‹ Ango et ses pilotes, d'après des documents inéditsChapitre 4 sur 12 · M» OO · texte numérisé non relu

M» OO

direction de toutes choses entre les princes, entièrement je confie! et à tant, mon cousin, Nostre-Seigneur vous ayt en sa très-saincte garde, w

L* Empereur h François Bonvalot, son ambassadeur a la cour de France,

ce De par l'Empereur,

ce Vénérable, chier et féal, vous entendrez du sieur de Courbaron , nostre conseiller, la cause de son dépesche et envoy par delà, et luy avons ordonné vous communiquer toute sa charge, et en icelle se conduire par vostre advis. Nous vous requérons et ordonnons le croire et vous emploier en tout ce que vous verrez convenir et pouvoir proffiter au bon efFet de sadicte charge, comme pour chose qu'avons très-fort à cueur et en singulière recommandation, et que de vous entièrement confions. >3

Le 1 5 juin 1 5 3 i, l'Empereur, revenant à la charge, écrivait de Gand à son ambassadeur et à M. de Cpurbaron :

ce Vénérables, chiers et féaulx, nous avons receuz vos lectres communes et particulières, et par icelles entendu l'arrivée de vous, le S*" die Courbaron, communication eue sur vostre charge avec l'ambassadeur de Portugal , exposition d'icelle au roi trèschrétien, nostre bon frère, et le bon debvoir que en ce avez faict, que tenons k très-agréable service; et ne faisons doubte que continuerez au bien, bonne direction et adresse de l'affaire, et que assisterez ledict ambassadeur de Portugal en sa poursuite, €t tiendrez la main au bon effect de sa charge par tous moiens convenables et possibles; auquel direz que encoires le recommandons très affectueusement, par les lectres que escripvons de nostre ijiain, k la royne madame nostre meilleur sèur, en response des siennes, faisant mention de se vouloir emploier de tout son pouvoir auxdictes affaires, comme ne faisons doubte qu'elle fera de très-bon cueur. Et désirons d'entendre quelle

^>{ lOO )«CH —

aura esté ia response sur l'escript baillé par fedict ambassadeur

audict S*" roy, et s'il y aura chose qui semble à vous et audict

ambassadeur que doyons faire plus oultre, en quoy ne defiàul-

drons. Escript en Gand, le xv^ de juing i j 3 i . »

Le 9 juillet suivant, il écrivait encore à son ambassadeur et à

M. de Courbaron :

ce Bruxelles, 9 juillet 1531.

c< Nous avons receu voz lectres du premier de ce mois et entendu ce que par icelles nous escripvez bien amplement avez faiçt, poursuy et sollicité en l'affaire du roi de Portugal, nostre très-chîer et très-amé bon frère, et les responces sur ce faictes, tant k eulx^^^ que à vous, par le roy très-chrestien, nostre bon frère, et ceulx de son conseil, et vous sçavons très-bon grey du debvoir en ce par vous faict, auquel vous requérons et ordonnons très expressément continuer, faire, dire et solliciter tout ce que verrez convenir au bien et bonne expédition dudict affaire , lequel avons en recommandation et affection non moings que nostre propre. Et en avons bien expressément parlé à l'ambassadeur Morette ^^^ pour en escripre , et k son retour de par delà en fera instance devers ledict S*" roy, et nous a promis en faire tout bon office, dont vous avons bien voulu adviser, afin que continuiez à l'adresse dudict affaire par tous moiens que verrez pouvoir convenir, et vous ayderez tousjours de la faveur de madame nostre meilleur seur, ia royne très-chrestienne ; et derechief escripvons à nostre cousin le grand-maistre de France, auquel pourrez dire que tout le plésir qu'il fera en ce audict S*" roy de Portugal, nostre bon frère, nous sera austant agréable et de mesme obligation que faict à nous-mesmes.

ce Nous vous ferons ample responce à vos lectres des pénultième de juing et deux du premier de ce mois, et n'avons voulu

^^J Ambassadeurs de Portugal. — (*^ M. de Morette, ambassadeur de France auprès de Charles-Quînt, était alors rappelé par François I" et remplacé par M. de Velly.

différer plus longuement Feiivoy de ceste pour vous advertîr de ce que dessus. Escrîpt en nostre ville de Bruxelles, le neufvième de juillet i j 3 i.>3i

Don Antonio de Ataïde était à peine arrivé k Paris que le Toi de Portugal était avisé de la capture de deux navires fran^ çais chargés de bois par Alfonso de Sousâ, Son amiral au Brésil. A cette nouvelle, il écrit aussitôt à son ambassadeur, et, dans la dépéché, te on vojt uniquement dominer la crainte que cette aventure puisse compromettre le bon résultat dé Tambassade, et servir de prétexte k de nouvelles réclamations. Il est recommandé à l'ambassadeur de garder le secret le plus absolu, et-, au cas où ce fait serait indirectement parvenu à la connaissance de la cour de France, d'élever des doutes sur la vé^ racité de la nouvelle, sous prétexte que lui, ambassadeur, n'en a pas été informé par son souverain; s'il est serré de près, il doit déclarer que si l'événement s'est produit, c'est qu'il a été provoqué par les excès et les rapines commis »par les Français, lesquels vont commercer dans des endroits où, seul, Je' roi de Portugal a le droit de le faire, droit établi tant jpar le fait d'une possession déjà ancienne que par suite des forces considérables qu'il entretient dans ces parages ^^^. :» .

