TUDORS
tioii des hostilités. La querelle devint si vive que le vieux Burghiey perdit patience. Il apostropha Essex et lui ait qu’il ne rêvait que sang et earnage; puis tirant de sa poche un psautier, il lui montra un passage dans lequel on lisait ces mots : >< Les hommes qui ont soif du sang de leurs frères ne vivront que la moitié de leurs jours. »
Dans le cours de la même année, le cabinet anglais eut à s’occuper d’une autre question de la plus haute importance. L’Irlande était dans un état alarmant, et il fut jugé convenable d’y envoyer un nouveau lord député, munide pouvoirs e.xtraordinaires.
Les Cecil proposaient une de leurs eréatures; Essex proposait une des siennes. La reine prenant parti pour les Cecil , parla à Essex avec une grande sévérité. La colère s’empara aussitôtdu comte et oubliant qu’il était en présence de la reine, if lui tourna le dos. Élisabeth ne put supporter cette insolence, et dans un mouvement d’emportement elle donna un soufflet à Essex en lui disant d’aller au diable. E.ssex allait porter la main sur son épée, mais le lord amiral lui arrêta le bras. Essex jura qu’il ne pouvait supporter un pareil outrage et qu’il ne l’aurait point supporté de Henri VII lui-même. Il uittu ensuite le conseil et se retira ans sondomainede Wanstead. Cependant après plusieurs mois de séjour dans cette solitude, il reparut à la cour, et sembla un moment être rentré en faveur, à la grande surprise du public.
g 1S. Paix de l’Angleterre avec l’Espagne. - Essex est envoyé en Irlande, et revient à Londres sans en avoir reçu l’ordre. — 11 est mis à la Tour. — Sa morl. — Différends d’ÉllsabeHi avec le roi d’Écosse. — Jacques se ménage ramilié de Cecil. — Succès obtenus en Irlande. — Maladie d’Elisabeth. — Sa mort.
Pendant la retraite du corn te, la mort frappa Burghiey, l’un de ses ennemis déclarés, Élisabeth pleura amèrement, dit-on, cet homme d’Êtat. Dans le même temps le roi d’Espagne mourut; ce qui rendit plus faciles encore les négociations qui avaient été entamées. La mort de Burghiey n’arrêta
lOfi HISTOIRE D’ANGLETERRE.
point les rigueurs d’Elisabeth. De nombreux procès d’Etat et des exécutions sanguinaires signalèrent encore les dernières années de son règne.
La France, l’Angleterre et l’Espagne étaient en ce moment fatiguées de la guerre, qui , depuis quelque temps, traînait en longueur, etnedonnait de résultat décisif pour aucune des parties belligérantes. Les négociationsqui avaient été entamées pour rétablir fa paix entre les trois puissances sous le règne du dernier roi d’Espagne, furent reprises à l’avénementde Philippe III, son successeur, et le roi de France , qui dirigeait principalementcesnégociations, conclut enlin un traité de paix avec l’Espagne dans lequel l’Angleterre fut comprise. Par ce traité Henri IV rentrait en possession de Calais et de toutes les autres places qu'il avait perdues. Le roi de France pour désarmer ses sujets protestants, publia ensuite le fameux édit de Nantes. Quelque temps après , l’Angleterre conclut un traité avec les états de Hollande. Par ce traité , la reine était affranchie du paiement de 126,000 livres sterling que lui coûtait annuellement l’entretien des garnisons qu’elle avait dans les villes que les états lui avaient données pour caution; et les états se reconnaissaient ses débiteurs d’une somme de 800,000 livres sterling (20,000,000 de fr).
Mais Elisabeth n'était pas encore en paix avec l’Ecosse. Une grande froideur régnait à cette époque entre sa cour et celle de Jacques; car ce prince montrait toujours une vive sollicitude pour la succession .Les agents d’Élisabeth au dehors avaient découvert u’il négociait secrètement avec le roi 'Espagne et avec le pape. Un nommé Valentin Thomas, qui avait été mis en prison pour quelques méfaits, déclara avoir reçu de l’argent de Jacques pour assassiner la reine. Jacques protesta de son innocence. Le roi d’Ecosse étaitil réellement coupable des intrigues qu’on lui attribuait à cet égard? c’est ce qu’on ignore; mais ce qui tendrait à prouver que cette accusation était le fait d’une des combinaisons secrètes
d’Elisabeth, c’est que Valentin Thomas ne fut point traduit devant les tribunaux.
