de cettecirconstance, répandaient
l’alarme parmi leurs coreligionnaires.
Le comte de Murray, à qui l’élévation de Darnley avait inspiré de la jalousie, le duc de Giâtellerault, les comtes d’Argyle, de Glencairn, et d'autres seigneurs avaient mis de fortes garnisons dans leurs châteaux. Les dispositions promptes et énergiques que prit Marie Stuart en imposèrent fabord aux mécontents et les forcèrent à la retraite. Ils se retirèrent en Angleterre , et comme ils avaient agi à l’instigation d’Elisabeth, ils y trouvèrent aide et protection.
Toutefois Élisabeth n’avait point de sympathie pour le malheur ou l’insuccès. D’ailleurs elle avait à cœur de se justifier du caractère de duplicité qu’on lui donnait déjà dans toutes les coursdel’Europe; caries ambassadeurs de France et d’Espagne et les envoyés de plusieurs autres puissances se plaignaient hautement de ce qu’elle donnait un mauvais exemple en encourageant la révolte, et en trahissant ainsi la cause des souverains.
Aussi quand Murray, Glencairn et l’abbé de Kilwinning, après leur défaite, vinrent à Londres pour demander de nouveaux secours , Elisabeth ne consentit à les recevoir qu’autantqu’ils déclareraient publiquement qu’elle n’était pour rien dans la dernière insurrection , et qu’ils n’avaient eu avec elle aucune correspondance. Cette déclaration fut faite dans une audience solennelle ainsi qu’elle le désirait; Elisabeth , feignant alors une grande indignation, traita ces seigneursde traîtres et leur dit de se retirer de sa présence. Murray, Glencairn et Kilwinning se retirèrent en effet, mais ce fut sur les frontières où ils continuèrent à rester à la solde de l’Angleterre et à entretenir des relations coupables avec les factieux de leur pays.
Cet appui secret donné aux ennemis de Marie Stuart par la reine d’Angleterre nous oblige à faire une courte digression.
Le mariage de la réine d’Ecose n’était pas heureux ; Darnley avait des mœurs dissolues , et dès les premiers
jours de son mariage il avait négligé sa femme pour se livrer à la débauche.
Voici ce qu’écrivait à cet égard Drury, agent d'Elisabeth à la cour d’Écosse , à sir William Cecil ( mois de février 1566) : * On ditqueDarnley est adonné à la boisson, et l’on rapporte qu’il a eu ces jours passés une vive querelle à cet éprd avec sa femme, dans la maison d’un marchand d’Edimbourg, la reine cherchait à le dissuader de boire et d’exciter les autres par son exemple; Darniey, ne tenant aucun compte de ses conseils, lui répondit par des paroles grossières qui ont vi veinent affecté la reine , et l’ont fait pleurer. Darniey voudrait aussi un surcroît d’autorité que la reine persiste à lui refuser. Aussi commence-t-elle à s’ennuyer de son époux. Ce qui est vrai , c’est que toutes les personnes qui dépendent entièrement de Darniey ne sont point aimées de la reine, et que Darniey de son côté n’aime aucune des personnes qui Jouissent des bonnes grâces de Marie ; tel est, entre autres, David Rizzio. On prétend que si la reineaunequerelleavec son époux, elle réclamera Passistance du duc de Châtellerault pour lequel elle semble avoir maintenant une grande affection. On parle aussi de vives discussions qui auraient eu lieu entre eux au sujet d’un refus qu’aurait fait Marie à Darniey de le laisser signer son nom avant le sien. La conduite de l’époux de la reine est vivement blâmée par tout le monde; on le trouve volontaire, hautain, vicieux! »
Marie Stuart, qui était en effet fatiguée d’une conduite aussi dégodtante, avait cessé de prodiguer à son mari de l’argent et des honneurs , et Darniey, qui ne voulait tenir aucun compte des injures qu’il faisait à sa femme, s’imaginait que sa rigueur provenait des conseils de quelque personne qui avait de l’influence sur son cœur. Ses soupçons tombèrent surDavid Rizzio, secrétaire de la reine. Rizzio était venu en Écosse quelque temps avant le mariage de Marie Stuart, à la suite de Morata , •ambassadeur de Savoie. Il avait peu de naissance , mais son éducation était
parfaite; il connaissait la musique et savait plusieurs langues. Ses talents furent, dit-on, remarqués par Marie, qui le nomma son secrétaire intime , fonctions qui réclamaient la présence assidue de Rizzio auprès d’elle. D’autres prétendent que l’amour entra pour beaucoup dans le choix que fit la reine. Dans cette incertitude, nous nous bornerons à dire que cette cause, habilement exploitée par les ennemis de Marie , fit naître dans l'esprit de Darniey un vif ressentiment et qu’il en conçut des projets de vengeance. Le roi parla de ses projets à quelques nobles dont il connaissait les sentiments de haine contre le favori.
Parmi ceux-oi était lord Ruthven , réformateur dévoilé à la cause des lords de la congrégation , qui regardait comme un acte méritoire le meurtre d’un homme qui , au nom de la reine , correspondait avec le souverain pontife. De son côté Morton, alors chancelier, qui craignait que ses fonctions ne lui échappassent pour être données au secrétaire italien, engagea tous les Douglas à embrasser la querelle de leur parent, car Darniey, comme descendant du comted’Angus , appartenait à la famille des Douglas.
Cependant ces seigneurs ne voulurent agir que sous la responsabilité de Darniey; ils demandèrent à cet effet une piece signée de sa main par laquelle il prenait les conspirateurs sous sa protection spéciale. Cet acte de sang fut signé du 4 au 6 mars 1566, et le 9 du même mois, vers sept heures du soir, le meurtre de Rizzio s’accomplit.
Marie Stuart était alors enceinte de sept mois; elle avait auprès d’elle la comtesse d’Argyle et Arthur Erskine, gouverneur du palais d’Holy-Rood, qui soupaient avec elle. Rizzio soupait à une table voisine. Darniey entra en cet instant suivi de lord Ruthven et des autres conspirateurs qui étaient tous armés ; Ruthven, s’adressant à Rizzio, lui enjoignit de sortir en lui disant que ce n’était pas là sa place.
Mais la reine, voyant quelles étaient les intentions des conjurés, ordonna à lord Ruthven de sortir sur-le-champ
de la salle sous peine de trahison.
O seigneur , ne tenant aucun compte de cet ordre , s’avança avec les autres conspirateurs sur Rizzio qui tenait la reine par sa robe, lui demandant sa protection et implorant merci.
Darniey serrait dans ses oras ceux de sa femme, et lui disait qu’on n’en voulait qu’au secrétaire. Rizzio fut saisi par les assassins, et George Douglas , bâtard de la famille d’Angus , prenant le poignard de Darniey, en frappa le malheureux secrétaire. Les autres conspirateurs traînant alors Rizzio dans l’antichambre, le percèrent de cinquante-six coups. Pendant cette affreuse scène, la malheureuse reine versait des larmes, promettant de livrer Rizzio à la Justice s'il était coupable; mais quand on lui eut apprisque Rizzio était mort, elle essuya subitement ses pleurs, et jura hautement de se venger.
Ce projet de meurtre est regardé par olusieurs historiens comme ayant été connu d'Élisabeth et deCécil avant son exécution; beaucoup d’entre eux affirment que la reine d’Angleterre et son conseiller y prirent une part indirecte.
Ce qui viendrait à l’appui de cette assertion , c’est que les conspirateurs s’enfuirent en Angleterre et y trouvèrent un asile. Le comte de Bedford et Randolph, agents de la reine, qui étaient alors à Berwick, écrivirent aussitôt au conseil privé pour lui annoncer l'arrivée des conjurés sur le territoire anglais, et lui envoyèrent les noms de ces illustres assassins. C’étaient lecomte de IVlorton, chancelier; sir John Balenden, qui occupait l’une des plus hautes charges judiciaires de l’Écosse; lord Ruthven ; le maître de Rutliven ; son fils Alexandre Ruthven; son frère lord Lindsay; le laird de Eochleven; Adam Erskine; André Ker; André Cunningham, fils du comte de Glencairn; Arcliibald Douglas; George Douglas, oncle de Darniey ; Ormestou, qui plus tard trempa lui-mémedans le meurtre de Darniey; Thomas Scott, sous-shérif de Strathearn ; le laird de Carmichael, et seize autres personnes. Le nom de Maitland de Lethinghton
était donné oonfidentielleinent , parce qu’il n’était pas encore soupçonné.
Tous ces noms, disaient Randolph et Bedford , appartiennent à des hommes de naissance et de considération.
Marie Stuart de concert avec la cour de France, demanda à Élisabotli de lui livrer les coupables; Mais cette princesse s’y refusa, et répondit froidement qu’elle ne se croyait pas fondée à faire droit à la demande de sa sœur d’Écosse, tant que sa colère ne serait pas calmée.
La prudente Élisabeth savait couvrir sa haine d 'une apparente affection pour sa rivale. Marie accoucha d’un fils le 19 juin 156G, et à cette occasion Élisabeth donna un nouvel exemple de sa profonde dissimulation. Ce fils devait un jour occuper le trône d’Écosse sous le nom de Jacques VI , et celui d’Angleterre sous le nom de Jacques Aussitôt la naissance de Jacques, Darniey, qui avait abandonné ses complices pour se rapprocher de sa femme, et que l’on croyait maintenant en bonne intelligence avec Marie Stuart , écrivit au cardinal de Guise, oncle de sa femme, pour lui apprendre cet heureux événement, et prier le roi de France d'étre le parrain du nouveauné. Lord Melville était déjà parti pour demander à Élisabeth d’être la marraine. A l’arrivée du messager, Élisabetii, que cette nouvelle surprit au bal, parut vivemeiitaffectée, et, se tournant vers les dames de sa cour, elle leur dit avec amertume quela reined’ Écosse était mère d’un beau garçon , tandis qu’elle n’était qu’un arbre stérile. Mais le lendemain , quand lord Melville parut en audience publique, tout était changé, le souris régnait maintenant sur le visage et les lèvres d'Élisabeth. Elle reçut l’envoyé écossais avec une joieappareiite, et le congédia en lui donnant une chaîne d’oret une lettreécrite de sa main. Élisabeth acceptait l’invitation de Marie. Elle nomma pour la représenter à la cérémonie le cointÿ de Bedford, M. Carey, et la comtesse d’Argyle. L’enfant eut deux parrains, le roi'de France et le duc de Savoie, qui se firent représenter par leurs am-
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bassadfurs respectifs. 11 reçut le baptéroe à Stirling selon le rituel catholique.
g a. Querelles d’Élisabeth avec le parlement. Elle renouvelle ses intrigues en Écosse. — Mort violente de l’époiii de Marie Stuart.
— CeUe reine épouse Bothwell , l'assassin de son époux. — Parti que tire Élisabeth de ce mariage. — Marie, prisonnière de ses aujets, s'échappe de sa prison. — Elle réunit sous sa ljunnière ses partisans et ses amis. — Elle perd la bataille de Langside, et vient chercher un asile en Angleterre.
— Elle est traitée en prisonnière.
La naissancede Jacaues ne fit qu’augmenter la mauvaise nuineur et la Jalousied’Élisabeth, parce qu'elle ranima les espérances des catholiques aiiçlais qui , voyant le peu de penchant de la reine pour le mariage, commençaient à tourner leurs vues vers le fils de Marie et à le regarder comme l'héritier présomptif de la couronne. D’un autre côté, le parti protestant, en haine du parti catholique, pressait la reine de se marier ou de prendre des dispositions pour régler la succession. Il y eut à ce sujet de vifs débats dans le sein du parlement , et les deux chambres montrèrent dans cette occasion un espritde résolution auquel la couronne était peu accoutumée. La reine eut recours aux promesses, elle s’engagea à se choisir un époux, et donna l’ordre au parlement de ne plus s’occuper de cette affaire. Mais cet ordre impérieux causa un grand mécontentement; Paul ’Wentworth , l’un des membres qui avaient montré le plus de chaleur dans le débat , osa dire qu’une telle intervention de la part de la couronne portait atteinte aux libertés et aux privilèges de la chambre.
0isabeth, qui avait conçu de vives alarmes de cette résistance lit appeler \e speaker à la cour, et lui donna la nouvelle assurance, qu’elle était réellement décidée à se marier ; mais elle accompagna ces paroles de la défense de prolonger les débats à l’égard de la succession; puis, comme le parlement paraissait peu disposé à se soumettre a ses ordres, elle en prononça la dissolution. Elisabeth n’était point femme à laisser partir les membres des communes sans leur donner une
leçon. Elle leur dit avec une certaine âpreté que les débats auxquels ils s’étalent livrés cachaient au fond une grandedissimulation et beaucoup d’artifice; que sous le prétexte plausible de mariage et de succession , un grand noiiibred’entreeuxavaieiit déguisé des intentions très-malveillantes a son égard, mais qu’elle avaitretiré un grand avantage de tout ce qui s’était passé , puisqu’elle pouvait maintenant distinguer ses amis de ses ennemis ; K Croyezvous, leur dit-elle, que je puisse oublier votre sûreté future , ou que je veuille apporter de la négligence pour régler la succession au trône?
Non ! L’objet de mes vœux les plus chers est de veiller à votre sûreté ,
fiarce que je sais que je suis sujette à a mort. Craignez-vous encore que je veuille porter atteinte à vos libertés?
Jamais ce ne fut mon intention : j’ai seulement voulu vous arrêter avant que vous vous approchassiez du précipice.
Chaque chose a son temps , et quoique vous puissiez avoir un souverain plus sage et plus instruit que moi, je vous assure que vous n’en trouverez point qui ait plus de sollicitude pour vos intérêts que je n’en ai moiménie. En conséquence, soit que je vive ou non pour revoir une assemblée pareille à la vôtre, soit qu’un autre tienne les rênes du gouvernement à ma place, je vous engage à ne point mettre à l’épreuve la patience de votre souverain, comme vous avez fait de la mienne. Quoi qu’il en soit , soyez assurés, car je n’ai pas l’intention de me séparer de vous avec colère , que mes bonnes grâces et mon affection suivront la plupart d’entre vous chez eux. » Comme il n’entrait point dans la politique d’Élisabeth de faire un acte impopulaire sans en faire un autre en même temps qui eût la faveur publique, elle fit la remise d’une partie des subsides qui lui avaient été votés , et prononça à cette occasion ces paroles mémorables : « L’argent dans la bourse de mes sujets est aussi bon pour moi que si je l’avais dans mou propre échiquier. »
Pendant que la question de la suc-
cession s'^itait au sein du parlement, continuelles avec Murray , et elle prit Mario d’Ecosse adressait une let- sous sa protection spéciale et avouée tre au conseil privé d'Élisabeth , dans les meurtriers de Rizzio. A la requête laquelle elle rappelait ses droits hé- du comte de Bedford, son envoyés réditaires au trône. Élisabeth , la cour d’Écosse , Marie accorda un
3 ui était bien décidée à ne point faire pardon complet à ceux qui avaient roit aux prétentions de sa rivale, fit assassiné le malheureux Italien , et à dire à Marie par iecomte de Bedford, quelques jours de là , Morton , Ruth-
3u’elle avait l’intention d’examiner ven et Lindsay, ainsi que soixanteans un prochain délai le testa- quinze autres conspirateurs, revinment de son père. D’un autre côté, elle rent en Écosse. Darniey , qui habidonnait l’ordre à son agent d’insister tait le château de Stirling , quitta auprès de la reine d’Écosse pour ob- cette forteresse pour se rendre à tenir la pleine confirmation du traité Glascow, aussitôt qu'il apprit que la d’Édimbourg. Élisabeth, comme àson reine avait accordé grâce a Morton, ordinaire, n’épargnait point les pro- homme qu’il avait de bonnes raisons messes. «Notre intention, disait-elle au de craindre.
comte de Bedford, est d’exiger dans ce L’état d’anarchie dans lequel était traitéquelareineconUrmesimplement plongée l’Écosse était pour Élisabeth ce qui appartient directement à nous un puissant auxiliaire. Nousallonsparet à nos enfants , et d'y omettre toutes 1er d’un acte audacieux qui , bien que
choses qui puissent porter atteinte à se rattachant particulièrement à notre ses droits, comme héritière la plus histoire d’Écosse, trouve ici sa place, rapprochée du trône après nous et nos par le parti qu’en sut tirer Élisabeth, enfants. Tous ces droits peuvent, La reine Marie d’Écosse vivait toului être assurés par un traité à part jours dans la même mésintelligence entre nous et elle. Persuadez-la que avec son époux , lorsque Bothwell , cette manière d'agir est le meilleur qui ne reculait devant aucun projet moyen d’écarter toutes les jalousies téméraire , conçut l’idée de l’épouser, et toutes les difficultés qui existent Ce projet ne pouvait qu’être récent, entre nous et de rétablir la bonne car, le comte de Bothwell venait d’éharmonie; qu’en refusant ce que je pouser la sœur du comte de Huntley. demande, nous pouvons concevoir de L.i reine Marie, disent quelques écrila part de la reine d’Écosse quelques vains , nourrissait un violent amour intentions malveillantes dirigées con- pour Bothwell. Quelques jours après tre nous et auxquelles nous voudrions son accouchement , elle fit une excurne pas ajouter toi. » Ce traité à part, sion maritime avec ce seigneur et reproposé par une femme du caractère montaleForthpourserendreà Ailoa. d’Élisabeth, aurait inspiré de la dé- Elle venait faire visite au comte de fiance au négociateur le plus facile; car, Marr, homme honorable, estimé outre qu’il venait d’Élisabeth , sa ra- même de ses ennemis. Darniey , son tification ne devait point accompagner époux, préféra y aller par terre. A celle du traité d’Édimbourg. La rati- quelques jours de là, Marie revint à fication ne devait en avoir lieu qu’à Edimbourg, où elle alla s’établir dans une époque éloignée, etdansun temps le palais d’Holy-Rood. avec son mari, indéterminé; encore la reine ne parlait- De vifs dissentiments éclatèrent alors elle que d’une manière évasive d’assu- entre les deux époux, Darniey fut rerdans cet acte les droits de la reine accusé d’avoir dit qu’il se déferait de Marie d’Écosse. Murray. On plaça le jeune prince Jac-
Laconfirmationdemandéeayantété ques dans la forteresse de Stirling, refusée , la reine mit une plus^rande Darniey conçut alors le projet de activité dans ses intrigues en Ecosse, passer à l’étranger, sur les conseils Les agents qu’elle avait à sa solde dans que lui en donna son père. Il prit congé cette contrée avaient des conférences de la reine, et lui fit ses adieux en lui
HÉIUODE DES TUDOnS.
disnnt qu'elle ne le reverrait pas de long temps. Il se rendit ensuite à Glascow et loua un bâtiment afin de se tenir prêt à partir. Il écrivit de cette ville une lettre à la reine, pour se plaindre de ce qu’elle ne lui accordait pas , comme auparavant, une autorité qui le fit honorer de la nation, et en second lieu, de ce que la noblesse évitait sa société. Marie répondit à ces reproches, avec une sorte d’amertume ; elle lui dit qu’elle lui avait accordé les plus grandes dignités du royaume; et nue, pour prix de telles ïaveurs, il s'était mis à la tête d’une conspiration contre elle; cependant que, malgré cet outrage, elle avait continué à lui montrer des égards et du respect.
Pendant ces dissensions domestiques, Bothwell se trouvait sur les frontières de l’Éeosse. Il avait été nommé gardien des Marches, et, dans l’e.xercice de ses fonctions , il avait été blessé par un ouf/aio, nommé Éliott de Parc, qu’il avait essayé de faire prisonnier de sa propre main. A la nouvelle de cet événement, Marie, qui se trouvait à Jedburgh , se rendit au château de l’iiermitage, où était le blessé , dans le but de lui faire visite. La distance entre les deux endroits est d’environ vingt mille anjçlais; la reine revint le même jour a Jedburgh. Ce voyage, qui fut fait à cheval, fatigua beaucoup Marie, car le lendemain elle eut une forte fièvre qui inspira des craintes sérieuses à ses amis. l)arnley,qui était à Glascow et qu’on instruisit immédiatement de l’état de sa femme montra une grande indifférence à la réception de cette nouvelle, car il n’arriva à Jedburg que dix jours après l’avoir reçue. La reine était alors convalescente , elle l’accueillit avec beaucoup de froideur.
Le lendemain il repartit.
Les choses en étaient là lorsque vers le commencement de décembre, Maitland et Murray, de concert avec Argyle, Huntley et Bothwell, engagèrent la reine à divorcer avec son epoux. Mais Marie repoussa sans hésiter cette proposition, en disant
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qu’une telle mesure ne pouvait être adoptée par elle sans jeter du discrédit sur son caractère et des doutes sur la légitimité de son enfant. Bothwell lui répondit qu’à l’égard du prince Jacques, il n’y avait rien à craindre : « Mon père et ma mère, dit-il , étaient divorcés , cependant les titres de mon père, ses biens et ses emplois me sont revenus légalement. » La reine resta ferme : elle dit qu’elle désirait qu’ils ne lui parlassent point davantage de ce divorce, et qu’elle laissait à Dieu le soin de veiller sur elle.
« Madame, lui répondit Lethington, permettez que nous arrangions l’affaire entre nous , et votre grâce n’en verra rien sortir que de bon pour ellé; le parlement approuvera tout. « Darniey ne savait rien de ce qui se passait entre Bothwell , Maitland et Morton, mais il n’ignorait pas qu’ils étaient ses ennemis déclares. Il arriva à Glascow , où il fut attaqué de la petite vérole. A la nouvelle de sa maladie , la reine lui envoya son propre médecin. Peu de jours après il y eut entre les deux époux une réconciliation apparente; l’entrevue de la reine et de son mari fut dit-ou , amicale , et , comme Darniey était alors en convalescence, il fut convenu qu’il accompagnerait Marie à Edimbourg. En effet, ils quittèrent Glascow en compagnie l’un de l’autre. Marie, comme à son ordinaire voyageait à cheval; Darniey, à cause de" son état de faiblesse, était porté dans une espèce de litière. Ils s'arrêtèrentpendant près de deux jours à Liulithgow, le palais le plus agréable de l’iscosse, et arrivèrent dans la capitale le dernier jour de janvier. Iæ maladie du roi demandait des ménagements, disait on; il ne pouvait loger dans le palais tumultueux d’Holy-Rood. On choisit pour cette raison, et par l’ordre du médecin de la reine, qui demandait pour son malade une situation aérée , une demeure agréable, appelée Kirkà-Field, et située près ue l'endroit où s’élève aujourd’hui le collège d’Edimbourg. Cette maison appartenait à un nommé Robert Bal-
izsa Dy 'wOOgle
four, prévOt de l’église collégiale de Sainte-Marie. La reine vint visiter son mari dans cet endroit, et souvent elle dormait dans une chambre au-dessous de celle du roi. Cependant un grand nombre de personnes soupçonnaient déjà que le comte de Botbwell nourrissait des projets sinistres oontre Darniey. Toutefois elles n'osaient point en avertir le roi , car elles savaient qu’il répétait tout à ses serviteurs dont quelques-uns trahissaient sa conliance. Le comte d'Orkney lui ayant dit que s’il ne se hâtait pus de quitter Kirk-à-Field , il y trouverait la mort, ces paroles furent rapportées à la reine; mais elles furent niées ensuite par le comte d’Orkney. Alors Bothwell se hâta de mcitré son projet à exécution. Le jour fatal, Murray . qui avait pour coutume invariable de se tenir a l’écart lorsque quelque chose de douteux et de dangereux devait avoir lieu, s'absenta de la cour sous le prétexte que sa femme, qui se trouvait à la campagne, était malade.
De son côté la reine, en compagnie de plusieurs nobles, passa la soirée avec son mari qu’elle quitta à onze heures pour assister au mariage d’un de ses domestiques, qui se célébrait à Holy-Rood. Trois heures après son départ, la ville fut ébranlée par une violente explosion ( lO février 1507), et lorsqu’on se porta vers la maison de Kirk-à-Field, on la trouva entièrement détruite. Darniey avait péri; son corps et celui de son valet gisaient sans vie dans un jardin et ne portaient l’empreinte d’aucune violence. Le corps du roi fut transporté dans une maison voisine , et mis sous la surveillance d’un gardien. « Je ne pus en soutenir la vue , dit Melville. » Puis il ajouta : » Je me présentai le lendemain matin au palais de la reine , et j’y trouvai le comte de Bothwell , qui me dit que la reine « était fort triste. X J’ai été témoin, continua-t-il, de l’événement le plus étrange qui soit jamais arrivé : cette nuit le tonnerre est tombé du ciel et a brûlé la maison du roi, et son corps a été trouvé à une petite distance de la
maison , étendu sans vie sous un arbre. Il voulut que j’allasse avec lui pour le voir, et me dit qu’il n’y avait aucun coup ni aucune marque de violence sur tout son corps. <•
Mais cette version ne trompa personne, car toute la nuitle cielavaitété d’une grande pureté. D’ailleurs l’œil de l’observateur le plus inhabile aurait reconnu les traces d’une explosion occasionnée par la poudre. Les soupçons étaient tombés immédiatement sur Bothwell; cependant, malgré cette accusation populaire, le secrétaire Maitland, Alorton, Huntley, Argyle; en un mot, tous les ministres d^e la reine, et, pour ain.si dire, tous ceux qui avaient accès auprès de sa personne , sans même en excepter sou frère Murray, continuaient de vivTe sur le. pied d’une étroite amitié avec cet homme et s’accordaient à proclamer son innocence. Disons que plusieurs d’entre eux ne pouvaient admettre son crime, sans reconnaître en même temps qu’ils y avaient participé.
Néanmoins les ministres delà reine publièrent, le 12 février, uneproclamation par la quelle iis offraient une récompense de 2,000 livres sterling à qui découvrirait les meurtriers. On y répondit par des placards qui furent aftichés dans les places publiques, et dans lesquels on désignait le comte de Bothwell H trois de ses domestiques comme les meurtriers. Ces placards ayant causé à Marie un violent chagrin, les mêmes ministres qui venaient de lancer la proclamation offrirent une nouvelle récompense à celui qui en découvrirait les auteurs.
Personne n’eut le courage de se présenter et d’accuser en face le gouvernement. Mais au commencement du mois de mars , le comte de Lennox , père de Darniey, envoya de Glascow demander à la reine l’arrestation de personnes quiétaientdésignées dans les placards. On lui répondit d'une manière évasive; Le 17 du même mois, Lennox ayant lancé une accucusation plus formelle contre fiothwell et d’autres , le conseil de la reine, après avoir remis préalablement
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entre les mains du comte le château d’Édinibourg, rendit une ordonnance qui fixait son procès au 12 avril. Lennox se plaignit de cette précipitation qui ne lui permettait pas, disait-il, de réunir ses témoins; mais ses plaintes à cct égard ne furent point écoutées , il se rendit alors de Glascow à Stirling pour aller à Édimbourg. Mais de vives craintes l’assaillirent en route; il fit aussitôt ses excuses et s’enfuit an plus vite en Angleterre, où il fut bien accueilli par Élisabeth. Le procès eut lieu au Jour fixé, et, lorsque la cour de justice s'ouvrit, Bothwell se présenta à la barre accompagné de Maitland et de Morton. Comme aucun témoin ni accusateur ne parurent, il fut nécessairement acquitté; mais à cette époque il n'y avait personne dans le royaume qui n’eùt la conviction que ce fût lui qui avait commis le crime. Quelques jours après, le
Earlement s'étant assemblé à Édimouig, la reine y parut en personne, et Bothwell s’y présenta portant le sceptre devant ëllc. Ce parlement confirma au meurtrier tous les biens et les honneurs qu’il avait reçus récemment, et eu même temps* il fit de grandes largesses aux nobles que l’on connaissait pour ses partisans.