Reçu par François I^**, l'ambassadeur de Portugal lui fit part de l'objet de sa mission; mais le roi se borna à renvoyer l'affaire à son conseil qui, ayant accordé la lettre de marque, avait seul qualité pour la révoquer.

Ango, de son côté, ne demeurait pas înactif, et il était venu à la cour pour y défendre son droit. Le fait résulte d'une lettre du roi de Portugal, datée d'Evora, le 7 juillet 1 5 3 i, dans laquelle il dit à son ambassadeur :

ce Comme vous m'avez écrit que vous saviez que Jean Ango

(^) PALHA, Om^ifge cite, : .,

s*étaît mis en route pour se rendre k fa cour, indiquez-moi s'il y est venu, et fiiites-moî part de ce qui s'est passé.»

Puisque Charles-Quint intervenait, il fallait tirer parti de son intervention. Ango n'était pas homme à y manquer. Sur ses instances, appuyées certainement par l'amiral Chabot , François P*", mettant à profit la bonne volonté manifestée par l'Empereur, réclamait, dans les conditions déjà relatées, la mise en liberté des compagnons du corsaire Jean Fleury. Charles-Quint, désirant être agréable à son bon frère le roi très chrétien, donnait, le 30 juin 1531, l'ordre de délivrance de ces prisonniers. La date est significative.

La réponse du conseil à fa requête de l'ambassadeur de Portugal fut négative : Ango restait en possession de sa lettre de marque.

» Le roi de Portugal, informé, « prescrit alors k don Antonio de Ataïde de faire des ouvertures à Jean Ango, soit directement > soit par l'entremise de quelques personnes de confiance, mais de préférence directement pour pouvoir nier dans le cas DU il s'en prévaudrait».

. ;Et comme il résultait des renseignements recueillis dans les ports français par des émissaires qu'il ne s'y trouvait, prêts à appareiller, que quatre petits navires, le roi Jean considère ce qu'on pieut prendre son temps pour terminer cette désagréable négociation, sans laisser entrevoir à la partie adverse qu'on a gran^ désir de traiter, ce qui permettra d'agir dans de bonnes conditions». En tout cas, l'ambassadeur ne devra, sous aucun prétexte, promettre plus de 12,000 cruzades^^l

Mais une étrange nouvelle vint modifier toutes ces dispositions*

Dix navires français, trompant la surveillance que don Antonio de Ataïde exerçait sur nos ports, vinrent croiser dans

<'^ PalHA, Ouvrage cite.

les eaux des Açores , ce dans le but évident d'attaquer les vaisseaux des Indes, car ils n'avaient rien autre chose à faire dans ces parages».

Antonio de Miranda, amiral de la flotte des îles, fut immédiatement, avec les navires qu'il commandait, donner la chasse à ces bâtiments, sans pouvoir, du reste, les atteindre,

Jean III, très inquiet de l'apparition de cette flotte, expédia aussitôt un courrier, avec ordre de doubler les postes , pour prévenir son ambassadeur à Paris, et l'inviter à en terminer le plus rapidement possible, en cachant à l'Empereur, dont on a vu l'intervention pressante, le prix qui serait payé pour arriver à ce résultat.

En présence des instructions contradictoires qui lui étaient transmises, l'ambassadeur, se conformant aux ordres qu'il avait primitivement reçus, résolut alors d'en finir en achetant à Ango le retrait de sa lettre de marque.

Philippe Chabot lui servit d'intermédiaire dans cette négociation qui fut, comme l'avait demandé Jean III, menée avec le plus grand secret. Profitant de la vénalité du ministre, don Antonio de Ataïde retourna fort habilement contre Ango le moyen dont celui-ci s'était servi pour obtenir sa lettre dç marque, car, dans l'acte d'accusation de l'amiral, on lit également :

ce Nous avons déclaré et déclarons ledit Chabot attaint et convaincu d'avoir desloyalement et infidèlement prins et receu plusieurs sommes de deniers par les mains des ambassadeurs du roy de Portugal, mesmement la somme de 10,000 escuz d'une part, 15,000 escuz par aultres, 16,000 francs soubz couHeur de composition faicte au nom de Jehan Ango , vicomte de Dieppe; d'aultre part, une tapisserie de la valeur de 1 0,000 escuz soubz tiltre de prest. Et avons condemné et condemnons ycelluy Chabot à nous rendre et restituer lesdites sommes, comme choses indeiiment et illicitement prinses de