L’état de l’Irlande empirait chaque jour. « Lanation irlandaise, nous dit un vieil historien de la cour d’Elisabeth, est ce qu’on peut appeler le cauchemar de la reine. Cette contrée a coûté des sommes tellement considérables , que le trésor a plusieurs fois été épuisé pour y pourvoir. Il faut pour maintenir ce pays dans l'obéissance, UC nous y ayons vingt mille hommes e troupes, indépendamment des forces navales que nous sommes obligés de conserver sur les côtes , aOn d’intercepter les seeours que l’Espagne pourrait y envoyer. »
Le chef actuel des insurgés irlandais était un nommé llugh, fils du baron de Duncannon, qu’Élisabeth avait fait comte de Tyrone. . Hugli avait de l’ambition , de la bravoure et une activité extraordinaire. Il possédait en outre de grandes connaissances militaires et ne manquait pas d'une certaine habileté dans les affaires civiles. Sous sa direction, les Irlandais avaient adopté un système régulier, qui consistait à harasser les troupes anglaises , par des marches et des contre-marches dans les marais, dans les bois, sur les collines, età profiter de toutes les circonstances favorables pour les attaquer. Il avait mis de cette manière hors de combat sir John Norris, général qui avait acquis une grande réputation militaire dans les Pays-Bas et en France, ainsi que sir Henri Bagnall, qui , dans une bataille rangée près de Tyrone, avait perdu la vie et laissé au pouvoir de ses ennemis son artillerie et ses munitions de guerre.
La cour d’Angleterre résolut d’envoyer contre llugh un général oui jouissait de lu popularité de l’armée anglaise, et Cecif, qui désirait éloigner Essex de la cour, proposa le comte à la reine. Essex montra d’abord de la répugnance à accepter ce commandement; cependant il céda.à la demande de la reine, qui lui promit nue grande somme d’argent et lui ac-
PÉRIOL'E DES TUDORS.
corda (les privilèges dont n’avait joui aucun des généraux qu’il allait remplacer. Essex quitta Londres pour l’Irlande, au mois de mars 1599; il était entouré de la fleur de la noblesse anglaise, et une foule nombreuse se pressait sur sés pas, en criant : « Que Dieu bénisse votre seigneurie, que Dieu la conserve! >> Aussitôt son arrivée en Irlande , Essex nomma son ami le comte de Southampton, général de la cavalerie, car il croyait que les pouvoirs dont il était revêtu lui permettaient de faire de telles nominations.
Mais la reine, après un échange de quelques lettres pleines de colère, le força de révoquer son ami de ses fonctions. Bientôt après il fut lui-méme accusé de perdre son temps et de prodiguer l’argent. 11 réponait qu’il n’agissait que d’après les avis des lords du conseil irlandais. « Ces rebelles, disait-il dans une de ses dépêches, sont beaucoup plus nombreux que les soldats de Vannée de Votre Majesté, et Je le dis avec regret, ils sont plus vigoureux et savent mieux se servir de leurs armes que les hommes que Votre Majesté m’envoie. »
La reine répondit avec dureté, qu’elle avait de bonnes raisons pour croire que son but était de prolonger la guerre.
Essex obtint pourtant un renfort de deux mille hommes et se porta aussitôt dans la province d’Ulster, qui était le centre de la révolte. Il ne parvint point à décider ses adversaires à accepter la bataille; mais il v eut des entrevues particulières dans lesquelles on convint de suspendre les hostilités pendant six semaines. A cet armistice en succéda un autre; (le délai en délai plusieurs mois se passèrent sans combattre. Cependant Élisabeth continuaitd’envoyer au comte des lettres irritantes : alors Essex, laissant le gouvernement de l’Irlande à l’archevêque de Dublin et à sir Georges Carevv, partit pour Londres , sans en avoir demandé la permission. Arrivé dans cette ville, il descendit de sa chaise de poste à la porte du palais habité par la reine. Il se dirigea vers
la chambre à coucher d'Elisabeth et ne s’arrêta que lorsqu’il fut en sa
firésence. 11 mit un genou devant elle, ui baisa la main, lui parla pendant quelquesinstantsen particulier et parut très-satisfait de cet entretien; car, lorsqu’il quitta la reine, on l’entendit dire qu’il se Jugeait heureux de trouver la paix dans ses foyers après avoir si cruellement souffert au dehors.
Dans l’après-midi , il eut une nouvelle conférence avec la reine , qui lui fit encore l’accueil le plus gracieux.
Mais après dîner il la trouva trèschangée à son égard ; Élisabeth commença à lui parler de son retour et lui demanda pourquoi il avait laissé l’Irlande, sans en avoir reçu la permission. Le soir, entre dix et onze heures, il reçut un ordre de la reine , ui lui enjoignait de rester prisonnier ans sa chambre.
