‹ AngolaChapitre 4 sur 19 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le Prince parut le lendemain an lever de la Reine. Un des premiers qui s'offrit à ses regards fut Almaïr, qui s'approchant de lui d'un air gai.

Le Prince le reçut d'un air embarrassé et contraint.

«Que vois-je, dit Almaïr, et que dois-je penser de cette physionomie équivoque ? Je ne crois pas, continuat-il, qu'une discrétion mal placée vous porte à me déguiser vos affaires ; d'ailleurs vous pouvez être sûr de moi et compter que je choquerai tous les usages de la Cour pour vous garder le secret, et vous prouver mon attachement, si cela est nécessaire pour le bonheur de votre intrigue ; car je n'imagine pas que Zobéide ait fait la bégueule, et que par des façons maussades et déplacées elle ait prétendu vous faire acheter des faveurs qui ne sont précieuses que quand elles sont accordées sur-le-champ, et à iii-re de

grâce, et qui perdent leur prix et sont regardées comme un tribut quand on ne les doit qu'à ses persécutions.

— Non, mon cher Almaïr, dit le Prince, ce n'est point une discrétion mal entendue, ni les sujets de plainte que j'ai contre Zobéide, qui me jettent dans l'embarras où vous me voyez.

Vous avez pénétré mon attachement, et vous n'avez fait par là que prévenir l'envie que j'avais d'avoir un confident tel que vous. J'ai besoin de vos avis sur une infinité de choses que j'ignore ; d'ailleurs je n'ai à me plaindre que de moi, et vous me voyez pétrifié par l'aventure la plus cruelle qui pût m'arriver. »

A l'instant il lui raconta son souper avec Zobéide, l'amour qu'elle lui avait marqué, les transports qu'il lui avait fait paraître, la façon dont elle s'en était défendue, sa tendresse, mêlée de scrupule, et enfin son éva.nouissement ; les secours inutiles qu'il lui avait donnés, qui l'avaient obligé d'avoir recours à ses femmes, et le

discours qu'elle lui avait tenu avant son départ.

« Quelle misérable conduite ! s'écria Almaïr, quand il eut fini. Comment peut-on être neuf à ce point-là ? Quoi! une jolie femme vous aime, vous le dit tête à tête, vous accable de caresses, vous prie de vous en tenir là et s'évanouit prudemment, et vous n'en profitez pas ! Que demandez-vous donc de plus ? Savez- vous que c'est peut-être une des meilleures choses que les femmes aient imaginé depuis qu'elles existent, et qu'on ne peut assez admirer leur esprit d'arrangéme7it dans cette invention ? Je ne suis point surpris du tout de la colère de Zobéide : rien n'est plus cruel pour une jolie femme que de s'être évanouie en vain. Vous voilà dans un furieux discrédit auprès d'elle : nous tâcherons cependant de rajuster tout cela, mais que cet exemple vous serve de leçon, afin que, quand une femme s évanouira à votre intention, vous sachiez y appliquer les remèdes convenables ;

autrement vous vous déshonoreriez sans retour dans leur esprit. »

Angola convint de bonne foi de ses torts, et, instruit sur le point important des évanouissements, il résolut d'étudier exactement les femmes pour n'être pas dans le cas de leur manquer dans d'autres occasions. Ils furent ensemble faire leur cour à la Fée, qui était à sa toilette. Elle les reçut avec ses grâces ordinaires, et regardant ûxement le Prince :

« Vous disparûtes bien promptement hier, lui dit-elle ; l'opéra vous ennuyait sans doute, ou plutôt Almaïr vous a procuré des plaisirs plus vifs.

— On n'ose pas quelquefois se livrer à tout ce qui nous flatterait davantage, répondit Angola, et la crainte de vous incommoder fit qu'Almaïr et moi avons pris le parti d'aller souper ensemble, où nous avons passé la soirée à parler de bien des choses dont j'ai besoin d'être instruit.