Le bruit se répandait déjà que la reine avait l’intention d’epouser le comte (le Bothwell. Six mois avant il s’était marié avec la sœur du comte de Huntley , mais il se disposait, disaiton , à se séparer de sa femme. Ces bruits affectèrent d’abord très-vivement Marie, mais elle subissait déjà l’iiiduencede l'audacieux comte. Aussitôt après la clôture de la session du parlement, Bothwell invita les principaux membres de cette assemblée à une fête qu’il donna dans une taverne d’Édimbourg, et leur déclara qu'il avait l'intention d’épouser la reine.
Il présenta ensuite à la signature des invités un écrit par lequel les signataires reconnaissaient l’innocence du comte pour le meurtre du feu roi , et le recommandaient chaudement, lui Bothwell , comme un parti sortable pour sa majesté , dans le cas où élle
condescendrait à se marier avec un de ses sujets; ils s’engageaient en outre à favoriser le dit mariage au risque de leur vie et de leurs biens. Soit de gré, soit par crainte, huit évêques, neuf comtes et sept lords signèrent cet écrit que Bothwell mit ensuite dans sa poche. !\laitland et l’ex-chancelier Morton, signèrent également; Argyle, Rotheset Boyd, qui étaient les amis intimes du comte de Murray , signèrent avec eux.
Quelijues jours après, Bothwell rassembla mille hommes (le cavalerie sous prétexte d’aller à la frontière , et d’accompagner la reine, qui revenait alors du château de Stirling, où elle avait été visiter son fils. Cette troupe de cavaliers arriva à Foulbrigs entre Linlithgowet Édimbourg. Alors Bothw'ell, après s’être emparé du comte de Huntley, du secrétaire Lethington et de Melville, qui étaient avec la reine, arrêta Marie elle-même, et la conduisit prisonnière dans la forteresse de Duiibar. On ne sait si Marie avait donné la main à cet audacieux projet. Melville, qui était de l'escorte, dit que le comte de Bothwell , après avoir pris la bride du cheval de .Marie, se vanta d’épouser la reine, qu’elle le voulût ou non; « mais, ajoute-t-il , le capitaine Bladckadder, qui me fit prisonnier, me dit que tout cela se faisait du consentement de la reine » Bothwell garda Marie pendant cinq jours dans la fortesse de Dunbar et la conduisit ensuite au château d’Édimbourg, où elle parut jouir d’une certaine liberté, quoiqu’en réalité elle fût l’objet d’une surveillance très-active de la part du comtg et de ses partisans. Bothwell divorça aussitôt avec son épouse, et huit jours après la dissolution de son mariage, il devint l’époux de la reine (16 mai 1507). Il avait été créé préalablement duc d’Orknev. » Le mariage , nous dit Melville , fut célébré dans le palais d'iloly-Rood , dans la grande salle où le conseil avait coutume de siéger. Adam Bothwell , évêque d’Orkney , célébra la cérémonie religieuse suivant le rite de la religion réformée , i«.
ajoglc
HLSTOIRK D’ANGLETERRE.
el le même jour les époux furent mariés d’après le rite catholique. Je fis de fréquentes ailées à la cour, et le soir je trouvai le nouveau duc d’Orknev se disposant à souper. Il se plaignft de ne m’avoir vu que rarement pendant le jour, et me dit de m’asseoir et de souper avec lui. Le comte de Huntley et plusieurs autres personnages de distinction étaient assis à sa table. Il demanda qu’on lui apportât une coupe de vin et but à ma santé , voulant, disait-il, queje lui tinsse tête comme un Allemand. Alors il me dit de boire afin d’engraisser. « Votre zèle pour le bien du pays vous a presque tout dévoré, me dit-il, vousêtes maintenant trop maigre.» Je lui répondis que j’étais entièrement dévoué à mon pays. La conversation tomba ensuite sur les femme;; et comme il en parlait en des termes grossiers, je le quittai pour me rendre auprès de la reine, qui parut très-aise de me reeevoir. »
Les intrigues d’Élisabeth étaient plus actives que jamais en Écosse.
Morton et Maitland , sur lesquels elle comptait le plus, ear c’étaient eux qui avaient le plus excité la reine Marie à se remarier, la tenaient au eourant de tout ce qui s’y passait. Morton, avait en outre trempé dans le meurtre de Rizzio comme dans celui de Daruley. Tous deux préparaient déjà en secret la chute de Bothwell. Aussitôt ue le mariage de la reine fut public , es bruits injurieux pour Bothwell commencèrent à circuler; et quand ces bruits eurent pris assez de consistance, Morton , Maitland et leurs partisans n’hésitèrent point à se déclarer ouvertement. Trois semaines après le mariage, ils coururent aux armes sous le prétexte spécieux de punir Rotliwell , de s’assurer de la personne du jeune prince et de délivrer la reine du joug que son mari faisait peser sur elle. Leur but réel était de détrôner Marie et de couronner son fils Jacoues à sa place. Mais la tentative qu’ils firent pours’emparer de la reine et de Bothw ell au château de Borth- W'ick , à environ huit milles au sud-
est d’Edimbourg, ii’eut aucun succès; le comte et la reine parvinrent k s’échapper. Aussitôt Bothwell se mit à la tête de deux mille hommes et alla à la rencontre de l’armée des conjurés à Carberry-Hill. On allait en venir aux mains lorsque Lecroc , ambassadeur de France a la cour de Marie , s’avança vers les insurgés et s’efforça d’amener un accommodement entre les deux partis. Le comte de Morton lui réponditqu’ilsn’avaient point pris les armes contre la reine , mais contre le meurtrier du roi ; que si elle consentait à leur livrer Bothwiell ou à l’éloigner de sa présence, ils rentreraient dans le devoir et l’obéissance. Pendant cette conférence Bothwell envoya un héraut d’armes avec un cartel, dans le but de prouver son innocence par un combat singulier, selon l’ancienne coutume. Deux des insurgés acceptèrent le défi, mais Bothwell ne voulut point se mesurer avec eux parce qu’ils étaient d’un rang inférieur au sien. Le comte de Morton fut ensuite nommé par Bothwell, et Morton ayant refusé le combat, lord Lindsay voulut prendre sa place ; mais la reine refusa son assentiment, et le duel n’eut pas lieu. On convint alors ue Bothwell traverserait les rangs es insurgés, sans qu’il lui fdt fait aucun mal , et que la reine se livrerait ensuite à eux; ce qui fut accepté Marie fut d’abord l’objet de grands égards de la part des insurgés, mais bientôt ces marques de respect s’évanouirent. Elle fut conduite à Kdimbourgoù la populaee irritée l’assaillit de ses cris. Devant elle on promenait une bannière sur laquelle étaient représentés le corps de Darniey gisant sous un arbre , et la figure du prinee Jacques, son fils, à genoux a côté de fui , qui demandait vengeance au ciel. Elle fut logée dans la maison du prévôt, et le lendemain elle fut conduite sous une forte escorte dans le château de Lochleven, qui est situé sur un îlot du lac de ce nom.
On lui donna pour gardien le féroce lord Lindsay , et Ruthven , qui avait
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été l’un des principaux acteurs de l’assassinat de Rizzio.
Le sort de Bothwell mérite d’étre cité. D’abord le conseil privé lança un ordre d’arrestation contre lui pour u’il eût à rendre compte du meurtre e Darniey et de la v iolence qu’il avait faite à la reine en la forçant au mariage. Le conseil offrait’ une récompense de mille couronnes à celui qui amènerait le traître à Edimbourg.
Bothwell, qui se trouvait alors au château de Dunbar, dans le Murrayshire, crut trouver un refuge dans son duché d’Orkney ; mais l’offîcier à qui il avait confié la garde de son propre château lui en refusa l’entrée.
Dans oette situation désespérée, il se mit à la tête de quelques pirates et confia sa fortune au.v (lots de l’Océan. Une petite flotte du port de Leith , fut expédiée contre lui; mais Bothwell parvint à gagner la côte de Norwége , où quelques mois après il fut pris par le gouvernement danois , qui le traita comme un pirate et le jeta dans la forteresse de Malmoé, où , dit-on, il devint fou. On rapporte qu’à l’heure de sa mort , qui eut lieu environ di.x ans après, il déclara'sous serment, que c’était lui qui avait commis le meurtre de Darniey , par les conseils de Murray , de Morton et d’autres.
Murrav, nommé régent, ayant appris l’arrivée de Bothwell en Danemarck, demanda qu’on le lui livrât; mais le gouvernement danois s’y refusa.
Les lords confédérés auxquels Marie s’était rendue, prétendaient qu’ils n’avaient envoyé la reine au château de I.ochleven que pour la mettre à l’abri des tentatives du dangereux Bothwell. De son côté la reine Élisabeth disait aux cours étrangères, que l’Angleterre était disposée à faire des efforts pour la délivrance de Marie, aussitôt que Bothwell serait sorti du royaume. Bothwell partit , et les lords confédérés , changeant de ton et de langage, déclarèrent à Marie qu’il fallait qu’elle renonçât au trône et qu’elle résignât la couronne en faveur de son Jeune fils. Murray, demi-frère de la reine, et son parti devaient avoir l’ad-
ministration entière des affaires publiques. Marie avait encore des amis puissants parmi les familles les plus nobles de l’Écosse; tels étaient les Hamilton, le comte de Huntley , lord Herries ; et ces seigneurs insistaient pour qu’on lui rendît la liberté et la couronne, à des conditions raisonnables. Alais ses ennemis étaient plus nombreux , car tout le parti protestant était contre elle. Les lords confédérés prirent le titre de lords du conseil secret. Les comtes d’Athole, de Marr, et de Glencairn; les lords Ruthven, Hume, Sempil, SanquharetOchiltree, devinrent membres de ce conseil ; le comte de Morton en était l’âme. Marie était l’objet d’une surveillance extraordinaire. Villeroi envoyé de la cour de France, ne put parvenir jusqu’à elle ; il reçut meme de la part du conseil secret un accueil si peu favorable, qu’il s’empressa de retourner en France. Sir Nicolas Throgmorton, envoyé d’Élisabeth, ne put lui-même être admis près de Marie; mais il reçut du conseil secret un accueil amical et devint l’objet d’attentions particulières de sa part.
Cet envoyé était chargé de faire des remontrances aux lords du conseil secret, sur l’illégalité de leur conduite; mais Élisabeth était bien décidée à ne rien entreprendre contre eux et ne donner aucun secours à Marie. Son agent, l’ami intime des lords du conseil secret , avait l’ordre de demander la remise en ses mains du prince Jacques et d’empêcher que Marie n’allât en France.
Pendant que ces choses se passaient, les lords confédérés informaient la cour de France que si elle faisait quelques tentatives en faveur de la reine prisonnière, ils se jetteraient dans les bras de l’Angleterre et rendraient ainsi la condition de Marie plus malheureuse. Abandonnée de tous, entourée de dangers, Marie, cédant à la fin aux sollicitations de ses ennemis, résigna la couronne en faveur de son fils Jacques (24 juil let 1 .567) , qui n’avait alors que quatorze mois. Elle signa en même temps un acte par lequel elle
nommait régent Murray, son demifrère, pendant la minorité de son (ils. .Tacqnes fut couronné àStirling, le 29 juillet, et Murray s’empressa de prendre possession du poste élevé auquel il venait d étre appelé. Il alla rendre visite à Marie à sa prison de Lochleven, et après avoir excité ses craintes par la perspective d’une mort prochaine, il lui dit qu’il n’y avait pour elle d’espoir de salut qu’autant qu’elle ne ferait aucune tentative pour s’échapper; qu’elle ne donnerait aucun encouragement à ses partisans, et que le roi de France ou la reine d’Angleterre ne prendrait aucune mesure pour la mettre en liberté. Murray brisa ensuite les sceaux qui portaient le nom et les titres de la reine; il prit possession du château d’Ldimbourg et couvrit d’honneurs et de richesses le meurtrier Morton. Celui-ci reij'ut les biens conlisqués de Bothwell; on lui rendit la place de chancelier qu’il avait perdue et celle de lord grand amiral, qui était restée vacante par la fuite de Bothwell; de plus il fut nommé shérif de tous les sbires d’Édimbourg et d’Addington. Cette cause était celle du parti protestant. On (it revivre toutes les lois qui avaient été publiées en 1560 contre le papisme en y ajoutant de nouveaux statuts.
Il fut arrêté que personne n’occuperait un emploi public s’il n’était pas protestant. D’autres lois confirmèrent tout ce qui avait été fait pour la déposition de la reine et la nomination de Murray à la régence; et Marie, sans aucune forme de procès, fut déclarée coupable du meurtre de son mari et d’un grand nombre d’autres crimes.
Marie avait du courage, de l’adresse et possédait dans sa personne et ses manières des charmes auxquels peu de gens pouvaient résister. Elle avait aussi en dehors des murs de sa prison des amis et des serviteurs qui étaient vivement attachés à son sort, et prêts à risquer leur vie pour elle. Une première tentative d'évasion n’avait point réussi; la reine, non découragée par cet insuccès, voulut en essayer une seconde ; et parvi nt cette fois
à franchir les eaux du lac qui entouraient les murs de sa prison. Lord Seton, Georges Douglas et quelquesuns des Hamilton la reçurent avec des transports de joie et la conduisirent en triomphe à Hamilton. Un grand nombre d’amis l’attendaient dans ce lieu; les autres vinrent le lendemain, et en quelques jours elle eut une armée de quatre à six mille hommes.
Marie promit un pardon complet à tous ses ennemis; elle en excepta seulement le comte Morton, lord Lind.say, lord .Semple, sir James Balfour et le prévôt d’Edimbourg; mais son pardon fut rejeté.
Le régent Murray ayant rassemblé à la hâte une armée alla à sa rencontre; et le 14 mai 1568 les deux armées se trouvèrent en présence à Langside, entre Glascow et Dumbarton; elles s’attaquèrent avec furie. Àlarie, qui était restée sur une hauteur voisine pour être témoin de ce combat sanglant, eut la douleur de voir son armée défaite par celle de ses ennemis, et bientôt elle-même, suivie de quelques amis, fut obligée de prendre la fuite. Elle alla sans s’arrêter jusqu’à l’abbaye de Dundrennan, dans le Galloway près de Kirkcudbright , à soixante milles du lieu où s’était livrée la bataille. Trois partis s’offraient à elle : elle pouvait rester et se livrer à la merci de ses sujets., mais elle ne devait attendre d’eux que peu de pitié ; elle pouvait partir pour lu France, et ce parti elle l’aurait adopté si elle avait trouvé un navire pour cette contrée; elle pouvait enfin chercher un refuge en Angleterre. Ce fut à ce dernier parti que Marie s’arrêta malgré les ' vives représentations que lui Ârent à cet égard ses conseillers. Aussitôt lord Kerries , qui l’accompagnait, écrivit a l.owther, commandant des troupes anglaises à Carlisie, pour l’informer de la situation de la reine, et lui demander si elle pouvait en toute sécurité se rendre eu Angleterre. Lowther répondit par une lettre évasive; il dit ue lord Scrope, gardien des Marches e cette partie de la frontière était à la cour, où il venait d’écrire; mais que
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si la reine était obligée de venir en Angleterre, il irait à sa rencontre et la protégerait jusqu’à ce que le bon plaisir de sa maîtresse lui lût connu. Marie n’attendit pointl’arrivéede cette lettre. Accompagnée seulement de seize personnes, au nombre desquelles était l'honuéte lord Herries, elle s’embarqua dans un bateau pécheur pour traverser le détroit de Solway, et le 16 mai 1568 au soir, elle arriva à Workington, dans le Cumberland. Elle écrivit aussitôt une lettre à sa « bonne sœur » pour l’informer de ses infortunes et de son arrivée dans ses domaines. Le jour suivant, elle fut conduite à Carlisie, dont elle alla habiter le château, où elle fut traitée en prisonnière.
Marie espérait qu’Elisabeth lui permettrait de traverser l’Angleterre pour se rendre en France ou autre part, lorsqu’elle reçut la visite des commissaires envoyés par la reine pour lui faire connaître ses volontés.
Ils lui remirent une lettre de leur souveraine. Élisabeth disait à sa pri- .sonnière qu’elle ne pouvait point la recevoir tant qu’elle ne se serait pas justifiée du soupçon qui pesait sur elle relativement au meurtre de Darley. En lisant cette lettre Marie eut un mouvement de colère et versa des larmes ; elle affirma d’une manière solennelle en présence des deux commissaires , que Maitland de Lethington et lord Morton avaient tous deux trempé, dans le meurtre de son mari , quoique en ce moment ils poursuivissent les autres meurtriers, et elle renouvela sa prière, au sujet du passage qu’elle demandait pour aller en France ou en Espagne , où elle espérait trouver assistance et protection.
Marie voulut alors envoyer lord Herries à Londres pour plaider sa cause auprès d’Élisabeth. Quelquelques joiifs après elle reçut une nouvelle visite des commissaires, et put prévoir le sort qui lui était réservé. Knollys, l’un d’eux, qui avait sans doute connaissance de la conduite que sa royale maîtresse avait l’intention de tenir dans cette affaire.
lui dit qu’il y avait quelques cas ou les princes pouvaient être déposés légitimement par leurs sujets ; il revint sur le meurtre de Darniey, en ajoutant que sa souveraine serait la plus heureuse femme de la terre si Marie pouvait se justifier d’un pareil crime. Marie congédia les commissaires, pour écrire à Élisabeth.
On redoublait de précautions envers la royale captive. Lord Herries, qui était allé à Londres, pour plaider sa cause, n’avait obtenu aucun résultat favorable; seulement à sa prière Élisabeth envoya un agent en Ecosse.
Le but apparent de cette mission était de mettre un terme à la guerre civile qui désolait cette contrée; mais le but réel était d’engager le régent Murray à poursuivre ses mesures énergiques contre les partisans de Marie. La prisonnière écrivit une nouvelle lettre à cet égard à Élisabeth ; elle se plaignait de ce que son agent, au lieu de servir de protecteur aux sujets qui lui étaient restés fidèles, avait fait cause commune avec ses ennemis.
Mais cette lettre resta sans réponse comme les précédentes. Marie fut alors éloignée de Carlisie et conduite sous une forte escorte au château de Bolton,dans le nord de l’Yorkshire, à une petite distance de Middieham.
Ce changement de Keu avait pour objet de séparer entièrement IMarie de ses sujets et de ne lui permettre que les communications qui plairaient à Élisabeth. Ses gardiens avaii;nt à cet égard les ordres les plus sévères , et plusieurs Anglais qui appartenaient au parti catholique, ayant voulu s’introduire près de la prisonnière , furent sévèrement punis.
Marie écrivit une nouvelle lettre à Élisabeth pour lui rappeler ses premières promesses et lui dire qu’elle comptait sur elle pour la replacer sur le trône, lorsqu’elle se serait justifiée et qu’elle aurait exposé la conduite do ses ennemis. Elle demandait ue Murray et Morton fussent entonus et que les deux lords vinssent en Angleterre pour çet objet. Élisabeth consentit à cette demande. Mais Ma-
HISTOIRF, B ANGLETERRE.
rie ne devait point profiter de ces actes de la reine. Murray était alors dans les bonnes grâces d’Elisabeth ; déjà il avait envoyé son secrétaire à Londres, pour montrer à la reine et à son ministre des copies de papiers secrets. Élisabeth lui écrivit de venir en Angleterre pour répondre aux charges de la reine d’Ecosse. Il obéit, après avoir de délais en délais ajourné son départ de plusieurs mois.
Ou espérait qu’Elisabeth servirait simplement d’arbitre entre les deux partis; mais elle déclara que si Marie consentait à se laisser juger par les membres de son conseil , elle, Élisabeth, traiterait avec les nobles écossais et amènerait les choses à une heureuse conclusion. Dans tous les cas, elle promettait à Marie de lui rendre la libertéet de la rétablir sur le trône.
La commission se réunit à York , le 4 octobre 1568. Élisabeth y était représentée par le duc de Norfolk, le comte de Sussex et sir Ralph Sadler; Marie, par Leslie, évêque de Ross, par Herries, Levingston et Boyd, par Ilamilton , l’abbé de Kilwinnihg , sir John Gordon de Lochinvar et sir James Cockburn de Stirling. Le régent Murray comparut en personne; il était accompagné du comte de Morton, de l’êvêqued’Orkney, de lord Lindsay, de l’abbé’de Dunfermiine, de Maitland de Lethington, de Jacques M’ Gill, de Henri Balnaves, du laird de Lochleven et de Georges Buchanan, qui a laissé un nom célèbre comme poète et comme historien. Le duc dejforfolk ouvrit la séance en demandant au régent Murray de faire hommage à la couronne d’Angleterre ; ce qui déconcerta le régent : mais l’esprit prompt de Maitland vint à son aide. Murray répondit qu’il serait temps de rendre hommage lorsque l’Angleterre aurait restitué à l’Écosse le Northumberland et la ville de Berwick , attendu que c’était pour cesdomaines que les Écossais faisaient autrefois nommage à la couronne. Les commissaires procédèrent aussitôt aux débats. Les amis de Marie, qui agissaient comme demandeurs, exposèrent les charges
qu’ils portaient contre Murray et ses coaccusés. Alors le régent et ses collègues demandèrent au duc d’York si clans une action semblable ils pouvaient établir les faits sous leur vrai jour et charger la reine qui était la mère de leur souverain, et quelle était l'assurance qu’on leur donnerait pour leur sûreté personnelle ainsi que pour celle de leur jeune roi, dans le cas où Marie viendrait à être rétablie sur le trône. Ayant reçu une réponse évasive, ils élevèrent 'des doutes sur l’étendue des pouvoirs donnés pat Élisabeth à Norfolk, à Sussex et à Sadler, et il fut convenu qu’une lettre serait envoyée à Élisabeth pour lui demander de nouvelles instructions.
Mais Murray et Maitland n’attendirent point ^arrivée de cette lettre pour repondre aux charges de Marie et faire peser sur elle de terribles accusations; car ils mirent secrètement sous les yeux des commissaires anglais des traductions de plusieurs lettres écrites en français, deux contrats de mariage, un recueil de poésies, qui, disaient-ils, avait été composé par la reine et envoyé à Bothwell. Les commissaires prirent connaissance de ces lettres, et avant d’avoir reçu une réponse de la reine, ils en firent un extrait qui tendait à prouver la culpabilité de Marie à l’égard du meurtre de Darnley. Ils déclaraient que, d’après les phrases contenues dans lesdites lettres , il était prouvé que Marie avait eu un amour vil et désordonné pour Bothwell; qu’elle n’avait eu que de la haine pour son mari Darnley ; qu’elle avait fait un voyage à Glascow pour le visiter quand il était malade, dans le but de le conduire dans la capitale, où il devait être assassiné; que dans une lettre écrite de Glascow à Bothwell, elle lui disait qu’elle avait l’espoir de décider son mari à ce voyage, et que le comte de Lennox , père de Darfiley, le même jour où elle avait formé le projet de conduire son mari à Édimbourg, avait saigné du nez et de la bouche , laissant à Bothwell à deviner ce que signifiait un pareil présage; que dans
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line autre letti'e écrite au même Bothwell, elle disait qu’elle remplissait un rôle qu’elle haïssait beaucoup , en ce sens qu’elle était obligée de mentir et de dissimuler avec son mari , et d’agir avec lui en traître ; et que si ce n’était point pour obéir à Bothwell, elle préférerait la mort à la vie pour ne point se conduire ainsi , car son cœur en saignait; qu’elle lui avait écrit en outre que son mari était décidé à l’accompagner à Édimbourg, et qu’elle était résolue à faire tout ce que Bothwell lui dirait; qu’elle demandait à Bothwell de l’informer s’il ne pouvait pas trouver quelque autre invention secrète, une médecine par exemple, car son mari en devait prendre une ainsi qu’un bain; qu’elle recommandait à Bothwell de briller la lettre , comme pouvant les compromettre tous deux ; que pour obéir à son cher amant, elle ne reculerait devant aucun sacrifice d’honneur, de conscience, desûreté etdegrandeur; enfin , que pour remplir la commission désagréable qu’il lui avait donnée, elle amènerait \' nomme avec elle à Edimbourg; qu’elle l’engageait à agir avec prudence, qu’autrement tout le fardeau retomberait sur elle , et qu’elle l’exhortait surtout à faire bonne garde pour que l’oiseau n’échappât pas de sa cage ( 1 ).
Ces charges terribles furent soigneusement cachées aux défenseurs de .Marie. Quant cà Murray et ses collègues, ils répondirent aux accusations portées contre eux , en alléguant qu’ils n’avaient pris les armes que contre Bothwell ; que s’ils avaient séquestré la reine, c’était parce qu’elle avait adhéré à la cause de Bothwell, et enfin qu’ils avaient accepté sa résignation de la couronne, non en la lui arrachant, mais comme un acte spontané de sa volonté.
La ville d’York était alors le théâtre des intrigues les plus compliquées. Le duc de Châtellerault, qui était récemment de retour de France, fit quelques tentatives en faveur de Marie, et plu-
fOBurelilt'V P.'ipi'rs,
sieurs nobles écossais demandèrent un arrangement. Murray ne paraissait pas éloigné d’accorder à sa sœur un revenu considérable, pourvu qu’elle confirmât sa résignation de la couronne et qu’elle consentît à résider en Angleterre et à prendre un époux anglais. De son côté Maitland , dont les projets étaient toujours inipénétra- Dles, suggérait l’idée d’un mariage entre Marie et le duc de Norfolk, en faisant rompre l’union de la reine avec Bothwell par un divorce, et il eut l’adresse de faire accepter ce projet par Norfolk et , dit-on , par Marie elle-même.
Mais tandis que ces intrigues se poursuivaient, un ordre émané de la cour vint tout à coup les rompre , en renvoyant la cause pour être jugée à Westminster. Élisabeth déclarait maintenant d’une manière ouverte que la couronne d’Écosse ne serait jamais rendue à Marie, si Murray pouvait prouver les charges qu’il portait contre elle. Elle s’arrogeait en outre le droit arbitraire de prononcer la sentence avec l'assistance de son conseil privé. Élisabeth adjoignit Leicester, Cecil, Bacon et d’autres aux membres de la commission et en ordonna la convocation immédiate.
Marie ne se plaignit point de ces dispositions ; mais lorsqu’elle apprit que Murray avait été admis en présence d’Élisabeth, au mépris de la promesse qui lui avait été faite par la reine d’Angleterre, elle ordonna à ses commissaires de requérir d’Élisabeth, en présence de sa cour et des ambassadeurs étrangers, qu’il lui fût permis d’aller elle-même a Londres pour répondre de vive voix à ses accusateurs. Cette demande ne reçut point un accueil favorable de 'la reine : elle répondit simplement que l’affaire était difficile ; qu'elle exigeait de longues délibérations, et ne voulut point donner d’autre réponse.