Les dispositions d’Élisabeth n’étaient plus les mêmes. Sir John Harrington, qui avait quitté l’Irlande avec Essex , lui avait entendu prononcer des paroles menaçantes lorsqu’il s’était présenté deva'nt elle. » Par le fils de Dieu, Je ne suis donc plus reined’Angleterre ! Cet homme estaudessiis de moi. Qui lui a donné l’ordre de venir ici sitôt.’ Je l’ai envoyé en Irlande pour autre chose. Quand tous les rebelles irlandais auraient été à ma poursuite. Je n’aurais pas fui avec plus de vitesse qu’il ne l’a fait pour revenir ici. » Le lendemain Essex parut devant le conseil et s’y défendit avec beaucoup de modération. Trois Jours après il fut mis en prison. Ayant demandé à Bacon, qui lui avait de grandes obligations, cequ’il pensait de son affaire, celui-ci lui répondit : « Ce n’est qu’un brouillard, mais comme tous les brouillards, celui-ci peut seconvertir en pluie , ou se dissiper, selon qu’il s’élèvera, ou s’abaissera. » Bacon voulait dire que le sort d’Essex dépendait du caprice de la reine.
La reine disaitqu’elledésirait simplement que le comte s’amendât ; cependant die se consulta avec les Juges pour savoir si on ne pouvait pas faire peser sur lui une accusation de haute
HISTOIRK D’ANGLETEUllE.
trahison. Elle ne voulut point permettre en outre que sa feinine allât le visiter, et lui refusa l'assistance d'un médecin, même lorsqu’il était dangereusemcnt malade. Essex lui écrivit plusieurs lettres; dans l’une il lui disait qu’il renonçait à toutes les jouissances de la vie , et qu’il ne lui faisait plus qu'une seule demande, c’était qu’elle le laissât vivre paisiblement dans l’obscurité. Dans une autre lettre , il faisait un appel touchant à la bienveillance d'Élisabeth : il lui disait que pendant quatre mois il avait été entre la vie et la mort; que ses malheurs et la colère de Sa Majesté avaient fait fuir tous ses amis, et l'avaient ruiné lui-même. Il faisait ensuite allusion à ses rivaux et à ses ennemis qui autrefois avaient envié son bonheur et oui maintenant le poursuivaient de leur haine.
Essex fut enfin relâché après environ une année de captivité ; mais on lui défendit de paraure à la cour.
Quelques iours après son élargissement, il demanda le renouvellement d'une licence qu’il avait obtenue pour le monopole des vins et qui venait d’expirer; il voulaitréparer, disait-il, les échecs que venait d’éprouver sa fortune. Mais la reine lui refusa cette faveur en disant que lorsqu’on voulait dompter une bête sauvage, il fallait diminuer sa pitance.
Essex, réduit au désespoir, prit alors un parti violent que lui suggéra son secrétaire. C’était de recouvrer son ascendant a la cour en en chassant de force sir Robert Cecil, Raleigh et ses autres ennemis. Le comte connaissait l’affection des habitants de Londres pour lui; ceux-ci avaient fait retomber sur ses ennemis le blâme de son insuccès eu Irlande et montraient une vive compassion pour ses malheurs. La presse et un grand nombre des membres du clergé manifestaient également les dispositions les plus bienveillantes en sa faveur : des pamphlets circulaient dans lesquels on vantait son courage et .scs services, tandis que dans les églises, des prédicateurs le défendaient et priaient
publiquement pour lui. Essex , séduit par ces manifestations, ouvrit sa maison de Londres à ses partisans , et bientôt l’on v vit affluer des prêtres catholiques, rfes prédicateurs puritains , des soldats et des matelots , une foule de jeunes gens et tous les aventuriers nécessiteux que renfermait la capitale. Un grand nombre d’ofGciers de distinction qui avaient servi sous ses ordres vinrent se loger dans son voisinage et se réunirent en conseil. Le comte écrivit ensuite au roi d’Écosse pour lui représenter qu’il y avait un parti puissant à la cour qui cherchait à lui opposer pour successeur à la couronne d’Angleterre, l’infante d’Espagne, dona Isabella Clara Eugenia , fille de Philippe II, et pour le presser d’envoyer un ambassadeur h Londres , chargé de demander à Élisabeth une reconnaissance publique de son titre.
Ces intrigues ne pouvaient rester longtemps secrètes: Essex reçut l’ordre de eomparaître devant le conseil. En ce moment il lui parvint un billet d’une personne inconnue, qui l’engageait à pourvoiràsa sûreté. L'alternative était embarrassante ; il fallait fuir, se laisser arrêter, ou frapper un grand coup.
Essex se décida à ce dernier parti , et réunissant autour de lui les comtes de Rutlandetde Soutbampton, lord Sandys , lord Mounteagle et environ trois cents gentilshommes, il se disposa à aller dans la cité à l’heure du sermon qui se prêehait à Paul’s Cross.
Son but était d’inviter le peuple à se réunir à lui, et il espérait bien alors se frayer un passage jusqu’à la reine.