— J'aime en vous, reprit Lumi-

neusc, cette modestie et cette eiivic d'apprendre ; mais vous ne devez pas vous borner aux mœurs de cette Cour : il est des choses, poursuivitelle en s'approchant de lui, qu'il est plus flatteur d'entendre, et que vous saurez dès que vous vous rendrez digne de cette confiance. »

Le Prince, sur qui l'objet présent avait toujours ses droits, et à qui la beauté touchante de la Fée faisait perdre le souvenir de Zobéide, était prêt de répondre avec toute la tendresse possible à un discours si obligeant ; mais la Fée, qui ne jugeait pas l'endroit favorable, éleva la voix et rendit la conversation générale,

La journée se passa dans les divertissements ordinaires et continuels de cette heureuse Cour. Le soir. Lumineuse fit un brelan ; et le Prince, que son inquiétude naturelle empêchait de goûter ces plaisirs, vint se mettre, pendant la partie, derrière le fauteuil de la Fée. L'attitude avantageuse où il était lui découvrait des beautés

adorables, dont la Fée ne cherchait point à lui dérober la vue. Se penchant au contraire de son côté, elle étalait à ses yeux des charmes qui lui resiiiuèreni peu à peu tous les désirs qui leur était dus. Elle connut l'impression qu'elle faisait sur le Prince, et, craignant d'être prévenue par quelque beauté de sa Cour, elle résolut de ne pas différer davantage le dessein qu'elle avait de jouir de si rares prémices.

Le jeu fini, elle fut à son souper, où Angola l'accompagna.

« J'ai à vous parler ce soir, lui ditelle ; rendez-vous à mon appartement, nous y ferons ensemble la lecture d'une brochure qui paraît depuis peu:

je suis bien aise de voir si vous en connaîtrez les beautés.

— Si elle traite d'amour, répondit le Prince, ce n'est point d'elle de qui je vdudrais en recevoir des leçons, et je connais des maîtres...

— Paix, dit la Fée en lui mettant la main sur la bouche : si vous avez

tant d'envie d'apprendre, on pourra trouver des gens qui se chargeront de vous instruire, poun-u que vous joigniez à une grande docilité pour les leçons la discrétion de n'en faire part à personne. Je connaîtrai en temps et lieu jusqu'à quel point on peut compter sur vous. »

A ces mots, elle rompit la conversation et se mit à table.

Lumineuse lança au Prince pendant le souper de ces regards auxquels on peut sans fatuité donner une interprétation favorable. Consommée dans la, coquetterie la plus raffinée, elle le conduisait, pour ainsi dire, pas à pas à deviner ses bontés et à lui épargner la mortification de faire les avances.

Avec quelqu'un plus instruit qu'Angola, elle aurait couru risque de lui rendre sa conquête moins précieuse en la lui montrant trop facile ; jaais ces agaceries, quoique extrêmement décidées, n'avaient point encore pc-rté dans l'âme du Prince ce coup de lumière qui vous éclaire sur votre bon-

heur et vous porte à tout entreprendre pour l'obtenir. Après le souper, la Fée congédia sa Cour. Prête à rentrer dans son appartement, le Prince lui présenta la main pour l'y conduire, qu'elle reçut d'un air furieux et distrait.

« Mais, quelle folie ! lui dit-elle.

Est-ce que vous ne vous retirez pas ?

Mais à propos, j'ai quelque chose à vous communiquer de la part du Roi votre père, et je veux bien vous souffrir quelques instants. »

A ces mots, tous les courtisans se dispersèrent, et elle rentra dans son appartement.

Lumineuse s'appuyait avec tendresse sur le bras du Prince, Sa beauté était si touchante, qu'Angola, toujours entraîné par l'objet présent et esclave de ses désirs, oublia Zobéide pour se livrer tnut entier à l'objet qui semblait s'ofîrir à lui. Emporté par un mouvement inconnu, il ne put s'empêcher de lui serrer la main en soupirant ; et dans rin.stant, efîrayé

de sa hardiesse, il baissa les yeux avec précipitation, craignant de rencontrer ceux de la Fée et d'y lire la condamnation de sa témérité. Bientôt il osa la regarder et vit dans ses yeux, au lieu de la sévérité qu'il craignait, une impression de tendresse qui lui promettait les choses les plus favorables.