Les commissaires de Marie, sur l’avis du duc de Châtellerault, des ambassadeurs de France et d’Espagne, déclarèrent alors que les débats étaient terminés; mais Cecil ne voulut point
)y '^oogle
sdmettre ccs moyens comminatoires , it la procédure fut reprise.
Le moment critique et décisif arriva le 14 décembre; le comte de Murray remit aux commissaires un coffret en argent rempli de lettres d’amour qu’il présenta comme des originaux. De son côté, Élisabeth leur donna les lettres que Marie lui avait écrites, pour qu’ils pussent confronter les écritures. Élisabeth les informa en outre que Marie lui avait demandé de répondre en sa présence à l’accusation portée contre elle; demande qu’elle avait refusée, parce qu’elle la regardaitcommeincoinpatible avec sa réputation de reine vierge et sa modestie. Le jour suivant elle envoya dire à l’évêque de Ross et ;i lord Herries, commissaires de Marie, qu’elle ne recevrait jamais leur maîtresse, et que si Marie ne répondait pas aux charges portées contre elle, elle devait se soumettre à une infamie éternelle. Elle faisait alors proposer à Marie de ratifier sa résignation de la couronne et de sauver ainsi son honneur, en lui promettant qu’à cette condition ses ennemis ne publieraient pas les preuves qu’ils avaient contre elle. Marie, au milieu des dangers sans nombre qui l’entouraient, conservait son courage. Elle repoussa avec mépris cette proposition, et ordonna à ses commissaires de déclarer immédiatement à Élisabeth et à son con.seil, que Murray et ses complices étaient des traîtres et des calomniateurs, en lui imputant un crime dont ils étaient eux-mémes les auteurs et les inventeurs , car quelques-uns d’entre eux l’avaient exécuté de leur propre main; que ses accusateurs avaient porté atteinte à son amour maternel ; qu’elle repoussait avec indignation leurs dires, en accusant elle-même Murray et ses complices d’hypocrisie; car, disait-elle, les égards dont ils ont entouré mon fils n’avaient d’autre but que de bien établir leur tyrannie. Elle demandait ensuite des doubles de toutes les pièces qui avaient été produites contre elle , pour qu’elle pût y répondre et montrer son in-
nocence aux yeux de « sa bonne soeur * et des autres princes. Élisabeth n’ayant tenu aucun compte de ces remontrances, l’évéque de Ross déposa dans ses mains la défense de Marie.
L’évéque établissait qu’il n’y avait contre la reine d’Écosse que des présomptions; qu’il n’était point prouvé que les lettres contenues dans la boîte produite par Murray fussent écrites par sa souveraine, qu’elle avait trop d’honneur dans l’âme pour commettre une pareille faute, et trop d’esprit pour confier au papier de semblables choses; que ces lettres n’avaient ni dates ni adresses et qu’elles ne portaient aucun sceau ; que son écriture pouvait être aisément contrefaite ; qu’en conséquence la comparaison des écritures ne pouvait fournir aucune évidence; qu’à l’égard de son mariage avec Botnwell , la noblesse et particulièrement quelquesuns de ses adversaires, comme on pouvait le prouver par leur signature, l’avaient engagée à le contracter et y avaient souscrit.
La commi.ssion suspendit ses travaux le jour de Noël, et de nouvelles instances furent faites auprès de Marie pour qu’elle résignât la couronne; mais elle ré|>ondit qu’elle voulait mourir reine d’Écosse, et que si justice lui était faite, 911 lui rendrait son royaume. Alors Élisabeth mit fin aux débats , d’une manière inattendue.
Elle dit au régent Murray, en présence de sa cour et de ses ministres , que rien n’avait été prouvé contre l’honneur et la loyauté de la reine d’Écosse, et qu’il n’y avait point de causes suffisantes pour qu’elle eût une opinion défavorable de la reine Marie , « sa bonne sœur; >■ elle le congédia ensuite, après lui avoir donné cinq mille livres sterling , et elle ordonna a ses officiers do lui rendre les plus grands honneurs sur sa route. L’intention d’Éli.sabeth était de retenir Marie prisonnière en Angleterre. En conséquence elle donna des ordres pour que la reined’Écosse fût conduite en toute hâte à Tutbury, lieu qui lui offrait de la sécurité h cause de sa si-
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tuationau centre du royaume. La reine d’Écosse fut aussitôt conduite dans cet endroit; elle partit, le 2G janvier 1669, par un temps rigoureux. Pendant la route, lady Livingstone, l’une de ses dames d’honneur, tomba malade et resta à Rotlierliam. A Chesterfield, elle-même se plaignit d’une violente douleur au côte et d’un grand mal de tête, ce qui l’obligea à s'arrêter dans cette ville. Elle arriva au château de Tutbury, le 3 février. Ce château, qui était situé sur la rivière Dove dans le .StafTordshire, appartenait au comte de Shrewsbury , auquel on avait confié la garde de Marie.
Mais Élisabeth comprit bientôt qu’en gardant Marie prisonnière, elle allait amasser sur sa- tète une immense responsabilité, tout en se privant de sa tranquillité d’esprit. Des craintes sans nombre vinrent bientôt assaillir son imagination. Sa rivale lui paraissait plus dangereuse qu’auparavant. Elle n’entrevoyait que complots tramés contre sa personne, que projets d’évasion et que sanglantes représailles; aucun château ne lui semblait assez fort , aucun gardien assez silr, pour garder la rivale qu’elle détestait. Ses craintes avaient, il est vrai, quelque fondement. Marie trouvait maintenant dans le royaume de vives sympathies, des amis dévoués, qui devisaient en silence pour la délivrer, qui voulaient révolutionner tout le pays et la placer sur le trône d’Angleterre. D’uu autre côté, les cours étrangères se plaignaient des traitements infligés à une tête couronnée ; plaintes timides sans doute, caraucune puissance n'était disposée à hasarder une guerre contre la puissante reine d’Angleterre, pour défendre la reine malheureuse d’un État aussi faible, aussi pauvre et aussi déchiré que l’Ecosse. Élisabeth répondait qu’il y avait erreur de la part de ceux qui réclamaient en faveur de Marie; elle disait à tous qu’elle était la sœur chérie de la reine d’Écosse et sa meilleure amie; qu’elle lui avait donné un asile lorsque ses sujets l’avaient chassée de son royaume et qu’ils voulaient attenter à
ses jours; qu’elle avait été la gardienne vigilante de sa réputation, et qu’elle avait supprimé et supprimait encore des documents qui la rendraient infâme aux yeux de ses contemporains et de la* postérité. Les sollicitations des cours étrangères étant devenues plus pressantes, Élisabeth, q :i négociait a cette époque (1570) un mariage avec le jeune duc d’Anjou, condescendit à entrer dans des explications plus étendues pour justifier sa conduite. Elle écrivit à sa manière une histoire d’Écosse et d’Angleterre qui comprenait les dix années qui venaient des’écouleret en envoya un exemplaire à Henri Norris pour qu’il le montrât au roi de France, son futur beaufrère, et à Catherine de Médicis, qui lui avait demandé, non-seulement de traiter Marieen reine, mais de la mettre en liberté et de l’aidera recouvrer son royaume. Dans cette histoire, qui porte des marques évidentes de la main habile de Cécil , l'auteur établissait comme un fait prouvé l'accusation portée par Morton, Ruthven , Murray et Maitland; il faisait surtout un crime à Marie d’avoir pris dans son enfance les armes d’Aiig'eterre; Élisabeth arrivait à cette conclusion, qu’elle retenait Marie prisonnière
fiarce qu’elle ne pouvait lui donner a liberté avec sécurité pour ellemême.
S 0 — Riissheth envoie de noiivpiitix secours «ux huaiicnols. — Ses projets de mariiise avec l'arcliiduc d’Aulrichr. — Ell« irrite Ptiilippe II en s'emnnrant de plusieurs hAllments char-és d’argent qui avaient relaclié dans ses porls. — AUlliida menaçanle de la France et de l'Espane. Martifeslalion armée en faveur e Marie. — Ij'S rebelles sont défaits. — Vengeance d’F.llsabelh. — Attaques du parti oatlioliqne contre la reine Persé-
cutions U’Ëlisabelli.
T.aissons pour un moment Marie d’Écosse dans sa prison de Tutbury, et reprenons les événements importants qui s’étaient passés en Europe avant sa détention dans cette forteresse. Nous avons pnriédans plusieurs
f tassages de l’état d’agitation où était a France. Deux factions ennemies , les catholiques et les huguenots, tou-
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IIJSTOIRK D’ANGLETKURK
tes deux commandées par des personnages de mérite et pleins d’ambition , mettaient le pays en feu. En 1564 , le prince de Condé, chef du parti protestant que protégeait Elisabeth , irrité du refus qu’on lui avait fait de la place de lieutenant général du royaume laissée vacante par la mort du roi de Navarre, s’était mis à la tête d’une armée formidable et, avait inquiété pendant quelque temps tout le nord de la France avec cette force armée , qui se distinguait par sa bonne discipline. De son côté, la cour avait été obligée de mettre sur pied une armée considér.able pour garantir la frontière de toute violation qui aurait pu venir des Pays-Bas , où le peuple était en guerre ouverte avec le gouvernement espagnol. De vives antipathies régnaient alors dans cette contrée contre les Espagnols. Philippe II n’avait point eu pour ces provinces la modération de son père Cliarles-Quint. La noblesse y était insultée, les marchands ployaient sous le poids de taxes illégales, chaque jour on violait les privilèges des villes , et Philippe II, poussé par le bigotisme, venait d’y introduire l’inquisition.
Cette mesure avait soulevé tous les esprits. Les protestants firent cause commune avec les catholiques, et le puissant prince d’Orange ainsi que les comtes d’Egmont et d’Horn se mirent à leur tête (1566) dans le but de renverser l’inquisition et de recouvrer l’indépendance du pays.
La duchesse de Parme , qui gouvernait ces provinces au nom de Philippe, céda à l’orage, et déclara, comme les vice-rois de ce prince à Naples avaient été obligés de le faire, que l'inquisition serait abolie. Dès lors les catholiques et les protestants se séparèrent et recommencèrent la guerre entre eux. Pendant quelque temps la fortune seconda les armes des protestants, mais bientôt Philippe II rappela la duchesse de Parme, et envoya à sa place le fameux duc d’Alva, qui avait autant d’habileté militaire que de bigoterie. Leduc arriva dans les Pays-Bas avec une ar-
mée remarquable par sa discipline; et ses succès jetèrent l’alarme, non-seulement dans cette contrée, mais en Angleterre, en Écosse et surtout en France. Les huguenots , qui partout formaient encore la minorité, virent qu’ils allaient être écrasés; ils comprirent qu’Alva avait été désigné spécialement pour mettre à exécution le traité secret de Bayonne, dont le but était de faire rentrer par la force tous les protestants sous la domination de l’Eglise catholique. Alors ils résolurent de former une ligue contre leurs ennemis. Le prince de Condé ren oua ses relations avec le prince d’Orange dans les Pays-Bas , avec la cour d’Angleterre et les autres personnes qui étaient intéressées à s’opposer au traité de Bayonne; et de concert avec Coligny et d’autres chefs du parti, il conçut l’idée de surprendre le roi qui était à Monceaux avec toute sa cour. Charles IX ne dut sa délivrance qu’à la bravoure et la fidélité des mercenaires suisses.
Ces soldats formèrent un carré dans lequel ils le placèrent avec sa cour, et après avoir, à différentes reprises, repoussé la cavalerie des huguenots , ils l’escortèrent jusqu’à Paris.
Élisabeth envoya de l’argent au prince de Condé. La plupart des historiens de l’époque s’accordent à dire qu’elle connaissait les plans de ce chef à l’égard du roi, etque sir Henri Norris, son ambassadeur à la cour de France, y avait donné la main. L’insuccès de cette entreprise fut le sipal d’une guerre acharnée entre les huguenots et les catholiques. Cécil donna des instructions à Norris pour encourager le parti prostestant à pousser la guerre avec vigueur. Charles IX fut bientôt cerné dans sa capitale , mais il fut délivré par la bataille de Saint-Denis, dans laquelle les huguenots furent défaits. Le connétable de Montmorency ayant été tué dans cette bataille, le roi fut obligé d’en venir à un arrangement, mais ce traité n’eut point de durée. Au printemps de l’année 1568, trois mille protestants français traversèrent la frontière nord de
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la France pour se réunir au prince d’Orange qui s’avançait contre les Espagnols. Le prince fut obligé de battre en retraite devant le duc d’Alva, mais au mois d’aodt il reparut avec une armée de vingt mille hommes. Alva évita la bataille, et sut manœuvrer de manière à épuiser les forces et les ressources des protestants sans s’exposer à être attaqué par eux. A la lin de la campa-':
gne, le prince d’Orange fut obligé de traverser le Rhin et de congédier les troupes qui lui restaient. Ces troupes avaient en quelque sorte été levées au moyen d’argent venu d’Angleterre, Élisabeth avait pourvu secrètement à leur solde; et bien qu’elle fût alors en paix avec Philippe, et qu’elle prît soin de proclamer en public le respect qu’elle éprouvait, disait-elle, pour la personne de ce monarque, et le déplaisir que lui causait toute espèce de rébellion , ses efforts en faveur des insurgés des Pays-Bas et de la France ne s’étaient point ralentis: politique savante, peutêtre, mais peu honorable , qui était de son goût. L’année précédente, le gouvernement français lui avait donné des sujets de plainte assez vifs pour qu’on pût les regarder comme une provocation à la guerre, si Élisabeth et son conseiller Cecil eussent été décidés à faire une guerre ouverte. D’après le traité de Cateau-Cambresis, sir Henri Norris ayant demandé la restitution de Calais à l’expiration du terme fixé, le ministre français cita un article du traité par lequel Élisabeth renonçait à toutes ses prétentions sur cette ville , si elle venait à commettre des hostilités contre la France , et il ajouta que cette clause devait recevoir son application puisque Élisabeth avait pris possession de la ville duHavre.Lareine, qui n’avait point espéré de restitution , n’éprouva aucun désappointement; sans reconnaître la justice des raisons qu’on lui alléguait, elle attendit les événements et ne perdit aucune occasion d’envoyer des secours et de donner des encouragements aux huguenots français.
En 1567 Elisabeth reprit ses négociations matrimoniales avec son ancien amant, l’archiduc Charles, qui lui avait écrit une lettre très-flatteuse. Elle envoya le comte de Sussex en ambassade à Vienne , quoiqu’elle n'eût aucune intention de se marier. Car il y avait deux grandes diflicultés à vaincre : la reine ne voulait prendre un mari qu’après avoir vu sa personne , et 'elle exigeait qu’il adoptât sa propre ^religion. Sussex, qui désirait vivement ce mariage, essava de tourner ces difficultés, et fit ainsi le portrait de la personne et des qualités de l’archiduc:
« Le prince, disait-il à la reine , est un bel homme ; la couleur de ses cheveux et de sa barbe est brun foncé ; sa figure est bien proportionnée ; sa chair est belle, elle ne porte aucune marque de rousseur, elle n’est pas non plus trop pâle; dans ses discours il est gai , très-courtois, et a une grande dignité ; son corps est bien formé et n’a aucune difformité ni défaut; ses mains sont belles, ses jambes sont propres, bien proportionnées, et d’une grosseur suffisante pour sa stature; son pied est aussi beau qu’il peut l’être. » Le négociateur assurait en outre à la reine sur son honneur, qu’il ne trouvait aucune difformitéet rien qui
f)ût inspirer du dégoût dans toute a personné de l’archiduc ; qu’au contraire, toute sa tournure était belle, et qu’elle était digne d’être aimée à tous égards; en un mot, que ses qualités naturelles étaient telles, qu’il était difficile d’en rencontrer de pareilles dans un prince de son rang. Sussex passait ensuite aux talents du prince. «Son Altesse, disait-il, parle, indépendamment de l'allemand, sa langue maternelle, l’espagnol et l’italien ainsi que le latin. Elle a quelques connaissances en astronomie et en cosmographie; elle aime beaucoup les horloges avec lesquelles on fixe le cours des planètes.
Elle se tient bien en selle et conduit un cheval avec l’adresse du meilleur écuyer. Elle aime la chasse au courre, la chasse à l’épervier ; elle est très-forte sur les armes, et prend plaisir à la musique toutes les fois qu’elle trouve l’oc-
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casion d’en entendre de bonne ( 1 )■ »
Ces avantages ne séduisirent point Élisabeth ; auraient-ils été plus grands qu’ils ne l’auraient point sans doute engagée à rompre le célibat qu’elle s’était imposé. D’ailleurs l'archiduc n’était pas disposé à abandonner sa religion pour embrasser celle d'Élisabeth. Il exprima même quelques doutes sur les intentions réelles de la reine à l’égard de ce mariage. Susses lui ayant donné l’assurance qu’Élisabeth était bien décidée à se marier, il se découvrit la tête et dit qu’il honorerait Sa majesté, qu’il l’aimerait et la servirait toute sa vie. Mais Sussex lui ayant parlé du changement de religion , il s’écria que ses ancêtres avaient vécu dans la religion qu’il professait, qu’il n’en connaissait pas d’autre, et qu’il n’en changerait point. A quelques ^ jours de là , l’archiduc écrivit une lettre à Elisabeth elle-même pour lui demander la faculté d’entendre la messe en Angleterre dans une cdiambre particulière du palais, où il n’y aurait d’admis que lui et les gens attachés à sa personne. Il consentait à accompagner régulièrement la reine à l’église protestante. Élisabeth, faisant valoir les craintes et les sentiments religieux de ses sujets, répondit à l’archi.luc qu'ils ne souffriraient jamais qu’elle prît pour époux un prince catholique. Alors l’archiduc épousa la Glle d’Alhert , duc de Bavière.
Élisabeth, qui avait une répugnance prononcée pour se marier, montrait le même éloignement pour les mpiages des autres quand ces mariages lui faisaient ombrage. On lit dans la correspondance du secrétaire Cecil ce passage adressé à sir Thomas .Smith : « Voici qui est monstrueux! Le sergent-portier, qui est l’homme le plus gras de toute la cour, vient d’épouser secrètement lady Marie Grey. Ils ont été tous deux mis .en prison. Le crime est très-grand. »
Cette Marie Grey était la plus jeune
(I) Illastrations de Lodge sur l’histoire d’Angleterre.
sœur de Jeanne Grey ; elle descendait de la ligne de Suffolk , crime capital aux yeux d’Élisabeth. On rapporte que Slarie, effrayée du malheur de ses deux sœurs aînées , avait sacrifié son rang à sa sûreté, et qu’elleavait épousé un homme qu’elle seule pouvait aimer, mais que personne ne pouvait craindre. Martiu Kays, son mari , n’était en effet qu’un simple écuyer; il ne remplissait a la cour que des fonctions peu importantes. L’obscurité de ce mariage aurait dû désarmer le ressentiment d’Élisabeth; mais la reine fit jeter les deux époux en prison et les sépara l’un de l’autre pour qu'ils n'eussent point d’enfants. Marie écrivit à la reine et à Cecil des lettres pleines de repentir ; elle leur disait qu’elle préférait mourir plutôt que de perdre la faveur de Sa Majesté.
Mais ces sollicitations furent inutiles; elle resta prisonnière jusqu’à sa mort, qui arriva treize ans après. Quant à son mari , les annalistes de l’époque ne disent rien à son égard; on ne sait ce qu’il devint.
Des intrigues bien plus dangereuses pour lesintérêtsd’ÉlisabethjPtqui avaient également trait à un mariage, venaient d’être découvertes. La reine s’en montrait vivement alarmée : Norfolk avait repris ses projets de mariage avec Marie Stuart. Avant le retour de Murray en Écosse et la séquestration de Marie dans le château de ïutbury , Élisabeth avait reproché au duc de Norfolk ce mariage ; le duc lyi avait assuré que l’idée n’était pas la sienne et qu’elle n’avait jamais eu son approbation. Cependant à deux jours de là , dans une conférence secrète à Hamptoncourt avec le comte de Murray et ensuite avec l'évêque de RossetMaitlanddeLetliington, lé duc avait dit que si Marie était rendue à la liberté et que si on la rétablissait sur son trône, il l'épouserait. On lui avait répondu qu’un seigneur de son rang, qui appartenaità une famille aussi puissante, ne pouvait manquer de rendre latranquillité à l’Ecosse et de rétablir la bonne harmonie entre l’Angleterre et cette contrée. I.cs choses
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PÉRIODE DES TUDORS
en étaient restées là, lorsq^ue Nor> folk , cédant nux conseils ne l'astucieux Leicester, des comtes d’Arundel et de Pembroke, et de sir jNicolas Tlirogmorton , qui s’étaient associés au favori , dans l’espoir de renverser Cecil et de se mettre à sa place, se jeta d’une manière plus décidée dans cette intrigue. Des propositions furent faites à Marie relativement à ce mariage , à la condition qu’elle abandonnerait toutes les prétentions qui pourraient porter atteinte aux intérêts de Sa Majesté; que la religion protestante serait établie en Écosse comme en Angleterre; que l’alliance avec la France serait dissoute, et qu’une nouvelle alliance serait faite entre l’Angleterre et l’ Écosse. Mais Marie, malgré son désir de voir ouvrir les portes de sa prison , répondit qu’elle n’accepterait la proposition qu’autant qu'Élisabeth y donnerait son consentement. Cette transaction faite dans le plus grand secret parvint aux oreilles d’Élisabeth; elle invita le ducde Norfolk à dîner, et fut polie avec lui comme à l’ordinaire; mais lorsqu’elle se leva de table, elle lui dit de bien se tenir sur ses gardes et de bien voir sur quel oreiller il reposait sa tête. La cour était alors à Farnliam. Elle alla ensuite à Titchlleld , où le comte de Leicester, alarmé de la tournure que prenait cette affaire, feignit une maladie grave. Élisabeth, qui avait encore de l’amour pour son favori, accourutàson chevet, et le comte, avec des soupirs et des larmes , lui dévoila tous les détails du complot dans lequel il avait poussé Norfolk. Leicester obtint.un pardon complet, et Norfolk reçut une sévère réprimande. Il partit pour sa terre de Kenningbali dans le Norfolk, mais comme Élisabeth n’était pas complètement rassurée, il fut immédiatement rappelé à la cour, pour y rendre un plus ample compte de sa conduite.
Norfolk obéit à cet ordre, espérant que la colère de la reine serait entièrement apaisée. Mais aussitôt arrivéà Londres, ilfutjeté dans laTour.
Si ces intrigues tramées dans l’om-
ii»
bre inspiraient de sérieuses alarmes à Élisateth, les succès des armes catholiques sur le continent venaient les augmenter encore. La reine d’Angleterre n’avait point borné à des se* coursd’argent l’assistance qu’elle avait donnée aux huguenots français; elle avait permis à quelques-uns de ses sujets de franchir le détroit et de combattre dans leurs rangs. Parmi ceux-ci figurait le célèbre Walter Raleigh.
Mais à la bataille de Jamac, dans l’Angoumois, les huguenots furent défaits et le prince de Condé , leur chef, fut fait prisonnier dans cette bataille; il fut tué par Montestjuiou, capitaine des gardes du duc d’Anjou que nous allons voir tout à l’heure se ranger parmi les soupirants à la main d’Ëlisabcth. A quelque temps de là, les huguenots, renforcés par des troupes venues d’Allemagne , remportaient une victoire à la Roche- Abeille dans le Limousin ; mais au commencement d’octobre ils éprouvaient une nouvelle défaite. Les catholiques en flrent un terrible carnage à Montcontour dans le Poitou. Cette victoire des catholiques français parutdécisive; les huguenots se débandèrent, et un grand nombre d’entre eux cherchèrent un asile en pays étranger, et particulièrement en Angleterre.
D’un autre côté, Élisabeth venait de provo(|uer d’une manière ouverte le puissant Philippe IL Dans le cours de l'automne de 1568, une escadre espagnole de cinq vaisseaux , qui portait de l’argent et des approvisionnements à l’armée de Philippe dans les Pays-Bas, s’était retirée dans un port d’Angleterre pour échapper aux poursuites d’une flotte protestante armée par le prince de Condé.
Élisabeth étaiten paix avec l’Espagne ; Philippe avait un ambassadeur à sa cour, et elle-même en avait envoyé un a Madrid. Mais l’argent que portait la flotte était destiné à payer ceux qui se battaient contre ses coreligionnaires sur le continent! ceux-ci recevaient d’elle en secret des sommes considérables; en outre Élisabeth voyait ses ressources épuisées par les
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largesses qu’elle faisait depuis longtemps pouf soutenir la religion protesy tante au dehors. La tentation était trop forte, et après de longues hésitations, elle se décida à s'emparer de l'argent, sous le prétexte qu’il n’appartenait pas réellement au roi d’Espagne, mais a des banquiers italiens qui , l'ayant exporté par spéculation , devaient se trouver contents que Sa Majesté le gardât pour elle, si elle leur donnait un intérêt convenable. L’ambassadeur espagnol ayant fait des remontrances, on lui répondit avec aigreur. Le duc d’Alva s’empara aussitôt des marchandises anglaises, et lit jeteren prison tous les marchands anglais qu’il put trouver en Flandre.
La cour anglaise répondit à cet acte d’agression en faisant main basse sur les Espagnols qui se trouvaient dans le le royaume et en faisant arrêter l’ambassadeur lui-même dans Son hôtel. La mer se couvrit bientôt de corsaires anglais. Élisabeth comprit cependant que ces moyens coercitifs ne justifiaient point la saisieirrégulièrequ’elle avait laite, et chercha à la colorer d'une autre manière ; elle dit que l’empereur Charles-Quint.pèrede Philippe, a l'époque de la guerre de Landrecy, avait emprunté à Henri VIII une forte somme qui n’avait point été rendue. Elle protestait en même temps de son grand désir pour le maintien de lu pai.v, et demandait que cette affaire fdt arrangée par la voie diplomatique.
A utre embarras! La Franceavait embrassé la querelle de l’Kspagne, car les croiseurs anglais, quoique n’attaquant point les bâtiments français, aidaient ceux des Pays-Bas à transporter des troupes qu’ils débarquaient sur la côte française pour le service des huguenots. A la lin de janvier, le gouvernement français , après plusieurs remontrances inutiles à lu cour d’Angleterre sur les approvisionnements envoyés dans les vaisseaux anglais aux huguenots, s’empara de toutes les marchandises anglaises qui étaient à Rouen, et répondit à la demande impérieuse que lit Élisabeth d’une satis-
faction immédiate, que la France ne désirait point la guerre avec l’Angleterre ; qu’elle avait simplement adopté ces mesures pour l’empêcher de secourir ceux de ses sujets qui s’étaient révoltés , et dans le but de conserver
fiar devers elle une indemnité pour es navires français capturés et les marchandises françaises saisies par les croiseurs anglais. Un cri de guerre s’éleva dans toutes les parties de l’A n gleterre, à cette occasion, et le gouvernement fit de grands préparatifs , comme si la guerre eôt été imminente.