Coinine il se disposait à partir avec ses amis, le lord chancelier Egerton, sir William Knollys , le grand juge Popliam et le comte deWorces* ter arrivèrent à Essexhouse. Ils furent reçus, et le chancelier ayant demandé le motif d’une réunion aussi nombreuse, Esspx lui répondit avec colère :
O II y a un complot tramé contre mes jours ; des lettres qui portent mon nom ontétéfabriquées; des hommesontété soudoyés pour m’assassiner dans mon lit. » Popham lui représenta que s’il
PERIODK DES TUDORS.
avait à se plaindre, la reine lui rendrait justice. Alors un grand tumulte s’éleva au sein de l’assemblée et plusieurs voi.v s’écrièrent : « On vous trompe, milord; on vous trahit, vous perdez du temps. » Le chancelier mit son bonnet sur sa tète, et se tournant aussitôt vers les assistants, il leur ordonna au nom de la reine de déposer leurs armes et de se séparer.
Mais des cris tumultueux accueillirent ses paroles : « Tuez-les, tuez -les; gardez-les pour otages : à bas le chancelier. » Alors le comte d’Essex laissant Popham dans l’appartement en referma la porte, après y avoir placé des gardes pour l’empêcher de sortir; puis tirant son épee, il quitta sa demeure suivi des comtes de Rutland et de Southampton, de lord Sandys , de lord Mounteagle et de la plupart des gentilshommes.
En arrivant dans la cité, ils trouvèrent les rues désertes : il n’y avait point de prêche à Paul’s Cross et les habitants restaient enfermés dans leurs maisons. Le comte s’écriait :
« Vive la reine, ma maîtresse! Un complot a été tramé contre mes jours. Armez-vous, citoyens. » Le peuple lui réondait : « Que Dieu benisse votre onneur ! » mais pas un homme ne venait se joindre à sa troupe. Essex se rendit dans la maison de Smith, l’uu des shérifs, et y resta quelque temps, incertain du parti qu’il devait prendre. Vers deux heures de l’aprèsmidi , il quitta cette demeure et traversa de long en large diverses rues.
Se voyant abandonné par plusieurs personnes de sa suite, il résolut de revenir par le plus court chemin à sa demeure. Mais les rues étaient déjà barricadéesdansplusieursendroits , et quand il arriva dans Ludgate il trouva le passage barré par plusieurs compagnies d’hommes armés. Une escarmouche s’ensuivit, plusieurs hommes de son parti furent blessés. Le comte lui-même reçut deux coups de feu dans son chapeau, 'et sir Christophe Blount , son beau-père, fut fait prisonnier. Essex, après avoir battu en retraite , gagna la Tamise, où il prit un bateau et
se rendit par eau à Essex bouse.
Il n’y trouva (ilus les seigneurs qu’il y avait laissés. Sir Ferdinando Gorge, auquel il les avait conliés, leur avait donné la liberté dans l’espoir qne cette action le ferait absoudre.
Essex lit fortiDer sa maison , décidé à y mourir; car il espérait encore que les citoyens viendraient se joindre à lui. Mais sa maison était déjà cernée de tous côtés par des forces imposantes, et des pièces d’artillerie étaient braquées contre elle. Il était donc impossible de songer à une longue résistance. Vers dix heures du soir, Essex, après plusieurs pourparlers, consentit à se rendre au lord amiral, à la seule condition que son jugement se ferait avec promptitude et qu’on lui accorderait une justice impartiale.
Essex et le comte de Southampton furent aussitôt enfermés à la Tour, et le 19 février (1600), ils comparurent devant une commission composée de vingt-cinq pairs. Parmi ceux-ci étaient Cobham et Grey, ennemis personnels d’Essex. Le comte, les yeux Gxés sur ces hommes , sourit en touchant la manche de l’habit de son compagnon d’infortune. Il demanda ensuite au chef de justice si on lui accorderait le privilège dont jouissaient les simples individus, de récuser telles personnes de ses juges contre le.squelles il pouvait avoir de justes motifs d’exception. Il lui fut répondu que la loi n'accordait point de privilège à l’accusé; que tels étaient le crédit et l’estime dont jouissaient les pairs d’Angleterre, qu’on ne pouvait les forcer à prêter serment dans une affaire de ce genre, et qu’ils n’étaient sujets à aucune exception.
L’acte d’accusation portait que le comte avait cherché àdéposer la reine ; qu’il avait conspiré contre sa vie; qu’il avait excité les sujets de Sa Majesté à la révolte, et que son intention était d’altérer la religion établie et de changer en totalité le gouvernement.
Les avocats de la couronne Yelverton, Coke et Bacon, étaient chargés de sou-
IJISTOlllK D AKGLETERRE.
tenir l'accusation. Coke compara Essex à Catilina. « Catilina, dit-il, s’entourait des personnages les plus suspects lorsqu’il conspirait contre Rome; de même aussi le comte d’Essex avait dernièrement à son service des papistes , des athées et des hommes dangereux. Mais Dieu dans sa bonté a voulu que ses projets criminels échouassent. » A ces mots l’orateur pria l’Être suprême de veiller sur lesjours de la reine. « Amen, s’écrièrent à la fois Essex etSouthampton, et que Dieu punisse ceux qui auraient d’autres désirs. » Coke continua en établissant le crime par le témoignage des personnes qui avaient assisté à l’insurrection et les aveux des complices, et il termina son discours en appelant les prisonniers des papistes , des athées et deshommesdemœursdissolues... « Le comte, dit-il, aurait assemblé un parlement, et quel parlement? une assemblée que milord d’Essex, qui est tout vêtu de noir en ce moment, aurait présidée avec une robe teinte de sang.