Ils arrivèrent dans l'e^ppartement en cet état inquiet de deux cœurs qui se devinent déjà et qui cherchent comme à l'envi l'occasion de se découvrir mutuellement leur tendresse.

Ce fut dans ses petits appartements où la Fée se retira avec le Prince ; ce lieu charmant était destiné à ces parties fines et choisies où les souverains aiment à se dépouiller de leur grandeur et se remettent, pour l'intérêt de leurs plaisirs, au niveau de ceux qu'ils y admettent ; c'était là où Lumineuse passait les moments les plus agréables de sa vie. Le fracas de la Cour en était banni, un petit nombre de gens choisis, ministres de ses plaisirs secrets, en avaient seuls l'entrée ;

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tout y respirait la volupté. Plus de goût que de magnificence dans les meubles, mais le premier y était porté au suprême degré : c'était une enfilade de petites pièces charmantes qui semblaient avoir été imaginées pour donner une idée naturelle de toutes les différentes gradations de la volupté, par les différentes sortes de plaisirs auxquels elles étaient propres : l'une, destinée aux plaisirs de la table, paraissait garnie avec une profusion délicate de tout ce que le goût le plus raffiné a pu imaginer en faveur de cette sensualité ; l'autre, faite pour les plaisirs de la musique, était ornée de tous les trophées de cet aimable amusement, de tous ces instruments charmants dont l'harmonie séduit les cœurs et les dispose à une passion plus douce encore, et faite pour les asservir ; la dernière enfin était destinée aux plaisirs de l'amour et pouvait en être regardée comme le sanctuaire. Ce fut dans celle-ci que se retirèrent la Fée et le Prince. Quel

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cœur assez sauvage aurait pu résister à une occasion aussi pressante ? Tout invitait à l'amour dans ce séjour dangereux. L'ameublement inventé par la mollesse portait un caractère de volupté difficile à rendre : beaucoup de glaces, des peintures tendres et sensuelles, une duchesse, des bergères, des chaises longues, semblaient tacitement désigner l'usage auquel elles étaient destinées. Les tabourets, enfants du respect, étaient bannis de ce lieu charmant, où l'amour égalisait tout. La Fée, débarrassée de toute contrainte, espéra que la liberté du tête-à-tête adoucirait la majesté du trône, et pourrait enhardir le Prince.

En efîet, le lieu, l'heure, l'air tendre de la Reine, tout devait l 'éclairer sur son bonheur ; mais, peu fait à ces sortes d'aventures, s'il osa espérer de réussir, ce ne" fut qu'en imagina,nt une multiplicité de gradations, dont un peu plus d'exp)érience aurait pu lui épargner la nieilleure partie. Lumineuse se mit sur sa duchesse.

« Voici, dit-elle au prince, la brochure dont je vous ai parlé. Les situations en sont, à ce qu'on dit, intéressantes : l'auteur connaît le cœur et en manie adroitement tous les ressorts.

L'amour y est traité délicatement et sans gc^limatias ; l'amant sait choisir un instant favorable et devient heureux si à propos, que sa maîtresse n'a ni le temps ni l'envie de se reprocher sa faiblesse.

— Qu'il est heureux, s'écria le Prince d'un air troublé, et qu'une situation si digne d'envie fait bien sentir le contraste afireux de celle de quelqu'un qui aime sans espoir, et que le respect oblige au silence !