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prince étranger, sans le sceu, vouloir et permission de nous, duquel yceiluy Chabot estoit serviteur prochain et conseiller de notre estroit conseil. ^^

Chabot, son protecteur, son associé, prenant parti contre lui, Ango comprit qu'une transaction, même désavantageuse, était nécessaire, et par un accord signé le i i juillet, à Fontainebleau, avec l'ambassadeur portugais, il accepta, contre le payement de 60,000 ducats, de se dessaisir de sa lettre de marque et de renoncer à de plus amples représailles. Une lettre du roi Jean III i son ambassadeur, datée du i 5 août 1531, approuva la conven- 'tion. Par un ajcte dressé devant les notaires de Rouen, en date du IQ février 1532, Ango, reconnaissant avoir reçu de don Antoftio de Ataide la somme convenue entre eux, lui remettait sa lettre de marque. .

La lutte d'un simple particulier, si riche et si puissant qu'il fût, contre tout un royaume, dont il amenait le gouvernement à composition, était trop étonnante pour ne pas émouvoir ses contemporains. Diversement racontée par les uns et par les autres, elle donna bientôt lieu à une légende que les vieux chroniqueurs dieppois répétèrent en l'amplifiant successivement.

Il est vraiment curieux de la suivre et de voir comment, partant de faits vrais, elle finit par aboutir à un véritable roman.

C'est d'abord David Asseline qui dit dans ses Antiquités et chroniques de la ville de Dieppe :

ce Sous François I^*", Jean Ango, capitaine de Dieppe, voyans que les Portugais vouloient l'empescher de trafiquer k l'Amérique, leur donna tant d'exercice et fit tant de prises sur eux, par le moyen de douze navires armez qu'il entretenoit à ses dépens, que le roy de Portugal envoya des ambassadeurs au roy de France, pour se plaindre de la guerre que les François faisoient à ses sujets, et que Sa Majesté leur répondit qu'il

ne leur faîsoît point la guerre, mais son vicomte Angp, et qu'ils allassent traiter de paix avec lui^^l»

Puis vient Michel-Claude Guibert qui, dans ses Alémoires pour servir a l'histoire de la ville de Dieppe , raconte ainsï le fait :

ce Les navires d*Ango remportèrent de grands avantages sur les Anglois, les Flamands, les Espagnols, et surtout les Portugais qui , pour avoir seuls tout le commerce d'Amérique et des Indes, fesoient la guerre à tout ce qu'ils rencontroierit. Ils voulurent un jour s'opposer au passage de six de ses navires qui alloient aux Indes, mais ils furent obligés de les laisser passer. Une autre fois ils en attaquèrent un pour lui faire* baisser pa-t vilIon. Comme il étoit seul contre plusieurs, ils n'eurent pas de»' peine à le vaincre. Ils le pillèrerrt eft le renvoyèrent; mais Ango, pour se venger de cette insulte, envoya une flotte qui débarqua 800 hommes sur les côtes du Portugal, qui désolèrent le pays et se retirèrent. Le roy de Portugal envoya un ambassadeur au roy pour lui demander la cause de ces hostilités, et le roy renvoya l'ambassadeur à Ango pour s'accommoder avec lui^^L^^

Voici maintenant la légende complétée dans les Mémoires chronologiques de Desmarquets :

ce Trois navires de Portugal en ayant.rencontré un de Dieppe sur la côte d'Afrique, voulurent lui faire baisser pavillon; le capitaine en voulut soutenir l'honneur et se battit avec intrépidité ; il périt dans le combat ainsi que les quatre cinquièmes de son équipage, et les Portugais se rendirent les maîtres de ce navire qu'ils conduisirent à Lisbonne; ce navire appartenait à Ango. L'indignation d'un pareil procédé en temps de paix et la résolution d'en tirer vengeance firent, dans son âme, deux sensations qui se succédèrent rapidement. Cet armateur savait que la plus grande partie des vaisseaux de Portugal était alors dans les Indes ; il fit donc équiper dix grands navires qui étaient dans le

t»^ ASSELINE, t. I", p. 240. — (5) GUIBFRT, t. Y\ p. 40.