Mais , grâce à Dieu , le comte sera le denier Robert de son duché, lui q^ui aspirait à être Robert l'” d’Angleterre. » Essex demanda à n’être point
esur les paroles de Coke, mais sur des faits , et dit qu’il n’avait jamais eu l’intention défaire la moindre violence à la reine. Southampton s’adressantensuite a Coke,luiden)anda de dire en son âme et conscience ce qu’il pensait qu’Essex et lui auraient fait de la reine , s’ils eussent pu parvenirjusqu’àelle. « Jedéclaresur mon honneur, s’écria Coke, que je crois qu’elle n’aurait pas vécu longtemps , une fois qu’elle aurait été dans vos mains. Voyez ce qui s’est passé dans les règnes précédents. Combien de temps a vécu Richard II après avoir été surpris par ses ennemis ... »
Bacon prit la parole après Coke. H devait combattre les moyens de défense d’Essex, qui avait été autrefois son ami et son protecteur, et en exposer la faiblesse. « Il est évident , s’ecria-t-il , que milord d’Essex avait dans le cœur des projets hostiles contre le gouvernement , et que mainte-
nant, pour excuser sa conduite, il fait retomber ses torts sur ses ennemis personnels. Milord d'Essex, dit-il,
)e ne puis mieux comparer vos actes qu’à ceux de Pisistrate à Athènes.
Milord Cobham et sir Walter Raleigh , que vous regardez comme vos ennemis sont vos meilleurs amis, comme aussi ils sont des conseillers honorables et fidèles. » Essex interrom-
fiit Bacon pour lui dire qu’autrefois, orsqu’il prétendait être son ami , et qu’il affectait de compatir a ses malheurs, il s’était rendu auprès de la reine pour plaider sa cause et qu’il avait à cette occasion écrit une lettre de sa propre main dans laquelle il représentait Cobham, Raleigh et Cecil comme des hommes faux et perfides. Bacon était décontenancé; mais Coke lui vint en aide en accusant Essex d’avoir dit que la couronne d’Angleterre était vendue aux Espagnols. « Je n’ai parlé ainsi , répliqua Essex , que parce qu’on m’a rapporté que sir Robert Cecil avait dit à un de ses collègues que les titres de l’in- 'fante à la succession étaient comparativement aussi bons que ceux de toute autre personne. ^ A ces mots , sir Robert Cecil, qui assistait aux débats, mais qui jusqu’alo'rs s’était tenu caché dans un coin obscur de la salle, sortit de sa retraite etdemanda à la cour la permission de répondreà une imputation aussi fausse et aussi absurde. Cette permission lui ayant été accordée , il s’adressa à l’accusé , en ces termes : » Milord d’Essex, la différence entre vous et moi est grande ; pour l’esprit, je vous accorde volontiers la supériorité , vous en avez beaucoup ; pour la noblesse, je vous cède également la place, je ne suis que gentilhomme; je ne suispointhommed’épéeet à cet égard vous l’emportez encore sur moi ; mais j’ai de l’innocence, de la conscience , j’ai de la sincérité et de l’honnêteté dans l’âme pour repousser les accusations scandaleuses des calomniateurs. Dans cette cour je me présente en homme juste , et votre seigneurie y figure eu accusé. Vous avez, milord, le cœur
PtlllOüE DES TU DORS.
d’un loup soj:^ la toison d’un mouton ; en apparence vous êtes humble, religieux, maisau fond vous êtes unautre nomme. Grâce au ciel, nous savons qui vous êtes. Votre religion se reconnaît par les papistes qui étaient vos principaux conseillers et à qui vous aviez promis la liberté de conscience dans un temps à venir. Je remercie le ciel de ce que vous ne m’ayez pas pris pour un de vos compagnons, car si vous l’aviez fait, vous m’auriez conduit à trahir ma souveraine. Maintenant , je vous déCe de nommer le conseiller auquel, selon vous. J’aurais dit les paroles <^ue vous m’attribuez relativement aux titres de l’Infante. Nommez-le, si vous l’osez ; mais si vous ne le faites pas , permettez-moi de dire que vous avez fait un mensonge. » Le comte d’Essex se tournant alors vers Soutbampton, dit que c’était la personne qui avait tout entendu. Cecil conjura aussitôt Southampton, au nom de leur ancienne amitié, de nommer la personne, n Milords, s’écria Southam-
{iton , croyez-vous que Je puisse avec lonneur trahir un secret? Si vous répondez par l’afllrmative à cette demande, Je vous nommerai la personne. » La cour ayant dit qu’il pouvait le faire, Southampton nomma sir William Knollys, que l’on envoya chercher aussitôt. Knollys parut devant la cour, mais il n'était pas probable qu’il trahirait un personnage comme sir Robert Cecil, dont la faveur et la puissance augmentaient chaque Jour. Il déposa donc qu’il avait simplement entendu dire à Cecil que les titres de l’Infante à la succession étaient établis dans un livre imprimé. Alors Bacon prononça un autre discours dans lequel U compara Essex au duc de Guise , et traita sa défense d’absurde. Puis le lieutenant de la Tour reçut l’ordre d’éloigner les deux accusés de la barre, et les pairs se retirèrent pour prononcer la sentence.