— Je crois, dit Lumineuse, qu'un respect si opiniâtre n'existe plus que dans Cassandre : aujourd'hui il devient ridicule quand il est poussé hors des bornes ; une jeunesse extrême peut soulc le faire excuser. Les jeunes geiiL ordinairement ne sont pas incorrigibles sur cet article ; d'ailleurs, une femme ne peut en être flattée : (aitre

que ce n'est pas toujours ce qu'elle cherche le plus à inspirer, souvent la timidité y a la plus grande part, et pour lors une femme y perd tout d'un côté, sans que son amour-propre puisse la dédommager de l'autre. Je n'imagine pas, par exemple, poursuivit-elle, que vous soyez dans un cas pareil, et je crois que si vous aviez de tendres sentiments pour quelqu'un, vous ne seriez pas assez ennemi de vous-même pour garder un silence obstiné, qui peut devenir même une injure pour une femme, puisqu'on semble par là vouloir l'obliger à faire les avances.

— Je ne conseillerais à personne d'envier ma situation, reprit le Prince; et mon audace est peut-être si grande, que ce qui pourrait encourager les autres me devient inutile par une disproportion, qui m'efiraye sans pouvoir me guérir.

— - Voyons, dit la Fée en ouvrant la brochure, i)eut-être trouverons-nous ici quelque situation ou quelque cun-

seil dont vous pourrez profiter. Votre état me touche, et je désire véritablement que vous puissiez trouver un soulagement à vos maux. Peut-être les rem elles sont plus aisés que vous ne pensez, et que c'est uniquement votre obstination au silence qui les cause.

— Que je serais bientôt puni d'avoir parlé, dit le Prince, et qu'un repentir amer suivrait de bien prés mon imprudence infructueuse !

— Mais quel enfavtillage ! dit la Fée en le regardant avec tendresse ; ne vous déferez-vous jamais de cette timidité outrée ? Car enfin, quel peut en être le motif ? Je ne vous suppose pas une vanité assez ridicule pour regarder comme une humiliation déplacée l'aveu que vous feriez de vos sentiments à celle qui les aurait fait naître, et vous ne devez pas non plus vous mettre dans l'esprit qu une femme regarde un pareil aveu comme un outrage si cruei, qu'il lui paraisse absolument impardonnable : il n'arrivr même que trop souvent que les

femmes (je dis quelques-unes) reçoivent avec assez de douceur ces sortes de discours de la part des hommes, qui d'ailleurs leur conviennent le moins, et quoique cela ne soit rien moins que général, cela doit cependant diminuer à vos yeux la difficulté d'une entreprise que votre façon de penser vous fait paraître trop impraticable.

a Mais si vous ne p<:)uvez absolument, continua-t-elle, vous résoudre à lécouvrir vos sentiments à celle qui L fait votre conquête, vous pouvez m'en faire la confidence : je pcjurrai vous donner des conseils utiles et même en instruire l'objet pour lequel vous soupirez, lui vanter votre constance, votre retenue ; en un mot, vous épargner une démarche qui vous paraît si redoutable.

— Pourquoi vous plaisez-vous à me désespérer ? dit le Prince. Ce n'est pas là l'espèce de confidence que je désirais vous faire ; et d'ailleurs comment pourriez-vous vous charger de

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(Jiic cl uuc autre des choiiLS <j[uc jr soupçonne que vous recevriez fort mal si elles s'adressaient à vousmême ?

— Vous vous servez là d'une tournure dont je ne vous aurais pas soupçonne, dit la Reine, et je ne vois pas pourquoi il est question de mf»i dans une chose où je n'imagine pas que j 'aie aucune part. Mais voyons ce livre, ajouta-t-elle ; peut-être nous sera-til utile à tous deux, en nous donnant des moyens, à vous pour sortir d'une situation aussi embarrassante, et à moi pour vous rendre plus sincère et moins dissimulé. »

Le Prince soupira de douleur de voir retarder l'exécution de ses desseins et commença sa lecture. Les situations en étaient intéressantes, le style pur, les événements vraisemblables et bien amenés. L'histoire des deux Amants surtout y étiit peinte avec les couleurs les plus séduisantes : ils ct^iicnt heureux et s'aimaient de cet amour aisé et agréable, débarrassé

«lu i.iLr.is cl <lrs l(>ii;^u(Mns iiinrlencs des anciens romans. JLe Pnnce soupirait après un état si heureux. Sa voix était entrecoupée, son visage enflammé. Il cessa de lire sans s'en apercevoir ; ^'c regardant tendrement la Fée, il semblait puiser dans ses yeux une nouvelle ardeur. La Fée s'aperçut de son trouble, et celui qui l'agitait elle-même ne lit qu'augmenter.