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port y auxquels il joignit six à sept de moindre grandeur. II fit monter sur ces navires, outre leur équipage ordinaire, le plus de volontaires et de gens de résolution qu'il put trouver, et les envoya bloquer le port de Lisbonne, avec ordre de faire des descentes sur les rives du Tage et d*y détruire toutes les habitations.

ce Cette escadre, parvenue à l'embouchure du Tage, s'empara de tous les navires portugais qui sortirent ou voulurent entrer dans Lisbonne ; elle mit à terre les volontaires et les gens de résolution qui pillèrent, dévastèrent et brûlèrent les villages k proximité du rivage, et remontèrent, après ces ravages, dans leurs vaisseaux pour en faire autant d'un autre côté, de sorte que les troupes portugaises qu'on envoya pour s'y opposer ne purent y réussir, vu la célérité des attaques des premiers et fignorance de l'endroit où ils les dirigeaient.

ce Cette guerre offensive, à laquelle le roi de Portugal ne s'était pas attendu , mit en alarme Lisbonne ainsi que ses environs. Ce prince ne vit pas d'autre parti à prendre que d'envoyer un député extraordinaire à François I*^, pour se plaindre de cette hostilité en temps de paix.

ce Le roi de France eut la générosité d'envoyer à Dieppe ce député pour s'aboucher avec Ango. Ce dernier sentît toute la bonté de son roi et n'en fit usage que pour la gloire de ce prince. H reçut chez lui le député portugais avec sa magnificence ordinaire, le félicita de ce qu'il avait pu obtenir si fecilement de François I^** le pardon de l'insulte faite k son pavillon, et sur la simple promesse des Portugais d'être plus circonspects à l'avenir, il lui ajouta, qu'en conséquence, il allait expédier un bon voilier pour porter l'ordre du roi à ses vaisseaux de quitter le Tage et de revenir à Dieppe, ce qui fut exécuté^^l»

Cette fois la légende est complète, et les auteurs se répétant

^^\ Desmarquets, 1. 1" p. io8.

avec une inépuisable complaisance, presque tous ceux qui ont suivi ont inséré le récit de Desmarquets sans y rien changer. En réalité, Jean Ango n'était pas du tout le courtisan et le grand seigneur désintéressé que dépeint le romancier; c'était un Normand, aVec les qualités solides et les défauts de sa race, le ciief d'une pléiade d'hommes, pilotes et négociants, dont il défendait les intérêts, ainsi que les siens propres, avec l'énergie nécessaire pour réussir, mais ne songeant nullement à les sacrifier à la gloire du prince. Dans l'espèce, il poursuivait le recouvrement de 2 5 0,000 ducats; en présence des résistances qu'il rencontrait et de la véritable trahison de l'amiral Chabot à son égard, il sut, plutôt que de tout perdre, accepter une transaction qui devait s'augmenter des prises déjà faites par ses pilotes, et bénéficier ainsi quand même d'une situation rendue bien précaire par l'intervention du tout-puissant Charles-Quint.

►♦>( io8 )<-t- —

Transport du duc dAlbany en Ecosse. — Jean Par-

MENTIER. La MOMERIE DE IJ2/. LeS (EUVRES

de Parmentier.

Ango ne dirigeait pas seulement des opérations commerciales et des armements pour la guerre maritime lorsque le roi faisait appel à son concours pour combattre les navires anglais, flamands ou espagnols; une lettre du chancelier Du Prat le montre intervenant dans les luttes entre l'Angleterre et l'Ecosse, en assurant sur une de ses nefs le passage du duc d'Albany, parent du jeune roi Jacques V, et l'adversaire dont Henri VIII redoutait le plus alors la présence auprès du prince dont le parlement allait confier la tutelle au duc. Aussi ses navires croisaient-ils nombreux dans la Manche, avec mission d'arrêter cet intrus au passage. Mais les pilotes d'Ango étaient assez adroits pour tromper cette surveillance^*^, et la lettre du chancelier démontre qu'ils y ont réussi :

ce Un serviteur du grenetier de Dieppe, mandait-il à François I^**, a esté ici et a dit à plusieurs de nos serviteurs que le duc d'Albany, secrètement, estoit allé en Ecosse et estoit monté k Honnefleur^^^, et que son maistre avoit fait advitailler et esquiper son navire. Dès l'heure que nous l'avons sceu, l'avons envoyé quérir, mais estoit party. M. Dutour a parlé à ung autre serviteur dud. Grenetier de Dieppe, qui luy a dict qu'il n'estoit

(^J «H passa la mer le 30 octobre, pu retenir un Ecossais qui n'était pas

dit MiCHELET, le parlement le recon- sujet du roi.» [Histoire de France,

nut tuteur du jeune roi Jacques V, édit. Lacroix, Paris, 1876; t. X,

lui fit partager la tutelle qu'avait p. lyr.)

seule la mère de l'enfant, sœur du ^^^ Ronfleur était le port d'attache

roi d'Angleterre. Celui-ci en poussa du plus habile des pilotes d'Ango,

àt% cris. On répondit qu'on n'avait Jean Fleury.