Tout se borna néanmoins à augmenter le nombre des corsaires , auxquels on permit à la fois de saisir et de piller les navires français et les navires es-
fiagnols. Dans ‘le mois de mars, a cour de France demanda à celle d’Angleterreune déclaration formelle, pour savoirs! Élisabeth voulait la paix ou la guerre, et lui donna quinze jours pour se prononcer. La reine répondit a Lamothe-Fénelon, qui lui avait été envoyé par la cour de France à cette occasion, qu’elle désirait vivement conserver la paix , et que si le roi de France voulait rendre la propriété anglaise saisie à Rouen, elle restituerait les marchandises françaises qui avaient été saisies par ses corsaires. Mais à quelques jours de là , on découvrit que sir Henri Norris, son ambassadeur à Paris, recommençaitses intrigues avec les huguenots ‘et qu’il leur promettait des secours. Le gouvernement français répondit à cetté agression en saisissant de nouveau les marchandises anglaises qui étaient à Rouen , à Calais et à Dieppe. On négocia une autre fois, et la reine promit de mettre un terme à cette espèce de guerre , en rappelant ses corsaires , si la France en voulait faire autant. Mais quelques semaines s’écoulaient à peine, qu’Élisabeth agissant encore contrairement à ses promesses, recevait les envoyés des huguenots français et ceux du prince d’Oraiige , leur promettait de l’argent, des armes et de la poudre, et envoyait une flotte armée en guerre à la Rochelle, qui continuait d’être le port principal des protestants framyiis.
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PÉRIODE DES TUDORS
Cette flotte, retenue par des vents contraires, n'arriva point à sa destination, et les huguenots furent défaits. Aussitôt, Élisabeth fit de nouvelles protestations et laiiça une proclamation pour rappeler ses corsaires. Cette conduite perfide irrita au dernier digçré la cour de France; et comme la puissance des protestants franrais semblait abattue, elle résolut de donner des encouragements aux catholiques d’Angleterre et d’iutéresser toutes les cours catholiques du continent à la cause de Marie d’Écosse. Le duc d’Alva entra dans ce projet , et un Florentin, nommé Rodolphi.qui connaissait bien l’Angleterre, fut choisi pour être l’agent du pape dans cette contrée.
L’occasion était favorable à la France de tenter une pareille entreprise. Dans le nord de l'Angleterre, où les catholiques étaient plus nombreux que les protestants, les comtés d’York, de Durham et de Northumberland, étaient en proie à une vive agitation, et paraissaient prêts à s’insurger. Nicolas Morton , venu de Rome avec le titre de pénitencier apostolique, avait eu des conférences avec le clergé catholique de ces contrées. Il avait donne des encouragements aux gentillétres catholiques, et leur avait assuré que le pape se préparait à excommunier Élisabeth , et a les relever , ainsi que tous ses sujets , de leur serment d'allégeance.
Cet émissaire était un homme d’énergie et de grande habileté, il connaissait la plupart des meilleures familles du nord. A la même épouela reine Marie trouvait le mo^en ’établir une correspondance régulière avec le comte catholique de Northumberland, le comte de Westmoreland , dont la femme était sœur du duc de Norfolk, et avec d’autres grands personnages. La plupart de ces seigneurs professaient une admiration enthousiaste pour la reine prisonnière et s’étaient dévoués secrètement à son service. Tous étaient les amis intimes du duc de Norfolk, qui était dans la Tour, et considéraient
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comme sainte une révolution qui rendrait au royaume l’ancienne foi , quelq^ue cher qu’elle pût coûter. I,eur cnef apparent était le comte de Northumberland. C’était un homme magnifique, mais faible; parlant avec imprudence et ne faisant rien.
Cependant le 16 novembre au matin , les conjurés sc déclarèrent ouvertement. Leur but était de délivrer Marie. Déjà la comtesse de Northumberland avait essayé d'obtenir accès auprès de la reine prisonnière, en se déguisant au moyen des vêtements d’une femme de service; elle espérait que Marie , en prenant ces vêtements , pourrait s’échapper ; mais cette tentative ne réussit point. Alors les insurgés se décidèrent à se diriger sur le château de Tutbury , pour délivrer la reine par la force des armes. Ils lancèrent une proclamation par laquelle ils invitaient tous les bons catholiques à se réunir sous leur bannière; et s’étant avancés jusqu’à Durham, iis brûlèrent la bible et le livre de prière adopté par l’église réformée , et célébrèrent la messe dans la cathédrale. Mais déjà le comte de Sussex s’avançait à leur rencontre, tandis,qu’une armée commandée par sir Georges Bowes s’assemblait sur leurs derrières. En ce moment , la reine d’Écnsse fut enlevée de la forteresse de Tutbury et conduite en toute hâte à Coventry. A cette nouvelle, Norlhumberlaiid et Westmoreland battirent en retraite, et après avoir emporté d’assaut le château de Bamard , ils firent le siège de la ville maritime de Hartiepool, et s’y établirent pour attendre des secours des Espagnols des Pays-Bas.
L’armée royale que commandait Sussex était restée inactive à York, ce qui fit pendant quelque temps suspecter la fidélité du général, dont la reine connaissait l’ancienne amitié pour le duc de Norfolk, et qui avait un de ses frères dans les rangs des insurgés. Mais après un mois de séjour dans la capitale de l’Yorkshire, le lord amiral et le comte de Warwick, dont la réputation de proles-
UigiI;zod Dy 'iOOgIe
tantisme et de loyauté était bien établie, se réunirent arec douze mille hommes à Tarmée royale. L’armée s’avança aussitôt vers le nord. Leduc d’Alva n’avait fait aucune tentative en faveur des insurgés; ils manquaient d’argent et de provisions et se retirèrent vers les Kontières de T Écosse.
Leur armée se débanda aussitôt et s'enfuit dans toutes les directions. Élisabeth demanda que les fugitifs lui fussent remis; mais Murray, malgré son désir de lui être agréable, ne put satisfaire à cette demande, car la plupart desnnsurgés trouvèrent asile et protection dans les clans des Humes, des Scots, des Kers et dans d’autres clans delà frontière qui bravaient l’autorité du régeut. La plupart parvinrent à se réfugier dans les Pays-Bas.
Cependant Northumberland, par la trahison d’un nommé Graham de Harlow, que Murray avait acheté, fut arrêté. Le régent le ût jeter dans la prison de Lockleven, où la reine Marie avait autrefois été retenue prisonnière.
La vengeance d’Élisabeth fut terrible. Comme elle ne pouvait atteindre les principaux chefs de l’insurrection, elle frappa les amis et les parents des fugitifs. Du 4 au SJanvier, soixante-six individus furent exécutés à Durham seulement. Sir Georges Bowes partitdecette ville avec l’exécuteur; et traversant toute la contrée située entre Newcastle et Netherby, il la couvrit de gibets. L’évêque de Durham , qui avait cru prudent de se tenir à l’écart et qui h’était que fort tard revenu à son poste , écrivit à Cecil pour lui dire que le nombre des coupables était si grand , qu’il était impossible de trouver assez d'hommes innocents pour en faire des jurés et juger les rebelles. En conséquence, ceux des révoltés qui étaient pauvres, furent livrés aux cours martiales, et les hommes les plus marquants furent réservés pour les jurys. Dans ces circonstances les jurys étâienttoujours gagnés d’avance ; on était certain de leur arrêt. La cupidité la plus vile présidait souvent à ces actes
de cruauté. On se disputait les dé> pouilles des condamnés; l’un voulait avoir le meilleur fauconnier du comte de Northumberland, l’autre demandait sa jument blanche ; tous voulaient quelque chose. Cependant Élisabeth publia une amnistie; mais la reine faisait une obligation aux amnistiés du serment d’all^eance et du serment de suprématie. Elle lit suivre'cet acte d’une proclamation qui portait ce titre : « Déclaration des actes de la reine depuis son règne. » Elle disait dans cette proclamation, qu’elle n’avait point aaoptéetqu’ellen’avait point l’intention d’adopter des mesures générales de sévérité à l’égard des opinions religieuses , et rappelait à ce sujet la prospérité et le bonheur dont la nation avait joui pendant les dix années de son règne. Ce n’était point, disait-elle, par la force qu’elle voulait se faire obéir de ses sujets, mais par l’amour, et elle répétait, à cet égard, ces paroles d’un prince grec , que le roi qui règne sur ses sujets comme un père sur ses enfants est le prince le plus heureux. A l’égard delà religion, elle déclarait qu’elle avait fait tous ses efforts pour que son royaume et son peuple vécussent dans la crainte du Dieu tout-puissant; mais elle niait avoir jamais prétendu détermineriez articles de foi et avoir pris, comme chef suprême de l’Église, plus d’autorité que n’en avaient eu ses prédécesseurs, et principalement son noble père Henri VIII et son frère Édouard
Cependant cette insurrection n’était pas encore entièrement terminée ; caries suspects étaientnombreux.
Parmi ceux-ci jurait Léonard Dacre , représentant de l’ancienne famille des Dacre de Gillsland. Léonard était un homme plein de hardiesse et de courage. Il résolut de risquer sa vie et sa fortune au service oe la reine prisonnière, pour laquelle il professait un dévouement romanesque. Il leva une troupe de braves pour se réunir à Northumberland et à Westmoreland; les deux comtes ayant pris la fuite, il essaya de donner le
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change à Élisabeth , en lui faisant accroire ç^u’il avait pris les armes contre les insurgés. Mais Élisabeth n'était point femme à se lais er abuser ainsi. Elle envoya l’ordre au comte de Sussex de l’arrêter secrètement. Dacre prit la fuite, mais avant de se soumettre à l’exil, il résolut d’essayer sa bonne épée contre les troupes de la reine. A un mois de là, il était à la tête de trois mille hommes déterminés qu’il avait rassemblés sur les frontières de l’Écosse. Mais il fut attaqué par des forces supérieures et fut défait. Alors il traversa la frontière, trouva asile chez quelques amis de Marie, etpassa aussitôt en Flandre.
A cette epoque Murray venait de tomber sous les coups d’un nommé Hamilton; ce fut la cause principale qui excita les Anglais à prendre les armes. Hamilton qui avait été fait prisonnier à la bataille de Langside, en combattant pour la reine Marie , avait été condamné à mort comme tous ceux qui se trouvaient dans la même situation. Le régent lui avait fait »âce de la vie, ainsi qu’à la plupart des autres prisonniers , mais ses biens, ses terres avaient été conlisqués; Murray les avait donnés à un de ses favoris, et en avait chassé brutalement la femme d’Hamilton La pauvre femme devint folle. Hamilton, homme vindicatif, Jura que Murray , premier auteur de sa ruine, périrait de sa main. Il se consulta avec son clan, ainsi qu’avec les Hamilton, ses parents, et les amis du duc de Châtellerault, qui avaient été ruinés par le régent. Ceux-ci applaudirent a son dessein , et s’engagèrent à l'assister pour en opérer l’exécution. Hamilton loua une maison dans la principale rue de Linlithgow, par laquelle le régent avait habitude de passer lorsqu’il sortait du palais ou qu’il y entrait ; après avoir attendu quelques jours, il le vit passer à cheval , accompagné de plusieurs seigneurs anglais qu’Ëlisabeth lui avait envqyés pour obtenir la reddition du comte de Nortbumberland et de quelques sutres prisonniers d’État. Aussitôt
Hamilton leva sa carabine SOr Murray, et lui traversa le corps d’une balle, l.e meurtrier parvint à s’échapper en France.
A la mort de Murray, le duc de Châtellerault, les comtes d’Argyleet de Huntley prirent les rênes du gouvernement au nom de la reine Marie , et s’emparèrent de la capitale et du château d’Édimbourg. Aussitôt, la faction opposée , ou les gens du roi , comme on les appelait, à cause de leur prétendue adhérenceau jeune Jacques, courut aux armes sous la conduite du comte de Morton. Cette faction repoussajt l’autorité de Marie; elle invita Élisabeth à envoyer une forte armée anglaise pour se soutenir. Élisabeth en envoya deux ; l’une, commandée par lord Scrope , entra en Écosse parla partie occidentale; l’autre, commandée par le comte de Sussex et lord Hunsdon , y entra par la partiè orientale. Trois cents villages lurént livrés aux flammes , et cinquante châteaux forts furent rasés par les généraux anglais. L'armée de Scrope, qui agissait dans l’ouest, commit des ravages non moins considérables. Après une campagne d’une semaine, les deux armées rentrèrent en Angleterre. A quelque temps de là, Sussex et Hunsdon , et après eux sir W illiam Orury , maréchal de Bcrwick , visitèrent de nouveau l’Écosse et mirent le pays à feu et à sang. Les châteaux qui appartenaient au duc de Châtellerault et tous les biens des Hamilton furent entièrement saccagés ; les excès auxquels se livrèrent les généraux d’Élisabeth furent tels que la grande famille des Hamilton et le clan tout entier furent réduits à la mendicité.
Élisabeth parvint ainsi à ouvrir les voies de la régence au comte de Lennox qu’elle protégeait. Alors elle s’engagea à lui fournir, ainsi qu’à son ami Morton, des secours plus considérables , s’ils en avaient besoin.
Au milieu de ces succès , des craintes venaient assaillir le cœur d’Élisabeth. Un homme hardi avait placardé à la porte de l’évêque de Londres la bulle d’excommunication que 1^ Ji.
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HISTOmE D’ANGLETERRE.
pape avait lancée contre elle. La reine et son conseil, frappésde terreur à cet acte d’audace, firent les recherches les plus actives pour en découvrir l’auteur. On trouva une copie de la bulle dans la chambre d’un étudiant de Lincoln’s fnn. Aussitôt le pauvre étudiant ayant été mis à la torture , confessa qu’il tenait ce papier d’un nommé John Felton, riche gentilhomme qui vivait près de Southwark.
Felton fut arrêté et mis à son tour à la torture ; il déclara uue c’était lui qui avait placardé la bulle à la porte de l’évêque, mais il ne voulut point révéler le nom d’aucun de ses complices. Après un séjour de quelques mois dans la Tour, il fut Jugé à Guidhall et déclaré coupable de haute trahison. Quatre jours après on le pendit devant la porte du palais de l’évêque, et il fut écartelé avant qu’il y eût strangulation. Felton supporta cet horrible supplice avec le courage que donne le fanatisme; il prouva en même temps qu’il n’avait aucune haine personnelle contre la reine, en tirant de son doigt une bague de diamant de la valeur de quatre cents livres sterling qu’il lui envoya pour présent. Cette sévérité ne désarma point les catholiques ; bientôt on découvrit une conspiration qui avait pour but d'enlever le duc de Norfolk de la Tour, et chasser du royaume les protestants étrangers qui s’étaient récemment établis en Angleterre.
Les principaux chefs de cette conjuration étaient John Throgmorton de Norwich, Thomas Brook de Rolesby et Georges Redman de Cringleford , personnages de distinction et amis dévoués du duc de Norfolk.
Tous trois furent arrêtés et mis à mort.
Ces différentes tentatives exigeaient de nouvelles mesures repressivesdans l’opinion des conseillers de la reine.
Le 2 avril 1571, le parlement se réunit à Westminster, et des subsides considérables furent votés pour rembourser la reine des dépenses qu’elle avait faites dans la répression des rebelles et les guerres récentes avec l’Écosse :
le parlement s'occupa ensuite de répondre aux désirs d’Élisabeth, en adoptant un bill qui avait pour objet de ranger au nombre des crimes de haute trahison toute prétention à ta succession de la couronne durant la vie de la reine, et toutes paroles tendant à établir qu’Élisabetn était hérétique, schismatique, oppresseur de son peuple, usurpatrice; ou que la succession ne pouvait pas se déterminer par des statuts faits par le parlement. Il était en outre déclaré dans ce bill que toute personne qui par écrit ou d’une autre manière indiquerait un héritier à la reine, à l’exception des héritiers auxquels elle pourrait donner le jour, subirait pour la première offense une année d’emprisonnement , et encourrait pour la récidive la peine infligée par l’acte de premunire. Une loi classait encore au nombre des crimes de haute trahison, toute tentative qui avait pour objet d’obtenir et de mettre en usage des bulles du pape; les peines déterminées par l’acte de premunire étaient prononcées contre tous ceux ui seraient convaincus d'avoir introuit ou d’avoir reçu des Agnus Dei , des croix, des chapelets ou des tableaux bénits par le pape. Paruneautre loi, toute personne au-dessus d’un certain âge était obligée d’aller régulièrement à l'église protestante et de recevoir le sacrement dans la forme établie par la loi. Enfin, une loi enjoignait aux catholiques qui étaient sur le continent, et le nombre en était grand , de revenir dans le délai de six mois, sous peine de voir leurs biens et leurs terres confisqués au profit de la couronne. La reine voulait atteindre de cette manière les catholiques qui, dans la crainte d'être poursuivis, s’étaient retirés à l’étranger.
g 10. Premières manifestations des Puritains. — Haine qu’ils inspirent à Elisabeth.— Mesuresde rigueur qu’elle adopte à leur égard. — Ses intrigues è la cour de France. — Projet de mariage entre elle et le duc d’Anjou. ' Décapilation du duc de Norfolk et du comte de N^rtliumberland.
— Massacre de la Saint-Barthélemy. —
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PÉRIODE DES TUDORS
Conduite de l’Angleterre à l’égard d' la France après cel événement. — Inlri-
Êues d’ï'.risnljeth en Rcossc pour perdre [arie Stuart. — Refus qu’elle fait de la souverainelé de la Hollande et de la Zélande qui lui est offerte par le prince d’Orange. — Le duc d’Anlou vient en .Angleterre pour épouser Élisabeth; la reine le refuse.
La chambre des communes et la majorité de la nation voyaient avec plaisir les persécutious dirigées contre les papistes; et la chambre haute, où le parti catholique était en force, n'avait pas le courage de résister à l’opinion publique. Toutefois ces actes de sévérité ne paraissaient point sufüsants encore au.\ yeux d'une certaine classe de protestants. Ceux-ci étaient les puritains; classe déjà considérable et qui augmentait sans ces.se; dangereuse à cause de son enthousiasme; détestée à cause de ses idées républicaines et démocratiques, et qui était à la fois redoutée des catholiques et de la reine. Cette secte qui s'était imprégnée des doctrines sévères de Calvin, bien qu’elle fût odieuse à Élisabeth, avait été encouragée par elle ; la reine l’avaft même soutenue en Écosse pour troubler le repos delà reine Marie. Les puritains maintenaient que la réforme en Angleterre n'avait pas été poussée assez loin ; que le service de l’église établie contenait encore une foule d’abominations qui appartenaient au papisme; qu’il était nécessaire pour le salut de la nation de simpliGer ce service; d’omettre, par exemple, le signe de la croix , l’anneau de mariage , l’observance des fêtes , le chant des psaumes , l'usage des instruments de musique et les rudes du clergé, qu'ils appelaient la livrée de la bête. Mais la reine approuvait en secret plusieurs des dogmes que les protestants les plus modérés désavouaient. Elle aimait surtout la pompe et l’éclat des cérémonies, les robes splendides; vierge ellemême, elle ne voyait aucun péché à offrir ses prières à la Vierge Marie.
Elle avait aussi une grande affection pour les images des saints , et surtout
pour son crucifix; car, on prétend qu'elle le conserva dans sa chapelle avec des cierges allumés Jusqu'au jour de sa mort, bienqu’elle eût jugé. convenable, en 1559, de donner l’ordre d’enlever tous les crucifix des églises.
Élisabeth et les puritains étaient en désaccord sur d’autres points. Les prédicateurs de cette secte et quelques membres de l’égliseétabliedéclamaient chaque jour dans leurs églises avec violence contre la loi qui imposait le célibat au clergé. De son côté, Élisabeth avait une violente antipathie contre tous les prêtres mariés ; telle était sa répugnance à cet égard, qu’elle ne voulut jamais consentir d’une manière formelie à rapporter le statut du règne de sa sœur qui défendait le mariage au clergé. Elle élevait ainsi des difficultés de toute nature pour empêcher les prtHres de paroisse de se marier, et traitait souvent les femmes des premiers dignitaires de l'Église, avec un profond dédain. On rapporte que ParW, archevêque de Cantorbery, l'ayant invitée , au commencement de son règne, à une fête somptueuse dans son palais de Lambeth , clic prit congé de mistriss Parker en ces termes : « Je ne puis vous appeler madame; je ne puis non plus vous appeler niaUresse; mais n'importe! je vous remercie pour la manière dont vous m’avez traitée (1) ».
Le clergé, qui avait des bénéfices, se soumettait en général aux exigences de la reine, en évitant de parler de ses doctrinesinorthodoxes; mais les puritains, qui n’avaient rien à perdre et peu de chose à espérer, continuaient d’attaquer ouvertement ce qu’ils appelaient l’hérésie royale. Élisabeth en fut outrée; ce qui l’irrita davantage encore, ce fut l’union que les puritains anglais formèrent avec les puritains écossais, et surtout leur attachement aux doctrines de John Knox , qui avait écrit contre les femmes. Elisabeth , décidée à mettre un terme à cette opposition (mois de juin 1567 ), fit arrêter cent d’entre eux pendant
(I) Strype. Vie de Parker.
166 BISTOIRE D’ANGLETERRE.
l’ofSce divin et en fit mettre quatorze ou quinze en prison. Mais le conseil paraissait peu disposé à seconder la reine dans ses violences. Les comtes de Bedford, deHuntingdonetde Warwick, le chancelier Bacon, Walsin* gham, Sadler etKnollys, penchaient pur conviction pour les puritains, tandis que Leicester, qui voyait leur «nombre s’augmenter rapidement , intriguait avec eux sous main pour les faire servir à ses projets ambitieux. Le grand Cecil gardait la neutralité. Le parti puritain comptait en outre dans ses rangs des lioinmes d’un mérite éminent; tel était Thomas Cartwright, professeur en théologie à rumversité de Cambridge , homme probe qui par ses écrits avait considérablement augmenté le nombre des prosélytes du puritani.sme.
De son coté, la chambre des communes paraissait peu bienveillante en faveur de la couronne. Un membre de cette chambre, nommé Strickland, ayant présenté plusieurs bills qui avaient pour objet de continuer l’œuvre de la réformation et d’extirper ce que les partisans des idées nouvelles appelaient des abus criants, Élisarnth en devint furieuse. Elle ordonna à Strickland de s’absenter de la chambre et d'attendre les ordres de son conseil privé. Mais les amis du député, qui commençaient à sentir leurs forces, demandèrent qu’il fût appelé à la barre de la chambre, et qu’il vînt y donner les motifs de son absence. Ces motifs ii’étaicnt point un secret pour la chambre; aussi déclara-t-elle que les privilèges du parlement avaient été violés dans la personne de Strickland; que si Strickland obéissait aux ordres de la couronne, ce serait un dangereux antécédent, et que la reine par ellemême ne pouvait ni faire ni briser les lois. Ce langage hardi confondit les ministres; et Strickland, étant reparu le lendemain à sa place, il y fut reçu au milieu des applaudissements. Ce fut la première grande victoire obtenue sur les principes despotiques par la (Cambre des communes.
Mais cette fois la prudence habituelle de la reinecéda à la colère A la fin de la session le chancelier Bacon informa les communes, par ses ordres, ue leur conduite avait été fort trange etfort inconvenante; que, s’étant oubliées, elles devaient être rappelées à leurs devoirs, et que la reine désapprouvait formellement et condamnait leur folie pour s’être mêlées de choses qui n’étaient point de leur ressort et dont elles ne pouvaient prendre connaissance, à cause del’inleriorité de leur intelligence.
. . La haine de la reine pour le parti puritain ne fit donc que s’accroîre.
Le statut des 39 articles fut remis en vigueur,et tous ceux qui refusèrent d’y souscrire furent poursuivis.
Les ministres puritains furent traués dans leurs églises; on se saisit e leurs personnes; leurs livres furent supprimés; les plus exaltés comparurent à la barre de la chambre étoilée. Plusieurs furent emprisonnés pour la vie, le plus grand nombre fut réduit à la mendicité. Une cour de justice , qui reçut le nom de cour de Haute Commission , et qui a été comparée par quelques historiens au tribunal de l'inquisition, à cause de sa ressemblance avec ce tribunal, fut instituée par la reine. Cette cour se composait d’évêques, de délégués de fa reine, et de Parker, le primat, qui en était le président. Son autorité était fort étendue; elle prenait connaissance de toutes les opinions hérétiques, obligeait tous les sujets de la reine à suivre le service de l’église établie, et les empêchait de fréquenter les conventicu les des puritains; elle supprimait tous les livres séditieux et inorthodoxes, ainsi que les libelles dirigés contre la reine et son gouvernement; connaissait de tous les adultères, des actes de fornication et des autres offenses du ressort de la loi ecclesiastique , et punissait les coupables par des censures .spirituelles, par l’amende et la prison. Ce fut le piimat qui conseilla ces rigueurs ; Parker soutenait qu’une répression vigoureuse devait-
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, PÉRIODE DES TUDORS. ’ *67
jeter la terreur dans l’âme deg non conformistes et les ramener à son ortliodoxie. < Je sais, disait-il , dans une lettre adressée à Cecil, que ce sont des lâches. » Erreur funeste ! le peuple qui est excité par l’enthousiasme religieux est toujours brave.
Un esprit plus élevé aurait prévu sans peine ce qui allait arriver. La lutte était maintenant commencée, et elle ne devait plus cesser qu’au moment où les puritains renverseraient dans la boue la mitre et la couronne.
Le bruit se répandit alors dans les cours étrangères que la reine d'Écosse était recherchée en mariage par le duc d’Anjou, l’un des frères du roi de France. Cette nouvelle inspira de vives alarmes à Élisabeth.
Pour empêcher l’exécution d’un pareil projet qui toutefois ne pouvait avoir lieu qu’avec son assentiment, puisque Marie était sa prisonnière, la reine entra en pourparler avec Charles IX ou plutôt avec sa mère, Catherine deMédicis, et s’offrit elle-même pour épouser le duc. D’autrescauses lui faisaient alors rechercher l’amitié de la cour de France. Les huguenots semblaient abattus depuis leur défaite à Montcontour, et il n’y avait plus d'espérance d'alimenter la guerre civile en France. Cette contrée pouvait donc embrasser la cause de l'Espagne, qui depuis la séquestration de la Hotte espagnole , avait pris une attitude menaçante; or, cette union des deux pays aurait été dangereuse |our Élisabeth, surtout en ce moment où il régnait une grande fermentation en Angleterre; car les
firotestants du royaume étaient sur e point d'en venir aux mains avec les catholiques. Walsingham fut envoyé en ambassade en France. Ses instructions lui commandaient de noircir le caractère de Marie, de prolonger autant que possible les négociations matrimoniales; d'obtenir en même temps, non pas une simple trêve, mais un traité de paix, et de favoriser sous main le parti huguenot. Après plusieurs mois passés en vaines négociations , le duc d’Anjou retira son engagement,
parce qu’Élisalð insistait pour qu’il changeât de religion. Alors on songea au duc d'Alençon, son jeune frère, qui était encore" enfant; et sir Thomas Smith vint rejoindre Walsingham pour cette importante négociation.