« Qu'ils sont heureux ! s'écria le Prince ; queleurétatestdigned'envie!

— Pourquoi enviez-vous, lui ait la Fée, un sort que vous n'avez pas la hardiesse de vous procurer ? Je ne puis donc enfin vous arracher cet important secret ? *JLii façon dctnt je vous traite et dont je vis avec vous me mettrait cependant en droit d'exiger plus de confiance.

— Ah ! Madame, s'écria Angola, j'ai dans le cœur des sentiments peutêtre plus vifs que v» »us ne les exigeriez ? Ce s^.iit ces mêmes bontés, ces bontés si charmantes et en même temps si dangereuses, qui ont causé mon égare

ment... Vous seule pouvez remédier à des maux...

— Pourquoi t<3ujours me mettre en jeu, interrompit Lumineuse, sans qu'il y ait rien dans tout ceci qui me regarde personnellement ? Vous avez des droits sur mon amitié, qui me portent à vous servir utilement auprès de celle à qui s'adressent vos vœux.

— Que vous me faites voir bien cruellement, par votre attention à les éluder, dit le Prince, combien peu ils vous flatteraient en s'adressant à vous !

— Laissons là toutes ces vaines conjectures, dit la Fée ; ce que je penserais en pareil cas vous est, je crois, fort indifîérent, et d-'ailleurs mon cœur n'est pas fait pour se décider sur un discours vague auquel je crois que vous n'attachez aucun sens,

— Eh bien, dit le Prince emporté par sa passion et se précipitant à ses genoux, connaissez donc toute mon audace ! C'est à vous que s'adressent ces vœux timides que je n'ai point

encore osé dcclarcr ; c'est votre cœur [uc j'ai osé désirer, c'est lui seul qui peut faire le bonheur de ma vie :

dnignez excuser une faute dont je ne puis me repentir ; mon crime est dans vos yeux, c'est là que je veux en lire le pardon ! »

Il embrassait les genoux de la Fée en lui parlant ainsi ; son expression était passionnée ; la tendresse la plus vive animait tous ses mouvements.

Ses discours paraissaient trop sincères pour ne pas faire impression sur un cœur que sa bonne fortune avait déjà prévenu d'avance en sa faveur.

Lumineuse était dans cet état charmant d'une femme qui se voit au comble de ses désirs, après avoir presque désespéré d'y atteindre. L'amour, les transports du Prince, tout l'enchantait : elle les regardait comme son ouvrage et les recevait avec la complaisance qu'on a d'ordinaire pour les choses dont on se croit le premier objet. Le Prince, délivré d'un fardeau aussi pesant que celui d'une

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«Ictl.iiaUoji, plus hourciix <j[u'i] n'aurait osé l'espérer de ne voir aucune colère dans les regards de la Fée, et de ce qu'elle recevait avec complaisance les assurances de sa passion, craignant de nuire à ses desseins pour vouloir trop les précipiter, renfermait ses désirs, et, n'osant s'abandonner à leur violence, se contentait d'accabler de baisers deux mains charmantes qu'on abandonnait comme par distraction à ses transports, j^a Fée, voyant son irrésolution et ne pouvant se résoudre à lui faire des avances plus marquées, qui auraient pu refroidir sa tendresse, imagina un expédient qui ne manque jamais de faire sr>n effet sur les jeunes gens, en leur mettant devant les yeux des charmes ca chés dont leur imagination novice ne leur fait qu'un faible portrait, et qui prennent d'autant plus d'empire sur leurs sens, qu'ils sont moins accoutumés à de semblables aventures ; manège habile qui fait disparaître la timidité la plus enracinée pour faire

place à cette passion vive et emportée qui fiùt un des aimables cU'fauts de cet âge.

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