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obtenue depuis dix ans. . . Au lieu de suivre le conseil de ceux qui vous engagent à temporiser, que don Antonio se rende auprès de l'Empereur pour l'initier à tout ce qui se passe et lui parler en votre nom . . . En vous confiant à l'Empereur, en faisant de lui le principal ambassadeur et négociateur et en ne perdant pas de temps, je crois que l'affaire arrivera k bonne fin ^^\ w
Le conseil fut suivi, don Antonio expédié à Paris et l'Empereur instamment prié d'intervenir en faveur du Portugal.
Les instructions données avant son départ à don Antonio de Ataïde furent ce rédigées dans un esprit qui peint bien le manque de fermeté du gouvernement de Jean III et le sentiment qu'il avait de sa propre faiblesse 5>.
Elles lui prescrivaient de rappeler à François I^^ combien de motifs de plaintes avaient les sujets du roi de Portugal contre les corsaires français qui, depuis le commencement du siècle, avaient capturé plus de trois cents bâtiments représentant un million de cruzades ^^\ sans compter le préjudice causé au trésor royal, et de réclamer la révocation immédiate de fa lettre de marque, laquelle pouvait entraîner non seulement des repré- * sailles , mais une guerre ouverte entre les vassaux des deux couronnes. Elles l'autorisaient néanmoins à faire toutes les concessions compatibles avec l'honneur national; il lui était, en outre, recommandé de donner une prompte solution à cette affaire, car les ressources dont pouvait disposer le puissant armateur dieppois étaient connues à Lisbonne, et il ne fallait pas lui laisser le temps de les réunir pour ruiner le commerce portugais dans les mers d'Europe.
L'intervention sollicitée de l'Empereur en faveur de Jean III, son beau-frère, auprès de François I^*", se produisit à son tour, pressante et impérieuse.
t*î PalhA, Ouvrage cité, — (^^ La cruzade valait alors i fr. C6,
Charles-Quînt envoya à Paris, comme plénipotentiaire extraordinaire, M. de Courbaron, avec les instructions dont la teneur suit :
« Gand, mai 1 531*
ce Instruction à vous, nostre amé et féal chevalier, conseillier, chambellan et capitaine des AHemans de nostre garde, le sieur de Courbaron, de ce qu'aurez k faire et solliciter de nostre part devers le roy très-chrestien j nostre bon frère, où que présentement vous envoyons.
«Premièrement, vous adresserez à nostre ambassadeur résidant devers ledit sieur roy, luy baillerez noz lettres, et par ensemble ferez advertîr l'ambassadeur du roy de Portugal , nostre très-chier et bon frère, résidant devers ledit S** roy très-chrestien, de vostre arrivée, et lui direz comme vous avons expressément dépesché devers icelluy S*" roy très-chrestien , avec lettres de crédence pour assister en la charge pour laquelle nostredit frère de Portugal envoyé don Antonio de Ataïde et le docteur Gaspart Vaz, ses conseillers, en ambassade devers ledit S^ roy très-chrestien, touchant aucunes représailles dépeschées de sa part contre aucungs subjectz dudict sieur roy de Portugal ; et que avez charge de nous d'entendre plus particulièrement d'eulx ledit affaires, estât et exigence d'icelluy, et en quel terme il se retrouvera à vostre arrivée, pour selon ce vous y emploier, comme nostredit ambassadeur, et vous advîserez par ensemble avec eulx, et affin que ce différend se puisse vuyder amyablement, et au désir dudit roy de Portugal, nostre frère.