La conversation que les deux diplimates eurent avec Catherine de Médicis, et dont ils envoyèrent copie à Cecil, nous a semblé assez intéressante pour être rapportée ici. Catherine croyait peu à la sincérité d’Élisabeth. «Savez-vous, dit-elle, si votre reine a réellement envie de se marier avec mon fils ? — Madame, lui répondit Smith, vous me connaissez depuis longtemps , et je n’oserais point affirmer à Votre Majesté une chose dont je ne serais pas sür. — Eh bien, reprit la reine, si elle est réellement disposée à se marier, je ne vois
ftas où elle pourrait trouver un meileur parti. On peut m'accuser, avec raison, de partialité, comme mère; mais parmi ceux que j’ai entendu désigner comme briguant la main de la reine (je citerai le fils de l’empereur etdon Juan d'Autriche), jen’en vois pas un qui par la tournure puisse l’emporter sur mon fils, ou qui soit d’une stature à comparer à la sienne ( Catherine connaissait la prédilection d'Élisabeth pour les hommes d’une haute taille); si donc elle veut se marier , ce serait dommage de perdre du temps à négocier Madame, reprit le diplomate,
s’il plaisait à Dieu qu’elle se mariât, et qu’elle eût un enfant de son union avec monseigneur d’Alençon, je m’inquiéterais peu que la reinedEcossefûtici, car alors vous surveilleriez la reine Marie, dans l’intérêt de la sûreté de ma maîtresse, avec autant de vigilance u’elle le ferait elle-même. — Sang oute, répondit la reine; mais si ce mariage n’a pas lieu, ou sivotresouveraine se marie avec un autre que mon fils, le traité d’amitié ne saurait avoir la même force. — Votre Majesté a raison assurément ; le lien qui est cimenté par le mariage offre plus de garanties que le truité qui est scellé avec de la cire; le premier lien dure plus longtemps quand Dieu lui donne de la
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réussite. Cependant tous les traités d’a* initié n’ont point été scellés par le mariage , comme celui-là peut l'étre, s’il plaît à Dieu ; il en est d’autres qui ontété fort avantageux pour les parties qui les ont contractés. — Je tiens à la réussite de ce mariage, reprit la reine ; alors j’irai faire un petit voyage en Angleterre, pour voir votre souveraine, ce que Je désire le plus au monde. »
Smith, sans répondre un mot à la question indirecte que lui adressait Catherine au sujet d’une visite en Angleterre lui dit qu’il regrettait de n’avoir pointa l'égard du duc d’Alençon des instructions aussi positives que celles qu’il avait eues en premier lieu pour le duc d'Anjou ; et Walsingham se mêlant alors à la conversation, chercha à justifier Élisabeth, qui , ditil , avait été profondément blessée de quelque bruit peu honorable pour elle ; car on avait prétendu que le duc d’Anjou n’avait refusé sa main que parce qu’i I avait appris qu’elle avait eu deux enfants du comte de Leicester, et qu’elle avait eu une intrigue amoureuse avec sir Christophe Hatton Il fallait une grande habileté pour justifier Élisabeth, car les assertions de Lamothe-Fénelon, qui venait d'être envoyé en Angleterre en qualité d’ambassadeur, étaientpositives a l’égard de son inconduite. Voici ce qu’il en disait « On le taxa (Leicester) de ce qu'ayant l’entrée, comme il a, dans la chambre de la royne lorsqu’elle est au lict, il s’estoit ingéré de luy bailler le chemise au lieu de sa dame d’honneur, et de s’ayarderdeluy-mesmesde la bayser, sansy estre convyé. — « Madame, dit Walsingham, ce n’est certainement aucun motif religieux qui a déterminé le refus de monsieur le duc; il faut qu'il y ait quelque autre cause. — Aucune autre, lui répondit Catherine; il ne m’a jamais expliqué différemment son refus. — Je vous assure, madame, reprit Walsingham, que je puisa peine croire ce que vous me dites, car, à Gaillon, monsieur le duc paraissait vivement désirer ce mariage. J’étais profondément touché de la manière dont il
parlait de la reine , ma maîtresse, et de ses ministres. Il manifestait les meilleures dispositions à 'l’égard de ma souveraine dans ses discours, son maintien, ses gestes. .Mais à son retour à Paris, tout était évidemment changé. — Cela est vrai , monsieur l’ambassadeur , et j'en ai été fortement surprise. Cependant à Gaillon il avait déjà fait quelques représentations au sujet de la religion de votre souveraine. Toutefois cet éloignement n'était point encore aussi prononcé qu'il l'est devenu plus tard :
alors je dis au duc que le motif de sa conduite , car cela me faisait beaucoup de peine ainsi qu'au roi mon Gis, comme vous savez, provenait de ce qu’il ajoutait foi à de mauvais propos et à des contes faits sur la reine par des personnes malintentionnées. J’ajoutai que tout le mal que des hommes méchants pouvaient faire à des femmes nobles et aux princes, c’était de répandre au dehors des bruits mensongers, et défaire des histoires désobligeantes sur leur compte ; que nous autres femmes d'un rang élevé, nous étions principalement en butteàla calomnie de nos adversaires. Il me répondit et jura même qu’il ne donnait aucune creance à ces bruits ; qu’il savait que votre so;.veraine depuis longtems gouvernait son royaume avec sagesse, et que c'était à ses yeux la meilleure réputation de vertu et d’honneur qu’ellepût avoir; mais que sa conscience et sa religion ne pouvaient lui permettre un pareil mariage , vu que son âme ne serait point en repos. »
Sir Thomas Smith et Walsingham parvinrent à décider la cour de F rance a ne faire aucune démonstration en faveur de Marie d’Écosse. Ils dirent au roi de France et à sa mère qu’on avait intercepté des lettres que la reine d’Écosse adressait au duc J’Alva, dans lesquelles, pour prix de son assistance , elle offrait d'envoyer le prince Jacques, son fils, en Espagne, et faisait d'autres propositions incompatibles avec le repos de l’Angleterre et de l’Écosse , de la France et de l’Espagne. Ces discours , mais plus
PÉRIODE DES TTJDORS.
encore la perpective de voir un de ses frères marié à Élisabeth , firent impression sur l’esprit de Charles IX. Il convint de laisser Marie où elle était, et sans prendre souci des avertissements de son ambassadeur, qui lui assurait qu’Élisabeth voulait ne se jamais marier, il entra en arrangement avec les deux envoyés de la reine d’Angleterre et fît avec eux un traité d’alliance offensif et défensif.
La situation ’de Marie se compliquait. Un de ses serviteurs, nommé Charles Bailli, avait été arrêté à Douvres avec un paquet de lettres dans lesquelles il était dit que le duc d’Alva se disposait, dans l’intérêt de la cause de la reine captive, à faire une invasion en Angleterre. Une de ces lettres était sans suscription; on supposa u’elle avait été adressée au duc e Norfolk, qui était dans la Tour. Le duc devint aussitôt l’objet d’une surveillance active. Les bruits qui se répandirent à l'occasion de ces lettres étaient d’une nature très-alarmante. On disait que le duc d’Alva venaiten Angleterre avecune arméode papistes pour brûler Londres, exterminer la reine et tous les bons protestants, et que le pape se disposait à envoyer de Rome des sommes considérables pour soutenir ses défenseurs. La presse, qui déjà était une puissance, propageait ces alarmes dans tout le royaume, tandis que les églises retentissaient chaque jour des anathèmes lancés contre le ducd’Alva, le pape, le roi d’Espagne et toutes les puissances catholiques, qui, disait-on, avaient pris part au complot.
Le duc de Norfolk fut traduit devant une commission chargée de 1e juger. Il était accusé d’avoir cherché a épouser la reine d’Écosseet deluiavoirdonné del’argent; d’avoir favorisé la rébellion qui s’était déclarée dans le nord du royaume, et d’avoir envoyé un nommé Rodolphi au pape, auroiô’EspagneetauducdUlva, pour les engager à faire une invasion en Angleterre. Après la lecture de ces charges , le greffier de la couronne
s’écria : « Qu’as-tu à répondre , Thomas, duc de Norfolk.’ es-tu coupable, oui ou non? » Le duc demanda à ses juges qu’on lui accordât un conseil; mais Cateline, qui remplissait les fonctions d'avocat général , lui répondit par un refus ; « La loi, dit-il, n’accorde pas de conseil aux accusés de haute trahison. «Norfolk déclara qu’il n’était pas coupable; que la reine d’Écosse n’était point rennemie de sa souveraine; qu’il n’avalt parlé qu’une seule fois à Rodolphi et seulement pour traiter d'un emprunt et d’une affaire de banque, et qu’il n’avait jamais fourni de l’argent aux révoltés anglais du nord du royaume.
Cettejustilication ne fut point admise.
Alors Norfolk demanda à être confronté personnellement aveeses accusateurs, ce qui lui fut encore refusé.
Murray, le fameux régent, ayant adresse à Élisabeth, quelque temps avant sa mort, une lettre qui inculpait Norfolk, et qui était censée avoir été envoyée directement au régent par le duc lui-même, on s’en servit pour l’accabler. Le malheureux duc fut condamné à mort.
Cependant Élisabeth hésitait à infliger lapeinecapitaleàunnoblequi jouissait d’autant de popularité. Cinq jours après la condamnation, Norfolk écrivit une longue lettre à la reine, dans laquelle il confessait avoir agi d’une manière offensante pour elle, mais où il désavouait toute tentative de trahison. La reine, peu touchée de *cet appel , mais désirant tirer avantage de la faiblesse du prisonnier, lui demanda de faire une ample confession et d’accuser d’autres personnes ; Norfolk repoussa cette demande avec noblesse, il y eut encore quelque hésitation de la part de la reine.
Norfolk lui avait écrit de la Tour le 23 janvier 1572, et le 8 février, l’exécution n’avait point encore eu lieu. Maisce jour-là Élisabeth signa le fatal warrant, et en fixa l’exécution au lundi suivant. Le dimanche soir elle revint encore sur sa décision. L’ordre fut contremandé, ce qui eut lieu à > trois reprises. Il était évident que la
reine désirait se laver de l’odieux que cette exécution allait faire peser sur elle. Mais laisser échapper un ennemi qui était dans ses mains, c'était un effort au-dessus de la générosité d’Élisabeth. Elle eut recours à de sourdes intrigues. Des prédicateurs qui étaient à sa solde firent retentir la chaire de vives clameurs contre le duc, qu’ils accusaient d’avoir misen danger la reine, l’État et l’Évangile. Des lettres, dictées sans doute par des amis qu’elle avait ihis dans la confidence de ses craintes , lui furent écrites au même effet. Sur ces entrefaites le parlement s’assembla , et le 16 du mois de mai, les communes s’associant à la chambre des lords , firent une pétition au trône , dans laquelle elles représentaient qu’il ne pourrait y avoir de sûreté pour le pays tant que le duo serait viyant. Le parlement demandait son exécution immédiate. Alors Élisabeth signa l’ordre d’exécution pour ne le plus révoouer. La sentence prononcée contre le duc portait qu’il serait conduit de la tour de Londres à ïyburn pour y être pendu jusqu’à ce qu'il fût à moitié mort; qu’aiors il serait coupé en morceaux ; que ses entrailles lui seraientarrachées du corps pour être brûlées devant ses yeux; que sa tête serait enlevée du corps et que le tronc serait partagé en quatre parties; que ses membres et sa tête seraient ensuite envoyés dans les lieux qu’il plairait à Sa Majesté de désigner. La reine dans sa magnanimité commua cette peine en celle de la décapi-’ tation, etTower-Hill, lieuordinairedes exécutions de ce genre, fut choisi pour celle du duc.
Le 22 juin 1572, Norfolk fut conduit à l’échafaud. Il embrassa sir Henri Lee et murmura quelques mots à son oreille. Alors le doyen Noël se tournant vers le peuple , s'écria : > I.« duc dé.sire que vous priiez tous pour lui, et il vous engage à garder le silence pour qu’il puisse lui-même prier en paix. ■> Le bourreau ayant demandé au duc de lui accorder son pardon, il le lui donna , et quelqu’un Jui ayant offert un mouchoir pour
lui couvrir les yeux, il te refusa en disant: « Je n’ai aucune frayeur de la mort. » Quelques instants après, le bourreau tranchait sa tête d'un seul coup , et la montrait à ia multitude éplorée.
Camden , spectateur de cette scène lugubre, nous dit que le duc était chéri du peuple, et qu’il avait gagné son affection par sa munificence princière et par sa grande affabilité.
« I.es personnes d’un rang supérieur, ajoute-t-il, furent diversement affectées. Quelques-unes furent effrayées de la grandeur du dangerqu’aurait couru l’État s’il eût v^u, à cause des nombreux partisans qui lui étaient attachés; d’autres, au contraire, étaient émues de pitié en voyant tomber sous la hache du bourreau la tête d’un personnage aussi illustre , et qui aurait pu servir d'appui et d’ornement à son pays , si les envieux et sa propre ambition ne l’eussent point écarté de la voie qu’il avait suivie en premier lieu. Ils se rappelaient aussi la fin prématurée du père, le comte de Surrey, homme d'un grand savoir qui s’était illustré par ses services guerriers, et qui avait été décapité dans le même endroit vingt-cinq ans avant son fils. »
Le sang de Norfolk fumait encore que le parti prostestant, qui n’était point satisfait par cetteexécution, demandait un nouveau sacrifice. De sourdes rumeurs circulaient dans le public ; on disait que non-seulement il serait juste, mais même honorable pour Élisabeth, d’envoyer la malheureuse reine d’Écosse à l’échafaud. Les deux chambres étaient mêmedisposées à procéder contre elle par un bill (fattainder, lorsque Élisabeth intervint.
Pour le moment on se contenta d’annuler les droits héréditaires de Marie et de rendre une loi qui la rendait incapableetindignedesuccéderàla couronne d’Angleterre. Marie était alors risonnière dans le château de Shefeld, sous la garde désir Ralph Sadler et de lady Slirewsbury. Quand elle apprit la mort du duc de Norfolk, die pleura avec amertume , et resta
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pendant une semaine entière enfermée dans sa chambre.
Marie n’était pas encore arrivée au terme des malheurs que le sort lui réservait. Le comte de Northumberland , après être resté deux ans prisonnier au château de Lockleven , venait d’étre bassement vendu à Élisabeth par Morton , qui , pendant son exil en Angleterre, avait reçu luiroéme la plus généreuse hospitalité du comte. Deux mille livres sterling avaient été données par la comtesse de Morthumberland pour le rachat de son mari; mais Morton faisait dans le même temps un autre marché avec Élisabeth. Northumberland avait quitté Lockleven sans défiance, pour Rembarquer à bord d’un navire qu’il croyait destiné pour un |)ort de la Flandre , mais le navire alla le débaruer au port de Berwick. De cet enroit , le comte fut conduit à York , où il fut décapité sans procès.
La cause de Marie Stuart devenait donc chaque jour de plus en plus désespérée lorsqu’un événement qui se passait en Écosse vint ranimer ses espérances. Grâce aux encouragements qu’il avait reçus d’Élisabeth, Lennox, père de Darniey, s’était emparé de la régence ; Lennox était l’ennemi déclaréde Marie. Mais après une réence turbulente il tomba percé d'une allequiavaitété tirée par un des membres de la famille des Hamilton, et le comte de Marr fut nommé récent à sa lace. I.e comte de Marr était un omme d'honneur et de probité, et il était probable qu’il soutiendrait la cause de Marie; mais Morton, qui était dévoué aux intérêts d’Élisabeth, sut par ses intrigues conserver plus de puissance que le nouveau régent.
La France, avec laquelle l’Angleterre avait récemment conclu un traité de paix (avril 1572) par leuel le roi de France s’engageait à onner à Élisabeth assistance dans tous les cas possibles d’invasion, venait d'être alors le théâtre d'un événement terrible. Élisabeth, qui était allée passer quelques jours au château de Kenilwortli avec Leicester, revenait à
Londres , lorsque , à Woodstock , elle apprit la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélemy à Paris. Les derniers arrangements pris entre les catholiques français et les huguenots avaient été aussi peu sincères que ceux qui les avaient précédés. De vieilles haines, des jalousies profondes , une défiance excessive séparaient encore les deux partis: car chacun d’eux avait commis sur ses adversairesdes actes de cruauté qu’il était difficile d’oublier. Le chef des huguenots était le jeune roi de Navarre, plus tard Henri IV; le chef réel était Coligny, amiral de France et l’un des premiers généraux du xv° siècle. A la conclusion du traité de paix entre les deux partis, Colignyavaitreçuune invitation pressa ntede venirà lâcour; maissoupi'onnant les desseins de la reine mère, Catherine de Médicis , il avait refusé l'invitation et s’était prudemment retiré à la Rochelle, où étaient venus le rejoindre le roi de Navarre , Condé et d’autres personnages éminents du parti protestant. Les sollicitations de Charles IX avaient enfin triomphé des répugnances de Coligny. Lo roi de France offrait au vieux guerrier le commandement d’une armée française qu’il voulait envoyer en Flandre pour agir avec celle du prince d’Orange contre celle du roi d’Espagne, et promettait la main de sa sœur à Henri de Navarre. L’amiral s’était rendu à Blois, où Charles tenait sa cour. Il y avait été reçu avec de grands honneurs; on lui avait renlu toutes ses anciennes dignités, et le roi l’avait appelé son père.
A quelque temps de là , on célébrait avec une grande pompe, à Paris , le mariage d’Henri de Navarre avec Marguerite (18 août 1572.) Lestroisjours suivants se passèrent en fêtes. Le quatrième, qui était un vendredi (22 août), l’amiral en sortant du conseil reçut un coup d’arquebuse qui artit d’une maison occupée par un omme au service du duc de Guise; il fut frappé en deux endroits sans qu’aucune des deux blessures fût dangereuse. Les huguenots s’étant réunit
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nussitôt devant la maison de l’amiral, firent retentir l’air de cris menaçants contre les Guise, car iissoupçonnaieiit que le duc de Guiseavait dirigé le coup pour se venger de la mort de son père, qui avait été assassiné par un nommé Püitrot, au siège d’Orléans. Le roi Charles vint chez Coligny, accompagné de sa mère, de son frèrele ducd’ Anjou et de ses courtisans. Coligny demanda à lui parler seul , ce qui lui fut accordé; mais comme l'amiral mettait quelque chaleur dans son entretien , Catherine s’avança et emmena le roi avec elle.
Le samedi 23 aoât, la reine mère tint plusieurs conseils secrets au Louvre, et apres le dîner, elle entra dans la chambre du roi, suivie de son second fils le duc d’Anjou et de plusieurs seigneurs. Des sollicitations
firessantes furent faites à Charles ; on ui représenta que les huguenots complotaient dans ce moment sa destruction , et que s’il ne donnait pas l’ordre de les détruire avant la nuit, sa personne et toute sa famille seraient sacrifiées avant le jour suivant. L’ordre fut donné; l’execution de cet horrible massacre fut confiée aux ducs de Guise, d Anjou et d’Aumale, à Montespan et au maréchal Tavannes.
Charles et Catherine allèrent sur le balcon du Louvre, pour être témoins de ce spectacle. Au signal convenu, l’œuvre de sang commença. La maison de Coligny fut envahie, et l’amiral ainsi que toutes les personnes qui s’y trouvaient furent assassinés. Leurs corps furent jetés par les fenêtres dans la rue, où ils reçurent les plus indignes outrages. Tout Paris retentit alors de ces cris abominables : « Mort aux huguenots! Tuez! tuez! » et des milliers de protestants, hommes, femmes et enfants, furent impitoyablement massacrés. Vers lesoirune proclamation fut faite au son des trompettes. Le roi ordonnait la cessation de cette boucherie; mais les Parisiens étaient ivres de sang, et le massacre continua partiellement toute la nuit et les deux jours suivants. Des scènes semblaples eurent lieu à Rouen , à Lyon et
dans d’autres villes. A Paris seulement, il y eut cinq crnts hommes de marque et près de dix mille hommes appartenant aux classes inférieures
?|ui furent ainsi exterminés de sangroid , et dans toute la France il périt environ trente mille individus (1). Le roi Charles se rendit quelques jours après en grande cérémonie au parlement; il s’avoua l’auteur de cct odieux attentat, dénonça l’amiral et ses partisans comme iraîtres, et déclara que par les mesures qu’il avait prises à temps il avait em^ché la destruction de toute sa famille.
La nouvelle de ce massacre remplit d’indignation toute l’Angleterre, la nation demanda que la guerre fût déclarée à la France, et elle voulut courir aux armes pour punir la cruauté des catholiques français. Mais la reine,
aui prenait la chose plus froidement, éfendit d’une manière formelle à ses sujets toute manifestation, à moins qu’ils ne voulussent les faire pour leur pro|)re compte et comme volontaires rivés. Elle ne rappela point son amassadeur, et na'nterrompit même point ses négociations matrimoniales, quoique pourtant elle profitât de celte occasion pour dire qu’uue visite en Angleterre de son jeune prétendu le duc d’Alençon, visite qui avait été projetée, n'était point opportune dans l’état d’irritation où étaient les esprits. Le 27 août, Walsingham envoya son secrétaire avec un message très -civil à Catherine de Médicis.
Walsingham prodiguait à la reine et au roi son fils les remerclments les plus humbles pour le grand soin qu’ils s’étaient plu à donner à sa sûreté personnelleet à celle des sujets anglais en France, pendant ce dernier tu~ viulte, car c’est par ce mot seul que l’ambassadeur qualifiait l'un des actes les plus atroces dont l’histoire ait jamais fait mention. A quelques jours de là Walsingham recevait des ins-
0) Les historiens ne sont point d'aeeord sur le chiffre. Les uns l'établissent à 4,ouo; d’autres A lu.uoo; d’autres à 4U,000; d'autres A 7u,MiO ; d’autres A loo.uno. De Tbou, Adrladol, et Serre, etc.
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tractions de sa cour à l’effet de dire qu’on espérait bien que le roi de France pourrait prouvera la face du inonde qu’il y avait eu réellement conspiration contre sa personne de la part de Coligny et des huguenots; car autrement le roi serait à peine excusable devant Dieu et devant les hommes.
Mais quelques mois après , Élisabeth, pour montrer l’affection qu’elle portait à son ■ bon frère Charles , » était marraine de sa fille et parlait encore de son mariage avec le duc d’Alençon.
Mais le peuple anglais était autrement disposé. Un cri de vengeance s’éleva dans la nation contre les catholiques anglais. On demanda l’exécution immédiate de la reine Marie, et tout le clergé protestant, depuis le primat jusqu'au plus simple fonctionnaire de l’Église, réclama cette mesure comme étant de nécessité. La reine était effrayée à l’idée de l’odieux qui allait rejaillir sur elle si elle trempait ainsi publiquement les mainsdans le sang de sa rivale ; elle n’aurait pourtant (loint voulu la laisser échapper. Elle crut qu’elle pourrait tourner la difficulté en envoyant un agent a Edimbourg. Le but avoué de la mission de cet agent était de faire un traité de paix entre la régence et les partisans de Marie qui occupaient le château d’Édimbourg; mais le but réel était de placer le château en d’autres mains et de livrer la reine Marie à ses ennemis. Élisabeth demandait pour gage de .sûreté des otages appartenant aux premières familles de l’Écosse; ils devaient être choisis parmi les plus proches parents de ceux à qui elle avait l’intention de livrer sa rivale.
L’agent d’Élisabeth avait également l’ordre de représenter que la continuation du séjour de la reine d’Écosse en Angleterre, devenait de plus en plus dangereuse pour la reine, ainsi que pourlatranquillitédu royaume; qu’il était, en conséquence, indispensable qu’elle sortit du territoire. « Justice peut être faite, il est vrai, en Angleterre, disait la reine; mais pour certaines raisons, il est
’ plus convenable que Marie soit renvoyée en Écosse. »
^ Cette négociation échoua d’abord, grâce au régent Marr, qui cherchait, à rapprocher les deux partis. Malheureusement Marr mourut sans avoir pu accomplir ses intentions patriotiques. Quelques écrivains ont prétendu qu’Élisabctli ne fut point étrangère à la mort de Marr. Il s’était rendu à l’invitation du comte de Morton, et avait été traité par lui avec une grande somptuosité, lorsqu’il fut saisi tout à coup d'une maladie violente, qui le conduisit au tombeau. Quelques-uns de ses amis prétendirent qiril avait été empoisonné. Lecomte Morton fut élu régent, sous les auspices d'Élisabeth, et ne songea plus qu’à s’enrichir en confisquant les biens de ses ennemis, et à se soumettre aux volontés d'Élisabeth. L’agent de la reine d’Angleterre resta auprès de lui, et parvint par ses intrigues à détacher du parti qui soutenait la reine Marie, plusieurs personnages influents. Le siège du château d’Édimbourg,où s'étaient renfermés Maitland de Lethington et d'autres, fut alors pressé avec vigueur. Maitland demanda une capitulation honorable, mais Morton exigea qu’il se rendit sans conditions. Maitland, qui savait bien le sort qui lui était réservé, mit fin à ses jours; il mourut en s’empoisonnant. Le château d’Édimbourg se rendit peu de temps après.
Elisabeth avait maintenant en Écosse un parti puissant sur lequel elle pouvait compter, tandis que Marie n’y conservait qu’un petit nombre de partisans , hommes abattus par le malheur et trop faibles pour inspirer des craintes à la reine d’Angleterre.
Élisabeth aurait pu dès lors exécuter son projet de se défaire de Marie, en la mettant à la discrétion de ses ennemis; mais, par cette action , elle eût commis un acte encore plus odieux que celui devant lequel elle avait déjà reculé. D'ailleurs d’autres préoccupations assiégeaient alors vivement son esprit
Charles IX. venait de mourir à Viuceunes, à Tâge de vingt-six ans ( 1.574). il avait en pour successeur son frère le duo d’Anjou, l’ancien amant d’Élisabeth , qui avait été élu roi de Pologne deux années auparavant , et qui , depuis la mort de son frère, était venu prendre la couronne dans son pays natal. Le nouveau roi était détesté des protestants pour la part qu'il avait prise au massacre. Il était à peine depuis un an sur le trône qu’il découvrit une conspiration contre sa personne, dans laquelle était impliqué son propre frère, le duc d’Alenqon , prétendant actuel à la main d'Ëlisubeth. Alençon s’était échappé de la cour et avait levé des troupes, de concert avec le jeune Henri de Navarre , et tous deux s’étalent adressés à Élisabeth pour lui demander du secours. La reine préféra prendre le rôle de médiatrice; et le 14 mai 1576, elle parvint à rap-
firocher les partis par un traité dans equel il fut convenu que les huguenots auraient la liberté d’adorer Dieu à leur manière dans les églises publiques , et qu’ Alençon obtiendrait les honneurs, les titres et l’apanage dont son frère atné avait joui avant son avènement au trône. Ce traité fut presque aussitôt brisé que conclu. Henri lit , au mépris de ses promesses , se mit à la tête d'une ligue catholique pour protéger l’Église contre les attaques des protestants , et annula d’un seul coup les privilèges accordés aux huguenots ( 1577); alors ceux-ci coururent aux armes.