rien plus vray, que Téquipage et advitaillement avôit esté fait et par ses mains , et que s'il n'estoit party est d'advis qu'il partira de brief. Nous ne savons si sont choses véritables ou con trouvées, et si elles sont véritables, si c'est du consentement du roy ou à son desceu, mais tant y a que s'il est vrai, et les Anglais le scavent, se déclareront contre le roy, qui peut bien penser le dommage que ce luy seroit pour la multiplication des ennemis que par ce moyen aura; lesquels Anglais ne s'estoient déclairez et combien que le peuple y soit assez enclin , néantmoins ne l'ouseroient entreprendre sans le roy et le cardinal (de WoU sey), lesquels sont encore pour dissimuler quelque temps pour veoir et entendre quel chemyn prendront les affaires du roy et de l'Empereur, pendant lequel temps l'affaire du roy eust pu prendre quelque fin par paix ou triefve. Ains la guerre sera plus grosse que n'est k présent, tant pour la force de gens qu'ils jetteront sur terre en quelque endroict du royaume , que pour l'argent que pourront fournir à l'Empereur. Ce que avons bien voulu escripre afin que, s'il n'estoit parti, soit empesché, et s'il éstoit party soit envoyé ici quelque gentilhomme par devers le roy d'Angleterre et cardinal pour excuser le roy de cette allée. Si on se veut ayder du duc d'Albanie, sera assez temps quand les aultres seront déclairez d'iceluy.

ce L'anticipation d'icelle déclaration peut porter beaucoup de dommage au roy, qu'est la principale cause pour quoy est expédiée cette présente. 35

Lorsque l'armateur dieppois assurait ainsi, à ses risques et périls, le passage de l'adversaire redouté de Henri VIII, agissait-il à l'insu de François P'', qu'il appelait son bon maître, dont il avait déjà la faveur, ou, comme semble le supposer le chancelier, était-ce plutôt du consentement du monarque dont le duc d'Albany était le protégé, et peut-être sur un avis secret de lui! Il est difficile d'admettre que les choses se soient passées autrement, car Ango n'a été l'objet, alors, d'aucune disgrâce,

et ses relations avec la cour se sont continuées dans les mêmes termes jusqu'à la réception du roi dans sa demeure.

Deux pièces que nous avons trouvées à la Bibliothèque nationale prouveraient, au contraire, que la coopération d'Ango et des Dieppois avait été demandée par le roi , qui savait pouvoir compter sur le concours de l'armateur. La première concerne

le payement de 2,100 livres tournois pour l'envoi de 8,000 pi-

ques achetées et passées au royaume d'Ecosse, « pour servir a la tuycion et defFense d'icelluyw; la seconde, qui porte la même date, i^** septembre 1 522, a trait au versement de sommes à des mariniers de Dieppe pour transport en Ecosse d'envoyés du roi. Dans cet acte on retrouve des noms déjà connus de parents d'associés ou de pilotes d'Ango, qui, n'ayant sans doute pas alors de navires lui appartenant disponibles, aura servi d'intermédiaire entre le lieutenant de Dieppe, le sieur de Marrey, qu'il devait remplacer plus tard dans ses fonctions, et les patrons et maîtres de bateaux. Voici le texte de ce document :

ccFrançoys, par la grâce de Dieu roy de France, à noz amez et féaulx les généraulx conseillers par nous ordonnez sur le fait et gouvernement de noz finances, salut et dillection. Nous voulons et vous mandons que vous permetez et consentez à nostre amé et féal conseiller et receveur général de nosdites finances en Normandie , maistre Guillaume Preudomme prendre et retenir par ses mains des deniers à luy ordonnez pour convertir et emploier ou fait de sondit oflSce la somme de six cens vingt livres tournois, laquelle dès les xvi^ jour de juing et xiv^ de juillet derniers passez il a paiez , baillez et délivrez comptant par nostre ordonnance et commandement à noz chers et bien amez Vincenot Sourdeur, marinier, maistre d'une nef de Dieppe nommée /a Aïarie, du port de soixante tonneaux, Jacques Guéroult, contremaistre, et Michel Bailly, bourgoys dudit Dieppe, auquel appartient ladite nef, et à Nicolas Roussel, maistre, Jehan Danoys, contremaistre d'une autre nef dudit Dieppe,

rr^ '