Le verdict de culpabilité fut rendu à runanimité contre les deux comtes. Lorsque, pour la forme, l’huissier demanda à Essex s’il avait quelque objection à faire contre la peine de mort
ui allait lui être appliquée, il réponit comme un homme ennuyé de la vie; mais il demanda avec chaleur qu’on fit grâce à son ami Southampton. Il fut reconduit 5 la Tour, où il reçut la visite du doyen de Norwich, qui chercha vainement à obtenir de lui les noms des personnes qui avaient trempé dans son complot. Le lendemain, son propre chapelain, homme vil et vénal , qui Jouissait d’un grand ascendant sur lui, et qui probablement s’était alors vendu à ses ennemis, vint le voir. Essex lui fit, dit-on, une ample confession , dans laquelle il impliquait plusieurs personnes et entre autres leroid’iicosse. Rien n’est positif à l’égard des hésitations que la plupart des historiens prêtent à la reine; rien non plus neconfirme l’iiistoire romanesque de la bague qu’Élisabeth n’aurait reçue qu’après la mort d’Essex.
Aussitôt qu’Essex eut achevé sa confession, des ordres furent donnes pourl’éxécution, sansqu’il y edtd’empêchement de la part de la reine. Il fut décidé que l’exécution se ferait secrètement, et l’on répandit le bruit que le comte lui-même avait manifesté le plus vif désir pour que son exécution se fit ainsi. Il était évident que le gouvernement voulait étouffer la voix du comte et l’empêcher de se JustiQer de la confession qu’on disait tenir de lui. Le Jour qui précéda sa mort, le lord chancelier, lord Bukchurt s etsir Robert Cecil écrivirent à lord Thomas Howard , constable de la Tour, pour lui enjoindre de n’admettre personne dans cette forteresse, sans une permission spéciale. <■ .Sa Majesté, disait la lettre, désire que sept ou huit personnes nobles seulement, désignées par elle et qui vous remettront leur ordre de présence, assistent à cette exécution. Par conséquent, il convient que vous placiez de bonne heure un officier à la porte d’entrée pour les recevoir. Vous admettrez également à la Tour les deux ecclésiastiques qui vous présenteront nos lettres. »
Le même Jour ils écrivirent une autre lettre au constable et au lieutenant de
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HISTOIRE D’AKGLETERRE.
la Tour, pour leur dire « que le lendemain matin à six heures au plus tard (on était au mois de février), deux savants eclésiastiques envoyés parl’archevéque de Caiitorbery se présenteraient pour assister , ainsi que le désirait la reine, à l’exécution du comte d’Essex, et lui donner les consolations spirituelles avant sa mort; que, de concert avec eux , le constable et le lieutenant de la Tour devaient faire en sorte que le comte, au moment de son exécution , ne prononçüt que des discours convenables, conime par exemple, la confession de sa trahison et de ses fautes envers Dieu, son repentir sincère et ses prières pour lui demander parddli; mais que s’il voulait dire autre chose sur l'échafaud, ils eussent à l’arrêter tout d’abord ; car il n’était pas prudent de lui accorder la liberté de parler dans ce moment; que s’il disait encore qu’il n’avait eu aucune mauvaise intention contre la reine, mais seulement contre ses ennemis personnels, ils eussent à l’interrompre sur-le-champ et à l’empécher de continuer. »
tête de Robert d’Évreux , comte d’Essex, tomba sous la hache du bourreau le 2.5 février IGOl. Sir Walter Raleigh assistait à cette exécution.
Son corps et sa tête furent placés dans un cercueil et enterrés dans la chapelle delà Tour, auprès des restes du duc de Norfolk etducomted’Arundel.
Il n’avait alors que trente-trois ans.
Le comte de Southampton ne fut point envoyé à l'échafaud, mais il resta prisonnier à la Tour jusqu’à l’avénement de Jacques qui le lit relâcher immédiatement et lui rendit ses* titres et ses biens. De nombreuses exécutions suivirent celle du comte d’Essex. Le 13 mars, Cuffe, son secrétaire , et Merrick , son intendant, furent pendus et écartelés à Tyburn.