En ce moment , la guerre désolait les Pays-Bas. Le prince d’Orange, après une lutte acharnée, était parvenu k établir l’indépendance de la Hollande et de la Zélande; mais voyant les difQcultés s’accroître, ce prince avait offert la souveraineté et le protectorat de ces deux contrées à Élisabeth , qui était regardée comme le représentant des anciens princes de ces pays, parce qu’elle descendait de Philippa de Hainant, femme d’Édouard III. La reine hésitait ; à la fin elle déclara qu’elle ne pouvait
en conscience accepter l’offre qu’on lui faisait; qu’elle agirait cependant comme médiatrice entre le prince d’Orange et Philippe II. Les événements se succraaient avec une rapidité étonnante. Jean d’Autriche, bâtard de l’empereur Charles-Quint , général d’expérience et plein de bravoure, pressaitalors vivement le prince d'Orange, et l’on disait que, non content de soumettre tous les Pays-Bas, il avait l’intention d'envabi rl’Angleterro et de contracter mariage avec la reine d’Écosse. De son côté, le prince d’Orange, réduit à l’extrémité, parlait d’offrir la souveraineté de son pays au nouveau duc d’Anjou. Alors Élisabeth conclut une alliance offensive et défensive avec le parti d’Orange , tout en déclarant en même temps à Philippe qu'elle avait seulement l’intention d’empêcher que les Pays-Bas ne tombassent dans les mains des Français, et de préserver son royaume de l’invasion dont la menaçait l'ambitieux don Juan. La reine avait déjà fourni des sommes considérables d’ar-
f;entaux États de Hollande, et comme es états en avaient encore besoin, ils obtinrent cinquante mille livres sterling, en donnant pour gage des joyaux précieux qui leur avaient été engagés par Mathias d’Autriche. Les Hollandais furent battus à la grande bataille de Gemblours. Ils s’adressèrent en tout hâte aux princes protestants d’Allemagne et au duc d’Anjou. Casimir, l’un de ces princes, et autre prétendant de la reine d’Angleterre, s’avança dans les Pays-Bas avec une armée puissante , et le duc d’Anjou le suivit bientôt avec dix mille hommes. Mais ni l’un ni l’autre n’avaient les talents ni l’expérience de don Juan et d’Alexandre Farnèse, prince de Parme, qui était arrivé récemment avec une armée d’Espagnols et d'Italiens. Casimir et le duc d’Anjou furent défaits.
Le duc d’Anjou, qui conduisait ses affaires amoureuses en même temps que ses affaires militaires, justina son manque de succès en déclarant qu’il n’avait agi faiblement que parce
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qu’l! craignait de déplaire à Élisabeth auprès de laquelle il redoublait alors d’assiduités. Il avait envoyé à la cour d'Angleterre un gentilhomme du nom de Siinier, qui était renommé pour sa galanterie et son habileté en affaires amoureuses. Siinier gagna bientôt un ascendant extraordinaire sur l’esprit de la reine, à laquelle il représentait constamment le duc comme vivement épris de ses charmes. Il lui découvrit que son favori le comte de Leicester avait récemment épousé en secret la veuve du comte d’Essex. Des bruits compromettants pour la réputation du favori couraient à cet égard ; on disait qu’il avait empoisonné Essex pour le remplacer dans la couche de sa femme. Leicester lit de grandes protestations, mais pour la première fois de sa vie il trouva sa royale maltresse implacable. Il reçut une sévère réprimande et fut mis en prison à Greenwich.
Cependant Élisabeth dit à Simier, comme elle l'avait fait tant de fois auparavant, qu’elle n’épouserait jamais un homme qu’elle n^aurait pas encore vu. Le duc d’Anjou vint en conséquence en Angleterre (1580), après avoir voyagé sous un déguisement.
Cette démarche plut à la reine, et il parait que la personne du duc, dont la figure était pourtant un peu marquée de la petite vérole, fit sur elle une impression favorable. Après quelques jours d'assiduités empressées et de nombreux entretiens privés, le duc partit, et Élisabeth rassembla les lords de son conseil pour leur soumettre la grande question. Comment expliquer les oscillations étranges que ron remarqua dans cette circonstance dans l’esprit d’Élisabelh? On prétend qu’elle était fortement décidée a s’unir au duc, et qu’elle versa des larmes abondantes en voyant que les lords de son conseil ne s’empressaient point de lui adresser une pétition pour l’engager à se marier, comme ils l’avaient fait auparavant. Il y eut même des arrangements préliminaires concernant ce mariage, qui furent arrêtés avec Simier. Mais deux mois s’étaient
à peine écoulés qu’Élisabeth déclarait de nouveau qu’elle voulait mourir reine vierge. A quelque temps de là, Cath»rinede Médicis lui envoya une splendide ambassade, et elle revint sur sa décision ( 1581), en arrêtant que le mariage serait conclu dans l’espace de six semaines, sous la condition toutefois qu’elle serait libre de rompre ce mariage si certaines stipulations secrètes n’étaient point préalablement remplies.
Tout semblait maintenant aller à merveille. Les États de Hollande , où l’influence de la reine était considérable, avaient élu formellement le duc d’Anjou pour leur souverain ; ceprince ' s’était avancé dans le pays à la tête de seize mille hommes, et la reine lui avait envoyé un présent de cent mille couronnes. Grâce à cette assistance, le duc avait levé le siège de Cambrai, et remporté de grands avantages. D’Anjou, après avoir logé ses troupes dans des quartiers d'hiver, revint en Angleterre, vivement sollicité par Élisabeth, qui le pressait avec instance de se rendre auprès d’elle.
Son arrivée fut le signal de réjouissances publiques; la reine, en présence de toute sa cour, tira une bague de son doigt, qu’elle mit dans celui du duc. Le bruit sc répandit au dehors qu’il était décidément vrai que la reine allait se marier ; à Anvers ainsi qu’à Bruxelles on alluma des feux de joie, comme si le mariage avait déjà eu lieu. Mais Élisabeth venait encore de changer de détermination ; et le duc d’Anjou apprit bientôt de sa bouche, qu’elle n’avait pas l’intention dese marier.
Les prédicateurs selivraientàde violentes attaques contre ce mariage. Un nommé Stubbs publia un libelle dans lequelil blâmait la reine au sujet de cette union, et attribuait au duc d’Anjou des vices abominables. Élisabeth défendit le caractère de son amant par une proclamation, et ordonna que le pamphlet serait brûlé par la main du bourreau. Stubbs, ainsi que l’éditeur et l’imprimeur, furent condamnés à perdre leur main droite et à rester en prison durant le bon plai'V
lîc HISTOIRE D’ANGLETERRE.
sir de la reine. L’imprimeur obtint son pardon , mais la peine barbare eut son exécution à l’égard des deux autres coupables. Lorsque Stubbs vit tomber sa main droite, il ôta son chapeau de la main gauche, et l’agitant au-dessus de sa tête, il s’écria : « Vive la reine ! » Le duc d’Anjou, après un séjour de trois mois en Angleterre, partit; mais ce ne fut pas sans promettre à la reine qu’il reviendrait bientôt. Elle l’accompagna jusqu’à Cantorbéry, où elle prit congé de lui en pleurant à chaudes larmes. D'Anjou revint dans les Pays-Bas , mais il fut bientôt contraint de quitter ce pays, après avoir perdu la plus grande partie de ses troupes.
Il revint en France, où il tomba malade et mourut ( 1584).
gll.£lat de l’Irlande. — Troubles en Ecosse.
— Jacques gouverne par lui-meme. — Es-
Kÿraucrs que conçoivent de cet événement s catholiques anglais. — Nouvelles rlueurs d'Elisabeth. — Se» différend.» avec Espagne. — Conspiration ralholique dans laquelle est impliquée Marie Stuart. — Une cour de Justice est nommée pour la juger. — Digiiilé de .Marie. — bile est condamnée a mort. — Hi'silalions d’ElisalMïth à signer l’ordre d’exécution. — Mort de Marie Stuart.
Ainsi que la France et les Pays-Bas l’Irlande voyait éclater dans son sein de violentes querelles religieuses. Les Irlandais étaient restés attachés à l’église de Rome , et les efforts tentés par le gouvernement anglais pour amener dans ce pays l'adoption du culte national, avaient donné naissance à de nombreuses insurrections. Les propriétés anglaises y étaient dévastées par le fer et par le feu, bien qu’en général ces violences tournassent contre leurs auteurs; car on confisquait leurs terres que l’on donnait ensuite à des colonistes anglais. Ces spoliations ne faisaient qu’accroître l'irritation. En 1573, Walter d’Evreux, comte d’Essex, ayant entrepris de soumettre et de coloniser le district de Claii-Huboy, n’obtint aucun succès; il mourut à Dublin, en 1576.
On prétend qu’il y fut empoisonné. Les prêtres irlandais tournaient naturellement leurs regards vers le pape
et les puissances catholiques, que de temps à autre leur envoyaient des messages encourageants. Mais le premier qui leur donna des secours réels fut le pape Grégoire XIII. Six cents hommes de troupes disci pl i nées et trois mille hommes de troupes irrégulières furent embarqués par ses ordres à Civita-Vecchia. Cette petite armée devait toucher à Lisbonne pour y prendre Fitz Morris, exilé irlandais, et se rendre ensuite sur la côte d'Irlande; Stukely, qui commandait cette expédition , était un traître. En arrivant à Lisbonne, il offrit ses services à Sébastien , roi de Portugal , et au lieu d’aller en Irlande il se rendit en Afrique, où il fut tué ainsi que le roi Sébastien à la bataille d’Alcazar.
Fitz iMorris, qui était frère ou dcmifrèreducomtedeDesmond, partit alors de Lisbonne pour l’Irlande; mais il n’avait avec lui que quatre-vingts soldats espagnols et un petit nombre d Irlandais et d’exilés catholiques anglais.
Cette troupe, à laquelle se réunirent plus tard aes renforts venus de Portugal, fut défaite près de Smerwick, dans le comté de Kerry. Les Espagnols demandèrent à capituler, mais il leur fut répondu que l'Angleterre n’étant point en guerre avec l'Espagne , ils ne pouvaient espérer qu’on les traitât comme des troupes régulières, et qu’ils devaient se rendre a merci. Ayant déposé les armes, tous furent massacrés, à l’exception d’un noble irlandais et de qui lques ofGciers espagnols. Les Anglais poursuivant ce système de cruauté, soumirent bientôt les insurgés de la province d’Ulster et de celle du Connaught. En 1583, le comte de Desmond , qui était resté caché pendant près de trois ans dans la partie la plus sauvage de la contrée, fut enfin arrêté et périt sur le seuil de sa propre maison, par la main d'un nommé Kelly.de Moriarty. Kelly lui trancha la tête et l’envoya a Elisabeth, qui ordonna qu’elle fut fixée sur le pont de Londres.
La confusion qui régnait en Écosse était toujours la même; l'intrigue et la trahison semblaient y avoir fixé
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leur séjour. Le régent Morton gouvernait le pays avec une verge de fer, pillant partout , altérant les monnaies et cherchant de tout côté les moyens de s’enrichir. Une querelle qui avait eu lieu sur les frontières et dans laquelle plusieurs Anglais de distinction avaient perdu la vie, avait failli lui faire perdre les bonnes grâces d’Élisabeth ; mais il était parvenu par son obséquieuse soumission à rentrer en faveur. En 1578, la noblesse insista pour que Jacques, quiavaitalorstreize ans, gouvernât par lui-même. Morton pris par surprise se retira dans le château de Lochleven. Trois mois après il s’empara de la personne du jeune roi et reprit son autorité. Une vive indignation éclata parmi les partisans du prince à cet audacieux attentat. Les comtes d’Argyle et d’Athole levèrent une armée , et tout indiquait qu'une bataille allait s’en suivre, lorsque l’ambassadeur anglais intervint et opéra une réconciliation. Quelques jours après, Morton donna un banquetàsesadversaires;maisle comte d’Athole, le principal d’entre eux, y ayant été invité, mourut à la suite du dîner.
Le moment était venu où Morton allait payer de sa vie tous ses crimes. Il avait obtenu un bilidu parlement, qui ratifiait tous les actes de sa régence, et qui le déchargeait de tous les actes illégaux de son administration, actes dont il se justifiait en invoquant les circonstances difficiles de l’époque. On ne jugea pas prudent de le poursuivre à cet égard. Mais longtemps avant sa régence, Morton avait été soupçonné d’avoir pris part au meurtre du père du roi. Le capitaine Stuart, second fils de lord Ocbiltree, famille qui avait des relations de parenté avec la maison rovale, engagea Jacques a poursuivre Morton sur ce chef. Stuart venait d’être créé comte d’Aran et il avait la confiance du roi. Morton se laissa jeter en prison. De vives représentations furent faites en sa faveur à la cour d’Écosse. Élisabeth envoya un agent spécial pour le sauver. Le prince d’Orange et Henri
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de Navarre intervinrent aussi. Mais on n’eut pomt égard à leurs représentations; et Élisabeth avant rassemblé des troupes sur les frontières pour intimider les Ecossais, .facques lui envoya un message pour lui demander si elle voulait la paix ou la guerre. Alors Elisabeth abandonna Morton à son sort. L’ex-régent, après un jugement très-irrégulier, fut condamné et exécuté. Binning , un de ses domestiques , périt de la même manière, le jour suivant.
Après la mort de Mprton, Jacques gouverna le royaume par lui.même , mais en réalité toutes les affaires de l’Etat étaient conduites par l’un de ses favoris, le jeune duc de Lennox , qui était fils de l’un de ses oncles. Jacques Stuart, nouveau comte d’Aran, homme de mœurs dissolues, que l’on pouvait eomparer pour le caractère à Morton , mais qui était loin d’avoir son expérience et son habileté, partageait avec Lennox l’administration des affaires. Élisabeth était peu rassurée, car les catholiques d’Angleterre tournaient alors leurs regards vers le nord , dans l’espoir que Jacques ferait quelques tentatives en faveur de sa mère et de l’Église de Rome. Aux sollicitations pressantes qui lui étaient faites, Jacques objectait qu’il n’avait point d’argent. Philippe lui fit présent de douze mille couronnes et le pape lui en promit quatre mille.
De son côté, Marie, qui suivait tous les fils de cette entreprise, offrit à certaines conditions de légaliser l’avénement au trône de son fils Jacques.
Cependant toutes ces intrigues étaient surveillées avec une grande viilance par la cour d’ A iigleterre. A cette poque, le comte de Gowrie, fils du meurtrier Ruthven, invita Jacques h se rendre à son château de Ruthven.
Le roi accepta sans défiance l’invitation, et fut fait prisonnier. Alors le pouvoir passa dans les mains du parti protestant. Aran fut pris et jeté en prison. Lennox s’enfuit en France, où il mourut bientôt après : on prétend qu’il y fut empoisonné. A la nouvelle de la captivité de son fils,
Marie, oubliant ses propres malheurs, écrivit à Elisabeth une lettre pleine de tendresse maternelle, dans laquelle elle lui demandait de sauver sonunique enfant. Élisabeth ne tint aucun compte de cette lettre. Mais Jacques, tout jeunequ’il était, se distinguait déjà par sa dissimulation. Il sut endormirla vigilance de ses gardiens, recouvra sa liberté, et reprit les rênes du gouvernement , après avoir promis de pardonner à tous ceux qui avaient pris part au complot de Ruthven.
Les menées des catholiques anglais devinrent naturellement plus hardies, plus audacieuses, et le gouvernement dut redoubler de vigilance. Des espions furent payés par lui pour savoir s'il ne se tramait pas des complots contre l'État. Le moindre soupçon motivait l’arrestation des suspects, que l’on mettait ensuite à la torture pour leur arracher des aveux. L’usage de ces violences devint abusif et le peuple en murmura; cequi obligea l’autorité de déclarer par une proclamation que la torture serait abolie. Cette promesse ne fut point tenue, la torture fut employée plus que jamais. Plus leurs personnages d’un rang élevé furent victimes de cette politique soupçonneuse du gouvernement. Ainsi Philippe Howard, comte d’Arundel, (ils du dernier duc de Norfolk , qui s’était converti au catholicisme , fut arrêté et jeté dans la Tour, où il mourut quelque temps après. Francis Throckraorton , gentilhomme du Cheshire, fut également arrêté , et sur la simple évidence d’une lettre interceptée , qui avait été écrite par un nommé Morgan , que l’on supposait partisan delà reine d’Écosse, il tut accusé de félonie et condamné à mort. Throckmorton fut mis à la torture à trois reprises dans l’espoir qu’il ferait des aveux-, il ne confessa rien. Mais à la quatrième fois, il accusa Mendoza, ambassadeur d’Espagne, qui repoussa l’accusation avec indignation, et accusa lui-même le gouvernement anglais d'avoir favorisé les révoltés espagnols et d’avoir comploté contre la vie de don Juan d’Autriche. L’am-
bassadeur fut renvoyé du royaume, et Throckmorton périt à Tyburn par la main du bourreau.
-Dans de pareilles circonstances, l’arme ordinaire dont se servent les ouvernements absolus pour se défenre est la création de nouvelles rigueurs. (1584) , Élisabeth convoqua le parlement, qui, après lui avoir voté avec libéralité des subsides , rendit de nouveaux statuts contre les catholiques. Ces rigueurs étaient principalement dirigées contre les jésuites, les prêtres qui étaient dans 1rs séminaires et contre ceux qui avaient reçu la consécration du pape. Quarante jours leur furent accordés pour quitter le royaume. Ce terme écoulé , ils devaient être mis à mort , et tous ceux qui les auraient cachés devaient être réputés coupables de félonie, l.es catholiques anglais n’ayant point d’écoles dans le pays , avaient coutume depuisquelques années d’envoyer leurs fils au dehors pour y faire leur édu- ' cation ; ces jeunes gens allaient principalement au collège de Douai , qui était dirigé par des jésuites. 11 fut arrêté que tous les étudiants anglais qui étaient à l’étranger et qui ne rentreraient pas dans les six mois qui suivraient la proclamation , seraient ré-
fmtés traitres ; que les personnes qui eur enverraient de l’argent encourraient des peines très-graves ; que les parents qui enverraient leurs enfants dans ces séminaires sans une permission du gouvernement seraient passibles d’une amende de cent livres sterling , et que les enfants élevés dans ces collèges seraient déshérités.
A la troisième lecture du bill , ua docteur.Parry, Gallois de naissance , se prpnonça ouvertement contre la mesure. Pour ce discours il fut mis entre les mains du sergent d’armes.
Six semaines après, il fut jeté dans la Tour, sous l’accusation de haute trahison, et fut condamné à mort, par une commission spéciale réunie à Westminster-Hall pour le juger. Parr)r déclara que plusieurs jésuites, ainsi que le cardinal Como et le pape lui-
izeo □, éjoogle
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même, l’avaient encouragé à assassiner la reine Élisabeth ; mais sur l’édiafaud il rétracta ces aveux, et dit que la reine Élisabeth répondrait de sa mort devant Dieu. Sir Francis Knollys, qui, avec d’autres personnages de la cour, assistait a cette exécution , l’avant pressé d’avouer son crime, il leur dit : <> Je priele ciel pour que lu reine Élisabeth ne reconnaisse point qu’en prenant ma vie, elle a tué un de ses meilleurs sujets. ”
Les catholiques présentèrent alors une pétition à la reine dans laquelle ils protestaient de leur loyauté, et déclaraient qu'ils abhorraient les projets d’assassinat dont on avait récemment parlé. .Mais leurs protestations n’empéchèrent pas que le gouvernement ne redoublât de vigilance et de précautions contre eux. Une association protestante, à la tête de laquelle était Leicester, et qui fut confirmée par le parlement, se forma contre tous les ennemis de la reine Élisabeth. Tous les membres jurèrent solennellement de défendre la reine et de venger toute Iqjnre qui lui serait faite.
A ces complications intérieures se joignaient les complications extérieures qui étaient peu rassurantes. Il n’y avait point encore eu de déclaration de guerre contre l’F.spagne, quoique depuis 1670 Drake eut obtenu du gouvernement une commission régulière pour piller les Indes orientales , l’Amérique espagnole et les îles de la mer Pacilique, d'où l’Espagne voulait exclure le commerce des autres nations. Drake, dans le cours de trois expéditions, saccagea les villes espagnoles de Nombre de Dios et de Carthagène, et presque toutes les villes ui sont situées sur la côte du Chili et u Pérou. Il captura en outre un nombre considérable de navires espagnols.
Au retour dechaque voyage Drake rapportait un immense butin. Élisabeth insistait avec raison pour que l’Angleterre ainsi que les autres nations eussent ledroitde naviguer dans ces mers, et de visiter les ports que la jalousie des Espagnols fermait au commerce de tous les autres peuples. Mais comme
il n’y avait point eu déclaration de guerre préalable, 11 était évident qu’Élisabeth avait commis des actes réels de piraterie. Le roi d’Espagne avait en outre des perfidies à reprocher à Élisabeth dans les Pays-Bas ; car c’était elle qui avait soudoyé ses sujets révoltés et qui leur avait envoyé des secours. Pendant longtemps la reine avait agi dans toutes ces transactions avec le plus grand secret, mais le cours des événements l’avait enfin obligée de se déclarer ouvertement.
En l’année 1585,elleenvoyaen Hollande une armée de six mille hommes , à la condition que les états paieraient toutes les dépenses de son armée et lui livreraient pour sûreté les villes de Brin et de Flessingueet la forteresse importantedeRammekins. Leicester, qui ne jouissait plus de la même faveur dans l’esprit de la reine, depuis qu’elle avait appris son mariage secret avec la comtesse d’Essex, eut le commandement de cette armée. Le comte, dans ce poste élevé, montra une grande inhabileté militaire; il nourrissait en outre des projets très-ambitieux ; sans consulter sa souveraine , il engagea les états à le nommer gouverneur général des Pays-Bas et à lui conférer l’autorité suprême et absolue. Élisabeth lui écrivit avec colère pour lui dire de ne point oublier la poussière d’où elle l’avait tiré, et de faire ce qu’elle pourrait lui commander, s’il estimait sa tête à quelque chose. Leicester ne donna plus suite à ses projets , mais il évita avec soin d’en venir aux mains. Son plus grand fait d’armes fut une attaque sur Zutphen, qui n’eut aucun succès. Il revint en 1586, après avoir calmé la reine.
A peine était-il parti, que deux aventuriers auxquels il avait donné le commandement de deux forts importants, les livrèrent au prince de Parme et se rangèrent du côté des Espagnols.
Le bruit se répandit alors en Angleterre que le roi d’Espagne se préparait à faire une invasion dans le royaume avec des forces considérables. Chaque jour on parlait en outre dequel-
izeo oy VjOOgle
ISO HISTOIRE D’ANGLETERRE.
ques conspirations catholiques. Mais la plupart de ces conspirations u’existaient que dans l’imagination de ceux qui les répandaient ainsi dons le publie. Cependant dans l'automne de 1586, on découvrit un complot réel.
A la tête était Anthony Babington , jeune catholique anglais d’un caractère enthousiaste; îl avait formé le projet d'assassiner la reine Élisabeth et de délivrer Marie de sa captivité.
Babington avait plusieurs complices, et notamment un nommé Pooley, qui découvrit le complot en se mettant en relation directe avec Walsingham. Celui-ci, satisfait des détails qu’il avait reçus, n’ébruita point ce qu'il savait, car'il voulait impliquer Marie dans le complot; mais quand il eut en sa possession deux lettres adressées à Babington par la prisonnière, il le découvrit à Elisabeth; Babington et ses complices furent arrêtés, condamnés à mort et exécutés.
Le moment était opportun pour se défaire de la reine d'Écosse. Aussi le conseil d’Élisabeth voulait-il la faire passer immédiatement en jugement; niais au grand regret de Burghley, de Walsingham, de Salder et des autres membres du ministère, Élisabeth hésitait encore. Leicester, qui était en ce moment sur le continent, proposa le poison, mais AValsingham, qui avait la direction suprême de cette affaire, repoussa cette jiroposition.
Cependant un statut fut rendu pour déférer à la justice le crime
firétendu de la reine d’Ecosse. Alors a reine Élisabeth, cédant aux conseils de Walsingham, nomma une commission pour juger Marie. Les plus grands noms de l’Angleterre figuraient dans cette commission.
C'étaient le chancelier Broraley, le lord trésorier Burghley , les comtes d’Oxford , de Kent , de Derby, de Worcester, de Rutland, de Cumberland, de Warwick ,de Pembroke et de Lincoln , le vicomte Montague, les lords Abergavenny, Loueh, Morley, Stafford, Groy. LumZey, Stourton, Sandys, Wentworth, Mordant, Saint-
Jean deBletsoe, Compton et Cheney, sir James Croft, sir Christophe Hatton, sir Francis Walsingham, sir Ralph Sadler, sir Walter Mildmay et sir A 111} as Pawlet; AV ray, chef de justice des plaids communs; Anderson, chef de justice de la cour du banc du roi; Manwood, premier baron de l’échiquier, etGawdy , juge de la cour des plaids communs.
Marie Stuart était maintenant prisonnière dans la forteresse de Fotheringay, dans le Northamptonshire, où elle avait été conduite avec la plus grande surveillance. On avait évité les grandes routes, et l’ordre avait été donné à sir Amyas Pawlet, au soin duquel elle avait été conliéc , de faire feu sur elle si elle cherchait à s'échapper. Lorsque Élisabeth apprit son arrivée dans la forteresse de Fotheringay , elle éprouva la joie la plus vive et écrivit en ces termes au geôlier de sa rivale : « Amyas, le plus fidèle et le plus diligent de mes serviteurs, que Dieu tout-puissant te récompense trois fois pour avoir si bien rempli la charge difficile que je t’avais conGée. » A quelques jours de là , Pawlet reçut l’ordre , dans le cas où il entendrait du bruit dans les appartements de Marie, de la tuer sans attendre de nouvelles instructions. Malgré de si grandes précautions, la reine Marie fut sur le point de s’échapper, un soir que le feu prit à la cheminée de son misérable donjon.
Le 1 1 octobre , trente-six commissaires arrivèrent à la forteresse de Fotheringay, et le jour suivant, ils envovèrent trois d’entre eux avec un notaire public à Marie pour lui remettre une lettre d'Élisabeth. La reine d’Angleterre accusait sa rivale d’avoir trempé dans la conspiration de Babington etde ses complices, et l’informait qu’elle avait nommé une commission pour la juger sur ce chef et sur d’autres. Marie lut la lettre et répondit avec beaucoup de dignité aux commissaires, qu'elle éprouvait beaucoup de peine de voir sa chère sœur si imu instruite sur son compte; elle dit
qn’on l’avait retenue prisonnière bien qu’elle fût souffrante , et malgré les offres répétéesde conditions raisonnables et sûres qu’elle avait faites pour obtenir sa liberté ; qu’elle avait instruit Sa Majesté des dangers qui la menaçaient, inais^uesesavis n'avaient trouve aucune creance et qu'au contraire on les avait toujours méprisés; que lorsque l’association protestante tétait formée et que le parlement l'avait confirmée, elle avait fort bien prévu que, quels que fussent les dangers qui pourraient naître au dehors ou au dedans , tout le blâme retomberait sur elle, qui avait malheureusement tant d’ennemis à la cour d’Angleterre; qu’il lui semblait fort étrange que la reine lui donnât l’ordre à elle, son égale, de se laisser juger comme un sujet; qu’elle était une reine indépendante et qu’elle ne ferait rien qui pût porter atteinte à sa dignité royale , à celle des princes de soi) rang ou aux droits de son fils; que son esprit ■ n’était point encore assez abattu pour fléchir sous le malheur présent qui l’accablait. « Les lois et les usages de l’Angleterre, continua- t-elle, me sont inconnus.
Je manque de conseillers et ne puis dire quels seront mes pairs. Mes papiers m’ont été enlevés , et personne n’ose se présenter pour me défendre.