pareillement nommée /a Alarie, du port de quatre vingtz tonneaux ou environ pour eulx et leurs compaignons mariniers Nicolas de Sainct-Maurice et Morisse Roussel, bourgoys dudit lieu de Dieppe, à qui semblablement appartient ladite nef: c'est assavoir audit Vincenot Guérould et Bailly la somme de deux cens vingt livres tournois , pour le passage par eulx fait dedens ladite nef oudit moys de juing derrenier dudit Dieppe en Escosse, de nostre cher et bien amé Marchemont, Hérault de nostre très cher frère et allyé le Roy dudit Escosse, lequel nous renvoyasmes dès lors audit Escosse porter lettres et parolles de créance ii nostre cher et amé cousin le duc d'Albanye, lieutenant gé.néral et gouverneur oudit royaume et autres princes, seigneurs et prélats dudit pays touchant aucuns nos secretz affaires dont ne voulions autre déclairacion estre faicte. Et ausditz Roussel, Le Danoys et de Sainct-Morisse la somme de quatre cens livres tournois que leur avons pareillement ordonnée et ordonnons par ces présentes pour ung aultre passage par eulx fait en leurdite nef ou moys de juillet ensuyvant, d'icelle ville de Dieppe oudit royaume d'Escosse, de la personne de nostre cher et bien amé Patrix de Vismes, archer de la garde de nostre corps, lequel pareillement nous envoyasmes dès lors oudit royaume porter autres noz lettres de créance à nostredit cousin le duc d'Albanye et à aucuns princes et seigneurs dudit pays touchant aucuns de nosdites affaires, dont pareillement ne voulions estre cy faicte autre déclairacion; et lesquelles deux parties montent ensemble ladite première somme de vi'^xx 1. nous voulions estre passée et allouée es comptes de nostredit conseiller et receveur général par noz amez et féaulx les gens de nosdits comptes à Paris, ausquels nous mandons par ces fnesmes présentes ainsi le faire sans aucune difficulté, en rapportant sur iceulx comptes cesdites présentes signées de nostre main avec les marchés desdits passages sur ce faiz par nostre cher et bien amé Claude de Regnart, sieur de Marrey, lieu-

tenant à Dieppe de nostre amé et féal cousin le sire de Bon-

nyvet, admirai de France, Et quittance des dessudiz Vîncenot

Sourdeur, Jacques. Guéroult, Michel Bailly, Nicolas Roussel,

Jehan Le Danoys, Nicolas de Saint-Morice et Morisse Roussel ,

car tel est nostre plaisir. Nonobstant quelconques ordonnances

rigueur de compte, restrinctions, mandement ou defFences

à ce contraires. Donné k Paris, le premier jour de septembre

l'an de grâce mil cinq cens vingt deux et de nostre règne le

huitiesme.

« Franco Ys. '

ce Par le roy, de Neufville^^I »

Parmi les pilotes d'Ango, il en est un, Jean Parmentier, qui fut célèbre à la fois comme marin et comme poète. Pierre Crignon, qui l'accompagna en qualité d'astrologue dans toutes ses navigations et qui recueillit pieusement ses dernières œuvres, dit de lui : « Son gentil esprit estoit tousiours occupé à quelque œuvre de vertu; il desiroit fort l'onneur en toutes choses. Pourquoi il prenoit labeur et s'esforçoit de faire plus et de surmonter tous aultres en toutes les choses dont il se dementoit. Et combien qu'il n'ait pas beaucoup hanté les escolles, si toutesfois estoit-il cognoissant en plusieurs sciences que le grand précepteur et maistre d'escolle, par grâce infuse, lui avoit/eslargi. C'estoit une perle en rhétorique françoise, et en bonnes inventions tant en rithme qu'en prose. Il estoit bon cosmographe et géographe, et par luy ont esté composez des mappes mondes en globe et en plat, et des cartes marines sur lesquelles plusieurs ont navigué seurement. 3>

Lauréat des Palinods de Rouen en i j 17, i j i 8 et 1 527^^'^ il gagnait le chapeau au Puy de l'Assomption Notre-Dame, k Dieppe, en 1 520, pour un chant royal, et, en i 527, il recevait

(^^ Bibliothèque nationale, ms. français 25,720, fol. 208. — ^*^ VoirBALLIN, Pdlinods, Recueil de l'Académie de Rouen , année 1843, t. XXXVI, p. 48.

la couronne pour un autre ^^l Ces chants étaient récités devant le peuple assemblé dans l'égiise Saint- Jacques, le joyau de Dieppe, merveille de Tart français au moyen âge^^l

Jean Parmentier avait, la même année, composé une moralité à dix personnages, les Biens, imprimée par les soins de Crignon, en 1 531, et, pour célébrer la paix conclue entre François I^*" et Henri VIII, une momerie, à la représentation de laquelle on était venu en foule de Rouen , d' Abbeville et de Paris.