ce Et à ceste fin baillerez nosdites lettres de crédence audit S*" roy très-chrestien, pour laquelle lui direz que sommes esté adverty comme nostredit bon frère, le roy de Portugal, a dépesché devers luy les dessusdits, pour l'affaire desdites représailles, et que jaçoit ce tenions tout pour certain que ledit S*" roy très-chrestien, sans persuasion de nous ny d'aultre, aura bon regard à ce que luy sera dit et remonstré de la part dudit S*" roy
de Portugal, selon la bonne et sincère amytîé d'entre eulx, et laquelle a toujours esté bien et louablement observée entre leurs prédécesseurs, royaulmes , et subjectz; néantmoings ayant cest affaire en affection comme nostre propre, et actendu que lesdites représailles se sont données à l'occasion de la restitution faicte à aucungs nos subjectz de biens et marchandises que leur avoient esté prinses, nous a semblé convenir au debvoir du parentaige, affinité, alliance et confédération qu'avons respectivement auxdits deux princes et chacun d'eulx, de vous envoier devers ledit S^ roy très-chrestieii, pour le prier très affectueusement de vouloir bien entendre et prendre de bonne part les raisons et justifications dudit S*" roy de Portugal et de sesdits subjectz, quant auxdites représailles, et icelles vouloir réyocquer et annuler, et vuyder plainement et amyablement cestuy différend, selon que Thonesteté veult et convient à leur amytié, continuation et conservation de bonne et mutuelle voisinance entre leurs royaumes et subjectz; et que, pour la considération susdite, le désirons singulièrement et tiendrons et estimerons le plésir que en ce • et aultres choses il fera audit S*" roy de Portugal, nostre frère, autant que s'il estoit faict à nous-mesme.
«Et en ce que dessus, et à l'appaisement dudit différend, ferez en la substance avantdites toutes remonstrances et persuasions que verrez pouvoir duyre^^^ envers ledit sieur roy trèschrestien et ceulx de sa court, tant de costel que aultre, et tiendrez m^in par tous convenables moiens à la conservation de l'amytié d'entre lesdits princes, communication, hantise et mutuelle voisinance d'entre leurs subjectz , et en tout ce que verrez convenir et empourter à la réputation, estime, utilité, commodité et prosfit de nostredit hon frère de Portugal, conforme à la parfete, sincère et indissoluble amytié d'entre nous et luy, et de la singulière affection qu'avons de l'assister en tous ses affaires.
crvir.
«Et sî, à vostre arrivée en court de France, lesdîts ambassadeurs de Portugal n'y estoîent encoires venuz, néantmoîng, sans plus attendre, ayant communiqué vostredîte charge a nostredit ambassadeur, et par son advis, baillerez nosdites lettres de crédence, tant audit S^ roy très-chrestien que aultres, et, en attendant iceulx ambassadeurs, ferez les remonstrances et persuasions telles que verrez convenir, conforme à ce que dessus, remectant TefFect de la négociation à l'arrivée desdits ambassadeurs, que lors y ferez avec eux tout ce que sera possible.
ccToutesfois aurez bon regard en ce que dessus d^en user discrettement et prudemment, selon que verrez et congnoîstrez convenir au bien de la poursuite des ambassadeurs de nostre frère de Portugal, sans tenir propos quelconque par où l'on puisse prendre occasion de aigrir cestuy affaire et engendrer plus de difficulté ou rigueur, à raison d'icelluy entre lesdîts princes.
ce Et sy enfin véez que toutes remonstrances et persuasions doulces et amyables ne peuvent en ce prouffiter, nous en pourrez, nostredit ambassadeur et vous, advertyr, si besoing est, par les postes, et de ce que vous semblera estre nécessaire, soit en ce cas ou aultrement, comme verrez estre au propos, bien et direction dudit affaire, et attendrez sur ce nostre responce; et, comme qu'il soit dudit affaire, ne délaisserez ceste poursuite avec la civilité et modestie susdites, jusques nous ayez adverty en Testât d'icelle, et eu sur ce de noz nouvelles.
ce Vous baillerez à la royne très-chrestienne, madame nostre meilleur seur, les lettres que luy escripvons, luy direz de nos nouvelles et bon pourtement , et la requerrez de nostre part vous bailler toute faveur et bonne addresse de vostredite charge, comme confions elle fera.