Je n’ai rien fait contre la reine. Je n’ai excité aucun complot contre elle, et l’on ne peut se prévaloir contre moi de mes propres paroles ou de mes propres écrits; d’ailleurs , je suis sûre qu’on ne pourrait rien produire contre moi. Cependant je ne nie point que je me sois recommandée aux princes étrangers. » Les commissaires partirent et se représentèrent le lendemain pour lui demander si elle persistait dans sa réponse. Elle répondit par l’affirmative : « Mais, ,'ijouta-t-elle, j’ai fait une omission : la reine dit que je suis sujette aux lois de l’Angleterre, et que je dois être jugée d'après ces lois, parce que je suis sous leur protection ; à cela je répondrai que je suis venue en Angleterre pour lui demander aide et
assistance, et que depuis lors j’ai toujours été retenue prisonnière ; de sorte que je n’ai pu jouir de la protection de ces lois , et que je sois encore à comprendre ce qu’elles sont. »
Les commissaires cherchèrent alors à obtenirsoii consentement parla persuasion; mais elle répondit avec la même fermeté, qu’elle n’était point sujette à la loi anglaise, qu’elle préférerait plutôt mourir de mille morts que de se déshonorer par une pareille soumission ; cependant qu’elle consentait à répondre à toutes les charges portées contre elle en plein parlement; que comme cette manière de procéder donnait à l’accusation une certaine couleur de légalité , elle désirait qu’ils examinassent bien leur conscience et qu’ils se rappelassent que le théâtre du monde entier était plus étendu que le royaume d’Angleterre. Elle se plaignit alors d’une manière touchante des mauvais traitements auxquels elle avait été exposée; mais Burghiey l’interrompit et lui dit que la reine sa maîtresse l’avait toujours traitéeavec une grande bonté. Quelques heures après , on lui envoya la liste et les noms de ses juges : tous étaient ses ennemis personnels et jurés. Elle persista dans sa première réponse, en disant qu’elle préférait mourir plutôt que de répondre aux charges portées contre elle, comme sujette de la reine et comme criminelle. Burghiey l’ayant interrompue, et lui ayant dit qu’on procéderait néanmoins contre elle le lendemain comme absente et contumace, Marie répondit : « Songez à vos consciences. » Alors le vice-chambellan Hatton, qui était un homme de cour, prit la parole et dit : « Si vous êtes innocente, vous n’avez rien à craindre; mais songez qu’en cherchant à éviter le débat, vous couvrez votre réputation d’une tache éternelle. » Ce discours fit une grande impression sur l’esprit de Marie Stuart , et le matin du jour suivant elle dit qu’elle consentait à se défendre dans l’intérêt de sa réputation.
mais à condition que sa protestation contre l'autorité de la cour serait admise. Burghiey lui répondit que sa protestation serait constatée, sans être entièrement admise par eux.
Le 14 octobre, les commissaires s'assemblèrent dans la grande salle du château de Fortheringay. A l’extrémité supérieure de cette salle était un siège vacant richement couvert, qui semblait destiné pour la reine Élisabeth. Au-dessous, mais à quelque distance, était une chaise sans ornements pour la reine d’Ecosse. Les commissaires et les légistes les plus habiles du royaume étaient assis sur des bancs placés lelongdu mur dechaquecôte de l’appartement. Marie n'avait point de défenseur, et on lui avait enlevé ses papiers. A son entrée et aussitôt qu’elle se fut assise, le cliancelier Bromley lui dit que la reine Élisabeth, sa très-gracieuse Majesté, ayantappris, à son grand regret, qu’elle avait conspiré contre sa personne et le royaume d’Angleterre, avait nommé la présente commission pour que Marie eût à se justilier des charges portées contre elle , et faire éclater son innocence à la face du monde. Mariese levant aussitôt dit qu’elle était venue en Angleterre comme amie et comme sœur d’Élisabeth, pour lui demander l’aidequi lui avait été promis, et qu'elle avait été depuis cette époque retenue prisonnière ; alors elle répéta la protestation qu’elle avait déjà faite contre l’autorité de la cour. Le chancelier nia qu’aucune assistance lui eût été promise, et lui dit qu’ayant vécu en Angleterre, elle était sujette à la loi anglaise, et qu'en conséquence sa protestation ne pouvait être admise. On convint pourtant qu’il serait fait mention de la protestation et de la réponse du chancelier. Alors Gawdy, le sergent de la reine, ouvrit le débat en faisant un récit historique de la conspiration de Babington, que Alarie était censée avoir connue, avoir approuvée, et à laquelle, disait l’acte d’accusation , elle avait promis sou concours. Des copies des lettres qu'on
disait avoir été écrites par elle h Babington furent produites, et lecture en fut faite. Marie écoutait avec tranquillité , mais lorsque dans une de ces lettres on parla du sort du comte d'A rundel, fils du duc de Norfolk , elle ne put retenir ses larmes : « Hélas !
dit-elle, que de maux la noble famille des Howard a soufferts pour moi. »
Elle se remit de son trouble et déclara qu’elle ne connaissait point Babington; qu’elle n’avait jamais reçu de lettres de lui , et qu'elle ne lui en avait point écrit; que ceux qui prétendaient qu’elle avait écrit à Babington, devaient présenter les originaux de ses lettres et non les copies ; que si Babington lui avait écrit des lettres, on devait lui prouver qu’elle les avait reçues; que sans doute ua grand nombre de personnes, prenant en pitié son triste sort, lui avaient fait en secret des offres de service, mais qu’elle n’avait donné des encouragements à aucun d’eux ; que, retenue prisonnière, éloignée du monde, et dans l’ignorance de tout ce qui s’y passait , elle n’a vait pu empêcher lesentreprises de tous ses amis , mais qu’elle n’était pas responsable des actes d'autrui; qu’elle n'avait fait que suivre l’impulsion de la nature en cherchant à recouvrer sa liberté , et que , à cet effet ; elle avait sollicité l’assistauce de ses amis; qu’elle n’avait demandé ù aucune puissance étrangère d’envahir le royaume , ni donné la main a aucun des complots tramés contre la vie d’Élisabeth. A l’égard de l’invasion, on lui montra une lettre qui était censée avoir été écrite par elle , et elle déclara qu’elle soupçonnait Walsinglam d’en être l’auteur. Le secrétaire se levant aussitôt de sa place, prit Dieu à témoin de son innocence, et Marie lui dit:* Je suis satisfaite de vutre désavœu, mais si je repousse avec autant de promptitude les accusations portées contre vous, de votre côté mettez moins de hâte à croire ceux qui me calomnient. »
Les charges les plus fortes contre Marie provenaient de la confession de Babington et des dé-
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positions de deux de ses secrétaires, Piaue et Curie. A l’égard de Babington, elle dit que si ses adversaires avaient réellement désiré découvrir la vérité, ils l'auraient gardé pour témoin au lieu de le mettre à mort ; que Waue, son secrétaire, étaitun homme simple et timide; que Curie, sou autre secrétaire, n’agissait que sur ses avis , et qu’en conséquence leurs dépositions ne pouvaient provenir que du désir de sauver leur propre vie.
Elle demanda d’étre confrontée avec les deux secrétaires, et, sur le refus des commissaires, elledit que la silreté et la majesté des princes n’étaient que de vains mots, si l’on ajoutait ainsi foi aux écrits et aux témoignages de leurs secrétaires; qu’elle était srtre que si Naue et Curie étaient admis en sa présence, ils la Justilieraient de tout le blâme qui pesait sur elle dans cette affaire; qu’ils avaient enlevé toutes ses notes et tous ses papiers , et qu’elle ne pouvait répondre d’une manière plus spéciale aux charges dirigées contre elle. On lut ensuite plusieurs lettres adressées parelleà l’ambassadeur espagnol Mendoza , et à des Anglais de distinction qui demeuraient sur le continent. Marie répondit qu’aucune de ces lettres n’indiquait qu’elle eût songé à faire périr la reine, et que si des princes étrangers avaient formé quelques plans pour la mettre en liberté, on ne devait pas lui en faire un crime. Les commissaires lui ayant représenté qu’un passage de ses lettres indiquait qu’elle avait eu l’intention de conférer ses droits à la couronne d’Angleterre au roi d’Espagne, elle répondit qu’étant retenue prisonnière , qu’entourée de soucis et privée de tout espoir de liberté, voyant chaque jour sa sauté décliner par la maladie et le chagrin , elle avait cédé aux conseils de quelques amis qui l’avaient engagée à transmettre ses droitsà la succession au roi d’Espagne ou à quelque catholique anglais.
Elle demanda de nouveau que ses papiers lui fussent rendus, et que ses secrétaires fussent sommés de comparaître; ce qui lui fut refusé. OnJui
refusa également l’assistance d’un conseil , ainsi que la faculté d’être entendue en plein parlement, ou de pouvoir parler à la reine en personne devant son conseil. Les commissaires ajournèrent alors l’assemblée au 25 octobre, pour se réunira Westminster, dans la chambre étoilée. Au jour fixé, ils se rendirent tous à Westminster, à l’exception des comtes de Warwick et de Shrewsbury, et ils firent comparaître devant eux Naue et Curie, qui affirmèrent sous serment que toutes les lettres et copies de lettres qui figuraient au procès étaient véritables et originales , et que tout ce qu'ils avaient dit dans leur confession était vrai. On prononça aussitôt la sentence, et quelques jours après, le parlement s’étant assemblé , les deux chambres adressèrent une pétition à la reine pour demander l'exécution immédiate de Marie (12 novembre).
La reine répondit qu’elle aviserait; qu’elle croyait convenable d’implorer lamiséricordedivinepourilluminerson
intelligence et l’inspirer de sa grâce, afin qu’elle pût voir clairement comment elle devait agir dans cette circonstance pour consolider son église et donner la paix et la sécurité au royaume qui lui avait été confié; mais que comme elle savait que tout délai pouvait être dangereux , ils connaîtraient bientôt sa résolution. Plusieurs jours se passèrent; alors la reine, qui, d’après ses propres paroles , avait eu une grande lutte à soutenir contre les dispositions bienveillantes de sa nature, envoya un message aux deux chambres, pour leur demander s'il n’y avait pas pos.sibilité d’adopter un moyen autre que l’exécution. Les deux chambres délibérèrebtet répondirent qu’il n’y en avait point de meilleure et de plus utile à la sûreté du royaume, de la religion et de la personne de Sa Majesté. Élisabeth n’avait pas encore fini de jouer son rôle. En réponse à cette adresse , elle dit qu'elle avait espéré que leurs consultations auraient une autre issue, et que bien qu’elle eût à se louer de leurs bonnes intentions pour elle , elle
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avait néanmoins à s'en plaindre, attendu qu’on allait lui faire un crime de l’exécution de Marie; mais qu’en soumettant l’affaire au parlement , elle avait seulement désiré que chacun agît dans cette circonstance en suivant l’inapulsion de sa conscience. Elle se plaignait en outre, après avoir pardonnéà un si grand nombre de rebelles et avoir fermé les yeux sur de nombreuses trahisons , d’étre obligée de condamner à mort une personne du rang de Marie.
« De nombreux écrits et des pamphlets outrageants pour elle l’accusaient , disait-elle, d'étre un tyran; maisqu’allait-on dire maintenant, si elle, reine vierge, versait le sang de sa propre parente ? Cependant c’était folie de conserver ce qui pouvait la détruire elle-même. »
Quelques jours après , le G décembre, elle ordonna que la sentence de mort filt proclamée dans les divers quartiers de Londres et dans d’autres villes; ce qui fut fait avec une grande pompeet de nombreuses réjouissances.
A Londres, toutes les maisons furent illuminées. On sonna les cloches dans toutes les églises, et des feux de joie furent allumés dans les rues. Lord Buckhurst et Robert Beale, accompagnés d’une troupe nombreuse, furent aussi tôt envoyés au château de Fotheringay pour annoncer à la reine prisonnière l’arrêt fatal. Buckhurst et Beale devaient en outre obtenir, s’il était possible , une confession du crime de la part de la prisonnière, sur la faiblesse de laquelle on comptait beaucoup au moment suprême de la mort.
MaisÉlisabeth s’était formé unefausse idée de la force d’esprit de sa rivale. Marie reçut les messagers avec fermeté et m'ême avec une sorte de çaîté , en disant qu’elle était ennuyee de cette vie et qu’elle était contente de voir finir ses chagrins. Les deux messagèrs avaient avec eux un évêque et un ministre protestants, mais Marie refusa leur assistance et demanda qu’on lui envoyât son propre aumônier qui était dans le château et dont elle avait été longtemps séparée. Buckhurst et les prêtres protestants lui dirent avec
brutalité, qu’elle avait beau faire, qu'elle ne mourrait pas en odeur de sainteté, même aux yeux des catholiues, puisqu’elle avait été condamnée 'une manière impartiale pour tentative de meurtre contre Élisabeth. Restéeseule, Marie écrivit une lettre au pape et une autre lettre à l’archevêque de Glascow, dans lesquelles elle demandaitque ses parents, la famille des Guise, qui avaient été accusés conjointement avec elle, vengeassent son caractère des accusations portées contre elle. Quelques jours après, sir Amyas Pawlet et sir Drew Drury, ses geôliers, vinrent lui dire que, comme elle avait refusé de faire des aveux et qu’elle était maintenant morte aux yeux de la loi , elle n'avait aucun droit de continuer à porter les insignes de la royauté, qui lui avaient été laissés jusqu’alors dans sa prison.
Marie répondit qu’elle avait été sacrée reine, et qu’en dépit d'Élisabeth, de son conseil et de ses juges, elle mourrait reine. Mais Pawlet , sans égards pour ses représentations , donna l’ordre à ses serviteurs de la dépouiller de ses ornements royaux, et lui-même s'assit en sa présence, le chapeau sur la tête, pendant celte opération. Marie écrivit alors -une dernière lettre à sa rivale pour lui dire que son esprit était libre de tout sentiment deliaine et de méchanceté contre elle; qu’elle remerciait Dieu de ce qu’il mettait enfin un terme à ses maux dans'celte vie; qu’elle demandait pour seule grâce de ne point être mise à mort en secret, mais à mourir en présence de ses serviteurs et de plusieurs autres témoins. Elle demandait , en outre , que ses fidèles serviteurs pussent quitter l’Angleterre en toute liberté et sans être inquiétés; qu’ils pussent jouir en paix des petits legs qu’elle leur faisait, et que son corps fût transporté en France pour y être enterré. Marie sollicitait ces faveurs au nom du Christ . des liens de parenté qui l’unissaient à Élisabeth, de la mémoire de Henri Vil, leur ancêtre commun, et de sa propre dignité royale.
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Cependant de vives représentations étaient faites à Élisabeth pour empêcher l’accoinplissement d'un pareil acte. Henri 111 , roi de France, était l’un de ceux qui intercédaient le plus vivement en laveur de la reine Marie.
Jacques d'Écosse, son fils, avait de son côté envoyé à la cour d’Élisabetli sir Robert Melville et de Grey. L’un et l’autre firent des protestations énergiques pour sauver la reine. Mais les efforts du roi de France, comme ceux des deux envoyés écossais , restèrent sans succès. Ces derniers ayant représenté à la reine que Marie ne pouvait être en réalité très-dangereuse, il leur fut répondu avec dureté que Marie était papiste, et qu’on la représentait comme devant succéder au trône. Les envoyés répliquèrent qu’ils s’engageaient à décider Marie a se désister de ses droits a la couronne d’Angleterre en faveur de son fils; mais ces prétentions n’étaient pas de celles qu'Élisabeth pût supporter; elle répondit avec colère : « Elle n’a point un pareil droit; elle a été déclarée incapable de succéder au trône. » Le comte de Leicester ayant alors explioué que par cette cession de la part ae Marie en faveur de son fils , le roi des Écossais se trouverait placé à l’égard de la succession dans une position exactement semblable à celle qu’occupait maintenant sa mère, Élisabeth , qui ha'issait toute espèce de successeurs, qu’ils fussent catholiques ou protestants , s’écria avec violence : « Est-ce là ce que vous voulez dire : mais alors je me jetterais dans une position pire que la précédente. Par la passion du Christ, ce serait me couper la gorge à moi-même.
Il ne viendra jamais ici. > Elle se disposait alors a quitter l’appartement , lorsque sir Robert Melville l’ayant suivie la supplia de retarder l’exécution, elle s’écria : •< ]\on, non, pas d’une heure! » et elle disparut. Jacques d’Écosse rappela aussitôt ses ambassadeurs de la cour d’Angleterre.
Malgré cette apparente fermeté la reine était encore indécise. On l’en-
tendait souvent répéter ces mots ?
ut ferlas aut non: ne feriare, feri (ou frapper ou ne pas frapper; qui ne veut pas être frappé doit frapper); les délibérations se succédaient au sein du conseil pour savoir s’il ne conviendrait pas mieux de se délivrer de Marie en secret. Burghiey, lord trésorier, qui avait été chargé de rédiger l’ordre d’exécution, l’ayant présenté à la signature de la reine, rei^ut l’ordre de le garder pour un temps plus opportun , et cinq a six semaines s’étaient écoulées depuis cette époque. Cependant des bruits alarmants circulaient dans tout le ro^’aume; on disait que Londres allait é^tre mis en feu par les papistes ; que le duede Guise avait débarqué , et que Marie s'était échappée de la forteresse de Folheringay. Élisabeth se décida à signer le warrant ; elle dit à Davison , qui le lui présentait, qu’elle avait retardé à apposer sa signature sur un pareil acte par égard pour sa propre réputation, voulant montrer au monde qu’elle n’avait pas adopté légèrement une pareille mesure, et qu’elle ne nourrissait aucun sentiment d’animosité ou de vengeance personnelle contre la reine d'Écosse. Elle lui remit ensuite le warrant en lui recommandant de faire apposer le sceau aussi secrètement que possible, car elle avait des soupçons sur quelques personnes qui entouraient le lord chancelier, et elle craignait que si le warrant était connu avant l’exécution , il n’augmentât ses dangers personnels. Elle recommanda ensuite à Davison , d’une manière expresse, de faire diligence, et d’envoyer immédiatement le warrant au château de Fotgeringay , et de ne plus lui rien dire de cette affaire, qu’après l'exécution. Mais cette décision inquiétait encore visiblement Élisabeth. Quand Davison quitta son appartement, on l’entendit se plaindre de sir Amyas Pawletet de quelques autres, qui auraient pu, disait-elle, rend re la signature du warrant inut i le. Elle exprima le désir de voir Davison ou Walsingham écrire une lettre à sir Amyas et à sir Drew Drury , pour
sonder leurs dispositions, à l’effet de faire périr en secret la reine d’Écosse. Davison. après avoir dit à la reine que c’était peine perdue, écrivit la lettre. Sir Arayas Pawlet n’était pas hotnine à accepter une pareille proposition. Il répondit à la lettre de Davison, que sa vie, ses biens étaient à la disposition de Sa Majesté, et qu’il était prêt à en faire le sacrifice à l'instant même pour son service, mais que sa conscience lui défendait de verser le sang sans un warrant, et qu’il ne voulait point laisser ainsi une aussi grande tache à sa postérité. Alors Elisabeth changea de ton , et celui qu’elle avait appelé récemmentson cheret fidèle Pawiet , devint un garçon précieux et stupide ; elle l’accusa , lui et d’autres , d’avoir promis , comme membres de l’association, de faire de grandes choses pour elle et de n’avoir rien fait.
Le warrant fut enfin lancé , et le comte de Shrewsbury, comme comtemaréchal , se rendit a la forteresse de Fotheringay pour assister à l’exécution deMarie. llétait accompagné des comtes deKeut, de Cumberland, de deux ministres protestants et du greffier du conseil. Marie se leva de son lit pour les recevoir. Elle s’habilla elle-même, s’assit à une petite table , ayant à ses côtés ses serviteurs. Alors la porte s'ouvrit à deux battants et les comtes entrèrent. Quand le greffier eut terminé la lecture de la sentence, Marie fit le signe de la croix , et dit avec beaucoup de tranquillité qu’elle était prête à mourir : puis posant sa main sur un livre qui était placé près d’elle, elle déclara solennellement qu’elle n’avait jamais comploté contre la vie de la reine , et qu’elle n’avait jamais désiré sa mort. « Le livre ue vous tenez dans les mains, lui it le comte de Kent avec dureté, est une bible papiste, et par conséquent votre serment n’est d'aucune valeur.
— C’est une bible catholique, répondit la reine, et par conséquent, milord, comme je crois que c’est la véritable version , mon serment doit être cru. »
Le comte de Kent lui fit alors un long discours pour l’engager à abandonner sa religion et à accepter dans ses derniers moments les secours spirituels du doyen de Peterborough. Marie refusa lé doyen et demanda de nouveau son propre chapelain -, mais le comte de Kent repoussa cette demande, en lui disant qu’une pareille condescendancedesa part serait contraire a la loi divine et à la loi humaine et dangereuse pour lui-même. La conversation s’étant prolongée, Marie demanda comment il était possible que son seul fils pût avoir oublié sa mère; puis se tournant avec calme vers le comte-maréchal pour savoir l’heure fixée pour son supplice, X A huit heures, demain matin, • lui répondit le comte de Shrewsburyavec trouble. Elle s’enquit alors de son secrétaire Naue et demanda s’il était mort ou en vie. On lui répondit qu’il était en prison. « .le déclare devant Dieu, » dit-elle, en mettant de nouveau sa main sur la bible catholique, > que Naue m’a conduite à l’échafaud pour sauver sa propre vie ; mais la vérité sera bientôt connue. » Les comtes de Kent, de Cumberland, de Derby et autres se retirèrent aussitôt, laissant la malheureuse reine avec ses serviteurs; elle leur dit de sécher leurs leurs et donna des ordres pour qu’on âtât le souper, «car, dit-elle, j’ai beaucoupdechosesàfaire. » Ellesoupa avecsobriétécommeelleen avait l’habitude, et faisant allusion aux efforts du comte de Kent pour lui faire abandonner sa croyance, elle dit avec un sourire : Il n’est pas un docteur assez habile pour opérer ma conversion. Elle fit venir devant elle tous ses serviteurs ; elle but à leur santé et leur donna son pardon, en y joignant ouelques avis sur leur future conduite dans la vie. Puis leur ayant distribué quelques objets , elle se retira dans sa chambre , où elle écrivit ses dernières volontés ainsi que trois lettres, l’une destinée à son confesseur, l’autre au roi de France, et la troisième à son cousin le duc de Guise. Après avoir lu et prié jusqu’à quatre heures du matin , elle se jeta sur son lit et
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s’endormit. Au point du jour, elle se leva, rassembla les personnes attachées à son service , leur lut ses dernières volontés, leur distribua tous ses vêtements, à l’exception de ceux qu’elle portait sur elle , et leur fit ses adieux, et s’étant retirée dans son oratoire, elle se Jeta à genoux devant un autel.
L'heure de son supplice était arrivée. A huit heures, le shérif du comté étant entré dans son oratoire, elle se leva pour le suivre.
Les deux nobles lords, et les deux chevaliers qui lui avaient servi de geôliers, l’attendaient dans une antichambre. Sir Robert Melville , son vieux et fidèle serviteur, se trouvait dans cet appartement; il tomba à genoux devant elle et dit, en versant d’abondantes larmes , qu'il regrettait le triste sort qui lui était réservé , d'étre le porteur d’une pareille nouvelle en Écosse. « Bon Melville, s’écria la reine , sèche tes larmes et réJouis-toi lutôt, car tu vas voir la fin des maleurs de Marie Stuart. Le monde, mon serviteur, n'est que vanité, et il est sujet à plus de maux qu’un océan de larmes n’en pourrait effacer; mais, je t’en supplie, retiens ce que je vais te dire : c’est que je meurs fidèle à ma religion , à l’Ecosse et à la France.
Que Dieu pardonne à ceux qui ont versé mon sang. Rappelle-moi au souvenir de mon fils et dis-lui que je n’ai rien fait au préjudice de l’Écosse. »
Mêlant alors ses larmes h ceux du vieux Melville, elle l’embrassa et lui dit : « Une dernière fois adieu , bon Melville; prie Dieu pour ta maîtresse et pour ta reine. » Ayant ensuite demandé aux lords que ses serviteurs assistassent à son exécution, le comte de Kent lui répondit qu’il ne pouvait consentir à celte demande, parce que s’ils y assistaient , ils ne manqueraient pas, étant tous papistes, de mettre en jeu des pratiques superstitieuses, comme, parexemple.de tremper leurs mouchoirs dans le sang de la reine, ce qu'il ne pouvait raisonnablement permettre, attendu qu’il était protestant. « Milords, leur répondit Ma-
rie , je vous donne ma parole qu’ils ne feront point les choses dont vous parlez ; mais , pauvres âmes , cela leur ferait plaisir d’assister aux derniers moments de leur maîtresse, et je crois être sûre que votre souveraine, en sa qualité de reine vierge , ne me refuserait pas d’avoir quelques femmes autour de moi au moment de ma mort. Assurément vous pouvez m'accorder une faveur plus grande que celle-ci. » Kent gardait le silence et Marie lui dit alors avec véhémence :
O Je suis cousine de votre reine , et je descends de Henri VU. J’ai été mariée à un roi de France, et j’ai été sacrée reine d’Écosse. » Après quelque hésitation les lords consentirent en partie à ce qu’elle demandait; Melville , son intendant , son apothicaire et son médecin, ainsi que deux de ses femmes , eurent la liberté de l’accompagner à l’échafaud.
On l’avait construit dans la grande salle du château , à trois pi^s audessus du sol , et il était couvert en entier d’un drap noir. Dessus on avait placé un tabouret, un coussin et un billot, également couverts d’une étoffe noire. La reine monta d’un pas ferme sur l’échafaud et s’assit sans pâlir sur le tabouret.
A sa droite se tenait le comte de Kent, à sa gauche le comte de Shrewsbury. Le reste des assistants , qui ne se composait que d’un petit nombre de personnes, se tenait au pied de l'échaiaud. En face d’elle étaient le bourreau de la Tour et son aide, tous deux vêtus de velours noir. Lecture du warrant fut donnée à Marie, et lorsqu’elle fut terminée, les assistants crièrent à haute voix « Que Dieu sauve la reine Élisabeth! > Marie prit la parole et dit aux assistants d'avoir h se rappeler qu’elle était princesse souveraine, non sujette aux lois et au parlement d’Angleterre, et qu’elle avait été condamnée à mourir par Injustice et par violence; elle déclara de nouveau qu’elle n’avait fait aucune tentative contre la vie d'Élisabeth et dit qu’elle pardonnait du fond de son cœur à tous ses ennemis. Le doyen de
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HISTOIRE D'ANGEETERRE.
Peterborough , qui se tenait devant elle, l’ayant interrompue en cet endroit pour liii faire un long discours sur sa vie passée, présente et future, elle lui dit : « Monsieur le doyen, ne faites l>as de plus grands frais d'éloquence.