Cinq jours après, Charles Danvers , ami intime du comte de Southampton , fut décapité à Tower-Hill , et le même jour, sir Christophe Blount, beau-père du comte d’Essex, eut la ; tête tranchée. Sir John Davis, sir.
Edouard Bayiiam et Littleton furent
également conda'mnés comme traîtres; mais tous trois échappèrent à la mort.
L’un reçut sa grâce après être resté un an en prison; le second acheta son pardon en donnant une somme considérable à sir Walter Raleigh; le troisième, après avoir fait donation d’une grande propriété et payé au trésor une amende de dix mille livres sterling, fut jeté dans la prison du banc du roi, où il mourut trois mois après.
Si Élisabeth eût été maîtresse en ce moment de la personne de Jacques d’Écosse, nul doute qu’il n’eût subi le même sort que sa mère. La reine avait eu connaissance de la correspondance du prince avec le comte d’Essex. Une tentative d’assassinat fut faite à cette époque sur la personne de Jacques, et quelques écrivains prétendent qu’Élisabetn en futundes auteurs secrets. Cependant, dès que la nouvelle de la déconliture d’Essex parvint à Jacques, ce prince envoya des ambassadeurs à Londres pour se disculper de toute connivence avec le comte; ils devaient aussi intriguer en secret avec les ennemisd’Élisabeth.
Les envoyés étaient chargés surtout de dire à ’Cecil et à ses partisans, que s’ils continuaient à desservir les intérêts du roi d’Écosse, ils pourraient s’en repentir plus tard; que si au contraire ils l’aidaient de leur crédit, ils jouiraient de sa faveur royale. Le moment était opportun pour de telles ouvertures, car la santé de la reine déclinaitsensiblement. Aussi Cecil, qui désirait rester en place, prêta l’oreille à ces discours; il entretint alors une correspondance secrète avec le roi Jacques, politique qui lui aurait assurément coûté la vie si elle eût été connue. Dans ces transactions occultes, on écarta sir Walter Raleigh et Cobham, qui tous deux furent inscrits sur le livre de proscriptions du roi Jacques. Ce prince augmenta la pension de Cecil de deux mille livres sterling (50,000 fr.)
Au mois d’octobre 1601 , Élisabeth réunit son parlement pour la dernière fois. Quand elle se présenta devant
PÉRIODE DES TUDORS
cette assemblée, son état maladif frappa tous les regards, quoiqu'elleeiU mis dans son costume plus de reclierche qu’à l’ordinaire. Elle demanda des subsides pour conduire la guerre en Irlande, qui lui furent accordés. Cependant les communes continuaient à se montrer indociles; elles élevèrent des plaintes au sujet des nombreux abus qui se commettaient dans l'administration intérieure du rovauine, et surtout à l'égard des monopoles du vin, de l’huile, dusel,del’étain, de l'acier, du charbon, et autres objetsde première nécessité, qui étaient accordés à des individus isoles, avec le droit de fixer eux-mêmes le prix de ces divers objets, ce qui les rendait fort chers. En écoutant Fénumération des articles qui étaient ainsi monopolisés, un membre de la chambre demandasi lepain n’y était pas compris.
Il y eut de vils débats à cet égara, et la reine, inquiétée de l’insistance des communes, se décida enfin à leur envoyer un message par lequel elle promettait de révoquer toutes les concessions de monopoles.
Dans le même tcms, lord Mountjoy, successeur d’Essex en Irlande , soutenait une lutte terrible contre don Juan d’Aguilar, général espagnol, qui avait' débarqué à Kinsale avec quatre mille hommes de troupes espagnoles , et donné par ce renfort un nouveau courage aux insurgés irlandais. Mountjoy agissait avec vigueuret résolution.
Il réunit toutes ses forces et alla à la rencontre de d’Aguilar. La veille de Noël (1601), le comte de Tyrone s’avança avec six mille Irlandais et quatre cents étrangers pour secourir les Espagnols. Il espérait surprendre les Anglais à l’improviste. Mais Mountjoy était sur ses gardes et Tyrone fut battu. Cette défaite et les ravages de la famine réduisirent les Irlandais à toute extrémité; Tyrone fut obligé de capituler, on lui promit la vie sauve et des terres, etil se rendit alors au général anglais.
Les succès de Mountjoy ranimèrent un moment la mourante Elisabeth, qui , de plus venait de trouver
de puissantes consolations dans l’amour. Le favori était un Irlandais d’une grande stature. Beaumont, ambassadeur français, nous dit en parlant de la reine Elisabeth à l’occalion de cette nouvelle passion :
« L’oeil de la reine est encore trèsvif; elle a en général beaucoup de gaîté et tient particulièrement à la vie; c’est pourquoi elle prend le plus grand soin de sa personne. On doit également attribuer cet amour de la vie à un penchant de la reine pour le comte de Clancarty, noble seigneur irlandais d’une grande bravoure et d’une rare beauté. Ce nouvel amour la rend gaie, pleine d’espoir et de confiance relativement à son .Ige; il occupe en ce moment toute la cour, quoiqu’on n’en parle qu’à demi-mots.