Cette momerie dut être fort réussie, car elle est restée célèbre pendant longtemps à Dieppe, et les vieilles chroniques nous en ont laissé un compte rendu d'une charmante naïveté. Comme il s'agit d'une fête ayant duré deux jours, dont l'organisateur était un des principaux pilotes d'Ango, et que ce dernier, en raison même de l'affection qu'il portait aux frères Parmentier, y a certainement contribué avec sa générosité habituelle, il ne déplaira pas au lecteur d'en retrouver ici la description un peu minutieuse, mais si attrayante, sous la plume du bon Asseline, que les détails de ces mirifiques splendeurs mettent dans une véritable joie :

«La veille de cette feste, on dressa trois théâtres dans le grand marché. 11 y en avoît un pour des comiques, et les deux autres estoient destinez pour les personnes de considération , qui estoient venues tant de la ville que des champs, pour entendre

<^J «« Scion un vieil registre touchant CCS cérémonies, les prix consistoient en une couronne d'or qui estoit pour le premier chant royal, en un chapeau <I*or pour le second , en une affîque d*or pour la meilleure ballade, et en un anneau d'or garni d'une pierre pour le rondeau» Ces prix ayant été distribuez à ceux <jui les avoient méritez, ils dévoient les porter en la procession <jui se faisoit en réglise.»>

(Asseline, Antiquités et chroniques de la ville fie Dieppe, 1. 1", p. i88.)

(*î Le chant royal dont il est ici question était une poésie composée de cinq strophes de onze vers, dont les quatre dernières devaient avoir les mêmes rimes, dans le même ordre que la première. Le dernier vers de la première strophe était la ligne palinodiale, celle qui servait de refrain au chant.

le Moral, lequel devoît estre représenté au sujet de la Paîx et de TAmitié que le Roy de France et le Roy d'Angleterre avoient contractée. Le lendemain, sur les neuf heures du matin, les maistres et les confrères de cette société ^*^, qui s'estoient assemblés dans THôtel de ville, sortirent et allèrent en bon ordre, et au son de plusieurs instruments très mélodieux, à l'église de Saint- Jacques, où un docteur en théologie, venu de Paris, célébra la messe, laquelle fut chantée par des habiles musiciens et plusieurs joueurs de flûtes et de cornets. Ces actions de piété estans achevées, les maistres et les frères retournèrent en la maison de ville pour y disner et y délibérer sur l'ordre et la marche d'un triomphe aussi pompeux que fut celuy dont voicy la description :

ce Sur les quatre heures après midy de ce même jour, on fît sortir du logis de M*' l'Archevesque, ordinairement appelé la Vicomte ^^^, un chariot mignardement construit, peint d'un blanc poly, bordé de balustres, enrichi en quelques endroits de lames de fin or, et orné de plusieurs ouvrages faits k l'antique, étoffez de ce précieux métal. Mais parce que c'estoit le chariot de la Vertu, non seulement il portoit une belle fille qui la représentoit et estoit vestiie de damas blanc, et parée de bagues d'or, et d'un grand nombre de pierres précieuses, mais aussi il estoit traîsné par des hommes couvers de lierre , pour signifier qu'elle estoit toujours verdoyante et vigoureuse. Quatre personnages k cheval marchaient aux quatre coings de ce chariot. Trois d'entre eux estoient vestus de longues robes faites d'un précieux drap de soye, k la mode des Anciens, et bordées de genettes de demy pied de long et d'aultres riches pelteries. Ces hommes s'apelloient Platon, Quintus Cyncînnatus, Lycurgus, et lé quatriesme, qui représentoit Sanson, estoit vestu d'une toile d'argent

(^) C'était la cohfrcrie instituée à martyrologe romain fait mention au Dieppe en l'honneur ài^i martyrs 27 juillet, appelés les Sept dormants, dont le ^^^- C'était là <jue résidait Ango.

et avoît sa poitrine et ses bras nuds, et sa grande chevelure ceinte et ornée d'un gros cordon de soye. II marchoit, élevant une mâchoire d'asne, laquelle estoit ensanglantée comme si c'eust esté du sang des Philistins, si bien qu'il représentoit par toutes ces marques la Vertu qui est appelée Force. Aussi, pour en informer les assistants, portoit-il un tableau sur lequel on avoil escrit ces deux vers :

Sanson le Fort, qui par sus tous s'efforce De faire voir la \^rtu de la Force.

« Platon représentoit la Prudence, et il portoit ce distique sur la housse de son cheval :

Je suis Platon , le divin surnommé , Par ma prudence entre tous renommé.

ce Quant k Cincinnatus, il représentoit la Tempérance, il portoit cet écriteau :

Par tempérance ay acquis grand renom, Cyncinnatus Quintus est mon vray nom.

ce Enfin Lycurgus représentoit la quatrième vertu cardinale et avoit pour devise :

Lycurgus fut législateur, De Justice conservateur.

ce Sept autres personnages, aussi à cheval, précédaient le chariot de la Vertu. Six, qui estoient vestus de longues robes de damas satiné, s'estans rangez, à sçavoir trois d'un costé et trois de l'autre, sembloient escorter sept autres personnages, qui marchoient au milieu d'eux en courte robe, et représentoient ceux lesquels avoient excellé dans les sept arts libéraux. Le premier s'appelloit Priscian, qui portoit en sa main un tableau où

ce

l'alphabet estoit escrit, et avoit sur la housse de son cheval ces vers :

Priscian, en cours de Grammaire,

Fut un vertueux exemplaire.