Je tiens à l’ancienne religion , et par la grâce de Dieu je verserai mon sang pour elle. » Le doyen l’ayant pressée de nouveau de changer de religion , en lui disant que sa gracieuse souveraine, très-soucieuse du salut de son âme, l’avait envoyé tout exprès pour la ramener dans la bonne voie ; que si elle voulait abjurer, il y avait encore espoir de miséricorde, mais que si elle refusait, elle serait inévitablement damnée pour toute éternité, elle dit avecunecertainevivacité: « Très-bien, monsieur le doyen, mais ne vous mettez plus en peine de cetteaffaire. Je suis néedans la religion catholique, j'ai vécu dans cette religion et je mourrai dans cette religion; » et en disant ces mots elle se tourna pour ne pas voir le doyen. Celui-ci n’était pas homme à se contenter de pareilles objections; il Qt le tour de l'échafaud , se plaça de nouveau en face de Marie et recommença son sermon ; mais le comte de Shrcwsbury l’engagea à cesser sa prédication et l'invita à commencer des prières. De son côté, Marie pria en latin. Elle récita les psaumes de la pénitence avec une grande dévotion , et pria pour l’Église, pour son fils et pour la reine Élisabetl» , puis elle emnrassa un crucifix. « Madame , » s’écria le comte de Kent, quecetacte semblait avoir rempli d’horreur, « vous feriez mieux délaisser échapperde vos mains cet objet mensonger du papisme et de porterie Christ dans votre cœur. » Marie répondit : « Je ne puis porter cet emblème dans ma main sans le porter en mémctempsdans mou cœur. » En cet instant les deux exécuteurs s’avancèrent , et s’étant mis à genoux ils lui demandèrent son pardon. Les femmes de Marie commencèrent aussitôt à lui ôter ses vêtements , et les bourreaux, qui semblaient pressésd’accomplir leur tâche , voulurent aussi prendre part à la lugubre toilette. Marie fit
alors observer au comte de K entqu’elle n’avait pas l'habitude de se déshabiller devant de tels hommes et d’ôter ses vêtements devant une compagnie aussi nombreuse; puis voyant que ses serviteurs ne pouvaient retenir leurs larmes, elle mit son doigt sur ses lèvres , les embrassa tous de nouveau , et les invita à prier pour elle. Une de ses femmes lui banda en cet instant les yeux avec un mouchoir bordé d’or, et les exécuteurs la conduisirent au billot devant lequel elle s’agenouilla. La main du bourreau était mal assurée, elle n’était point habituée à frapper des victimes de sang royal ; ou peut-être le bourreau était-il troublé par les cris et les lamentations des serviteurs de -Marie. Il frappa trois coups avantde séparer la tête du tronc ; quand la tête tomba sur l’échafaud , il la prit et la tenant à longueur de bras, il s’écria : « Que Dieu sauve la reine Élisabeth ! » Le doyen de Peterborough ajouta:» Ainsi périssenttous scs ennemis, » etIecomtedeKents'approchant du corps inaninié , s’écria d’une voix plus élevée : » Ainsi périssent tous les ennemis de la reine et ceux de l’Église. > Personne ne répondit.
g l'J. Polilique d'Klisabelh après la mort de MarieSliiart. — Sacliasimulation.— Guerre avec l’Kspagiic. — L’invincible Armada. — Préparatifs de l’Angleterre. — Drake défait l’invincible Armada. — Élisabelh veut Poursuivre ses conquêtes en attaquant le Portugal. — Celte entreprise échoue. — Amuur de la reine pour le comte d’Cssex. — Inimitié de Cecil pour le nouveau favori. — Brouiiie de la reine et d’Essex .
Ainsi périt Marie Stuart. Cet acte, que les admirateurs d’Élisabeth ont vainement cherché à justifier, fera toujours tache à sa mémoire. Aucune nécessité politique n’en réclamait en effet l’accomplissement. Marie Stuart était prisonnière et sans défense dans les mains d’Élisabeth. Les complots qu’on l’accusait d’avoir fomentés avaient échoué, et rien n’avait prouvé qu’elle y eût pris une part personnelle. Mais Marie prisonnière causait encore des insomnies à la reine d’Angleterre; celle-ci craignait que sa rivale ne vînt
PÉRIODE DES TÜDORS. l8tT
s’asseoir un jour sur le trône et ne ceignit In couronne qu’elle portait, si la mort la frappait avant elle. Sa vanité féminine s’indignait à cette idée, et, cédant à un froid égoisme, elle signa l'arrêt de mort de Marie.
Cependant à la nouvelle de l’exécution qui fut connue le lendemain ( 9 février 1587) à la cour, Elisabeth affecta un violent chagrin. Elle déclara u'elle n’en avait Jamais donné l’orre , ni Jamais désiré la voir s'accomplir, et ht retomber tout le blâme sur son conseil privé, mais principalement sur Davison, qui, disait-elle, avait abusé de sa conuance en laissant sortir de ses mains le warrant qu’elle lui avait remis. Davison fut arrêté et jeté dans la Tour, le 14 février. La reine tourna ensuite sa colère sur Burghley, qui, saisi de frayeur, se retira dans sa maison pendant quelques Jours, d’où il écrivit des lettres leines d’humilité et de soumission la reine. Élisabeth envoya ensuite un messager au roi de France pour l’assurer qu’elle avait ignoré renvoi du warrant; qu’elle regrettait vivement cette exécution et qu'elle était bien décidée à punir ses ministres. Mais la reine ne Joua pas longtemps ce rôle; car Rurghley et tous les membres du conseil privé qui avaient pris part à ce terrible drame, rentrèrent en grâce. Le seul qui ne fût point épargjié fut William Davison. Il fut condamné à payer une amende de dix mille livres sterling et à rester en prison pour en sortir au bon plaisir de la reine. Le pauvre secrétaire vit tous ses biens saisis par le trésor, et vécut dans la plus grande pauvreté pendant les dixsept ans que dura encore le règne d'Elisabeth. La reine dépêcha ensuite un messager .à la cour d’Ecosse et le chargea de faire ses excuses au roi Jacques pour le meurtre de sa mère. Dans la lettre écrite à J acques, Élisaheth pariait du chagrin protond que lui faisait éprouver le malheureux accident qui était arrivé à son insu en Angleterre.
Elle appelait de son innocence au juge suprême du ciel et de la terre ; disait qu’elle abhorrait la dissimulation et
qu’elle n’estimait rien tant dans un prince qu’une conduite sincère et ouverte; qu’il n’étuit Jamais entré dans son intention de mettre la sentence à exécution, et qu’elle s’occupait de punir ceux qui avaient ainsi méconnu ses miséricordieuses intentions. Elle ajoutait que personne n’aimant Jacques avec autant d’amour qu’elle le faisait elle-même et ne lui portant plus d’intérêt qu’elle ne lui en portait, elle espérait bien qu’il regarderait comme ses ennemis personnels tous ceux qui, en raison de l'accident, chercheraient à faire naître quelque animosité entre eux.
Élisabeth, grâce à su politique astucieuse, sut prévenir les dangers qu’un pareil attentat devait accumuler sur sa tête. Jacques d’Écosse, satisfait d’avoir vu sa mère prisonnière, car par là il se croyait eu libre possession du trône , n’avait Jamais fait que de faibles efforts auprès d’Élisabeth pour obtenir la liberté de Marie. A la nouvelle de l’exécution, il entra dans une violente colère, mais il se calma presque aussitôt lorsque Élisabeth augmenta la pension qu’elle lui payait depuis longtemps, et qu’elle lui ht entrevoir que, par une conduite sage et prudente, tous les obstacles qui empêchaient qu’il ne succédât au trône d'Angleterre après elle seraient écartés. Le ressentiment de la France inquiétait plus vivement Élisabeth que celui de Jacques; mais pour calmer l’orage, elle fit les plus humbles et les plus chaleureuses protestations de son innocence, et de son amitié pour lienri III. Elle prit l’ambassadeur î’Aubespine par la main, et le conduisant dans un des angles de la chambre, elle lui dit qu’un grand malheur lui était arrivé; que quatre membres de son conseil l’avaient indignement trompée, mais que c’étaient de vieux et fidèles serviteurs, qu’autrementelleauraitfait tomber leurs têtes.
D’ailleurs la France était déchirée par la guerre civile. Elle ne pouvait s’armer pour venger l’attentat. L’année suivante, le duc de Guise, cousin de la reine Marie, invité au château
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de Blois, fut massncré à la porte de la chambre du roi. Le lendemain, son frère le cardinal périt Je la même manière; et quelques mois après, Henri III , faisant le siéf;e de sa propre capitale, tomba assassiné sous le poignard d'un moine fanatique nommé Jacques Clément.
Si Élisabeth n’avait rien à redouter du côté de la France et de l’Écosse , il n’en était point ainsi quant à l’Espagne. Philippe, irritédes brillants succès obtenus par Drake dans les Indes occidentales, flétrissait hautement ÉJisabeth de l’épithète de meurtrière et • excitait son peuple à la vengeance.
Pour désarmer la colère de Philippe , Élisabeth rappela d'abord Leicesterde la Hollande , et parut disposée à abandonner la cause protestante dans les Pays-Bas; mais voyant que ces concessions n'arrétaient point les immenses préparatifs de guerre qui se faisaient en Espagne et en Portugal , elle envoya sir Francis Drake avec une flotte de trente vaisseaux sur les côtes d’Espagne et lui ordonna de détruire tous les bâtiments espagnols qu’il rencontrerait. Cette mission fut remplie avec beaucoup d’audace et d’habileté.
Le 19 avril 1.587, Drake entra dans la rade de Cadix, brilla, coula et prit trente vaisseaux dont quelquesuns étaient d’un fort tonnage. Longeant ensuite la côte entre la baie de Cadix et le cap Saint-Vincent, il prit et brûla cent autres vaisseaux et détruisit quatre forteresses de la côte.
Ces brillants succès n’avaient point abattu Philip()e, dont le pouvoir s’était même accru depuis le commencement de son inimitié avec Élisabeth : car s’il avait perdu la Hollande, il avait ajouté le Portugal à ses possessions. Il persistait encore plus que jamais dans son intention d’envahir l’Angleterre. Danscedessein, il obtint du pape des secours en argent et le renouvellement de la bulle d’excommunication que le pontife de Rome avait lancée contre Élisabeth. Il leva des troupes dans toutes les directions, loua des navires aux républiques de Gênes et de Venise , s’empara de tous
ceux propres au service que possédaient ses sujets de Naples et de la Sicile, pressa de nouvelles coustructions dans les ports d’Espagne et de Portugal, et dans la partie de la Flandre qu’il avait encore.
A cette époque critique toute la marine royale d’Angleterre nese composait quedetrente-six vaisseaux. Il est vrai que les nobles et - les riches marchands armaient en guerre des bâtiments avec lesquels iis faisaient la course à leurs propres frais. On réunit ces navires à ceux de la marine royale et on parvint à rassembler de cette manière une flotte forte de cent quatre-vingt-onze voiles; elle était mon* tée par dix-sept mille quatre cents matelots. Le plus grand navire de cette flotte, nommé le Triomphe , était de onze cents tonneaux. Le commandement en fut donné à lord Howard d’Effingham, grand amiral, qui eut sous ses ordres Drake, Hawkins, Frobisher, les meilleurs marins de l'époque. Les Hollandais furent appelés en aide , et ils envoyèrent soixante voiles.
Les préparatifs sur terre se poursuivaient avec la même activité.
Comme on supposait que les Espagnols avaient l’intention de remonter la Tamise et de frapper leurs premiers coups sur Londres, les deux rives de ce fleuve furent fortiflées et un grand camp fut formé au fort de Tilbury à l’opposé de Gravesend. Les comtés maritimes depuis le comté de Cornouailles jusqu’à celui de Kent, et depuis le comté de Kent jusqu’à celui de Lincoln, se couvrirent de soldats.
Dans cette crise guerrière la reine donnait des encouragements à tous et faisait naître par sa présence et par sa contenance courageuse un vif enthousiasme. Elle passa la revue des habi-
tantsde Londres, qui, au premierbruit
de l’expédition, avaient pris les armes; elle alla ensuite visiter l’armée qui étaitréunieau fort de Tilbury. Elle s’^ lait revêtue d’une armure et portait à la main un bâton de maréchal. Les comtes d’Essex et de Leicester con-j duisaient son cheval par la bride. A
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ia vue de leur reine, les soldats de î'arnnée de Tilbury Qrent retentir l’air de leurs acclamations, et Ëlisabetli, pour augmenter cet élan, leur adressa ce discours « Je sais ; queje n’ai que le « corps d’une faible femme, mais j’ai • le cœur d’un roi et d’un roi d’Angle* « terre, et je professe un mépris pro- « fond pour le duc de Parme ou pour X tout autre prince de l’Europe qui < oserait envahir mon royaume. Plu- « tôt que de souffrir une'pareille dis- « grâce, je prendrais moi-méme les « armes et je me ferais votre géné- « ral X
La cour d’Espagne avait décidé quela flotte à laquelle elle avait donné le nom A' Invincible Armcula, quitterait Lisbonne au commencement de mai, sous le commandement du marquis de Santa-Cruz, marin d’un mérite éprouvé; mais la mort de Santa-Cruz et celle du vice-amiral, duc de Paliano, qui par une singulière fatalité arriva peu de jours après, retardèrent ledépart de la flotte. Aprèsquelque délai, Philippe en donna le commandement au duc de Medina-Sidonia, qui, sous le rapport de ses connaissances maritimes, était loin d’égaler les deux ofBciersque l’Espagne venait de perdre. L’invincible Armada quitta le Tage , le 29 mai ; elle se composait d’environ cent trente navires de toutes dimensions , et portait deux mille quatre cent trente-un canons de divers calibres et vingt mille hommes de troupes de débarquement. A la hauteur de la Corogne, ellefut assaillie par une tempête violente qui la dispersa. Quatre des plus grands navires sombrèrent en pleine mer, et le reste entra à la Corogne et dans d’autres ports de la côte dans un état qui nécessitait de grandes réparations et de longs délais.
Cependant le 20 juillet la flotte espagnole fut signalée à la hauteur du cap Lézard. On crut d’abord que les Espagnols essayeraient de débarquer à PIvmouth , mais le duc de Médina , Adèle au plan qui lui avait été tracéj manœuvra pour se diriger dans le détroit de la Manche
et gagner ainsi la côté de Flandre, où il espérait forcer les Anglais et les Hollandais à lever le blocus de Mieuport etde Dunkerque, et opérer sa jonction avec le duc de Parme , dont il devait conduire les troupes en Angleterre.
Lord Howard laissant passer la flotte espagnole, s’attacha à sa poursuite et attaqua tous les navires qui étaient mal ralliés. De cette manière il s’empara de plusieurs bâtiments et entre autres d’un galion qui avait à bord cinquante-cim^ mille ducats. Quelques jours apres. Howard, ayant reçu un renfort, atteignit l’Armada à la hauteur de Portiand. Un combat s’engagea qui dura presque toute la journée. Le succès tut encore en faveur des Anglais. Ils prirent un grand navire vénitien et plusieurs bâtiments de transport; le lendemain ils capturèrent encore plusieurs galions et d’autres navires. L’amiral espagnol ne voulait renouveler le combat qu’après s’être rallié aux forces du duc de Palma. Le 27 juillet, ayant jeté l’ancredevant Calais, il envoya par terre un messager au duc pour lui dire de lui expédier des bâtiments légers qu’il destinait à combattre ceux de la flotte anglaise; mais le duc de Palma ne put lui envoyer ces navires à cause du blocus.”
La flotte d’Howard recevait en cet instant un nouveau renfort. Elle comptait maintenant cent quarante voiles.
Le soir, les Anglais détachèrent huit brulôts et les lancèrent au milieu de l'Armada, ce qui jeta la confusion parmi les matelots espagnols et dispersa leurs navires. Le lendemain les Anglais recommencèrent l’attaque. Une grande bombarde qui était à l’ancre près de Calais fut prise à l’abordage; un riche galion coula sous leur fen, et le San-Matteo, commandé par Diego Pignatelli, marin napolitain, ayant voulu protéger un autre navire , reut une bordée d’un navire hollanais qui l’obligea de se rendre; d’autres bâtiments furent désemparés et se jetèrent à la côte de Flessingue, où leurs équipages furent faits prisonniers.
Les Espagnols paraissaient décidés à continuer la latte, car leur flotte en se ralliant était encore formidable, lorsque le duc de Medina-Sidonia, que ces pertes avaient découragé, prit le parti de retourner en Espagne. Howard ne poursuivit point la flotte espagnole; mais elle fut assaillie par une violente tempête à la hauteur des tics, Orkney et la plupart des vaisseaux qui la composaient furent jetés à la cote; les uns firent naufrage sur la côte d'Écosse, les autres sur celle d’Irlande. Dans cette contrée les équipages espagnols furent très-inaltraitcs ; car les Anglais craignant qu'ils ne se Joignissent aux catholiques irlandais qui étaient en insurrection, les poursuivirent de retraite en retraite et massacrèrent de sang-froid ceux qui tombèrent entre leurs mains; le reste périt en mer en cherchant à regagner l'Espagne dans de frêles barques. Ceux qui firent naufrage sur la côte d’Écosse furent faits prisonniers par Jacques, qui les traita avec quelque douceur. Le duc de .Médina gagna enfin le port de Santander, mais de toute sa flotte il ne restait plus que soi.xante voiles; ses équipages étaient épuisés par les fatigues et les maladies. Du côté des Anglais la perte n'avait été que d'un vaisseau de quelque importance et d’un petit nombre d’hommes.
Cette victoire causa une grande joie dans tout le royaume, et la reine donna aussitôt des ordres pour le licenciement des troupes. Cependant elle voulait inquiéter le roi d’Espagne par tous les moyens en son pouvoir.
Le mécontentement qui régnait en Portugal depuis que cette contrée obéissait à l’Espagne, était grand; Élisabeth résolut de porter ses coups à Philippe dans cet endroit. Don Antonio , neveu illégitime de Henri , roi de Portugal , qui avait péri à la bataille d’Alcazar(1580), s’était réfugié en Angleterre, où il vivait depuis quelque temps dans une grande pauvreté. Élisabeth déclara que don Antonio était un prince légitime et qu'cl-
le soutiendrait ses droits. Son parlement. qui ne respirait que vengeance et conquêtes , lui vota de larges subsides pour porter la guerre dans les possessions de Philippe.
Don Antonio partit à la tête d’une flotte de deux cents voiles qui avait à bord vingt mille hommes de débarquement. Drake, qui commandait la flotte, arriva à la Corogne, où il prilquatre navires de guerre, et brûla la ville basse; les troupes, commandées par sir John.Norris, défirent un corps espagnol qui vint à leur rencontre.
Cependant comme la poudre commençait à leur manquer, elles furent obligées de se rembarquer sans avoir obtenu d’autres avantages. De la Corogne, la flotte s’avança vers l’embouchure du Tage , où f’on débarqua de nouveau les troupes. Cette descente n’eut pas encore de succès. Norris proclamant partout don Antonio pour roi de Portugal , ne vit personne accourir à lui , et il ne put s’emparer de Lisbonne, qui pourtant ne contenait qu’une faible garnison. La famine et les maladies vinrent accroître les difficultés de l’entreprise , et le retour fut décidé. Dans cette retraite les Anglais pillèrent les villes de Cascaer et de Vigo. La flotte arriva à Plymoutli, mais sur les vingt mille iioiiimesde troupesqui étaient partis d’Angleterre, il en revint a peine la moitié.
Cet insuccès aurait été vivement senti par Élisabeth si le cœur de la reine n’eût été à cette époque occupé par de nouvelles affections. Le comte de Leicester était mort, peu regretté par Élisabeth (4 septembre 1588), qui immédiatement après sa mort avait fait vendre aux enchères des effets du comte, pour le paiement des dettes qu’il avait contractées envers elle. Un nouveau favori avait pris sa place. U s’appelait Robert d’Évreux, comte d’Essex. Robert, descendant d’un des anniens compagnens de Guillaume le Conquérant, était fils du malheureux comte dont la femme avait épousé Leicester ; la reine avait
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eu en premier lieu un sentiment de haine contre lui à cause de sa mère ; mais la beauté de sa personne et la vivacité de son caractère avaient effacé peu à peu ces antipathies; à la haine succéda un violentamour. Essex n’avait pas encore vingt ans que sa souveraine lui prodiguait à pleines mains ses faveurs en le créant successivement maître de la cavalerie, chevalier de la Jarretière et capitaine général. A la mort de Leioester, elle Péleva au rang de premier favori; poste dangereux mais surtout désagréable pour Essex , car il exigeait chaque jour et à chaque heure des attentions et des galanteries qui, rendues à une vieille femme, convenaient mal à son caractère franc et impétueux.
Le comte avait pris part a l’expédition envoyée en Portugal et y avait déployé beaucoup de bravoure. A son retour, Essex trouva sa place prise auprès de la reine par sir Walter Raleigh , et sir Charles Blount , fils de lord Mountjoy. Sa présence écarta bientôt ses rivaux. Raleigh fut envoyé eu Irlande, où il resta plusieurs années. Essef se battit ensuite en duel avec Blount. Mais il conçut alors pour son rival une amitié si vive qu’il obtint en sa faveur le titre de comte de Mountjoy. Cette dignité avait été l’objet de pressantes sollicitations de sa part, car quand il s’agissait d’obtenir quelques places pour ses amis , Essex n’était généralement point heureux auprès de sa souveraine. Le comte avait en effet dans Burghley et les hommes de son parti des adversaires redoutables, qui contrariaient sans cesse ses désirs.
Ainsi Walsingham, secrétaire de la reine, étant mort en 1590, Essex, se rappelant le malheureux William Davison , qui avait été sacrifié à l’époque de l’exécution de la reine Marie, demanda pour lui la place qui était vacante. Mais « le vieux renard, » c’est ainsi qu’Essex appelait lord Burghley, était décidé à donner un autre successeurà Walsingham. Ce successeur était son propre fils , sir Robert Cecil. La reine, pour mettre les deux
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artis d’accord, eut recours à l’un e ces moyens douteux qui lui étaient familiers : elle dit à Burghiey de prendre la place vacante pour luimême, et seulement de se faire aider par son fils. Essex oublia bientôt ce différend , mais il resta profondément gravé dans le cœur froid de sir Robert Cecil. Dans le même temps Essex épousa la veuve de sir Philippe Sidney . Ce fut un coup cruel porté au cœur de la reine , qui cependant parut oublier graduellement l’offense.
L’année suivante (1591), Essex qui avait un ^oüt passionné pour la carrière militaire, passa en France à la tête d’une petite armée de quatre mille hommes dans le but d’assister Henri de Navarre, qui était alors devenu roi sous le titre de Henri IV.
Ce prince , à la mort de son prédécesseur, avait trouvé dans la ligue catholique de redoutables ennemis; ce qui l’avait obligé de recourir aux armes pour soutenir les droits que sa naissance lui donnait au trône. Voulant éviter l’effusion de sang, il avait d’abord essayé de désarmer le parti catholique par de larges concessions, mais cette conduite avait si fortement irrité les huguenots, qu’il s’était vu sur le point d’en être abandonné.
Dans ce moment critique, Henri IV s’était adressé à Élisabeth, qui, indépendamment de quelques troupes, lui envoya vingt mille livres sterling en or. Essex se distingua dans cette expédition;il y perditsonfrèreunique, auquel il était vivement attaché. Ce-
Eendant en 1593, les secours d’Élisacth devinrent inutiles; car Henri, pour consolider son trône, embrassa In religion catholique. Le roi de *France remercia Élisabeth, qui parut d’abord vivement irritée. Elle accusa ce prince de perfidie; mais Henri IV s’étant engagé à ne point traiter avec Philippe tout le temps que celui-ci serait en guerre avec l’Angleterre, et à accorder aux huguenots l’exercice paisible de leur culte, elle se déelara satisfaite.
Elisabeth montrait de son côté des
HISTOlhK D’ANGLETERRK.
dispositions peu bienveillantes envers les catholiques. Chaque jour les tribunaux les condamnaient a l’amende et à la prison , et très- souvent à la peine de mort. Lord Burgliley prétendait quecette rigueur était salutaire, en ce sens qu’elle ôtait aux catlioliques la possibilité de nuire danslecas d^une invasion; il se trompait. , La conséquence de ces rigueurs fut de provoquer de nombreuses conspirations. Au printemps de 1594, un juif nommé Rodrigo Lopez, qui était médecin de la reine, fut arrêté dans sou domicile. Interrogé par Essex, par Burgliley et sir Robert Cecil, son fils, il fut reconnu innocent du crime dont il était accusé. Essex , qui avait été l’auteur de l’arrestation^ fut sévèrement réprimandé par Élisabeth. Mais l’espoir de mortifier les deux Cecil, joint a cette réprimande, stimula l’esprit d’Essex, et après beaucoup de recherches, il parvint à saisir quelques fils d’une conspiration qui avait pour auteurs le médecin juif et deux Portugais nommés Ferreira et Manuel Lewis. Les accusés furent jetés dans la Tour et mis à la torture. Ferreira déclara qu’il avait écrit à l'uentès et Ibara , ministres d’Espagne dans les Pays-Bas, pour leur oftrir d’empoisonner la reine d’Angleterre, si on lui donnait cinquante mille couronnes. De son côté, Lewis confessa que lesdeux ministres espagnols lui avaient donné l’ordre de presser Lopez d’accomplir cet acte. Lopez reconnut qu’il avait reçu des présents de la cour d’Espagne, mais il ajouta qu’en les acceptant il avait eu l’intention de tromper Fuentès et Ibara , et non d’attenter aux jours de la reine Élisabeth. Toustrois furentdéclaréscoupables et exécutés trois mois après.
Elisabeth poursuivait alors ses préparatifs d’armement contre Philippe , avec uue grande activité. Ce prince avait envahi laChampagneet menaçait la Bourgogne. La Picardie était dévastée par ses sujets des Pays-Bas , et les villes de Doullens, de Cambrai et de Calais étaient tombées en son pouvoir.
Élisabeth était vivement armée de
ces conquêtes et principalement de la prise de Calais, qui plaçait ainsi les Espagnols à la porte de ses domaines.
Eu conséquence elle prépara une expédition par terre et par mer. Au mois de juin 159G, une flotte de cent cinquante voiles, montée par quatorze mille hommes de troupes de débarquement, partit de Plymouth. Lord Howard d'Eflingham, grand amiral d’Angleterre, eut le commandement de la flotte; le comte d’Essex eut celui de l’armée ; mais en raison de l’inexpérience et de la témérité du jeune comte, on lui adjoignit sir Walter Raleigh , sir Georges Carew et d’autres officiers d'un mérite éprouvé. Le comte avait l’ordre de se soumettre à toutes les mesures importantes que lui conseilleraient ces officiers. Quelques jours après son départ de Plymouth, la flotte entra dans la baie de Cadix , et malgré le feu des forts et de quinze grands bâtiments de guerre, elle pénétra dans le port, où elle captura trois grands vaisseaux espagnols et en brilla cinquante autres. Aussitôt Essex débarqua une partie de ses troupes et alfa mettre le siège devant Cadix. Cette ville capitula, et les habitants consentirent à payer douze mille couronnes pour avoir la vie sauve ; ce qui n’empécha pasque leurs maisons et leurs marchandises de toute espèce fussent mises au pillage; la perte qu’ils éprouvèrent dans cette occasion fut estimée à vingt millions de ducats. Essex voulait retenir cette conquête, et s’offrit de rester à Cadix et dans l’ile de Léon avec trois mille hommes ; mais ses collègues l’obligèrent à se rembarquer ; ce qu’il fit après avoir fait raser les fortifications et avoir réduit la ville en cendres.
De graves dissensions, de profondes jalousies éclatèrent parmi les généraux au retour de cette expédition.
Les Cecil, ennemis jurés d’Essex, avaient profité de son absence pour le ruiner dans l’esprit de la reine. De son côté, sir Walter Raleigh intriuait en secret contre lui en s’attriuant le principal mérite de la campagne. Il y eut, il est vrai, une sorte