ce Semblablement baillerez noz lettres au grand- maistre de France , que sont en vostre crédence , pour laquelle luy direz ce que avec nostredit ambassadeur adviserez convenir au bon effect
de vostre charge et à vostre brief dépesche. Faict en nostre ville de Gand, le. . . de mai xv^xxxi ^^\ »
M. de Courbaron emportait, outre les instructions que l*on vient de lire, des lettres pressantes de Charles-Quint au roi de France, à sa sœur, la reine Éléonore, veuve d'Emmanuel, roi de Portugal, que François I^** avait épousée; au grand maître de France, Montmorency, dévoué aux Espagnols, et îi son ambassadeur à Paris. '
Elles démontrent l'importance que l'Empereur attachait à la réussite de sa démarche et ^insistance qu'il mettait à obtenir une solution.
•Gomme elle^ ont, certainement pesé d'un grand poids dans cette affaire et contrebalancé en partie les influences qu'Ango pouvait faire agir k la cour de France , nous en reproduisons ici le texte ^^l
Lettre de l^ Empereur au Roi de France,
«Mai 1531.
ccTrès-hauIt, très-excellent et très-puissant prince, très-chîer et très-amé bon frère, cousin et allyé, k vous, tant cordialement que faire pouvons, nous recommandons.
ce Ayant esté adverty que le roy de Portugal, nostre très-chier et très-amé bon frère, envoyé devers vous aucungs ses conseillers et ambassadeurs au faict de quelques représailles, naguières de part vous ouctroyées et dépeschées contre aucungs de ^^^ subjectz, et que pour la singulière amour, sincère, vraye et entière affection fraternelle que pourtons k vous et luy, et désir qu'avons k la continuation et observation de la bonne amytié et voisinance qui a tousjours esté entre vous deux et voz royaulmes, pays et subjectz, nous voidrions emploier et ayder k ce que cest affaire se vuide et détermine paisiblement et amyable^
^^ Papiers ^Etat du cardinal de Granvelle, t. I", p. 540. — (^^ Même ouvrage, p. 543 ^t suivantes. ,
ANGO ET SES PILOTES. n
ment; envoyons devers vous nostre amé et féai chevalier, conseiller, chambellan et capitaine des Allemans de nostre garde, le sieur de Courbaron, présent pourteur, avec la charge telle que de luy pourrez entendre, et vous prions très-afFectueusement, très-haut, très-excellent et très-puissant prince, très-chier et très-amé bon frère, cousin et allié, le vouloir ouyr, croire, et prendre de bonne pari ce qu'il vous dira à l'efFect que dessus, comme procédant de l'entière , vraie et sincère amytié et bonne affection qu'avons envers vous et ledict S*" roy de Portugal. «
L'Empereur à la reine Eléonore, sa sœur.
ce Madame ma meilleur seur, vous entendrez du sieur de Courbaron , mon conseiller et présent pourteur, la charge qu'il a devers le roy très-chrestien, mon très-chier et bon frère, concernant le roy de Portugal, nostre très-chier frère. Je vous prie le croire, et au bon efFect de sa charge luy bailler toute faveur et addresse, comme pour chose qui m'est en singulière affection et recommandation, comme aussi ne faîz doubte elle vous est, et vous me ferez très -agréable plésir. II vous dira de mes nouvelles et bon pourtement, que me gardera vous faire ceste plus longue, fors pour prier le Créateur vous donner, rriadame ma meilleur seur, ce que désirez. »
L'Empereur au grand maître de France,
ce Mon cousin, j'envoye le sieur de Courbaron, mon conseiller, chambellan et capitaine des Allemans de nostre garde, présent pourteur, devers le roy très-chrétien, mon très-chier et bon frère, pour aucunes choses concernant le roy de Portugal, aussi mon très-chier frère, comme dudit sieur de Courbaron pourrez entendre. Je vous prie bien affectueusement le croire, et pour me faire plésir singulier et très-agréable , vous emploier et tenir la main au bon effect de sa charge, comme de vostre prudence, vertueuse volunté et affection accoustumée à la bonne et amyable