« Le second s'appeloît Aristote,iI portoît un cor en sa main, et k son costé un braquemar^*^ sur lequel le mot de Sylogîsmus estoit escrit; mais sur son tableau on avoit mis :

Aristote, homme vertueux, Fut en Logique affectueux.

Le troisième représentoit Cîcéron , et avoit pour sa devise :

Marc Cicéron, Romain antique, Fit vertueuse Rhéthorique.

« Le quatrième estoit Pythagore, qui portoit pour devise :

Pytliagoras mit en pratique La vraye et forte Arithmétique.

«Le cinquième se nommoit Euclides, et tenoit une toise sur laquelle on avoit escrit :

Sur tous en par&ite industrie Euciide sait Géométrie.

ce Le sixième représentoit Ptolémée , il tenoit une sphère de fin or, et portoit pour devise :

Astronomie a renommée Par ie vertueux Ptolémée.

ce Le septième , qui se nommoit Tubal , marchoit au mifieu de ces six maîtres des arts libéraux, vestu d'une simarre de da-

^^î Sorte dVpée large et courte; pour exprimer la vigueur et la force dû raisonnement.

mas tanné, de qui je pourrois bien, ce me semble, dire, ainsi qu'a fait un certain autheur parlant de cette sorte d'habillement :

Sa siniarre brillante et fine

Vient du rovaume de la Chine.

ce Quoi qu'il en soit, nostre Mémoire nous assure que la

simarre de ce Tuba! montoit jusqu'à son menton et estoit close

et bordée de fourrures de genetes. li nous assure aussi qu'il por-

toit sur ses espaules un, marteau, sur lequel on avoit mis ces

vers :

Pour éviter roisiveté,

Qui est la mère de tous maux,

Tubal a jadis inventé

La musique au son des marteaux.

ce Un facétieux, nommé Camille, marchoit devant tous ces personnages, vestu d'une longue robe de grosse bure, sans façon. II estoit porté dans un tonneau autour duquel il y avoit plus de mille petits escriteaux qu'il distribuait lorsqu'il le trouvoit bon et qu'il ne lisoit pas avec ses lunettes dans le livre qu'il tenoit entre ses mains.

ce Si le chariot de la Vertu estoit précédé par tous ces personnages, il estoit suivi par le chariot de la Mbmerie, lequel estoit orné de plusieurs antiques et précieuses médailles, etportoit les danseurs qui s'y tenoient cachez jusqu'au temps qu'il falloit joiier leur personnage de la manière que nous dirons.

ce Sept autres personnages venoient après, montez sur de bons chevaux. Un de ces cavaliers représentoit Godefroy de Bouillon, portant une couronne parfaitement bien travaillée, et les instruments de la Passion de Nostre Sauveur. Un autre représentoit David; un troisième Josué; un quatrième Judas Machabée; un cinquième Hector de Troye; un sixième Jules Gésar. Mais un septième, qui estoit Alexandre le Grand, parois-

soit au milieu de tous ces héros d'une manière qui le faisoit assez distinguer, car il estoit vestu d'un double manteau de velours cramoisy, fait à la turque, et garni de larges bandes de drap d'or et gresié d'un très grand nombre de pierres orientales. Le reste de ses vestemens n'estoit pas moins précieux. H estoit assis entre deux griffons embellis de fin or, et son trône estoit posé sur un grand drap d'or frisé et porté par huit nègres.

ce Au-dessus de ce trône il y avoit un revers (dais) élevé et orné de petites plumes de diverses couleurs, qui leur estoient naturelles. II y avoit aussi des grandes lames d'or de l'épaisseur d'un escu, lesquelles avoient esté taillées en forme de serpents et d'autres sortes d'animaux.

ce Ainsi ce revers, qui avoit esté fait par des Indiens et apporté des Indes occidentales, embellissoit merveilleusement ce trône, devant lequel un petit page, orné de petites plumes des Indes méridionales, se présentoit à demy nud avec une espée en ses deux mains. 33

Ici, la participation d'Ango à cette fête est évidente; c'est lui qui a fourni tous ces objets provenant des Indes occidentales et méridionales, en d'autres termes du Mexique, des Antilles et du Brésil, où Parmentier avait navigué et commercé pour lui. Ces griffons, ces pierres précieuses, ces grandes iames d'or taillées en forme de* serpents et d'autres animaux, ce revers fait par des Indiens et apporté des Indes occidentales, rappellent singulièrement le butin provenant des galions espagnols.

Les marins dieppoîs qui assistaient en foule à cette momerie, dont un des leurs était l'organisateur, connaissaient la provenance de toutes ces choses; c'était pour eux comme un défilé triomphal qui remettait en lumière leurs plus brillants exploits.

ce En suite de tous ces potentats, venoit un autre chariot tout

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