Les flatteurs disent que le comte irlandais ressemble au comte d’Essex. D’un autre côté, la reine, qui cherche à dissimuler son penchant , déclare qu’elle ne peut souffrir l’Irlandais, parce que sa personne lui rappelle des souvenirs trop douloureux. « Quelques mois après (mars 1603), Beaumont, dans une autre lettre, informait sa cour qu’Elisabeth était dangereusement malade. « Elle dort à peine, disait-il , et mange beaucoup moins qu’à l’ordinaire; elle est obligée à chaque instant de se rafraîchir la bouche , à cause de la grande chaleur qu’elle ressent à la poitrine.
Les uns disent que sa maladie provient du déplaisir qu’elle éprouve au sujet de la succession ; d’autres , l’attribuent au pardon accordé , contre son gré , au comte de Tyrone par son conseil; suivant quelques-uns, cette maladiea sa source dans le chagrinquelui acausclamortducomted’Essex. Il e.‘;t certain, ajoutait l’ambassadeur, qu’on voit des traces d’une mélancolie profonde sur ses traits et dans tous ses actes. Cependant , il est probable que les souttrance.s naturelles à son age et la crainte de la mort sont les causes principales de l’état dans leque l elle se trouve. » Dans une autre dépêche, l’ambassadeiir annonçait à sa cour que la reine était abandonnée de
ses médecins, etqu'clle ne voulait pas se mettre au lit dans la crainte qu’une prophétie qui disait qu’elle mourraitdanssonlit,neseréali^t.«Cesdeux derniers jours , ajoutait-il , elle est restée assise sur des tapis, sans pouvoirse lever ni se coucher; elle tenait undeses doigts dans la bouche ; ses yeux étaient ouverts et attachés sur la terre. Cependant ce matin ses musiciens ordinaires sont venus lui donner une sérénade, sans doute parce qu’elle a l'intention de mourir aussi galment u’elleavécu. » Le 21 mars, on la mit e force au lit; elle écouta attentivement les prières que récitaient l’évéue de Chichester, l’évêque de Lonres et l’archevêque de Cantorbery.
Le jour suivant, Cecil, le lord amiral et le chancelier s’approchèrent de son lit et lui demandèrent de nommer son successeur. Elle tressaillit, et prononça ces paroles ; « Je vous ai dit que mon trône était un trône de rois.
Je ne veux point avoir un manant pour successeur. » Les lords ne comprenant point se regardèrent entre eux, et Cécil lui demanda ce qu’elle voulait dire par ces paroles. Elle répondit : « Je veux avoir un roi pour successeur! Et quel autre roi pourrait-ce être sinon mon cousin d’Ecosse } » Les lords réitérèrent leur demande, et elle leur dit de ne plus l’ennuyer à cet égard. Quelques heures après cet entretien et lorsqirelle avait perdu l’usage de la parole , Cecil, le lord amiral et le chancelier reparurent à son chevet et lui dirent que si elle voulait réellement avoir pour successeur le roi d’Ecosse , elle eût à faire connaître son intention par quelque signe. Elisabeth lit un effort pour se soulever, et formant de ses deux mains une sorte de couronne , elle les posa au-dessus de sa tête. Elle tomba aussitôt en défaillance et mourut à trois heures du matin (24 mars 1603). Elle avait alors soixante-douze ans et en avait régné quarante-cinq.
Tel fut le règne de cette reine célèbre que les Anglais ont placée avec raison au rang des souverains
les plus grands et les plus illustres qui ont gouverné leur pays. Ce règne forme en effet u ne ère mémorable, dans les annales de l’Angleterre. C’est de cette époque qu’elle a le sentiment réel de sa force et de sa puissance.
Au dehors Élisabeth rétablit la paix ; le pavillon anglais parcourt en triomphe toutes les mers. Au dedans sa main vigoureuse arrête les complots et apaise les factions. Ne demandons point cependant de la franchise, de la générosité à la politique d’Élisabeth; a cet égard les actes de son règne ne furent rien moins qu’honorables.
L’intrigue, la corruption, la violence furent souvent ses seules armes. « Le succès justitie les moyens, «telle était sans doute la maxime d’Elisabeth.
Cette politique dangereuse par les représailles qu’elle peut exciter au dehors, par les haines qu’elle laisse toujours au dedans, réussit complètement à Élisabeth. Peut-être même était-elle la seule qu’elle pût employer avec chances , de succès au milieu des difOcultés sans nombre qu’elle avait à combattre au dehors, et des passions haineuses que lui avaient léguées ses prédécesseurs et qui fermentaient toujours au dedans.